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BULLETINS ET MÉMOIRES
La
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SOCIETE DE CHIRURGIE
DE PARIS
PARIS. - IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT
Rno Jean-Jacques-Rousseau, a fHOtol des Fermes).
BULLETINS ET MÉMOIRES
DE LA
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
DE PARIS
PUULIE9 PAB LES SOINS DES SECRETAIRES DE LA SOCIETE
M. DE SAINT-GERMAIN
Secrétaire général
ET
MM. HORTELOUP et LANNELONGUE.
Secrétaires annuels»
TOME IV
(•('ûodulibr)*)
■CfT/oôV'M^"
PARIS
G. UASSON, ÉDITEUR
MBRAIRE DE L'aCADÉMIE DE MÉDECINE
ilevard Salnt-Germaln et rue de l'Éper<
EN FACE DE L'ÉCOLE DE UKDECINB.
1878
BIENFAITEURS
DE LA SOCIETE DE CHIRURGIE,
René DuTAL, fondateur d'un prix annuel de 100 francs.
Edouard Laborie, fondateur d'un prix annuel de 1,200 francs.
Vulfranc Gerdt, fondateur d*UQ prix biennal de 2,000 francs.
Pierre- Charles Huguier, donateur d*une rente annuelle de 1,000 francs,
destinée à favoriser les publications scientifiques do la Société.
De MARQUA Y, fondateur d'un prix biennal.
Paul GuERSANT, — Lenoir, — Payen, — Velpeau, — Gbrdy. — baron
Larrby, donateurs de livres pour la bibliothèque de la Société.
PRÉSIDENTS
DE LA SOCIETE DE CHIRURGIE
DEPUIS SA KONUATION.
MM.
MM.
4844.
—
A. BÉRARD.
1862.
— More l-La vallée.
1845.
—
MiCHON.
1863.
— Depatl.
1846.
MONOD.
1864.
— Richet.
1847
—
Lenoir.
1865.
— Broca.
1848.
—
Robert.
1866.
— Giraldès.
1849.
—
CULLERIER.
1867.
— Follin.
1850.
Déguise pùrc.
1868.
— Legoue.st.
1851.
—
Danyau.
1869.
— Verne uiL.
1852.
Larrey.
1H70.
— A. Guéri N.
1853.
—
(ÎUERSANT.
1871.
— Blot.
1854.
—
Denonvilliers.
1872.
— DOLBEAU.
1855.
—
HlJGUIER.
1873.
— Trélat.
1856.
—
GOSSELIN.
1874.
— Maurice Perrin.
1857.
—
ClIASSAIONAG.
1873.
— Le Fort.
1858.
—
Bouvier.
1876.
— Houel.
1859.
—
Déguise iils.
1877.
— Panas.
1860.
—
Maiuolin.
1878.
— Félix GuYON.
1861.
— ~
Laborie.
PERSONNEL
DE LA
SOCIÉTÉ NATIONALE DE CHIRURGIE.
COMPOSITION DU BUREAU POUH L'ANNÉE 1878.
Président MM. Félix GuYON.
Vice-président Tarnibr.
Secrétaire général de Saint-Germain.
Secrétaires annuels Horteloup et Lannblonque .
Trésorier Nicaise.
Archiviste Terrier,
MEMBRES HONORAIRES.
MM. Blot.
ROINST.
BOULBY (H.).
Bboga.
Chassaionac.
Oloquet (J.).
Déguise.
Dbpaul.
ËHRMANN.
GOSSELIN.
MM. GuÉRiN (Alphonse).
Larret (baron).
Le Fort (Léon).
I^GOUEST.
Maisonneuye.
MONOD.
RiCHET.
RiGORD.
RiOAUD.
VOILLEMIER.
MEMBRES TITULAIRES.
MM. Angeb (Théophile).
Cruveilhier.
Delens .
Desormeaus.
Desprès.
Dubrueil.
DUPLAY.
Farabœuf.
Forget.
Gillette .
Giraud-Tkulon.
GUÊNIOT.
GuYON (Félix).
Horteloup.
HOUEI..
Labbé (Léon).
Lannelongue.
MM. Ledentu.
LuCAS-GHAMPIONNiiRE.
Magitot.
Marjolin.
Nicaise.
Panas.
Paulet.
PÉRIER.
Perrin (Maurice).
Polaillon.
de Saint-Germain.
SÉE (Marc).
Tarnier.
Terrier.
Tillaux.
Trélat.
Verneuil.
MEMBRES CORRESPONDANTS
NATIONAUX.
MM. Ancelet, à Vailly-sur -Aisne (Aisne).
Arlaud, directeur du service de santé de la marine à Toulon.
AuBRÉE, professeur k TÉcoIe de médecine de Rennes.
AvAT (D*), chirurgien de Thospice d'Aix (Savoie).
AzAH, professeur à TÉcolc de médecine de Bordeaux.
AzÉMA; à nie de la Héunion.
Baizeau, médecin inspecteur de l'armée.
Baudon, médecin-major de Tannée.
Benoit, professeur à la Faculté de Montpellier.
Berchon, directeur du ser\'ice sanitaire de la Gironde, à Pauillac.
BÉRENGER-FÉRAUD; médcciu principal de la marine.
Bernard, à Apt (Vaucluse).
BcECREL, à Strasbourg.
BoissARiE, à Sarlat.
BoucHAcouRT, profcsscur à TÉcole de médecine de Lyon.
BouissoN, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier
Bourgeois, à Étampes (Seine-et-Oise).
BouRGUET, chirurgien de Thôpilal d'Aix (Bouches-du-Rhénc).
Cazin, à Boulogne.
Champenois, médecin principal de l'armée.
Chapplain, professeur à TÉcole de médecine de Marseille.
Chauvel, professeur agrégé au Val-de- Grâce.
Chedeyergne, professeur à THcote de médecine de Poitiers.
Ghipault, à Orléans.
Closmadeuc, chirurgien de l'hôpital de Vannes.
CoLSON, à Noyon.
CouRTT, professeur à la Faculté de Montpellier.
LISTE DKS MEMBRES CORRESPONDANTS NATIONAUX. XI
MM. Cras, professeur à l'École navale de Brest.
Dalvé, médecin principal de l'armée.
Debrou, chirurgien de THôtel-Dieu d'Orléans.
Décès (J.-B.), chirurgien en chef de l'Hôlel-Dieu de Reims.
Delacour, directeur de l'École de médecine de Rennes.
Delore, professeur suppléant à l'École de médecine de Lyon.
Denucb, professeur à TÉcole de méJecinc de Bordeaux.
Desgranges, professeur à l'Kcole de médecine de Lyon.
Devalz, à Bordeaux.
DiDAY, ex-chirurgien de l'Antiquaille ^ Lyon.
Drolineau, chirurgien des hôpitaux civils de la Rochelle.
DuBouÉ, chirurgien à Pau.
DcBREuiLH (Ch.), chirurgien de la Maternité de Bordeaux.
DuMENiL, chirurgien dos hôpitaux de Rouen.
Dlplouy, professeur à l'École navale de Rochefort.
Erhmann, à Mulhouse.
Faucon, à Amiens.
Fleury, chirurgien de la marine ù Constantinople.
Gaujot, professeur au Val-de-Grâce.
Gayet, professeur suppléant à l'Kcole de médecine de Lyon.
Herrgott, professeur à la Faculté de médecine de Nancy.
Heurtaux, professeur adjoint à l'Ecole de médecine de Nantes.
HouzÉ DE l'Aulnoit, professeur à la Faculté de médecine de Lille,
HouzELOT, chirurgien en chef de l'hôpital de Meaux.
JouoN, professeur à l'Kcole de médecine de Nantes.
KoEBERLÉ, à Strasbourg.
Lannelongue, professeur à l'École de médecine de Bordeaux.
Letiévant, chirurgien en chef de l'Hôlel-Dieu de Lyon.
I^JEAL, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu à Valenciennes.
LizÉ, chirurgien de la Maternité du Mans.
Mascarel, à Châtellerault (Vienne).
Macnoury, chirurgien de l'hôpital de Chartres.
Michel, professeur à la Faculté de médecine de Nancy.
Monteils, à Mende (Lozère).
MoRDRET; chirurgien au Mans.
MouRLON, médecin -major de l'armée.
NoTTA, chirurgien de l'hôpital de Lisieux.
Ollier, chirurgien en chef honoraire de l'Hôtel-Dieu de Lyon.
»
Gré, professeur à l'Kcole de mMecine de Bordeaux.
Pamard, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Avignon.
Paquet, Lille.
Parise, professeur à la Faculté de médecine de Lille.
Patry, à Sainte-Maure (Indre-et-Loire).
Payan, chirurgien de l'Hôtol-Dieu d'Aix, en Provence.
Philippe aux, à Lyon.
XII LISTE DKS MKHBRES GOnRESFONDANTS NATIONAUX.
MM. PiRONDi, chirurgien de l'hôpital de Marseille.
PoiNsoT, Bordeaux.
PoNCET, médecin-major de l'armée.
Pravaz, à Lyon^
Prestat, chirurgien de THôtel-Dieu de Pontoise.
PuEL, à Figeac.
Raimbert, à Châteaudun.
RocHARD, inspecteur général de la marine à Paris.
RiBELL, chirurgien de l'hospice de la Grave à Toulouse.
Roux (.T.), ex-inspecteur général de la marine à Paris.
Roux, de Marseille.
Salmon, chirurgien de l'hôpital de Chartres.
Sarazin, médecin-major de l'armée.
SÉDiLLOT, membre de l'Institut (Académie des sciences), professeur
honoraire de la Faculté de Strasbourg (Paris).
Serre, à Alais.
SiLBERT, à Aix.
SiSTACH, à Bone (Algérie).
Spillmann, médecin-major de l'armée.
Stolz, doyen de la Faculté de médecine de Nancy.
SuRMAY, à Ham.
Tholozan, médecin principal de l'armée (Perse).
Thomas (Louis), à Tours.
Vallet, chirurgien en chef honoraire de l' Hôtel-Dieu d'Orléans,
Vast, chirurgien de l'hôpital de Vitry-le-François.
ViARD, à Montbard (Côlc-d'Or).
MEAtBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS.
6 janvier 1861 — Adams-Robert, Dublin.
11 août 1875 — BowMANN, Londres.
10 janvier 1877 — Cimisxlli, Crémone.
5 janvier 1870 .... — Donders, Utrecht.
21 août 1852 — Grimm, Berlin.
5 janvier 1870 .... — Helmholtz.
30 juillet 1856 — Lanoendegk, Berlin.
9 janvier 1853 — Lebert, Breslau.
10 janvier 1877 — Longmore, Netley-Soulhampton.
10 janvier 1877 — Michaux, Louvain.
6 janvier 1861.. .. . — Paoet (James), Londres.
31 décembre 1862.. — Pirooopp, Russie.
30 juillet 1856 — Porta, Pavie.
11 août 1875 — Rizzou, Bologne.
31 décembre 1862.. — Rokitansky, Vienne.
6 juillet 1859 — Scanzoni, Wurzbourg.
6 juillet 1859 — Stromeyer, Hanovre.
3 janvier 1866 — Vanzetti, Padoue.
MEMBRES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS.
10 janvier 1877
10 janvier 1877
9 janvier 1878.
8 janvier 1868
13 janvier 1869
26 novembre 1845
31 décembre 1862
31 oclobre 1851..
3 janvier 1865...
6 juillet 1859....
17 septembre 1851
10 janvier 1877..
3 janvier 1865...
13 janvier 1869..
13 janvier 1864 . .
mars 1867
22 décembre 1852
9 janvier 1878 ,.
31 décembre 1861.
31 décembre 1862
11 août 1875...
6 juillet 1859..
3 juin 1857 . . .
mars 1867..
21 mai 1856....
3 janvier 1865
8 janvier 1862.
6 juillet 1859 .
9 octobre 1858
— Albert, Vienne.
— Amabile, Naples.
— Arlt, Vienne.
— Barbosa, Lisbonne.
— Bardeleben, Berlin.
— Bassow, Moscou.
— Bagk, Fribourg-en-Brisgau.
— BiRKETT, Londres.
— Th. Billroth, Vienne.
— Blasius, Halle.
— BoRRLLi, Turin.
— Bryant, Londres.
— Brown-Séquard.
— Broodhurst, Londres.
— Bruns (Victor), Tubingem.
— BuREN (Van), New-York.
— BuRGRŒVE, Gand.
— Gallender, Londres.
— GooTE (Holmes), Londres.
— GoRNAZ, Neufchâtcl.
— GoRRADi, Milan.
— Grede, Leipzig.
— Grocq, Bruxelles.
— Deroubaix, Bruxelles.
— DupiERRis (père), Havane,
— F. G. Emmbrt, Berne.
— EsMARGH; Kiel.
— Fabri, Ravenne.
— Fleming, Dublin.
XVI
MEMBRES CORRESPONDANTS ETRàNOERS.
6 juillet 1859...
13 janvier 1861.
13 janvier 1869 . .
13 janvier 1861..
3 janvier 1865. .
29 août 1855
S6 décembre 1855
15 septembre 1852
30 octobre 1851 . .
3 janvier 1865...
â janvier 1865. .
31 décembre 1862
13 janvier 1869. .
6 juillet 1859....
10 janvier 1877. . .
6 juillet 1859....
22 octobre 1856. .
8 janvier 1868. . .
13 janvier 1864..
3 janvier 1865. .
11 août 1875
8 janvier 1868 . .
8 janvier 1862..
4 octobre 1848..
6 juillet 1859.. .
• 9 janvier 1878 . .
11 août 1875
2 janvier 1856. .
31 décembre 1862
10 janvier 1877...
31 décembi*e 1862
mars 1807
3 janvier 1865..
6 juillet 1809 . . .
31 décembre 1862
10 janvier 1877.. .
31 décembre 1862
6 juillet 1809....
mai-s 1867
8 janvier 1868...
— Friedberit (H.), Berlin.
— Gamgee (Samson), Birmingham.
— Gautier, Genève.
— Ghkrini, Milan.
— E. GuRTL, Berlin.
— IIamher, Saint-Louis (Missouri).
— Hannover, Copenhague.
— Hewett (Prescotf), Londres.
— Heyfeldbr (Ois), Saint-Pétersbourg.
— Holmes, Londres.
— G. M. Humphrt, Cambridge.
— Hutchinson (J.), Londres.
-- Krassowki, Saint-Pétersbourg.
— Larghi, Bologne.
— Lister, Edimbourg.
— Mac-Leod, (flascow.
— Mayor (fils), Genève.
— Mazzoni, Rome.
— Mblguiori (Giovanni), Milan.
— Neudôrfer, Prague.
— G. Otis, Washington.
— Pemberton, Birmingham.
— PiACHAUD, Genève.
— PfFHA, Prague.
— Ried, léna.
— Reverdin, Genève.
— Rouge, Lausanne.
— Sand-Cox, Birmingham.
— Sangalli, Pavie.
— Saxtorph, Copenhague.
— Simon (Gust.), Rostock.
— Simon (John), Londres.
— Stephen-Smith, New-York.
— Soupart, Gand.
— Sperino ((Zosimir), Turin.
— Symvoulioes, Saint-Pétersbourg.
— Testa, Naples.
— Henry Thompson, Ivondres.
— Wells (Spencer), Londres.
— WiLMS, Berlin.
PRIX DE LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
La Société de chirurgie dispose de quatre prix : le prix Duval, le
PRIX Laborie, le prix Gerdy et le prix Dkmarquay ; les deux pre-
miers sont annuels, les deux derniers sont biennaux.
Le prix Dut al a élé fondé par Jacqnes-René Duval, membre de la So-
ciété de chirurgie de Paris. Le 12 juillet 5854, la Société a pris la décision
suivante: « La Société de chirurgie de Paris, après une donation de M. Du-
>al, fonde à titre d*encouragement un prix annuel de la valeur de 100 francs,
en livres, pour Tauteur de la meilleure thèse de chirurgie, publiée en France
dans le courant de l'année. Autant que possible, les recherches doivent
porter sur un seul sujet, et s'appuyer sur des observations recueillies par
Tauteur lui-même dans un service d'hôpital.
« Tous les auteurs, anciens et modernes, qui ont traité le même sujet de«
vront être indiqués ainsi que la source précise des citations.
c Sont seuls admis à concourir, les docteurs ayant rempli les fonctions
d'internes définitifs dans les hôpitaux, ou ayant un grade analogue dans les
hôpitaux militaires ou de la marine. »
Les thèses soutenues depuis le 1*'' novembre de l'année 1876 jusqu'au
1'' novembre de Tannée 1877 seront seules admises à concourir. Les can-
didats devront adresser franco deux exemplaires de leur thèse au secré-
tariat de la Société avant lo 1" novembre 1877.
Le prix Edouard Labouir a élé fondé par madame veuve Laborie le
6 mai 1868. Il est annuel et de la valeur de 1,200 francs.
La Société a pris en 1868 les décisions suivantes :
« Le prix Edouard Laborie sera décerné chaque année dans la séance
solennelle de la Société (deuxième mercredi de janvier) à l'autour du meil-
leur travail inédit sur un sujet quelconque de chirurgie adressé à la Société
pendant l'année courante.
XVIII PRIX DE LA SOCIETB DE CHIRURGIE.
« Les auteurs sont libres de choisir les sujets de leurs mémoires ; toute-
fois, la Société indiquera tous les six ans un sujet de mémoire pris parmi
les points de la chirurgie dont le docteur Laborie s'est plus particulièrement
occupé.
« Tous les docteurs et élèves en médecine, français et étrangers, sont
admis à prendre part au concours.
« Les mémoires écrits en français, en latin, en anglais ou en allemand,
devront être envoyés (affranchis) à M. le Secrétaire général de la Société de
chirurgie de Paris, 3, rue de l'Abbaye, avant le !•»■ novembre de chaque
année.
« Les manuscrits doivent être adressés dans les formes académiques,
c*esl-à-dire non signés, mais portant une épigraphe reproduite sur la sus
cription d'une lettre renfermant le nom, l'adresse et les lilies du can-
didat. »
Le prix Gerot a été tonde par Vulfranc Gcrdy, en souvenir de son frère
P.-N. Gcrdy, membre de la Société de chirurgie. Ce prix, fondé le 26 no
vembre 1873 est biennal et de la valeur de 2,000 francs.
Aux termes du testament, la Société doit indiquer la question à traiter
par les concurrents.
La Société a décidé que la question serait toujours donnée deux années
à l'avance, et que, d'ailleurs, les compétiteurs devraient se soumettre aux
règles déjà adoptées pour le prix Laborie.
Le prix Démarquât a été fondé par Jean-Nicolas Demarquay, qui a légué
' à la Société de chirurgie une somme de 10,000 francs. Le prix est biennal.
Le sujet, indiqué par la Société, est donné deux années à l'avance.
Après un rapport du Secrétaire général, lu en comité secret, le 16 décem-
bre 1874, la Société a également décidé que les membres titulaires de la
Société de chirurgie de Paris seraient seuls exclus des concours pour les
prix Laborie et Gerdy.
L#a Société de chirurgie reçoit régulièrement les publications pé-
riodiques suivantes :
Abeille médicale. — Annales de gynécologie. — Archives générales de
médecine et de chirurgie. — Art dentaire. — Bulletin général de Ihérapeu-
tique médicale et chirurgicale. — Echo de la presse médicale française et
étrangère. — France médicale. — Gazette hebdomadaire. — Gazette des
hôpitaux. — Gazette obstétricale de Paris. — Journal de médecine et de
chirurgie pratique. — Médecine contemporaine. — Moniteur thérapeutique.
— Mouvement médical. — Progrès médical. — Recueil d'olpthalmologie.
— Revue de thérapeutique médico-chirurgicale. — Revue scientifique de la
France et de l'étranger. — Revue médicale de l'Est. — Sud médical. —
Tribune médicale. — Union médicale. — Union pharmaceutique.
Alger médical. — Bordeaux médical. — Bulletin de la Société de méde-
cine d'Angers. — Bulletin médical du Nord de la France. — Bulletin de la
Société médicale de TAube. — Bulletin de la Société de médecine de la
Sarthc. — Gazette médicale de Bordeaux. — Gazette médicale de Stras-
bourg. — Journal de médecine de TOuest. — Journal de la section de mé-
decine de la Société académique de la Loire-Inférieure. — Lyon médical.
— Mémoires de la Société de médecine de Nancy. — Marseille médical. —
Montpellier médical. — Revue médicale de Toulouse. — Société médicale
de Reims. — Revue médicale et pharmaceutique du Midi.
Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique. — Centralblatt,
fur Chirurgie. — Annales de la Associacion Larrey (Mexico). -^ The Boston
Médical and Surgical Journal. — British Médical (London). — Comptes rendus
de la Société de chirurgie de Moscou. — Gazzetta medica italiana lombardia
(Milan). — Llndependenle (Florence). — The Praclitioner (London). —
Medicinischc chirurgische Rundschau (Vienne). — Medicinische Wiener
Wochenschrift.
BULLETINS ET MÉMOIRES
DE LA
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
NOUVELLE SERIE.
Séance du 2 janvier 1878,
Présidence de M. Panas.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondanee.
La correspondance comprend :
!• Les journaux de la semaine de Paris et de la province ;
2" Les Archives générales de Diédecine;
3" Le Bulletin de la Société de chirurgie, décembre 1877 ;
i» The Practitioner^ le Medicinisch chirurgische Rundschau,
la Lancette belge, la Gazette de santé militaire^ de Madrid, The
Briiish Médical Journal ;
5® Une observation de genu valgum chez un jeune homme de
17 ans, par M. Delaunay (M. Verneuil, rapporteur) ;
6** Une note de M. Boens, de Charleroi, sur un nouveau for-
ceps avec une troisième branche mobile destinée à faire exercer
les tractions par un aide dans les cas d'accouchements laborieux.
(Commission : MM. Garnier, Gueniot; Polaillon, rapporteur.)
M. Giraud-Teulon présente à la Société, au nom de M. le D' Gii-
iet de Grandmont, un nouvel ophthalmoscope à réfraction, dans
lequel le mouvement de rotation de succession des verres est
remplacé par un mouvement suivant la verticale.
BUIX. ST vin. Dl LA SOC. DE CHXB. 1
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Lecture.
M. SunMAY, do Ham, membre correspondant, communique une
observation de luxation de la symphyse pubienne.
Madame G..., jardinière, âgée de 45 à 48 ans, était, le 16 août 1876,
occupée à déchargei: une voiture de légumes. Elle était derrière la
voiture, à droite. Un des grands et lourds paniers qui étaient sur la
voiture vint à tomber ; pour éviter le choc, elle se jeta en arrière,
mais le panier la rencontra, elle fut renversée et tomba sur le dos et
en travers de la direction de la voilure ; au mément moment le cheval
recula et la roue de droite passa sur le plan antérieur du bassin de
madame G..., de gauche à droite. La voiture pesait environ 2,000 kilo-
grammes. On releva la blessée, on la plaça sur un matelas dans une
voiture et on la ramena chez elle à 10 kilomètres de l'endroit où l'acci-
cident avait eu lieu. Je la vis alors six heures environ après l'accident
et voici ce que je constatai:
La malade est couchée sur le dos. Les deux membres inférieurs sont
étendus Tun ù côté de TauLi'e sans la moindre déviation ni déformation.
Il n'y a aucune trace de contusion ni de plaie si ce n'est sur la face in-
terne et supérieure de l'avant-bras droit où l'on voit une ecchymose
avec une excoriation très-superriciellc, la malade n'accuse aucune
souffrance spontanée, seulement de la fatigue. Elle peut lentement
fléchir les deux cuisses sur le bassin et les deux jambes sur les
cuisses, mais en traînant les talons, qu'il lui est impossible d'élever
au-dessus du plan sur lequel ils reposent. Ces mouvements s'exécutent
plus difficilement a gauche qu'à droite et s'accompagnent, à gauche,
d'une douleur à la région pubienne et au niveau de l'articulât ion sacro-
iliaque gauche. Alternativement j'imprime aux membres inférieurs
tous les mouvements et je constate ainsi, d'une manière certaine,
qu'ils ne sont le siège d'aucune fracture, ni d'aucune luxation. Mais à
droite et à gauche, je perçois à deux reprises, dans ces manoeuvres,
une crépitation sourde et profonde et dont le siège paraît être dans la
' région pelvienne antérieure.
J'explore alors attentivement cette région pelvienne antérieure. Je
constate tout d'abord au niveau de la symphyse pubienne un enfonce-
ment, comme un sillon qui séparerait les deux pubis l'un de l'autre,
et ce sillon paraît «voir environ un demi*centimètre de largeur; il pa-
rait aussi ne pas oocuper précisément la ligne médiane mais en être
un peu a gauche* En pouranivant mon exploration, je reconnais très-
bien la brancbe horizontale du pubis droit. Je la suis jusqu'à la sym-
physe, et là je sens que mes doigts font un petit ressaut et tombent
dans un creux ; au delà de ce creux, à gauche, j'arrive difficilement à
sentir la branche horizontale du pubis gauche et, en faisant cette re-
eherohe» je perçois tout a eoup un mouvement accompagné d'une cré-
pitation sourde et épaisse, si je puis ainsi dire. Je suis la branche
horizontale du pubis gauche et la pression n'y détermine pas de dou-
leur particulière, mais, au niveau du creux signalé tout à l'heure, la
douleur est assez vive.
SÉANCE SU S JAIfVIBR. 3
Je pratique alors le toucher Tagiua), je suis très-facilement la branche
verticale du pubis droit jusqu'à la symphyse. Là mon doigt rencontre
un hiatus dirigé d'avant en arrière et de haut en bas, dans le sens de
la symphyse pubienne, et dans lequel il se loge tout entier en causant
ane vWe douleur. Je sens très-distinctement les parois qui limitent, à
droite et à gauche, cet hiatus. Celle de droite est lisse ; mais celle de
gauche présente une surface un peu rugueuse, mais à saillies très*
légères et mousses. Le bord inférieur de cette paroi laisse sentir une
pointe mousse et ce bord est plus bas que le bord correspondant de
Taulre paroi. Il semble que le pubis de ce côté soit détaché de son
coDgéoére et abaissé au-dessous du niveau de celui-ci, et cela concorde
avec la sensation d'abaissement perçue par l'exploration de la branche
horizontale du pubis gauche. Je saisis entre l'index introduit dans le
vagin et le pouce laissé au dehors les deux pubis l'un après Tautre,
et je constate que ces os jouissent d'une certaine mobilité qui ne me
parait pas plus accusée d'un côté que de l'autre. Je suis avec attention
à droite et à gauche, les branches pubiennes et je ne trouve aucun
point douloureux à la pression, ni aucune aspérité. Les mouvements
imprimés aux branches tenues, comme je viens de le dire, ne déter-
inioent aucune crépitation. Je n'ai pas perçu de plaie vaginale et n'ai
ramené avec le doigt aucune trace de sang, mais la malade me dit que
le médecin qui Ta touchée au moment même de l'accident en a ramené
un peu.
Pendautque je faisais exécuter divers mouvements aux membres infé-
rieurs, madame G... s'était plainte d'une douleur à la partie postérieure
de la fesse gauche pendant la flexion de la cuisse de ce côté. Je porte
la main sur cette région et je constate que la pression au niveau même
de l'articulation sacro-iliaque gauche détermine une douleur ; il n'y a
d'ailleurs aucune déformation. La pression de la région correspon-
dante à droite est absolument indolore.
Interrogée sur ce point, la malade déclare n'avoir pas uriné de sang.
Je pense qu il ne peut y avoir aucun doute sur l'existence d'une
luxation pubienne. La roue de la voiture, en passant sur la branche
horizontale du pubis gauehe, l'a enfoncée et complètement séparée du
pubis droit. Le cartilage iuter-articulaire paraît être resté adhérent au
pubis droit, dont la surface articulaire est lisse tandis que celle du pu-
bis gauche est un peu âpre et, de plus, portée à gauche de la ligne mé-
diane. Mais ce déplacement n'a pu se faire qu'a la faveur de la disten-
sion ou de la disjonction d'une autre articolatÂon et cette articulation
parait être la sacro-iliaque gauche.
Pour tout appareil, j'applique auteur du bassin une ceinture forte-
ment serrée et j'attache ensemble les deux genoux* La malade a ordre
de rester immobile sur le dos. Gela fait, j'explore de nouveau par le
vagin et je constate qu'il s'est fait un rapprochement entre les deux
parois de l'hiatas pubien ; mais ce rapprochement ne va pas jusqu'au
eontact.
MaoâL — La malade est bien. EUle a le ventre un peu endolori et les
moQvemeats de la respiration retentissent un peu douloureusement
dans l'hypogaetre et dans la partie postérieure de la fesse gauche. Très-
SOCIETE DE CHIRURGIE.
légère accélération du pouls. Il y a eu une selle dure sans difficulté,
bien qu^elle ait nécessité des efforts. La malade a uriné cinq ou six fois
pendant la nuit, la miction a été accompagnée de quelques légers pico-
tements, mais il ne s'est pas écoulé de sang avec Turine.
19 août. — Bien. Application d*une ceinture solide en treillis, doublée
de basane et matelassée avec trois courroies de cuir qui se bouclent en
avant. De chaque côté sont deux anneaux dans lesquels passe une
anse de cordeau solide. Ces deux anses sont relevées et réunies par
un troisième cordeau qui passe sur une petite poulie fixée au plafond.
Â.U moyen de ce système, en tirant sur le cordeau qui se réfléchit sur
la poulie, on peut soulever la malade tout d'une pièce, pour
lui passer le bassin ou renouveler son linge. C'est après Tavoir sou-
levée de cette façon que je constate une ecchymose noire qui occupe
toute la lèvre gauche et s'étend dans le pli vulvo-fessier jusqu'à
l'anus.
Les deux pubis paraissent être bien en place.
14 septembre f un mois après l'accident. — Il ne s'est passé rien de
particulier depuis l'application de l'appareil. Il y a huit jours, la malade
ne pouvait pas encore lever ses talons, ù jambe tendue ; aujourd'hui elle
le peut et elle peut môme les élever tous les deux ensemble. L'explo-
ration extérieure et le toucher vaginal permettent de constater que tout
est parfaitement en place. Le doigt introduit dans le vagin ne perçoit
plus cet hiatus dans lequel il pénétrait, il y a un mois. Je sens seule-
ment que le bord inférieur de la portion articulaire du pubis gauche
dépasse un peu, mais extrômement peu, le bord correspondant du pu-
bis droit, et je sens encore un peu la pointe mousse du bord inférieur
de la portion articulaire du pubis gauche. La pression au niveau de
l'articulation est douloureuse et il n'y a de douleur qu'en ce point.
Nulle saillie, nulle rugosité tout le long des branches horizontales et
verticales des pubis.
23 septembre. — Madame G... se lève et peut se tenir sur ses
jambes et faire quelques pas.
Madame G... a parfaitement guéri ; mais elle est restée longtemps
peu solide sur les hanches et se plaignant d'un certain endolorissement
du bas des reins a gauche*
La Société jugera peut-être qu'à cause de sa rareté et de la bénignité
singulière qu'il a présentée, ce fait n'est pas indigne d^ètre enregistré,
et c^est à ce double titre que j'ai l'houneur de le porter à la connais-
sance de mes savants collègues.
Les luxations de la symphyse pubienne paraissent être peu com-
munes. Malgaigne n'en rapporte que quatre cas et l'article de M.Gourty
dans le Dictionnaire encyclopédique n'en cite pas d'autre.
Dans trois de ces cas la violence extérieure a agi en écartant les pu-
bis. Dans le quatrième, la cause fut une chute sur le derrière, mais de
façon que la partie postérieure de la crête iliaque porta davantage que
les autres parties. Dans le fait qui m'est propre, c'est par un mécanisme
analogue que la dislocation s'est produite, seulement la force a agi di-
rectement et de haut en bas sur le pubis gauche qu'elle a abaissé, au
SÉANCE OU 2 JANVIER. ïl
k
lieu de porter de bas en haut sur Tos iliaque et de déterminer ainsi
sar le pubis un mouvement de bascule en bas.
Dans tous les cas rapportés par Malgaigne la luxation fut accompa-
gnée de grands désordres, et dans trois la mort fut instantanée ou
suivit de près Taccident. Le quatrième malade guérit facilement dans
le délai de trente jours, bien que la luxation fût compliquée d'une dé-
chirure du périnée, d*une hernie instantanée, et qu'il y eût entre les
pubis un écartement capable de recevoir la main. On peut constater
dans ce cas que le fibro-cartilage était resté adhérent au pubis droit.
Dans un fait de luxation double observé par Malgaigne et dans deux
autres appartenant à Baker et à M. J. Cloquet le fibro-cartilage était
aussi resté attaché tout entier à Tun des pubis. C'est ce qui m'a paru
exister également dans le fait dont je viens de donner la relation. Il
semblerait donc que cela serait le cas le plus ordinaire.
Dans celui des faits rapportés par Malgaigne qui fut sdivi de gu.é-
risonon remarqua, comme dans le mien, une vive douleur au niveau
de l'articulation sacro-iliaque gauche.
D'après tout ce qui précède, les signes de la luxation de la symphyse
pubienne seraient donc les suivants : impossibilité de soulever les
talons à jambe tendue, douleur au niveau de la symphyse pubienne et
au niveau d'une ou des deux articulations sacro-iliaques, écartement
plus ou moins grand entre les deux parois de la symphyse appréciable
par Texploration extérieure ou par le toucher vaginal chez la femme,
ecchymose plus ou moins étendue sur le périnée, sur le pli périnéo-
fessier, sur l'une des grandes lèvres chez la femme, quelquefois mo-
bilité des pubis et crépitation sourde.
Quand la luxation ne serait pas compliquée de graves désordres, la
imérison s'obtiendrait facilement par le rapprochement des pubis, au
moyen d'une ceinture, et la durée du traitement pourrait ne pas dépasser
«K) ou 50 jours.
Discussion.
M. Le Dentu. J'observe dans ce moment un cas analogue. Il s'a-
git d*un enfant de 14 ans qui a subi, au niveau du bassin, une
forte pression par le fait d'une machine à raboter. L'écartement
des deux pubis est très-prononcé, on peut introduire facilement
Tindex, mais le cartilage paraît adhérer à Tos pubis droit : j'ai pu
presser au niveau de la symphyse sano-iliaque droite sans déter-
miner de douleur. Je n'ai observé du reste ni déchirure de Tu-
rèthre, ni hématurie; j'ajouterai qu'il y a impossibilité absolue
pour le blessé de soulever les membres inférieurs.
Ce malade a présenté un ensemble de symptômes très-particu-
lier du côté de la partie sus-ombilicale du corps ; il y a eu sans
doute sous l'influence de la pression une augmentation de la ten-
sion circulatoire qui s'est manifestée par des hémorrhagies na-
80GIETK DE GHIRUnOIK.
sales, auriculaire, sous-conjonctivales et un purpura traumatique
de toute la face avec cyanose. Il n'y avait, du reste, aucune trace
de traumatisme du côté du crano, qui pût expliquer ces hémorrha-
gies liées, selon moi, à Vexagération de la tension sanguine.
Je me suis borné, pour le traitement, à entourer les deux jam-
bes et le bassin avec des circulaires de caoutchouc ; le malade
est guéri et marchera incessamment.
CwmwKkunîetkiî^nn.
Pathogénie des épanchemants dn genou dant let fractures de cuisse,
par M. Lannelongue.
Messieurs ,
J*ai rhonneur de vous communiquer une observation de cli-
nique et d'anatomie patliologique de fracture de cuisse. Elle con-
tribuera à élucider cette question encore obscure de la cause des
épanchements du genou dans les fractures de cuisse. Vous savez
où en est la question : D'après M. Berger, qui a fait dernièrement
le travail le plus complet sur ce sujet, toute fracture de la dia-
physe du fémur s'accompagne, si elle est complète, d*épanche-
ment articulaire. Cette conclusion est très-absolue, comme vous
le voyez. Aussi n'est-elle pas admise par la plupart des chirur-
giens, qui pensent que M. Berger s'est peut-être un peu hâté de
la généraliser.
M. Hennequin, dans son excellent ouvrage sur les fractures de
cuisse, a consacré un long article à cette question, et il cite des
faits probants où Tépanchement n'a pas existé. Quoi qu'il en soit,
par sa fréquence, cet épanchement peut, à bon droit, être consi-
déré comme un signe des fractures de la diaphyse fémorale.
La cause de cet épanchement a été expliquée de plusieurs ma-
nières. L'irritation de voisinage pour les fractures du quart infé-
rieur, rimmobilitéy la gêne apportée à la circulation en retard de
la synoviale par la rupture des veines périostiques et diploïques,
invoquées tout d'abord, ont été bientôt rejetées. Deux théories
sont restées en présence, et je crois aujourd'hui que chacune
d'elles s'applique à uae catégorie déterminée de faits. Je suis
d'autant plus heureux de rendre cet hommage à ces deux opinions,
que j'ai^ pendant plusieurs années, soutenu exclusivement l'une
d'elles, la croyant seule vraie.
La première de ces théories est celle de MM. Gosselin et Ber-
ger ; d'après eux, l'épanchemexit du genou est le résultat de La •
transsudation à travers la membrane synoviale de lapartie séreuse
SBAIIGB DU 2 4ANYIBR.
du sang épanché dans les tissus. De>ix observations suivies d'au-
iopsies et un certain nombre d'expérienced sur des animaux, telles
sont les preuves positives en faveur de leur opinion. C'est une
preuve de plus que je viens donner aujourd'hui en vous commu-
niquant une autopsie de fracture placée à l'union du i/8 moyen
avec le 1/3 inférieur du fémur, chez un enfant mort 8 jours après
sa fracture. La démonstration est rigoureuse, car Tarticulation du
genou, examinée avec le plus grand soin, ne possédait aucune
irace de déchirure. Le liquide qu'elle contenait était foncé en cou-
leur, abondant et peu épais ; examiné au microscope, il renferme
beaucoup de globules rouges du sang, les uns normaux, les au-
tres déformés. Or, une partie de la surface externe de la synoviale
était environnée d'une couche sanguine prise en caillot noir la*-
laellé. 11 y a donc eu passage des éléments rouges en même temps
fne la transsudation séreuse s'est effectuée ; cette diapedèse est à
la fois un fait significatif et important. D'autre part, la synoviale
présentait un léger degré de vascularisation et le liquide renfer-
mait en môme temps que des globules rouges, un certain nombre
de globules blancs et de cellules épithéliales altérées ; il y a donc
eu, en même temps, un certain degré d'arthrite. Mais quelle a été
la cause de celte arthrite? Est-ce la présence du liquide sanguin
qui Va provoquée 7 M. Berger n'hésiterait pas à vous répondre oui,
c^tainemeot oui. Je suis et je reste, sur ce point, encore un peu
incrédule.
Les détails de l'autopsie prouvent que les délabrements ont été
considérables autour de la fracture et à une certaine distance
d'elle. Une infiltration sanguine considérable au milieu des fibres
musculaires et arrivant sous l'aponévrose jusqu'au devant de la
rotule, des foyers sanguins multiples isolés jusque dans les mus-
cles de la partie supérieure de la cuisse, de nombreuses déchi-
rures musculaires profondes, prouvent la violence du traumatisme.
Cette violence m'avait frappé le premier jour où j'ai examiné l'en-*
iiant ; l'engorgement des parties molles était très-marqué et porté
au point que je n*ai pu reconnaître le rapport exact des deux iî*ag-
mentB. Dans ce« circonstances n'y a-^t-^il pas eu contre-coup; n'est*
on pas fotidé à faire jouer un rôle à Un ébranlement articulaire, à
une entorse, en un mot, du genou qui, en provoquant l'arthrite
existante, a été aussi la cauâe de l'épanchement articulaire ?
Une circonstance nouvelle appuie mon dire, il y avait aussi une
infiltration sanguine sur une partie de la capsule fibreuse de l'ar-
ticulation coxo-fémorale, et là il n'y avait pas d'épanchement, le
manchon fibreux n'avait pas permis la transsudation.
En résumé, ce fait constate une fois de plus le passage des élé-
aenU solide* d« sang i travers la synoviate du genou# Mais il
8 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
n'infirme pas, autant qu'on pourrait le croire tout d'abord, l'opinion,
à mon avis très-plausible, que Tépanchement est le résultat indi-
rect du traumatisme. On le voit, la seconde théorie que je signa-
lais et que professe aussi M. Vemeuil, celle du traumatisme indi-
rect, n est pas sans trouver quelques garanties dans ce fait en
apparence défavorable.
lUdard (Sophie), âgée de 4 ans, est entré le 3 décembre 1817, dans
mon service à l'hôpital Sainte-Eugénie, salle Sainte-Eugénie, n^ 24 ;
morte le 10 décembre suivant.
La veille de sou entrée, cette enfant était debout sur une table asse:^
haute, lorsqu'elle fit une chute assez violente sur un parquet. Portée
à riiôpital, Je constatai le lendemain un engorgement considérable de
la cuisse gauche. Dans cet engorgement, l'examen fit reconnaître
immédiatement une fracture à l'union du 1/3 supérieur avec les 2/3
inférieurs. Il y avait en même temps un épanchement assez notable dans
le genou du côté affecté. L'enfant ne portait aucune trace de contusion
sur ce genou. Elle est placée dans un appareil de Scultet, renouvelé
depuis tous les deux jours. L* épanchement a toujours persisté, aug-
mentant d'abord, diminuant un peu ensuite. Le 1 décembre^ l'enfant
est prise de diphthérite et succombe 3 jours après cette complication,
le 10 décembre.
Autopsie, — Genou, — Dans la cavité articulaire, liquide synovial
lilant, plus foncé que celui de la synoviale, probablement coloré par
du sang. Les cartilages du fémur sont blancs, avec leur aspect hyalin
et leur élasticité conservée. Dans les culs-de-sac, il existe une vascu-
larisation très-fine qui empiète de 2 à 4 millimètres sur la surface du
cartilage et cesse au point où a lieu la pression des cartilages entre
eux. Eu outre, la coloration est très-jaunAtro, plus que d'habitude, et
dans le cul-de-sac sus-rotulien, on voit de petits vaisseaux à la surface
du cartilage. Autour du genou, sous la peau, en avant de la rotule,
existe un épanchement sanguin et infiltration sanguine étendue en
nappe. Cette infiltration se continue sous l'aponévrose fémorale jus-
que dans l'intérieur du muscle triceps, au milieu des fibres musculaires
de ce muscle, et se prolonge sous la face profonde du triceps, au ni-
veau des culs-de-sac sous-rotuliens et immédiatement au-dessous de
la rotule. Il existe aussi une couche sanguine immédiatement à la face
externe de la synoviale, et l'on comprend très-bien que la sérosité du
sang s'engage dans la synoviale, et descende ainsi dans cette syno-
viale. C'est môme à cela qu'est due la coloration du liquide de la cavité
du genou, et elle peut ôtre aussi la cause du léger degré qu'on re-
marque.
Hanche. — Dans le psoas quelques foyers sanguins ; sous ce muscle,
sur la capsule fibreuse, une couche sanguine couvre la partie inférieure
de la face antérieure de la capsule. Pas d'épanchement dans l'articula-
tion, qui est sèche; pas de vascularisation. Dans les muscles qui en-
vironnent le fémur, on trouve des infiltrations sanguines nombreuses.
k côté de ce noyau hémorrhagique, une sérosité jaunâtre infiltre les
SéANGE DU 2 JANVIER. 9
espaces musculaires. Au niveau de la fracture, le périoste commence à
s'épaissir et se perd dans une gangue fibreuse d*un demi-centimètre
au moins. Cette gangue fibreuse est dure, criante à la coupe comme du
tissu fibreux dense ; coloration rougeàtre foncée, avec des stries. Cette
gangue entoure les deux extrémités des fragments, surtout en avant.
Cesl elle qui est la première virole du cal, molle encore, mais cepen-
dant assez ferme. Au centre se trouvent les deux fragments libres de
toute adhérence. Dans la cavité, le fragment inférieur, mobile, pré-
sente une fracture en V très-oblique avec un biseau taillé aux dépens
de la face interne et se terminant en pointe.
Dans la cavité se trouve une substance rougeâtre i*essemblant à des
fausses membranes à la surface et recouvrant la moelle, qui a une co-
loration noirâtre et est assez résistante. Le fragment supérieur est
taillé en pointe qui s'engage dans la queue du V, et on trouve des
fausses membranes entrant dans la moelle qui est rouge noir, comme
charnue. L'ostéite du fragment inférieur est caractérisée par des trous
nombreux remplis par une substance rouge. Quand, avec un scalpel, on
enlève Tos qui les recouvre, on tombe sur de petites cavités pleines
de substance rouge. Cette ostéite se manifeste aussi au fragment su-
périeur. Au delà de la fracture, on constate un état grenu où l'inflam-
mation est moins vive. En même temps les muscles sont adhérents au
point épaissi du périoste, pâles, et n*ont plus Taspect fascicule.
Examen microscopique fait au laboratoire de ALGrangcrpar M. Bal-
zer, — On trouve dans le liquide un grand nombre d'éléments figurés
et principalement des globules rouges. Quelques-uns sont normaux,
mais la plupart sont déformés, crénelés, en voie de destruction. Il y a,
en outre, un certain nombre de globules blancs, très- granuleux.
Enfin, on aperçpit beaucoup de cellules parimateuses plus ou moins
volumineuses : quelques-unes sont saines, mais la grande majorité
présente un protoplasma rempli de granulations" graisseuses très-ré-
fringentes. Tantôt le noyau est intact, tantôt il a disparu et la cellule
ne semble plus formée que par les granulations réfringentes unies par
une matière amorphe.
Discussion,
H. Verneuil. Je me suis toujours montré très-réfractaire à la
théorie de MM. Gosselin et Berger.
J'ai constaté cette hydarthrose et j'en fais un signe précieux
dans des cas douteux de fracture de cuisse. J'avais remarqué que
parfois la fracture était située assez haut sur le fémur et de plus
qu'aucun épanchement sanguin appréciable n'existait au niveau de
la solution de continuité, je m'imaginais plus aisément que par le
bit du traumatisme l'articulation avait pu être violentée et un
épanchement articulaire se développer.
J'ai objecté de plus que l'explication proposée pour la cuisse ne
10 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
rendait pas compte de Thydarthrose qui survient dans les fractures
de jambe.
Enlln, j'ai cru observer que l'épanchement est plus fréquent
dans les cas où la fracture succède à une chute que lorsqu'elle est
le résultat d'un écrasement.
En résumé cet épanchement est un fait exact d'observation mais
il n'existe, pour moi, que lorsque les os ont été fortement contus.
M. Desprks. Je partage les hydarthroses en deux groupes, sui-
vant qu'elles surviennent le même jour ou quelques jours après
l'accident. Dans le premier cas, Tépanchement est une dé-
pendance directe du traumatisme; dans le deuxième cas, j'adopte
la théorie de MM. Gosselin et Berger : l'hydarthrose ne survient
que le 5* ou 6* jour en même temps qu'un œdème du membre.
M. NicAisE. Je tiens à revenir sur l'observation de M. Lanne«
longue qui me parait un peu complexe et ne semble pas faite pour
élucider la question. Je crois dans ce cas à des lésions du côté
de la hanche et du genou et je préférerais un cas de fracture par
cause directe sans entorse du genou et de la hanche, un cas de
fracture par un coup de feu, par exemple, dans lequel il n'y a au-
cune contusion.
Relativement à la filtration des globules à travers la synoviale il
est permis de croire à une déchirure ou à un froissement de cette
membrane, l'explication me paraîtrait plus plausible.
Je relèverai enfin l'expression employée par M. Lannelongue, de
fausse membrane au niveau du cal : notre collègue a voulu dire,
sans doute, membrane néoplasique : c'est le tissu normal de la
formation du cal.
M. Marjoun. J*apprécie plus que personne Timportancc du signe
indiqué par M. Berger, importance réelle surtout dans ces cas de
fractures sous-périostées si fréquentes chez les enfants. Un de
mes internes à Sainte -Eugénie, M. Coulon, avait déjà noté ce
signe que j'avais observé avec soin dans le but de me rendre
compte de la cause de la gêne du mouvement à la suite des frac-
tures du fémur; j'avais noté qu'au bout des 20 jours nécessaires
pour consolider le fémur chez un enfant, il y avait déjà une rai--
deur marquée, j'avais cherché le rapport qui pouvait exister entre
répanchement synovial et la difllculté des mouvements. Cet épan**
chôment peut être causé quelquefois par une entorse, mais il y a
presque constamment épanchement chez les enfants, de là vient
l'importance de ce signe.
M. Lannelongue. Je dirai comme M. Verneuil, que la théorie de
MM. Gosselin et Berger est impuissante lorsqu'il n'y a pas d'é-
panchement sanguin appréciable, mais j'ai voulu établir que leur
SÉANCE OU 2 JANVIER. 11
explication n'était pas une explication en Tair et qu'elle reposait
sur des expériences positives. M. Nicaise m*a demandé s'il n'y
avait pas de déchirure de la synoviale: il n'y en avait certainement
pas. M. Desprès distingue deux espèces d'épanchements, il y en a
une troisième qu'il n'a pas signalée, ce sont les hydarthroses suite
d'immobilisation prolongée qui se développent vers la fin de
la première semaine et ont été déterminées expérimentalement.
Hais il ne faut pas parler des épanchements tardifs, il faut s'oc»-
cuper des hydartliroses primitives immédiates, celles qu'ont étu-
diées MM. Gosaelin et Berger. Leur explication répond à la migo-
nié des cas, mais dans quelques faits, ceux de fractures de jambes,
lorsqu'il y a une entorse cette doctrine n'est pas admissible.
U. Jdarjolio a soulevé la question historique; je dirai que selon
mol, c'est Maigaigne qui a observé les épanchements qui survie»-
Bent dans les cas de fractures de la partie inférieure du fémur,
mats pour les faits d*épanchement, coïncidant avec une fracture du
corps de l'os, c'est à l'hôpital Sainte-Eugénie qu'ils ont été obser-
vés par MM. Marjolin et Coulon qui les ont constatés 24 ou 48 heu-
res après la production de la fracture.
M. Desprès. Quant à moi, je crois que hors les cas d'entorse du
genou, les cas d'hydarthrose qui succèdent aux fractures de cuisse
tiennent à un trouble circulatoire, et je les rapproche de celles (jui
succèdent à Timmobilisation prolongée.
M. Lannelonoue. Je répondrai à M. Desprès que les épanche-
ments a la suite d'immobilisation sont constitués par un liquide
séreux ; dans les autres, au contraire, par la rencontre des glo**
buies sanguins : c'est ce que démontré Texamen microscopique pra*
ti([iié dans le fait que je signale.
Rapports.
Rapport sur le mémoire présenté au concours du prix Laborie.
Commissioa : MM. Blot, Tillaux, Duplay, Hohteloup, et
PoLAiLLON, rapporteur»
Messieurs,
La gastroatomie ou l'étude de l'opération par laquelle on établit
à travers les parois de l'abdomen et de Testomac une ouverture
qui permette d'alimenter les malades qu'un rétrécissement de
l'œsophage ou du cardia condamne à mourir de faim, tel est le
sujet du travail {>résenté au concours pour le prix Laborie.
Dans un historique excellent, l'auteur établit que cette opération
12 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
a été étudiée pour la première fois, en 1837, par un chirurgien
militaire norwégien nommé Egebert. En 1841, notre compatriote
Blondot l'exécuta avec succès chez le chien, et huit années plus
tard M. Sédillot la pratiqua chez Thomme. L'opéré mourut. Une
seconde tentative faite par le même chirurgien fut encore suivie
de la mort du patient.
Ces deux insuccès survenant au début d'une opération auraient
pu empêcher de Fentreprendre encore. Mais il n'en fut rien. Beau-
coup de bons esprits pensèrent que dans les cas où les aliments
ne peuvent plus arriver jusqu'à l'estomac, il y a quelque chose de
mieux à faire que de donner des lavements de bouillon et de laisser
périr son malade d'inanition. Depuis les deux opérations de
M. Sédillot, on a pratiqué 33 fois la gastrostomie pour des rétrécis-
sements de l'œsophage. L'auteur a analysé avec un soin extrême,
et par ordre chronologique toutes ces opérations. Il a trouvé que
sur un total de 35 gastrostomies, la mort a eu lieu 30 fois, deux
cas (ceux de Sydney Jones et de Lannelongue, de Bordeaux) peu-
vent être considérés comme un succès opératoire; trois fois seu-
lement les opérés guérirent, ce sont ceux de M. Verneuil, de
Schônborn et de Trendlenburg.
Six décès pour sept opérations est une mortalité trop frappante
pour que l'auteur n'en ait pas recherché les causes. Toutes les
fois, dit-il, que la gastrostomie a été mise en œuvre, ce n'a été
qu'à la dernière extrémité et après avoir reconnu l'impuissance ou
l'impossibilité du cathétérisme œsophagien. Tous les malades
étaient parvenus à la dernière période du marasme. Aussi n'est-il
pas étonnant que dans la plupart des cas la mort ait suivi de près
l'opération. Il est même arrivé dans certain cas que, l'opération
ayant été un peu retardée par une raison quelconque, les malades
sont morts d'épuisement. La principale cause de la mortalité est
donc l'état d'épuisement dans lequel se trouvaient les opérés. Si
l'on ajoute à cela l'inlluence funeste de lésions viscérales ou inflam-
matoires très-avancées, et dans plusieurs cas l'imperfection du
procédé opératoire, on aura l'explication des revers si nombreux de
la gastrostomie. Pourtant il est remarquable que la péritonite n'a
été observée que 9 fois après les 35 opérations et qu'elle ne peut
être imputée à l'opération elle-même que dans 2 cas.
Le chapitre des indications contient de sages préceptes. Lacon-
duite du chirurgien devra différer suivant la nature du rétrécisse-
ment. Dans le cas d'un rétrécissement cancéreux qui s'étend au-
dessus du bord supérieur du thorax, il faut opérer, dès que la dé-
glutition des liquides tend à devenir impossible. Dans le cas d'un
rétrécissement cicatriciel, il faut opérer seulement lorsque l'obs-
tacle siège au -dessous de la portion cervicale de l'œsophage, qu'il
8ÉANGB DU 2 JANVIER. 13
est infranchissable et qu'on ne peut par conséquent songer ni à la
dilatation ni à rœsophagotomie interne. Dans le premier cas, il ne
faut pas attendre que le rétrécissement soit infranchissable, parce
que les tentatives répétées de cathétérisme et de dilatation d'un
cancer de l'œsophage sont infructueuses et nuisibles. Dans le se-
cond cas, on peut épuiser sans nuire au malade, toutes les res-
sources du cathétérisme et de la dilatation, et n*opérer que lorsque
le rétrécissement est devenu infranchissable. Mais dans tous les
cas, pour mettre de son côté quelques chances de succès, il ne
fautpas attendre que r inanition prolongée ait épuisé les forces
du sujet.
La phlegmasie pulmonaire qui Complique si souvent le cancer de
l'œsophage est une contradiction formelle de l'opération.
Lorsqu'il s'agit d'un rétrécissement cancéreux, la gastrostomie
n'est évidemment qu'une ressource palliative ; mais elle peut pro-
longer l'existence et la rendre plus supportable. Au contraire, dans
le cas d'un rétrécissement cicatriciel de l'œsophage, elle donne le
moyen de conserver la vie, peut-être de guérir le rétrécissement ;
car, selon la judicieuse remarque du candidat, un rétrécissement
qui est infranchissable de haut en bas par la voie pharyngienne peut
se laisser traverser par une sonde poussée de bas en haut par la
bouche stomacale et le cardia.
La gastrostomie est donc une opération utile, qui doit prendre
place dans la chirurgie et qu'on doit apprendre à pratiquer.
Or, il faut le reconnaître, depuis les débuts de la gastrostomie,
en 1849, jusqu'à ces dernières années, nous n'avions pas de règles
fixes pour nous guider dans l'exécution de cette opération.
En 1876, M. Labbé établit que pour arriver sur la face antérieure
de l'estomac il faut faire Tincision à 1 centimètre en dedans des
fausses côtes gauches, parallèlement à celles-ci, et ne pas la prolon-
ger au-dessous d'une ligne transversale passant par les cartilages
des deux neuvièmes côtes.
M. Labbé ne se proposait que d'ouvrir l'estomac pour en extraire
un corps étranger (une fourchette) , mais il indiqua formellement
que cette incision pouvait s'appliquer à la gastrostomie.
Le 26 juillet de la même année, M. Verneuil utilisa cette der-
nière pour faire une gastrostomie qui fut couronnée d'un plein
succès. Le candidat recommande le procédé suivi par M. Verneuil
comme le meilleur de tous ceux qui ont été employés avant lui.
Nous sommes complètement de son avis, et nous pensons qu'il
est utile de rappeler ici les temps qui le composent et les précau-
tions qui le font réussir :
1" temps. — Incision petite de 5 centimètres seulement, faite au
lieu d'élection fixé par M. Labbé. Pendant l'incision de la paroi
H . SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
abdominale, hémostase complète au fur et à mesure de l'ouver-
ture des vaisseaux.
2" temps. — Suture solide et définitive de restomac à la plaie
pariétale avant d*ouvrir ce viscère.
2!^ temps, — Incision de Testomac dans l'étendue d'un centimè-
tre et hémostase des vaisseaux coupés soit par la ligature, soit par
l'application de pinces à forcipressure.
4* temps, — Introduction dans Testomac et fixation d'une sonde
en caoutchouc rouge, flexible.
Les précautions particulières qui contribuent puissamment au
succès de l'opération sont : la méthode antiseptique pendant Topé-
ration et pendant le pansement, Timmobilisation de la paroi abdo-
minale à Taide d'une épaisse couche de collodion et l'alimentation
immédiate du malade.
Messieurs, le travail que nous venons d'analyser est la mono-
graphie la plus complète que nous possédions sur ce sujet. H a
coûté des recherches nombreuses et patientes. Il est enrichi d'une
bibliographie très-courte et de plusieurs dessins. Il est écrit avec
un sens critique très-juste.
La commission se plaît à reconnaître le mérite du mémoire qui
a été adressé pour le prix Laborie ; mais elle regrette qu'il n'ait
point de concurrent. La qualité est sans doute préférable à la
quantité.
Cependant, il serait désirable que les candidats montrassent
plus d'empressement à envoyer des travaux pour nos concours.
Rapports pour trois nominations au titre de correspondants étrangers,
par M, Giraud-Teulin.
Messieurs,
La liste de nos correspondants étrangers offre aujourd'hui
quatre vacances. Le dossier des candidatures aux élections à inter-
venir et qui nous a été remis par votre bureau est des moins pour-
vus, non-seulement de travaux présentés, mais même en noms de
prétendants aux titres vacants.
Dans cette occurrence, après en avoir délibéré, votre commis-
sion s'est arrêtée aux trois noms suivants qui vous sont tous con-
nus comme dignes, à titres divers, de notre considération et
comme devant contribuer à celle de notre compagnie. Le rappel
sommaire de ces titres justifiera, nous n'en doutons pas, à vos
yeux les propositions qui termineront ce rapport.
Le premier, comme ancienneté tout au moins, est l'illustre l^e-
présentant de la célèbre et ancienne Ecole ophthalmologique de
8BANGB OU 2 JANVIER. i&
Vienne, le professeur Arlt, dont les noinbi*eux et constants travaux
forment le trait d'union entre les doctrines traditionnelles trans-
mises par Poler et le vieux Saeger et le mouvement moderne.
Egalement maître dans la théorie et la pratique, aussi ferme clas-
sique que novateur fervent, M, Arlt résume en lui, et au même de-^
gré de puissance, renseignement du passé et les richesses acquises
en ces vingt^inq dernières années.
Toutes les découvertes chirurgicales qui font l'honneur de Tépo-
que actuelle ont dû^, pour conquérir le droit de cité scientifique,
subir répreuve de sa clinique respectée pour en sortir désormais
accréditées par son attache.
Travailleur fécond et sans défaillances, M. Arlt est, avec M. Dom-
ders et notre regretté de Graëfe, Tun des trois fondateurs et
constants directeurs de ces célèbres Archives d'ophthalmologie des-
quelles ont émergé les premières assises de la science moderne.
Tous les points délicats de Tanatomie, tant descriptive qii'histolo-
gique de la région oculaire, lui doivent de consciencieuses et sa*
vantes études, fixant soit la science, soit la pratique.
Parmi elles, la seule découverte des fibres circulaires du muscle
ciliaire lui assurerait notre reconnaissance.
Eoân, si la maxime inscrite au frontispice de notre constitution :
t Vérité dans la science — moralité dans Tart », a quelque part
une représentation vivante, c'est assurément dans Thomme uni-
versellement honoré que nous désignons à vos suffrages.
i\ous vous signalerons en second lieu, M. Georges Callender,
professeur de chirurgie et chirurgien de Thôpital Saint-Barthé-
lémy, à Londres.
Praticien très-renommé, il a publié entre autres travaux très-con-
nus une monographie sur la hernie fémorale ;
Tout récenmient de nombreuses leçons sur remploi des antisep-
tiques en chirurgie ;
Le traitement des abcès par Thyperdistension,
L'importance et les résultats de la propreté chirurgicale,
Leçons de clinique chirurgicale très -estimées,
La troisième indication fournie par votre commission portera
sur un savant plusjeune que les précédents, mais ses travaux Font
déjà classé dans votre estime, et dont plusieurs d'entre vous,
messieurs, ont pu apprécier la valeur personnelle dans les luttes
entre condisciples. M. Reverdin, de Genève, ancien interne des
hôpitaux de Paris, s'est fail remarquer par des idés neuves et des
travaux intéressants en chirurgie.
Je n'ai pas besoia de vous rappeler à cet égard ses titres :
les recherches patientes et multipliées sur les greffes épider-
miquesi apportées pour la première fois à cette tribune, pourront
16 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
bien un jour devenir une méthode classique de cicatrisation par
deuxième intention, et se rattachent ainsi, par la pensée qui les a
accumulées, à leur origine, au patronage de notre compagnie.
Nous rappellerons une thèse remarquée sur Turéthrotomie in-
terne, un mémoire sur Tanthrax de la face, un travail plus récent
sur les fistules uréthrales.
A côté de ces éléments scientifiques, nous devons placer des
titres d'une autre nature à votre attention. M. Reverdin est aujour-
d'hui, dans un pays voisin, représentant de la science et de Ver
seignement français. Il a déjà conquis dans la Faculté nouvelle-
ment fondée à Genève une position éminente, et ceux de nos
confrères qui ont été représenter notre pays au dernier Congrès
médical international ont été à même de reconnaître la naissante
autorité qu'il y a déjà acquise, et de bénéficier de son empresse-
ment à la mettre au service de Thospitalité qu'ils y ont reçue dans
cetie contrée amie.
Nos suffrages en cette occasion pourront donc être en même
temps et un acte d'estime scientifique et de reconnaissance natio-
nale.
CONCLUSIONS.
En conséquence, nous proposons à la Société de décerner le
titre de correspondants étrangers à :
M. le professeur Arlt, de Vienne ;
M. Georges Callender, professeur de chirurgie et chirurgien de
l'hôpital Saint-Barthélémy, à Londres;
M. Reverdin, professeur à la Faculté de Genève, ancien interne
des hôpitaux.
La Société se forme en comité secret à 1 h. 20 m.
Le secrétaire j
Cruveilhier.
Séance du 9 janvier 1878.
Présidence de M. Panas.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Correspond anee.
La correspondance comprend :
l*' Les journaux périodiques de la semaine de Paris et de la
province.
SÉANCE DU 9 JANVIER. 17
2« Le Centralblatl fiir Chirurgie ;
Le Comment ario cliuico di Pisa ;
La Gazetta medica Italiana Lombardia;
The British Médical Journal,
3* Du bégaiement et de son traitement physiologique, par M. le
D' Jules Godard.
4* Pratique de la chirurgie des voies urinaires, par le D" Dele-
forge.
5<* Une lettre de M. le D' Debrou, membre correspondant de la
Société de chirurgie, ainsi conçue:
Monsieur et très-honoré confrère.
Je vous annonce, avec regret, que je suis obligé, pour des rai-
sons de santé, de vous demander de ne plus me compter au nom-
bre des correspondants abonnés à vos travaux à partir de janvier
1878.
Je resterai toujours attaché de cœur aux travaux do cette savante
et si utile compagnie ; ma santé, qui a beaucoup limité mes occu-
pations professionnelles, s'oppose à ce que je continue d'y prendre
part d'une manière active et suivie.
Veuillez, Monsieur le Secrétaire général, agréer mes sentiments
de respectueuse considération.
D' Debhod,
Ancien chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Orléans.
Orléans (Loiret). ^ décembre 1877.
6*» Une lettre du D' Làtapie, de Lourdes (Hautes-PjTénées), ac-
compagné d'une note sur l'aération des hôpitaux. — Procédé pour
empêcher la diffusion des maladies contagieuses.
A r occasion du proccs-verbal.
M. Verneuil. Dans la discussion qui a été soulevée par M. Lan-
nelongue dans la dernière séance, au sujet de la nature de l'épan-
chement de l'articulation du genou consécutif aux fractures de-
cuisse, je disais que je n'acceptais pas la théorie de MM. Gosselin
et Berger, qui faisait provenir le liquide d'un épanchement san-
guin.
Je viens de voir une preuve directe du bien fondé de mes doutes.
Il s'agissait d'un homme qui, à la suite de la rupture de l'artère
fémorale, a présenté un énorme épanchement de sang enveloppant
de toutes parts la synoviale et ayant persisté cinq semaines.
J'ai fait Tamputation et j'ai pu constater qu'aucun liquide n'avait
transsudé à travers la membrane synoviale.
BULL. ET MÉU. DE LA SOC. DE CHIR. ^
18 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
r
EleetioBs.
l"" Membres correspondants étrangers :
M. le Président annonce qu'on va procéder aux élections de trois
places de correspondants étrangers.
A l'unanimité, MM. Arlt, Callender, Reverdin sont nommés mem-
bres correspondants étrangers.
2® Membres correspondants nationaux :
Le vote se termine par la nomination de MM. Vredenne, de Vin-
cennes ; Poinsot, de Lyon ; Paquet, de Lille ; Roux, de Marseille.
MM. Bœkhel, Bardy-Delisle, Ripoll, Mollière, Dezanneaux, Estie-
vent, Beau de (Brest), Dauvergue, obtiennent les autres suffrages.
Commission des eongés.
Elle est renommée par acclamation.
Discussion sur le trépan.
M. Desprès. Le lendemain de la bataille de Waterloo, S. Cooper
trépana.un soldat du 44" régiment d*infanterie anglais qui avait
reçu une balle sur la région pariétale ; il n'y avait pas de fracture
apparente au point dénudé, mais il y avait une fracture esquilleuse
de la table interne seule; le malade guérit. Moins de dix ans après,
Cooper écrivait : Le trépan doit être réservé pour les cas rares où,
non-seulement on peut établir qu'il y a compression du cerveau et
le siège de la compression, mais encore où il y a des accidents
graves et pressants qui ne peuvent être guéris par aucun autre
moyen *.
Que de mécomptes ont dû suivre un moment d'enthousiasme en
face de ce fait heureux, et vous pouvez augurer des écrits de
S. Cooper, du changement qui surviendra dans Tesprit de nos
collègues qui débutent dans les hôpitaux et qui ont, prématuré-
ment, sur un fait heureux, bâti une théorie des indications du
trépan .
Vers 1840, l'opinion des chirurgiens français a l'égard du trépan
était faite. Les enseignements de Malgaigne avaient prévalu, les
faits étaient contre le trépan, et Malgaigne avait présenté sous une
forme saisissable les|argument8 qui contre-indiquaient le trépan. Je
t s. Cooper, Dict. de c/iir., art, Trkphinb.
SÉANGB DU 9 JANVIER. 19
ne parierai pas des épanchements sanguins arachnoïdiens, pour
lesquels Abernethy et A. Gooper n'admettaient plus le trépan à la
fin de leur vie. Mais Malgaigne avait bien établi que lorsque Ton
trépanait pour des épanchements on ne retirait rien ou presque
rien et que les symptômes graves persistaient et s'aggravaient
souvent après les trépanations ; enfin que l'ouverture du
foyer d'une fracture du crâne n'était pas de la saine chirurgie,
et que souvent des lésions graves existaient en un autre point que
celui où le trépan était raisonnablement appliqué. Malgaigne faisait
allusion aux fractures de la voûte du crâne, avec propagation à la
hase et contre-coup*.
Nélaton a parfaitement résumé ces contre-indications du trépan <
et son langage à ce sujet est la sagesse même. Il n'excuse le trépan
que pour les fractures du crâne largement ouvertes, et dans les cas
où il y a des corps étrangers. Ouvrir, disait-il, le foyer d'une frac-
ture, un épanchement sanguin, c'est s'exposer â une inflammation
et à la chute de portions d'os, qui peut-être, auraient repris sans
l'incision pratiquée sur la fracture.
Depuis 1848, époque à laquelle la Société de chirurgie commença
à publier ses Bulletins, il n'y a pas de discussion sur le trépan. La
France laisse l'Angleterre abuser du trépan et elle est suivie dans
celle voie par l'Allemagne. Le trépan a reparu dans nos Bulletins
avec une observation de M. Broca. Une discussion a suivi: M. Le-
fort à publié une statistique des trépanations en Angleterre. Enfin
U. Lucas-Championnière a apporté une observation de trépanation
sui\ie de succès, puis M. Terrillon a présenté une nouvelle obser*
ration de succès pour une lésion cérébrale tardive consécutive à
une fracture du crâne. La majeure partie d'entre nous est néan-
moins restée opposée à la trépanation. Les chirurgiens de nos ar-
mées sont partagés, et je puis dire de suite que pour une raison
spécieuse quelques-uns d'entre eux sont disposés â trépaner. Dans
les plaies de tête par balle avec fracture, on est séduit par l'envie
d'extraire les corps étrangers et les esquilles que l'on voit plus ou
moins, et l'on tente l'opération du trépan. Mais il ne faudrait pas
s'y tromper, les fractures par balles ne sont pas comme celles que
nous observons dans nos hôpitaux. Ces fractures ne sont pas ac-
compagnées de contusion cérébrale étendue, de contre-coup, de
fractures ailleurs, et cela est si vrai, que les fractures par causa
directe sans grand ébranlement, que nous traitons parl'expectation,
guérissent très* facilement seules dans nos hôpitaux. En 1867,
M. Trélat a bien fait cette distinction.
< Malgaigne, De la théorie du traitement des plaies de tête, Gax. méd,y 1896.
< Nelaton» Palh. chir,, t. II, Fracture du crftne.
tO SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Il y a donc eu des statistiques et des observations. Je veux de
suite couler à fond la question des statistiques. Les unes portent
sur les faits anglais seuls, c'est la statistique de M. Lefort^, et vous
avez vu que les Anglais avaient obtenu dans leurs fractures du
crâne traitées par le trépan de 1857 à 1866, 44 0/0 de guérison, soit
56 0/0 de morts. J*ai déjà attaqué cette statistique et j*ai montré
que les Anglais trépanaient préventivement; il y a des observations
ainsi conçues : pas de symptômes (/20 symptoms)^ trépan. On tré-
pane donc en Angleterre pour des cas où cela n'est pas néces-
saire, les Anglais en sont au point ou en étaient autrefois les chi-
rurgiens d'armée qui débridaient, quand môme, toutes les plaies
par arme à feu.
Une grande statistique a été faite en Allemagne par Bluhm '.
Cette statistique porte sur 995 cas y compris ceux de M. Sedillot
et des Américains: c'est sans contredit la plus complète. Mais l'au-
teur reconnaît que les cas qu'il a réunis ne représentent pas la sta-
tistique intégrale des cas de trépanation. Beaucoup d'insuccès ont
été passés sous silence, et cela se conçoit, puisque chez nous, hier,
des trépanations ont été faites dans nos hôpitaux, ont été suivies
de mort et n'ont été publiées nulle part, tandis que les faits heu-
reux de MM. Lucas-Championnière et Terrillon ont été immédiate-
ment publiés.
La pratique des Anglais a été vue de près pendant la guerre de
Crimée, et il est curieux de remarquer que leur trépanation a
donné des résultats désastreux. M. Legouest l'a rappelé dans la
discussion de 1867^, et il fit une comparaison que je vais poursui-
vre. Nous avons perdu, disait-il, en Crimée, 73 0/0 de nos frac-
tures du crâne, et nous ne trépanions pas ; les Anglais, qui trépa-
naient, ont eu 100 0/0 de morts pour leurs fractures du crâne.
Eln 1863, année où la statisticpie des hôpitaux de Paris a été
le mieux faite, et sous la direction de M. Broca qui, comme vous
le savez, s'intéressait aux opérations chirurgicales, il n'y a eu
aucune opération de trépan et il y a eu 147 fractures du crâne, tant
de la voûte que de la base. Les fractures ont donné lieu 59 fois à
la mort, soit une mortalité de 40,1 0/0 de mort. Comparons encore :
depuis 7 ans que je suis à l'hôpital Cochin, j'ai observé 24 frac-
tures du crâne, 2 ne seront pas comptées : un coup de fleuret
qui avait traversé l'orbite et pénétré dans le cerveau, une balle
entrée dans l'œil droit, et qui était allé se loger dans le lobe occi-
I Lefort, Discussion sur le trépan. Bail. Soc. de ehlr., 1867.
• Bluhm, Statislik der Trépanation bei Kopfverlezungen besonders bei Shus-
fracturen des Shœdcls, Lûngenbeeks Arch. f. Klin.y B. XIX, 1875-76 p. 110
et sulv.
s Legouest, Discussion sur le trépan, BulL Soc. de cbir., 1866.
SÉANCE DU 9 JANVIER. Si
pitâl du côté gauche ; restentSO fractures sur lesquelles il y en a eu
6 de la base du crâne dont 5 suivies de mort, et 7 de la voûte du
crâne dont i avec enfoncement manifeste, lesquelles 7 ont guéri.
La fracture du rocher a été suivie de guérison. 6 malades
sont morts en aiTivant, et à Tautopsie, nous avons trouvé des
lésions viscérales ou des contusions du cerveau qui expliquaient
une mort rapide. 2 fractures par cause directe avec propagation à
la base ont donné 1 mort et 1 guéri. Si je soustrais les morts rapi-
des qui dans les statistiques des hôpitaux sont classés sous le
chef de contusion cérébrale, j'ai la statistique intégrale suivante :
14 cas de fractures, 6 morts, soit 42 0/0 de morts, et en bloc,
24 fractures, 14 morts, soit 58 0/0 de morts.
Donc, la statistique hospitalière, ma statistique, en prenant les
chifFres les plus avantageux, nous donne 40 0/0 de morts ou
42 0/0. Or, la statistique de Bluhm, qui, de Taveu même de Tau-*
leur, manque d'un grand nombre d'insuccès, donne pour les frac-
tures du crâne traitées immédiatement ou consécutivement par la
trépanation, 48 0/0 de morts. Cela ne prouverait pas, on le voit^
l'innocence du trépan, mais cela prouve au moins, l'inutilité du
trépan.
MM. LeDentu et Lucas-Ghampionnière ont fait miroiter devant
vos yeux les faits de trépanations exécutées sur les Américains
pendant Ja guerre de Sécession à la suite des plaies de tête par
armes de guerre ; ils ont cité lo chiffre de 25 0/0 do mortalité à la
suite du trépan, mais il y a à côté de ce chiffre éblouissant un
autre chiffre instructif, il est écrit : fractures du crâne traitées
par les moyens médicaux 80 0/0 de morts. Si nous établissons la
statistique par une moyenne, nous voyons que les Américains ont
perdu 52 0/0 de leurs fractures du crâne. Cette mortalité est. supé-
rieure à celle de la statistique hospitalière de 1863, qui est de* 40,1,-
et tout à l'avantage de l'abstention.
Ayant d'entrer dans la discussion des observations, examinons
le profit que Ton veut tirer aujourd'hui des localisations cérébrales
pour justifier le trépan. ^
n est certain que les physiologistes et les médecins ont donné,
des preuves convaincantes des localisations cérébrales. Tout n!e6t
pas dit, cela est sûr, mais il est positif qu'il y a dans le cerveau
une zone verticale dont Técorce, aussi J>ien que les pairties pro--
fondes, préside aux mouvements des membres de la face et delà
langue, cette zone comprend la circonvolution pariétale ascen-
dante, les deuxième, troisième et quatrième frontales. et Içpirolonr
gement ou l'aboutissant des fibres qui partent du corps strié ou
qui y pénètrent. Mais qu'est-ce que cela prouve en favQUi' dutrépap?
Je dirai très-volontiers que les faits de MM. Terrillôn etLucas-Clham-
SOCIETE DE CHmUROIE.
pionnière sont des preuves à Tappui et qu'ils ne sont pas les pre-
miers des localisations cérébrales, mais je nie que les signes
tirés des localisations cérébrales soient des indications du trépan.
Trépanez-vous pour un symptôme ou pour une lésion ? Si vous
trépanez pour un symptôme, vous devriez trépaner pour les
paralysies dues à un ramollissement des régions motrices, et
nous savons tous que les chirurgiens ont la sagesse de
8*abstenir de toute opération de ce genre, qu'aucun médecin
n'oserait conseiller. Un symptôme de paralysie ne saurait être
une indication de trépaner. Si c'est pour remédier à une lésion ,
si c'est pour relever une esquille que vous trépanez, les symp-
tômes manquent dans tous les points où il n'y a pas de régions
motrices, et cependant il y aurait le même intérêt à relever les
esquilles, et ces malades guérissent seuls parce que l'on a la
sagesse de ne pas leur ouvrir le crâne ou qu'on ne trouve pas de
symptômes. Les malades ne meurent pas parce qu'ils ont une mo-
noplégie brachiale, et l'esquille qui cause un trouble du cerveau
dans les régions motrices ne sera jamais dangereuse si elle ne
produit que la paralysie» Elle sera dangereuse dans les régions
motrices comme dans toutes les autres régions quand elle sera
accompagnée de contusion cérébrale. Ce qu'il vous faudrait démon-
trer c'est le moyen de distinguer s'il y a ou s'il n'y pas contusion
cérébrale, c'est la preuve que le trépan remédie à la contusion
eérébrale.
Il y a dans la thèse de Velpeau *• une observation qui remonte à
iSO ans, et elle est tellement significative au point de vue des
localisations cérébrales, que je m'étonne qu'elle ait échappé a
M. Pitres; cette observation prouve que toutes les indications
dont il vous a été parlé existaient chez un chanoine qui avait reçu
sur le crâne un cierge tombé de 80 pieds de haut et qui 58 jours
après eut une monoplégie brachiale, une hémiplégie et l'embarras
de la parole. La blessure siégeait sur le pariétal du côté opposé.
On trépana, on ne trouva rien que de la sanie roussâtre sur les
circonvolutions cérébrales, c'est-à-dire un ramollissement céré-
bral. Le malade mourut. Toutes les indications que vous a expo-
sées M. Le Dentu dans son rapport, que j'ai écouté avec le mtaie
intérêt que la Société, étaient réunies, et Ton a eu un bel insuccès.
Gela est-il assez clair 7 La monoplégie brachiale était le symptôme
d*une lésion autre que celle qu'on supposait, il n'y avait pas eu de
diiagnostic précis possible. Le fait d'Attalin sera considéré comme
un des arguments les plus solides contre l'application de la théo-
« Velpeau, Do tréjutn dêna /es pUhade tête. Thèse de concours 1884, leUre
d'Attalin.
SEANCE DU 9 JANVIER. fB
rie des localisations cérébrales aux indications du trépan. Il y a eu
bon nombre de faits du même genre qui n'ont pas été publiés, ou
qu*il est facile de retrouver dans les vieux livres. Je ne vous les
citerai pas. Enfin, et cela est un des plus forts arguments, si vous
donnez les phénomènes paralytiques pour 'des indications du tré-
pan, il faut que vous nous montriez que les paralysies sont incura-
bles par tout autre mo^en que le trépan, et vous en êtes loin.
Avant de discuter les observations, que je grouperais sous
4 chefs : 1* trépanation- préventive ; 2<» trépanation primitive^ c^est-
à'dire dans les premiers Jours des blessures; 8« trépanation
consécutive^ c'est-à-dire pour des accidents plus éloignés; \^tré^
pênation retardée pour des troubles cérébraux survenant longtemps
après une plaie de tête, je dirai que je puis parler du trépan en
toute liberté, j'ai été élevé par des maîtres à qui je n'ai jamais
vu pratiquer le trépan et qui guérissaient leurs malades. Je n'ai
jamais trouvé Toccasion de pratiquer plus qu'eux le trépan. J'ai vu
des faits semblables à ceux où l'on pratique le trépan, et mes
malades ont guéri]; j*en ai vu d'autres, où je n'ai jamais regretté
de n'avoir pas appliqué le trépan. Il y avait des lésions cérébrales,
des contusions étendues et profondes auxquelles la trépanation
n'aurait absolument rien fait.
Voyons donc les observations» Et d'abord si je montre qu'à
toute opération de trépan suivie de succès correspondent, ou des
trépanations faites dans des conditions identiques qui ont échoué,
ou- des fractures du crâne non suivies de trépan qui ont guéri
quoique les lésions fussent semblables à celles pour lesquelles le
trépan a été pratiqué, j'aurai démontré de nouveau la valeur de
l'opinion française sur le trépan.
AIH. Terrillon et Lucas -Ghampionnière ont fait éclore dans les
journaux des faits de trépanation. M. Vanlair, de Liège, a publié
un bon mémoire à l'occasion d'un fait de sa pratique, une opération
qu'il appelle une trépanation préventive ^. C'est le fait le plus
récent, je m'en empare. Il s'agit d'un enfant de 15 ans (toujours un
jenne sujet, entendez-le bien. Messieurs). Il y avait une fracture avec
enfoncement et perte de substance des os du crâne de 3 centi-
mètres, et il y avait des esquilles dans la fracture. Il n'y avait pas le
moindre symptôme cérébral, la température était normale. On tré-
pane, on extrait deux esquilles dont une de 14 millimètres sur 7 de
large. Le douzième jour on extrait une esquille de 23 millimètres
sur 12 de large, le dix-septième jour 4 fragments osseux sont
extraits dont un de 22 millimètres, le vingt-troisième jour on
extrait 13 nouvelles esquilles.
> Vanlair, Contribution à r étude de la trépanation du crâne (Bull, thér,^
1877, 15 et SO jaillet).
24 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
J'arrête votre attention sur cette observation. Direz- vous que
Ton a trépané pour enlever les esquilles qui blessaient le cerveau ?
L'observation même vous prouve le contraire, puisqu'après Topé-
ration il restait encore 17 esquilles qui sont ensuite sorties seules
et sans accidents. Cette trépanation qui a été supportée par le ma-
lade à cause de sa jeunesse, a donc été faite pour un but qui n'a
pas été rempli ; et c'est dire qu'elle a été inutile.
Les livres, les journaux du temps passé !ie manquent pas d'ob-
servations où des lésions semblables ont guéri sans trépan. Bien
des médecins connaissent des faits de fractui'e du crâne chez les
enfants, avec issue du cerveau, que Ton croyait mortelles, et qui
ont été guéries sans accidents. Écoutez un fait qui m'est person-
nel. Un enfant de 3 ans tomba il y a trois ans, d*une fenêtre du
6« étage sur une barre de soutien qui traversait une cour au niveau
de l'entresol ; la barre de fer avait fait sur le frontal, depuis l'œil
jusqu'au milieu du pariétal, une plaie avec fracture et un enfonce-
ment du crâne de 1 centimètre au moins de profondeur, la sub-
stance cérébrale sortait au fond de la plaie. Il n'y avait pas d'autres
symptômes cérébraux qu'une résolution complète de tous les
membres. Cet enfant a guéri en 6 semaines ; on avait le dessein de
l'envoyer à l'hôpital des enfants, mais la mère voulut le garder et
et je n'en fus pas fâché, car j'avais grand'peur qu'on eût l'idée de
trépaner. Un séquestre de 15 millimètres sur 10 fut détaché du
, crâne vers le 30"" jour sans le moindre accident.
La trépanation préventive est jugée par cette comparaison. Je
ne vous parlerai pas d'une observation de Burns, citée par M. Van-
' lair, où l'on fit une trépanation primitive, l'hémiplégie survint
après cette opération, on appliqua deux jours de suite une nou-
velle couronne de trépan, le 7® jour le malade mourut d'une ménin-
gite. Il s'agissait d'une fracture du pariétal droit par cause directe.
Voilà cependant un fait bien peu favorable à la trépanation primi-
tive et qui n'a pas besoin de commentaires.
Mais, dira-t-on, lorsqu'il s'agit de plaies de guerre, de balles
' restées dans le cerveau, le trépan a fait des merveilles. A cela je
. réponds que, sauf un ou deux cas de Larrey père, et un cas où la
balle était entre, la dure-mère et le crâne, il y a peu de cas heu-
. reux. On connaît presque autant de faits où la balle est restée en-
. kystée dans le cerveau. Je ne parlerai pas des faits de Paroisse de
Ramdhoret de celui de Larrey. Je citerai encore des faits inédits
'que j'ai observés et qui prouvent que des plaies en gouttière du
.crâne etdu cerveau et des balles restées dans le crâne peuvent être
guéries sans trépanation, et que, avec le temps, une balle pourra
toujours être assez facilement extraite par le trou où. elle est
entrée.
SÉANCE DU 9 JANVIER. S5
A Sedan, un soldat poméranien, une de ces têtes rondes si bien
représentées par les peintres de la bataille d*Eylau, reçut en plein
front une baHe qui creusa d'avant en arrière une gouttière qui
allait jusqu'à la suture lomboïde. Un morceau de son casque, des
esquilles emplissaient la plaie au milieu de la substance céré-
brale. Les médecins prussiens et français jugèrent le malade
perdu. Il resta dans une de mes ambulances, où je le pris pen-
dant 16 jours; après l'accident, il resta sans connaissance avec des
compresses d'eau froide sur la tête. Le 17® jour, il se réveille, de-
mande sa soupe, et le 25° jour la plaie était en si bon état qu'il
partit à pied rejoindre un convoi de blessés prussiens qui se ren*
dait à quelques lieues de Sedan.
Voici un autre fait non moins instructif : Un soldat du 31' de
marche reçut une balle au-dessus de l'oreille gauche, le !•' dé-
cembre 1870, à Villepion. Il resta sans connaissance et fut tran-
sporté dans cet état d'ambulance en ambulance jusqu'à un hôpital
jniiitaire à Bordeaux. Il se remit. On lui avait enlevé, disait-il,
une balle sous la peau. En août 1871, ce garçon revint chez son
oncle, marchand de vins, rue Bellechasse, et je fus appelé parce
qu'il avait un abcès au-dessus de l'oreille et tombait de temps en
temps dans des attaques épileptiformes. J'explorai une fistule en-
ûammée qui existait au-dessus de Toreille et je pus extraire un
séquestre du volume d'une plume de fer courte. Le malade fut
souiagéy un mois après le malade avait eu une attaque d'épilepsie
nouvelle. J'explorai encore et je trouvai quelque chose de noir.au
fond de la fistule ; je reconnus une balle dont je fis l'extraction*
C'était une moitié de la balle dont l'autre moitié avait été extraite
sous la peau. Il y eut encore pendant quelques mois des accès
épileptiformes et le malade finit par guérir. On aurait trépané pour
extraire la balle, aurait-on obtenu un meilleur résultat ?
La trépanation pour les accidents immédiats a été défendue ici
par M. Lucas-Championnière, en vue d'extraire des esquilles,
cause de compression cérébrale. Vous vous rappelez cetlô obser-
vation. Il s'agissait encore d'un homme jeune chez lequel, peu dé
jours après une plaie de la région pariétale, il survint une mono-
plégie brachiale; le 7® jour, le trépan est appliqué, le chirurgien
^tire une petite esquille.
Le trépan avait donc été pratiqué pour extraire une esquille,
Une question préalable doit être traitée avant tout. Une esquille^
oa des esquilles sont-elles donc si dangereuses pour. le cerveau?
Ehbien non, Messieurs, les Bulletins delà Société anàtomique ren^
ferment un bon nombre de faits qui démontèrent que le cerveau
.s'accoutume très-facilement à la compression. , On a trouvé des
fractm*es de la table interne du crâne, des enfonç^pients du crâne
26 SOaÉTÉ DS CHIRURGIE.
consolidés plus ou moins vicieusement et qui avaient creusé une
dépression du cerveau. Les cadavres sur lesquels ces pièces
avaient été recueillies étaient ceux de sujets qui avaient eu autre-
fois des fractures du crâne et qui n'en présentaient plus aucun
accident. Le musée Dupuytren, dans sa riche collection, renferme
les pièces les plus remarquables.
Mais on parlera d'esquilles implantées dans le cerveau, ne
croyez pas qu'il manque de faits pour répondre à l'argument.
M. Budin "^ a présenté à la Société anatomiquele crâne d'un homme
de 49 ans qui, à l'âge de 5 ans avait reçu un coup de pied de che-
val sur le front. Il avait bien guéri et il avait succombé plus tard
à un cancer du foie. A l'autopsie, on a trouvé la fracture du crâne
vicieusement consolidée avec une esquille implantée dans le cer-
veau et entourée de fausses membranes organisées. Vous voyez
jusqu'à quel point le cerveau montre sa tolérance pour les es-
quilles.
J'entends les partisans du trépan, M. Terrillon et M. Lucas-
Ghampionnière, dire qu'ils ont guéri la paralysie, l'aphasie, les
convulsions. Mais, est-ce que Ton n'a pas de nombreuses obser-
vations qui démontrent que ces paralysies guérissent sans trépan?
Est-ce qu'il n'y a pas des paralysies, monoplégies et hémiplégies
dues à des hémorrhagies cérébrales des noyaux extraventricu-
lairequi guérissent seules avec le temps? est-ce que nous n'avons
pas l'observation de M. Perrin qui montre commentavec le temps
les accidents convulsifs consécutifs aux fractures guérissent peu à
peu sans trépan. Vous rappelerai-je enfin le fait que je vous ai
déjà sommairement exposé?
Fracture du crâne avec enfoncement. — Paralysie. — Guérison.
Voici l'observation à laquelle j'ai déjà fait allusion et que j'ai recueil-
lie lorsque j'étais interne dans le service de M. Manec, en 1859.
Le nommé Bouchart, figé de 51 ans, était au fond d'un de ces fossés
que l'on creuse dans les rues pour rétablissement des conduites d*eau
ou de gaz, lorsqu'il reçut sur la tête un levier qui tomba perpendicu-
lairement.il perdit connaissance et fut apporté à l'hôpital de la Charité,
salle Saint-Jean, n^ 30, le 23 novembre 1859.
 Phôpital il avait repris connaissance. Une plaie du cuir chevelu
avec enfoncement des os du crâne siégeait un peu sur le côté gauche
au milieu de la voûte crânienne, une ligature fut faite par l'interne de
garde pour arrêter une hémorrhagie fournie par une artère du cuir
chevelu, des cataplasmes furent placées sur la plaie; autant que mes
souvenirs me le rappellent, le malade ne pouvait supporter une vessie
de glace sur sa tête.
t Budin, Fracture ancienne de la voûte du crâne, Bull, Soc. ana^o-
mique, 1874, p. 22.
•iAKGI DU 9 JANVIER. SI
Le lendemain 24, résolution incomplète du membre supérieur droit,
lifement purgatif.
Même état les jours suivants. Issue de substance cérébrale par la
plaie.
Le 27, huile de ricin, 30 grammes.
Le 28, le bras semble un peu plus libre.
Le 29, paralysie complète du bras droit moins la sensibilité au froid.
Le SO, lavement purgatif, môme état.
Le i*' décembre, paralysie incomplète du membre inférieur droit.
Le 2, hémiplégie droite complète, parole embarrassée ; dans la nuit
il 7 a eu une perte de connaissance, flèvre[; 15 sangsues derrière To-
reiUe. M. Manec redoute la méningo-encéphalite.
Le 3, délire, parole embairassée, toujours issue de pus verdfttre par
la plaie, on peu d'hémiplégie faciale. (Le côté n'est pas noté dans mes
iioteB.)
Le 4, aggravation des symptômes, diarrhée, impossibilité d'articu-
ler lee paroles, déglutition difficile, apparence de pus cérébral, traces
de pus violacé et blanc nacré au milieu de pus verdâtre.
Le 5, goût conservé, pas de selles, lavement purgatif.
Le 6, même état.
Le 7, deux esquilles, une de 18 millimètres de long sur 5. Un mor-
ceau du drap de la casquette du malade et de la ouate de la doublure
sont successivement extraits, ils étaient amenés au dehors par le pus,
selles, même état des paralysies.
J^e S, quelques mouvements dans la jambe droite.
Le 9, la parole est plus facile.
Le 10, mieux, une demi'^'portion, la fièvre est tombée.
Le 11, une portion entière, le bras reste toujours paralysé.
Le 13, un peu de fièvre.
Le 15, agitation, hoquets, perte complète de la parole, lavement
purgatif.
Le 16, même état.
Le 18, érysipèle de la face (il est probable que l'érysipèle existait
sur le cuir chevelu depuis deux jours), paralysie de la langue, lave-
ment purgatif.
Le 19, émétique en lavage, diète.
Le 22, l'érysipèle est terminé à la face, la parole est revenue, appétit,
les mouvements reparaissent dans le bras droit et sont de plus en
pins nets dans l'ordre suivant: l'avant-bras d'abord, et le bras ensuite.
Le 27, rérysipèle existe encore sur le cou.
I^ 28, môme état, la plaie bourgeonne bien, pansement simple, une
portion.
lie 28, extraction de 6 esquilles du volume d'un fragment de grosse
attnmette.
Le 29, le malade remue plus facilement son bras et sa jambe ; encore
mipeu d'érysipèle.
Le 31, môme état général bon, plus traces d'érysipèle, le malade se
ttre mst won séant.
28 SOCIÉTÉ DE CHIRURGllC.
Le !«*■ janvier, je quitte l'hôpital ; j'ai appris depuis que les forces
étaient rapidement revenues : le malade est sorti de l'hôpital pour aller
à Vincennes en convalescence, et s'est rendu à pied de la salle à la
voiture qui devait l'y conduire.
Cette observation, que je dédie à M. Charcot, indépendamment de ce
qu'elle prouve rinutilitc absolue du trépan, est une démonstration
des plus rigoureuses de la théorie des localisations cérébrales: la bles-
sure du cerveau existait en effet rigoureusement au niveau du lobule
paracentral. On suit, à Taide de la paralysie, la marche des lésions de
haut en bas sur la circonvolution pariétale ascendante et sur le trajet
de la scissure de Rolande. .
L'extraction des esquilles dans une plaie du crâne est passible
d'un reproche, on se demande toujours, en lisant les observations,
si ce que Ton a extrait après la trépanation était bien une esquille
destinée à être éliminée. Si je prends, en effet, le texte même de
Tobservation de M, Lucas-Championnière, je lis: ^une esquille que
f extrais avec quelque peine it; pour qui sait lire entre les lignes^
cela veut dire que le fragment d'os tenait à la dure-mère et qu'il
fallut l'en arracher.
Je ne voudrais pas jurer que cette esquille n'eût pu reprendre et
se consolider si on l'avait laissée tranquille.
M . Broca a trépané, 6 semaines après l'accident, une fracture
du crâne pour extraire un séquestre, et il a réussi. En présence de
signes évidents de suppuration et de nécrose, j'aurais peut-être fait
ce qu'a fait M, Broca. Mais on peut se demander si l'esquille n'au-
rait pas pu être extraite en la morcelant. Le malade, encore une
fois, était un jeune sujet ; il a guéri des accidents principaux,
mais il lui restait encore quelque chose, une contracture de la face.
Mais en face de ce cas heureux, combien ne compte-t-on pas
d'insuccès ! il y en a dans tous les recueils de faits qui ont servi
aux statistiques. J'ai vu pour ma part le fait suivant, qui prouve que
la nécrose limitée des os du crâne peut guérir par éliminatioa
spontanée.
Le 27 novembre 1876, un homme de 32 ans, le nommé Kim, re-
çut, pendant qu'il travaillait dans un puits, un pavé dont un angle
frappa le côté de la tête juste au niveau de la suture sphénoïdo-
pariétale. Le malade resta sans connaissance pendant 3 heures. A
son «réveil il accusait non-seulement une douleur au point contus
où il existait une plaie et un enfoncement des os du crâne, mais
encore une douleur vive à la région pariétale du côté opposé. Le
malade était dans un état d'hébétude très-marqué. Je fis raser la
tète et appliquer un grand vésicatoire. Le malade resta six se-
aiaines à l'hôpital et sortit guéri.
Au mois d'août 1877, il revint avec un abcès. sous-périostique
SÉANCE DU 9 JANVIER. 29
dn crâne, au lieu où avait existé la fracture, l'abcès fut incisé et
drainé. On sentait un point du crâne dénudé et il sortit une petite
esquille du volume d'une grosse tête d'épingle, Cet abcès avait été
précédé de violentes douleurs de tête. Vous voyez que les choses
peuvent s'arranger à la suite des fractures du crâne, comme nous
le voyons pour les fractures avec de petites esquilles des autres os.
Des faits du même genre ne manquent pas d'ailleurs.
Dans l'observation de M. Terrillon il s'agissait encore d'une
esquille, mais il n'y avait pas trace d'inflammation. Cette obser\'a-
tion peut être placée entre celle de M. Lucas-Championnière et
celle de M. Broca, et ce qui a été dit contre les deux dernières
s'appliquent à la première.
La trépanation retardée pour des accidents cérébraux consécu-
tifs : épilepsie, paralysie, convulsions, douleurs persistantes, a été
/aile nombre de fois : tantôt on exécutait un trépan exploratonr,
tantôt on trépanait dans le but d'ouvrir un abcès.
Les observations sont nombreuses, et les deux mémoires de
Quesnay * rapportent lofait de J.-L. Petit; mais depuis je ne sach •
pas qu'on ait guéri im malade atteint d'abcès du cerveau par la
trépanation.
Nous avons longtemps vécu avec l'enthousiasme qu'on nous
avait inculqué pendant nos études pour une mémorable obsei*vation
où Dupuytren avait eu la hardiesse de trépaner un jeune homme
qui avait eu une plaie du crâne par instrument piquant, ce chirurgien
avait ouvert un abcès du cerveau, et avait sauvé le malade.
Ce malade est mort. S. Cooper cite un journal anglais où il est
dit que le malade a succombé '. Depuis, encore combien de faits
malheureux malgré la persistance des partisans du trépan ! Que
M. Tillaux n'ait donc pas de regrets : son malade, s'il l'avait trépané^
serait mort comme celui de Dupuytren.
Moi aussi j'en ai vu, des cas d'abcès du cerveau, j'ai diagnosti-
qué des abcès^ des tubercules enkystés, à la place où ils étaient,
le diagnostic a été vérifié à l'autopsie. Mais les malades ne pou-
vaient ni ne devaient être opérés. Ils avaient de la ûèvre et des
lymptômes de méningite. La fièvre ! je ne dis pas seulement par
là l'élévation du pouls, mais l'élévation de la température. Voilà
une contre-indication du trépan.
Je saisis cette occasion pour signaler à M. Le Dentu une lacune
dans son remarquable rapport. Quels que soient les symptômes
* Quesnay, Mém. sur les plaies de tele, el irépan dans les cas douteux,
Mém. Aead. de chîr , t. II, éd. Lapeyronie.
• ^omrn, of foreîgn lùed,, n© 18, p. 298, in S. Cooper, Dict. de cliir., art.
Treprinx, trad. Paris, 1826.
80 SOCttsi BM CHIRUnGIB«
paralytiques, la fièvre est uhe contre-indication formelle du trépan;
quand la fièvre existe, la méningo-encéphalite est proche. Si Ton a
régulièrement échoué dans les cas de trépan pour des abcès siiii<^
pies ou tuberculeux, cela tient à ce que les abcès du cerveau ne
révèlent leur présence que par des signes de méningo-encéphaliia
Les sujets qui ont des abcès du cerveau, des tumeurs cérébralei
même, meurent subitement, ou meurent' de méningo-encéphalite
ou de ramollissement cérébral. Le cerveau résiste à la compres-
sion et Ton ne soupçonne les abcès et souvent les tumeurs du cer-
veau que par leurs complications, et, lorsqu'elles existent, la trépa-
nation est absolument inefHcace. Cette loi de révolution des abcàf
du cerveau, qu'ils soient liés à des tubercules, des traumaUsmei
ou à des otites, c'est, suivant une expression de M. Chauffard, une
maîtresse majeure qui doit toujours dominer vos résolutions.
A plus forte raison, s'il y a du délire, du coma, des convulsion»
en même temps que de la fièvre, il serait absolument déraisonnabk
d'opérer, quoique cela ait été fait. Estrce que nous ne ferions pas
tous la trépanation pour des tumeurs cérébrales, si nous pouvions
les diagnostiquer avant la méningo-encéphelite ou le ramollisse-
ment qui emporte les malades?
Je n'insisterai pas sur les nombreux faits qui prouvent que des
trépanations faites pour des accidents épileptiformes n'ont point
empêché les accidents de se reproduire, que des paralysies ou des
contractures ont persisté après le trépan. Dirai-je encore que des
trépanations pratiquées à titre d'exploration contre des douleurs
de tête ont dû être répétées, quelque fois sans succès, et que de
simples incisions du cuir chevelu ont produit le même résultat,
ainsi que Pouteau l'a montré? Je ne citerai que pour mémoire les
trépanations de Klein S pratiquées pour des douleurs oii le chirur-
gien, se croyant obligé de faire quelque chose, a enlevé les glandes
de Pacchioni.
De cette longue discussion on peut conclure : que le trépan pré-
ventif, primitif ou secondaire, n'a jusqu'ici réussi que chea
des jeunes sigets qui, comme on le sait, supportent beaucoup
mieux les traumatismes graves que les adultes ; l'aggravation du
traumatisme a été supporté, et c*est tout ce que l'on peut dire de
moins accusateur pour le trépan.
La trépanation ne doit avoir pour but que l'extraction d'esquilles,
car les trépanations faites pour des épanchements de sang démon-
trent que la quantité de sang extraite a toujours été insignifiante.
Or, il est positif que la trépanation n'a pas permis d'extraire des
esquilles qui sont sorties seules plus tard; il est en outre démontré
» M. Velpeau, Thèse citée, 1834.
SEANCE DU 9 JANVIER. 31
que des esquilles volumineuses se sont consolidées, qu'elles ont
eontinué à comprimer le cerveau et ont fini par n*entraver en
rieo les fonctions de cet organe, bien qu'elles y fussent implantées.
On doit condamner le trépan primitif, parce qu'il n'y a aucun
moyen de dire s'il y a ou s'il n'y a pas contusion du cerveau en
même temps que fracture esquilleuse, et il sera toujours permis
de dire que si des malades trépanés ont guéri c'est qu'il n'y avait
pas contusion cérébrale. Et si l'on dit que, dans les cas de mort,
le trépan ne fait pas mourir les malades, nous dirons, nous, que
dans les cas suivis de succès, les malades guérissent malgré le
trépaa
Le trépan retardé pour des accidents consécutifs, serait très-ap-
plicable à des maladies auxquelles on ne l'applique pas et pour
cause, tels sont les tumeurs cérébrales, psammomes, épithéliomes,
gliomes, etc. ; mais comme les abcès du cerveau et les tubercules
ou kystes du cerveau, ces lésions ne se révèlent par des symp-
tômes apparents que quand il y a des complications inflammatoires
qui contre-indiquent absolument le trépan.
J'ai fini, je ne veux plus dire ni bien, ni mal du trépan. Seu-
lement, si je réalisais le projet tentant de faire un livre de méde-
cine opératoire, je le terminerais par un dernier chapitre intitulé :
des opérations inutiles, et le trépan aurait la deuxième place.
Présentation d'Instranenta.
M. Terrier présente, au nom de M. le D' Courserant, un écar-
teor des paupières.
lonval écarieur pour les paupières, se manosavrant avec une seule main,
par le D^ Ck)URSERANT et M. Mariani» présenté par M. Terrier.
L'écarteur que nous présentons a été construit, sur nos indica-
tions, par M. Mariani, fabricant d'instruments de chirurgie. Il jouit
de tous les avantages qu'on rencontre chez l'écarteur de M. le
D'Armaignac, il supprime le seul inconvénient de ce dernier instru-
ment, la possibilité de céder sous une contraction énergique des
paupières; à l'aide d'un petit levier et s'engageant dans trois crans
destinés à limiter tous les écartements, les branches sont mainte-
nues dans une position invariable. Un simple mouvement de doigt
permet de baisser le levier, et l'écarteur reprend tout son jeu, si
important lorsqu'on est en présence d'accidents qui nécessitent
l'enlèvement rapide et sûr de l'instrument.
La séance est levée à 5 h. 20 m.
Le Secrétaire^
Gruveu.hi£r.
32 sociéré de CHinuRaie.
Séance annuelle du 16 janvier 1878
Présidence de M. Panas.
M. le Président prononce Tallocution suivante :
Messieurs et chers collègues.
Dans quelques instants M. le Secrétaire annuel vous exposera
Tensemble des travaux de la Société pour Tannée 1877. Vous verrez
par là que la publication de vos Bulletins offrira comme par le
passé, toute Timportance scientifique que leur accorde le monde
savant Irançais et étranger, et qui n'est que le juste tribut dû à
votre labeur incessant et à votre amour pour la science.
S'il était permis à celui qui a eu Tinsigne honneur d'être choisi
pour présider à vos séances, de vous adresser des éloges, je dirais,
sans crainte d'être démenti, que dans aucune société savante on ne
rencontre plus d'esprit de justice et de vérité scientifique que dans
celle-ci.
Ce n'est d'ailleurs là, Messieurs, que le développement naturel
des traditions de la chirurgie française de tous les temps, telle
qu'elle a été fondée par vos prédécesseurs, et telle qu'elle sera con-
tinuée, j'en ai la ferme conviction, par vos contemporains et par
nos successeurs.
Hélas! on ne peut toucher par la pensée à un édifice composé de
générations qui se succèdent, sans avoir immédiatement à regretter
des pertes douloureuses, comme celle que vient d'éprouver encore
cette année la Société de chirurgie.
Dolbeau, notre brillant et malheureux collègue, nous fut ravi
par une mort rapide et prématurée, alors qu'il venait d'atteindre le
faîte de sa carrière médicale.
La Société n'oubUera pas qu'il a été l'un de ses membres les
plus actifs et son président pour l'année 1872.
C'est encore la perte de Tun de ses membres les plus illustres,
de l'un de ses anciens présidents, que la Société déplore dans la
personne de Bouvier. Plus favorisé que Dolbeau, notre regretté
collègue jouissait d'une verte vieillesse, lorsqu'un fatal accident,
auquel l'a exposé la perte graduelle de sa vue, vint mettre fm à ses
jours. Interprète fidèle de vos sentiments et de votre estime, le
bureau n'a pas manqué d'exprimer sur sa tombe des paroles de
regrets. ^
Hervez de Chagoin, un de vos vétérans aussi,, succombait dans
la même année, de sorte que la Société s'est trouvée privée coup
sur coup de trois de ses membres honoraires.
SEANCE DU 16 JANVIER. 83
Parmi nos correspondants nationaux une seule mort est venue
nous attrister, c*est celle de Jules Roux, de Toulon, ancien inspec-
teur général de la marine en môme temps que savant de premier
ordre.
Cette part faite à la douleur, il m'est doux d'arriver aux
nouvelles recrues de la Société, et c'est avec un véritable bonheur
que nous avons vu s'adjoindre à nous comme membre titulaire un
jeune savant de mérite, M. Farabœuf, dont vous avez pu apprécier
déjà les travaux.
Les nouveaux membres correspondants nationaux qtd ont con-
quis vos suffrages sont :
MM. Vedrenne, à Vincennes,
PoDfsoT, à Bordeaux,
Paquet, à Lille,
Roux DE Brignoles, à Marseille.
Tous sont des chirurgiens distingués et travailleurs, qui ne
manqueront pas de concourir à vos travaux.
Quant aux correspondants étrangers, vous n'aviez que trois pla-
ces à accorder et vous avez choisi pour les remplir :
&IM. Arlt, de Vienne,
G. Callender, de Londres,
Reverdin, de Genève.
Le premier est le célèbre ophthalmologiste que tout le monde
connaît ; le second est le chirurgien distingué de l'hôpital de Bar-
tholomew, à Londres, et quant au troisième, M. Rever(lin,il vous est
connu par ses importants travaux sur l'épidermisation des plaies,
outre qu'il vient d'être nommé professeur à la faculté de médecine
de Genève.
A tous ces titres, vos choix sont excellents ; aussi avez-vouB
proclamé MM. Arlt, Callender et Reverdin membres correspon-
dants étrangers à l'unanimité.
Les prix que vous avez eu à accorder cette année, ont été plei-
nement justifiés par l'importance, sinon par le nombre des travaux
soumis à votre appréciation.
C*est ainsi que vous avez donné le prix Duval à un ancien interne'
des hôpitaux des plus distingués, M. Valtat, en récompense de sa
thèse inaugurale, où il traite de r atrophie musculaire consécutive
9ax artbropatbies^ sujet aussi neuf qu'intéressant.
Le prix Laborie fut décerné à M. Petit (Henri], pour son très-
intéressant travail sur la gastrostomie ; question toute d'actualité
et que l'auteur a traitée d'une façon absolument complète au point de
vue historique.,
•ULL. KT MBM. DE LA SOC DS CHIR. 3
34 SOattÈ DE CHIRURGIE.
Nous félicitons très-sincèrement les deux nouveaux lauréats.
Vous savez, Messieurs, que le prix Gerdy devra être distribué
ft la fin de 1879, et que pour vous conformer aux clauses du tes-
tament, vous avez dû désigner, deux années à l'avance, la ques-
tion qu'auront à traiter les candidats. Après mûre réflexion, la
commission nommée à ce propos vous a soumis la question sui-
vante, qui a recueilli vos suffrages :
Histoire des doctrines relatives à la pyohémie ou infection purulente.
Nous espérons que votre appel sera entendu et qu'il en sortira
un travail magistral, digne* de la haute portée chirurgicale d*un
pareil sujet d'étude.
Le prix Demarquay, fondé par votre regretté collègue, dont
vous allez entendre l'éloge, tel que la plume pleine de verve de
votre secrétaire général a su le retracer, sera proposé cette année
pour la première fois.
Vous aviez, comme pour le prix Gerdy, à fixer la question deux
années à l'avance, et voici celle à laquelle vous vous êtes arrêtés :
Pathogénie des différentes formes d'ankyloses et indications thérapeutiques
qui en découlent.
Je ne dois pas omettre de vous parler d'un autre sujet, qui tou-*
che de près aux récompenses, à savoir, de l'état de vos ressources
pécuniaires.
Pour la première fois, grâce aux excédants, il vous a été permis
de faire un placement en rentes sur l'État de 4,800 francs ; outre
que 250 francs ont été alloués pour votre bibliothèque et 550 francs
pour l'achat d'un tapis. Ce résultat favorable est dû, en partie, à
l'augmentation de vos abonnés aux Bulletins, qui est actuellement
de 207, et beaucoup à la bonne gestion de votre trésorier, M. Ni-
caise, dont nous ne saurions trop louer le zèle.
Mes chers collègues , je ne puis terminer cette courte allocution
sans vpjuus exprimer ma vive gratitude de m*avoir appelé, l'année
dernière, au poste d'honneur de la présidence. Ce témoignage de
votre estime pour moi me remplit de reconnaissance, et soyez
certains que j'en garderai le souvenir.
M. Cruveiluier, secrétaire annuel, lit le compte rendu de la So-
ciété pendant l'année 1877.
Messieurs,
Le rôle qui m'est assigné, dans la séance de ce jour, n'est que le
SiANGB DU 16 aANVIER. SK
complément du mandat que j'ai rempli sous votre bienveillant pa-
tronage pendant Tannée qui vient de s'écouler.
Vous avez pensé que, reproduisant hebdomadairement vos
séances, votre secrétaire annuel devait se pénétrer intimement de
votre esprit et, suivant l'expression de Montaigne, se revêtant
pour ainsi dire de votre substance, devait mieux que tout autre re-
tracap l'histoire de vos travaux d'une année.
J'ai ressenti. Messieurs, en parcourant à nouveau vos Bulletins,
une vive impression, et bien qu'en Texprimant je rie sois que l'écho
de mes devanciers, c'est un bonheur pojar moi de vous la tra*
duire.
Celte impression est celle de l'étonnement en face de tant de dôi-
cuments accumulés, documents de valeur inégale, mais contenant
tous au moins une parcelle de ce véritable esprit scientiflque dont
étaient animés les fondateurs delà Société de chirurgie.
Vous avez pris part. Messieurs, à plus de trente discussions;
quelques-unes vous ont été transmises paries années passées^
d'autres reparaîtront l'année qui vient, établissant ainsi un trait
d'union entre tous vos travaux.
Parmi les points de la chirurgie qui vous ont toujours, et à juste
titre, le plus préoccupé, il faut citer les questions de pathologie
générale.
Dâs le début, nous rencontrons le nom de M. Vemeuil qui, dans
un petit mémoire, cherche à compléter la discussion qui a eu lieu
l'an dernier sur les rapports réciproques du traumatisme et de la
grossesse. Deux points sont particulièrement envisagés :
En premier lieu, TinfLuencopyogénique de la gravidité. L'auteur
dte àTappui trois observations d'arthopathies arrivées à suppura-
tion; mais, ainsi que l'a fait remarquer M. Gueniot, ces malades
avaient d'anciennes arthrites scrofuleuses, et la question lîe peut
être tranchée qu'en s'adressant à des individus exempts de ce vice
constitutionnel.
Le second point abordé par M. Verneùil est relatif à l'époque
où il convient de pratiquer les opérations pendant la grossesse :
0 faudrait un autre critérium que la seule quantité de jours et de
semaines, l'état antérieur de la femme doit être pris en grande
considération. MM. Tarnier et Gueniot ont émis à ce sujet de très**
judicieuses observations.
Un deuxième chapitre de la pathologiè^générale a été abordé, c'est
laqaestion du rapport de l'arthritisme et des plaies, soulevée par un
travail de M. Bachon. L'auteur, en se demandant s'il n'y aurait pas
entre le rhumatisme et lé système lymphatique une mystérieuse
connexitéy est un peu sorti de la question ; aussi le rapporteur;
M. Le Dentu, a-t-il fait remarquer que les considérations énoncées
96 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
manquaient un peu de la rigueur dont la pathologie générale a be-
soin plus que toute autre branche de la science.
Dans la séance du 28 mai*s, M. Piachaut, président de la Société
médicale de Genève, membre correspondant étranger, invita les
médecins français à se rendre à Genève, à l'effet d'assister aux
séances du congrès médical, et la cordialité de la réception ne Ta
cédé en rien aux termes gracieux dans lesquels cette invitation
était faite.
M. Piachaut donc, dans cette même séance, abordant la question
du drainage dans les plaies d'amputation» a revendiqué la priorité
de cette pratique pour Ghassaignac en l'enlevant à Lister et à Âzam,
de Bordeaux.
Cette question de priorité a soulevé aussitôt une discussion. De-
puis le tube pertuisé de Guy de Ghauliac, signalé par M. Guyon,
les sétons employés de toute antiquité, comme Fa fait observer
M. Le Fort, la sonde degonune élastique que M. Forget a vu entre
les mains de Jules Gloquet, jusqu'au drain de Ghassaignac, la
même indication était toujours remplie. Faut-il faire dater le drai-
nage de l'emploi des drains, évidemment non, car ce serait, suivant
l'expression de M. Le Fort, à l'inventeur du caoutchouc qu'il fau-
drait en faire remonter l'honneur.
Deux faits semblent résulter de la discussion : d'une part, que
c'est bien M. Arlaud, chirurgien en chef de la marine, membre
correspondant de la Société, qui a fait le premier l'application du
drainage préventif ;
Le second fait et le plus important, c'est que l'opinion générale
tend à accepter un mode de pansement que l'on peilt définir avec
M. Trélat : réunion primitive avec tube à drainage placé dans k
sinus de fermeture de la plaie avec réunion très^exacte.
Quel contraste entre cette méthode où l'on cherche avant tout
la réunion primitive et le pansement à l'alcool, dit de Nélaton,
dont l'essence est de laisser les plaies largement ouvertes!
M. Delens et après lui M. Guyon ont fait ressortir l'absence
complète de réaction locale et l'atténuation de la réaction générale,
qui a fait classer par M. Guyon ce mode de pansement au point de
vue de ses effets primitifs à côté de l'irrigation continue et de la
glace.
Nos Bulletins contiennent tous les ans un certain nombre de faits
relatifs aux lésions congénitales.
MM. Depaul et Polaillon nous ont présenté chacun un fait d'occlu-
sion intestinale par imperforation de l'anus. — Dans le fait de
H. Depaul, le gros intestin n'existait pas et le savant professeur
s'abstint de toute opération, assuré qu'il était de l'exactitude de son
{diagnostic.
SÉANCB DU 16 4A;iVIBH. 37
Malgré les nombreux travaux parus sur ce sujet, la question de
la nature et de la pathogénie des tumeurs congénitales ano-coccy-
pennes reste à Tordre du jour. Ces faits sont peu communs et de
plus anciens ne peuvent être utilisés, vu l'absence d'examen bis-
tologique ; c'est ce qu'ont fait ressortir MM. Panas et Depaul, en
constatant que la question ne pouvait encore être scientifiquement
tmnchée.
Je dois m*arrèter un moment sur les affections de la peau car
nous avons eu l'heureuse chance d'entendre notre collègue del'h^
pital Saint-Louis, M. Lallier, si compétent en ces matières, noos
exposer un cas d'ulcération de la face et du cou où le diagnostia
est resté incertain.
Sous le nom bizarre d'ainhum, M. le D' Guimaraes, de Rio de
Janeiro, nous a fait connaître une affection des orteils caractérisée
par une gangrène à forme spéciale qui serait propre à la race
nègre.
M. Reverdin, de Genève, nous a envoyé l'observation d'un épi*
thélioma qui, par sa durée (35 ans), lui paraît un de ces faits si rares
de transformation de tumeur.
Un autre cas fort intéressant de greffe épidermique était joint au
premier.
Sous le Utre de phlegmon sous-ombilical, M. Heurtaux nous a
adressé un mémoire avec planches où l'on retrouve toutes les qua-
lités gui distinguent l'éminent chirurgien de Nantes.
Je dirai seulement que d'après lui nous aurions affaire à une af-
fection non encore décrite, dont le siège serait une cavité naturelle
anatomiquement déterminée par M. Jouon, professeur d'anato mie de
Nantes, et nommée infra-ombilicale; c'est dans cette cavité que s'é-
•parpillent, au milieu d'un petit amas graisseux, les extrémités ter*
minales des artères ombilicales et de l'ouraque. Le travail de
IL Heurtaux étant de ceux qui ont besoin d'être médités, la dia-
cussion n'a pas encore été engagée, mais elle sera des plus inté-
ressantes.
U y a deux ans votre secrétaire, M. Sée, relatait un cas de suture
tendkieuse par anastomose dû à M. Tillaux. La question semblait
épuisée, lorsque cette année deux conmiunications vous ont été
lûtes:
Je passerai rapidement sur celle de M. Mollière, de Lyon, dans
laquelle ce chirurgien, à la suite d'une perte de substance du tendon
ducubital antérieur, parait avoir rétabli la continuité de ce tendon
en faisant la suture de la gaine tendineuse ; je me joins au rappor-
teur M. Delens pour trouver insuffisants les détails de l'observa-
tion,
n n'en est ))as de même de M. Notta ; ses quatre faits de suture
>Sg 30CIKTÉ DK CHIRURGIK.
tendineuse sans adhérence de la peau à la cicatrice sont très-sur-
prenants et avaient paru entachés de quelque exagération, mais les
observations ne laissent aucune place au doute et font honneur à
Hiabileté bien connue de notre confrère.
La coxalgie n'a pris place dans nos Bulletins que comme élément
de diagnostic différentiel. Frappé de la xencontre qu'il avait faite de
certains malades auxquelles on appliquait faussement la déuomif
iiation et le traitement de coxalgiques, M. Vemeuil nous a lu un
mémoire sur la rigidité des adducteurs de la cuisse simulant la
coxalgie. Cette contracture e&t-elle primitive ou secondaire i l'im-
potence fonctionnelle des muscles droits de l'abdomen comme l'a
pensé M. Panas ? c'est une question qui doit être réservée.
- Je tenninerai l'exposé des affections du système musculaire en
mentionnant la communication de M. Duplay, intitulée : ContraO"
iure permanente de cause traumatique des muscles du côté droit
de la face et du masseter. Notre collègue n'avait trouvé dans les au*
leurs aucune trace de cette affection, mais M. Terrier a pu lui four-
nir un fait identique.
Nous abordons l'étude du système osseux, qui occupe dans la
Chirurgie une place aussi importante que dans la structure organi-
que. Nous ne voyons figurer les fractures que dans deux cas : un
cas de rupture du fémur guéri sans raccourcissement par M. Du-
play ; un eas de fractures spontanées multiples dues, suivant toute
apparence, à la syphilis héréditaire.
'■ Trois variétés rares de luxations nous ont été présentées :
- La première, due à M. Polaillon, est un déplacement de l'appen*
tlice xiphoide pendant la grossesse.
* - Lé deuxième fait est une luxation sous-glénoïdienne de Thumé^
rus, réduite le 75* jour par M. Farabœuf, notre nouveau coUègua*-
Ce malade avait été soigné par un rebouteur , et lorsque
M. Farabœuf fut appelé, il y avait 73 jours que l'accident était arrivé.
Le bras formait un angle droit avec le corps, et le malade soute-
nait le membre sur une fourche lorsqu'il voulait marcher, les
seuls mouvements possibles étaient les mouvements en uvant
;et en arrière; le raccourcissement était de 2 centimètres i/l»
Vous avez entendu le rapport si complet de M* Périer,c et vous
avez vu par quels mouvements méthodiques M. Farabœuf a obtenu
là réduction, et quel appareil il propose pour arriver à fixer l'omo*
plate du côté malade qu'il veut rendre solidaire de l'omoplate du
'côté sain. Ce travail, comme tous ceux de M. Farabœuf, porte Tem-
*preinte de rares connaissances anatomiques mises au service d'un
'esprit éminemment chirurgical.
M. Vast, chirurgien enchef de l'hôpital de Vitry-le-François,nousa
communiqué un fait très-rare de luxation fémoro-tibiale en arrière
SÉANCE DU 16 JANVIER. '39
avec rupture de l'artère et de la veine fémorale sans plaie cuta-«
oée^l n'y aurait dans la science qu'une observation de Tumer quiait
été suivie de la rupture de la veine fémorale, La gangrène étant dé«
darée, l'amputation fut pratiquée le iS* jour, et bien que le blessé
eût 78 ans la guérison a été rapide et absolue.
Deux résections du maxillaire inférieur par la iméthode d^ElBS-
march ont été rapportées. L'une est due à M. Po'zzi,la relation peut
en être citée comme un modèle; elle offre déplus cet intérêt que le
malade vous a été montré il y a quelques jours, un an environ après
l'opération.
Le deuxième cas de résection par la méthode d'Essmarch a été
présentée par M. Cazin, de Boulogne. Il s'agissait d'un malade qut^
à la suite d'une fièvre typhoïde, avait eu une nécrose d'une portion
delà branche montante du maxillaire ; l'opération, habilement prati-
quée, a présenté un temps difficile : c'est celui oii le chirurgien a
vDola faire sa seconde section osseuse pour enlever un coin du
maxîHnire; aussi M. Gazin dit-il que c*est un temps de Topératioâ
défectueux. Je ferai remarquer à notre collègue qu'il eût évité
toute difficulté en empruntant le coin osseux au fragment antérieur
au heu de s'adresser à la portion massétérine de l'os.
M. Gillette, qui s*est occupé avec succès des affections osseuses,
nous a montré deux malades auxquels il a pratiqué des réisections :
L'un a subi la résection de la tête humérale ; l'autre est un bel
exemple de résection sous-périostée du coude: les surfaces hu-
mérales se sont reproduites à peu près entièrement et l'articula-
tien est douée de mouvements actifs.
Je ne fiais qu'indiquer le cas de sacro-coxalgie blenorrhagique
idiîé pan* M. Le Dentu, et j'arrive à la communication faite par
H. Vemeuil au sujet du genu valgum. Rappelant les travaux de
M. OUi€V qui cherche l'explication de cette affection dans une
affeotion du cartilage épiphysaire du fémur , notre collègue cite
deux faits dans lesquels il croit avoir prouvé que c'est le cartilage
épîpbfsttre tibial qui a été la cause de la difformité.
La thérapeutique du mal de Pott a donné lieu à une discussion
intéressante soulevée par M. Trélat. Il s'agissait d*un enfant ch^
leqocS le' diagnostic de mal de' Pott avait été pofté et qui n'avait
tié soumis, malgré le conseil de notre collègue, ni à F inkmobililé^
oi' aux révulsifs. Un spécialiste des plus habiles a rendu, pendaitt
on an, à cet enfiint l'apparence de là santé à l'aide d'un traitement
général bien conduit, mais l'évolution lente de la maladie s'ao»
tanpllssait et un abcès migrateur se formait. Cette communiM*
tien a fourni à notre collègue l'occasion de formuler les wato
principes qui doivent guider le traitement : l'immotnliténon pu
Mdemenft ptr la gouttière de Botméti mais (comme Ta «dit
40 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
If • Marjolin) par toute espèce d'appareil immobilisateur. Le fait
de M. Tréiat semblait un fait anormal, il a fini par rentrer dans
la règle générale.
La pathologie du système osseux nous offre encore deux ordres
d*a£fection.
En premier lieu, nous avons à signaler deux observations d'ab-
cès des os. L'un dé ces faits appartient à M. Desprès.
Le deuxième fait est dû à M. Chauvel, qui nous adresse une
description véritablement typique d'un abcès osseux épiphy-
saire, en demandant A la Société si la trépanation doit être faite.
U ne saurait y avoir aucun doute dans l'esprit de notre collègue :
la trépanation débarrassera son malade de ses douleurs, comme
M. Desprès en a débarrassé le sien.
Les affections malignes des os ont donné lieu à deux commu-
aications :
La première est un cas de cancer colloïde du gros orteil, la pièce
a été présentée par M. Le Fort ; la deuxième est un mémoire inti-*
tulé : Étude clinique sur Tostéosarcome des membres, dû à
M. Poinsot, de Bordeaux ; il a fait l'objet d'un rapport de H. Ter-
rier et peut être regardé comme le corollaire du travail si inté-
ressant de M. Gillette sur le même sujet.
Pour M. Ghauvel, aucun signe n'est pathognomonique. HH. Tré-
iat, Tillaux, Terrier, Gillette, sont entrés, au point de vue diag-
nostique, dans des considérations intéressantes. Amputer dans le
plus bref délai et le plus haut possible, telle est la formule du
traitement qui donne 68 0/0 de mortalité. La statistique de M. Ver-
neuil, qui a une valeur particulière en raison de Texamen histolo-
gique de tous les cas, n'offre qu'un cas de guérison sur 9 faits
observés.
• Le système circulatoire a donné lieu, comme d'habitude, à de
nombreuses communications. M. Verneuil nous a rapporté un
fait de lésion d'une artère anormalement située.
H. Nicaise nous a signalé une contusion de la fesse avec rupture
de l'artère fessière ; Thémostase a été faite à l'aide de la forci-
pressure.
Nous ayons à enregistrer trois faits de ligature. Les deux pre-
mîers ont trait à la sous-clavière. M. Aubrée, de Rennes, a lié ce
vaisseau en dehors des scalènes pour un anévrysme de l'humérale.
Le fait de M. LeDentu devrait prendre place au chapitre luxation.
U s'agit, en effet, d'un déplacement scapulo-huméral qui a déter-
miné la rupture de Tartère axillaire et la formation d'un anévrysme
Imuc primitif. H. Le Dentu a cru devoir ne pas pratiquer la réduo-
iioo, lier la sous-clavière et faire la désarticulation de l'iule.
Four &ÛL finir avec les ligatures^ je rappellerai la communication
SÉAlfCB BU 16 JANVIER. 41
de M. Guyon qui, pour être classique» n*en porte pas moins avec
elle son enseignement. Il s'agit d'un homme chez lequel» à la suite
d'one plaie contuse du pli du coude, on fit dans la plaie la ligature
delliumérale et de la cubitale, l'hémorrhagie s'étant reproduite»
on lia rhumérale au milieu du bras ; Thémorrhagie persistant»
M. Guyon jetta un fil^ sur le bout inférieur de la cubitale. Il y a
dans ce cas preuve et contre-preuve» car la ligature directe a suffi
li où la ligature à distance avait été impuissante.
Sept observations d'anévrysmes ont été présentées :
La première» due à H. Gazin» est un cas d'anévi'ysme diffus du pli
dn coude* Il s'agissait d'une jeune fille chez laquelle» en prati-
quant une saignée» un médecin avait lié une artère. La tumeur
avait pris le volume de la tête d'un fœtus de 8 mois lorsque notre
collègue fut appelé. Il fit l'opération par la méthode ancienne et
lia ce qu*il prenait pour Thumérale, en tout cas le vaisseau qui
communiquait avec l'anévrysme. La. conservation des battements
de la cubitale montra qu'il y avait une bifurcation anticipée de
numérale et que c'était la radiale remontée^ suivant l'expression
de M. Gazin^ qui avait été lésée et .'sur laquelle la ligature avait
pcMrté.
M. Aubrée nous a apporté un cas où, consécutivement à une Cracv
tore oblique de l'humérus, un anévrysme s'est développé sur
l'huméraie ; malgré la ligature de l'axillaire, des hémorrhagies se
sont produites , la ligature de la sous-clavière a amené une hé-
mostase absolue ; aussi notre confrère aurait-il tendance» en invo-
quant du reste l'autorité de Bérard, à substituer, dans des cas
analogues, la ligature de la sous-clavière à celle de l'axillaire.
M. Desprès» en nous apportant une opération d'anévrysme trau-
matique au premier espace intérosseux par l'ouverture du sac,
fKÇQse d'adopter exclusivement la méthode ancienne pour les
anëvrysmes de la paume de la main. MM. Trélat» Marjolin, Polail-
km n'acceptent pas cette doctrine et citent des exemples de gué-
râonpar la compression. M. Lannelongue accepte la compression
pour les anévrysmes formés aux dépens de l'arcade palmaire pro-
fimde, et adopte la méthode ancienne pour les anévrysmes de l'ar-
cade palmaire superficielle.
Enfin, trois cas d'anévrysmes ont été communiqués par M. Jose-
Pereira Guimaraes: le premier est un cas d'anévrysme de la fémorale
guéri après tme inflammation du sac déterminée par une ponctioo;
le second a rapport à un anévrysme poplité, guéri par la compres-
sion digitale combinée avec la flexion; le troisième, enfin, affectait
li carotide gauche et s'est oblitéré à la suite de l'application de
râeotricité i la surfieu» Qxteme de la tumeur: ce serait le premier
et le seul cas connu de l'emploi de ce procédé de guérison.
42 sociénÉ de chirurgie.
Les affections du système lymphatique ont fourni matiôi*e à
ijuatre communications :
M. Vernôuil nous a lu un intéressant rapport sur une observa-
tion de lymphangiome de la langue, dû à un des jeunes chirurgiens
qui ont produit le plus de mémoires originaux, j'ai nommé M. Nep-
veu. Ce serait le premier cas connu de lymphangiome lingual cir^
conscrit et indépendant de la macroglossie.
La question des tumeurs lymphatiques malignes ou lymphadé*»
nome malin est toujours à Tordre du jour de la Société; la discus-
sion qui a eu lieu cette année, bien que fort intérefisante, n*a
pas encore élucidé tout à fait ce sujet.
H. Trélat, qui s*est déjà occupé de ce point de pathologie en 187S,
nous a apporté une observation des plus curieuses où un homme
de 48 ans a présenté successivement des tumeurs lymphatiques
dans les deux teisticules, la région temporale, frontale, les vertè-^
bres, le mésentère, le foie, la rate, en un mot un lymphadénome
inalin généralisé.
' H. Trélat termine en appuyant son diagnostic, en premier liêù,
sur Taspect insolite de la tumeur, et en deuxième lieu, sur la pré*
sence d'une seconde tumeur. Cette communication devient Torigine
d*une discussion à laquelle MM. Perrin, Vemeuil^ Lanndongue
prennent part et qui met en relief les points obscurs de la ques-
tion.
' Question de point de départ : le tissu réticulaire apparaît-il ou
non primitivement dans les ganglions? Question d'âge :e&\^ob une
tumeur des adultes? Question de pronostic : toutes ces tumeurs se
généralisent*elles7 et sinon, à quels signes reconnaître les lympta»-
dénomes malins de ceux auxquels, en dépit de l'histologie, H. Tré-
lat voudrait imposer le nom de lymphosarcome ? La leuicémid, qui
appandt quelquefois, fait-elle ou non partie intégrante de l'affee-
tion?N'y a-t-il enfin que ce signe, Texistence d'une seconde tu«
meur, qui puisse permettre de poser le diagnostic 7
Dans une séance ultérieure, M. Qiauvel a adressé l'observation
de tumeur lymphatique de la face, avec lymphadénome et leucé-
mie consécutive, à laquelle M. Perrin avait fait allusion. Ettfin
M. Paulet est venu apporter une observation des plus instructives
en raison de l'erreur qu'il a commise en incisant un lymphadénome
malin qu'il prenait pour une hypertrophie ganglionnaire; cette
erreur de la part d'un chirurgien aussi distingué quô notre collègue»
commise du reste par bien d'autres, monti*e à quel point la seienee
est peu avancée au siget de ces tumeurs. Aussi M. Vemeuil, tout
en résumant en quelques traits la physionomie générale de l'affee^
lion, a-t-il demandé que la discussion restât ouverte devant la
Société.
SÉAlfCB DU 16 JANVIER. 43
L'appareil digestif a donné lieu à de nombreuses communica-
iiims.
On nous a signalé deux affections des glandes salivaires : l'une
eoDsistait en deux calculs du canal de Warthon, présentés par
M. Horteloup ; Tautre, en un enchondrome de la glande sous-maxil-
kire, présenté par if. Anger.
Les divisions congénitales du palais et du voile ont dojiné lieu
à «me communication de M. Trélât, où notre collègue nous a rendu
coHiple de cinq opérations d'uranostaphyloraphie. Après avoir
indiqué dans quel ordre doivent être exécutées les diverses opé-
JitionB restauratrices des divisions congénitales de la voûte buc-
nda, BOtre collègue décrit minutieusement Topération telle qu'il la
fnfciqne : remploi d'aiguilles en u, pour la portion palatine, d'ai-
guilles à grande courbure par la partie staphylienne, la n\aoière
dont le fil qiii a traversé d'avant en arrière une des lèvres de )a divi-
sion pourra traverser d'arrière en avant la lèvre opposée.
M. Tillaux a insisté sur quelques points particuliers : en premier
iieu il trace son incision de manière, à ce que l'artère palatine pos-
Xerimre soit conservée dans le lambeau ; il se montre aussi moins
dcanchemeni partisan de l'opération pour les divisions congénitales;
•eafin m>tre collègue insiste sur l'étendue qu'il faut donner wx
dèbridemenls pour les fistules accidentelles.
- M. Lanneiongue, dans une communication postérieure, est
-venu nous exposer quelques résultats de sa pratique. Diyisant
•d'abord les ûssures en partielles et totales , notre collègue
bit deux groupes des fissures partielles. Les fissui^es antérieures
compliquent en, général le bec-de-lièvre et doivent être opérées
«ree Ijai. Les fissures postérieures s'accompagnent toujours de di-
«sîoo du voile. S'appuyant sur une statistique dans laquelle.
Ma cinq malades opérés, il y eut cinq morts et des insuccès nom*-
teeux dans le coui*s de la première année, M. Lannelongue place
le Bumient opportun vers 3 ou 4 ans. Le procédé adopté par notre
eoildgoe est celui dit de Fergusson :. les lambeaux ostéo-muqueux
s'aflirontent par de plus larges surfaces; mais il paraît inférieur au
4NN)oédé de Baizeau dans les fissures étendues de la voûte palar.
Faut-il ou non chloroformer les malades dans le cas de corps
étnmger de l'œsophage? C'est. la question que M. Le Dentu a posée
i la Société, qui a répondu par la négative, en raison de la su£foca-
4ioB. possible. M; Faucon a relaté, sur le .même sujet deux faits :
fou où le chloroforme a permis, de retirer un sou, l'autre où une
sonnaia de cuivre . semble avoir par sa présence dans l'estomac
détanniné des accidents généraux qui se sont terminés par la mort.
Le.cathérisme œsophagien a été l'objet d'un travail étendu de
44 SOGlÉTé DE CHIRURGIE.
la part de M. Ghassagny, de Lyon, qui s'est fondé sur les données
anotomiques exactes pour modifier la forme des olives en augmen*
tant le diamètre transversal aux dépens de l'antéro-postérieur.
Les faits de corps étrangers du rectum signalés par MM. TiUaux
et Gillette ont une telle analogie qu'il est difiBciie de s'expliquer
leur terminaison, funeste dans le premier cas, favorable dans le
second. Dans l'un, il s'agissait d'une bougie dont rextrémité
répondait à 30 centimètres de l'anus; dans l'autre, d'un manche de
pelle à enfourner le pain, d'une longueur de 22 centimètres. Ces
deux tiges avaient été introduites l'une cinq jours, et l'autre trois
jours avant qu'on en fît l'extraction à l'aide de tenettes vésicales.
Le malade de M. Tillaux a succombé à une péritonite causée par
une escharre de TS iliaque, celui de M. Gillette a guéri sans acci-
dents.
Les hernies ont comme d'habitude fourni matière à plusieurs
travaux :
M. Philippe, de Saint-Mandé, nous a apporté plusieurs observa-
tions de hernies inguinales irréductibles, et que des injections
âous-cutanées de morphine ont rendu instantanément réductibles.
Les cas de guérison de hernies ombilicales étranglées traitées
par la kélotomie deviennent plus nombreux. M. Nicaise nous en
apporte cette année un beau cas.
La hernie avait le volume d'un œuf de poule, et le sac a été ou-
vert. Une suture exacte a été faite avec des fils d'argent, la solu-
tion phéniquée a été employée, et la région ombilicale a été immo-
bilisée par une large application de coUodion.
M. Berger nous avait lu l'an dernier un intéressant mémoire
sur les phénomènes nerveux de l'étranglement herniaire, cette
année il s'agit des complications pulmonaires. La lecture des ob-
servations permettrait d'affirmer que, dans un bon nombre de cas,
rafTection thoracique existait depuis plusieurs jours à l'état latent.
' M. Mollière nous a adressé un p^tit mémoire dans lequel il
relate une observation qu'il intitule : Hernie ventrale de la ligne
semi-lunaire étranglée et guérie. L'auteur croit que l'agent de
.l'étranglement est le ligament de Douglas; ce fait unique encore,
comme l'a dit M. Delens, ne suffit pas pour emporter la convic-
tion.
Le traitement des hémorrhoïdes a donné lieu à une discussion
des plus intéressantes à propos d'un mémoire de M. Fontan» de
Lyon. Du rapport de M. Anger, il résulte que la priorité de la mé-
thode dilatatrice employée par M. Fontan appartient à M. Maison-
neuve et à M. Lepelletier, son élève ; mais M. Fontan a tiré cette
méthode de l'oubli par les développements cliniques qu'il lui
a donnés. Disons, avec M. Vemeuil, que le rôle de la chirurgie
SÉANCE DU 16 JANVIER. 45
armée est terminé, en admettant cependant quelques restrictions
avec MM. Rochard, Desprès, Anger.
Parmi les polypes muqueux des fosses nasales, les plus rares
sont ceux des arrière-narines, dont nous devons Tétude à
H. Trélat ; c'est un troisième fait à eyouter à ceux de 1874 et 1876.
Les principes de chirurgie conservatrice ont mis en honneur
pour Textirpation des polypes naso-pharyngiens la méthode
nasale ; c*est aussi la voie d'extraction la plus facile pour les tu»
meurs volumineuses ou à surface étendue d'implantation : c'est ce
que nous démontre la belle extirpation de chondrome du maxil-
laire supérieur faite par M. Heurtaux.
M. Desprès nous a rapporté un fait très-rare de fistule de la
trachée. Frappé des nombreux insuccès des opérateurs, notre
collègue a cherché à les expliquer par l'adhérence de la cicatrice
cutanée à la cicatrice trachéale, ce qui détermine des tiraillements
incessants. Son procédé, qui a quelques rapports avec celui de
Velpeau, consiste à réunir deux larges plis de peau par une suture
entortillée, le contact est ainsi le plus immédiat possible.
La trachéotomie a occupé un grand nombre de nos séances,
considérée surtout au point de vue du mode de diérèse qui doit
loi être appliqué :
Faut-il, ou non, faire la trachéotomie dans le cas de corps étran*
ger de la trachée? M. Lemée nous a rapporté un cas d'expulsion
spontanée d'un haricot au bout de 68 jours ; M. Denucé, de Bor-
deaux, pose en principe qu'il faut faire la trachéotomie, et cite deux
faits a l'appui oii il a incisé les parties molles jusqu'à la trachée
avec le cautère igné. La question du thermo-cautère se trouva
ainsi posée.
Deux rapports de M. Saint-Germain avec discussions et deux
mémoires : l'un, très-étendu, de M. Poinsot ; l'autre, sous forme
de lettre, oii M. Krishaber a consigné le résultat de sa pratique,
telle a été la contribution scicntiflque de la Société. Résumons un
peu les faits.
Suivant le conseil de M. Verneuil, il faut éliminer les cas tirés
(le la pratique infantile et étudier la méthode chez l'adulte.
L'emploi du thermo-cautère aurait pour avantage l'absence
d'hémorrhagie immédiate, fait très-important dans une région
éoiinemment vasculaire, l'escharre formée protégerait la plaie
contre l'extension de la diphthérie. Quant aux inconvénients, le
'Seul sérieux serait la formation d'escharres dont la cause directe
parait être, suivant M. de Saint-Germain, l'ébullition de la graisse;
ajoutons-y, d'après M. Poinsot, un peu plus d'hémorragies secon-
daires et une cicatrisation un peu plus lente de la plaie.
En résumé, la méthode proposée en 1872 par M. Verneuil
46 SOCIETé DE CHmUROIE.
paraît acceptée chez l'adulte par la majorité des chirurgiens, maig
la question est une de celles dont nous laissons la solution défini*
tive à nos successeurs.
Le thermo-cautère est-il applicable à Topération de rempyème?
Telle est la question qui a été résolue négativement par M. Féréol
à la suite d'une observation tirée de sa pratique et présentée par
M. Tillaux. M. Verneuil, qui a employé trois fois ce procédé, s'est
rallié complètement à l'opinion du rapporteur.
Le thermo-cautère est*il applicable à la taille? C'est ce que s'est'
demandé M. Anger en nous soumettant une observation de taille
par cet agent thermique. MM. Verneuil et Guyon ont fait observer
qu'il s'agissait seulement des préliminaires de la taille, et que le
grand avantage de la diérèse ignée étant l'hémostase, et le thermo*
cautère ne pouvant servir à diviser que les parties superficielles,
c'est-à-dire celles ou Thémorrhagie n'est pas à redouter, l'emploi
de ce moyen était contre-indiqué.
Les affections du système nerveux ont donné lieu à d'intéres-
santes communications :
Signalons d'abord les réflexions suggérées à M. Verneuil par
la dénomination de choc traumatique appliquée par les chirurgiens
anglais à des faits d'ordre très-différents et qui ont besoin d'être
étudiés au point de vue physiologique.
La commotion cérébrale a fait l'objet d'un travail deM.Duménily
de RoueUy dans lequel cet auteur, en s'appuyant sur deux observa-
tions très-complètes, admet comme entité morbide l'existence de
la commotion, et y voit l'expression de troubles circulatoires qui
doivent être attribués à une paralysie vaso-motrice portant son
action sur divers organes et en particulier sur le poumon.
Nous arrivons à la question des indications tirées des localisa-
tions cérébrales pour la trépanation du crâne, mais avant de l'abor-
der citons deux communications qui n'ont avec cette question
qu'un rapport éloigné :
La première est une belle observation de trépanation faite pom*
un abcès contenant 250 grammes de pus et situé entre le frontal
et la dure-mère.
La seconde appartient à M. Berger, il s^agit d'une fracture du
crâne avec enfoncement qui donna lieu à des accidents primitifs
justiciables du trépan ; leur disparition et la guérison du malade
firent retarder, puis abandonner l'idée de la trépanation.
Les dimensions de ce compte rendu ne nous permettent pas
d'analyser toutes les communications faites à la Société au sijyet
des localisations cérébrales. M. Lucas-Championnière a lu deux
travaux importants. M. Tillaux a fait une très-remarquable com-
munication. M. Perrin a donné le résumé de sa grande expé-
SÉANCE DU 16 JANVIER. 41
neoee sur ce sujet. Enfin M. Le Dentu, dans un rapport de près de
iOO pageSy a exposé la question d'une façon des plus remarqua-
hks au point de vue anatomique, physiologique et clinique. M. Le
Deatu a de plus parfaitement posé le problème en ces termes :
f Les résultats de l'expérimentation physiologique et de la clinique
rqvésenteraient-ils au cas échéant, pour Tintervention chirurgi-
cale, une base suffisamment solide ? voilà le problème qu'il s*agit
de résoudre.» Ainsi donc M. Le Dentu, tout en acceptant les résul-
tats de la physiologie, les subordonne ou du moins les met au
même niveau que ceux de la clinique ; c*est dans cette voie qu'il
tant s'engager.
Deux courants d'idées se sont fait jour au sein de la Société,
répondant chacun à des préoccupations spéciales :
Parmi nos collègues les uns se disent : Doit-on appliquer le tré-
pan et à rencontre de quel symptôme?
Les autres, considérant la première question, la question clini-
que, conune résolue, se disent : Où faut-il trépaner? Voici une
lésion crânienne, quel est le point du cerveau qu'il faut mettre
à nu?
Parmi les orateurs, les uns ont suivi le premier courant d'idées,
les autres le second.
Dans la discussion de 1866, les membres de la Société de chi-
rurgie n'avaient pu répondre à la première question, ils n'étaient
pas parvenus à tracer les vraies indications de la trépanation,
aussi ne faut-il pas s'étonner que certains de nos collègues aient
i6pris le problème où on l'avait laissé.
Parmi ces derniers, nous voyons M. Desprès qui range la trépa-
nation dans les opérations inutiles. M. Tillaux, à l'instar de M. Gos-
selin, ne trépane pour les accidents primitifs que dans les cas
d'enfoncement du crâne.
M. le professeur Perrin prend pour guide non les mensurations
crâmennes, mais les particularités de la fracture même. M.Le Dentu,
dans son rapport déjà cité, fait remarquer que partout où il y a
une lésion extérieure, les localisations perdent leurs droits, et que
le signe extérieur reste le véritable point de repère dont le chirur-
gien ne peut s'écarter sous peine de faire fausse route.
Ce raisonnement a d'autant plus de force que les résultats prati-
ques sont encore nuls au point de vue des indications tirées des
localisatioiis et que M. Broca seul a été guidé, dans l'application
du trépan, par la connaissance des centres moteurs.
On comprend du reste très-bien que la découverte des localisa-
tions cérébrales et, comme corollaire, la belle observation de
M.Broca aient agi sur certains esprits;mais autre chose est de penser
quela physiologie pathologique a fait des progrès et de transporter
48 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
ces progrès dans la pratique en disant avec M. Lucas-ChampiOB*
nière : Je préférerais la localisation à une trace de traumatisme éloi
gnée de la région motrice altérée.
Que cette conviction de notre collègue ne puisse se transforme
en un précepte scientifique, je ne veux pas en préjuger, puisqu'ei
définitive la physiologie expérimentale nous montre qu*il y a pla<
sieurs centres qu*on peut avoir la prétention légitime d*attemdn
presque à coup sûr ; mais avant d*avoir le droit de porter le trépai
sur un point déterminé, il faut que la clinique nous ait très-nette
ment tracé les règles d'une intervention.
Je m'arrête ici, Messieurs, car je n'ai pas le droit de dépasser 1
seuil de l'année 1878; mais je puis bien dire que, quel que soi
réclat de cette discussion dans l'avenir, les travaux qui l'ont sibiei
inaugurée ne seront pas oubliés. Si vous voulez vous rendre compt
du chemin qu'a fait la question du trépan, reportez-vous à vos Bol
letins de l'année 1866. Vous y voyez Giraldès, un esprit ouvei
pourtant, définir le trépan : opération subordonnée au tempérâmes
du chirurgien; Dolbeau affirmer que cette question est scientifique
ment insoluble; M. Alphonse Guérin, que personne n'est asse
préparé pour juger en dernier ressort un problème posé depuii
des siècles.
La pathologie des cordons nerveux nous fournit deux travaa:
intéressants : ^
L'un, dû à M. Tillaux,est un cas de résection du nerf sous-orbi
taire avant son entrée dans le canal du même nom, opération fait
pour remédier à une névralgie rebelle; le succès a été complet.
Je signalerai un mémoire de M. Nepveu, très-original et don
M. Yerneuil nous a rendu compte. L'auteur nous montre que biei
qu'isolés complètement et devenus flottants dans une grande éten
due, un nerf moteur, le facial, et un nerf mixte, le sciatique po
pli té externe, ont conservé l'intégrité de leurs propriétés ; c'est ui
fait acquis qui peut avoir une grande importance dans la discus
tion de tumeurs avoisinant les gros troncs nerveux. .
Les limites de ce compte rendu me permettent seulement di
signaler une observation de guérison de tétanos par le chloral, dui
à M. le D' Ganiez, de Darney (Vosges); l'aflection est survenu<
22 jours après Fablation d'une tumeur du sein, et 100 grammes d<
chloral ont été pris.
L'appareil de la vision a donné lieu à un certain nombre de com
munications :
M. Verneuil nous a présenté deux cas de kystes prélarymaux i
contenu huileux qui lui appartiennent en propre; Albert, de Vienne
aurait observé un kyste huileux du sac lacrymal; Weiss, de Prague
im kys(o huileux du cou.
SÉANCE DU 16 JANVIER. 49
La blépharoplastie, comme les autres anaplasties, a été Tobjet
d'une étude approfondie de la part de M. Verneuil ; ce chirurgien
nous a montré un très-beau cas d'ectropion guéri par la fusion tem-
poraire des paupières, et il pense que la suture peut être substituée
dans tous les cas à la blépharoplastie. Citons enfin Tintéressante
commnnicatioii de M. Gayet, de Lyon, sur la caut^)risation ignée
delà cornée.
Xous ne trouvons consigné dans notre Bulletin qu'un petit nom-
bre d'afiections du rein. M. Lannelongue a signalé un kyste
du rein droit avec thromboses veineuses cérébrales, Tautopsie a
été fuite avec grand soin et les gaz analysés.
M. Paulet nous a signalé deux faits très-curieux au point de vue
du diagnostic. Ces deux malades étaient traités comme atteints de
mal de Pott, il y avait une déviation de la taille et des douleurs
dans la région lombaire. M. Verneuil diagnostiqua deux fois de
suite un cas de lithiase urique avec déviation spasmodique de la
taille. Il ne fut plus question d'appareil orthopédique et tout le
traitement consista en l'usage des alcalins.
H. Bardy-Delisle nous a fait part d'un cas intéressant de chute
sur le périnée suivie d'infiltration d'urine par rupture de Turètre.
M. Nicaise a relaté une habile extraction d'une tige de blé verl
ayant pénétré dans la vessie.
M. Maréchal, de Brest, a donné un moyen efficace et simple
d'obtenir l'oblitération des fistules urinaires par la compression di-
gitale à chaque miction ; j'en ai obtenu chez un taillé un brillant
résultat.
Les cas de calculs dans la vessie ne sont pas très-communs
chez la femme.
M. Lemée enleva par la taille uréthrale, chez une petite fille
de 9 ans, un calcul de 45 millimètres sur 20 et nous adressa l'ob-
servation.
M. Perrier, dans un savant rapport, a donné son adhésion à cette
pratique, contrairement à l'opinion de Walsham qui conseille la
taille vésico- vaginale par crainte de Tincontinence, opinion erronée
que le rapporteur a combattue par des faits. Dans la discussion qui
s'éleva, MM. Anger, Paulet et Tillaux citèrent des cas de succès
par la taille uréthrale. M. Verneuil classa dans l'ordre suivant les
opérations qu'on doit pratiquer chez la femme : en premier lieu
la lithotritie, puis vient la taille vésico-vaginale ; chez l'enfant on
peut faire, en cas de gros calcul, la taille sus-pubienne. La taille
vésico-vaginale, adoptée par MM. Duplay et Lannelongue, a fait
l'objet d*une communication de M. Guyon. Sur 4 cas de taille d'après
ce procédé, notre collègue n'a eu qu'une mort ; la seule dilatation
qu'il ait faite s'est terminée fatalement.
BUIX. ET MÉM. DB LA SOC. DE CUIR. 4
50 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Les tumeurs du sein ont donné lieu à deux communications :
L'une est une ablation d'un flbro-adénome volumineux faite pen-
dant la grossesse par M. Gras, et suivie de réunion par première
intention ;
L'autre est une tumeur du sein inopérable, au sujet de laquelle
M. Le Fort a protesté contre ces cautérisations, aussi cruelles
qu'inutiles, auxquelles des malades sont soumises par des méde-
cins sans diplômes.
Les organes génitaux de la femme ont été l'objet de nombreuses
présentations.
M. Gueniot a présenté un fait de sclérose des grandes lèvres,
qu'il rapproche d'un cas de sclérose du sein, observé par M. Le-
dentu.
M. Courty nous a lu un travail sur l'opération de la fistule vésico-
vaginale en plusieurs temps.
M« Kœberle nous a communiqué un fait des plus intéressants de
rétroversion de la matrice, iléus et gastrotomie.
M. Boinet nous a lu un rapport sur un cas de guérison de pré-
tendu kyste de l'ovaire par une injection iodée ; le savant rappor-
teur, en face des omissions faites par notre confrère M. Juge, de
Maurice, ne peut se prononcer sur la nature de la tumeur et par
conséquent sur la valeur de la méthode.
Il n'est pas d'année où notre Société n'enregistre des observations
d'ovariotomies pratiquées avec succès. M. Gillette a fait part de
trois opérations, dont deux terminées par la guérîson; la troisième
était des plus intéressantes, bien que le résultat en ait été funeste.
Il s'agissait d'un kyste multiloculaire du ligament large droit dont
l'origine semblait être l'organe de Rosenmuller. Dans la discussion
qui a suivi et à laquelle ont pris part MM. Houet, Terrier, Polail-
lon, Auger, il n'a pas paru démontré que l'origine fût le corps de
Rosenmuller.
M. Terrier, qui a eu ces derniers temps l'occasion de pratiquer un
certain nombre d'ovariotomies, nous a présenté cette année deux
faits noiiveaux. L'un, qui lui appartient en commun avec M. Ver-
neuil^ présente quelques particularités intéressantes. Une pneumo-
nie, avec double thrombose des veines fémorales, avait mis la ma-
lade dans un état si grave qu'on hésitait à l'opérer. L'opération fut
cependant suivie de succès, l'ovaire sain fut trouvé porteur de
petits kystes et réséqué. La malade, bien que privée de ses 2 ovaires,
présenta une menstruation régulière.
Le 2^" fait de M. Terrier a trait à une femme opérée 3 ans aupa*
ravant d'un kyste de l'ovaire et morte d'une pleurésie. Le 2* ovaire
portait un kyste du volume d'une tête de fœtus et, comme dans le
cas précédent, la malade était menstruée. Ces 2 faits confirment la
SÉANCE DU 16 JANVIF.R. 51
communication de M. de Sinéty à la Société de biologie d'après
laquelle la menstruation n'est pas toujours fatalement liée à Tovu^
latioQ spontanée.
La question des amputations de jambe a été souvent agitée dans
lesein de la Société, qui a montré sa prédilection pour l'amputation
4ous-malléolaire d'après le procédé de M. Guyon, qui cette année
aème nous en a montré deux beaux exemples.'Mais lorsqu'il s'agit,
eomme dans le cas de M.Chauvel^d'amputer au-dessus des malléoles,
e8i-il de précepte de faire l'amputation au lieu d'élection? M. Chau-
\'el a , préféré amputer la jambe à la partie moyenne d'après le
procédé à 2 lambeaux de Teale. M. Verneuil s'est élevé contre le
terme de lieu d'élection et a recommandé d*amputer le plus bas
possible.
Beaucoup de tumeurs nous ont été présentées, je ne ferai que
passer en revue les principales.
M. Horteloup nous a apporté avec pièce à l'appui une observa-
tion de myome de la paroi abdominale. La tumeur, située au pli
de l'aine et du volume d'une noisette au début, grossit rapidement,
s'ouvrit et donna bientôt issue à des matières fécales ; la mort sur-
vint sans cachexie, mais par épuisement. Un examen microscopi-
que complet est joint à ce fait, qui paraît unique dans la science.
M. Gillette a présenté un lipome du poids de 12 livres enlevé
chez un vieillard de 72 ans ; il était sous-musculaire.
Notons aussi la tumeur si intéressante de la paume de la main
enlevée par M. Notta et que M. Houel nous a dit être un angiome
caverneux.
L'obstétrique a toujours tenu une grande place dans les publica-
tions de notre Société. L'honneur en revient au zèle et au talent de
ceux d'entre nos collègues qui s'occupent de gynécologie. Un utérus
incomplètement cloisonné peut-il être la cause d'une présentation
du tronc? telle est la doctrine que M. Polaillon a soutenue devant la
société en s'appuyant sur deux faits. M. Blot n*a pas paru con-
vaincu et en l'absence de mensuration du bassin il croit plutôt à un
rétrécissement pelvien. M. Gueniot fait remarquer que, si la malfor-
mation utérine signalée est la cause de présentation vicieuse, l'effet
doit se manifester à toutes les grossesses, c'est donc à Tavenir à
trancher la question.
Deux cas de dystocie ont été présentés. L'un est dû à M. Polail-
lon, c'était un cas d'hydrocéphalie. Le second appartient à M. Lemée
de Saint-Sever, qui l'attribue à une contracture anormale du
segment inférieur de l'utérus, que l'administration de l'opium »
iait cesser.
U. Depaul nous a fait une intéressante communication au sujet
d'une tumeur fibreuse adhérente à la paroi postérieure du bassin
52 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
et ayant été prise pendant raccouchement pour un corps fibreux
utérin.
Je signalerai encore le fait intéressant de version céphalique
par manœuvres externes dû à M. Pinart.
Lorsque l'accoucheur est en face d'une présentation de l'épaule
et que l'utérus demeure appliqué sur le fœtus, il ne reste d'autre
ressource que la détroncation ou l'éviscération ; c'est cette dernière
opération que le D' Lizé du Mans cherche à faire prévaloir dans un
mémoire intéressant qui n'a pas soulevé d'objection dans la
Société.
Parmi les nombreux procédés opératoires qui nous ont été expo-
sés, un certain nombre peuvent être qualifiés de procédés nouveaux.
Nous allons les examiner rapidement.
Je signalerai en premier lieu l'opéi^ation instituée pour la cure
du prolapsus utérin par M. Le Fort. Incomplètement satisfait du
procédé de Sims, de Baker-Brown, de Hurtler, de Th. Anger,
*M. Le Fort, en observant ce qui se passait dans l'abaissement de
l'utérus, eut l'idée de réunir les parois antérieure et postérieure en
formant un cloisonnement du vagin analogue au cloisonnement
congénial. Quelle que soit l'incrédulité d'un certain nombre de nos
collègues sur la possibilité de guérir le prolapsus utérin d'une
manière définitive, disons avec M. Panas que c'est une question
qui ne peut être résolue que par les faits.
Les opérations d'ouranostaphyloraphie de M. Trélal, de palato-
raphie ostéo-muqueuse de M. Lannelongue ont apporté aux vices
de conformation de la cavité buccale de sérieux perfectionnements
qu'il serait injuste de méconnaître. Citons enfin l'opération insti-
tuée par M. Desprès pow la fermeture d'une fistule trachéale.
Les instruments présentés dans le cours de l'aimée ont été assez
nombreux pour que nous leur consacrions quelques lignes. Relati-
vement à la gynécologie, nous avons à citer l'embryotome de
M. Tarnier, le forceps du même auteur, divers instruments
présentés par M. Courty , une ceinture pelvienne à pelote
par MM. Panas et Tarnier, un pessaire de M. Dumont Pallier.
M. de Saint-Germain a montré un ingénieux appareil qui permet
d'imprimer au membre atteint de coxalgie tous les mouvements.
]y[. Krishaber a fait construire un conducteur à canule de tra-
chéotomie.
Enfin M. le D' Bacchi a présenté au nom du D' Bottini de Pavie
deux instruments, un prostatotome et un hystérotome galvanique»
Vous voyez, Messieurs, que notre compagnie, par ses travaux si
nombreux, par la cohésion de ses membres, est devenue un centre
4'attraclion pour les communications de chirurgie; aussi ne faut-il
SÉANGK DU 16 MNVIER. 58
jus s'étonner qu'en raison môme de son autorité on tente de la
faire sortir de ses attributions scientifiques.
La Société, par l'organe de deux de ses commissions, a montré
que, tout en ne voulant pas s'ériger en tribunal devant lequel on
introduirait des revendications de priorité, elle saurait au besoin
protester contre les manœuvres honteuses de médicastres sans
diplôme qui s'appuient pour exercer l'art de guérir non sur des
titres scientiOques, mais sur une autorisation administrative, et,
par l'organe de deux de nos plus autorisés collègues, la Société de
chirurgie en a appelé au pouvoir législatif mieux informé de tolé-
rances injurieuses pour le médecin, pernicieuses pour le malade.
r
filoge de Oenarquay,
par M. de Saint-Germain, secrétaire général.
Jean-Nicolas Demarquay naquit le 14 décembre 1M4, à Lon-
înieval, petit village du département de la Somme*
Son père, qui exerçait la profession de menuisier, était mort
quatre mois avant sa naissance et sa mère se remaria en 1824.
Demarquay avait alors dix ans. Son beau-père, brave cultiva-
teur, â J'écorce quelque peu rude, exigeait déjà de lui une certaine
8omine de travail ; et si les sévérités d'un père sont le plus sou-
vent tempérées par Taffection née des liens du sang, il n'en est
pas de même quand la tâche est imposée par un étranger.
L'enfance de Demarquay ne fut pas heureuse ; travaillant pres-
que tout le jour à la terre, il trouvait à grand'peine le temps d'al-
ler chez l'instituteur de Longueval prendre à la hâte quelques
notions de lecture et d'écriture. Aussi son vieux maître disait-il,
avec une certaine naïveté, qu'il était rempli de bonne volonté,
nuùs qu'il avait le travail difficile.
Heureusement pour lui, sa mère était là, l'entourant de toute sa
tendresse et adoucissant autant qu'elle le pouvait les frottements
entre son fils et son second mari. Demarquay conserva toute sa
vie une profonde reconnaissance pour elle. A raffection toute na-
turelle que l'on doit à une mère, se joignait chez lui un senti-
Htent d'immense gratitude, et c'est d'une sorte de culte qu'il en-
toura jusqu'à la fin cette femme dont l'esprit et l'élévation
<i*idées étaient d'ailleurs beaucoup au-dessus du milieu où elle
vivait.
Désireux de gagner sa vie sans être à charge à sa famille, De-
inarquay^ sachant bien juste lire et écrire, partit pour Paris.
Il avait alors quinze ans.
54 SOCIÉTÉ DB CHIRUROIB.
Ne sachant à quelle porte aller frapper, il eut la bonne idée de
s*adresser à un de ses compatriotes, M. Hénon, qui était à la tète
d'une institution de jeunes gens.
Ici commence pour Demarquay une existence de labeur inces-
sant et d'incroyables efforts.
Obligé de gagner son pain, et de reconnaître par les senrôes
qu'il pouvait rendre l'hospitalité qu'on lui donnait, il passait tout le
jour à surveiller les élèves, à les accompagner au collège,, à les
répéter dans la mesure de ce qu'il savait : un peu plus que garçon
de classe, un peu moins que maître d'étude.
Le soir, retiré dans sa chambre, il se mettait au travail, et sou-
vent la cloche du lever des élèves le surprit sur ses livres. Tant
d'efforts devaient être récompensés. Il se présenta au baccalau-
réat et fut admis.
Certes, c'est peu de chose, et Ton se prend à sourire en voyant
ce petit succès relaté dans l'éloge d'un académicien, et pourtant,
quand je songe à tout le travail ingrat que ce pauvre diplôme à di*
coûter, et cela au milieu de cette vie de paria que nousiconnaiS'
sons tous, pour l'avoir observée dans nos années de collège, je*
me figure que parmi ses titres, le parchemin de bachelier éteit
celui que Demarquay devait regarder avec le plus d'orgueil.
On le voit, les débuts étaient rudes ; mais l'avenir s'éclaircis-
sait, Demarquay s'était fait un ami.
Pendant son séjour à la pension Hénon, il s'était Hé avec leâls
d'Alexandre Dumas qui était Dumas fils, élève dans la maison et
devait être un jour Alexandre. Cette amitié, il la conserva toute
sa vie ; la gloire de son ami sera la sienne, et les dernière lignes
qu'il tracera seront adressées à l'homme qui aura exercé sur lui la
double influence de sa vaste intelligence et de son immense talent.
Le premier pas franchi, Demarquay résolut d^aborder la car*
rière médicale ; mais il fallait vivre et payer ses inscriptions.
Il donna des leçons de littérature, prépara des élèves au bacca-
lauréat et put consacrer les instants qui lui restaient aux études
médicales. Cette vie en partie double nécessitait un travail énorme,
et son frère utérin, M. Duroisel, qui habitait alors avec lui, me
donnait tout récemment les détails qui suivent sur leur existence
en commun dans cette pauvre mansarde de la rue Guénégaud, où
par une amère dérision du sort on était réveillé par le bruit argen-
tin des martinets de la Monnaie. Le matin, m'écrivait-il, on se
levait avant le jour et on partait le ventre vide : Demarquay cou-
rait les hôpitaux et rentrait vers midi. On déjeunait de pain et de
fromage, il repartait gagner sa vie, et le soir on allait dîner à prix
fixe dans une maison où l'on mangeait juste de quoi ne pas mou-
rir de faim.
SÉANCE OU 16 JANVIER. 55
Les leçons que donnait Demarquay Tavaient mis en relation avec
une famille riche et influente qui l'avait recommandé à Blandin et
àDuméril. Reçu dans ces deux maisons, il voua bientôt à Blandin
une amitié et un dévouement qui ne se démentirent jamais, et
puisa chez Duméril le goût qu'il manifesta plus tard pour les
recherches scientifiques et pour les applications de la chimie et de
la physique à la thérapeutique chirurgicale.
Il venait, du reste, de franchir le premier obstacle et la position
d'inleme qu'il venait de conquérir lui ouvrait toute grande la porte
des autres concours.
Xommé successivement aide d'anatomie, puis prosecteur, il con-
courut pour l'agrégation et pour le bureau central. Il échoua
dans son concours à la Faculté, et en conçut un chagrin profond ;
cet échec le poursuivit longtemps, et un de ses amis intimes me
disait que le souvenir de la défaite était une plaie mal fermée,
que la moindre allusion faisait saigner. Est-ce à cet insuccès qu'il
faut faire remonter les inimitiés que Ton sait? doit-on, au con-
traire, en attribuer l'origine au concours qui fit arriver Demarquay
au bureau central, et dont quelques incidents regrettables firent
encore ressortir la rapidité peut-être arbitraire à laquelle il dut sa
nomination d'emblée à la Maison municipale de santé? je l'ignore,
el j'estime que je n'ai point qualité pour faire renaître dans un
éloge des débats irritants qui eurent sur la carrière de Demarquay
une influence indiscutable. Ses anciens compétiteurs n'oublièrent
pas, en effet, qu'au moment de la lutte les armes n'avaient pas été
absolument égales, et firent payer plus tard, au chirurgien, par
une opposition peut-être un peu trop systématique la faveur dont
le candidat avait jadis été l'objet.
Je n'ai connu Demarquay que sur le tard, et l'impression qu'il
produisit sur moi est encore très-présente à mon souvenir. D'une
taille au-dessus de la moyenne, il semblait vouloir faire oublier par
la rapidité juvénile de sa démarche un léger embonpoint qui depuis
plusieurs années l'avait quelque peu épaissi ; à le voir traverser la
cour de l'hôpital, la tête renversée en arrière, le chapeau décou-
vrant le front qu'il avait très-large, la poitrine en avant, on Teût cru
beaucoup plus jeune qu'il ne l'était en réalité, et si l'on se rappelle
l'air quelque peu impertinent que lui donnait Tusage habituel du
pince-nez, et qui le faisait regarder de haut, le sourire parfois rail-
leur qui tempérait ce que sa Agure épanouie avait de trop bienveil-
lant, l'aisance avec laquelle il portait un costume de fantaisie et
toujours du bon faiseur, qn eût été fort embarrassé de reconnaître
en lui un médecin. Il rappelait plutôt la désinvolture d'un homme
àe finances.
Sa main n'était pas belle, mais puissante ; ses doigts trop gros
56 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE*
rachetaient par leur dextérité leur peu d*élégance et l'on était quel-
que peu surpris de leur voir exécuter les opérations les plus déli-
cates.
C'était un véritable tour de force que sa visite quotidienne à la
Maison de santé. Il faut avoir passé, comiiKî Je Tai fait, quelque temps
dans cette maison pour se rendre compte des difficultés inhérentes
à un service où les malades puisent une double exigence dans leur
position intermédiaii*e entre la pauvreté et Taisance et dans l'argent
qu'ils ont versé. Demarquay traversait les chambres et les corridors
toujours courant, ouvrait une porte, disait un mot encourageant au
patient, passait à un autre, s'en tirait avec un compliment, et ne
s'arrêtait que près des malades qui réclamaient des soins assidus.
Il consultait les autres, les valides, dans l'escalier, dans les cours,
dans la rue, un pied dans sa voiture et trouvait le moyen de con-
tenter tout le monde. Il aimait ses élèves, et ses élèves l'aimaient.
Il appartenait du reste à ce groupe si restreint aujourd'hui de chi-
rurgiens qui font travailler autour d'eux, et qui constituent un vé-
ritable foyer intellectuel. A eux seuls appartient en réalité le titre
de maîtres, puisqu'eux seuls savent former des élèves. Demar-
quay faisait donc travailler ses internes, ses externes ; il travaillait
avec eux, et c'est de cette collaboration qu*est sortie cette masse
imposante de mémoires, de notes, de communications dont le chiffre
s'élève à 137.
C'est ainsi qu'il publia : les Recherches expérimentales sur la
température animale, les Applications de la glycérine à la cbirur-
gie, le Traité des tumeurs de Vorhite, Essai de pneumatologie
médicO'ChirurgicalCf la Dégénération des organes en physiologie
et en chirurgie et les Recherches cliniques sur les lésions osseuses
pm* armes de guerre.
Si l'on ajoute des articles du Dictionnaire de médecine et de
chirurgie, tels que avant-bras, bec-de-lièvre, chaleur animale,
côte et exophthalmie, et parmi les nombreux mémoires cités plus
haut, l'absorption par les plaies, l'action combinée de l'opium et du
chloroforme dans la pratique chirurgicale, l'enchondrome de la
région parotidienne, le galactocèle testiculaire, les tumeurs érec-
tiies des muscles, le cancer primitif du larynx, etc., on aura une
certaine idée de la production extraordinaire de Demarquay. Son
activité était du reste extrême. Il aurait voulu communiquer à tous
l'ardeur qui l'animait ; il stimulait le zèle des élèves, le trouvait
généralement tiède, et ne comprenant pas qu'ils passassent devant
des faits intéressants sans les noter et les étudier ^ il leur proposait
sans cesse des questions à élucider, leur indiquait des sujets de
thèse, les engageait à faire des publications et de toute manière
les poussait au travail. Il obéissait en cela à un besoin de sa nature.
SéANCB DU 16 JANVIER. 57
J'aurai, disait-il à son ami le D' Saint- Vil, qui me rapportait ses
propres paroles, j'aurai agité bien des questions; ce qui est mau-
vais sera rectifié ou sera non avenu; ce qui est bon restera.
Ennemi de la routine, il accueillait avec empressement toutes les
choses nouvelles, les expérimentait volontiers dans son service,
qu'elles eussent trait à la chirurgie, à la méilecine ou même à la phy-
siologie. Il avait du reste une prédilection toute particulière pour les
expériences physiologiques, et il s'y livrait dans un petit laboratoire
créé par lui à la Maison de santé. C'est dans ce laboratoire qu'il
s'est occupé de la réparation des tendons, de diverses expériences
sur le système osseux, de recherches sur la septicémie. Il lui man-
quait une condition indispensable à l'expérimentateur : le temps.
Ces travaux ne pouvaient être que hâtifs et devaient manquer un
peu de suite ; cai' il ne pouvait leur consacrer que le temps qui
s'écoulait entre son service d'hôpital et ses occupations profession-
nelles.
Il apportait dans ses communications faites aux sociétés
savantes une trop grande précipitation et se hâtait trop de
eonclure. Cette activité fébrile, il l'apportait dans son débit, et vous
pouvez vous souvenir qu'on avait une certaine difficulté à le suivre.
Il aurait eu la parole facile s'il eût su la mieux régler ; mais à i)eine
avait-il prononcé les premières phrases de sa communication d'une
voix forle et bien timbrée, qu'il oubliait de prendre un temps pour
respirer, accumulait les périodes les unes sur les autres, et, le souf-
fle finissant par lui manquer, sa voix s'éteignait dans une sorte
de râle sourd; il respirait alors bruyamment et reprenait avec
un éclat de voix qui ne faisait que mieux ressortir le vice de sa
méthode. Ajoutons qu'à la fin de sa carrière l'emphysème dont il
était atteint augmentait encore cette disposition.
Aimé des malades de la Maison de santé dont il était l'âme, Demar-
quay avait le même succès dans sa clientèle. S'il avait en effet par-
fois des moments de brusquerie avec ses élèves ou même avec les
assistants, il était toujours d'une très-grande douceur avec les ma-
lades, les interrogeait avec bienveillance, arrivait à les distraire en
leur parlant de choses étrangères à leur affection, et leur faisait
oublier leur mal tout en arrivant à leur convaincre de tout Tintérêt
qu'il leur portait. Ce don tout naturel chez lui et qui avait pour base
une bienveillance innée^ souvent poussée à l'extrême, faisait de
Demarquay un charmeur; aussi ses malades devenaient-ils souvent
ses amis, et cherchaient-ils a continuer les relations si passagères
le plus souvent entre le chirurgien et l'opéré. Conscient de la sym-
pathie qu'il inspirait et qui s'exerçait plutôt sur les personnes
étrangères a la médecine que sur ses confrères, Demarquay, le
soir venu, aimait à fréquenter le monde, soit qu*il voulût ainsi se
58 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
reposer d'une journée de labeurs, soit qu'il sentît péniblement Ti-
solemenl de la solitude; il passait quelques heures à son cercle,
011 il dînait le plus souvent, et de là se rendait chez quelques-uns de
ses riches clients, où il était toujours reçu à bras ouverts. Il était
très-fier de cet accueil et en éprouvait un vif plaisir. Il semblait
alors mesurer la distance parcourue par lui et ressentait un véri-
table orgueil à se voir choyé par les puissants de la terre, lui na-
guère si humble et si délaissé. Les honneurs lui étaient aussi très-
sensibles, et ses amis se rappellent encore la joie d'enfant avec
laquelle il reçut sa croix d'officier de la Légion d'honneur. Malgré
cette tendance, il sut résister au désir de briguer des fonctions pu-
bliques et ne se présenta qu'une fois, pour ainsi dire malgré lui,
au conseil général de son département.
Plus tard il résista aux sollicitations de ses amis, dont quelques-
uns étaient puissants et le dirigeaient vers le même but. C'est en
vain aussi qu'il fui sollicité en 1868 de se présenter à la députation.
Si plus tard il fut" maire de son pays, ce fut dans le seul but d'être
utile à son village. Sans parler des dons considérables qu'il a faits
à Longueval, c'est là qu'il trouvait l'occasion d'exercer sa grande
bonté. Il partait souvent le samedi soir ou le dimanche matin, se
dérobant à ses nombreuses occupations de là ville, parcourait
avant l'aube ses plates-bandes et recevait avant son déjeuner les
nombreux malades qui lui étaient adressés des environs, et leur
donnait des consultations qui, pour être gratuites, n'en étaient pas
moins faites avec le plus grand soin. Demarquay craignait du
reste de passer pour un homme d'argent, et je suis convaincu que
le désintéressement était une de ses qualités. Plusieurs confrères
de province, et entre autres un ami commun, le D' Sergent, m'ont
affirmé que souvent Demarquay s'était déplacé à leur premier appel
sans conditions et s'était toujours contenté, et cela de la meil-
leure grâce du monde, d'une rémunération bien légère, si on la met
en ligne de compte avec le temps qu'il perdait. Autre détail tou-
chant : il consacrait tous les ans une somme de douze à quinze
cents francs à aider quelque pauvre artiste dans le besoin, lui dé-
guisant ainsi par l'achat d'une toile sinon sans valeur, au moins
sans notoriété, un don que sa fierté l'eût empêché d'accepter.
On le voit, plus on étudie T'homme, plus on constate chez lui la
qualité dominante : la bienveillance. Ses rapports avec ses con-
frères étaient d'une très-grande aménité, et ses frottements avec le
monde lui avaient môme donné la force de dissimuler ses antipa-
thies et de refréner ce que son caractère avait de violence naturelle.
Il n'en avait pas toujours été ainsi.
Un soir, c'était chez un de ses amis les plus intimes, un chiro-
mancien bien connu avait déjà examiné quelques mains. Demar-
SÉANCB DU 16 JANVIER. 59
quay, qui lui était absolument étranger, lui tendit la sienne. Après
quelques secondes d'examen : Vous avez dû tuer quelqu'un dans
votre vie, s'écrie Toracle. — Je suis chirurgien, dit modestement De-
marquay. — Ce n'est pas ainsi que je l'entends, vous avez dû dans
votre vie commettre un meurtre, ou si vous ne l'avez pas fait, cela
a été par une circonstance indépendante de votre volonté. A ces
mots, Demarquay se troubla, rougit, se mit à rire avec affectation et
De tarda pas à se retirer. On venait de lui rappeler, en effet, par
le plus grand des hasards, qu'à l'âge de 15 ans, se croyant insulté à
la suite d'une vive discussion avec un de ses parents, il s'était saisi
d'une fourche et avait vigoureusement chargé son adversaire, qui
n'avait dû son salut qu'à une prompte fuite.
Demarquay aimait à raconter qu'il avait fait tout au monde pour
sauver un des martyrs de la Commune. Mêlé, en effet, par la nature
même de ses fonctions, dans les ambulances aux conversations
des fédérés, il avait surpris un colloque dans lequel plusieurs digni-
taires de la Commune parlaient de la décision prise d'arrêter comme
otage l'archevêque de Paris. Il se rendit aussitôt à l'archevêché,
offrit à Mgr Darboy un sauf-conduit qu'il s'était procuré non sans
peine, et lui proposa de quitter Paris. L'archevêque demanda quel-
ques minutes pour réfléchir; puis, revenant calme et souriant :
Mon bon ami, dit-il, je vous remercie de votre dévoûment. Dieu
m'ordoane de montrer à mon clergé et à tous l'exemple du courage
et du sacrifice.
Une autre anecdote du même temps nous montre que Demar-
quay ne s'employait pa^seulement à sauver les otages de distinc-
tion. Les prisonniers fédérés affluaient à Versailles et subissaient
aussitôt un interrogatoire sommaire, suivi souvent d'ime exécution
rapide.
Un jour un grand gaillard portant la capote militaire répond au
commissaire instructeur : Je suis un des brancardiers de l'ambu-
lance du D' Demarquay. Un témoin de cette scène se prend de
pitié pour cet homme, part pour Paris et fait part à notre collègue
de ce qui se passe. Le lendemain à 6 heures du matin, Demarquay
était à Versailles et enlevait son brancardier.
Nous voici arrivés à la fin de la carrière de notre collègue. Nommé
commandeur de la Légion d'honneur pour les services rendus
durant le siège et la Commune, Demarquay a vu s'ouvrir devant
lui les portes de l'Académie de médecine. Sa notoriété est consi-
dérable. Il est arrivé à son apogée. Exemple frappant de ce que
peuvent la ténacité et le travail, servis par de puissants organes
régis par une volonté de fer, Demarquay s'est frayé péniblement,
comme le bœuf trace son sillon, un chemin dans la vie, sans se
laisser séduire par les fleurs de la prairie, ni arrêter par les ronces
60 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
du chemin. Quand il a eu franchi les premiers obstacles, la fortune,
jusque-là si marâtre, se prend d'amitié pour cet audacieux ; elle
fait de lui son enfant gâté et, ne lui refusant rien, lui souffle Tarn-
bition d'arriver à tout. Quo non ascendam? paraît être sa de-
vise, et il veut confondre dans une même étreinte les succès dorés
de la clientèle et les sévères lauriers de Tlnstitut. Là est sa faute :
car le souffle lui manque et les déceptions arrivent. Son moral
s'altère; une sombre tristesse s'empare de lui; il ne fréquente plus
ses amis et trouve en rentrant chez lui son foyer bien seul et bien
froid. Il lit alors et relit une lettre qui ne le quitte pas, et que Ton
trouvera sur lui après sa mort. C'est une lettre que lui a adressée
son ami le plus cher, dans une circonstance où Demarquay, voukmi
se marier, croyait avoir trouvé une femme suivant son cœur.
Cette lettre Ta dissuadé ; il le regrette peut-être.
Cependant sa santé s'altère visiblement; depuis quelque temps
déjà un sommeil de mauvais augure vient l'accabler presque con-
stamment; son teint jaunit.
Enfin un vomissement de sang survient, Demarquay se sent
touché. Sa robuste constitution a tressailli sous le choc, il ne veut
point rester à Paris. La mort a sa pudeur; il veut s'éteindre à Lon-
gueval, entouré des siens, et part en laissant brusquement sa clien-
tèle, au milieu d'un concours d'agrégation dont il était juge en
sa qualité de membre de l'Académie de médecine. Puis, qui sait ?
l'air natal a de mystérieuses propriétés et tout n est peut-être pas
perdu. Pourquoi ne serait-ce pas de l'anémie, comme ses amis le
lui ont répété ?
Hélas! l'illusion est de courte durée. Ses forces s'épuisent,
ses jambes s'infiltrent. Il provoque une consultation et démêle
sans peine, au milieu des consolations qu'on lui prodigue et des
pieux mensonges dont on veut l'abuser, sa condamnation sans
appel.
Il s'occupe alors de bien mourir, s'enferme de longues heures
avec l'instituteur de Longueval et dicte ses dernières volontés.
Une consolation suprême lui est pourtant réservée. Un de ses élèves,
un de ses amis, Cazalis fils vient s'installer près de lui. Il se fait lire
par lui sa correspondance, et lui dicte les réponses. Celles-ci sont
toujours calculées de façon à cacher son état réel, même à ses plus
intimes amis.
Le fatal dénouement est proche. Un vomissement abondant de
melœoa lui arrive au milieu d'une promenade en voiture; à partir
de ce moment il refuse de sortir et fait venir le curé d'un village
voisin, un de ses anciens camarades d'école, et, comme me l'écri-
vait Cazalis, un de ces héros obscurs qui s'enferment dans un vil-
lage et refusent tous les honneurs qu'on leur offre, un vieux prêtre
SÛANCR OU 2â JANVIER. Gl
connu de tout le département, et qui pendant deux terribles épi-
démies de choléra a été le médecin, le garde-malade, le fossoyeur
de son troupeau. Après une longue conférence avec lui, il reçoit
les derniers sacrements avec une fermeté remarquable. Le lende-
main, les douleurs redoublent, il les supporte avec un courage
stoïque, et c'est avec peine que Gazalis lui fait prendre un calmant
vers le soir. A 10 heures on vient réveiller celui-ci. C'en était fait,
Demarquay venait d'expirer.
J'ai sous les yeux son testament. Il commence ainsi: Je remercie
Dieu de tout le bien qu'il m*a fait, et je pardonne le mal qui m'a été
(ait.
Il a légué dix mille francs à la Société de chirurgie.
De Saint-Germain.
Séance du 23 janvier 1878.
Présidence de M. Félix Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Corresponclanee.
I^a correspondance comprend :
1"* Les journaux périodiques de la semaine pour Paris et pour la
province ;
2** La Folie à deux, par MM. les D" Ch. Lasègue et J. Falret;
3* La Revue mensuelle de médecine et de chirurgie ;
4» Les Annales de gynécologie;
5* La Revue des sciences médicales en France et à l'étranger ;
6* Le LX* volume des Transactions médico-chirurgicales ;
7* La Cronica medico-quirugica de la Habana ;
8» V Encyclopédie médico^chirurgicale pharmaceutique de Bar-
celone;
9« Six mémoires de M. le D' Biagio Miraglia, de Naples, relatifs
à la phrénologie ;
10* The British médical journal ;
11* La Gazette médicale Italienne^Lombarde ;
12* La Gaceta de sanidad milUar de Madrid ;
1^ Mediciniscb. chirurgische Rundschau ;
14» Une lettre de M. le préfet de la Seine, dans laquelle il trans-
met une ampliation du décret du 10 décembre 1877, autorisant la
Bociété de chirurgie à accepter ie legs de feu Demarquay ;
!&• Une observation du D' Cazin, membre correspondant, rela-
62 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
tive à un anvvrysnie de la carotide interne dans le sinus cavei'-
neux (lecture est donnée de cette observation par le secrétaire
général) ;
16" Des lettres de remercîment de MM. les D" Poinsot, Valtat,
Roux (de Brignoles) et Paquet (de Lille);
17° Une observation de calcul salivaire^ parle D' de Labordette,
de Nice (rapporteur : M. Desprès);
18® Une observation avec pièce de calcul salivaire^ de M. Ber-
tin, de Gray (rapporteur : M. Desprès);
19° Un travail de M. le D' Perrochaud, médecin en chef de l'hô-
pital maritime de Berck-sur-Mer, relatif aux résultats obtenus par
le traitement maritime sur le mal de Pott;
20° Une étude médico-légale sur les déchirures de F intestin dans
les contusions de T abdomen, par M. le D*" Maurice Laugier ;
21° Une note sur le traitement des affections blennorrbagiques
par le baume de Gurjius, par le D' Vidal.
M. Panas, président sortant, adresse Tallocution suivante :
Avant de quitter le poste où votre bienveillance m'a placé, per-
mettez-moi encore une fois de vous adresser mes remercîments.
Je le fais avec d'autant plus de plaisir que celui qui est appelé à
me remplacer est non-seulement mon ami, mais un esprit distingué
qui saura donner à vos travaux toute l'impulsion voulue. J'invite
donc M. Guyon à prendre place à ce fauteuil d'honneur que votre
urbanité parfaite sait rendre sans pareil.
M. Guyon, prenant le fauteuil de la présidence, s'exprime en ces
termes :
Mes chers Collègues ,
Les devoirs de la reconnaissance sont ceux dont je dois m*ac-
quitter tout d'abord en prenant possession de la place d'honneur à
laquelle m'ont élevé vos suffrages. Ces devoirs sont agi*éables et
faciles à remplir. Il m'est particulièrement doux de vous remercier
et de vous prier de joindre vos remercîments aux miens, pour
notre honorable président et pour le bureau sortant.
La présidence de la Société de chirurgie impose d'autres devoirs
et procure d'autres satisfactions. C'est une situation enviable que
SÉANCE DU 23 JANVIER. 63
celle qui confère le droit de diriger vos travaux. La tâche est cepen-
dant délicate et difficile. L^ordre du jour de vos laborieuses séances
résen'e une part au passé, ne refuse rien au présent et ne craint
pas d'engager l'avenir. Et tandis que de grandes discussions sont
encore inscrites, attendant leur heure, les communications et les
rapports se pressent à Tenvie, des discussions imprévues sur-
gissent et l'intérêt des questions qui les provoquent oblige à leur
accorder une admission d'urgence. Le temps seul fait défaut pour
donner satisfaction à tous ceux que le désir de servir la cause
de la chirurgie attire et groupe dans cette enceinte.
Le but des chirurgiens éminents qui furent nos fondateurs est
atteint; le coui*ant scientifique qu'ils ont voulu créer prend chaque
année une nouvelle importance. L'activité dont la Société de chi-
rurgie est le foyer résulte à la fois des communications des savants
étrangers à notre compagnie, du zèle de ses membres, et nous ne
saurions le méconnaître, de la très-large publicité que la presse
scientifique consacre à nos séances. La régularité absolue de nos
propres publications est un élément des plus nécessaires a l'avenir
de notre œuvre; nous ne pouvons trop recommander à la sollici-
tude et au zèle de nos secrétaires cette partie si importante de nos
travaux.
Rien ne peut être négligé pour faire honneur au nombre crois-
sant de ces communications toujours pleines d'intérêt^ dues à nos
correspondants, à celles de nos membres résidants et à ces rap-
ports que nous voyons avec tant de satisfaction devenir nom-
breux. Ils permettent, vous en avez eu la preuve, d'étudier dans
leur ensemble et leurs détails des questions de premier ordre, qui
ont le plus souvent l'attrait de l'actualité ou même de la nou-
veauté.
Cette activité et cette ardeur, il est de notre intérêt de le con-
stater, ne sont pas seulement l'apanage de ceux de nos collègues
qui ont encore le privilège d'être jeunes. Ceux que l'ancienneté du
titre de membre de la Société de chirurgie range parmi les aînés
ne leur cèdent en rien. Leurs noms autorisés sont toujours mili-
tants et figurent à l'ordre du jour de la plupart de nos séances.
La chirurgie, dont la puissance a de tout temps frappé l'imagina-
tion et que Celse célébrait en écrivant : « Chirurgise effeetus inter
omnes medicinae partes evidentissimus, » la chirurgie aurait-elle
aussi pour effet de conserver au cœur et dans l'esprit de ceux qui
l'aiment et la cultivent avec ardeur la chaleur de sentiments et la
vigueur intellectuelle nécessaires à la poursuite du progrès? Au-
rait-elle le don de ranimer nos forces toutes les fois que nous tou-
chons à une question de science ou de pratique ?
Je puis compter sur l'attachement si vif que vous portez à notre
64 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Société, sur la passion qui vous anime pour le perfectionnement
de la science chirurgicale et l'extension des ressources de la pra-
tique, pour simplifier ma tâche.
J'aurais cependant encore le droit de craindre et de me demander
si Topinion de l'auteur des Maximes ne sera pas une fois de plus
justifiée? Ce grand et inexorable observateur a pris soin de nous
avertir : qu'il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on
n'a pas, que de ceux que Ton occupe.
Pour me rassurer, je devrai m'inspirer des exemples de mes
prédécesseurs; ce sont leurs traditions qui me serviront de guide.
Je ne puis d'ailleurs douter de votre bienveillant concours, car
j'aime à me souvenir des témoignages de confiance que vous m'a-
vez donnés, en m'appelant successivement aux fonctions les plus
actives de votre bureau.
L'année 1878 est de celles qui attireront particulièrement l'at-
tention de tous sur ce qui se fait en France ; vous voudrez sans
doute, mes chers collègues, que nos séances aient plus encore que
jamais rintérêt et l'importance qui leur sont habituels.
La Société de chirurgie de Paris n'aura pas, j'en suis sûr, à
souffrir de ce que Ton appelle : les douleurs de la comparaison.
Anévrysme de la carotide interne dans le ginut caverneux,
Par le D»" Cazin, membre correspondant à noulogne-sur-Mer.
J'ai rhoiineur de présenter à la Société un de mes clients, M. L. . .,
ûgé de 51 ans, affecté d'une dilatation anévrysmale de la carotide in-
terne gauche.
Les antécédents ne donnent aucun renseignement bien important.
Il n'existe aucun cancéreux dans les ascendants, mais j*ai soigné un
de SCS frères pour une tumeur maligne du pancréas. Pas de syphilis
antérieure, mais des habitudes alcooliques assez prononcées. Jamais
d'otite purulente. Il a eu trois enfants, tous actuellement bien portants.
Il ne se rappelle pas avoir eu de maladie sérieuse, ni fait de chute grave,
ni avoir reçu de coup sur la tête. Il a ordinairement une soif vive, et
je l'ai traité pour un anthrax de la nuque, il y a quelques années;
cependant l'analyse des urines plusieurs fois i*épétée n'a jamais décelé
de traces de glucose.
Il y a environ dix-huit mois, il commença à ressentir des sifflements
dans l'oreille gauche, perceptibles surtout lorsqu'il était couché et
lorsqu'il s'appuyait du côté correspondant. Ce phénomène le fatigua
d'abord beaucoup, mais il s'y habitua petit à petit et ne m'en entretint
même pas.
Il y a un mois, il vint me consulter parce que tout d'un coup, la
veille, par un temps très-froid et humide, conduisant une voiture dé-
couverle, il avait vu double et avait été obligé de remettre les guides
BÉANCB DU 2â JANVIER. 66
à son cocher. Il existait en effet un strabisme convergent de Vœi\
gauche. De prime abord, je fus porté, vu les circonstances où le
troable visuel s'était produit, je fus porté, dis-je, à considérer la para-
lysie du muscle dnoit externe comme de nature rhumatismale. En ques-
lionnant mon malade, je ne tardai pas à modifier ma façon de penser.
Quand il m*apprit qu'il éprouvait des sifflements dans l'oreille, et que
sa fenune avait pu les entendre, mon attention fut nécessairement
éveillée d*un autre côté.
Ce bruit, isochrone aux battements du pouls, n'est ressenti par le
malade que dans l'oreille gauche. Il n'existe de surdité, ni de ce
côté, nide Taotre. Le tic-tac d^une montre est perçu nettement à plus
de SO centimètres.
Ea appliquant l'oreille contre celle de M. L..., on entend un bruit
de souffle aigu légèrement râpeux, mélange de sifflement et de jtiau-
lement rappelant très-bien le cri plaintif du vanneau, intermittent,
synchrone aux battements artériels. Dans l'intervalle des sifflements,
il y a silence complet, sans la moindre apparence de souffle doux et
continu. Avec l'aide du stéthoscope, il m'a paru que les phénomènes que
je viens de décrire étaient moins nettement appréciables. Aussi est-ce
avec l'oreille seule que j'ai pu percevoir le souffle au niveau de l'o-
reille droite (côté opposé à celui où le malade a seulement conscience
du bruit anormal), sur les deux bosses frontales, sur les deux yeux et
même jusqu'au sommet de la tète, point où il a son minimum d'inten-
sité. Le maximum m'a paru siéger à Tapophyse masloïde gauche.
La compression de la carotide primitive droite n'influe en rien sur
la production du souffle, tandis que du côté gauche, ce dernier cesse
eDtièrement et reprend dès que la pression n'a plus lieu.
Ce bruit n*a jamais été suspendu depuis dix-huit mois, me dit le mn -
lade; avant-hier seulement il a disparu pendant 10 minutes; puis il a
recommencé avec la même intensité. Cette dernière varie peu avec les
mouvements ou la position occupée par la tète et le malade peut se
baisser sans gène. La fréquence seule est en rapport avec toutes les
causes d'excitation qui activent la circulation.
I^ stéthoscope appliqué sur les vaisseaux du cou ne permet de sai-
sir aucun bruit de souffle, comme cela a été noté dans quelques obser-
vations.
11 n'existe ni exophthalmie, ni battements transmis au globe ocu-
laire appréciables à la vue ou au toucher. Il n'y a pas de congestion
conjoDctivale ou scloroticale.
L'examen ophthalmoscopique permet de constater que le fond de
l'œil est dans le même état des deux côtés et présente une disposition
normale.
Les pupilles sont égales, peut-être y a-t-il un peu de paresse de l'iris
dacôté gauche.
Le strabisme en dedans est absolu, c'est-à-dire que la paralysie du
nerf moteur oculaire externe est complète. La diplopie ne cesse de so
produire que quand le malade dirige ses regards fortement a droite;
feulement alors les axes visuels sont harmonisés, et l'existence de la
BULL. BT MBlf. DB LA 80G. DB CHIR. 5
66 SOCIÉTÉ De GHimJRGŒ.
vision monoculaire vient encore prouTcr Vinfiâgrité du nerf oplique.
Auoune inseniibilité de Tœil ou du voitinoge, auéune douleur, aueuM
névralgie, par conséquent le nerf ophthalmique de Willis n'es* pas
compromis, pas plus que le moteur oculaire commun»
Il n'y aucun phénomène cérébral à notek* ; la mémoire est bien coih
sei*vée ; peni*dtre observe4-on un peu plus d'iraaeihiltté.
L*état de la santé génénde est excellent; j'ajouterai que les artères
du poignet ne présentent aucune apparence d mflHrations athôroms^
teuses« Rien au oœur.
Vis* à-vis de ce symptôme presque patliognomonique, souffle entends
par le malade et par le médecin, avec les caractères assignés plus
haut, et de la paralysie de la sixième paire, je n'ai pas hésité à porter
le diagnostic de dilatation< asévrysmale de la carotide interne gauche.
J'ai môme cru pouvoir préciser son siège sur un peint de Fartère
situé dans la partie inférieure du sinus, puisque le moteur ocnUnre
externe seul a été comprimé, et Ton sait (fullest le phis inlérieur des
nerfs qui traversent ce sinus.
Cette situation pi:ohable rend compte de Tafasenee des phénomènss
cérébraux.
Quelle est la conduite à tenir ?
Faut-ilt dans la crainte d'une rupture du sac observée dans certains
cas, mais plus spécialement sur les jaunes sujets, enÉseprendre une
intervention chirurgicale aussi grave qu'une ligatum ?
Ne vaut* il pas mieux attendre pour en arriver à cette eoLtrémitè» qu'a-
vec de nouveaux progrès de la poche anévrysmale, des phénomènes
de troubles circulatoires du côté du cevveau ou dss symptômes de oomc
pression commencent à se produire ?
Si nous en arrivons là, quelle artère Caudra-t-il lier, le ti^cmo commun
ou la carotide interner?
Jusque-là, ne seraitrjl pas sage de tentei' 1» compression digitale de
la carotide sur le tubercule oarotidien, quelque douloureuse et pénible
qu'elle ait été» paroe qu'elle a donné quel4|uee succès^ entre autres an
D' Vanzetti?
La littérature médicale anglaise renferme ua cas de guérisoai spon-
tanée d'un pareil anôvrysme, et la suspension momentanée du bruii
anormal dans le cas qui m'occupe n'est-elle pasTindice d'une tendauM
à la formation do caillots?
C'est sur tous ces point» que je serais hetureux d'avoir l'avis de mea
honorables collègues de la Société de chirurgie*
DJscussion sup' le trépaxL *
M. Luc^-GHAJfPiONNi£RE« J'sî éoQuté avec grajad soin le discours
de M. Desprès, mais je doie^ avouer que je n'ai pas trouvé de mi-
sons sufQsnnteft pour partagpsi avee noire oollègue son opposition
pour le trépan.
ssANG» mi .23 a^iivacR. 67
Au point de Tue UslQriqiie, M*. Decfiràs nenoiM; a pesapporté de
nouveaux matériaux.
Je ne puis pas accepter ^ manière dont M. Desprès emploie
les statistiques, car je trouve qu'il chercha trpp à les faire concor-
der avec 168 opinions qifîl soutient ;. ainsi il rejette la statistique
de M. Lefort, qui est une des plus soignées et des plus sérieuses,
tandis qii*il accepte oeiUe d» Blum^doot les éléments sont des oJb-
seniftions les phis disparates*.
Quant à la statistique des pl^es de tête observées par les An-
glais en Crimée, que M. Desprès a citée d*après M. Legouest, je
ne comprends, pas son, importance, puisque aOirmant lûO 0/0 de
morts par la tr^anatioa et,, chez les Français, des guérisons sans
tré{>anati(m, M« Le^ouast est peut-être le plus pai'lisan de la trépa-
nation. Il faut oroiro que certaines circonstances lui retirent de
son importance.
La statisiicpie de la guerre 4e la sôœssion esl très-favorable à
la trépanation, mais il ne faut pas la comparer, comme le fait
M Desprès, avee celle que peuvent donner les plaies de tête obser-
vées en une année dans les hôpitaux de Paris.
Si on veal la comparer à ifuelque chose, il est préférable de re-
chercher quelle a été la mortalité des plaies de tôte par armes à
teu dans la guerre de la sècesaon.
liya eu 4,S50 cas de plaies de 'tète par annas à feu, sur lesquels
il y a 2,514 morts, soit &7,T9 0/0 ; en voit -qu'il serait injuste de
dire que fintervenûen a tué des blessés, puisque sur 220 cas de
trépanatian Qy a lli guérisons, ce qni denneô»5 0/0.
Les faits tirés de la pratique de M. Desprès ne m*ont pas con-
^'aincu, et je dira} que je ne puis accepter la manière dont M. Des-
près a fait la critique des observations que nous avons apportées à
cette tribune, car il y a eu des erreurs de Aate que je n*ui pas pu
laisser passer et qui enlèvent toute valeur à son argumentation :
Ainsi, mon malade a été opéré le 7* jour, et non pas de suite
après l'accident, et M. Broca a opéré le sien après six semaines,
au lieu de 12 jours.
Quant à dire que nos opérés étaient des enfants, je crois qu'il
sulBt de lui rappeler que le mien avait 26 ans, tandis que le cas
qa*il a cité d'une guérison sans trépanation a trait à un enfant.
J'ai eu raison d'ajpjiieler Tattention sur la grande difiQculté qu'il y
a à établir un diagnostic exact, mais nous ne trépanons pas, comme
le àt M.JDlesprès,|poujr des lésions non traumatiques dont les symp-
tômes sont identiques à ceux des lésions traumatiques.
Dans flon aMeurà défendre .son si^et, M. Desprès a été certai-
nement plue loin qu'il O0 le voulait, car il est arrivé à soutenir
68 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIB.
des faits contradictoires sur la tolérance et la susceptibilité du cer-
veau.
^e crois ({U*il est inutile d'aller plus loin et de rien chan^r aux
propositions que j*ai formulées :
Bénig^nité relative de la trépanation, surtout faite avec la méthode
antiseptique;
Importance des signes tirés des localisations cérébrales, qui
ajoutent en chirurgie des notions de haute valeur et peuvent être
utilisées comme indications de précision, comme guide dans cer-
tains cas particuliers.
Enfin, je continue à placer au premier rang des indications de la
trépanation la paralysie immédiate, primitive. Un seul orateur
apporte des arguments contre ce que mes paroles pouvaient avoir
<1*absolu, et je reconnais qu'il y a lieu de tenir compte du remar-^
quable fait de M. Perrin.
Mais en présence du nombre considérable des faits que j*ai étu-
diés, je me tiens sur la réserve, et pour me faire changer d'opinion
él me faudrait une série de cas semblables . Je le dis d'autant plus
volontiers que M. Lefort, qui est loin d'être un des partisans les
plus ardents de la trépanation, a nettement reconnu, comme la plus
urgente des indications, la paralysie.
Il pensait qu'on pouvait être arrêté dans le choix du siège de
Topération. Il aura aujourd'hui des guides sûrs qu'il ne récusera
certainement pas et qui l'encourageront encore à trépaner.
Je crois donc fermement que les localisatioAs cérébrales d*une
part et la méthode antiseptique de l'autre vont faire faire un retour
offîcace vers la trépanation.
Que l'on n'oublie pas du reste que ce n'est pas la gravité propre
de l'opération ou son inutilité qui en a détourné .
La gravité des complications possibles ont arrêté seules les
chirurgiens. Cette cause a été indiquée par tous. Elle a été for-
mulée nettement par Desault et Bichat dont on invoque si souvent
le nom.
Il faut arriver à Gama et Malgaigne pour voir invoquer réelle-
ment contre le trépan des arguments d'un autre ordre. Et dans
l'ouvrage de Malgaigne, ce n'est certes pas sa physiologie pathologi-
que du cerveau qui lui fera le plus grand honneur. Quant à Gama,
on peut y trouver les plus curieux exemples de la négation de parti
pris des résultats d'une opération ; quelque effort qu'on fasse pour
le dépasser, on n'y arrivera pas.
C'est lui qui rappelle l'observation de cet individu qui, immédia-
ment après la trépanation, voit disparaître la paralysie, et il
igoute que l'écoulement du sang pendant l'incision des téguments
avait été la cause de la guérison. On ne dira rien de mieux pendant
8KAKCB DU 23 JANVIER. 69
la discussion des observations dont on ne veut à aucun prix re-
connaître rimportance.
La réaction se fera. Déjà à l'heure actuelle des partisans de* la
trépanation se montrent môme parmi ceux qui sont moins résolus-
que moi-même. M. Perrin ne la repousse pas, M. Le Dentu d&t
presque de mon avis, et j'entendais tout récemment M. Trélat dé-
velopper une opinion très-nettement accusée sur la nécessité de-
trépaner tout individu atteint d'enfoncement. Je ne parle paa de
ceux, bien autrement nombreux, qui n'ont pris aucune part à notre
discussion.
M. Lefort. Je ne veux pas entrer dans la discussion, mais Je
tiens à poser en principe que je suis partisan du trépan, et que
c'est en grande partie pour réagir contre les idées de Malgaigne
que j'ai fait le travail que plusieurs de mes collègues ont cité dans
la discussion. Il y a peu de jours, un homme fut amené dans mon
service avec une fracture du crâne; j'appliquai le trépan et pus re-
tirer ime longue esquille de la table interne que rien ne faisait
soupçonner, et le m alade est aujourd'hui complètement guéri.
H, Le Dbntu. Je n'ai que fort peu de chose à ajouter à ce que j'ai
répondu à M. Lucas-Championnière. Je ferai seulement remarquer
que U. Luca»Ghampionnière a un peu rabattu de ses premières
f^sertiotts, relatives à l'innocuité du trépan et à ses indications. Il
ne parle plus que de deux ou trois couronnes de trépan, et il n'a
pas renouvelé l'assertion émise par lui à la suite de la communica-
tion de M. Tillaux, à savoir que l'on peut trépaner en plein foyer do
contusion cérébrale. Je n'accepte cette proposition que si on admet
que ce n'est pas contre la contusion qu'on dirige la trépanation.
Quant au reproche que M. Lucas-Championnière m'a adressé de
lui avoir fait une part trop petite dans l'historique de la question,
je ne crois pas l'avoir mérité. J'ai cherché à être impartial, et lors-
que j*ai exposé les ressources offertes par la topographie crânio-
cérébrale, je me suis empressé de mettre au premier pian le pro-
cédé de H. Lucas-Ghampionnière.
Si j'ai fait quelques réserves relativement à la position de l'ex-
trémité supérieure de la ligne rolando-bregmatique, c'est qu'on
peut s*étonner que les anthropologistes, qui ont fait de nombreuses
mensurations, soient arrivés à des résultats ne concordant pas avec
ceux de M. Lucas-Championnière ; mais, comme je l'ai déjà di^,
« c'est un point à vérifier ».
M. Lucas-Championnière m'a reproché d'avoir trop étendu 1»
zone motrice et de l'avoir fait aller jusqu'au pli courbe; c'est une
meur: car je me suis rallié aux conclusions de M. Charcot qui.
hissent de côté le pli courbe.
10 SOCIÉTÉ DE rQuwamatm.
Malgré les tendance» de IL Laii8a»<2lRaDpioanièr6 vers l'inier
vention, ses objections ne modifient pas ieseonclusions que j*a
formulées.
Répondant à ALDeaprès qui se pose en advereaine résolu di
trépan, parce qu'il le classe dans les opényâons inutiles Je lui dire
qu'il tranche une question complètement insoluble aujourd'hui»
La trépanation est peut-être varement utile^ je le reconnais
mais vouloir la ranger dans les opénitions à oublier, c'est aile
trop loin.
Lorsqu'on jette les yeux en arrière, on voit combien il est difli
cile de poser en principe les opérations qui doivent être rayées d
la pratique.
Si la cure radicale des hernies est, â juste titre, tombée dan
l'oubli, combien d'autres opérations repoussées, condamnées, il
a quelques années, sont aujourd'hui acceptées et pratiquées ave
succès, pour n'en citer qu'une, rovariotomîe. D'autres opérations
considérées comme très-graves, perdent de leur gravité par suit
des progrès apportés à l'hygiène.
Tout en disant que les statistiques ne prouvent rien, M. Desprè
6*en sert pour soutenir ses argumeaoAs ; je le regrette, cai* si le.
statistiques sont. des armes â deux, tranchants il ffflit les laisser d
côté. Quant à moi je trouve qu'ilfaut absolument faire des distinc
tiens entre toutes les espàoes de iracUxre du crfine, car il est im
possible de comparer une fractare, une simple fissure de la bas
avec la fracture portant sur de larges sur&»es.
Répondant à la question posée par M. Desprès : La tiépanatia
vise*t*elle un symptôme ou nne lésion? j'admis qu'elle vise for
cément les symptômes, du moment qu'ils indiquent un danger oi
un grave inconvénient pour ravenir, mais qu'elle ne s'attaque a^
symptôme que par l'intevmédiaire de la lésion, oai* aucun chirur
gien n'aurait l'idée de ttfépaàer pour lairésolulion des membre
produite par la oonmiotioa oàrébrate.
11 est impossible d'admettre qu'une lésion siégeant dans le
points neutres du cerveau donne les mômes symptômes que call
qui siège dans une 29one siobrice^ et «'est là l'importance des ncu
velies recherches sur les loealieations céréteales.
On a dit qu'il ne fallait jamais intervenir en présence de l
lièvre, mais la ftèvre n'e&t pas touigiours la preuve d'une encéphalite
et la simple rétention du pns dans un loyer en dehors de la dure
mère peut la développer.
On ne prouve rien aliecdes faits iseiés, et le'O» d'une fractur<
grave de la jambe,. gMéde «aae- am()utaiion, ne prouve pas qui
l'amputation ne doive pas. dire ismeiàétée eomme la planche d^
salut dans certains cas.
SÉANCE DU 2S JANVIER. 71
Il est plus qu'impvudBiit d'engager Taveiiif par des jugements
bàtils auxquels on croit donner plus de foi^ee an leur donnant une
forme ironique ou dédaigneuse.
Pour moi, sans savoir si je croirai jamais devoir pratiquer la
trépanation, je veux laisser une porte ouverte an progrès et à la
lumière. La trépanation, considérée par tous ses aspects, ne sem-
ble ni absurde, ni dangereuse, elle est même parfaitement ration-
nelle dans certains cas et je suis persuadé que lorsque le crAne
est ouvert, en même temps qu'il existe une plaie des téguments,
le vrai danger réside dans Taltération du sang épanché, même en
médiocre quantité, entre la dure-mère et les os. Dans les cas très-
compliqués, le danger est tellement grand, que la trépanation n*est
pas très-utile ; dans les cas simples, la guérison est presque cer-
taine ; mais dans les cas intermédiaires, il y aura certainement
avantage àixttervenir, et je crois qu'on pourra le faire avec de bons
résultats en suivant les indications et les règles que j'ai essayé de
poser éêOB mon rapport.
M. Desprès. Je ferai observer que si on trépane pour un symp-
tôme, il faudra aussi bien trépaner pour une paralysie causée par
une tumeur cérébrale que pour -celle causée par une fracture du
crâne. De plus, si la lésion siège dans un point du cerveau qui
a'est pas un <^ntre moteur, ie symptôme, qui doit guider le chi-
rurgien manquera, et on paut croire que beaucoup d'individus ont
^la cbaoce d'être dans ces circonstances, car il suffit d'examiner
les coUectioos des crânes sur lesquels on a trouvé des dégâts con-
sidérables qpii n'avaient été suivis d'aucun accident , et observons
qu'on n'en parle jamais.
Qoant a conseiller le trépan parce que le traitement antiseptique
rend cette opération peu grava, je'rapipiellerai que Samuel Ciooper
a déjà émia semblable opinion en préconisant l'usage de l'eau
froide, qu'il avait employée peui* son opéré ; il y a là une affaire de
JDode qui ne peut suffire pour tout changer.
Je ne suis pas partisan des statistiques, parce qu'elles compren-
nent trop de faits disparates, mais je les crois préférables au simple
souvenir^ aussi jo ne les repousse pas absi^hunent. Je crois que
l'on peut arriver à se former une opinion, lorsqu'on voit que, dans
las pays où l'on ne pratique pas le -trépan, on arrive pour les frac*
tures du crâne à une mortalité de 42 0/Q, statistique des hôpitaux,
tandis que dans lea pays où la trépanation est une opération jour-
nalière, la statistique donne une mortalité de 57 0/0, statistique de
lefort, et de 48 0/0, statistique de Blum. De plus, lorsqu'on lit
ce que disait M.Legouest (BuUeim dd la Société de chmirgiey 1860,
p. ÛS), que^ pendant la guerre de Crimée, Us Anglais, qui trépa-
7^ SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
naient beaucoup, ont eu 100 0/0 de morts, tandis que les Français
n*en ont eu que 73 0/0, j'afftrme que Ton peut en conclure que le
trépan est une pratique dangereuse.
M. Le Dentu. Je répondrai à M. Desprès qu'en présence d'une
fracture avec enfoncement siégeant dans une région en dehors de
la zone motrice, il manquera au chirurgien un symptôme important
pour rindication du trépan, mais on opérera de môme, dans le but
de remédier à renfoncement.
Si le trépan était une si mauvaise opération, on la verrait aban-
donnée par tous les chirurgiens et ce n'est pas là le cas ; pour ne
citer qu'un exemple, je nommerai M. Legouest, qui s'est guidé pro-
bablement sur d'autres faits que la statistique dont parlaft M. Des-
près, car M. Legouest est au contraire partisan de cette opération.
M. Trélat. Je ne veux pas prendre part à la discussion soulevée
devant la Société, mais je veux rappeler les indications que j'ai
développées, il y a trois ans, dans les leçons que j'ai faites à la
Faculté ; je le ferai avec d*autant plus de facilité que les recherches
nouvelles n'ont fait que confirmer mes opinions.
J'avais admis deux conditions pour trépaner :
1® Dans les cas de plaies des parties molles, avec ftractures et
déformations;
2® Dans le cours d'une plaie du crâne où il se développe un
symptôme pouvant prouver une lésion cérébrale.
A l'époque oii je m'occupais de cette question, on ne connaissait
comme pomt du cerveau ayant une fonction spéciale que la troi-
sième circonvolution frontale; aussi disais-je que si la science ve-
nait à formuler la preuve de fonctions dévolues à telle ou telle
région particulière, il faudrait trépaner lorsqu'on pourrait affirmer
la lésion de ces diverses régions.
Il y a des individus guérissant avec de grandes fractures, et la
trépanation eût été inutile ; mais si on veut prendre tous les indi-
vidus atteints de plaies à la tête, on trouvera de terribles mé-
comptes.
Nous voyons tous les jours des individus atteints d'enfoncement
plus ou moins considérable, ayant très-peu de symptômes, et fi-
nissant cependant par succomber ; si on les avait trépanés, ils
auraient guéri. Ce n'est pas parce qu'un individu succombe après
avoir été trépané, qu'il faut repousser le trépan, car pour ne citer
que le chanoine, auquel on a fait allusion, le trépan ne lui a rien
fait, ni en bien ni en mal.
Si on pouvait faire un diagnostic exact de la lésion cérébrale»
on trépanerait à coup sûr; malheureusement ce n*est pas toujours
facile, surtout avec le genre de blessures produites par les armes
SÉANCE DU 2â JANVIER. 73
d'aujour(i*hui ; mais si un signe bien net permet de dire : il y aune
lésion qui amènera un abcès» il faut trépaner.
J'arrive donc aujourd'hui aux conclusions que j'avais formulées
il y â trois ans, et qui peuvent se résumer ainsi :
Il y a lieu d'appliquer le trépan :
i"* Lorsqu'il y a enfoncement du crâne, même s'il ne paraît pas
nécessaire;
2' Lorsqu'il y a des signes annonçant une lésion des centres.
M. Maurice Perrin. Je ne suis pas un adversaire du trépan, et
j'ai conservé, sans y changer grand'chose, les idées que j'avais
soutenues dans la discussion de 1866 au sein de la Société de chi-
rurgie, et que je demande la permission de reproduire sous forme
de propositions.
1° Je suis partisan de la trépanation immédiate, le jour même
de la blessure, toutes les fois qu'il s'agit d'une fracture du crâne
avec perte de substance, avec corps étrangers, pièces osseuses ou
autres. Dans ce cas particulier, j'ai lieu de croire que le doute
n'eiiste pour personne. Il importe de débarrasser la plaie de tout
ce qui peut la rendre plus grave, fallût-il recourir à une ou plu-
sieurs couronnes de trépan.
Cette sorte de débridement, à l'aide duquel on agrandit ou bien
00 régularise la brèche osseuse, peut â peine porter le nom de
trépanation.
2» Lorsque la fracture du crâne, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de
plaie extérieure, est compliquée d'enfoncement de la paroi ; lors-
qu'elle est représentée par de larges pièces osseuses inclinées
l'une vers l*autre et circonscrites par des traits de fracture ou par
des disjonctions de suture, il y a lieu de s'abstenir au moment de
l'accident. L'indication du trépan doit être fondée, d'une part sur
l'état anatomique, l'enfoncement de la paroi, et de l'autre sur la
nature des troubles fonctionnels qui peuvent lui être attribués. Ces
derniers ne sont pas significatifs durant les premiers jours, parce
qu'alors tout est trouble et confusion. Presque toujours, en efTet,
les traumatismes du crâne créent une situation qui semble tout de
suite très-grave : on est assommé du coup. Ce n'est qu'après quel-
ques heures ou après quelques jours qu'on revient à la vie, parfois
avec une santé complète ; d'autres fois avec une perte fonction-
nelle qui peut être attribuée â la compression produite par les
pièces osseuses enfoncées. Lorsque la complication est bien définie
de la sorte, lorsqu'elle est bien isolée, il faut trépaner le plus tôt
possible, puisque tout ajournement, sans avantage défini, a le
grave inconvénient de laisser s'accroître le danger. Et il faut tré-
paner sans tenir compte des indications fournies par les localisa-
74 SOCIKTÉ DE CHIRLRGCS.
tions cérébrales. Le point le meilleur sera celui qui permettra le
plus facilement de relever la paroi enfoncée et d'extraire les es-
quilles s'il en existe.
S? Lorsque la fracture est représentée par une ou plusieurs fê-
lures sans enfoncement des parois, sans compUcatâons nppré-
ciables, et à plus forte raison lorsqu'il n^y a pas de fracture re-
connue, il ne faut pas trépaner immédiatement, quels que soient
les troubles fonctionnels existants et quel que soit le siège de la
lésion osseuse ; fl faut attendre et observer. Si au tumulte des pre-
miers jours succèdent des signes de méningo-encéphalite, d'épan-
chement sanguin ou purulent, on doit se féliciter d'avoir épargné
au malheureux blessé une opération inutile.
Si, au conti'aire, il ne reste plus qu'un trouble fonctionnel bien
défini, comme une paralysie faciale, une hémiplégie, une céphalal-
gie persistante en un point fixe, des abcès épileptiformes, etc., il
fout observer de plus près et s'assurer, jour par jour, si ces acci-
dents voot en s'atténuant ou en s'aggravant.
Dans le premier cas, il convient d'attendre ; dans le second, il
faut trépaner sans hésitation et choisir le point qui sera indiqué
par le siège <x>nnu des centres moteurs et par les mensurations
iraniennes. La persistance d'une paralysie du mouvement limité â
la fece, à un membre ou à tout un côté, a été indiquée par M. Lu-
cas-Championnière au cours de cette discussion, comme la meil-
leure indication de trépanation, parce que ces paralysies ont tou-
jours été incurables ou suivies de mort.
J'avais émis à peu près la même opinion en 1866, bien que j'aie
été obligé 4e la mitiger un peu, en rapportant l'observation d'un
officier de mon régiment qui, pendant la campagne de Crimée, avait
pai*faiteflient guéri d'nne fracture du crâne, malgré l'existence
d*une paralysie pei'sistante du mouvement. Sur ce dernier point,
l'expérience m'a conduit à tenir moins compte des paralysies de
mouvement consécutives, à les observer pendant un certain temps
avant de prendre une détermii^ation et à n'appUquer le trépan
qu'autant qu'elles s'aggravent.
C'est dans l'espoir de faire accepter cette li^ne de conduite par
M. Lucas-Championnière et par tous les chirurgiens qui seraient
disposés à le suivre, que j'ai rapporté récemment deux autres faits
de fracture du crâne qiui ont guéri sans trépanation malgré Texis-
tence persistante pendant deux ans, dans Tun des cas, d'une pa-
ralysie de mouvement.
M. le président déclare close la discussion sur le trépan.
léANCB SW âO aANViCR.
Présentation de malades.
M. Monod présente une malade atteinte d'un kyste osseux de la
paroi supérieure de l'orbite.
La séance est levée à 5 h. 45 m.
Le secrétaire^
HORTELOUP.
Saanee du 30 jasTior 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
La procèe-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
Correspondanee.
La correspondance comprend :
1** Les journaux périodiques de la semaine ;
S» Le jounial de médecine de TOuest V Alger médical^ la Gazette
médicale de Bordeaux, le Lyon médical, le Montpellier médical,
k Bordeaux médical ;
3* Centralblatt fur Chirurgie^ la Gazette de santé militaire de
Ihdrid, Tbe Briti^h médical Journal, la Gazette médicale Italienne-
Lombarde ;
4** Une lettre de remercîments de la part de M. le D' Reverdin,
de Genève ;
5* Une lettre de M. Houël, s'excusant de ne pouvoir assiter à la
séance pour affaires de famille ;
6"" Une lettre de M. Tarchivist^ de la Société médicale de Reims,
demandant un échange des Bulletins de la Société contre ceux do
la Société de chirurgie.
M. Verheuil présente un travail de M. Chalot, chef de clinique
chirurgicale à la Faculté de Montpellier, relatif à un cas de névral-
gie rebelle, l'observation est complète. H comporte une analyse de
23 cas de névralgie des moignons.
(HH. Verneuu., Sée^ Delkns.)
Rappert.
M. Verneujl Ut un rapport sur les trois observations adi'essées
par M. Veirènes, médecin principal de !'• classe à Vincennes.
76 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
Messieurs ,
Ma présence à cette tribune en qualité de rapporteur de
M. Vedrènes eût été fort naturelle il y a 15 jours; aujourd'hui elle
est peu constitutionnelle , et voici pourquoi. Notre confrère nous
adressa à la fin d*octobre dernier plusieurs faits intéressants
dont vous me chargeâtes de vous rendre compte. Mon rapport
était fait et j'allais vous le lire, lorsque survinrent les élections
dernières qui firent du candidat d'alors le collègue d'aujourd'hui.
Désormais M. Vedrènes n'aura plus besoin de parrain pour
des travaux qui figureront de droit dans nos Bulletins. Je devrais
donc envoyer ceux que voici au comité de publication et remettre
mon rapport dans mes cartons. Cependant permettez-moi de servir
au moins brièvement d'introducteur aux présentes observations,
parce qu'elles ont été recueillies en quelque sorte à mon intention
et dans le but spécial d'appuyer des opinions dont je me suis fait
le champion.
Vous en jugerez par le seul titre des observations en ques-
tion :
1* Attaque de rhumatisme articulaire aigu à la suite de Tinlro^
duction dune sonde cannelée dans une Bstule anale chez un sujet
arthritique ;
2** Accès d^aslhme avec orthopnée succédant à une fracture de
r avant-bras chez un asthmatique ;
S* Ataxie locomotrice consécutive à la ligature de deux petites
tumeurs hémorrhoïdales.
Du reste voici ces faits :
Obs. I. — M. J..., capitaine d'infanterie, 16 ans, fortement oonsti
lue, pléthorique, a toujours eu une excellente santé, et tout en jouis-
saut de la vie n'a commis d'excès en aucun genre. Il a séjourné
plusieurs années en Algérie et fait les campagnes d'Italie en 1859, et
de France en 1870-1871. Il ne compte point de goutteux dans sa
famille ; ses parents sont anûvés à un âge très-avancé.
A 25 ans, à la suite de marches pénibles il éprouva dans la hanche
des douleurs qui rappelaient la sciatique et qui cédèrent à de fortes
frictions avec l'alcool camphré. Ces douleurs revinrent à plusieurs
reprises et cessèrent par le même moyen. A 35 ans, hydarthroses aux
genoux, traitées sans grand succès par les douches, les frictions
diverses, les badigeonnages iodés, et guéries par une saison à Amélie-
les-Baius et l'usage de genouillières de laine.
En 1866, un peu de gène dans la respiration et la miction; après
quelques quintes de toux, expulsion de crachats muqueux. Pendant la
campagne de 1870-1871, urines souvent rouges et troubles, laissant
un dépôt adhérent au vase ou des graviers rougeâtres. De temps à
autre, douleurs de reins.
SÉANCK DU 80 JANVIER. 77
En 1878, gonflement douloureux de larticulation interphalangienue
dn ^8 orteil droit d*abord, puis du gauche. Douleurs dans la région
do foie. La gène de la respiration 8*accrott, au point d'interdire les
loDgaes marches.
Une saison à Vichy, en 1874, n'amena pas de soulagement notable.
La santé resta médiocre.
£d avril 1877, à la suite d*une marche forcée survint à la marge de
ranus un abcès qui s'ouvrit spontanément dans le rectufn. On se con-
tenta de soins de propreté et de pressions exercées sur la poche pour
expulser le pus ; mais au bout de quelques temps la cavité purulente
se remplit et s'ouvrit à l'extérieur.
Entrée à l'hôpital le 22 août. Fistule anale complète, s*ouvrant d*une
part au côté gauche du périnée, de l'autre sur la paroi antérieure du
rectum. Son trajet, long de 6 centimètres, est indiqué par un cordon
induré qui s'enfonce dans l'épaisse couche de graisse de la région .
Selles rares, difficiles, un peu douloureuses, entraînant du pus san-
goiùolent.
26 août, l'opération ne pouvant être pratiquée en ce moment, on se
propose seulement de passer dans .le trajet fistuleux un drain, dans le
double but de pousser des injections et de faciltt.r plus tard le pas-
sage de l'anse du galvano-cautère. En conséquence, le malade étant
dans la position de la taille, et Tindex gauche porté dans l'anus, une
sonde cannelée est passée avec précaution dans la fistule. Dès que son
extrémité est parvenue dans la cavité rectale , on raccroche avec l'in-
dex gauche et on la ramène à l'extérieur. Une fine bougie est alors
conduite dans la rainure de la sonde pour servir de conducteur au tube
à drainage.
Cette petite manœuvre avait été fort simple, peu douloureuse, sans
perte de sang; cependant elle avait causé un grand saisissement au
patient dont l'esprit étcdt, comme Sydenham Ta remarqué chez les
goutteux, c non moins malade que le corps, en proie à la colère, à la
crainte» au chagrin, et partant très-impressionnable. » C'est pourquoi on
renaît par une ligature les deux bouts de la bougie, et on remit au
lendemain le passage du drain.
La journée fut mauvaise; vers 11 heures du matin, deux heures
environ après la petite opération, frisson intense et vomissements.
Dans Faprès-midi, la réaction s'établit peu à peu avec céphalalgie,
chaleur à la peau, accélération du pouls; on prescrit Tinfusion de til-
leul et 80 centigrammes de sulfate de quinine.
Le 27, nuit assez calme, sans sommeil ; soif, anorexie; au point ma-
lade rien de visible ; on injecte dans la fistule de l'eau phéniquée.
Le 28, même état; on remplace sans difficulté la bougie par un
drain.
Les jours suivants Tétat semble d'abord s'améliorer, mais vers le
5 septembre se déclare dans Taine gauche une adénite aiguë assez dou-
looreuse, qui fut combattue par des frictions belladonées et des cata-
plasmes.
Le 9, la fièvre se rallume, et bientôt toutes les articulations, grandes
78 sociéTé DE CRtinmais.
et petites, sont prises presque srimultanément de douleur» yvres et do
gonflement. Le malade immobilisé dans son lit est en proie- fl d#
cruelles souffi*ances, sans préjudice d^ailHnrs des douleurs trè8*TV<fes
occasionnées par Tadénite de Taine qui était devenue phlegménottse»
On calme cette explosion avec Te sulfate de quinine, ïe eïAortà et
les topiques émoUients ; les sangsues et les vésieatoires appliqués^Mur
le phlegmon inguinal n'empêchent pas la suppuration de se fbnnsr.
La collection fut ouverte avec le bistouri le Tl septembre; un damfi-
veri-e de pus 8*écoula. Un soulagement prompt s'ensuivit loealAuent
et aussi dans Tétat général; la fièvre tomba bientdt.
Le 1^ octobre, le calme étant rétabli, on incisa la fîstute aveeTaiise
galvano-caustique sans anesthésie à cause de la dyspnée naturelle^ L'o-
pération fut très-bien supportée et les suites en furent fort 8im|>lan.
La cicatrisation marcha à souhait et le malade fut bientôt eompiétamenl
raffermi.
M. Vedrènes commente ainsi son observation :
« Ce récit est long, mais il importait de rappeler les commémoraiifii^
pour suivre la filiation dés phénomènes morbideSF, et bien établir
chez notre malade Texistence d^une ancienne diathése srthritiqQe ,
irrégulière et asthéntqpie, qui n'avait jamais jusqu'alors revèln la
forme aiguë. Or, il a suffi du traumatisme insignifiant causé par l'in-
troduction d'une sonde cannelée dans un trajet fîstuleux pour déter-
miner une perturbation profonde de Torganisme, et l'expïosio» d# la
diathèse avec manifestation nouvelle et aigué inaccoutumée.
< La relation de cause à effet est ici des plus évidentes, et oomme^
si cette susceptibilité morbide s'était épuisée par l'intensité méms'déln
dernière crise, il est remarquable de voir avec quelle toléraaoe Ait
supportée un mois 'plus tard l'opération beaucoup plus donlouvoiuie
faite avec le galvano-cautère. Ce fsiit offVe done un întérél réel au
point de vue du rappel des diatfaèses par le traumatisme, grand fait
de physiologie pathologique qui devient de jour en jour mieuK dé-
montré; »
J'ajouterai à mon tour quelques réflexions, ^e remercierai d'aboid
M. Vedrènes d'avoir publié un nouvel exemple de œv opérations'
importance, de ces simples explorations q ai mettent les jours en.
de la façon la plus inattendue, et par une sueoession d'accidents que-
rien ne peut faire prévoir. Ces faits, beaucoup plus cemmunff qu'on ne
le croit, sont généralement passés sons silence on mal inierpréléai
cependant, il importe infiniment de les faire connattre^ et snrtont de
les analyser soigneusement, ne serait-ee que pour disculper le ebimr-
gien, qu'on accuse volontiers, quand la vraie responsabilité retomto
sur l'état constitutionnel du patient, ^e oonstate ensuite qne le fût* eal
des plus concluants.
Voici un arthritique qui n'a eu que des attaques iscMes, disarèles,
apyrétiques, portant sur des organes différents, et qui tout d'un eonp^
est atteint de la manifestation à là fois la plus violente et la plu»
téristique de la diathèse; je dirai môme la plus inattendue, car il
rare qu'on soit pris pour fa première fois de rhumatisme généralisé
pendant Te mois d'aoûl, et quand on est mt Ut depuis plus de Ifi jours.
Une seule cause déterminante peut être invoquée : o'eet la manasuTre
efairargieale âfem jours précédents. Si minime qu'elle ait été, en effet,
elle n*en a pae moins troublé profondément récsonomie en déterminant
(Talxrrd une de ees lyraphanlfo-adénites soudaines que j^ai notées tant
de fois à la suite des explorafione les plus ^amples et qui catrsent tant
de revers imprévus. (Voir la thèse de M. le D* Dehenne.)
M. Vedrènes nlnslstant pas sur cette première complication, per-
mettez-moi de la mettre pn relief, ne fût-ce que pour utiliser un té-
moignage désintéressé au profit d^une notion que je m'efforce de vul-
gariser.
On introduit une sonde cannelée dans un trajet de suppuration;
Qaelqoe soin que Ton mette, on blesse légèrement les parois de
ee trajet. La blessure, toute étroite qu'elle est, est en contact avec
du pus septique et Tinoculation s'effectue ; ses effets so traduisent
promptement. Deux heures après, le frisson se déclare avec ma-
laise, céphalalgie, accélération du pouls; si la température avait été
relevée, je suis certain que le soir même on aurait noté 39<*, sinon 40.
Le malaiser s^eet continué quelques jours encore, et on s'aperçut
alors d'une adénite inguinale aiguë. Je crois qviecell&*ci a saceédé à In
lymphangite née le premier jour. Dan» tous les cas, elle a progressé
JMqu^à l'époque où le bistouri est intervenu.
Quoiqu*il en soit, la fièvre existait et continuait quand le rhumatisme
articulaire aigtt el généralisé a éclaté. J'en fais k remarque parce
qu'on pourrait agcuser de son explosion non direotament la blessui^e ,
mais biea la complication inflammatoire et fébrile.
Je ne relàserai point à la lymphango-adénite une influence provo-
cstiiee sur le rhumatisme, car je n'oublie pas les rapports que M. le
D^Bachon a tenté d'établir eatre l'adénite inguinale et le rhumatisme
artienlaire provoqué. (Voir BnlleU de la Sôc. de chirarffie, 2'è mBts
itn, p. 290.) Mais je ferai remarquer que bien d'autres blessures .
MtorseSf fractures, contusioi» sans plaie, etc., ont pu réveiller la dia>
iiMseitamatiaaiale'SanB le moindre mouvement fébrile intermédiaire.
Donc, nul d<Kilai|u# rinsignifiante lésion traumatique causée par
la soade eannelée ait été la oause première de l'attaque articulaire.
Mais comment, dans cette hypothèse, comprendre la parfaite ii*no-
enté de la seconde opératic^n, évidemment plus douloureuse et plus
grave? M. VedrèneB^ frappé de cette oontradiotion» « pense que, la-
aisceptibllité morbide du sujet ayant été épuisée par la violanoe même
de la première eriaa, la toléranoe s'est établie pour la aceonde. » A
eatle explioatioa cm pêû vague*, je substituerai une interprètalion que
je erois pl«0 aoeeptable. I^a différence entre les suites des deux opé-
rations me semble dériver de la différence entre les procédés opéra-
toires. Dan^ la première séance, on blesse un foyer malade sans
prendre de précautions contre l'inoculation septicpie ; dans l'autre, au
oantraire» on pratique la diérèse avec le fil incandescent, c'est-à-dire
91e du nyème e«up cm rend Las surfaces impropres à toute absorptioi^
de matières pyrogènes.
80 SOGIÉTR DE CHIRURGIE.
Je renvoie ceux qui n'accepteraient point ma théorie aux thèses
publiées par mes élèves sur la blessure des foyers et des tissus ma-
lades (Dehenne, Loyson, Bouilly, Dépasse *). Là, les preuves abondent.
Je puis en tout cas dire que cette crainte des inoculations soudaines,
au moins autant que la peur des hémorrhagies, m*a décidé à aban-
donner complètement Tinstrument tranchant dans l'opération de la fis-
tule à Tanus. Depuis de longues années je n'emploie plus que Técra-
seur linéaire, le galvano-cautère, et maintenant le thermo-cautère.
Le fait de M. Vedrènes présente certainement le plus grand inté-
rêt ail point de vue de Tinfluence exercée par Ibs blessures sur les ma-
ladies constitutionnelles , mais ne démontre pas moins clairement la
part qui revient dans la marche des opérations au choix des procédés.
C'est bien le cas de répéter ici ce que déjà j'ai maintes fois formulé:
Plus la constituUQD de Topévé est défectueuse et fait prévoir d^acci-
dents, plus il faut apporter d'attention au choix des procédés opératoires.
Il est indispensable alors d^ opter pour les plus innocents quand même
ils ne seraient, ni les plus brillants, ni les plus expéditifs, ni les plus
faciles.
!!• Obs. — Violents accès d'asthme à la suite d'une fracture compli-
quée chez un asthmatique.
M. B..., 30 ans, capitaine d'artillerie, constitution robuste^ amputé
d'un bras sous les murs de Metz, en 1810, est atteint d'un asthme
assez gênant.
En 1874, il fait un matin une chute de cheval dans laquelle Tavant-
bras, pris entre le sol et la poignée du sabre, est gravement fracturé
à la partie moyenne. 11 y a une large plaie à travers laquelle fait issue
un fragment du cubitus. Un quart d'heure après l'accident, on pro-
cède au pansement. La fracture est réduite et maintenue avec l'appa-
reil ordinaire, puis le blessé est couché, Tavant-bras demi-fléchi et
en demi-pronation reposant sur un coussin disposé en plan incliné.
Le reste de la journée se passe assez bien, mais vers le milieu de
la nuit survient un accès d'asthme très-violent avec râles sibilants,
cyanose du visage, dyspnée extrême forçant le malheureux blessé à
s'agiter toute la nuit pour chercher une position supportable. Vers le
matin, on le place dans un grand fauteuil où il peut goûter quelque
repos.
La nuit suivante, Tattaque se reproduit avec autant d'intensité et
se prolonge jusque dans la matinée. Le blessé n'avait pas voulu quit-
ter son fauteuil ; on le décide toutefois à se placer sur un lit très-bas,
disposé d'une façon spéciale. L'avant-bras, naturellement, avait beau-
coup souffert des mouvements désordonnés involontairement exécutés
pendant les crises. On mit le membre dans un appareil ouaté et ami-
donné, puis on le suspendit sur une planchette mobile.
t Dehenne, De quelques explorations chirurgicales inutiles et dangereuseSt
7 février 1876; Loyson, Blessures des foyers pathologiques purulents, 7 mai
1877; Bouilly. Des lésions traumatiques portant sur les tissus malades, 28 mars
1876 ; Dépasse, Essai sur quelques causes des calamités chirurgicales à la
suite des opérations les plus légères, 6 juillet 1877.
aààncK DU 30 janvier. 81
Le sulfate de quinine, à la dose d'un gramme et le chloral adminis-
trés à l'intérieur firent heureusement cesser l'asthme, de sorte que la
troisième nuit fut tranquille. L'hyponartécie, de son côté, rendit les
plus grands services, de sorte que M. B... était, au bout de S mois,
guéri de sa fracture avec conservation des mouvements du bras.
H. Yedrènes cite ce cas comme l'exemple bien net du réveil d'une
iffection ancienne par une blessure. J'ai observé déjà plus d*un fait de
ce genre, et depuis longtemps je suis en garde contre les accidents tho*
nciqnes chez les blessés préalablement affectés d'emphysème pulmo-
naire. Rien de plus commun en pareil cas que le développement de
eongestions pulmonaires très -intenses et nécessitant un traitement
éoergique. J'ai eu, il y a peu de semaines, le chagrin de perdre de cette
façon une malheureuse femme atteinte d'un épithélioma buccal de peu
d'élendue avec adénopathie cervicale. Cette femme était herpétique et
aussi très-emphysémateuse. Je fis l'opération intra-buccale avec le
thermo-cautère et l'ablation des ganglions du cou avec le bistouri. Les
choses allèrent bien pendant quelques jours. La malade toussait un
pea et respirait avec une certaine peine, mais les phénomènes stéthos-
copiques ne m'inspiraient point d'inquiétude. Quelques pilules de bel-
ladone et des révulsifs externes tinrent facilement ces symptômes ei^
respect.
Par malheur, survint un refroidissement qui fut suivi d'un érysi*
pèle de la face et du cou. Un éméto-cathartique, la potion de Todd et
quelques centigrammes de sulfate de quinine modifièrent très-avanta-
geusement l'exanthème ; mais à partir de ce moment, la dyspnée fit des
progrés incessants que nous ne pûmes arrêter ni par les ventouses ni
par les vésicatoires et quelques jours plus tard la malade succombait,
uphyxiée, à une congestion pulmonaire double et généralisée.
A l'autopsie, nous constatâmes la lésion susdite avec quelques
points de pneumonie à droite. Les autres viscères étaient sains. L'em-
physème et la congestion pulmonaire avaient été les vraies causes de la
Qiort ; l'érysipèle n'avait fait qu'y aider.
lll« Obs. — Aiaxie locomotrice consécutive k la ligature de deux
petites tumeurs bémorrhoïdales.
M.C..., capitaine de cavalerie, 52 ans, faible, maigre, célibataire et
tellement porté aux plaisirs de l'amour, qu'on pouvait dire de lui las-
Sitas Dunquam satiatus^ était depuis longtemps affecté de petites tu-
meurs hémorrhoïdaîes qui le gênaient beaucoup et dont il voulut être
débarrassé.
Un chirurgien lia avec un fil deux de ces tumeurs qui étaient au
nombre de six. Tout se passa bien ; les tumeurs se sphacélèrent et
les petites plaies furent promptement cicatrisées.
Quelque temps après, deux autres tumeurs furent également liées,
mais les choses se passèrent tout différemment. La douleur fut beau-
coup plus vive, l'irritotion plus grande, et il y eut de la fièvre, qui
nécessita un séjour d'une semaine au lit. Les deux tumeurs qui n'a-
vaient pas été liées s'enflammèrent.
BULL, rr MKM. DB LA SOC. DB CHIR*
8^2 ^OOléTÉ Dite GHIRUROIB.
Les émoUtenU etles -narootiques calmèrent peu h peu ces accidents.
M. G... commençait à se lever lorsqu'il constata que ses jambes man-
quaient de solidité, et que ses mouvements n'avaiient pas leur préciiica
ordinaire. £n prenaiirt les objets, il croyait «voir les laaias gantées,
et quand il marokail pieds ans il croyait être sur im tapis.
Ces perversions de la sensibilité et de la matilité, loin de s*attéaiier,
augmentèrent à ce point que bientôt l'anestlifésie fut complète et la 1^
comotion impossible.
Le malade entra alors à l'hôpital militaire de V<er6ailles, o« il fut
considéré comme atteint d^une affection de la moelle et traité par les
toniques et les révulsifs externes ; les vésicatoires, les pointes de féu
et enfin les cautères à la pâte de Vienne furent mis en u»age^ Un de
ces cautères^ appliqué à la région lombaire et laissé trop longtemps
par mégarde, fit une excavation large et (urofooée qui suppera abon^
daounent.
Cet accident n*eut point de suites fâcheuses, bien au ooitlraire, car
le malade recouvra bientôt la sensibilité et les mowements de façoa
à reprendre peu de temps après son service.
M. Vedrènes fait suivre son récit des réflexions suivantes : c Cette
observation est un exemple d'ataxie locomotrice portée à un très^hâût
degré et justiciable sans contredit du traumatisme causé par Ja se-
conde opération.
« Il n'y a pas eu dans ce cas rappel de diathèse, mais bien manifesta-
tion d'une maladie dont M. G... n'avait jamais été atteint, quoiqu'il y
fût prédisposé spécialement par ses habitudes invétérées de luxure,
son ftge et sa faible complexion, maladie dont le traumatisme a facile-
ment provoqué l'apparition première, v
Faisons à notre tour quelques remarques. Nous partageons d'abord
l'opinion de l'auteur sur le rôle provocateur de l'opération. Nul doute
en effet que le traumatisme puisse aussi bien éveiller que réveiller
une disposition morbide à la condition que celle-ci soit manifestement
virtuelle. Notre capitaine avait fait et faisait continuellement des
excès vénériens, il s'était par là môme exposé à une affection de la
moelle épinière ; une occasion manquait , Pacte chirurgical Ta fournie:
rien de plus facile à comprendre.
Ou s'étoanera peut-ôtre que la première opération n'ait rien pro-
duit et que \qs troubles n'aient éclaté qu'à propos de la seconde. Le fait
ne me surprend pas. Toua les jours une excitation isolée reste sans
écho ; mais le renouveUement du stimulus finit par susciter la réaction
morbide. Notons, d'ailleurs, que la première opération avait eu les
suites les plus bénignes, tandis qu'après La seconde, les douleurs,
l'agitation, la fièvre, l'inflammation des hémorrhoïdes non liées avaient
tourmenté huit jours durant un malade déjà profondément débilité.
Il est seulement uu point où je me sépare de l'auteur. Il s'agit de la
nature des troubles nerveux. M. Vedrènes les rapporte à l'ataxie loco-
motrice. Je crois plutôt qu'il s'agit d'un exemple de ces paralysief
réflexes dont Thistoire s'écrit lentement, mais s'enrichit tous les jours
de faits nouveaux.
SÉANCE DU 80 JANVIER. 83
Elles sont surtout caractérisées par rexistence, en nn poixii cii^-
cOBserit, d'une irritation violente ou continue qui sert de cause, et par
la possibilité de s'amender ou de cesser quand Tirritation prithitîve
cesse, ou qu'elle est remplacée par une irritation nouvelle ou substi-
tntîTe.
Dans le cas actuel, ce double cai^aétèfe est très-nettement tranehé ;
l'opération provoque la crise, la dérivation puissante la' résout. Il n'en*
eût pas été de même, je crois; si Ton eut eu affaire à une aiàitié loco-
ttotrioe vmie.
M. to doctour Henri Petit, un de nos jeunes écrivains les plus labo-
rieux, a cherché i*éceminent les rapports qui existent entre le trauma-
tisme et Fatale locomotrice. 11 à trouvé maints exemples de troubles
nen^eux multiples et variés suscités par les blessures, mais" à peine un
sevl cas où l'on peut reooniiaître Tatarie véritable.
Encore quelque^ mots dans un autre ordre d'idôèô. L'observation
précédente montre bien les relations qui e:!tistont entre Torgasme
vénérien et les hémorrhoïdes, relation connue mriifi^ qu'on ne pouvait
guère expliquer quand on ignorait la part que prend à là phlébe<^tasie
ano-rectale le système musculaire.
La même observation, recueillie dans les siècles précédents et même
au commencement de celui-ci, aurait servi d'argument victorieux à
ceux qai voulaient que Ton respectât les hémorrhoïdes et qui invo •
quaient à chaque instant les terribles conséquences de l^intervention
chirurgicale dans ces cas. On eût infailliblement intitulé le fait :
paralysie émisée par la suppression de tumeurs hémorrhoîdalesy et
ce titre, eti vértté, eût paru représenter une idée juste. '
Les anciens ne se trompaient pas d'une façon complète, et leurs
préjugés renfermaient presque toujours un filon de vérité. Ils" con-
stataient aussi bien que nous, mais expliquaient peu ou mal. Puis,
comme conséquence fâcheuse pour la pratique, ils généralisaient trop
aisément avec des exceptions.
Imprudents néanmoins seraient les modernes qui jetteraient pèle-
mêle par-dessus le bord les erreurs et les aperçus lumineux de nos
ancêtres.
Ileôt évident que M. G..., qui n'était qu'incommodé par ses hémor-
rhoïdes^, a faiin ]^ayer bien ciher leur ablation^ pùîsqù'à un certain mo-
ment l'anesthésie était généralisée et la locomotion impossible.
Mais faudrait-il en conclure que tous ces désordres ont été causés
par la suppression des hémorrhoïdes et que dès lors il faudra refuser
lés secours de la chirurgie à tous les malheureux que dette aftection
agace, torttii*fe ou mine lentetoètit? Evidemment non, puisque d'une
part on a fait justice des prétendus bienfaits de la phlébectàsie rébfale,
«t que de l'autre on compte par millieré les* sujets dhès: lesquels l'o-
pération a produit d'excellents résultats.
Un enseignement ressort cependanf de ce fait rare et curieux, c'est
qw chék'dfes sùjetff dont la constitution est plus ou moixiâ tarée il faii<
«'attendre à voir : !<> lie traumatisme, quel qu'il soit, provoquer dek
accidents du oôté des orgunes, ajkpareilff ou systèmes plus ou molÂs
» g.
84 SOCIETE DE CHIRURGIE.
impressionnables ou réellement altérés ; 2^ ces accidents revêtir le
caractère de ceux qu*aurait pu engendrer spontanément Tétat consti-
tutionnel.
Nul doute pour moi, chez le capitaine C... la paralysie réflexe
aurait pu survenir tout aussi bien à la suite d'une blessure au périnée,
à la hanche, à la cuisse, etc., que comme conséquence de la ligature de
ses hémorrhoïdes.
Toutefois j'ajouterai (et c'est pour que la médecine opératoire en
fasse son profit) que chez les sujets débilités ou névropathiques il faut
éviter autant que possible les méthodes ou procédés capables de cau-
ser des douleurs trop vives et Irop prolongées. En mettant en usage
chez M. C... un procédé plus expéditif et moins douloureux que la li-
gature ou eût peut-être évité une paraplégie qui, suivant moi, se dé-
veloppant parle mécanisme des actions réflexes, a été singulièrement
favorisée par Texistence d'une irritation locale intense et durable.
Je pourrais donc encore répéter ici ce que j'ai dit à propos de la
première observation : c'est que chez les sujets prédisposés il faut
apporter Je plus grand soin du choix des procédés opératoires,
M. Delens fait un rapport verbal sur une communication de
M. le D*" Chalet, chef de clinique chirurgicale à la Faculté de Mont-
pellier ; cette communication porte ce titre : Anatomie et physiolo-
gie pathologique d'une phlébartérie par fusion de V artère radiale
et de la veine médiane basilique.
Cette phlébartérie fut observée chez un individu venu pour se
faire opérer d'une cataracte ; elle existait depuis 10 ans et était
survenue à la suite d'une saignée.
L'observation prise avec grand soin présente, comme particula-
rités, que l'on ne trouva ni élévation de température, ni hypertro-
phie des poils, ni troubles de la sensibilité et, par suite de la con-
formation du membre, on porta le diagnostic d'anévrysme
artérioveineux formé par un kyste intermédiaire.
Le malade mourut à la suite d'un érysipèle et l'autopsie fit
constater, non la présence d'un kyste, mais la fusion de la veine
basilique avec l'artère radiale dans une étendue de 4 centimè-
tres.
M. Delens propose :
1" De déposer l'observation de M. Chalot aux archives ;
2'' D'inscrire M. Chalot sur la liste des candidats au titre de
membre correspondant.
Ces conclusions sont adoptées.
M. Desprès lit le rapport suivant, sur deux observations de cal-
cul du conduit de Wharton, adressées ; Tune, par M. Berlin, de
(rray; la seconde, par H. de Labordette, de Nice.
Dans le premier cas, il s*agit d'un homme de 40 ans qui, à la
SEANCE DU 30 JANVIER. 85
suite d'un refroidissement, eut un gonflement de la partie moyenne
du maxillaire. On crut à une fluxion dentaire, quoique le gonfle-
ment existât seulement à la partie interne du maxillaire à la base
de la langue ; il se forma un abcès qui s'ouvrit seul et permit de
constater la présence d'un corps dur que Ton enleva, et on put
alors constater que c'était un calcul d'une longueur de 2 centimè-
tres et d'un poids de 40 centigrammes.
Dans le second cas, il s'agit d'un malade qui se présenta chez
M. de Labordette en se plaignant de douleurs intolérables dans la
bouche et dans la mâchoire : joue très-enflée etune tumeur, grosse
comme lepoing, embrassant tout le maxillaire. En faisant ouvrir avec
grand'peine la bouche du malade, on aperçoit sous la langue, à
droite du frein, une tumeur de couleur framboise, grosse comme
une phalangette et se terminant par un point blanc douloureux.
En introduisant un stylet dans le canal de Wharton, on arriva
sur un corps dur qui fit penser à une nécrose ou à un calcul.
Le lendemain le malade avait craché un calcul gros comme un grain
de blé; d'après ce que raconte le malade, il avait déjà eu, plusieurs
fois, des gonflements du plancher de la bouche.
Voilà deux cas où le mal est pris pour une fluxion dentaire
comme dans la vieille observation de Dourlens en 1837. Le chi-
rurgien n'est consulté qu'au dernier moment lorsqu'il existe une
tumeur d'apparence inflammatoire sur le plancher de la bouche-
Aucun diagnostic n'est porté; cependant l'engorgement sous-maxil-
laire, juste au niveau de la glande sous-maxillaire, aurait dû éveil-
ler l'attention. C'est ainsi que, en 1872, j'ai diagnostiqué un calcul
salivaire*. M. Richet récemment a porté un diagnostic de la
même manière et a fait à cette occasion une leçon magistrale sur
lesujet*. A vrai dire, dans les observations de MM. Berlin et de La-
bordette, qui sont presque identiques, il y avait un gonQement
considérable, une difficulté d'écarter les mâchoires et s'il y avait
eu de la rougeur des mâchoires, plus d'un parmi nous aurait
d'abord songé à une périostite de la mâchoire inférieure.
L*état inflammatoire, la menace de suppuration était évidente et
révénement l'a justifié.
Dans les cas de ce genre, on peut faire le catéthérisme du canal
de Wharton, et cela constituerait à la fois le moyen de diagnostic
le meilleur et le traitement le plus sûr. Mais, si l'orifice du canal de
Wharton est petit, ou si le stylet que l'on a est trop gros, on ne par-
vient pas à faire cette exploration. Mais sera-t-on désarmé pour
cela? Je ne le pense pas. J'ai souvenir d'un fait où il existait les
< Gêz. des bôp., 1872.
? France méd.^ 1876.
S6 «OClilB OiB GHIRUROJB.
symptômes rationnels d'un kyste du conduit de Wharton situé
aussi profondément que celui de l'observation de M. de Labordette.
J'ai palpé le plancher buccal avec un doigt pendant que, de Taulre
main, je soutenais la région sous-maxillaire et j'ai seoU un point
dur sur le trajet du canal de Wharton (il ne faut pas qu'un corps
étranger soit volumineux pour donner une sensation appréciable) ;
voulant confirmer le diagnostic, je piquai une aiguille à acupunc-
ture dans le point où j'avais senti une dureté, et j'obtins le choc
sec d'un corps métallique sur une pierre ; le malade ne m'apparte-
nait pas, mais je crois savoir que le malade fut traité pour un sar-
come du plancher buccal.
Les deux observations qui font l'objet de ce rapport offrent, au
point de vue de la terminaison, un intérêt : on voit un mode de gué-
rison de ces lésions, l'expulsion à la suite d'une inflaounation. Il
existe dans la science un petit nombre de faits de ce genre, et ils
nous viennent de la province. Un mémoire de M. Blin, de Saint*
Quentin, renferme trois observations dont deux offrent la terminai-
son par un abcès et l'expulsion spontanée du calcul * . La thèse de
M. Closmadeuc rejifermait, d'ailleurs, un cas d'expulsion spon-
tané, mais il n'y insistait pas assez. On i doit ajouter encore que
cette terminaison est la conséquence de l'indifférence des malades
à l'égard d'un mal qui ne les gène point et qu'ils ont de la ten-
dance à attribuer à un mal de dent. Les médecins ne regardent pas
toujours la bouche lorsqu'ils observent un engorgement à la ré-
gion sous-maxillaire, et voilà pourquoi le calcul échappe avant le
moment où il cause de l'inflammation.
Votre rapporteur vous propose :
1° D'adresser des remercîments aux auteurs : M. Berlin, de Gray,
et de Labordette, de Nice;
2° De renvoyer leurs observations au cppité de publication ;
3® D'inscrire à nouveau le nom do M. Bertin sur la liste des
candidats au titre de membre correspondant national.
Sur les dangers possibles du tatouage de la. cornée, par le Dr Panas.
Lorsque la cori^e est devenue le siège d'une taie cicatricieUe
(leuçome circonscrit) i^élél^ile, on a p^opps^ d'avoir reciWiTs à
l'opération du tatouage, et cela d^ns le double biulit de dissii^ul^r
i^e difformité choqu^te et de çorrigei' en m^me tempi^ le^ dé-
fauts optiques résultant de la disper^on de la kqaaière au travers
iBUn, de Saint-Quentin, Mém, sur les calculs du caaai de Wharton.
Saint-Quentin, 1858.
SÉANCE DU 30 ^ANVIBR!. 81
du tissu rendu irrégulièrâmeQt demi-transpareat de la cicatrice cor-
aéeoae.
11 va sans dire que, lorsque la tai^ en question occupe la partie
ceo^e de la cornée, une iridectomie optique devient une opérf^-r
tkm complémentaire indispensable, et la seule question qui se
présente alors à l'esprit c'est de savoir s'il y. a avantage réel à
faire précéder l'iridectomie du tatouage, ou bien à pratiquer Tiri-
deetomie d*abord et le tatouage ensuite.
Comme la solution de ce point de pratique chirurgicale dépend
essentiellement de là façon dont l'œil se comporte après chaque
inoculation chromatique de la cornée, force nous est d'exposer les
résultats que nous avons été à même de i*ecueillir concernant les
suites immédiates de Topération en question.
On professe, et cela est vrai dans la majorité des cas, que le
tatouage de la cornée est une opération simple donnant lieu à peu.
de réaction locale et qui, par conséquent, est exempte de dangers.
Il ne faudrait pourtant pas se livrer à cet égard à une sécurité ab-
solue, aussi est-ce pour mettre nos confrères en garde contre un
pareil optimisme que nous avons résolu de communiquei' à la So-
ciété de chirurgie les deux Mits que voici :
t" ObSi. ««-^ Un homme de 25 ans et d'une bonne cons-
titution entre à Lariboisiôire> le 87 av?îl 1877, pour ua leucome
centrai de la cornée gauche avec synergie i^^idokératique totale.
La \ision de ce côté était réduite à la perceptioflt quantitative de la
lumière et à la possibilité de distinguer à SQ centimèt^*es les doigts
de la main. Cet état remontait à cinq ans et était dû à uoe ophthal-
mie contractée en Egypte. Consistance de l'c^U npvinale. I^Ii dou-
leurs, ni congestion d'aucune sorte, yœil droit est absolunient
sain.
Le 28 avril, je pratique une iridectomie à la partie inféro-s^i^^ne,
qui était l'endroit le plus largement tre^p^pare^t de ia Qornée de
l'ceil gauche. Suites de l'opératiop fort ssimples» et le malade gf^ne
à pouvoir se conduire avec cet œil ^\ à diatiqguer tous, tes corps
extérieurs d'un certain volume, mais il |ie peut ni Ure, ni écrire.
La 20 mai, je pratique une pi'emiàre séc^pce de tntpuage du leu-
come, qui n'a pas été aaus provoquer de^ doul^pTSi pilû^ives Qt
uae congeation périkératique prorQilde# dQfît la 4^?^ ^'^ P^s été
Qoindre de 15 jours et a oéo^aaité l'emplpi d'iq^tijilsitipns de collyre
d'atropine dans l'œil, et d'injections de chlorhy4r9te d^n^Q^P^i^^ ^
Il tempe du m^me côté,
U 5 juio, tous les aa<Nid«nta produits p^r l'ppéiri^tioA »'étfifii 4is-
«ipés, je pratiquai une aeeoode 9t diernière sé^nAe 4e ta,|^ouage,
grâce à laquelle la difformité résultant dç la cglpr^tfpp d'igm blapc
de lait du (^uemM %^ trouv/iit çompléii^mapt diss^ui^, |^ travail
B8 soezÉré db chirurgie.
réactionnel qui s'en suivit fut encore plus intense que la première
fois, et, à la cyclite traumatique de l'œil opéré (le gauche), il
s'ajouta une irido-cyclite sympathique de l'œil droit, qui ne fut
conjurée que grâce à un traitement énergique par l'atropine , par
des déplétions sanguines locales et par des injections hypoder-
miques d'une solution de chlorhydrate de morphine.
Lorsque le malade a quitté le service, le 27 juin, il conservait
encore un certain degré d'injection de cet œil et une sensibilité
anormale à la lumièi:e.
La deuxième observation est relative à une fille de 16 ans, faibl«>
de constitution, çt d'un tempérament lymphatique, qui, dès soQ:
enfance, a eu à souffrir de diverses attaques de kératite phlycténH-
laire, avec impétigo du cuir chevelu.
A 14 ans elle eut un abcès de la cornée droite, incisèrent
juin 1875, ^par un spécialiste bien connu, et laissant après lui ua
albugo qui rendait la vision de cet œil très-imparfaite.
Un mois plus tard, l'œil droit devint malade de la même feçooi
et une taie qui empêchait la vision s'en suivit.
En octobre 1875, le même confrère pratiquait une iridectomie
optique sur l'œil gauche, qui améUora la vision au point de per*
mettre à la malade de se conduire seule et même d'écrire, mais noa
de lire, gênée qu'elle était par de la polyopie monoculaire.
Le 16 novembre 1875, iridectomie de l'œil droit. Cette opération
ne procura à la malade aucun résultat optique.
En décembre 1876, tatouage du même œil qui, depuis lors, s'in-
jecta et devint le siège de douleurs ciliaires intenses.
En mars 1877, tatouage de l'œil gauche, qui fut suivi, comme
pour l'œil droit , de congestion périkératique et de douleurs ci-
liaires vives. C'est à la suite de ces opérations pratiquées, comme
il a été dit, par un spécialiste expérimenté, mais trop confiant sans
doute dans Finnocuité du tatouage de la cornée, que la malade, souf-
frante et voyant à peine pour se conduire, se décida à entrer dans
notre service de Lariboisière, en juillet 1877.
En août 1877, malgré les soins qui lui furent donnés pour cal-
mer ses souffrances, on vit éclater à Tœil droit une irido-cyclite
suppurative fébrile, avec douleurs périorbitaires vives, qui, mal-
gré un traitement antiphlogistique des plus intenses, et l'emploi
des narcotiques à Tintérieur et en injections hypodermiques con-
duisit l'œil à sa perte.
Le 29 septembre, mon collègue, le D*" Lucas-Championnière,
me remplaçant temporairement dans le service, crut devoir prati-
quer l'énucléation de cet œil, après avoir essayé inutilement l'iri-
dectomie, puis la paracentèse de la cornée.
L'ouverture de Tœil énucléé a montré le segment antérieur en
SÉANCE DU 30 JANVIER. 89
pleine suppuration, la choroïde moins pigmentée qu*à l'étal nor-
mal , le corps vitré quelque peu diffluent et le cristallin encore
transparent.
C'est donc aune véritable irido-cyclite qu'on a eu affaire ici.
Le 15 octobre 1877, ia malade quitte le service ne souffrant plus
et ayant gagné assez, du côté de l'œil gauche, pour pouvoir lire,
ce qu'elle n'avait pu faire depuis le mois de juillet 1875.
Voilà, si je ne me trompe, deux cas tout à fait probants, bien
que d'une gravité différente pour chacun, où le tatouage fut suivi
d'irido-cyclite, tant directe que symp»ithique. Une pareille issue
devra faire réfléchir désormais tous ceux qui voudront entreprendre
une opération dont le but est principalement esthétique et qui ren-
tre, par conséquent, dans la classe des opérations dites de com-
plaisance sans méconnaître pour cela son utilité opti(}ue.
Nous ne sommes pas d'ailleurs les seuls à signaler la possibilité
des dangers de cette petite opération, et déjà Rava (Du tatouage
delà cornée^ Gassori, 1872, brochure in-8«, p. 32) et Reuss [Ueber
TàlowiruDg der Hornhant^ Medic. Press^ 1873) en ont publié des
eiemples où l'intolérance de l'œil a été considérable.
Même dans les cas les plus favorables, dit Rava, les séances du
tatouage sont habituellement suivies de signes réactionnels (dou-
leurs, injections, larmoiement) qui obligent de laisser quelques
jours de repos avant de recommencer une nouvelle séance. Il
ajoute que certains yeux ne supportent pas du tout le tatouage, et,
dans un de ces cas, il a vu les ponctions de la première séance,
provoquer une irido-cyclite grave, qui ne fut conjurée que par un
traitement énergique de plusieurs semaines.
Loin de nous la pensée de proscrire une opération qui, outre ses
avantages fort respectables de faire disparaître une réelle diffor-
mité, but déjà poursuivi par les chirurgiens du temps de Celse,
en vue de dissimuler les cicatrices cutanées en les colorant, et par
les diirurgiens des temps galeniques pour les leucomes de la cor-
née (i£tius VII, édit. Aldus, jp. 181), offre cet autre avantage de
supprimer le trouble qui résulte pour la vue de la demi-transpa-
rence gênante du leucome. Seulement, il faut que désormais on
s'attache, si faire se peut, à supprimer les causes qui, en provo-
quant une irido-cyclite grave, compromettent le succès d'une opé-
ration généralement bénigne dans ses suites.
Une première question qu'on doit se poser à cet égard, c'est de
savoir si la profondeur à laquelle on fait parv^enir l'aiguille impré-
gnée de noir de Chine dans l'épaisseur de la cornée, peut avoir
de l'influence sur les phénomènes réactionnels qui suivent l'opéra-
tion.
Je laisse de côté les expériences faites sur les animaux par Archer
1)0 SOClÉTé DE ClifRURGIEf
{Archiv, fdr^ ophibalmologiOf 1874, p. 225) çt par Holur (Arcbiy,
fur expérimental pathologiey 1876, p. 266), çittendu que, grâce à
la minceur de la cornée des animaux dont ils se sont e^rvi^ pour
leurs expériences (lapins et grenouilles), le tissu de cett^ membrane
se trouvait infiltré de matière CQloraate dans toute son épaisseur.
Chez rhomme nous ne possédons jusqu'Ici que très-peu de pçober*-
ohes histologiques, à savoir, celle» de Povert (Progrès médical^
1876, p. 210). plus, une dissection due à Thaddiius Browie2$ {Ar-
obiv. fur ophtbalmologio,, B23, ablth 3, p, 212, 216, année 1877).
Povert a fait ees recherches sur des portions de cornées lauco*
mateuses tatouées et enlevées sur le vivant par le trépan. Voici #fi
résumé ce qu'il a été à môme de constater.
A])&ence à peu près complète du noir de Chine dans Tépithé*
lium, ({ui est soulevé par places, là où les piqûres ont été nom^
breuses ; par unç nappe de sérosité contenant des globules rouges
et blancs, ces derniers seuls, pourvus da deux à quatre nuoléoWft,
contiennent de la matière colorante.
Dans le tissu cicatriciel, privé, comme on sait, de la membrooe
de Bowmann et constitué : 1^ par des faisceaux tendineux ; 2^ pai*
de nombreux vaisseaux sanguins ; S"" par les corpuscules de la cor-
née en voie de prolifération ; le tout entremêlé de globules hliyoes
et rouges, provenant sans doute des piqûres, on rencontre la ma-
lière colorante, et cela presque exclusivement, dan» les couebd»
superiicielles. L'encre de Chine ne se fixe, du reste, que »ur deyx
sortes d'éléments anatomiques à savoir : sur les leucocytes et sur
les corpuscules propres de la cornée. De ees deux élémeote, le»
premiers sont résorbables et les autres flxes.
En se fondant sur la fréquence des hémorrhagies interstitielles
dans la cornée résultant de la lésion par Taiguille des noxabreux
vaisseaux de nouvelle formation, Povert arrive à poser comiae
règle qu'il faut pratiquer le» séances de tatouage à de» i^terval*^
les assez éloignés pour permelti*e la résorption d'une partie du
sang épanché entre le» bmieUe» de la cornée et »ous Tépitbé^
lium.
Thaddàu» Brawiez, de son pôté, a eurocoasionde dis»équer une
cornée leucomitteuse qui av»it »ubi quatre tatouage» dan» L'e»paoe
de quatorze jours, et cela deux ans avant la mort de l'iadividut 4igé
alors de 48 ans ; il est à noter qu a oau»e de la vive réactioa qui
ft'ep est suivie, on u'avait guère pu pratiquer plus de quatre »é»n-
pe» de tatouâige, bieu que le malade eût »ubi au préalable riri*-
deçtomie^
Voici maipt^nant le r^uUat de T^^mw histolpgique da P^Ute
cornée:
^pithélium bîQP cQuservé Qt Qompo«é da deux couche» dont la
38AII0S DU êO JAMYIER. 91
plu8 superficielle était formée de cellules plates et la plus profonde
de cellules arrondies pourvue^ d'un gros noyau, on n'y rencontrait
point de matière colorante veinée.
Membrane de Bowmann absente au niveau du leucome.
Le tissu cicatriciel, immédiatement sous-japent à la couche épi-
théliale, était formé par un tissu iibrillairQ qui, plus profondément,
fusait place au tissu normal de la cornée,
U matière colorante noire occupait exclusivement la moitié
antérieure de l'épaisseur de la cornée et elle se montrait d'autant
plus abondante qu'on se rapprochait de la superficie. Là, on ren-
contrait de véritables . amas d'encre de Chine, disposés sous la
forme de filons noirs ayant pour la plupart la direction et la confi-
^ration de corpuscules cornéens allongés. Plus profondément, la
matière noire était exclusivement fixée dans l'intérieur des corpus-
cules de la cornée, peu altérés dans leur forme, ainsi que le long
des parois des nombreux vaisseaux sanguins qui parcouraient
en divers sens le tissu leucomateux ; â part quelques productions
vemiqueuses, la membrane de Dercemut et son endothélium se
montraient sains.
En résumé, les recherches histologiques de Povert et celles de
Thaddàus se complètent réciproquement, en ce sens, que Povert
nous fait assister au début du travail qui se passe dans la cornée
après le tatouage, tandis que Thaddàus nous en apprend la fin .
Tous deux, d'ailleurs, nous montrent des points concordants à
savoir : la fixation de la matière colorante noire dans les seuls cor-
puscules cornéens, tandis que les leucocythes noircis du début se
résorbent plus tard ; et, ainsi que Ta démontré Donders par des
expériences de ^t(Hiage faites sur la cornée des lapins, ils vont
se fixer dans les ga^glionsî lymphatiques).
La conclusion pratique à tirer de ces faits d'observation, c'est
ye les dangers de l'opération proviennent pon du plus ou moins
de profondeur des piqûres d'aiguille faites à la cornée, mais du
plus ou moins de rapprpchement des séances, et très-rprobable-
fiientiiussi du nonït)redespiqûres! pratiquées dans unei Q)émç séance.
Pe là ce double principe, d'espacer suffisamment les séances de
tatouage, Qt d^ pe pas trop multiplier le npn^bre des piqûre^ au
moins au début. 11 faut en quelque sorte tâter la sensibilité de la
cornée et procéder par degrés.
Une autre condition qui nous paraît devoir être prise en consi-
dération, c'est de ne se décider à pratiquer le tatouage qu'alors que
tout indice d'infiammation cornéenne a disparu, que le tissu cica-
triciel du leucome se trouve organisé et que sa vascularité propre
s'est trouvée réduite. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'ici comme
partout ailleurs, le tissu jeune d'une cicatrice est plus apte à s'en-
92 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
flamraer et à s'ulcérer que ce même tissu arrivé à sa période
adulte, alors que le tissu embryonnaire et éminemment vasculaire
des premiers temps a fait place à un tissu tendineux invasculaire
ou à peu près.
Quant à la question de Tépoque à laquelle il faut pratiquer
riridectomie de préférence, avant ou après le tatouage, nous pen-
sons qu'elle n'a pas d'importance, et, en tout cas, des faits que
nous avons pu compulser, il résulte qu'une iridectomie préventive
ne saurait mettre à l'abri des accidents graves que provoque par-
fois le tatouage de la cornée.
M. Lucas-Championniêre. Lorsque je pus obsei*ver la malade
dont a parlé M. Panas, elle était dans une période de calme et
voyait mieux qu'avant l'opération, mais cette rémission fut de peu de
durée et il y eut un retour spontané des accidents inflammatoires.
J'ai pu, dès le début du retour des accidents, presque affirmer
que nous serions dans l'impossibilité de les conjurer, parce que
j'ai vu déjà deux individus, ayant subi le tatouage de la cornée,
être repris de douleurs atroces.
xle comparerais volontiers les accidents produits par le tatouage
à ce qui se passe souvent pour les corps étrangers de l'œil dont la
présence est quelquefois tolérée longtemps, mais qui deviennent
le point de départ de graves accidents ; aussi serais-je disposé à
me montrer sévère pour cette opération, qui remédie à des trou-
bles physiques, mais qui est suivie d'accidents douloureux.
M. Giraud-Teulon. Je remercie M. Panas de son intéressante
communication, qui me confirme dans la grande réserve que je
m'étais imposée au sujet du tatouage de la cornée.
Sans avoir une très-grande expérience personnelle, j'ai prati-
qué plusieurs fois le tatouage de la cornée et j'ai pu en tirer les
mêmes conclusions que M, Panas ; de plus, j'ai vu, à la suite du
tatouage, une iridocyclite intense; enfin, en songeant aux ter-
ribles accidents que peut faire développer la présence d'un corps
étranger même microscopique, accidents inflammatoires de l'œil
blessé et ophthalmie sympathique, j'avais toujours considéré le
tatouage de la cornée comme une opération très-délicate.
La séance est levée à 5 h. 45 m.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER.
Séance du 6 féTrier 1878.
Présidence de M. F. Guton.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu est adopté.
Correspondaiico s
La correspondance comprend :
!• Les journaux périodiques de la semaine ;
2" Les Bulletins de la Société anatomique ;
^ Le Recueil d'opbtbalmologie^ publié sous la directio du
D' Galezowski ;
4* Les Archives générales de médecine;
5* Le Bordeaux médical^ la Gazette médicale de Strasbourg,
l'Union médicale et scientiâqae du Nord-Est, la Gazette médicale
fie Bordeaux^ le Bulletin du Nord, le Marseille médical, le Lyon
médical, \ Année médicale, Journal de la Société de médecine de
Caen et du Calvados;
& TbeBritisb médical journal;
La Gazette médicale italienne-lombarde;
Le Bulletin de F Académie royale de médecine de Belgique;
Tbe Practitioner, journal de thérapeutique et d'hygiène pu-
blique;
7* Une lettre de remerciements de M. le D' Vedrènes, membre
correspondant ;
^ Une lettre de remerciements de M. le D' Roux de Brignoles,
membre correspondant ;
9* Une lettre de remerciements de M. le jy Gallender, de Lon-
dres, membre correspondant étranger ;
10* Une lettre de M. le D' Poinsot, membre correspondant, an-
nonçant l'envoi d'un mémoire intitulé : Contribution à Fbistoire
clinique des tumeurs du testicule (communication sera donnée de
oe travail dès qu'il sera parvenu à la Société);
11* Régions classiques , du corps humain ^ par M. le D' Chavemac,
présenté par M. Verneuil ;
IZ* Contribution à Fbistoire des hernies étranglées, par M. Ripol,
présenté par M. Verneuil ;
13^ H. Verneuil présente également, de la part de M. Azam, de
Bordeaux, membre correspondant, une observation intitulée :
94 soGiéTé DE GRinuRom.
Mort rapide par embolie pulmonaire après ouverture d'un abcds de
l'aisselle, par le D^ Azam, professeur de clibiqfUe chirurgicale à l'Ecole de
médecine de Bordeaux, correspondant national de la Société de chirurgie de
Paris.
Je vais, dans les ligttes (pli suivent, dire l'hiëtôife d'une femme
robuste qui est morte presque subitement à la suite d*ua abcès de
l'aisselle.
Rien n*est plus frappant que le contraste entre le résultat terri-
ble et la cause futile, aussi ai-je fait de son cadavre une autopsie
minutieuse qui me pettûéi âê dédtiffd du fait un enseignement
pratique.
Catherine Lalou, ménagère, âgée de 51 ans, est d'une forte constitu-
tion, sa santé a toujours été parfaite, elle entre dans mon service de
clinique de Thôpital St-André de Borcféaùx, le vendredi 25 janvier,
quelques instants avant la visite du matin. Elle l^t atteiiiie depuis 15
à 20 jours d^un engorgement de l'aisselle gauche.
Je constate un abcès considérable ayant sOtt origiiie da^ les gim-
glioïïs axillaires, et, l'ouvrant largement, je donne issue à 300 à
iOO grammes de pus ; rien de particulier ne suit cette petite opération.
Le lendemain, à 9 heures du matin, la poche de l'abcès est complète-
ment vide, la malade ne se plaint de rien, seulement elle me parait un
peu oppressée, mais pas assez pour que je fasse Tauscttltation de sa
poitrine.
Le 28 au matin, l'oppression a diminué, la malade, se trouvant bien.
s'est levée ù plusieurs reprises, la journée est bonne, loi^sc^ué vers
S heures du soir la respiration (leviont anxieuse ; à 6 héatéÈ étle mou-
rait suffoquée.
Il était difficile de présumer la cause de la mort. Il était cependant
pet*mis de faire des conjectures; étant donné le souveiKir de la dyspnée :
ou la malade avait succombé à la mort subite qui suit quelquefois
l'épanchement pleurétique du côté gauche, ou la mort était due à une em-
bolie ayant pris naissance dans les veines de l'aisselle, au voisinage du
foyer purulent.
L'étude directe devait lever tous les doutes.
Nécropsie 40 heures après la mort.
Le cadavre présente toutes les apparences de la santé, je passe
successivement en revue les cavités splânchniques, le foyer deTabcès,
Ta^tère pulmonaire, le cœxxr, les caillots qu'ils <$ontie!Mte^t, et les vaîé^
seaux veineux de l'aisselle^.
Tous les organes sont sains, la plèvre gauche ne renferme aucun
épanchement.
Le foyer de l'abcès est vide, il est avoisiné par plusieurs ganglions
dont la suppuration est commencée et dont la fonte aurait retardé la
guérison.
L'aflèi^ë pulmonaire étant ouverte sfttr place, j*y ôonstate les phéno-
mènes suivais. Àvàtit dfef les déof iiS^, j'hitiâfer^i sâl^ ttk^ pi^éoaotion
8ÉANCC DU 6 frvrieh. 95
t^mm
indispenf^ble. Quand il y a présomption d'embolie, ce vaisseau doit
éire ouvert 6ur place en commençant par le bas, la méthode ordi-
naire d'étudd du cœur, après section des gros vaisseaux, ayant pour
effet certain la destruction des caillots qu^ils renferment. Cette re-
marque est peut-être superflue pour mes collègues, mais elle a son
importance.
L'artère pulmonaire, qui extérieurement parait vide, contient dans
«a partie supérieure un caillot cylindrique enroulé et branchu dont
nne partie, engagée dans la bifurcation gauche, l*obïitëre complètement,
Faotre partie ferme incomplètement ^orifice delà bifurcation droite.
Ceesillot est poor airisii dire à cheval âur l'éperon qtii sépare les deux
braneftes. Extrait avec soin de aùû siège aecidentel, il a 0,11 centime-
tr0B da kmg avec cm embranebement de 0,05 centimètres. Il est ci-
IpàtU^ûie et coififtie moulé. Sa partie moyenne a environ la dimen-
«00 (fine forte plume ordinaire, sa grosse extrémité le double, sa pe-
tite extrémité et Tembranchement environ la moitié de ee calibre, il est
libre de toute adhérence , paraît de formation peu ancienne et la tuni-
<IueiQtemedu gros vaisseau, qui le contient, est parfaitement saine,
•Sa forme et son calibre rappellent la veine humérale et quelqu'une de
ses branches; la plus grosse partie de ce caillot est fibrineuse; la plus
Petite, couleur lie de vin, paraft ne contenir que des globules; la
flBoyemiê renferme lesf àenoiX éléments.
Ce eailloi enroulé était loin de remplir l'infundibulum de Tartèf e
puhnonaife, mais sa situation explique la mort. t)e plus l'^obl itération
iocompJèfe d'mae deë deusf branches rend compte des derniers mo-
meatdeJivîe.
Uocenrest sain, le ventricule gauche contient des caillots dont la
fornatiou postérieure à la mort n'est pas douteuse, leur forme irrégu-
lière comparée à la forme caraetèristique dee caillots migrateurs est
d'ia grand easeignement^
Le ventricule droit renferme un caillot cylindrique d'environ un cen-
timètre de diamètre, libre dans sa plus grande partie mais retenu dans
le reste et emmêlé dans les colonnes du cœur et fixé par elles ; il est
évidemment de même origine que celui que nous avons précédemment
décrit, mais plus gros ; il rappelle, comme diamètre, la teïne axillaire.
n est au6^ pfus ancien, car il eét fibrineux dans loùtes ses parties; sa
longueur a 0,09 eentimèti^es, un embranehement j^lue petit a 0,05 centi-
fliètres de long.
n etft de toute évidence que ce eaillot et le précédent, uni» pendant
liTie, constituaient le coagukim qui a remjpliki veine axillaire et une
portie de la veine humérale avec deux de leurs branches; leur ensem-
ble mesure 20 centimètres. La première partie, la plus grosse, entraî-
née la première, s'est arrêtée dans les colonnes du cœur droit et a
ciQsé la dyspnée que nous avons indiquée; l'a deuxième partie, la plus
v&Sce^ trouvant la voie ouverte, est partie à s'oil four, a fraïichi le ven-
Mettle droit et, tassée par le coûtant san'gtfin' contre l'éperon de l'ar-
tém pulmoiiatrer, a oMitéré complétexttehtf sa- bi'anefié gauche, in^
complètement 8< branehe droMe*.
96 SOaÉTE DE CHIRURGIE.
Les veines qui avoisiuentle foyer,la80us-cIavière, raxillaire etl'hu-
mérale sont complètement vides et dans l'état normal le plus parfait,
ainsi que le tissu cellulaire voisin, cela malgré la proximité d'un vaste
foyer purulent.
Réflexions.
Il serait superflu d'insister sur ce fait, accepté, je crois, de tous
les chirurgiens , qu'un caillot migrateur peut trouver son origine
dans les veines qui avoisinent un foyer inflammatoire; cette notion
avait même guidé mon diagnostic et je m'attendais parfaitement,
surtout en l'absence d'un épanchement pleurétique, à rencontrer
dans l'artère pulmonaire une embolie partie des veines de l'aisselle;
mais, si cette embolie avait dû son origine à la propagation de l'in-
flammation du foyer purulent, les veines auraient présenté quelques
traces de ce désordre. Or, nous le rappelons, il n'existait rien de
semblable, il fallait donc attribuer la thrombose de ces veines à
une autre cause ; voici pour moi le mécanisme de cette thrombose :
La femme Lalon était atteinte depuis 15 à 20 jours d'un engor-
gement ganglionnaire qui, croissant lentement, est devenu un
très-gros abcès; cette tumeur, née des profondeurs de Taisselleya
comprimé la veine axillaire, diminué son calibre, et le cours du
sang a été ralenti : or, on sait que c'est là une des principalss
causes de la coagulation de ce liquide; puis une large incision a
vidé rapidement le foyer, aussitôt la veine a repris son calibre et
le sang sa vitesse normale. Alors le caillot non adhérent est parti
vers le cœur, il est même parti en deux fois, probablement sous
l'influence de quelque mouvement inaperçu ou inconscient du bras.
La partie supérieure s'est arrêtée dans le cœur, la partie inférieure
oblitérant les deux branches de l'artère pulmonaire a causé rapide-
ment la mort. Mon interne, M. Lagrange, a eu en dehors de moi
la même pensée.
Cette explication n'est pas une simple satisfaction de Tesprit,
elle porte avec elle un enseignement. Si au lieu de vider cet abcès
axillaire, ainsi qu'il est d'usage, par une large incision, j'avais
fait lentement écouler le pus, la veine, lentement libérée delà
compression qui diminuait son calibre, n'eût laissé échapper que
peu à peu le caillot qui la remplissait et les accidents consécutifs
à la migration de ce caillot eussent été sans valeur. Telle est ma
conviction, et, le cas échéant, je me propose d'adopter pareille
ligne de conduite.
Il est nombre de cas dans lesquels le sang veineux peut être
coagulé par le ralentissement de son cours : je ne citerai pour mé-
moire que la pression des appareils de fracture, la compression
faite sur les artères, la plupart du temps voisines des veines, et la
flexion forcée des membres pour la cure des anévrysmes.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER. 97
Je soumets cette pensée à mes honorables collègues.
Je crois devoir répondre à ravaiice à deux objections qui pour-
raient m'étre faites :
1** En admettant que les caillots trouvés dans le cœur et dans
l'artère pulmonaire soient des caillots migrateurs, ne pourraient- ils
[las avoir pris naissance ailleurs que dans les veines de Faisselle
dont Tautopsie a prouvé la parfaite intégrité?
Sans doute, mais la chose est absolument improbable : car notre
malade, en dehors de son engorgement ganglionnaire aigu, avait
une santé parfaite et ne présentait aucune lésion dans aucun
point du corps; de plus, le diamètre des caillots rappelait parfaite-
ment le calibre des veines de Taisselle ;
2" L'oblitération des veines amène d'habitude Toedème au-des-
sous de l'oblitération, et cet œdème n'a pas été noté.
Cela est vrai, mais Toblitération était incomplète, la lenteur
avec laquelle la compression s'est faite peut avoir permis la for-
mation d'une circulation latérale supplémentaire, alors surtout (|ue
cette compression était loin d'être circulaire.
Conclusions.
1* La femme Laîou est morte presque subitement d'une embo-
lie pulmonaire consécutive à l'ouverture d'un abcès de l'ais-
selie ;
2« Cet abcès, ayant par son développement comprimé les veines
de la région, avait provoqué leur thrombose en ralentissant le
cours du sang ;
8* La déviation brusque de cet abcès et quelque mouvement du
bras ont provoqué le départ du caillot qui constituait cette throm-
bose et qui n'était retenu par aucune adhérence ;
4* Le chirurgien devra tenir grand compte des compressions
veineuses lentes, ne les lever qu'avec prudence et considérer
comme possibles des accidents consécutifs qui peuvent aller jus-
qu'à la mort du malade.
CoininniiiealioDS.
M. TiLLAUX. À Toccasion de la discussion qui se poursuit devant
l'Académie, je désire entretenir la Société de chirurgie d'un cas
de désarticulation du fémur que j'ai pratiquée le mois dernier.
La femme qui fait le sujet de cette observation était âgée de
44 ans; elle entra à l'hôpital Beaujon au mois d'octobre 1876, parce
qu'elle ressentait des douleurs intenses dans les membres infé-
BULL. ET XÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 7
98 eOGIÈTÉ DB CH1R0IWIE.
rieurs, ayant dAufté d'tbord à droite^ puis ayant envahi l
membre gauche. Reçue dans un service de médecine, cette femme
était depuis 2 mois sans présenter d'autres symptômes qu'uneei
trême faiblesse des jambes et un grand amaigrissement, lorsqu'à
voulez t, Je li janvier 1873^ descendre au jardin, elle s'affaissa su
elle-même dans l'escalier. Reportée dans son lit, on constata uv
fracture de la cuisse gauche que l'on maintint avec un appareil 4
Scultat.
Le 26 février, la fracture était solide et la malade marchait ave
des béquilles, le cal était très-solide, mais très-volumineux, et o
constatait une saillie anguleuse en avant et en dehors.
Le 10 avril, en faisant exécuter des mouvements à l'articulatie
du genou, il se produisit une nouvelle fracture qui fut traitée p6
rappareil de Scultet.
Le 2 juin, en enlevant l'appareil, on vit que la consolidation n
s'était pas faite et qu^îl existait au niveau de la fracture, une tu
meur dans laquelle on .percevait des battements, mais on n*entei)
dait pas de souffle.
Plusieurs essais de traitement furent tentés sans grand résultai
et lorsque je pris le service, au mois de janvier 1878, je trouvai
la partie antérieure et externe de la cuisse une tumeur du volum
d'une tête de fœtus. Elle est arrondie, régulière, rémittente, et To
y perçoit des battements très-nets, avec un souffle intermitXani
isochrone au pouls, que Ton fait disparaître par la compression d
la fémorale ; de plus, il y a mobilité des fragments, impuissanc
absolue du membre, et les mouvements provoquent de vives dou
leurs. Je portai le diagnosticde tumeur sarcomateuse très-vasculain
développée au niveau de la fracture, mais antérieurement à cett
lésion.
Je ne pouvais pas songer à une amputation, la désarticulatio
était seule possible ; mais« eo examixtant Tétat effrayaatdeiAÎhless
dajds lequel était ceUe temme, je m,e dôcÀdai à employer le tJmnm
et le galvano-cautère, voulant surtout éviter la perte de saog.
Voici comment je procédai :
J'introduisis un trocart dans le point où pénètre le coûtes
pour pratiquer la désarticulation à laiabeau antérieur ; dans 1
canule du trocart, je passai un fil de platine que je mis en com
municatioa aree les dt»x pales da la pile, apnès avoir retiré la ca
nule du trocart. Par «a Arès-petit mouvenieut de va-et-^-vient, j
suivis k face aotérfeore 4u fiémur jusqu'au point où je voulais tai
miner mon lainfaaa«( arrivé i ce point, je passai un gros ftl qi
devait me servir è lum «ne Mgaiufe en masse et me permettre i
faire la seotkm 4e aaaa laBU)eau avec l'anse galvanique, sans per
•séAltCE DU 6 FETRIBR. 99
drede sang, puisque les parois de l'artère âeTaifintiêtreaccollées
par cette ligature supérieure. Malgré cette précaution, il y eut un
jet de sang rapidement arrêté, et je regrette de ne pas m*etre
servi d'une piaee, analogueâ un entérotome, qui aurait mieuxaplati
la lumière de l'artère.
Une fois le lambeau antérieur taillé, j'employaile thermo-cautère
pour sectionner la capsule, le ligament rond et disséquer la:face
postérieure du fémur; mais lorsque je voulus taillerie lambeau
postérieur avec Uanse galvanique, Tappareil ne fonctiomia plus et
je te obligé de terminer avec le thermo^cautère. L'opération ne
ftit pas longue et s'effectua presque sans une goutte de sang.
Le résultat ne fut pas heureux, car la malade succomba le
11* jour avec une infection purulente; je crois que cette infection
purulente, qui débuta au 9* jour, a été, en grande partie, causée par
la rétention du pus qui sortait avec difRciillé du ciil-de-sac formé
au niveau du grand trochanter, malgré Tincision que j'y pratiquai
vers le 10* jour.
L'antopsie fut' faite avec grand soin et permit de constater, à la
base des poumons, des infarctus peu nombreux, du volume d'un
pois. 11 n*y avait pas de tubercules.
Outre «ette désarticulation, j'ai eu roccasionde ifaire trois dé-
sartieulations : deux, pendant la guerre, furent suivies de mort; la
troisième, en 1872, se termina par la guérison. Cette opération
futâuCe, leSOoctobre 1872, sur une enfant de ISans, atteinte d'un
ostéosarcome de la cuisse droite, ayant 6â centimètres de circon-
férence et remontant à 8 centimètres au-dessus de Tarcade crurale.
Aussi je fus obligé de pratiquer la compression de Taorte. L'opé-
ration fut faite avec le couteau et j'employai le pansement ouaté.
Donc, sur 4 désarticulations de la cuisse, j"ai obtenu un succès
en me servant du couteau^ mais je me hâte de faire observer
que c'est sur un enfant.
En foisant cette communication, Je n'ai nilUement Tintention de
vouloir substituer le galvano-cautère eft le thermo-cautère à l'in-
strument tranchant, mais je voulais montrer que^ grâce à ce pro-
cédé, j'avais pu empêcher ma nmladede perdre du sang.
M. Sée. Il y a 15 ans, j'ai communiqué à la Société une série
d'aoïputations pratiquées sur le cadavre au moyen du galvano-
cautère, et j'ai montré que ce procédé permettait de tailler ffecile-
ment de bons lanibeanx.
M. SisBRÈs. d'ai ftut une fois la -désartimilation de la cuisse
chez un individu dontJla cuisse avait été brogfée. J'employai le
procédé ordinaire àlambeauanléfieur, après iftwoir eu scôn de pra-
100 sodiré de chirurgie.
tiquer la ligature de la fémorale préalable. Le malade mourut dans,
les 48 heures qui suivirent Topération.
Je fus frappé du peu de sang que perdit le malade, et je crois
qu'on obtiendra facilement le même résultat en ayant soin de lier
les artères dès qu'elles sont ouvertes.
Je suis partisan de l'instrument tranchant, car le fer rouge
dont on pourrait trouver l'emploi dans Scultet et les caustiques
ne garantissent pas, ainsi qu'on le croit, de l'infection purulente.
Le fait de M. Tillaux en est la preuve. De plus, je crois que les
caustiques facilitent les infarctus par suite de la formation de pe-
tits caillots, qui peuvent devenir le point de départ d'embolies.
M. Gillette. J'ai vu la malade qui a été opérée par M. Tillaux,
et j'ai pu constater que la compression de la fémorale arrêtait les
battements sans diminuer le volume de la tumeur, qui était molle
dans toutes ses parties.
M. Terrier. J'ai donné des soins à la malade dont vient de
nous parler M. Tillaux, et j'avais refusé do l'opérer, craignant une
généralisation de la production morbide.
Je m'étonne que M. Tillaux ait pensé que l'infection purulente
avait eu pour point de départ la rétention du pus, cette expHcation
me paraît difficile à admettre d'après les recherches récentes sur
la pyohémie et je suis beaucoup plus disposé à admettre que l'in-
fection purulente a été produite par le mauvais état général de cette
femme.
M. DÉsoRMEAUx. J'ai fait, à Thôpital du Gros-Caillou, pendant la
guerre, la désarticulation de la cuisse chez un blessé bavarois,
dont le grand trochanter avait été brisé par une balle. L'hémorrha-
gie, peu abondante au moment de la blessure, devint très -consi-
dérable quelques heures plus tard, et, dans l'impossibilité où je me
trouvai pour reconnaître (juelle était l'artère qui donnait lieu à
cette hémorrhagie, je me décidai à pratiquer la désarticulation.
Je commençai par lier la fémorale, et prenant cette première in-
cision comme point de départ, je taillai deux lambeaux ovalaires,
l'un interne, l'autre externe, je fis comprimer les lambeaux à me-
sure que je les taillais et je pus terminer mon opération sans qu'il
y eût beaucoup de sang de perdu.
Mon malade mourut sans réaction, 86 heures après l'opération.
M. M. Perrin. Je suis d'avis que la rétention du pus dans le
fond de la plaie est nuisible ; aussi, pour éviter cette rétention du
pus dans le cul-de-sac formé au niveau du grand trochanter, j'ai
depuis longtemps pris l'habitude de pratiquer le procédé ovalaire
en taillant le manche de la raquette sur le grand trochanter. En
SÉANCE DU 6 FÉVRIER. iOf
ayant soin de faire saisir par des aides les lambeaux à mesure
que le chirurgien les taille, on évite assez bien Thémorrhagie.
M. Le Dentu. Je suisd'avis qu'il faut absolument éviter la rétention
du pus, et, dans la désarticulation dont j*ai entretenu la Société il
va quelques semaines, j'avais cherché à obvier à cet inconvénient
en faisant une contre ouverture dans le fond du cul-de-sac tro-
cliantérien et en y plaçant un tube à drainage.
M. Gillette. Je ferai observer que le procédé employé par
M. Désornieaux est non pas ovalaire, mais bien un procédé en ra-
quette, dont j*ai été à même d'observer un beau résultat dans le
service de M. Guyon, mais le point de départ de la raquette avait
été le grand trochanter.
M. Farabœcf. Un point important pour le résultat de la désar-
ticulation de la cuisse est de tailler un lambeau permettant de bien
recouvrir l'ischion qui doit servir de point d'appui. De plus,
comme il est urgent de choisir un procédé qui facilite l'hémostase,
cap on ne peut pas toujours se servir du galvano cautère, je crois
qu'il est préférable d'employer le procédé en raquette de Larrey.
En ayant soin de lier l'artère et la veine fémorales, puis desculter
les muscles en dehors et en dedans, on pourra arriver à enlever
la cuisse sans perdre beaucoup de sang.
M. Glton. Permettez-moi de répondre à l'appel fait à l'expé-
riencede ceux qui ont praticjué la désarticulation coxo-fémorale et
de vous donner quelques renseignements sur le fait auquel M. Gil-
lette vient de faire allusion.
J'avais depuis longtemps étudié la désarticulation dont il s'agit,
sur le cadavre, lorsque l'occasion me fut donnée de la faire sur le
vivant. Mes études avaient eu pour but :
l"" De diminuer l'étendue des surfaces traumatiques ;
t De favoriser l'hémostase au cours de l'opération;
3^ De permettre pendant le cours du traitement le libre écoule-
ment des liquides.
Mes recherches m'avaient conduit à adopter le procédé en ra-
quette et à le pratiquer de la manière suivante:
J'abaissais une incision perpendiculaire commençant au milieu
<le l'espace qui sépare la crête iliaque du grand trochanter, de ma-
nière à passer en plein centre de cette apophyse ; mon incision
s'arrêtait au-dessous du tiers supérieur de la cuisse. C'est le che-
nûn le plus direct et le plus court pour arriver au fémur, que l'on
peut ainsi découvrir sans rencontrer de vaisseau.
J'avais dès lors pour objectif d'arriver à l'articulation, et pour
cela je séparais, en rasant le fémur, les insertions musculaires qui
103 ftOGliTé:DEX:BIRUIUHB4
se font au trochanter, puis, jej déoudiis le owp&de Tos dans son
tiers supértear ea n'abandoanttntipas. ua seul momest la surfaee
externe du périoste. En imprimant un mouvement de rotation ep
dehors, j'arrivais sur là surface antérieure de la capsulé que jTnci-
sais^ puis, sur le ligament rond. Je procédais, dès lors, à la luxa-
tion et je détachais le fémur de ses liens fibreux et musculaires
de manière à le libérer complètement dans son tiers supérieur et à
le faire saillir dans la plaie.
L'opération' pouvait, dos lors, se réduire à une simple amputa-
tion pratiquée au tiers scipérieur de la cuisse. La raquette - était
complétée par rincision de la peau, et tandis que le tégument était
relevé en manchette, le bord du couturier misi à nupermettait de
découvrir et de lier, avant de la sectionner, raFtère* fémorale.
La section des musclas était alors achevée ra{>idement à plein
tranchant, le membre tombait* immédiatement et Ton pouvait, sans
perdre un instant, procéder à la ligature des branches divisées sui
la tranche musculaire. Cette incision presque perpendiculaire attei-
gnait un bien moins grand nombre d'artères et coupait beaucoup
moins haut les branchés de la fessière, de l'obturatrice, et de Tisr
chialique, que la tranche, oblique du lambeau postérieur clas-
sique.
Joignante ce procédé la méthode que j'ai proposée pour se met-
tre à Tabri de toute perte de sang veineux, je pouvais espérer que
j'aurûs sur le vivant un procédé vraiment hémostatique.'
L'étendue des surfaces traumatiques^ était singuhèrement amoin-
drie, car elle n'était plus représentée que parla* gahie muscale-
aponévrotique qui enveloppait immédiatement le fémur et par la
section presque perpendiculaire des musdes que venait recouvrir
une manchette cutanée de longueur* suffisante;
L'écoulement des liquides peuvent se faire par la gaîne raus-
culo-aponévrotiquei et surtout par la grande incision verticale
externe, c'est-à-dire par le' manche de Iw-raquetle.
Sur le vivant, bien que la sujet fût maigre, la désartiaulation
préalable fut pénible. Elle put cependant être effeetuée^ et Topém-
tion fut terminée selon le&règlesque je viens^ d'énoncer. L'hé^
mostase fut facile et la perte de sang ne^ dépassa pas œlle des
amputations de la caisse:
Le malade a guéri; J'ai deiic p« obserrer à loisir et me re^idie
compte des conditions qui favorisèrent cet heureux résultat. Ce ne
fut pas le pansement* La^ plaie avait été- partiellement^ réunie et un
drain en U avait été placé an fbnd de la cavité cotyloïde, ses extré-
mités faisaient saillie dan» l'iiicision. verticale externe. Le moK
gnon avaitété pansé selon les règles établies par M. A. Guérin
pour le pansement ouaté.
SÂUIGB BO 6 réVfltUBRu 103
Cetexeelleat mode de traitement des plaies ne put être conti-
nué. Dès le lendemain il fallut débarrasser le malade, qui, sous
rinfloence de la compression forcémsat ézetoée sur Tabdomen,
sottffifait de k ftiçon la plus intolérable.
Je fis un pansement simple avec un linge glycérine, de là char*
pie, des compresses et des bandes, et je lavai la plaie iatus et
extra avec de Talcool, puis avec de Teau alcoolisée^
J'ai dit que ce n'était pas ce pansement qui avait paru favoriser
la giuérison. Je crois, en effet, que Tobservatton de ce cas ne peut
laisser de doute sur Texcellente disposition qu'offre l'ineision ver-
ticale externe ppur assurer l'écoulement continu et complet des
liquides.
Cet éccmlenient se fit par la partie supérieure de l'incision, qui se
cicatrisa la dernière.
Je crois donc, qu'il y a double avantage à dommenœr très-haut
la première incision. On ihvorise ainsi la manœuvre epératoire
tonte entière et en particulier la désarticulation préalable ; de plus,
on ouvre au liquide vis-à-vis le cotyle, qui est à la fois le point le
plus profond et le plus déclive de la plaie, une porta bien béante
et bien placée. On n'a qu'à se rendre compte de la position du>
malade dans son lit, pour comprendre que ce soit vers la partie
supérieure de l'incision externe que doive se faire l'écoulement des
liqai(fe&
Je ferai remarquer, en outre, quel le cuMe-sac dû à la décorti*
cation du grand trochanter, dont M. Tillanx se plaignait tout à
l'heure à juste titre, est entièrement supprimé par le mode opéra-
toim qoe y sa mis en pratique.
La difBculté réelle de la déisartiCQlation préalable itie fait crain-
dre qu'elle ne puisse être adoptée par tous. Mais, alors même
qu'on la réserverait au dernier temps de l'opération, le procédé en
raquette me paraît digne de la faveur des chirui^gpieiifl, et le décol-
Ifflnaot deft parties profondes du moignon le long de l'os ne parait
également mériter d'être conservé dans la pratique^
Je vous ai dit que le malade avttit guérL Je l'ai opéré au com-
iDencemeot de l'année 1875, et je comptais le présenter à la So-
ciété de cfairargie, muni d'un appareil déjà commandé, lorsque
survinrent des hémoptymes. C'était le premier symptèma évident
d'une généra&ation. Le malade arvait été' opéré pour le délivrer
dW ostéosarcome de la partie infiérieure d\i fémur. Les poumons
'vent le siège principal de la récidûre* à laquelle il succomba
7 mois après l'opération.
U. Maurice Perrin* Je suis surpris d'apprendi*e de M'. Guyon
lâs difficultés qu'il a éprouvées pour exécuter, mr Mn malade,
^6 procédé opératoire qui consiste à ouvrir ravticl» aveat de faive
104 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIB.
la section des chairs de la région interne et de la région posU
rieure.
Voici le procédé que j'ai exécuté au moins une dizaine de fo
et que je fais exécuter, depuis 20 ans, par les médecins stagiaire
du Val-de-Gràce :
Le malade est placé latéralement sur la table d'opération, <
façon que les deux membres portent à faux et que le membre m
lade soit en avant. Le chirurgien, armé d'un couteau dont la lan
doit avoir au moins la longueur du diamètre du membre, trace ui
incision, intéressant seulement la peau, qui commence au mili
d'une ligne menée de l'épine iliaque antéro-supérieure au bo
supérieur du grand trochanter; il se dirige verticalement enT)
en passant vers le milieu de la face externe de cette apophyse,
continue sans changer de direction jusqu'à la hauteur du pli U
sier et se dirige ensuite obliquement, tant en dedans qu'en dehoi
de façon à passer à cinq travers de doigt au-dessous du pli géni:
crural. Les deux incisions obliques sont réunies par une incisi
postérieure transversale.
La peau étant rétractée en avant et en arrière, le membre <
porté et maintenu dans l'adduction forcée, et les muscles qui s'i
sèrent au bord supérieur du grand trochanter sont divisés, soit p
une incision curviligne circonscrivant le trochanter, soit par u
incision en /\ à sinus inférieur. La branche antérieure du /\
doit pas dépasser en avant le droit antérieur. Les chairs sont e
suite détachées par deux incisions qui font suite aux précédent
et qui descendent l'une en avant et l'autre en arrière du trochant
Elles doivent côtoyer le fémur et ne couper les muscles que pi
(le leurs insertions; on ne lèse ainsi que des vaisseaux secondair
on respecte les grosses branches de la fessière et de i'ischialic
et on ne divise que des branches terminales de petit calibre; on
lie au fur et à mesure.
Quand l'hémostase est assurée, on ouvre l'article facilemeni
largement par sa face externe, on fait saillir le ligament rond ]
un mouvement combiné de rotation en dehors et d'adduction :
le coupe, puis on termine la section de la capsule et on isole
fémur des chairs en rasant l'os dans une étendue suffisante p<
que Taide puisse sans difficulté saisir le lambeau. Dans ce secic
temps, les vaisseaux qui donnent du sang sont immédiatement U
il n'y a d'important qu'une branche antérieure de rischiati<
accolée au sourcil cotyloïdien.
A ce moment le procédé d'hémostase doit être approprié à chat
cas particulier.
Lorsque le membre est peu développé, lorsque les chairs i
divisées peuvent être facilement étreintes par les deux maii
SÉANCE DU 6 FKVRIKK. 105
réunies de façon à former un lacs souple et vigoureux, la section
doit être faite d*un seul coup de couteau. Par ce moyen, les vais-
seaux ouverts sont étalés sur une même surface, les ligatures sont
faciles et Ttiémostase peut être assurée en ((uelques minutes, ce
qui est du plus haut intérêt.
Mais lorsque la cuisse a un volume trop considérable, lorsque
l'aide est peu exercé, lorsqu'on a jugé chemin faisant, en un mot,
que la compression en totalité serait difficile, incertaine et par
conséquent dangereuse, il faut procéder par compressions partielles
et successives exercées sur les parties qui vont être atteintes par
le couteau, lequel ne doit agir qu'au moment où Taide a constaté
rarrêt des battements artériels.
J'ai la ferme confiance qu'en suivant les règles que je viens d*in-
«iiquer, on parviendra dans tous les cas à pratiquer la désarticula-
lion (le la hanche sans grande difficulté opératoire et sans perte
(le sang nuisible au blessé.
M. TiLLAux. Avant de répondre aux questions (pii m'ont été
posées, je dirai que je suis tout disposé à reconnaître, lorsqu'on se
sert du couteau, les avantages que peut présenter la méthode ova-
laire ou en raquette. Je connaissais les expériences de M. Sée et je
ne doutais pas qu'il fût possible de tailler un lambeau, mais je crai-
(?nais que l'hémostase ne fût pas complète.
tJe n'ai pas bien compris les raisons pour lesquelles M. Terrier
dit avoir refusé d'opérer cette malade : car Tauscultation, faite avec
grand soin, m'avait appris qu'il n'y avait pas de tubercules et l'au-
topsie me l'a prouvé. J'ai été étonné d'entendre M. Terrier dire
<jue l'accumulation du pus n'a pas pu être la cause de l'infection
purulente à laquelle a succombé ma malade.
M. Terrier. J'ai refusé d'opérer cette malade parce que je soup-
çonnais une généralisation du sarcome, non-seulement dans des
points que Ton ne découvre qu'à l'autopsie tels que les vertèbres,
crâne, sternum, mais même dans les poumons, où Tauscultation est
impuissante à en faire reconnaître la présence.
Je suis loin de soutenir qu'il est inutile de donner un libre écou-
lement au pus, et la meilleure preuve, c'est que j'ai soin de passer
des drains pour y parvenir ; mais je soutiens que la rétention du
pus n'est pas une cause certaine de l'infection purulente et j'en
trouve la preuve dans le cas de guérison obtenu par M. Tillaux avec
te pansement ouaté. Pour moi, la cause de l'infection purulente ne
peut s'expliquer que par les mauvaises conditions générales dans
desquelles se trouvait cette femme.
M. Tillaux. Je ne puis pas admettre que la faiblesse de mon
106 socsiérÉ de cumuiteiB.
opérée fût une 'raison pour ne pas l'opérer; tous les Jours nous
opérons des individus, atteints de tumeurs blanehes, parvenus à la
dernière période d'ecticité et nous en guérissons.
Il suffit d'examiner la courbe des températures, qui ont été
relevées deux fois par jour, pour affirmer, que ma* malade a suc-
combé à une infbction purulente qui a été occasionnée principale*
ment par la rétention du pus ; aussi je suis d*avis de pratiquer le
procédé conseillé par MM. Guyon et Perrin.
Lieetare.
M. Berger lit un travail intitulé : De répanchement articulaire
<ln genou consécutif aux fractures du genou. (Commission :
MM. Sée, Delens, Lannelongue.)
PréseatalioD d'Instrameiii*
M. le secrétaii*e général présente, au nom de M. le D* Hamon, de
Fresnay, un appareil pneumatique.
Cet appareil esta quadruple effet; on peut : 1* pratiquer la saignée
capillaire ; 2« produire une révulsion puissante, grâce à un système
de réintroduction de Tair à discrétion ; 3** évacuer les collections
liquides et purulentes ; 4*" pratiquer les injections et les lavages à
Tabri du contact de Pair.
La séance est levée à 5 h. 20 m.
LfS secrétaire,
HORTELOUP.
Séance du 13 féyrier 1878.
Présidence de M. F. Gurow.
Le procès*verbal de la précédente séance est lu et adopté.
CorrespMidaiim.
La correspondance comprend :
i^ Pour Paris : les journaux périodiques de la semaine ; la Re-
vue mensuelle de médecine et de chirurgie»
2® Pour la province : V Alger médical, le Lyon médical^ la Revue
médicale de Toulouse^ le Bordeaux médical^ la Revue médicale
(le FEst^ la Oazette médicale de Bordeaux.
SÊARIZH. DU td FÉVRiatlk 10*7
J» Pour rétranger, le BriiisA medicat journal , Gentralblatt £ùr
chirurgie, la GMzette'UaUeime^L&mharde, tes Commentmres cli^
jiïïfaBs de Pise^
4* Lefiftscieule des- Bulletins etmémomsde la Société de ehi'-
mrgie de Paris^
5^ Un mémoire d& M. Bourgeois intitulé : ConLrihution à F étude
des corps étrangers du conduit auditif externe,
M. Bourgeois adresse de plus un instrument destiné à Textrac-
liondes corps étrangers du conduit auditif externe (Commission :
MM.Tillaux, Sée, Lucas-Ghampionnièrc^;
Ô^Uttitiémoire imprimé, de M. Chauvei^ membre correspondant,
intitulé : De Faction de Fmr sur lesplaiea (présenté par M. Per-
rio).
I* Deux mémoires de Mv Vidal, médecin de riWpilffl Saint-Louis,
intitulés: Tun, Inoculabilité de quelques affeetiona cutanées; l'autre,
Dafitvriusis.
8' Une lettre de M. Magitot qui s'excuse de ne pouvoir assister
à la séance.
9* Un mémoire de ^L Paul Lebrun, intitulé : Essai sur le trai^
iement des bémorrhagies artérielles de la main et du poignet.
10** Des indications thérapeutiques dans le catlmrre du sac et
dans le rétrécissement du canal nasaly par M. le D*" Romiée
(AmiensJ.
AToccasiondu procès-verbal, la parole est demandée par
^l Vemeuil.
V. \1sRNEuiL. Je ne veux pas empiéter sur la discussion qui se
poursuit devant l'Académie, mais je désirerais appeler principale-
menl l'attention sur deux points qui me paraissent ressortir des
opinions qui ont été soutenues.
Le premier point, sur lequel presque tous les chirurgiens sem-
bhnt d'accord, a trait à Timportmice considérable de foire l'écono-
inie du sang des opérés.
Toutes les observations de désarticulations de cuisse qui ont
été réunies prouvent qu'afi ménageant la perte de sang on éloigne
une des principales causes de la mort. M. Tillanx, préoccupé d*ob*
^ir oe résultat, a employé le meilleur procédé : la diérèse non
sanglante; aassi sa mcdade a vécu 12 jours: elle avait donc traversé
les premiers aecidents, qui dépendent betueo«p de la déperdition
Sur le second point, on est peut^tre d'w avis moins unanime :
je veux parier de l'indication que je regarde comme capitale, pré-
venir la rétention du pus et par conséquent empêcher sa putridité.
108 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
On peut, avec lous les procédés opératoires, chercher à prévenir
la rétention du pus, mais le procédé avec lequel on arrive plus dif-
ficilement à ce but est le procédé à lambeaux. On pourra objecter
que, pour parvenir à éviter cette rétention, on placera une mèche
dans le fond de la plaie; mais cette mèche ne fera rien que de nui-
sible si elle se remplit de pus putride : aussi ne saui*ais-je trop
répéter que, pour éviter semblable accident, il faut que la plaie
soit béante.
Un accident qui paraît constant dans la désarticulation de la
cuisse est la thrombose des veines ; thrombose qui envahit non-
seulement la veine iliaque externe, mais la veine iliaque interne,
la veine iliaque primitive, jremonte jusqu'à la veine cave et re-
descend dans les veines du côté opposé. Qu'il survienne de la
lièvre, les caillots se détacheront et s'élanceront dans la circula-
tion ; il est donc important que les caillots ne soient pas sceptiques,
et, pour y parvenir, il faut à tout prix assurer l'écoulement facile
du pus.
M. Perrin. Je voudrais dire un mot pour faire cesser une confu-
sion qui peut exister entre ce que j'ai dit à la Société de chirurgie et
mon discours à TAcadémie. J'ai dit dans la précédente séance
que j'avais fait 10 désarticulations, et à l'Académie je n'ai parlé
que d'un seul cas; voici l'explication : à l'Académie, il s'agissait
non-seulement du mode opératoire, mais encore des suites de
l'opération, or, je n'ai voulu parler que du seul opéré que j'ai pu
suivre ; à la Sosiété de chirurgie, je ne me suis occupé que du pro-
cédé opératoire; et j'ai parlé de toutes les opérations que j'ai prati-
quées, mais, malheureusement, sans avoir pu suivre les opérés,
comme cela nous arrive trop souvent dans la chirurgie de guerre.
Rapport.
M. DuPLAY lit le rapport suivant sur une observation de bernk
traumatique du poumon^ par le D' Gauvy (de Béziers) :
Le fait dont M. le D"" Gauvy vous a adressé la relation, en l'ac-
compagnant de quelques remarques intéressantes, est relatif à ui
jeune homme de 24 ans qui fut frappé, dans une rixe, de plusieuri
coups de couteau à la poitrine. Une seule de ces plaies, siégeant i
la partie moyenne du neuvième espace intercostal, était pénétrante
et le médecin appelé aussitôt après Taccident constata que cett
plaie donnait issue à une tumeur oblongue rougeâtre, saillante di
7 centimètres environ, e^ présentant elle-même une solution d<
continuité très-nette qui donnait issue à un léger suintement san-
guin.
SEANCE DU 13 FÉVRIER. 109
Le blessé qui avait, paraît-il, perdu beaucoup de sang et avait
eu une syncope, éprouvait une dyspnée intense et une douleur
vive au côté ; le pouls était petit et lent.
Aucune tentative de réduction ne fut faite et on se borna à appli-
quer sur la partie herniée des compresses d'eau froide.
Le lendemain, des phénomènes de réaction intense se manifes-
tèrent, accompagnés de dyspnée et de douleur. Ces accidents
semblèrent se calmer sous l'influence d'une saignée abondante.
Le blessé fut vu par le D'Cauvy le 3* jour après l'accident.
11 n'y avait pas de fièvre ; dyspnée modérée, mouvements respira-
toires à peu près nuls, du côté gauche ; si le blessé cherche à les
rendre plus forts, il survient de la toux et une douleur vive au ni-
veau de la plaie. L'auscultation permet de constater l'absence de
tout murmure recticulaire dans la partie inférieure du poumon
gauche; respiration faible sous la clavicule et dans les fosses sus
et sous-épineuses; sans bruits anormaux. Un peu de matité en
arrière et en bas du côté gauche.
Dans le point indiqué précédemment, il existe une tumeur, fai-
sant une saillie de 9 centimètres environ étalée en forme de cham-
pignon, comme étranglée par les bords de la plaie thoracique,
<l*un rouge brun très-foncé, assez résistante, et rappelant par sa
couleur et sa consistance le tissu hépatique. A la partie libre de
celle tumeur, on observe une plaie oblique assez profonde.
Celte tumeur n'est pas douloureuse à la pression, elle n'est le
siège d'aucune crépitation et ne subit aucune modification sous
l'influence des mouvements respiratoires ou des efforts de la toux.
Elle devient seulement le siège de douleurs vives lorsqu'on cherche
àla réduire, à l'attirer au dehors, lorsque le blessé fait une forte
inspiration ou lorsqu'il tousse.
M. Cauvy conseilla de ne pas tenter la réduction, de pratiquer la
ligature et l'excision partielle de cette tumeur et de toucher légè-
rement la surface de section avec le perchlorure de fer.
Ce conseil fut suivi. La tumeur fut détachée en partie par le
sphacèle, en partie par l'excision, et laissa à sa suite une plaie
bourgeonnante qui marcha rapidement vers la cicatrisation, laquelle
était complète le 28"* jour après l'accident. A cette époque, le
blessé était très-bien portant ; il accusait seulement quelques ti-
raillements douloureux, quand on l'invitait à tousser ou à faire une
très-forte inspiration. La percussion et l'auscultation ne révélaient
ancun signe anormal du côté qui avait été le siège de la blessure.
Enfin, sept mois plus tard le blessé a été revu, il était en par-
faite santé et pouvait exercer le pénible métier de pécheur sans
difficultés, ni gène, ni douleur.
Les observations de hernies traumatiques du poumon sont
ilO (fi^ClETE I»: GHIftURÛIE.
rares, et à ce iHre le fait que vous a communiqué M. Gauvy méri-
tait de vous àtre ,fMU*tkulièrembânt ai^alé.
Nous devons regretter, c^peadant^que Tobseruraiion irestesnuette
sur certains détails importants et qui seraient de nature à édidrer
quelques points encore douteux ou contealés4e l'hisloire du pseo-
mocèle traumatique. Ainsi, M. Cauvy i%a parle ^pas de réteBcfaiB de
la plaie thoracique qui livrait passage à la kemie pulmanaiBe^von
plus que des dimensioas exactes de iBXumenir liamimrB, dont il se
borne à indiquer la saillie extérieui^e.
Je signale aussi comme un lapeus regrettable l^abseaœ dexan-
seignemenis sur ies dimensions de la tplaie ^ui occupait, aisei ^e
vous vous le rappelez, la portion herniée du poumon. Oioiqae «oolie
circonstance sa retrouve dans d'autres obfibBrvatioos, on a peasé
que le pneumocèle traumatique avec plaie du ipoumon na pomoait
guère se produijTe que dans les cas oîi celte ;plaîe fflîétait pas assez
large pour pecmettne la formation immédiate d'im {maumctiiDrax
abondant et par suite le collapsus du poumon. Le iaitDbsemé par
.M. Cauvy pouvait^ à cet égard, écklairerce point lenaotre dootooK de
la pathogénie du pneumocèle.
Nous ne savons iriea sur ies phéaomàBafi immédiats oiœervés
du côté de la hernie, puisque M. Gauvy n^a visité le malade que le
troisième jour après l'accident ; à cette époque, la tumeur hesniaire
était solide, non crépitante, absolument irréductible, et ne auhis-
sant aucune modification sous l'influence des mouvements respira*
toires.
Enfin, nous aurions été cuneux de eonnaitre l'état exact de la
cicatrice quelques «mofts phis tard, afin d*être araBS!u*é sur la posci-
i)ihté d*un pneumocèle isecondaôre.
En raison de ces omissions, le fait^ui précède n'oflnraft qu\in
médiocre intérêt au point de vue de l'histoire da pneumocèle trau-
matique, si le IK Gau>yyne Tavait accompagné de réflexions dont
il me reste à vous ^enftretenir et qui visent surtout le pronostie «4 te
traitement.
Déjà Morel-Lavallée avait exprimé cette cqûnion que la lieraie
(traumatique du poumon, loin d'être un accident grave des -plaies
pénétrantes ds tpoitrinci, semblait ^uer le rôle d'une oomplieation
heureuse. CeipaBdant, tout .ea reconnaissant d*après ies faits piibGés
la bénignité relative desiiernies traumatiques du poumon, raiitsur
que je viens de xsiber ne slétait pas préoccupé d'an reohefdier
les causas et jp^aasait que celte ibèaîgniié , phis ^iq^u^enla ifue
réelle, s'expliquait sans douta par la tandance génévale à publier
de préférence las cas de guérison lorsqu'.il s!agit de mabiâies
rares .
Coniraipement àMtto4Qfûiiion,leDHQaiiry estinœ/qaeBi lafaarnie
SIëANGE du 18 FÉVRIER. 11 i
Iraumatique du poumon est le plus souvent exempte d'accideats,
œia tient en réalité à des conditions inhérentes à la lésion même .
En effet, la préeenoe d'une portion de poumon hernie entre les
iè\Tes de la plaie thoracique empêche la production des accidents
JDUoaédiats les plus à craindve dansiloute plaie pénétrante de poi-
trine, savoir : l'entrée deTair dans la plèvre, Temphysène sous-
cutanée, les hémorrhagies externes et^surftout intfernes; en sorte que,
Baufrespoftition d'une portion depouiipQn au dehûrs et Tétrangle-
ment de la partie herniée, le pneumocèle traumatique traumatique
remplissait pour ainsi dire rofKlce d'un houchein obturateur qui
'loDsfonne la plaie pénétrante de poitrine en une plaie non péné-
Imte, et prévient par conséquent lepneumothacax, remphysème,
fépaDoheoieiii^ sang dans la plèvre.
L'étude des iaits semble confirmer de tous points la justesse de
ces vues théoriques.
En effet, toutes les fois que la portion herniée du poumon a été
tbifidoonée à l'extérieur et nou réduite, soit qu'on l'ait laissée se
détaciier epontanément, soit qu'on ait facilité sa chute par la liga-
ture ou l'exoiMon, la guérison a eu lieu sans accidents; tandis qfue
^ng les cas où Ton a réduit la hernie pulmonaire, on a vu survenir
des accidents graves et même la mort.
6ttr 14 cas réunis par le £K Cauvy, Ja moirt a été deux fois la ter-
AûnaiBoo dn pneumocèle traumatique ; or, précisément dans ces
deux cas mortels, le poumon avait été Mé , excisé, puis réduit.
DiDS ua troisième fait, rapporté parle D^ JunquelS la réduction
Ample d'une hernie traumatique du poumon lut suivie d'accidents
inflammatoires des plus graves, qui mirent les jours du malade en
danger. 11 en fut de même dans une quatrième observation publiée
ittr Aagelo K
Ces vues nouvelles, relativement au rôle protecteur que joue
Isi hernie du poumon daxis les plaies pénétrantes de poitrine, me
paraissent offrir une grande importance pratique, car elles entraî-
nent comme conséquence logique à modifier les règles de traite-
ment généralement prescrites par les auteurs dans les cas de pneu-
mocèle traumatique.
En effet, tous conseillent la réduction, du moins lorsque la partie
herniée n'est pas encore le siège d'altérations inflammatoires. A
l'exemple de mes devanciers et entre autres de Nélaton, je n'ai pas
craint de donner le même conseil et de prescrire, dans les cas où
hiMuctîMi est dffîdle, d'élargir la plaie, d'écarter l'espace in-
l^roostal arec un coin de bois, pour permettre la rentrée du vis-
cère.
' Montpellier médical, 1859, t. II, p. 127.
< Gaz. med. de Milano, 1844.
112 SOCIETE DE CHIRURGIE.
Cependant, j'avais été frappé des inconvénients sérieux de cett
pratique dans les cas où la portion herniée du poumon était elle
même atteinte de plaie, et j'avais cru devoir proscrire la réduc<
tion.
D'après les remarques si judicieuses du D^ Gauvy, d'après le
résultats détestables fournis par la réduction, je suis tout dispos*
à étendre cette prescription à tous les cas de hernie traumatique di
poumon, et à établir pour celle-ci comme pour l'épiplocèle trau
matiqiie, au sujet de laquelle tout le monde est d'accord, le prin
cipe de la non réduction.
Ce principe une fois établi, et jusqu'ici la rareté du pneumocèi
traumatique n'avait pas permis de le discuter, on peut se demande
si la portion herniée du poumon doit être simplement abandonnée
l'extérieur, ou si le chirurgien doit intervenir pour abréger la gué
rison. Le petit nombre de faits que nous possédons rend la solu
tion de cette question diflîcile.
Cependant il semble que la ligature suivie d*excision assure un
guérison plus prompte que la temporisation. Dans un fait rapport
par le D' Dufour *, l'élimination spontanée de la tumeur herniair
dura 74 jours, la malade souffrit beaucoup et fut épuisée par un
suppuration abondante.
En résumé. Messieurs, nous devons savoir gré à M. le D» Cauv;
d'avoir soulevé, à l'occasion d'un fait de hernie traumatique du pou
mon, une question de thérapeutique chirurgicale que la rareté d
cet accident avait fait négliger jusqu'à présent, et d'avoir donné d
cette question une solution que la théorie et Texpérience me parais
sent également justifier.
J'ai l'honneur de vous proposer :
1" D'adresser des remercîments à M. le D'Cauvy et d'inscrire soi
nom sur la liste des candidats au titre de membre correspondant
2** De déposer son travail dans nos archives.
Ces conclusions sont adoptées.
CommiiBlealioBs.
M. Ch. Périer lit l'observation suivante :
Luxation sous-acromiale incomplète de l'humérug. — Réduction instable
La nommée G..., âgée de 25 ans, était fillo de service à la SalpétrièK
dans le service des épileptiques, et sujette, comme les malades qu'ell
soignait, à de fréquentes attaques hystériques et à des accès épilepli
formes, d^origine ancienne et indéterminée.
t Oaz, mCd, de Paris, 1854, p. 309.
SÉANCE DU 13 FÉVRIER. 113
Ces accès avaient ceci de particulier qu ils s'accompagnaient de
deux bruits de craquement siégeant dans l'épaule droite et s* entendant
à distance, le premier au début, le second à la fin de la crise; cepen*
dant il arrivait quelquefois que le craquement de la fin n'était pas perçu,
mais alors la malade revenue à elle souffrait de Tépaule et ne pouvait
la mouvoir. Elle priait ses compagnes de lui tirer sur le bras, jusqu'à
production du bruit, et de suite les mouvements devenaient possibles
et la douleur cessait. A défaut de compagnes obligeantes, elle arrivait
seule au même résultat en saisissant de la main droite un barreau de
Ut ou tout autre point d'appui et en tirant à elle énergiquement.
En raison de la fréquence et de l'intensité de ses attaques, elle fut
eoToyée à l'hôpital Saint^Antoine, pour pouvoir rentrer réglementai-
rement à la Salpètrière, non plus comme infirmière, mais comme épi-
leptiqae. Pendant son séjour à Saint- Antoine elle eut, le l*' avril 1877,
une luxation de Tépaule droite qui ne fut réduite que cinq jours après;
pour la première fois elle cessait de pouvoir réduire elle-même
sa luxation habituelle. Le 14 juillet, à la Salpètrière, dans le service
de M. Delasiauve, nouvelle luxation réduite sans chloroforme, par
M. Bourneville. Le 14 août, chute sans attaque, luxation réduite après
anesthésie. Entre temps l'épaule fut plusieurs fois réduite par un
interne de garde.
Le 2 octobre, luxation plus difficile à réduire ; la malade est admise
le lendemain à l'infirmerie, où je la vois pour la première fois.
h la trouve assise, penchée en avant, les avant-bras croisés et
appuyés sur les genoux, le coude droit écarté du corps et soutenu par
la main gauche. La tête et le cou sont inclinés à droite. La paroi anté-
rieure de l'aisselle est déprimée, l'acromion et l'apophyse coracoïde
sont un peu en saillie, la tête humérale paraît éloignée vers la profon-
deur. Le relief externe du deltoïde est effacé. En arrière et au-dessous
delà base de l'acromion on sont une saillie arrondie: c'est la tête hu-
oiérale, qui roule sous la main lorsqu'on imprime au bras quelques
mouvements de rotation. Les mouvements de l'articulation scapulo-
Itomèrale sont très-limités et fort douloureux, l'abduction est impos-
sible. L'avant-bras, et la main se meuvent librement. Les deux bras
mesurés de l'acromion à l'épicondyle ne présentent pas de différence
appréciable. Rien de particulier dans le creux de l'aisselle. La circu-
lation et Tinnervation sont intactes. Je diagnostique une luxation sous-
acromiale incomplète.
Après avoir essayé infructueusement le refoulement de la tète et
nmpulsion, je parviens à réduire en combinant l'extension à des mou-
vements de rotation de dedans en dehors, et j'immobilise le bras dans
^e écharpe.
Le lendemain la luxation s'était reproduite; nouvelle réduction sui-
^ d un nouveau déplacement. J'explore attentivement l'aisselle, chér-
it à reconnaître une fracture de la cavité glénoïde sans en trouver
aocun signe ; ni crépitation, ni infiltration sanguine, ni point spécia-
ornent douloureux.
Dans l'hypothèse d'une interposition ligamenteuse entre les surfaces
BULL. BT MÉM. DE LA 80G. DB CHIR. 8
114 SOGléré DE GRIRUROIE.
articulaires, je procède, quatre jours après, à des tentatives nouvelles
la malade est soumise au chloroforme, et j'exerce une extension pro-
longée avec mouvements étendus de rotation et de circumduction, puif
dé refoulement avec rotation ; le résultat est le môme; réduction facile
mais non maintenue. J'appliquai un appareil silicate embrassant 11
tronc, Tépaule droite et le bras en laissant Tavant-bras libre; cet appa-
reil , fendu et pourvu d'agrafes, pouvait être ôté et remis à volonté.
Peu à peu la malade put se servir de Tavant-bras et môme un pen éi
son bras, la luxation pouvant rester quelque temps réduite, mais h
moindre effort la reproduisait en ramenant l'impotence du membre.
En appliquant la paume de la main sur l'épaule, on peut avec le poac<
luxer et réduire à volonté et sans provoquer de douleur sérieuse. C*e8
dans cet état que la malade quitta l'infirmerie, le 24 décembre, pou:
rentrer dans sa section, où elle succomba , le 11 janvier dei*nier, à h
suite d'accès épileptiformes répétés.
L'autopsie fut pratiquée le surlendemain. Les parties qui entouren
l'articulation ne présentent aucune lésion, ni infiltration, ni induration
les muscles très-dé veloppés se laissent aisément disséquer; la capsul
articulaire est intacte, les bourses séreuses péri-articulaires ne porten
pas traces d'inflammation.
La luxation et la réduction se produisent à volonté sans autre brui
qu^un frottement un peu rude. La luxation est bien sous-acromial<
et incomplète.
En suivant du doigt le pourtour de la cavité glénoîde on sent que l
demi-circouférence postérieure de la cavité a perdu son relief.
Une incision de la capsule en arrière met à nu les lésions. On aper
çoit d'abord une large frange synoviale très-vasculaire, insérée à li
face interne de la capsule et étalée sur la tète humorale, dont le carti
lage d'encroûtement fort aminci laisse voir la teinte rosée du tissi
osseux sous-jacent; le contour de la surface articulaire humerai
foi*me un relief irrégulier dû à une prolifération osseuse semblable
celle qu'on observe dans l'arthrite défom^ante. En écartant les sur
faces on aperçoit la cavité glénoîde dont les deux tiers antérieur
paraissent intacts, tandis qu'en arrière le cartilage d'encroûtement e
le bourrelet glénoîdien ont disparu laissant le tissu à découvert. L
tête de l'humérus n'appuie donc sur la cavité glénoîde que par mii
portion de sa surface en avant, et il existe en arrière entre les deux o
un espace vide. Cette disposition explique très-suffisamment et la faci
lité avec laquelle la luxation pouvait se produire et l'instabilité de 1
réduction.
n serait superflu de chercher à rattacher ces lésions à une fractur
antérieure. Faut-il les rapporter à une altération des centres nerveux
On peut se poser cette question, car chez cette malade on a troav
dans le cerveau une tumeur considérable au sujet de laquéU
M. Boumeville m'a remis la note suivante : c La tumeur cérébrale ■
trouvait à gauche, elle occupait la partie antérieure de la corne fron
taie et offrait presque le volume du poing, elle empiétait sur le corp
calleux du côté gauche, toute la corne frontale droite au contraire étâi
SÉANCE DU 13 FÉVRIER. 115
coosidérablement atrophiée et réduite à un petit moignon. La tumeur
ressemblait a de la gélatine et présentait, aux points de vue macrosco-
pique et microscopique, tous les caractères d'un gliome. Elle n*a jamais
déterminé pendant la vie aucune contracture, ni aucune paralysie, ni
daeôté gauche, ni du côté droit. L'épilepsie dont la malade était atteinte,
remontait à une époque plus éloignée et était probablement elle-môme
sans rapport avec la tumeur ; non plus d'ailleurs que les lésions obser-
vées du côté de l'épaule, i Bien que je n^aie pas eu souvent l'occasion
d'observer des arthropathies liées avec altérations des centres ner-
veux, les descriptions données par MM. Charcotet Bail, et les quelques
pièces que j'ai pu voir à la Salpôtricre, me font aussi considérer les
lésions qne je viens de décrire, comme dépourvues de toute relation
avec la tumeur cérébrale.
11 8*agit ici d'une arthrite sèche dont le développement s'explique
par la répétition si fréquente de la luxation, la lésion s'est prononcée
de plus en plus du côté où se faisait la luxation, et elle est arrivée peu
à peu à an degré tel que la cavité glénoïde a cessé de fournir à la tète
hnmMle un point d^appui sufQsant.
Toutefois je reconnais que la nature des lésions n'est pas par elle-
même suffisante pour trancher la question, â leur début les arthropa-
thies d'origine nerveuse peuvent ressembler assez à Tarthrite sèche
pour qu'il ne soit pas toujours possible, même aux anatomo-patho-
logistes les plus compétents, de se prononcer afQrmativement. Mais
ches notre malade l'apparition des lésions articulaires est^ sans nul
doute, postérieure à la luxation dont l'épaule était le siège si fréquent
depuis quatre années; chez les autres, au contraire, la luxation résulte
toigoiirB d'ansk altération préalable des éléments constitutifs de la join-
ture. Une différence aussi tranchée me paraît légitimer la conclusion
que je viens d'émettre.
lit Inxation sous-acromiale est une variété assez rare; à ce point de
vue, cette observation mériterait encore de vous être signalée. Je vous
Tippellerai que Malgaigne n'en a rassemblé que S4 observaticms, et
<IQe sur 29 où la cause était indiquée, 7 fois la luxation avait eu lieu ^
dansone attaque d'épilepsie, comme chez notre malade. Il faut admettre
dans la plupart de ces cas, l'influence de l'aetion musculaire convulsive;
die agirait alors en produisant une torsion exagérée en dedans : ce
mouvement a d'ailleurs été évident lors de certaines luxations pro-
duites par des violences extérieures; et c'est aussi en tordant l'humé-
ni8 en dedans sur le cadavre que l'on fait passer le plus facilement la
^ de l*humérus au-dessous de l'acromion.
M. HouËL. En examinant la pièce que nous a présentée M. Pé-
rier, je crois qu*il y a dûavoir fracture du bord postérieur du sourcil
glfaioîdien ; cette région ne présente pas, autant qu'on peut en ju-
gar à travers la capsule, la forme normale : elle parait coupée à
uigle aigu. Le fragment a dû se porter en arrière et se consolider
dans cette position, en formant ainsi une cavité dans laquelle se
116 SOCIETE OE GHIRUROne.
logeait la tête humérale. Ce genre de luxation est fréquent dans 1
fracture du bord antérieur du sourcil glénoïdien.
M. PÉRiER. La luxation n'a présenté ce caractère de réductibflil
instable que depuis deux mois ; or, je ne vois pas là les traoe
d'une fracture récente.
M. HouÉL. J'expliquerais l'instabilité de la réduction par Télon^
gation de la capsule, produite par le tiraillement de l'articulation
dans les luxations successives.
M. PÉRIER. Il suffira, pour savoir si cette explication est la vraie
d'ouvrir la capsule et d'examiner la cavité glénoïde.
M. Desprès communique l'observation suivante :
Anévrysme diffus volumineux de Taisselle^ — Tentative de ligature de 1
80U8-€lavière. — Mort.'
Ghatel (Françoise), 40 ans, journalière, entre, le 15 décembre 1877, i
rhôpital Cochin, salle Cochin, 7.
La veille de son entrée, cette femme a été battue par un individi
vigoureux, qui, la tenant par la main, lui a tordu avec force le Yam^
dans différente sens. La malade a entendu, dans son épaule, dos cra-
quements violents et s* est trouvée mal.
A son entrée, les mouvements spontanés de Tépaule droite sont ab*
soluptient impossibles , lesmouvements provoqués possible, maisdoa*
loui'eux, il n*y a pas de luxation.
Tuméfaction considérable du moignon de Tépaule ; le creux de Tais-
selle paraît occupé par un épanchement sanguin considérable. Ekschy*
moses de Taisselle et de la face interne du bras. Pas de battements. L<
pouls existe dans la radiale et dans la cubitale. La paroi antérieure df
l'aisselle est sillonnée par de nombreuses veines dilatées.
Diagnostic : Epanchement sanguin considérable, dû probablemenl
à des ruptures musculaires et veineuses.
24 décembre, — Pendant la nuit, douleur subite dans l'épaule se pro*
pageant au bras, à Tavant-bras et à la main. Sensation de foiunnilla-
ment dans la main et au bout des doigts. Sensation de brûlure danf
toute la région palmaire.
La paroi antérieure de Taisselle paraît plus saillante que la veille.
Le bras est tuméfié.
Les doigts appliqués sur la paroi axillaire antérieure sont soulevée
avec une force asses considérable, on entend un soufQe à l'auseultàr
tion.
Le pouls radial droit est plus petit que le gauche, mais toiyoun
perceptible.
Pas de différence de température dans les deux mains.
séANCE DU 13 FÉVRIER. 117
En présence de ces nouveaux signes, on porte le diagnostic de :
Aoévrysme faax consécutif sur une des branches collatérales de Taxil-
laire, racromo-thoracique ou les circonflexes.
Les jours« suivants, môme état. Augmentation du bras et de Tavant-
bns.
7 yaorier. — Grandes crises de douleurs qui ne sont soulagées ni par
ropium, ni par les piqûres de morphine.
M. Desprès propose la désarticulation de l'épaule, qui est refusée
énergiquement.
La compression digitale ne pouvant être tentée à cause de Téléva-
tion de la clavicule et du gonflement énorme de Tcpaulo, il fallut son-
ger à la ligature pour empêcher, du moins, Taccroissement et la rup-
ture de Tanévrysme ; en tous cas, avant de faire la ligature, il était
prudent d'attendre le rétablissement de la circulation collatérale : c'était
r&vis de M. Broca, que M. Desprès avait prié d'examiner la malade.
9 et iO janvier. — Accroissement lent de la tumeur, mais avec des
crises douloureuses, quoiqu'il n*y ait aucune menace de suppuration.
12 jaBYÎer. — Violent frisson, la température monte à 39«,4. Un
grand vésicatoire placé sur l'épaule droite fait tomber la température
à 8?,6, puis à 38».
lies battements ont disparu, le bruit de souffle seul persiste avec
son maximum sur le bras et non sur la tumeur primitive; fluctuation
sans battement sur le bord postérieur du deltoïde. M. Desprès pense
que rartienlation est remplie de sang, mais l'absence de douleurs sur
in partie floctuante permet d'afflrmer qu'il n'y a pas de pus. On propose
<le nouveau la désarticulation.
Nouvelles crises aiguës, les 14, 15 et iQ janvier. Vésicatoîres vo-
lants qui ont certainement empêché la suppuration de l'anévrysme.
Uœdème du bras, de l'avant-bras augmentent ; le creux axillaire
SQ8-davicalaire est presque effacé, mais la tumeur est devenue un peu
plus dore, les battements ne persistent plus que dans l'aisselle et en
arrière, au niveaudu point fluctuant. Crises, les 18, 19, 21, 22 et 23 jan-
vier.
n n'y avait plus qu'à attendre l'ouverture de Tanévrysmo et la mort
on i tenter la ligature de la sous-clavière, nous pûmes obtenir que la
malade se laissftt faire ce que nous appellions une incision. Depuis
AJOUTS la malade dépérissait et présentait les signes évidents deTané-
Die aiguë, les lèvres étaient pâles et l'amaigrissement du corps était
considérable. Il est juste de dire que la malade, depuis que Ton était
obligé de la narcotiser, avait perdu l'appétit et ne se nourrissait que
^ bouillons.
Le 28 janvier, M. Desprès pratique l'opération de la ligature avec
t'^e de MM. Nicaise et Delens.
Lt malade est chloroformée, incision parallèle à la clavicule de
8 eeatimètres de long et à 1 centimètre au-dessus de la clavicule, re«
cherche de la veine jugulaire externe qui est attirée en dehors et en
urière. Incision de Taponévrose sur la sonde cannelée, une petite
veianle ouverte est serrée dans une pince.
118 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Recherche du paquet nerveux. La profondeur à laquelle il fallut aile
était de! centimètres au moins. La malade était opérée à son lit; l'épaule
appuyée sur un oreiller bas, était exposée à la lumière venant d*ei
haut, mais le jour n'était pas suffisant et Ton dut avoir recours à la k
mière d*un rat-de-cave. Il n*est pas besoin de dire que le gonflemen
de toute l'épaule s'opposait absolument à l'abaissement du moignon d
l'épaule, le plexus brachial découvert et attiré en arrière, l'artère fa
recherchée au milieu du tissu cellulaire infiltré de sang. Le tubercul*
de la première côte ne pouvait être senti, les recherches que M. Des
près conduisait avec lenteur furent très-longues, il fallait dénuder l
moins possible les nerfs et les artères pour éviter les fusées pom
lentes et la suppuration de l'anévrysme diffus et la pleurésie purulente
Une autre circonstance rendait cette recherche difficile, c'était la ùd
blesse du battement de l'artère qui était étirée et aplatie sur la pre
mière côte, où on la trouva tout à fait sous le tendon du scaléne anté
rieur. De cette artère partait une artériole diminuée de volume qv
battait cependant et qui paraissait être la scapulaire commune. Il n"^
avait aucun écoulement gênant de sang. L*artère fut alora isolée dan
une très-petite étendue, et elle dut être séparée du tissu cellulair
avec une forte sonde cannelée. Les battements une fois reoon
nus, M. Desprès chargea l'artère avec une aiguille de Deschamps
courbure latérale de dimension ordinaire. L'artère fut chargée, mais i
fut impossible de dégager la pointe de l'aiguille» qui accrochait lei
nerfs. L'aiguille avait une courbure trop grande. M. Desprès, n'ayan
pas d'aiguille à petite courbure telle que celle de M. Trélat, recom
mença avec la même aiguille, qui ne put pas soulever la partie chargée
et il fallut avec une pince aller chercher le fil qui se voyait à peine ai
bout de l'aiguille qui ne pouvait pas remonter. Le talon de l'aiguille e
le manche étaient limités dans leurs mouvements par la clavicule et h
première côte. Lorsque le fil fut placé, on chercha les battement)
et on les sentit faiblement ; mais, comme on les avait sentis avant la li<
gature, le fil fut serré, la plaie pansée avec des bandelettes de dis*
chylum et des compresses d'eau à la température de la salle. L'opéra
tion avait duré une heure.
Immédiatement après l'opération les battements ont disparu. Lf
température du membre est plus basse qiJie celle du côté opposé di
6/iO de degré. Douleurs dans Je bras.
Le 29, la tumeur est dans le même état, battements faibles, bruit di
souffle dans l'anévrysme.
Le 30, température ^fi; battements à la partie antérieure du iNras
La plaie suppure peu, pas de traces d'inflammation.
Le 31, battements plus faibles, température 39°.
Le i« février, l'œdème de la main et de l'avant-bras augmente
fluctuation franche dans la tumeur, battements imperceptibles, tempé-
rature 37»,6. La malade ne se nourrit que de bouillon, depuis son opé-
ration comme avant l'opération,
La malade s'affaiblit toujours et ses lèvres pâlissent, il y a au siège
une petite escharre qui s'agrandit.
SÉANCE DU 13 FÉVRIER. 119
Le 2 février, œdème dur de tout le membre, la tumeur ne change
locyours pas de volume.
Le S, température 39o,2.
Le 4, douleurs continues, température 39®.
Le 5, une grande crise de douleurs semblables à celles qui existaient
avant l'opération.
L'amputation du bras est encore proposée à la malade, qui la refuse.
Le 6, la main et l'avant-bras deviennent insensibles. Phliotènes et
marbrures sur le bras.
La tumeur, examinée, est dure et ne présente plus de battements ni
de souffle qu'à la partie supérieure du bras. La gangrène du bras se
confirme. Etat anémique de plus en plus marqué. Température 38<*,8«
La plaie est toujours en bon état. Il y a eu dans la nuit une crise dou-
loureuse.
Le 1, m^me état.
Le 8 au matin, mort,
A l'autopsie nous avons trouvé une vaste poche pleine de caillots
passifs comprenant Faisselle, l'articulation scapulo-humérale , la
voûte acromiale, la région sous-scapulaire où l'omoplate était à nu ; la
t^ de l'humérus, jusqu^au delà du col chirurgical dénudé, baignait
dans des caillots mous; les artères, les nerfs, les tendons disséqués
traversaient la poche anévrysmale. L'artère axillaire accolée à la paroi
tutérieure de la poche était aplatie comme un ruban. La veine axillaire
Mtourèe de tissu lardacé n'avait plus de veines afférentes et était ré-*
duite à on cordon mince; lès muscles petit pectoral, sus- et sous-épi-
neux et sous-scapulaires étaient arrachés ou aplatis.
■
L'artère axillaire était intacte, le vaisseau blessé était le tronc corn-
mon des circonflexes qui avait été arraché à son origine. U y avait
à œ niveau, en dehors de Tartère, des caillots actifs, trace de Tané-
^^rysme faux consécutif qui avaij existé au début. La thoracique lon-
gue sortait de l'artère axillaire très-près de l'artère arrachée, moins de
S millimètres. Pour donner une idée du volume de la tumeur, il suffira
de dire que post mortem on a retiré de l'anévrysme plus de S litres
et dwm de caillots passifs ; en aucun point il n^y avait de^us.
Dn eôté de la plaie de la ligature, les parties molles étaiént-en ^volë
de réparation , il n'y avait pas de fusées purulentes. Le nerf radial
seul avait été lié, l'artère avait échappé. Elle était dénudée dans une
«tendue de moins de i centimètre, et était située immédiatement au-
dessous du nerf qui lui était intimement accolé.
De cette autopsie on pouvait conclure que le mal primitif était un
épanchement de sang veineux, un thrombus; qu'il e'est formé ensuite
on anévrysme circonscrit; que cet anévrysme ne pouvait se former
^galièrement et qu'il est devenu diffus; que de la sorte l'épanché-
loenl de sang veineux s'est -transformé en un anévrysme difibs;
enfin que, la ligature de Tartère n'ayant pas été faite , la mort «st
survenue avant la rupture de l'anévrysme ou son inflammation, ptr
iâO SOGIÂTÂ DB CHIRURGIE.
une sorte d'anémie aiguë. La moitié du sang de la malade étanl
passé dans son anévrysme, et la nourriture que prenait la malade,
épuisée par les douleurs, étant insuffisante, la gangrène du bras
n'est arrivée^que dans les deux derniers jours de la vie.
La capsule de l'articulation est très-largement déchirée, il a dû
y avoir une luxation de l'épaule au moment de l'accident, mais la
luxation s'est réduite seule à cause de l'étendue de la déchirure
de la capsule.
A ce propos il est bon de remarquer combien les articulations
mutilées ont de tolérance lorsqu'il n'y a pas de plaie aux tégu-
ments.
En dehors de la blessure des artères circonflexes, seules arra-
chées de Taxillaire, dont le tronc était du reste parfaitement sain,
ce qu'il y avait de remarquable dans ce fait, c'était l'accroisse-
ment lent et continu de la tumeur, les alternatives de battements
et de cessation de battements ; le bruit de soufde seul a persisté
tout le temps, et depuis le 25 janvier le maximum du bruit de
souffle existait sur le trajet de Thumérale au-dessous de l'ané-
vrysme et avait disparu dans la tumeur qui soulevait le grand pec*
toral; il était clair que l'anévrysme se remplissait par le bout infé-
rieur. J^avais eu même à ce moment la pensée de faire la ligature
par la méthode de Brasdor sur l'artère humérale. La malade,
épuisée par des crises douloureuses répétées, s'anémiait rapide-
ment et résistait totyours cependant à l'idée de toute opération.
L'autopsie de la tiuneur montre bien que les lésions étaient à peu
près au-dessus des ressources de l'art. Jamais on n'aurait pu obte-
nir la guérison de cet anév^sme difhis alimenté par du sang vei-
neux et par du sang artériel, fourni par 4 collatérales ; il était
impossible d'espérer Toblitération de l'artère axillaire.
Il n'y aurait eu qu'un seul moyen de guérir cette lésion artérielle,
la ligature de l'artère au-dessus et au-dessous de l'arrachement du
tronc commun des artères circonflexes. Pour arriver à faire cette
ligature il eût fallu faire l'amputation du bras, la désarticulation de
l'épaule d'emblée. C'est ce que j'avais proposé à la malade dès le
10 janvier, mais elle s'y est refusée obstinément. Sans doute nous
aurions eu une vaste plaie qui aurait suppuré, et cela eût été très-
grave. Il aurait aussi fallu faire la désarticulation à lambeau pour
avoir de la peau ^ne et du muscle sain, car le grand pectoral
était le seul muscle de la paroi antérieure de l'aisselle à peu prôB
intact.
Si la ligature avait été faite au moment où l'anévrysme avait le
caractère d'un anévrysme faux consécutif, aurions-nous guéri la
malade? Je ne le crois pas; il y avait comme précédent l'observation
de Nélaton, et d'ailleurs les observations que javais consultées.
SÉANCE DU 13 FÉVRIER. 121
ainsi que l'excellent livre de M. Broca^ enseignent qu'il faut attendre
OB laps de temps assez considérable et tenter la compression digi-
tale avant de recourir à une ligature qui expose si souvent à des
kémorrfaagies mortelles.
n y avait encore dans l'histoire clinique de Tanévrysme des con-
tre-indications ; je supposais que les artères déchirées étaient les
dreonflexes ou Tacromio-thoracique, et la ligature de la sous-cla-
vière pour un anévrysme de ce genre eût été à peu près certaine-
meQt ianefficace. Plus tard il y eut anévrysme diffus, œdème du
bras et dilatation des veines sous-cutanées, ce qui, à part l'absence
du ihrill^ faisait soupçonner un anévrysme diffus artérioso-vei-
Qeax:dansce cas, la ligature par la méthode d'Anel était également
conire-indiquée. Si j'ai tenté la ligature, à la fin, dans des conditions
où Â. Qooper, à cause de l'élévation de la clavicule, a renoncé à
faire la ligature de la sous-clavière, c'est que l'œdème de la région
sous-claviculaire n'était pas excessif, et parce que j'espérais retar-
der de si peu que ce soit la ruptm'e de l'anévrysme, en liant avec le
plus de précautions possibles la sous-clavière.
L'opération que j'ai pratiquée complète la série des faits de
Warrenetde Dupuytren. Warren avait lié l'artère avec les nerfs,
timoinla paralysie du bras après l'opération. Dupuytren avait lié
une partie de l'artère avec le nerf. J'ai lié le nerf seul. Y a-t-il
d'autres observations du môme genre? je ne sais; en tout cas, elles
n'ont pas été publiées.
Les précautions que j'avais prises pour faire une ligature qui ne
donnât pas lieu à une hémorrhagie ont été cause de la gène que j'ai
^uvée pour découvrir l'artère et la charger. J'opérais à une
profondeur de 7 centimètres, au moins, et, malgré l'habileté de
mes aides et la lumière d'un rat-de-cave, je ne distinguais que
difficflement le fond de la plaie. Pour éviter de dénuder trop l'ar^
tare, je procédai lentement et sur une très-petite surface. L'artère
< été vue néanmoins, et ce qui nous a échappé, c'est un nerf aplati
stbérent à l'artère aplatie elle-même et étirée comme un ruban
sur la première côte. L'artère a été chargée la première fois et
de a échappé la seconde.
Quand sur dix ligatures dont nous n'avons pas toutes les autop-
sies, on trouve que 3 fois le nerf a été pris dans la ligature , il faut
^ l'on soit bien prévenu de ce fait que la racine du nerf radiul, au
Âoins dans les casd'anévrysmes axillaires, est accolée intimement
. irartère; que le véritable point de repère profond pour lier la
soQs-davière est la recherche et au besoin la dissection du nerf
ildial, et que l'on doit chercher le nerf d'abord et l'artère ensuite
tarie bord du tendon du scalène antérieur.
Un dernier mot encore sur les trois seuls cas de guérison d'un
i2S SOCXÉHÉ DE CHIRURGIE.
ané\Ty6nie difAispar la ligature de la sous-clavière : deux fois Tan
vrysme était ouvert, et il n'y avait pas de tumeur gênante remo
tant fortement la clavicule; les opérateurs se sont trouvés dans l
conditions d*und ligature pratiquée pour une plaie de raisselle,
on sait qu*il y a déjà, sans compter l'observation de M. Panas, i
certain nombre de succès : c*est ce qui ressort de l'article <
M, Lefort dans le Dictionnaire encyclopédique^ où tous les fai
connus à la date de 1867 ont été réunis.
M. Gillette. En écoutant la description de la si intéressante o\
ration exécutée par M. Desprès, j'ai regretté de n'avoii* point e
tendu mettre à profit les indications que donne, dans la ligatu
de la sous-clavière, le tubercule de la première côte. On peut di
que pour lier cette artère profondément placée, c'est certaineme
le meilleur point de repère : car, une fois reconnu, il suffira *
porter Taiguille de Deschamps en avant de la première côte, po
être sûr de charger l'artère.
M. Maurice Perrln. J'attache une grande importance à la p
cherche du tubercule de la première côte, mais je crois que le so
lène antérieur est un point plus net ou plus utile pour se guid
dans la ligature de la sous-clavière que je regarde comme ui
des opérations les phis graves que Ton puisse tenter.
Je ne crois pas, comme l'a dit M. Desprès, que les hémorrhi
gies secondaires tiennent à la manière dont on se sert de
sonde cannelée, elles sont dépendantes des difBcultés de l'opéri
tion. Je voudrais savoir si la gangrène, qui a été notée, s*esi d
veloppée primitivement ou si elle dépendait de la gône de la oi
culation.
Quant au diagnostic de Tartère qui était le siège de l'anévrysm
je crois qu'il était possible de reconnaître que Tartère lésée àsn
être une des artères collatérales de la sous-clavière. Pour l'établ
je me base sur l'intermittence des artères de l'avant-bras. J'ai dé
eu Toccasion de me servir de ce signe pour établir le diagnosi
dans un cas analogue.
Un officier reçut un coup de feu dans l'aisselle, le trajet du pr
jectile était juste dans la direction de l'artère, et le blessé avi
perdu une grande quantité dé sang au moment de la blessure.
Lorsque je pus examiner cet homme, le sang était arrêté et
n*y avait pas de battements du pouls ; comme il n'y avait pas m
gencej'attendis et je vis réapparaître le pouls, qui disparut de noi
veau pour réapparaître ensuite. Cette intermittence me fit penai
que la blessure avait pour siège une des artères collatérales *
que l'épanchement du sang produisait la compression de l'artèi
principale qui suspendait les battements.
SÉANCK DU 13 FÉVRIER. 123
Aa bout de quelques jours la cicatrisation se produisit et les
battements artériels revinrent réguliers après un mois.
H. Farabœuf. Je crois que la narration que vient de faire
M. Desprès est bien la preuve du peu de service que donne l'œil
comparativement à celui que donne le doigt dans les ligatures.
Le premier point dans la ligature de la sous-clavière est de
placer son malade dans de bonnes conditions du jour, puis, cher-
chant sur le côté sain le point d'émergence de l'artère, entre les
scalènes, on peut avec des mensurations trouver le point cor-
respondant sur le côté malade.
Après avoir incisé sur le point indiqué, on porte le doigt pour
reconnaître le tubercule delà 1*^ côte et le tendon du scalène qui
forme une corde, puis, en arrière, on trouve un creux, au fond
duquel on sentira une lanière, plus épaisse aux bords qu'au mi-
lieu, qui s'aplatit sur la 1** côte, c'est l'artère sous-clavière. Pour
la saisir j'emploie, non l'aiguille courbe de Deschamps, mais une
aiguille droite que je conduis derrière mon doigt jusqu'à ce que
j'éprouve la sensation de la côte, sensation de dureté très-carac-
téristique; puis, dirigeant le bec de l'aiguille en avant , l'artère se
charge d'elle-même.
H. T. ÂiiGER. J'ai été frappé, dans le fait de M. Desprès, de la
facilité aveclaquelle s'est effectuée la rupture de l'artère. Il est rare
<le voir une simple traction produire semblable lésion lorsque l'ar-
tère est saine.
tTai eu dans mon service un homme de 54 ans, buveur, qui
8'était luxé l'humérus, avec fracture de la tète ; je voulus réduire
la luxation par la traction faite avec un caoutchouc, mais il se
produisit une sensation de déchirure avec apparition d'une tumeur
pdsatile qui, en quelques minutes, présenta le volume d'une man-
dariiie»Les signes ne pouvaient laisser aucun doute sur le diagnos-
tic d'une rupture artérielle que je crus pouvoir localiser à l'artère
circonflexe.
La guérison s'obtint, avec de la compression et de l'immobilité,
6D 15 jours ; je fus sur le point d'opérer, mais le souvenir d'un fait
analogue observé dans le service de M. Nélaton, guéri spontané-
menty m'engagea à ne pas intervenir.
M. TiLLAUx. L'opération a été bien exécutée, puisque M. Des-
près a vu et saisi l'artère ; le point défectueux a consisté dans Ta-
btndon de l'artère, puisqu'on voulant charger l'aiguille il a pris
OD nerf. Cette confusion est tellement à craindre dans la ligature
delà sous-clavière, que je me souviens avoii* entendu Malgaigne
donner le conseil, après avoir passé le fil sous le cordon que Ton
124 SOCléTÉ DE CHIRURGIE.
pense être l'artère, de le piquer pour être certain par la sortie du
sang que l'on tient exactement Tartère.
M. Terrier. J'ai fait, sur le vivant, une ligature de la sous-cla-
vière et je sais combien cette opération est difficile. Je puis dire
qu'on est fort embarrassé et que l'on opère comme on peut.
Le malade que j'ai opéré avait un anévrysme diffus très-consi-
sidérable, aussi l'épaule était-elle excessivement soulevée et l'ar-
tère se trouvait à une profondeur de 6 centimètres. Gomme
M. Desprès, j'ai trouvé des nerfs qui m'ont rendu très-difficile la
dénudation de l'artère, et même, après avoir reconnu le tendoii
du scalène antérieur^ si je m'étais contenté de suivre les indica-
tions données par M. Farabœuf, j'aurais pris, non pas l'artère,
mais, sûrement, le nerf.
J'ai dénudé avec grand soin l'artère, et M. le professeur Le
Fort, qui voulait bien m'assister, a pu saisir avec un petit tenaculun
droit, l'artère, dont on sentait et dont on voyait les battements. Le
malade a guéri.
M. Desprâs. Lorsque j'ai voulu faire la compression digitale,
j'avais recherché le tubercule de la 1" côte sans avoir jamais pu
le sentir, l'épaisseur des téguments s'y opposant ; lorsque l'inci-
sion a été faite, je n'ai pas été plus heureux et j'ai dû me guider
sur le tendon du scalène. C'est en me basant sur ce tendon que j'ai
pu découvrir l'artère, dont la recherche a été excessivement diffi-
cile, à cause de sa situation à la partie inférieure ; je l'ai saisie,
mais j'ai eu le tort de l'abandonner; aussi, pour éviter un sembla-
ble accident, j'emploierai, si je refais cette opération, l'instrument
proposé par M. Trélat.
Si je n'avais pas abandonné l'artèrej'aurais compris dans la liga-
ture le nerf radial qui était accolé à l'artère, car je crois qu'A
était impossible de le distinguer et de le séparer.
A l'amphithéâtre, la ligature est facile, on peut bien reconnaître
tous les points de repère, écarter ce paquet nerveux ; mais sur le
vivant, avec un anévrysme qui change les rapports, il en est tout
autrement.
La sensation de lanière dont parle M. Farabœuf est bien diffé-
rente sur le vivant, et je crois que, dans ce cas, il faut attendre que
la plaie soit à sec : car, alors, on peut distinguer la coloration jau-
nâtre de l'artère.
La gangrène a été produite par la gêne de la circulation, qu*O0K
casionnait la formation de caillots, et par le mauvais état de la
malade.
L'opéré de M. Terrier a eu une hémorrhagie consécutive, qui a
SÉANCE DU 20 FÉVRIER. 125
teou aux dégâts qu'il a fallu faire pour lier l'artère, et c'est cela
que j'avais voulu éviter.
Présentation de malades.
M. Desprès présente un malade atteint de paralysie des muscles
de l'abdomen et du rachis simulant une coxalgie double.
La séance est levée à 5 h. 40 m.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
Séance du 20 février 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
C!arrespondanee.
La correspondance comprend :
^ Les journaux périodiques de la province et de Paris ;
Les Archives de médecine navale;
hd Bulletin général de thérapeutique;
Les Annales de gynécologie;
!• Le Bordeaux médical^ la Gazette médicale de Bordeaux, le
Lyon médicale
S* Une brochure intitulée : Le pansement d* Alphonse Guérin à
k Société royale des sciences médicales de Lisbonne;
Discours de M. le professeur Barbosa;
Centralblatt fur Chirurgie^ la Chronique médico-chirurgicale
é k Havane ;
La Gazette de santé militaire de Madrid; Lehrbuch der Chi-
tfirgie und Opérations lehre, von D' Edouard Albert de Vienne ;
Britisb médical Journal, la Gazette médicale Italienne Lom-
barde.
4« Le XXVni" volume des Transactions de la Société patho-
logique de Londres.
126 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
5® Note sur la fièvre symptomatique des néoplasmes^ par M. Vei
neuil suivie d'un extrait du travail de M. le professeur Esttandêi
sur la température des sarcomes.
6*» Une lettre de M. Marjolin qui, appelé pour un accident, s'ex
cuse de ne pouvoir assister à la séance.
7*» Une thèse intitulée : Du pronostic des fractures compliquée^
traitées par la méthode antiseptique,
8o Un travail de M. le D' Guyon, sur les troubles digestifs sigjm
lés chez les urinaires^
A l'occasion de la présentation faite par M. Verneuil de la thè»
de M. Vitu : Sur le pronostic des fractures compliquées traitée
par la méthode antiseptique, MM. Boinet et Desprès disent qu'il
se réservent de présenter à la Société une série d'observations d
fractures compliquées, guéries sans avoir eu recours au pansa
ment antiseptique, dont ils ne reconnaissent nullement la supé-
riorité.
A l'occasion du procès- verbal, M. Périer demande la parole :
J'ai l'honneur de vous soumettre, ainsi que je m'y étais engagé
la discussion de l'articulation scapulo-humérale que j'ai présenté(
dans la dernière séance. Vous vous souvenez que, pour expliquai
l'instabilité de la réduction, M. Houël pensait à une fracture di
soui'cil postérieur de la cavité glénoîde, fracture que je ne croyais
pas pouvoir admettre.
Par un trait de scie qui longe le bord inférieur de Tépine d(
l'omoplate, j'ai séparé la cavité glénoîde en deux parties à peajurèi
égales.
Ce qui frappe de suite, c'est que la tête de l'humérus a été, conmM
la cavité, profondément modifiée dans sa forme et dans sa struc-
ture, mais les lésions, loin de porter sur la partie postérieure, ces-
sent sur la partie antérieure. Le quart antérieur de la sphère a
disparu , et n'est plus représenté que par un bourrelet osseui
mamelonné, situé à un niveau bien inférieur, environ 6 millimè-
tres, et séparé de la portion intacte par une gouttière très-accen-
tuée, qui pendant la luxation s'adapte exactement à l'angle saillant
que la cavité glénoîde forme à l'endroit où elle est interrompue.
Toute cette portion antérieure de la têtehumérale est dépourvue de
cartilage et recouverte d'une membrane lisse, qui glisse facilement
sur l'os sous-jacent et dont la minceur laisse voir la couleur rosée
des parties qu'elle recouvre, Le cartilage diarthrodial est inter»
rompu brusquement et semble avoir été soumis à une section
linéaire d'une parfaite régularité.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER. ISl
Sur la coupe de la cavité glénoïde, on voit que le cartilage diar-
throdial est coupé aussi nettement; la lame compacte de la peau
postérieure de l'omoplate se prolonge jusqu'à la surface giénoï-
dienne^ au point même où cesse le cartilage ; mais cette lame porte
une saillie osseusse de forme prismatique et faisant un relief d'un
centimètre environ. Son sommet, déjeté en arrière et en dedans,
donne insertion à la capsule; sa face antérieure, qui représente une
cavité de nouvelle formation, est recouverte jusqu'à la cavité glé-
noîde, d'un tissu fibreux assez épais ; enfin, dans l'épaisseur de la
capsule près de son insertion, existe un petit noyau osseux mobile.
La sur&ce interne de la synoviale est couverte de franges et de
végétations.
J*ai soumis la pièce à l'examen de M. Houël, qui croit toujours à
Texistence d'une iractm*e ancienne; je ne suis pas très-convaincu
et je vois plus là les traces de pressions énergiques. Je n'ai pas
trouvé dans l'histoire de cette fille les preuves de fractures ou de
blessures de l'épaule, et je crois que cet accident aurait été noté
lorsque cette femme est entrée pour des attaques d'épilepsie sur-
venues à la suite d'une tentative de viol. N'ayant aucun renseigne-
ment, il faut donc chercher une explication dans l'examen de la
pièce. Or, ce n'est pas très-facile.
Haigaigne, en étudiant les altérations produites dans les luxa-
tions ancieones, dit que certains auteurs, Thomson entre autres,
ont pris ces déformations pour des fractures; cependant il pense
((ue la méprise ne devrait pas être commune, si on étudie les carac-
tères différents de ces deux lésions.
Dans son Atlas, planche XXi, figure 4, il représente une coupe
de cavité glénoîde prise sur une luxation ancienne non réduite,
que l'on croirait copiée sur notre pièce, si ce n'est que la luxation
est en avant. Dans la planche XXII, figure 4, se trouve une frac-
taie de la cavité glénoîde, mais la partie détachée s'est soudée à
fomoplate dans une situation déclive par l'intermédiaire d'un cal
q)prédable, et de plus, la cavité articulaire est parsemée de dé-
bis de cartilages, l'aspect diffère complètement de celui d'une
Igure précédente.
Si on compare ici la cavité glénoîde et la tête humérale, on voit
que les lésions sont incontestablement de même nature, et M. Houël,
(pu le reconnaît, croit que la tête humérale a été fracturée comme
b cavité glénoîde, bien qu'en un point diamétralement opposé.
Je crois la fracture humérale moins admissible que celle de To-
inoplate» et l'identité des lésions me semble un argument puissant
contre la thèse de mon honorable contradicteur.
Je persiste donc avoir là un effet des pressions fréquentes et
prolongées auxquelles les parties ont été réciproquement soumises
128 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIE.
lors des attaques si nombreuses d'épilepsie, pendant lesquelles L
rotation de Thumérus en dedans était portée à son maximum, avei
toute rénergie que possèdent des muscles convulsés. Il en est ré-
sulté une usure des parties, puis la formation d'une nouvelle cavité
absolument comme dans les luxations anciennes non réduites. Les
modifications se sont faites peu à peu et, lorsqu'elles ont eu atteint
un certain degré, la tête humérale a eu plus de tendance à 8éjou^
ner dans la nouvelle cavité que dans Tancienne, et c'est ainsi que
la réduction est devenue instable.
M. HouEL. Je n'hésite pas à considérer, ainsi que je le disais dans
la dernière séance, la pièce de M. Périer comme un exemple de
fracture du sourcil postérieur de la cavité glénoîde. Les deux
fragments se sont consolidés sur la face externe, et il existe un
point opaque où s'est, pour ainsi dire, greffé le fragment.
Pour appuyer mon opinion, je disais que cette fracture était trô»
fréquente dans la luxation sous-coracoïdienne ; j'apporte aigour-
d'hui une pièce du musée Dupuytren qui permettra d'examiner te
genre de fracture dont je parle. On voit en effet une fracture an
sourcil antérieur de la cavité glénoîde qui est venue se placer et sa
consolider avec la face interne de l'omoplate. La fracture qui existe
dans la pièce de M. Périer est très-ancienne, elle date de 8 ou 4 ans
au moins, et c'est un exemple de fracture du pourtour glénoldien,
fracture qui se consolide très-bien.
M. PÉRIER. Les lésions que j'ai décrites sur ma pièce ne sont nul-
lement comparables à celles que nous a présentées M. Houêl, et
surtout, j'affirme qu'il n'y a pas de fracture de la tète humérale
indispensable pour expliquer les lésions que j'ai constatées sur ma
pièce.
M. le président annonce à la Société la perte qu'elle vient de
faire en la personne de M. Voillemier, membre honoraire. M. le
président i*appelle en quelques mots les principaux travaux de
M. Voillemier, dont il constate toute la haute valeur chirurgicale*
M. le président annonce que MM. Gras, Védrènes et Gaujot,
membres correspondants, assistent à la séance.
CoiiiBi«nlcalloiis.
M. Maurice Perrui lit un mémoire sur : Les fractures da crâiw
par contre -coup.
De tout temps on a cru que, sous Taction de violences exté*
SÉANCE DU 20 FÉVRIRR. 129
— ^^^^^^^— -^i— ^^^— ^.^— ^^— ^— ^— ^— ^^— ^^^-ii^-^-^— ^^■— i^^— ^— ^^■"^"■^■^■"■^^^■^■~^^'^~^^"^'~~^""»— «
mares, supérieures à sa résistance, le crftne se brisait, tantôt
directement au niveau du point ou de la surface qui avait supporté
Je choc, tantôt indirectement ou, comme on dit, par contre-coup^
dans un langage peu correct, en un lieu plus ou moins éloigné.
Peu (ie doctrines en chirurgie semblaient aussi bien établies
que cette pathogénie des fractures du crarie : aussi, malgré quel-
ques opinions dissidentes, les nombreux travaux suscités par cette
question eurent-ils moins pour objet d'en démontrer la réalité que
d'en étudier les variétés ou d'en déterminer le mécanisme à Taidc
de démonstrations physico-mécaniques parfois plus brillantes que
solides.
Mais, depuis un certain temps, Texistence de fractures par
contre-coup a été très-sérieusement contestée. Aujourd'hui, on
croit i)eu à leur réalité. Parmi les chirurgiens : les uns, et c'est le
plus grand nombre, les rejettent, sauf de très-rares exceptions,
commodes faits mal observés ou mal interprétés; les autres, sans
se prononcer aussi affirmativement, restent dans le doute.
Ce revirement dans les idées nous paraît devoir être attribué
en grande partie aux résultats négatifs fournis par l'expérimen-
tation.
Des observateurs habiles, et en premier lieu Aran, ayant in-
stitué des expériences sur le cadavre pour éclaircir cette question,
ne purent obtenir que des fractures directes. (Recherches sur les
(raclures de la base du crâne. Archives de médecine^ 4» série,
t. VI, p. 188.)
Le hasard m'ayant fourni l'occasion de voir se produire sons
mes yeux, chez un vieillard, une fracture du crâne qui présentait
après la mort les caractères d'une fracture indirecte, je pris le
parti de rechercher s'il ne s*était pas glissé dans le mode d'expé-
rimentation quelque condition défectueuse qui fût de nature à en
invalider les résultats, et j'utilisai pour cela, il y a longtemps
déjà, les copieuses ressources de l'amphithéâtre du Val-de-Grâce.
Jusqu'alors, pour briser le crâne, on avait eu recours, soit à des
perçassions avec des marteaux lourds et volumineux connus sous
le nom de masses de fer, soit à des précipitations de la tète dé-
collée ou du corps entier sur des dalles nues. Théoriquement,
cette manière de faire est très-peu favorable à la dissémination
te effets du choc et par conséquent à la production d'effets indi-
rects, parce que la force mise en jeu est trop violente et parce
qu'elle est appliquée sur uo^ surface trop circonscrite.
Tout serait pour le mieux* s'il s'agissait d'obtenir des fractures
directes; mais tout est défectueux si Ton veut étudier la propa-
gation à distance de l'action du choc, puisque ces deux résultats
sont en raison inverse l'un de l'autre.
■nx. KT m6m. di la soc. db chib. 9
Guidé par ce principe, j^ai obangé le raode d'expérhnentation i
interposant entre la tarée et la rôsietaBee, tantôt un ooussin, tani
une lame de caoutchouc. Par oette simple a^jonetien^ j'augmente
la ré&ietance et retendue de la paroi heurtée, j'opposais v
obstacle à la production des fractures directes et je favorisais: a
contraire la propagation des effets du choc à toute la boîte en
nienne. Cette précaution, indispensable, je crois, pour étucUi
avec fruit la question qui nous occupe, présente encore oet avan
tage de réaliser autanl que possible les conditions les plus haU
tuelles dans lesquelles surviennent les acddents pendant la vi<
Bien souvent, en effet, l'intensité du choc est atténuée, tantôt pi
rinterposition de quelque corps étranger, tel que coiffure ou pièc
de vôtement, tantôt par un sol moins iurutal qu'une dalle de pieei
nue praeque toujours, enfin par des contractions musculaires in
stincUvest et la toaicité organique.
Dans mes expériences, le coussin, fait de ouate, éUil fixé si
la portion du crâne qui devait supporter le choc; ou bien il sem
à matelasser, soit l'instrument vulnérant, soit la dalle sur laquetl
devait avoir lieu la précipitalioii.
J'ai eu recours, tantôt à des précipitations d'une hauteur d
2 mètres à 2 mâtres 1/2, tantôt à des percussions avec des masas
de fer ou de bois préalablement matelassées.
Afin qu*ii ne se glisse aucune erreur dans la détwmination d
la surface qui supportait le choc, je prenais les précautions soi
vantes : quand le coussin était fixé sur le crâne, j'en marquai
exactement la place par de petits traits de scie ; quand il éta
disposé sur la dalle» je le saupoudrais de couleur rouge puivém
lent, laquelle en s'impriment sur le cuir chevelu rasé au préalabJ
marquait rigoureusement la limite de la partie qui avait toueh
le sol.
Je dois dire de suite que \m percussions ne m'ont jamais dcan
que dea fracturea directes.
Avec les précipitations» au contraire, lea fractures indireoN
furent Ij^s plus communes dans oertaines régions du crâne.
J'ai rhonneur de mettre sous les yeux de la Société de chtrurgi
les principaur types que j'ai obtenus..
I'* Rxp. Chop sur le sommet de la tête, — Fracture du corps d
sphénoïde. Disjonction de la suture fronto-pariétale et sphéno-tempc
raie du côté gauche. Sujet de 27 ans. Tôte décollée. Coussin fixé sa
le sommet de la tète dan» l'étendue marquée sur la pièce. TYois préei
pitatiotts sur des dalles en pierre d'une hauteur de 2*,6(>. Disjom
tioa des sutures fronto«^pariélale, sphéne-temporaie et sygomato^ma
laire du (Me gauche. Cette difijonetton située tout entière en dehof
de la surface vulnérée, est d'autant plaa nuurquéo que Ton s'éloign
SBAMGB DU 20 FÉVRIER. i31
dtftntage du sommet de là tète : elle aboutit au trou déchirô anté-
ridor, où elle ae compliqve d'un petit trait de fracture qui détaohe Té-
inae aphénoîdele. Fraeture de la lame vitrée du ^hénoïde, traversant
•bliqnement le eorps de cet os pour aboutir à la lame criblée de l'eth-
moidek Longue fêlure de la table interne intéressant le frontal et
le pariétal gauche. Elle coupe perpendiculairement à 3 centimètres de
la ligne médiane; suture légèrement diggointe qui réunit ces deux os.
Cette fêlure empiète par sa partie moyenne sur une petite partie de la
florfaea qui a supporté le choc. Elle parait indépendante et de la dis-
jonction des sutures et du trait de fracture.
Il* Exp. Choc sar le sommet de la tête. — Fracture traversant les
troîB étages de la base (Ui orAne ; fracture du maxillaire supérieur
droit; fêlure indépendante de la table interne. Sujet de 20 ans. Tête
décollée. Nfême coussin sur le sommet de la tête, occupant la surface
marquée sur la pièce. Une précipitation sur des dalles en pierre, d*uiie
hntear de â",00. Fracture du frontal commençant par un trait peu
marqué à plus d'un centimètre en avant de la limite de la surface per-
cutée, se dirigeant vers Tarcade sourcilière gauche passant par le trou
sus^orbitaire. Le trait de fracture traverse la paroi interne de l'or-
bili^dB brisant Tungiais et Tos plénum en esquilles, puis la lame carrée
<la8phéaoide et aboutit à la fente sphénoïdale en contournant le^u
«pti^ droit. La fracture poursuit sa route de gauche à droite ei d'a-
vant en arrière au delà de la fente sphénoïdale. Elle traverse la base
de la grandi! aUe droite du sphénoïde, puis le rocher presque perpen-
<iicolairemeal à son axe. Un second trait de fracture que l'on peut
faire partir de la fente sphénoïdale droite coupe par sa base la tubé-
roeité malaire du maxillaire supérieur du môme côté et se perd par
«leiUL lignes presque imperceptibles dans la base de l'apophyse mon-
^aate. Plusieurs fêlures de la table interne existent également. Nous
Qoua bornerons à signaler oelle qui, partant de l'extrémité supérieure
et anlérieure de la fracture principale, aboutit à l'apophyse crista-
giUi en passant au niveau du sinus frontal gauche.
Dans un certain nombre d'expériences nous avons cherché à déter-
nûaer l'infloenee que pouvait exercer la masse du corps sur les effets
<le la chute. Nous avons à cet effet placé des poids variables de sable ou
de terre au niveau du tron oceipîtal avant la précipitation. IjCs résul-
tats n'ont paSété modifiés ainsi qu'on peut s'en assurer dans l'exemple
avivant.
Ili' Exp. Chaie sur Je sommée de la tête. — FracHivo esquilleuse de
l'occipital. Sujel deââ ans. Tête décollée. Saohet de sable du poids de
2 kilogrammes, fixé sur le trou occipital. Même coussin fixé sur le
«MMnal de la tète et couvrant la surface marquée sur la pièces Une
préeipitatien sur des daUee eu pierre d'une hauteur de S mètres.
Ufire diejenctson de la sulu^e inter-pariétale en arrière de la sur-
face percutée. Fracture commençant au niveau- de la suture ocoipito-
pviétale gauebe qui est légèrement écartée ; elle oeoupe toute la* hau-
^del^oeoif^iM, passe en dehors du oondyle ocoâpitel gauche et se
133 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIR.
termine à rextrémilc postérieure du golfe de la veine jugulaire corres-
pondante. Un second trait de fracture s*embranchant sur le trait prin-
cipal, à 2 centimètres au-dessous de la ligne courbe supérieure, se
dirige en s'atténuant vers le condyle occipital et circonscrit une longue
esquille divisée en deux fragments : l'un antérieur tout à fait détaché
et absent, et l'autre postérieur et adhérent.
IV* Exp. Chocs sur la partie postérieure dos pariétaux et supé-
rieure de roccipitaL — Fracture de la face antérieure et inférieure du
frontal produite par une chute sur la région occipito-parlétale. Sujet
de 23 ans. Sujet de 32 ans. Tète décollée. Une précipitation d*une
hauteur de 3"S60 sur des dalles munies d'un coussin recouvert d'une
feuille de papier enduite de couleur rouge. Le choc porte sur la région
occipito-pariétale dans Tétendue marquée sur la pièce. Disjonction
légère des deux parties du frontal dans toute leur étendue. A 4 cen-
timètres de l'épine nasale s'embranchent, sur la suturo disjointe, deux
traits de fractures obliques. L'un vient se perdre vers l'apophyse
orbitaire du côté gauche et Tautre aboutit au trou sus-orbitaire du
côté droit.
V® Exp. Choc sur la région occipito-pariétale. — Sujet de 28 ans.
Sutures plus seiTées. Tête décollée. Deux précipitations d'une hauteur
de 2"™, 60 sur des dalles recouvertes d'une lame de caoutchouc enduite
de couleur rouge. Le choc a porté sur une surface de 4 centimètres
de diamètre au niveau de la suture lambdoïde. Disjonction de la su-
ture fronto-pariétale droite tandis que la suture inter-pariétale est
tout à fait intacte. Le premier trait de fracture partant de la suture
fronto-pariétale droite à 6 centimètres de la ligne médiane, descen-
dant verticalement dans la fosse temporale droite et s'épuisant dans
la portion écailleuse du temporal par deux traits distincts, Tun posté-
rieur qui se dirige vers le conduit auditif; l'autre antérieur qui abou-
tit à la partie postérieure de l'arcade zygomatique. On remarque aussi
une seconde fracture qui s^embranche sur la suture fronto-pariétale
gauche et se perd dans l'épaisseur du pariétal. Cette fracture se con-
tinue par une fêlure de la table interne qui se dirige en arrière et se
perd à 4 centimètres du point le plus antérieur qui a supporté le choe.
VI<^ Exp. Chocs sur la protubérance occipitale externe. — Fractures
multiples toutes indépendantes et situées plus ou moins loin de la
surface qui a supporté le choc: 1° De Toccipital dans le voisinage des
condyles ; 3<* de Tapophyse basilaire ; ^^ de la selle turlique. Sujet de
35 ans. Tète décollée. Rondelle en caoutchouc fixée au niveau de la
protubérance occipitale et couvrant la surface marquée sur la pièce.
Une précipitation sur des dalles nues d'une hauteur de 3'**,60. Traits de
fractures multiples, peu accusés et complétemenit indépendants les uns
des autres. Ils affectent les dispositions suivantes : 1® Un premier
commence à la face interne du condyle occipital gauche et s'épuise à
17 millimètres de la surface percutée; 3« un deuxième se dirige du
golfe de la veine jugulaire droite vers Textrémité postérieure du con-
dyle occipital correspondant et se perd dans le pourtour du trou ocei-
SÉANCK DU 20 FÉVRIER. Id^)
pital; 3** un troisième occupe le fond de la fosse occipitale gauche.
Chacaa de ces traits de fracture se prolonge par des fissures de la
table interne qui se croisent dans diverses directions ; A^ une qua-
trième fracture divise la lame vitrée de Tapophyse basilaire dans le
gens antéro-postérieur.
Des résultats obtenus par la voie expérimentale, je crois pouvoir
déduire les propositions suivantes :
l' On peut produire artificiellement deux espèces distinctes de
fractures du crâne : les unes directes ; les autres indirectes, dites
aussi par contre-coup. Ces dernières ont pour siège tantôt un os
voisin, tantôt le point diamétralement opposé, tantôt la voûte ; tan-
tôt la base du crâne.
2* Ces deux espèces ne peuvent être considérées. Tune, la pre-
mière, comme la règle et Tautre comme une rare exception : leur
fréquence relative est déterminée par la fréqueuce même des con-
ditions favorables à leur production. C*est ainsi qu'à la suite des
chocs sur le vertex et sur l'occiput, les fractures par contre-coup
ootétéia règle, et les fractures directes de rares exceptions, tandis
que les chocs sur le front, les pariétaux, les tempes ne donnent
guère que des fractures directes.
8« La condition générale favorable à la production des contre-
coups déjà présentée par Saucerotte, Sabourant, et mieux définie
par £oyer, peut se formuler de la façon suivante : il faut que la
surface percutée possède une force de cohésion, suffisante pour
résister, et supérieure à celle d'autres points de la boîte crânienne.
Cette force de résistance peut tenir soit à l'épaisseur même de la
paroi osseuse, soit à la brièveté de son rayon de courbure, soit à
l'étendue de la surface heurtée, soit à l'interposition d'un corps
étranger élastique entre la force et la résistance.
4* Les effets des chutes sur le crâne sont variables suivant leur
siège. La surface la plus exposée aux effets indirects est limitée
par une ligne qui, passant en avant par les bosses frontales,
aboutit en arrière à la protubérance occipitale, en longeant laté-
ralement les limites supérieures de la région temporale.
0* Contrairement à l'assertion de Aran, les fractures de la base
du crâne intéressent souvent plusieurs étages ou régions de cette
base.
^ Les sutures, indispensables au développement organique,
sont une cause d'affaiblissement dans le degré de résistance du
crâne : elles représentent des points faibles au niveau desquels
commence souvent la solution de continuité sous la forme d'une
^hiscence qui se continue par un ou plusieurs traits de fracture.
Il en est ainsi sur plusieurs des pièces mises sous les yeux de la
Société.
134 80GliTé DE GlURUIt&im.
V La soudure des sutures, qui transforme la voûte du crâne ei
une seule pièce osseuse, augmente considérablement sa résistance
Dans les nombreuses expériences que j'ai faites sur des sujets de
deux sexes de 20 à 60 ans, j'ai constaté qu'il fallait une plus grand
force chez le vieillard que chez le jeune homme pour produire un
fracture.
8° Je n'ai jamais pu obtenir de fracture par contre-coup che
les sujets dont les sutures étaient soudées.
9*" Ainsi que la remarque en a été déjà faîte, le crâne ne possèd
ni une régularité de forme ni une homogénéité de structure qi
permette de déterminer a priori le siège, la direction et l'étendu
des effets produits d'après le point et le mode d'application de 1
puissance vulnérante. En nous plaçant dans des conditions iden
tiques en apparence, nous obtenions tantôt des fractures anSérc
postérieures, tantôt obliques ou transversales; tantôt rapprochée
du siège du choc, tantôt situées à i'oppo6ite, sans qu'ils nous a
été possible le plus souvent de trouver la raison de ces différence]
Tout ce qu'on peut dire, c'est que le crâne représente une vasi
paroi susceptible d'être mise en vibration, très-irrégulièremei
courbe, d'une résistance fort inégale et décomposable en une sén
de points forts qui sont respectés et une série de points faibles p<
lesquels passe le trait de fracture. Les sutures, les fentes, U
trous, les echancrures, les sillons servent à jalonner la route hfl
bituelle de la solution de continuité.
Discu^ioo^
M. Dbsprès. J'ai écouté avec grand intérêt la communication d
M. Perrin, dont les expériences ne peuvent pas laisser de doute
sur l'existence des fractures par contre-coup, mais je ne les oroi
pas suffisantes pour renverser les opinions qui ont été soutenue
par Aran. J'ai souvent pu observer des individus atteints d^un
double fracture, une au point touché, l'autre à la base, aussi j
pense qu'il est nécessaire de faire une distinction pour les ft^ac
tures qui se produisent comme l'a indiqué Aran.
M. Perrin. Le mode de procéder par percussion ne m'a donn
que des fractures directes, ^ussi ai-je changé le mode d'expér
mentation qui m'a conduit à des conclusions qui sont en opppsitio
avec des idées soutenues depuis quelques années.
M. DuPLAY. Je me suis beaucoup occupé de cette question <
j'étais arrivé à admettre que si les fractures par contre-coup soi
rares, elles ne peuvent pas être mises en doute. Si je prends la pa
rôle, ce n'est donc pas pour infirmer les opinions de M. Perrin, mai
sÉAKini MT 20 fAtribr. 185
pour faire «vbsenrer que parmi les pièces qm nou*» ont été présen-
tées, il y on a une qui paraitt rentrer dconi to genre- de fracture dont
le iBécaittsme a été exposé par MM. Chauvel et Berchon. Je veux
parler de renfoncement de la base du crâne produit par la pros-
ma sur ks condyles oooîpitaux par Pintennédiaire de la colonne
vertébrale.
H. HouËL. En me basant sur la collection de crânes qui a
serv'i aux expériences dé Dolbeau et de Ml Fellzet, collection que
possède le musée Dupuytren, je ne croîs pas que les pièces qui
Dous ont été présentées par M. Perrin, puissent être considérées
comme des fractures par contre-coup. Je crois qu'il serait indis-
pensable de s'entendre sui* ce que Ton doit appeler par fracture
par contre-coup, car je ne puis considérer comme fracture par
contre-coup les fractures que vient de nous montrer M. Perrin
et qui sont à 3 ou 4 centimètres du choc, pour moi ce sont des
fractures directes.
M. Sée. Je désire mentioimer im appareil dont je me sers pour
faire des recherches sur les fractm*es du crâne. Cet appareil se
compose de deux montants auxquels sont adaptées des vis que Ton
peut aeiver a volonté en graduant parfaitement la force de la
piessioD. J'ai pu obtaûr ainsi des fractures de la base indépen-
dantes de kl voûte, mAîa je ne suis pas encore arrivé a des résul-
tats aseez positifs pour les exposer, je voulais seulement indiquer
le procédé que j'emploie.
M. TiLLAux. Je ne veux qu'appeler l'attention sur un des résul-
tats de M. Perrin qui renverse les faits que j*ai observés. M. Per-
rin nous a dit que siur les crânes de vieillards où la synosthose
existait, les fractures élaient plus difficiles à produire que siu* les
crtees où les sutures existaient. D'après ce que j'ai vu, je croyais
au contraire qne le crâne du vieillard se fracturait hïea plus faoile-
ment que le crâne du jeune homme.
hL Maumce Perruv. Je ne crois pas possible de rapprocher ma
pièce des fractures produites par le procédé que vient de rappeler
M. Duplay ; la tête dont je me suis servi était dénudée, sé|>arée
de la colonne vertébrale, ta les 2 kilogranmies qui y étaient ajou-
tés ne peuvent pas se comparer au poids du corps.
Comme M. Houêl, je crois qu'il est indispensable de bien poser
ce que l'on doit considérer comme fracture par contre-coup; pour
moi, c'est la fracture produite en dehors du point frappé.
Ainsi, sur une de mes pièces, la fracture est très-grande et com-
prend une région très-éloigaée du point qui a reçu le coup ; mais,
comme un des traits de la fracture passe au jMunt frappé, M« Houël
id6 80CIKTÉ I)K CUIRUROIK.
la considère comme fracture directe. Je ne puis admettre celte
opinion : Teffet s*est produit, dans ce cas, à une certaine distance
du coup, et c*est pour mtoi la caractéristique de la fracture par
contre-coup.
Je répondrai à M. Tillaux que, comme lui, j'ai été très-étonoé
de mes résultats, mais, comme sur une série de trente expériences
faites avec des crânes de vieillards je n*ai jamais pu obtenir que
des fractures directes, j'ai cru pouvoir en conclure que les frac-
tures du crâne étaient moins faciles chez les vieillards.
M. Gras, membre correspondant, donne lecture de trois obser-
vations relatives au traitement des plaies de Turèthre.
Oiis. 1. — Chute à califourchon. Rupture complète de J'urèthro entre
deux rétrécissements anciens, — Incision médiane suivie d*uréthro^
tomie interne, — Sonde a demeure, — Guérison rapide.
(Cette observation est présentée en collaboration avec mon coUègue
M. Auffret, médecin-professeur do la marine.)
Bourv... (Louis), maître charpentier, pesant 85 kilogrammes, 41 ans,
tombe à califourchon sur le bord d*un panneau ouvei*t, le 23 juillet
1871, à 10 heures du matin. Une hémorrhagie abondante survient im-
médiatement et s'arrête spontanément au bout de quelques secondes.
Quand le blessé essaie d'uriner, la rétention d'urine est complète.
On le transporte à l'hôpital de la marine, où M. Auffret essaie en
vain de pratiquer le cathétérisme. Ce sous-officier est atteint depuis
plusieurs années de rétrécissement blennorhagique assez serré. A
7 centimètres du méat on constate un rétrécissement laissant à peine
passer une bougie n® 7, puis la bougie s'enfonce vers le périnée ef
bute sans arriver dans la vessie. Chaque tentative d'introduction est
suivie de l'issue d'une certaine quantité de sang.
Dans la soirée on pratiqua une ponction aspiratrice qui donna issue
à 4 ou 500 grammes d'urine claire. La nuit fut passable.
Prévenu le lendemain (24 juillet) par mon collègue Auffret, je
me rendis auprès du blessé. Après beaucoup d'efforts, quelques gouttes
d'urine sanguinolente ont été expulsées (?) ; les bourses et la partie
interne de la cuisse gauche sont fortement ecchymosées. En palpant
le bulbe à travers les parties molles un peu adématiées, on constate
qu'il est très-tendu, mais à peine plus saillant qu'à l'état normal.
L'existence d'un rétrécissement pénien ne permet pas d'explorer la
crevasse uréthrale avec des bougies à boule d'un calibre suffisant,
mais si Ton tient compte de la rétention d'urine, de l'hémorrhagie, de
la tension du bulbe, il est manifeste que la blessure rentre dans la ca-
tégorie des cas graves. D'un commun accord, nous nous décidons pour
l'incision médiane ; on recherchera le bout postérieur, dans lequel on
passera une bougie, et, si cela est possible, l'uréthrotomie interne sera
pratiquée séance tenante.
SÉANCE DU 20 FKVRIEH. 137
Opération, pratiquée moins de !2i heures après Taccident. Le blessé,
placé comme pour la taille, sans anesthésie afin de pouvoir utiliser la
miction volontaire. M. Auffret incise franchement les téguments du
scrotam à Tauus dans l'étendue de 8 centimètres environ, et, se tenant
bien exactement sur la ligne médiane, arrive au bulbe dont la coque
fibreuse est intacte. Il y a un court moment d'indécision. On incise l'en-
▼eloppe fibreuse vers la partie moyenne du bulbe, lo tissu érectilc mis
à au paraît manifestement contusionné ; mais la situation n'est pas
éclaircie. En introduisant le doigt dans la plaie, je perçois en arrière
aneloge du volume d'un œuf de pigeon distendue par des caillots;
nn coup de ciseau en arrière permet de découvrir ce foyer hématique;
Que bougie introduite par le méat sort d emblée par le périnée.
Nous nous mettons en demeure de reconnaître aussi exactement quo
possible rétendue des lésions. L'opérateur venait do me céder sa place
pour examiner la plaie uréthrale ; en ce moment l'urine s'écoule en
nappe par l'angle postérieur de la plaie ; je plaçai rapidement l'indox
gauche sur le perluis qui donnait ; et saisissant une bougie de lin ca-
libre, je fus assez heureux, guidé prr le toucher, pour entiler du pre-
mier coup le bout postérieur.
La plaie fut irriguée avec soin, les bords furent érignés de chaque
^àiéy et nous pûmes constater, contrairement à l'opinion que j'avais
ffloi-mèine soutenue, quG la section du canal de rurdtlirc était coin-
plète-Ae bout antérieur seul visible correspondait à la région moyenne
du bulbe; la muqueuse uréthrale, que je déplissai présentait dans tout
800 pourtour une déchirure très-irrégulière, en festons. Quant' au bout
postérieur profondément rétracté, il échappait complètement à l'obser-
vation. Le pertuis au fond duquel s'engageait la bougie qui Tenfilnit
était ereusé dans le 5* postérieur du bulbe qui présentait à ce niveau
une section transveraaie très-nette. L'écartement entre le bout anté-
rieur et le point où s'enfonçait le bout postérieur était de 2 ccnti-
aétres environ.
Dans ces conditions, Turéthrotomie interne n'aggravait en rien lo
traumatisme actuel, et permettait l'emploi d'un mode do traitement qui
a fait ses preuves.
Une fine bougie, munie d'une douille, fut glissée avec précaution le
long de celle qu'on avait laissé a demeure ; après quelques tâtonne-
ments, elle pénétra dans la vessie ; ces deux bougies justaposées
étaient serrées, ce qui permit de conclure à Texistence d'un rétrécisse-
loent bulbaire en arrière de la rupture. La tige droite de l'urélhroto-
niie introduite par le méat vint se dégager au périnée, et fut vissée
sur le fouet dont la douille put être ainsi amenée jusqu'au méat. Le
catbéter cannelé substitué à la tige droite franchit, non sans difficulté,
l'anneau postérieur de rupture ; l'incision fut pratiquée par la lame
moyenne, une sonde à bout coupé no 16 fut fixée à demeure, i à
^ grammes d'urine s'écoulent immédiatement.
U juillet. — Soir. La journée a été bonne. T« 38,7. P. 110.
^juillet, — Matin. Etat très-satisfaisant. — Soir. Mouvement fé-
brile intense. T. 40.
138 SOCIÉTÉ DE CHIRCmOtE.
La sonde ne fonctionne pas bien.
^juillet. — La fièvre a été très-vive, pendant la première moi
de la nuit.
Une bougie conductrice est introduite avec quelque difficulté San!
sonde à demeure. Cette dernière, extraite, présente un degré d'aKè
tion dont il est difficile de se faire une idée. Ses orifices soitt obstfiii
Au lieu de me passer une des sondes de ehoix placées dans une bu
spéciale, on m'avait remis un de ces produits d'industrie interlope <
se glissent parfois dans les marchés administratifs. Quoi qu'il en «
nous dûmes nous estimer très^heureux d'avoir pu retirer la bo«
entière. Une bonne sonde n* 16 est introduite sur le conduMeur.
27 juillet. — Amélioration notable. T. 37,3.
28 Juillet. — T. 37,9. La sonde laissée à demeure pendant 48 fieii
est enlevée et sort en très-bon état. Une sonde en caoutchouc rm
11'* 14 est introduite facilement, sans autre conducteur que l'index gi
che dans la plaie.
80 juillet. — Etat très-satisfaisant. On substitue une sonde -a? H.
la précédente. Uréthro-cyslite légère.
1'^ août, — Ablation définitive de la sonde à demeure. La plaie
rosée vermeille, la réparation commence.
4 août. — Toute l'urine passe encore par la plaie du périnée,
commence le traitement par le cathéter phéniq[ué introduit toua
deux jours.
6 août. — Quelques gouttes d'urine passent par le méat.
17 août^ 25» jour après l'opération. — Toute l'urine passe pn
canal. La plaie du périnée est comblée par les bourgeons ohamoi
27 florf/.— Cathéter, n»* 42, 44, 45.
1^ septembre. — Cicatrisation complète au 37* jour. On comnoMM
à introduire des bougies à bout olivaire, 17, 18, 19.
Quelques jours après, le blessé sortait de l'hôpital, muni d'un eoi
de convalescence. J'ai reçu récemment de ses nouvelles. La dilatât
s'est maintenue.
Réflexions :
1*^ Contrairement à l'opinion que j'ai exprimée après beaucoup
chirurgiens, le canal était complètement rompu en travers. La rapt
nu lieu de se faire à la partie moyenne avait eu lieu en un point n
sin de l'extrémité postérieure du bulbe.
2° Malgré la rupture complète du canal, la coque fibreuse du bd
était restée intacte, et dans ce cas encore, la rétention d'urine *^
évidemment causée par les caillots comprimés nu sein du tissu éretS
de l'organe.
3» La complication d'un rétrécissement pénicn et très-probablen
d'un rétrécissement bulbaire en arrière de la rupture est une com
cation assez intéressante. En nous conduisant à pratiquer aéa
lenante l'uréthrotomie interne qui nous a paru n'ajouter aucun -•
ment de gravité à ce traumatisme réeent, l'accident subi par œ ee
officier a été relativement heureux. Souvent atteint de rétentions i
riues passagères, il eût probablement tardé, avec riusoucianee
JÉANGB IKf iO FKVRIKR. 139
nractérise tvop soow^nt nos marins, à entrer A rkôpital. Il sortait de
i'hôpita) aa bottt de 6 à 7 semaines, orinant à plein eanal et suffisam-
meot endoctriné pour Tavenir.
4* Le soin «vec lequel la Société de chirurgie a discuté l'an dernier
ee sujet iaipeilaiit nous a été d'un grand appui. Il n'y a pas eu )a
•oindre hésitalion, et je puis affirmer que l'intervention chirurgicale
oeneartée iivee mon eollégue et ami M. Auffret s'est accomplie dans
Urnses tempseomitte «ne 4H>érotioii d'amphithéAtre.
II
Thompson, dans son Traité des voies urinaires^ attribue un cas
de rupture de l'urôthre à la contraction musculaire, c*est un sujet
àédaircir. JTadres^e l'observation comme appoint à la question.
<)b8. II. — Abduction violente du membre inférieur droit placé dans
hxtension. -r- Vive douleur au périnée, avec eeohymoae conaéeutive
dêûs le pli fémoro-périnéaL — Infiltration d'urine. -* Incision mé-
diaoe tardive. — Uréthrotomie interne aa bout d'un mois, -^ Siijet
atteint de réiréoiasement ancien.
Pailler (Guillaume), 39 ans, ouvrier mécanicien des constructions na-
vales, travaillait loin de Brest, à Laudévennec, à dévisser à l'aide d'un
grand tournevis en T les boulons des plaques circulaires sur les-
quelles roulent les affûts de canons. L'outil s'échappa d'une rainure
entraînant le tronc en avant, la jambe gauche fléchit fortement tandis
que le membre inférieur droit en extension et en abduction forcée
glissa violemment au delà du rebord de la plaque. Il en résulta une
dolente douleur au niveau de l'insertion des adducteurs. Cette dou-
leur persista plusieurs heures, mais ne Tempécha pas de continuer
Son service dans la journée. Aucune goutte de sang ne se montra au
méat.
Le lendemain, 28 septembre, il constatait une ecchymose dans le
sillon fémoro-périnéal ; la miction se fait avec peine et goutte à goutte.
Ceat, du reste, un rétréci de vieille date, habitué aux rétentions d'urine
passagères.
Le surlendemain, la marche devint extrêmement pénible, il dut
garder le lit. La tuméfaction devint considérable, l'urine coulait d'une
façon continue et goutte à goutte.
Le 4 octobre, sur les conseils de M. le médecin en chef Lauvergne,
en excursion à Laudévennec, il se décida à se rendre à Brest, où il fut
admis à rh6pital de la marine.
Je le vis le 5 octobre à la visite du matin. La région périnéo-sero-
Me présente l'aspect caraotéristique des infiltrations d'urine dé^à an-
eiannes et localisées dans la région. Le scrotum a le volume d'une
petite tète d'enfant, le périnée est notablement tuméfié, induré et cette
induration s'étend de chaque côté de l'anus; une dépression sépare la
tomeur sorotale de la tumeur périnéale proprement dite. Les tégu-
ments sont violacés, à droite, vers le pli fémoro-périnéal existe une
140 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
petite perte de substance n bords sphacélés donnant issue ù un liquide
extrômemenl fétide. La peau est chaude, la face vultueuse, mais lii
vessie déborde à peine.
L^exploration du canal permet de constater un rétrécissement assez
serré à 6 eenlimèlres du méat, une bougie n^Qnepasae pas.
Vers la région bulbeuse une iine bougie à boule permet do recon-
naître une série de brides rigides — un escalier de rétrécissements,
dit un des assistants auquel je faisais apprécier la sensation fournie
par Texplorateur. Les bougies les plus fines butent en arrière sans
pouvoir pénétrer dans la vessie. 11 n*y a pas lieu d'insister sur le ca-
thétérisme, au milieu de tissus profondément altérés.
Je pratiquai immédiatement une longueincisionmédianesur le scro-
tum et le périnée; je pénétrai ainsi, à travers les tissus adcmatiés et
indurés, dans une cavité assez vaste tapissée de débris sphacélés. Des
lavages de coaltor saponiné étendu d'eau furent pratiqués à Taide de
Tirrigateur et la plaie pansée à plat.
La détente fut rapide. Le 9 octobre, je débridai un foyer qui gagnait
la fesse droite en contournant l'anus ; le soir apparition d*un érysi-
pèle dont la marche fut très-bénigne.
n octobre, — La défervescence défmitive eut lieu. L'appétit et le
sommeil reviennent, la grande vulve pratiquée au périnée se rétrécis-
sait de jour en jour; toutes les parties sphacélées étaient éliminées,
mais toute Turinc passe par le périnée.
Uréthrotomie interne le 21 octobre au matin, soit un mois après le
début de rinfiltration. — Ueux jours auparavant j'avais réussi à intro-
duire une fine bougie ; je la laissai à demeure 48 heures. Je pus intro-
duire un fouet d'uréthrotome. L'introduction du cathéter trèa-serré
dans le rétrécissement présenta des difficultés sérieuses, mais s*accoai-
plit sans violence, une sonde n» 16 fut laissée à demeure 48 heures.
Aucun incident ne survint et la température no dépassa pas 37,6 dans
les 8 jours qui suivirent.
d novembre, — Je passai doucement une fme bougie n^ 11, puis
14. C'était prématuré, avec un canal en aussi mauvais état. H y eut un
accès de fièvre le lendemain, coïncidant avec le développement d^un
phlegmon péri-uréthral.
10 novembre, — On reprend les bougies.
15 novembre, — On constate que l'abcès péri-uréthral se vide mal.
On passe un drain qui réunit roriflce médian et une fistule a droite.
24-âO novembre, — On laisse le canal au repos, l'état général n*esl
pas très-satisfaisant ; les urines sont troubles.
80 novembre, — Amélioration notable. Passage de bougies tous les
2 jours.
7 décembre, — Le n° 18 passe facilement ; l'induration du périnée
diminue progressivement ; il s'écoule à peine deux cuillerées d'urine
par les fistules du périnée. Pour la première fois depuis son entrée le
malade se lève dans la journée.
Je néglige plusieurs détails du traitement (injections, cautérisations,
débridements).
SEANCE DU 20 KKVniKR. 141
26 décembre. — Les tissus péri-uréthraux sont devenus assez souples.
On commence l'emploi des cathéters en étain tous les 2 ou 3 jours.
i^ janvier 1878. — Toutes les fistules sont oblitérées. Le malade
sort, se promène dons les cours. Mais il s'éoule encore quelques
gouttes de pus par le méat.
12 février, — J/état général est excellent. Les tissus péri-uré-
thraux sont revenus à l'état normal. Les urines sont claires et séjour-
nent 5 à 6 heures dans la vessie. J^a guérison est complète.
Réflexions. — Je relève les points suivants : 1° Il paraît incon-
lesiabie que Taccident survenu le 27 septembre a agi comme cause
déterminante de rinfiltration urineuse; mais le terrain était admi-
rablement préparé, comme on le voit par les détails de l'observa-
tion.
2* Comparée à robservation précédeilte, celle-ci nous paraît
instructive. Le blessé n*a été vu qu'au bout de 6 jours, il fallait se
borner au large débridement et laisser î'urèthre en repos.
L'urélhrotomie interne n'a été pratiquée qu'un mois après.
C'était beaucoup attendre, mais j'avais été arrêté par l'érysipèle.
Lorsque j'ai pratiqué l'urélhrotomie interne, la plaie médiane était
presque complètement fermée, et les abcès péri-uréthraux se vi-
daient mal, ce qui a rendu la cure interminable.
3** Dans la première observation, traumatisme récent, interven-
vention presque immédiate, la guérison obtenue en 6 semaines.
Eiie o'a eu lieu qu'au bout de 4 mois dans le cas actuel.
IIL
Obs. 111. — CoDstrictioD de la base do la verge par une ficelle conser-
vée pendant un mois. Section circulaire complète du fourreau, du
canal de furèihre et d'une partie des corps caverneux. Oblitération
du bout postérieur. Guérison,
Vers la fin d'octobre 1877, je fus consulté pour un jeune paysan,
^^é de 14 ans, pensionnaire dans une école de l'arrondissement de
Morlaix. Le père me raconta que, 3 mois auparavant, son fils, dans un
M de polissonnerie (?), s'était lié la base de la verge ù l'aide d'une
licelle.
Us téguments s'étant tuméfiés, il ne put réussir ù couper le lien, et,
pendant un long mois, en Bas-Breton têtu et sournois, il supporta ce
<îorp8 étranger, malgré les vives douleurs qu'il ressentait. L'urine ne
Ma pns à s'écouler par une ouverture accidentelle.
U directeur de l'école le fit conduire au médecin de l'établissement,
<IQi reconnut la présence de la ficelle au fond d'une rigole profondé-
^lA ulcérée. Le lien fut coupé et l'enfant renvoyé à ses parents.
Voici l'état dans lequel il se montrait au moment de mon observa-
lioD, 3 mois après :
La verge a une longueur démesurée pour un jeune homme de cet
142 SOClÉTé DB -GHIRfmOliS^
ûge; uoe cioatriee adhérente omuUire> feraiMil léger i^elief, existe i
un centimètre aa-devaat de Taugle péno-ecroial. En ce^poiat» on con
State un rétrécieeeinont notable de Torgane, étranglement rendu pin
sensible par roadèm^ éléphaAtiasique du fourreau de la verge. I^ pr«
puce, épais, infiltré, déborde le gland de deux travers de doigt, ce qa
rend le cathétériamo per le méal impessilile. Les tégumeats voinn
sont exeoriés, macérés, psr Turiae qoi suûiU' d^une fa^on oontinue pa
une fistule uréthnile. Cette fistule médimu^ présaillo dans sa demi
circonférence supérieure un ])ord mince, rosé, qui se laisse facilemea
distendre pour laisser passer des bougies de calibre mojrlMi de bas ei
haut. L*utrèthre a été sectionné complètement. I/ûrifiise pbstérienr pa
rait complètement oblitéré, Turine coule goulto àf goutte, et, lorsque»
invite le malade à faire effort, il réassit parfois à projeter- à ^d< 01
8 centimètres un petit jet filiforme, comme le jet d'une fine canule hy
podermique; toutes les tentatives pour trouver l'office» postérieur d
l'urèthre sont vaines. En palpant le canal en arrière du pertuts, q«
l'on distingue à peinCf on croit reconnaître l'extrémité du moignoi
uréthral coiffé par les parties moUes. La cicatrice se continue eutr
les deux bouts de l'urèthre. La section a été complète ; le bout anté
rieur est resté adhérent; le bout postérieur s'est retiré sous les par
ties molles, plus épaisses au voisinage du scrotum.
Je me propose d'opérer en deux temps.
l*"* opénition. — i*' novembre 1877.
Le chloroforme est administré jusqu'à résolution complète. Saisis
sant les parties molles sur la ligne médiane entre le pouce et l'index
je pratique une ineision longitudinale d'un centimètre de longuem
j'incise franchement et, du premier coup, j'eus la bonne fortune d
pénétrer dans la cavité uréthrale, une fine bougie fut introduite. Un
sonde de caoutchouc rouge n° 14 fut coupée au-dessus des yeux
Tarête vive du l)ord de la section fut émoussée en chauffant à la lampe
et je glissai cette sonde sur la bougie conductrice, en violentant ni
peu l'ouverture. Par cette incision médiane j'étalai les téguments d
de chaque c6té. Un petit avivement fut fi^é au voisinage de la fistol
è Taide de fils collodionnés.
La sonde bien fixée, je pratiquai la eireoncision.
A part les soins exigés par la sonde maintenue à demeure, il n
survient aucun aocident notable.
Au 4« jour, la sonde fut enlevée; j'enlevai les fils métalliques em
ployés pour 1« circoncision. La réunion était complète : l'urine n'ayan
pas été en contact avec la plaie. Chaque jour, j 'introduisais la sond
en caoutchouc pondant quelques henres; le cathétérisme était de veai
facile.
2« opération, — 8 novembre.
Je ne pouvais songer à l'uréthroraphie, la brèche étante trop considé
rable. A l'exemple de divers ckirurgiens, je disséquhi en- avant etei
arrière de la cicatrice, qui fut excisée, deux lambeaux de â centimètre!
de base et d'une longueur à peu près égale, le postériear un peu plm
long, emprunté au scrotum %• La diaseotion fut» aasec pénible, surtout^
SÉANCE DU 20 FÉVRIER. 143
droite où le corps caverneux avait été profondément ulcéré ; après
avoir avivé Torifice antérieur. J'adossai les deux lambeaux par leur
face cnientée après avoir régularisé le bord qui contournait la brèche,
et je mis en' usage le mode de suture préconisé par M. Delore : sa-
lure à étages; 15 à 16 anses métalliques forent' plieieés à la base- des
lambeaux, sur la partie moyenne et sur les bords. Les deux lambeaux
adossés étaient capitonnés par les sotares placées à la base et sur leur
partie moyenne; de là une sendeen caoutchouc rouge nP 14 avait été
introduite dèe le début, elle fut fixée à demeure. Pansement avec com-
presses froideis.
9 aorembre* — L'opéré a mal dormi. Une érection prolongée a tiraillé
latéralement la pointe de suture.
13 novembre. — J'enlève tous les fils qui réunissent les bords. Laté-
nlement les fils ont cédé, et de chaque côté existe une brèche granu-
leuse. I^es lambeaux sont en bon état, et comme chaque fistule latérale
a on trajet d'un centimètre au moins, j'eseompte la guérison.
U sonde à demeure ayant provoqué une urétiirite et des urines*
troubles, je l'enlève définitivement. Sa présence, ne- peut qu'entraver
le boQrtpeonnement profond. Deux heures après» Topéré urina sans
sonde, la verge inclinée sur Taîne gauche; le jet d'urine est très-fraac;
parla fistule latérale droite il s'écoule environ une cuillerée de liquide,
par la fistule gauche un peu moins.
13 novembre, — L'opéré a eu une excellente nuit.
Passage de la sonde, laissée à demeure âO minutes.
Je m'aperçois quelesanses métalliques, après avoir sectionné les té-
guments, sont noyées en partie dans les lambeaux. Chaque jour se re-
noQvelle une opération pénible : l'ablation des fils métalliques en-
1^ novembre* — • Les deux dernières anses sont enlevées après de
loognes et pénibles recherches, facilitées par de petites incisions.
Chaque jour j'introduis une bougie n^ 15 pour maintenir la dilatation.
L'opéré se lève.
^ novembre. — La fistule latérale gauche est complètement tarie. A
droite, la pellicule cicatricielle émanée des téguments tend à s'enfoncer
dans le trajet. Cautérisation au nitrate d'argent.
1*' décembre. — La fistutelle droite laisse passer un stylet qui ren-
<^Btr6 la bougie introduite dans le canal à une profondeur de 8 milli-
ntètns environ.
J'introduis le cautève à' ignipunoture de l'appareil Pliquelin à 4 ou
^ Bkillimètres de profondeur.
4- déùembre* — IL ne reste plus qu'un fin pertuis qui* ^'oblitère défi*»
Qitivement à la suite de Pintroduotion d'une aiguille chauffée auirouge.
B décembre, — La guérison était complète. Je remis à l'opéré un
<^théter droit en étain de 5 millimètres de diamètre pour entretenir le
<^l dilaté.
Je l'ai revu un mois après (10 janvie;*), la guérison s'est maintenue.
La oclte aaillantenésultant de Tadossement' des lamboauM était' deve-
nue souple.
\A\ SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
REFLEXIONS.
1. Cette observation diffère de la plupart de celles qui ont été
publiées pour des cas analogues, par ce fait que le bout postérieur
(Hait à peu près oblitéré.
2. L'opération en deux temps était indiquée :
1° Par la nécessité de faire la circoncision préalable ;
2» Par Topportunité d*étaler, sous forme de plaie granuleuse,
les téguments qui recouvraient Textrémité uréthrale rétractée.
3. J'ai pratiqué Turéthroplastie en adossant de larges lambeaux
par leur surface cruenlée, je ne pouvais guère agir autrement à
cause de Tadhésion de cette cicatrice circulaire, mais je conseille
aux chirurgiens qui emploient ce capitonnage par des anses mé-
talliques, que M. Delore désigne sous le nom de suture à étages, de
prendre leurs précautions pour éviter Tenkystement des lils dans
le fourreau de la verge. Le même accident est arrivé a M. Delore
dans deux observations. Il ne paraît pas s'en préoccuper.
4. Dès que j*ai été assuré que le cathétérisme était facile, j'ai
enlevé la sonde à demeure au 4* jour, me bornant à des passages
quotidiens de bougies, et rassuré sur le succès par le long trsget
des deux fistules latérales qui avaient succédé à la brèche unique
et superficielle qui existait avant Topération.
M. Gras communi(iue une note sur la gingivite saturnine.
Dans deux articles publiés par les Archives de médecine navale *,
j'ai indiqué un moyen simple de différencier le liseré plombique
des autres liserés qui peuvent le simuler; en même temps j*étais
conduit, contrairement à Topinion des cliniciens (jui avaient récem-
ment traité ce sujet, à considérer le liseré comme le résultat d'une
injection opaque des capillaires de la gencive par le sulfure de
plomb, et non comme une sorte de tatouage.
Rien de plus net que les résultats que j'avais obtenus en prati-
quant sur le vivant l'excision d'un fragment de gencive à Taide
d'un couteau deGrœfe, et en l'examinant au microscope.
Au début de mes recherches, j'avais surtout pour but de démon-
trer que les capillaires étaient le siège du dépôt plombique, ce qui
expliquait sa formation quelle que fut la voie d'introduction; mais
je commettais une erreur de lieu, en localisant le dépôt métallique
dans les capillaires des papilles gingivales. Ce n'est qu'exception-
nellement que le dépôt plombique existe dans les papilles.
< Le liseré plombique {Arehires do méd, nêv., février 1876, p.lS7, 141, et
mai 1876, p. 417, 42«).
SBAMGB DU 20 FÉVRIER. 145
Dans ces derniers mois, j'ai pu observer une dizaine de malades
chez lesquels l'examen des gencives m'a permis de diagnostiquer
l'intoxication plomblique trop souvent méconnue; dans tous les cas
que j'ai observés, le siège de l'altération était le même, et je pro-
pose de substituer à la dénomination de liseré plombique, celle de
gkfjivite saturnine. Il s'agit en effet d'une altération constante de
la gencive, du ressort de la chirurgie dentaire. C'est à ce titre, et
pour combler une lacune de nos traités de pathalogie externe, que
je soumets mes observations à la Société de chirurgie.
La gencive présente deux faces : l'une, libre, buccale, papillaire,
épithéliale ; l'autre, adhérente, dentaire, périostique. Ces deux faces
se réunissent pour former un bord mince, festonné, que contourne
l'épithélium jusqu'au point où la gencive adhère au collet de la dent
par sa face périostique. Les languettes gingivales interdentaires
qui cloisonnent la gouttière alvéolo-ginvivale présentent deux faces
adhérentes aux dents, entre lesquelles elles sont interposées.
La circulation capillaire de la gencive se fait par deux plexus :
l'un, superficiel, papillaire, à capillaires plus fins ; l'autre, profond,
périostique. C'est toujours \e plexus périostique qui est le siège du
dépôt plombique : le plexus papillaire est intact.
Pour vérifier ce fait d'anatomie pathologique, je conseille de
procéder de la façon suivante :
Je pars de ce fait : Toute ligne noire des gencives s'accompagne
de décollement ; écartez la gencive avec une aiguille, un petit cou-
teau de Weber, cette petite manœuvre aura souvent pour résultat
de donner issue à une gouttelette de pus retenue entre la gencive
et la dent. L'excision de la gencive, opération très-simple et nulle-
ment douloureuse, devra être pratiquée de façon à n'enlever que la
couche périostique. — Les cloisons gingivales inter dentaires sont
très-commodes pour ces coupes. Du même coup le liseré est sup-
primé en ce point, et, au lieu d'une ligne mince comme celle qui a
fait donner le nom de liseré à ce symptôme de l'intoxication plom-
bique, on observe une surface qui, dans toute l'étendue du décol-
lement gingival, est hérissée de houppes capillaires infiltrées de
granulations noires. Si l'on a la précaution de tourner sur l'objectif
la face dentaire de la gencive, la démonstration ne laisse pas
place au doute, lorsqu'on examine un liseré récent dont les parois
capillaires ne sont pas encore altérées.
L'examen microscopique se fait tout d'abord avec les faibles
grossissements, alternativement à la lumière directe, et à la lu-
mière transmise. Les houppes capillaires à peine voilées par une
très-mince couche de tissu cellulaire ont des contours très-
nets.
Pour démontrer que l'infitration opaque des capillaires est due
BULL. BT MBM. DB LA SOC. DE CHXR. 10
146 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
à la présence de granulations plombiques, j'ai recours au procédé
suivant :
Déposer au contact de la lamelle mince qui recouvre la prépa-
ration, quelques gouttes de solution d'acide chromique qui ne tarde
pas à imprégner le fragment de gencive. Au bout de quelques mi-
nutes, toute la préparation est jaune, les capillaires toutefois tran-
chent par une coloration un peu différente due à la formation de
chroma te de plomb. Leur relief est très-net, et leur observation à
l'éclairage direct est très-instructif.
Si, après avoir lavé la préparation à Teau distillée, on verse sur
elle quelques gouttes d'une solution de sulfhydrate de soude alcoo-
lisée, la colaration noire des capillaires reparaît au bout de quel-
ques instants.
Toutes ces observations se font rapidement dans le cabinet, et
donnent à Texamen un cachet de rigueur scientifique indiscutable
pour quiconque a une certaine habitude du microscope.
Dans certaines coupes heureuses, Texamen avec des grossisse-
ments plus élevés démontre clairement que le dépôt siège dans
l'intérieur du capillaire.
En résumé, le mécanisme de l'injection opaque des capillaires
profonds de la gencive est plus élémentaire.
La gencive se décolle partiellement, des matières organiques se
déposent dans ce petit nid d'hirondelle formé entre la gencive et la
dent.
L'hydrogène sulfuré qu'elles dégagent agit à l'état naissant à
travers la paroi capillaire sur le sang intoxiqué, et des granula-
tions de sulfure de plomb se déposent dans les anses capillaires,
dont l'ensemble représente non un liseré, mais une plaque estam-
pée par un pointillé noirâtre.
Le liseré visible n'est autre chose que le bord supérieur de ces
plaques, qu'on ne peut bien voir qu'en écartant la gencive de la dent.
Une pareille altération des capillaires profonds de la gencive,
siégeant parfois sur tout le pourtour de la dent, est de nature a
entraîner des conséquences sérieuses, rétraction, ulcération, ab-
cès , ébranlement des dents, et la dénomination de gingivite
saturnine doit être désormais adoptée comme traduisant plus
exactement ce détail intéressant d'anatomie pathologi(iue.
L'évolution de cette gingivite est variable suivant les sujets.
Chez les personnes peu soucieuses des soins de la bouche, le ter-
rain est tout préparé par un léger décollement préalable de la gen-
cive, la présence de tartre C'est ainsi que j'ai pu récem-
ment reconnaître l'empoisonnement plombique avant Tapparition
des coliques, sur une jeune femme qui avait pris pendant quelques
temps de l'acétate de plomb comme moyen thérapeutique. Chez
8ÉANCB DU âO PÉVRIER. 147
les personnes qui font un usage fréquent de la brosse et des lotions
buccales, le liseré tarde à apparaître, mais si la cause d'empoison-
nement continue à se faire sentir sous Tinfluence de la chloro-ané-
mie, des décollements gingivaux se produisent, et en recherchant
le plomb dans les languettes interdentaires, on le trouvera ordi-
nairement.
M. Magitot. Je regrette que Theure avancée ne me permette pas
de présenter un certain nombre d'observations que suggère Finté-
ressanl travail de M. Gras sur le liseré saturnin. Je me bornerai à
quelques remarques à l'égard du siège et du mécanisme de pro-
duction du liseré. Au sujet du siège, je ne partage pas l'idée de
M. Gras qui locahse le dépôt de particules plombiques dans les
anses capillaires de la muqueuse gingivale. Mes observations m'ont
montré que ce dépôt siégeait invariablement, non point dans les
capillaires, mais dans l'épaisseur de la couche épithéliale qui revêt
la muqueuse et en particulier dans les interstices des cellules pro-
fondes au voisinage de la couche de Malpighi. C'est précisément
la lecture d'un travail antérieur de M. Gras, dans lequel avait déjà
été émise Topinion qu'il professe aujourd'hui, qui m'avait conduit
à rechercher la présence des granulations plombiques dans les
capillaires, mais sans réussir à les y rencontrer. J'insiste donc sur
le siège exclusivement épithélial du dépôt saturnin.
En ce qui regarde le mécanisme de sa formation, il est évident
que, pour M. Gras, les éléments d'intoxication plombique sont con-
duits par les voies circulatoires jusqu'aux capillaires, dans les
anses desquels ils se déposeraient purement et simplement et où
^ se transformeraient en sulfure amorphe. Mais comment expli-
quer alors que les gencives dépourvues de dents ne présentent
jamais le liseré ? Gonmient ne le rencontre-t-on point sur d'autres
muqueuses également recouvertes d'épithèlium transparent, la
^conjonctive, la muqueuse des lèvres et dans tous les capillaires
indifféremment? On ne peut cependant admettre une influence
élective des préparations saturnines sur les capillaires de la mu-
queuse gingivale.
Je serais donc conduit par mes recherches à considérer le dépôt
saturnin comme provenant de l'élimination par la salive des sels
de plomb solubles, au même titre que tant d'autres substances
diverses contenues normalement dans le liquide et avec lesquelles
ils seraient mélangés. Fuis, arrivé au contact des languettes gin-
ovales, le plomb s'y dépose avec d'autres produits salivaires, les
phosphates et carbonates par exemple, qui forment le tartre ; il
passe ensuite à l'état de sulfure de plomb, grâce aux émanations
soUariqaes de la bouche, et se dépose en granulations amorphes
148 SOCIETE DE GUIRUROIX.
au milieu des cellules épithéliales qui occupent le petit cul-de-sa
interposé entre le bord libre et la surface des dents. Ainsi s'ex
pliquent toutes les conditions bien connues de ce liseré. Son lie
d'élection derrière le bord ginvival, sa coïncidence avec les dépôl
de tartre, son absence sur les points dépourvus de dents et si
les autres parties du corps qui ne présentent point les mêmes dis
positions.
Je termine par une dernière remarque sur le terme de gingivl
saturnine qu'emploie M. Gras pour désigner le liseré plombiqu<
Il ne me paraît pas qu'il y ait là de gingivite proprement dite. J';
vu survenir le liseré après quelques jours d'administration i
plomb et sans aucune trace d'inflammation concomitante. Ce fa
se produit instantanément chez les animaux sur lesquels on pr<
voque son apparition ; et si M. Gras a constaté des liserés av(
gingivite, il ne faut pas oublier que ses observations ont surtoi
porté sur des marins et des paysans, sujets très-fréquenmie]
porteurs d'un certain degré de gingivite, celle des fumeurs, cel
du tartre par exemple. Il y aurait donc là simple coïncidence.
M. Gras. Je crois qu'il faut faire une grande attention dans h
préparations qui font le sujet de ces recherches, parce qu'ui
simple question d'orientation peut changer les résultats. Pourmc
je suis convaincu qu'il n'y a jamais de liseré dans l'épithélium, i
que pour la production de ce liseré, il faut toujours qu'il y ait c
chute de l'épithélium par suite de gingivite.
Je n'admets pas l'opinion de M. Magitot lorsqu'il dit que, si n
théorie était exacte, on devrait trouver des dépôts plonibiqu<
dans d'autres muqueuses ; mais on en rencontre dans l'intestin, e
pour moi, j'ai eu l'occasion de soutenir que la colique sèche deva
avoir pour cause l'absorption du plomb ainsi déposé, transfom
en sulfure de plomb. La raison pour laquelle ce liseré se produ
surtout aux gencives, se trouve dans les conditions d'inflammali(
si fréquente des gencives.
M. Magitot. Pour M. Gras, il est donc indispensable qu'il y f
gingivite préalable pour produire le liseré plombique. Or, j'ai i
des liserés sans gingivite, et dans un cas où le liseré est survei
à la suite d'une lotion plombique faite pour la teinture d<
cheveux.
M. Gras. S'il n'y a pas eu gingivite et décollement des gencive
je ne crois pas qu'il puisse se produire de liseré.
La séance est levée à 5 h. 35 m.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
Pirii.— Inp. Paul Oupoit, 4l,r««lMB4ioqMi-RMS9caB. (iTli, T7.) U Gérmu, Mà»9*
SiANGE DU 21 FÉVRIER. 149
Séance da 27 février 1878.
Présidenco de M. F. Mar40lin.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
!• Pour Paris : les journaux périodiques de la semaine, le Bul-
letin de la Société de médecine légale de France;
2* Pour la province : le Lyon médical, la Revue médicale de
Toulouse^ la Gazette médicale de Bordeaux^ le Bordeaux médical^
^Avenir médical du Nord de la France ^ la Revue médicale de fEst,
^Q Sud médical ;
3» Pour rétranger: la Gazette médicale de Barcelone, le Bullciin
àe F Académie royale de Belgique, la Gazette médicale Italienne-
Lombarde, le Britisb médical Journal, la Gazette de santé mili-
^re de Madrid, le Rapport annuel du Collège de chirurgie de
Washington ;
4* Une lettre de M. Nicaise qui, retenu chez lui par une indis-
position, ne peut assister à la séance;
5' Une lettre de remerciements de M. Arlt, de Vienne, membre
correspondant étranger, qui adresse à la Société divers mémoires
^ seront déposés à la bibliothèque ;
6" Un extrait du congrès de Genève, relatif à la périostite
externe et aux abcès périostiques, par M. Duplay ;
7* Deux observations de chirurgie prises dans le service de M. le
médecin en chef de l'hôpital de La Rochelle, par M. le D' Lecard,
médecin-major audit hôpital;
8* Un travail du môme auteur intitulé : les Prisonniers aile-
niBDds internés à Belle-Isle-en-Mer 1870-71; leur état sanitaire.
(Commission : MM. Perhin, Gillette, Lannelongub.)
A Toccasion du procès-verbal, M. Desprès demande la parole :
h désire présenter à la Société de chirurgie la statistique
intégrale de mon service à l'hôpital Cochin, au sujet des fractures
compliquées de jambe; les résultats, que j*ai obtenus par des pan-
soments ordinaires, prouvent qu*il n*est pas nécessaire, pour
obtenir des succès, de recourir aux pansements antiseptiques dont
H. Verneuil nous a fait l'éloge en présentant la thèse de M. Vitu.
Depuis que je suis à l'hôpital Cochin, j'ai suivi deux modes de
traitement pour les fractures compliquées de jambe.
BULL. GT MBM. DE LA SOC. DE CUIR. H
150 SOCléré DK CHIRUROIB.
En 1872-73, j'employais le pansement que j'avais appris dans
le service de mes maîtres, Nélaton, Robert; je plaçais le membre
dans une gouttière, je recouvrais de gâteaux de charpie imbibée
d*eau et d'alcool camphré, quelquefois j'entourais le membre avec
un appareil de Scultet.
Comme je vous le montrerai par les chiffres, je n'obtenais pas
de bons résultats, et je me décidai à l'immobilisation complète que
je regarde comme la seule et unique cause de succès.
J'eus recours à l'attelle plâtrée et au pansement par les bande-
lettes de diachylum.
Les résultats changèrent du tout au tout ; et je puis dire qu'avec
le second mode de pansement, j^ai obtenu des succès aussi beaux
que par le pansement de Lister.
Dans la première période de 1872-73, j*ai eu 13 fractures com-
pliquées de jambe.
Sur ces 13 fractures, j'élimine 5 cas que je crus nécessaire de
sacrifier: 4 amputations de cuisse, 3 morts; 1 désarticulation du
genou, 1 mort.
Les 8 autres fractures compliquées furent traitées, comme je
l'ai dit, dans la gouttière; et j'ai obtenu 2 guérisons, 6 morts.
Voici le résumé de ces 8 observations.
i** Faucon (Auguste), 71 ans, fileur, entré te 16 juin 1872; fracture
du péroné avec arrachement do la malléole du côté droit; fracture com-
minutive du tibia et du péroné du côté gauche, h*isson le 6 juillet, pas
d'abcès métastatique, suppuration dans la fracture du côté droit. 8 juil-
let, mort.
S*" Dubois (Victoire), 47 ans, champignonniste, 8 septembre 187t;
fracture compliquée do la jambe droite du tiers inférieur) fracture de
la jambe gauche» plaie de tète, fracture du sternum) pneumonie du
côté droit. Morte de la complication, 15 septembre*
3» Brageaux (Jean), 55 ans, charretier, 9 octobre ; fracture des deux
os de la jambe droite compliquée do plaie; alcoolisme, infection puru-
lente. 18 octobre, mort.
4<> Quillet (Emile), 22 ans, menuisier, 14 février; fracture compli-
quée do plaie du tibia et du péroné de la jambe gauche à la partie
moyenne; issue de 15 centimètres du tibia qui s'était implanté dans le
sol, fracture comminutive de l'astragale et de l'extrémité inférieure du
tibia droit, panaris anthracoïdes de la main. 10 mai 1877, guèrison.
5» Dil (Auguste), 18 ans, maçon, 29 mars i87â, fracture du tibia
avec plaie ; frissons le 6 avril ; ictère le 12. 24 avril, mort,
6<> Brière (Marie), 69 ans, journalière, 19 juillet 1878 ; facture des
deux 08 de la j^mbe avec plaie, occlusion au diachyium. Gaérison,
7<» Rivière (Auguste), 82 ans, champignonniste, 2 juillet 187S ; ft*ac-
ture des deux os de la jumbe au tiers inférieur, avec plaie à di-oite,
entorse à gauche, chute dans une oarrière, gaagrène de la peeu ; le
SÈAMCK OU 27 FKVRIER. i5i
12 juiUeU issue d*ua fragment ; plusieurs frissons, abcès métastatiques
da poumon» pleurésie purulente. 7 août 1873, mort,
8° Surcan (Jacques), 52 ans, jardinier, i^^ septembre ; chute sous une
voiture, fracture indirecte dés deux os de la jambo droite, issue des
fragments» eontusion du dos, plusieurs frissons^ infection purulente.
Mort.
Dans la seconde période, 1874, 1875, 1876, 1877, j'ai eu à soi-
gner 11 fractures compliquées de jambe, je Q*ai eu qu'une mort.
La femme avait 74 ans, et elle a succombé aux suites d'un érysipèle.
Voici le résumé des 11 observations :
1874. — 1» Fragliny (Jean), 53 ans, bardeur, 23 avril ; fracture des
deox os de la jambe avec plaie. 17 août, guôrison,
1875. — 2® Bollot (Eugène), chef d'équipe, 7 mars; fracture des deux
os de la jambe avec esquille et petite plaie. Incision et ablation de deux
esquilles. 20 juin, guérison,
â* Vallot, journalier, 2 juillet; fracture des deux os de la jambe
droite par cause directe avec épanchement sanguin et plaie, produite
par le fragment inférieur du tibia, trois appareils plâtrés, suppuration
de la plaie. 18 août, guérison,
4* Diard (Pauline), 74 ans, blanchisseuse, 17 avril ; fracture des deux
os de la jambe droite avec plaie pénétrante au tiers inférieur ; contu-
sions multiples des parties molles ; frissons le 24 août, érysipèle de
la jambe, gangrène du siège ; à l'autopsie fracture du tibia seul à droite.
7 septembre, morU
1876. — 5o Rabasses (Laurent), 17 ans, journalier, 24 septembre ;
fracture comminutive du 1/3 inférieur de la jambe droite. Incision et
extraction d'esquilles, appareil plâtré. Le 10 janvier, guérison,
6* Commaille, 43 ans, brasseur, 20 octobre ; fracture du tibia gauche
avec plaie, esquilles, extraction d'une esquille le jour même, occlusion
avec des bandelettes de diachylum, une hémorrhagie dans Taprès-midi
oblige à retirer les bandelettes qui sont replacées le lendemain ; sup-
puration abondante, pas de fièvre, état général excellent, 18 décembre,
guérison,
1877. — 1^ Goudron (Pierre), 26 ans, terrassier; fracture des deux
08 de la jambe droite avec plaie ; fracture de T astragale a gauche ;
<liarrhée le 20 juillet; angioleucite le 4 août, abcès du dos du pied le
14; issue de deux petits séquestres. Le 12 septembre, guérison,
8» Nicolas (Henri), 28 ans, salle Saint-Jacques, n° 4, 28 octobre 1877;
fracture des deux os de la jambe par cause indirecte, avec plaie; sup-
puration du foyer le 3 novembre. Encore à l'hôpital.
^ Jornnet (Eugène), 51 ans, 13 septembre 1875 ; fracture des deux
08 de la jambe avec plaie, fracture comminutive du côté droit, gan>-
grène de la peau des deux jambes, frissons le 27 janvier, érysipèle de
la jambe; extraction de séquestre le l*' mars, extraction de séquestres
après dilatation delà plaie, frissons le 3 juillet^ érysipèle, abcès de la
jambe le 17 juiiiei. Encore à Tbôpital.
152 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
10» Gasteaa (Louis), mégissier, 17 août 1817; fracture des deux os
de la jambe avec plaie, dénudation des os sur une longue étendue*
Suture des deux fragments qui faisaient issue de 10 centimètres. Encore
à rhôpital.
11*» Teissier (Arthur), 33 ans, terrassier; fracture des deux os de la
jambe droite au tiers supérieur, extraction d'une esquille. Encore en
traitement.
Je crois que, sans vouloir forcer les chiffres, on arrive à ad-
mettre le rôle considérable que joue, dans le traitement des frac-
tures compliquées de la jambe, l'immobilité, mais l'immobilité
rigoureuse. Si le délabrement n'est pas complet, on obtient vite la
guérison ; s*il y a des esquilles, l'élimination s'obtient très-sim-
plement.
Je ne fais pas l'occlusion, comme le veut M. Guérin, c*est une
occlusion incomplète; mais le diachylum préserve de l'irritation
extérieure et laisse, autour de la plaie, une atmosphère humide.
M. EoiNET. Loin d'être opposé au traitement, comme pourrait
peut-être le faire croire le procès-verbal de la séance précédente,
j'y attache une très-grande importance, et ma protestation a
porté sur l'origine des matériaux que M. Vitu a cru nécessaire de
réunir pour faire sa thèse. Ainsi cette thèse, présentée par M. Ver-
neuil, renferme une statistique importante de la pratique des chi-
rurgiens étrangers. Je demande à faire remarquer que nous n'avons
pas besoin d'invoquer la pratique des étrangers, pour démontrer
les effets salutaires du pansement antiseptique dans les fractures
comminutives, que cette pratique est très-française et est loin d'être
nouvelle. Pour mon compte, je n'ai cessé de la mettre en pratique
pendant le siège de 1870 dans les ambulances confiées à mes
soins et je n'ai eu qu'à m'en louer; dans 48 fractures comminu-
tives dues à des balles ou a des éclats d'obus, témoin des insuccès
nombreux qu'entraînaient les amputations dans nos ambulances,
dont les conditions hygiéniques étaient détestables, au palais de
l'Industrie comme au Grand-Hôtel, j'eus recours à l'emploi des
antiseptiques que j'employais depuis longtemps avec succès dans
des fractures comminutives qui n'étaient pas dues à des armes à
feu, et je pansai toutes les fractures comminutives de mon ser-
vice, avec une teinture alcoolique d'iode et de tannin (teinture
iodo-tannique) ; tout membre atteint d'une fracture comminutive,
'quel que fût le délabrement (je n'avais recours à l'amputation qu'à
la dernière extrémité, quand les os étaient tellement broyés que
la conservation du membre était impossible), était lavé, nettoyé,
injecté, irrigué à l'eau tiède, pour enlever le sang, la sérosité, le
pus et toutes les matières susceptibles de se putréfier; s'il y avait
SiÉANCE DU 27 FÉVRIER. lo3
des esquilles mobiles, elles étaient également enlevées, laissant
celles qui adhéraient par un point quelconque. Après ce lavage,
on en faisait un second avec le liquide iodo-tannique, de façon à
faire pénétrer soit par irrigation, soit par injection, soit avec une
éponge fine, ce liquide dans toutes les anfractuosités de la plaie,
qui, bien baig)iée, bien imbibée, était placée dans une gouttière de
Bonnet, garnie de bandelettes séparées et mobiles ; puis la frac-
ture étant réduite et le membre placé dans la meilleure position
possible, et iixé, les plaies étaient recouvertes d'épais plumasseaux
de charpie imbibée de liquide antiseptique, puis par-dessus des
compresses pliées en 4 ou en 8 et imbibées du même liquide ;
alors on ramenait les bandelettes qui étaient peu serrées, et par-
dessus je plaçais une couche de ouate plus ou moins épaisse,
recouverte du taffetas gommé qui garnissait le fond de la gout-
tière. Le repos le plus complet de la partie blessée était recom-
mandé et le pansement n'était plus défait, que si des circonstances
migeures l'exigeaient, comme Tenlèvement d*esquilles ou la for-
mation d'un foyer purulent; puis, chaque jour, sans défaire le
pansement, si ce n'est le taffetas qu'on renversait et la ouate
qu'on enlevait et qu'on remplaçait, tout le pansement était arrosé
de liquide iodo-tannique, afin de rendre les effets de cette teinture
alcoolique permanente et d'empêcher Finfection purulente. Cette
infection qui faisait de cruels ravages dans tous les autres ser-
vices semblait avoir épargné le mien, puisque sur 200 blessés
je n'en ai observé que 3 cas, quoique je fusse placé comme les
autres chirurgiens dans un milieu malsain, dans un air vicié et
d'une odeur infecte, dans des salles ou chambres encombrées,
dont les conditions hygiéniques étaient des plus mauvaises, avec
des blessés démoralisés, affaiblis par une mauvaise nourriture,
en un mot dans toutes les conditions favorables au développe-
ment de l'infection purulente. Les succès que j'obtins furent
assez sensibles pour que plusieurs de mes collègues voulussent
bien employer la méthode que je mettais en usage.
Le compte rendu de mon service que j'ai eu l'honneur d'offrir
à la Société de chirurgie, et qui est dans sa bibliothèque, constate
que sur 48 fractures comminutives, qui offcaient pour la plu-
part des indications d'amputation, cette opération n'a été pratiquée
que 6 fois : 2 amputations de cuisse (1 mort, 1 guérison), 2 am-
putations sus-mal léolaires sur le même blessé (1 mort), 2 am-
putations de bras (i mort, 1 guérison); sur les 42 fractures qui
restent, 32 ont guéri.
De ces 42 fractures comminutives, 13 appartenaient au membre
supérieur : pour le bras 4 guérisons, 6 pour Tavant-bras;
8 appartenaient à la cuisse : 6 guérisons;
154 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
5 appai*tenaient au genou : 3 guérisons;
12 appartenaient aux jambes : 10 guérisons;
4 appartenaient aux pieds : 4 guérisons.
(Bulletin de la Société française de secours
aux blessés des armées de terre et de mer,)
Dans la première édition de mon Traité d" iodotbérapie^ publié
en 1855, on trouve encore plusieurs cas de fractures comminu-
tives guéris par la teinture alcoolique d*iode, le repos et plusieurs
cas de guérison d'infection purulente ; à la page 608, on trouvera
un chapitre qui prouvera Tusage déjà ancien des pansements anti-
septiques, il est intitulé :
Des applications locales de la teinture d*iode sur les plaies^ les
ulcères, dans les inflammations virulentes contagieuses^ et comme
curatif de Tinfection putride et moyen préventif de Finfèction
purulente, etc.
Dans ce chapitre se trouvent plusieurs observations qui remon*
tent au delà de 1855 et qui ont été publiées dans les journaux de
médecine de Tépoque; ces observations démontrent les effets salu-
taires de Talcool et des teintures alcooliques dans les fracturea
comminutives, et que le mode des pansements par l'alcool et les
teintures alcooliques, pour empêcher l'infection purulente et même
l'arrêter à son début, n'est pas aussi moderne qu'on veut bien le
dire, et qu*il n'appartient pas aux étrangers*
M. Desprès. Puisque M. Boinet a parlé du traitement des frac-
tures par armes à feu, que j'avais complètement laissées de côté,
je dirai que, malgré les détestables conditions hygiéniques et
malgré les appareils plus que primitifs que nous avons rencontrés
pendant la guerre, j'ai obtenu des résultats assez remarquables
pour les fractures compliquées de jambe. Ainsi à Sedan, sur
8 fractures de jambes, 5 guérisons ;
à Beaugency, où nous étions un peu mieux installés, nous n'avons
eu que
7 morts sur 27 fractures compliquées de jambe.
Je ne crois pas que Ton puisse comparer les blessures de guerre
avec les fractures de nos hôpitaux. Dans les plaies par ai*mea à
feu, il y a presque toujours deux ouvertures, aussi récoulement
du pus est-il plus facile ; c'est ce qui, pour moi, exphque les résui*
tats satisfaisants que j'ai pu obtenir avec une immobilisation faite
avec des appareils incomplets, et avec Tirrigation continue qui
était le fond de nos pansements. On voit que sans antiseptiques
j'ai pu obtenir, sur les plaies de guerre, les mômes résultats que
M. Boinel.
siANGB DO 21 FÉVRIER. 155
M. VERNBinL. Je regretta que M. Daeprès n'ait pas parcouru la
thèff que j'ai présentée, de la part de M. Vitu ; il aurait vu qu'il
0 y est nullement question du procédé de Lister, mais bien de la
méthode antiseptique en général.
La méthode antiseptique forme une grande classe de la théra-
peutique chirurgicale dont le pansement de Lister n'est qu'un
procédé, ainsi que le procédé antiseptique dont M. Boinet vient de
nous parler.
II faut donc poser en principe qu'il y a, pour pratiquer le panse-
ment antiseptique, plusieurs procédés dont M. Vitu nous a donné
les résultats en s'appuyant, non-seulement sur la pratique d*un
seul pays, mais bien sur la pratique des chirurgiens éti*angers,
M, Desprès nous a vanté l'excellence de Timmabilisation, per*
sonne ne le contredit, mais oe n'est pas nouveau ; et, pour ma
part, je me souviens da l'avoir employée sous les ordres de Lis-
frano, qui la pratiquait avec grand soin, et cependant, la mort
était presque la règle dans les fractures compliquées.
Quant à Pocolusion des plaies compliquant les ft*aotures de
jambes, j*en avais obtenu, dès 1869, d'excellents résultats, ainsi
que le constate la thèse de M. Bertrand.
n faut convenir que le pronostic des fractures compliquées de
jambe a complètement changé depuis plusieurs années, et l'immo-
biliaation n'en est pas la seule cause,
M. Desprès. SI Je me suis servi du mot de pansement de Lister,
c'est pour désigner le procédé antiseptique. J'affirme de nouveau
que les procédés non antiseptiques peuvent donner d'aussi bons
résultats, pourvu qu*on emploi Timmobilité complète et qu'on
entoure la fracture d'un atmosphère humide.
Rapport.
U. GuÂNiOT lit un rapport sur deux observations intitulées :
i' Dj^stoeie par allongemont et tuméfaction coosidt^rable des douK
imos du col utérin. Application du foroeps et déhridewont muh
^ipk. 8* Sarcome congénital opéré par Je thermo-cautère ohei un
6nfantde4 jours, guérison. Lesquelles vous ont été adressées par
M. le D' Mandillon, de Bordeaux.
Le 11 juillet 1877, M. le D' Mandillon, de Bordeaux, a présenté
i la Société de chirurgie un travail manuscrit dont vous m'avez
chargé de rendre compte. Je viens aujourd'hui m'acquitter de cette
^che,
Le travail dont il s'agit se compose de deux pitiés ixè^-dis^
156 BOGIÉTé DE CHIRUROIK.
tinctes, n'ayant entre elles aucun rapport, et comprenant chacui
la relation d'un fait clinique avec des commentaires y afférenl
La première est intitulée :
Dygtocie par allongement et tuméfaction considérable des deux lè?i
du col utérin. Application du forceps et débridement multiple.
Voici, dans ses plus importants détails, quel est le fait qui i
forme la substance.
Le 6 février 1877, à 3 heures du matin, M. Mandillon ayant été i
pelé par une sage-femme près d'une secondipare dont raccouchemi
était entravé, notre confrère s'empressa d'examiner la parturiente
constata les particularités suivantes : à l'orifice vulvaire existaii
deux tumeurs d'un rouge vineux, rénitentes et à grosses bosselures.
La première, située en avant, était de forme ellipsoïde et apli
dans le sens antéro-postérieur ; elle mesurait 12 centimètres dans s
grand diamètre, 8 centimètres dans le petit et 27 centimètres dans
circonférence.
La seconde tumeur, qui répondait au périnée, avait la grosse
d'une mandarine. Le doigt, en les circonscrivant l'une et l'autre, pén
trait entre leur surface externe et les parois du vagin, jusqu'à 6
7 centimètres de profondeur. Là, il se trouvait arrêté par les culs-d
sac vaginaux et par la tête fœtale qui occupait l'excavation pelvieni
Porté ensuite entre les deux tumeurs, il arrivait, à travers a
sorte de canal, jusqu'au contact direct du crâne, qui se présentait
G. I. G. A. A n'en pas douter, ces tumeurs étaient le résultat d'à
altération du col utérin; elles représentaient le museau de tanc
énormément tuméfié.
La parturiente, qui était en travail depuis la veille 3 h. 1/2 du se
avait perdu les eaux. 6 heures plus tard, c'est-à-dire vers 9 h. i^
et à 1 heure du matin, une dose considérable d'ergot de seigle 1
avait été administrée par la sage-femme. Vers 2 heures du mal
(1 heure après la première prise d'ergot), les deux tumeurs dont
vient d'être question avaient commencé à se montrer et s'étaient tré
rapidement développées. La tumeur antérieure d'abord, et la tume
postérieure ensuite.
L'auscultation, pratiquée avec soin, n'ayant pas permis d*6ntend
les bruits'du cœur fœtal, M. Mandillon, sans plus tarder, se mit en d
voir de terminer l'accouchement à l'aide du forceps.
L'application de l'instrument n'offrit pas de difficulté ; la tête, bi
saisie, descendit promptementsurle plancher du bassin; mais, comi
son dégagement ne pouvait s'opérer qu'en entraînant les deux tumeoi
notre confrère pratiqua, avec le bistouri boutonné, un double dôb
dément en avant et en arrière, sur le pourtour do l'orifice qui étn
guait l'occiput.
L'extraction, dès lors, ne fut plus entravée.
•L'enfant, né en état de mort apparente, fit doux ou trois inspiratio
et, malgré les soins les plus assidus, ne put être ranimé. L'opératio
SéANCE DU 21 FÉVRIER. 167
cependant, n'avait pas en tout duré plus de 5 minutes. Le délivre sui-
vit presque aussitôt Texpulsion du fœtus et tomba comme une masse
anpieddulit, M.Mandilloo voulut alors examiner à nouveau Fétatdes
parties. Cet examen, pratiqué avec la plus grande attention, ne fit que
confirmer exactement le diagnostic primitivement porté. Il s'agissait
bien du col de la matrice, dont les lèvres, démesurément tuméfiées,
constituaient les deux tumeurs extra<*vulvaires. Le doigt pouvait ainsi
parcourir deux cylindres concentriques, Tun formé par le canal du
vagin et Tautre par celui du col prolapsé.
12 heures après Taccouchement, les tumeurs avaient un peu diminué
de volume ; il s'en écoulait assez abondamment une sorte de sérosité
saogninolente. Pour tout traitement elles furent recouvertes de com-
presses imbibées de vin sucré.
Le 11 février (5* jour des couches), leur volume n'excédait plus
celui d'une noix ordinaire: mais elles faisaient toujours hernie à tra-
vers la vulve.
Le 14, elles répondaient au niveau môme de cette dernière; et le 21,
c'est-à-dire 15 jours après la délivrance, elles étaient, non-seulement
réduites dans leurs dimensions, mais encore complètement rentrées
dans le vagin.
Au 40* Jour de Taccouchement, le col utérin avait repris une situa-
tion presque normale. Sa lèvre antérieure mesurait environ 4 centimè-
tres 1/2 de longueur, sur 2 centimètres d'épaisseur, et la posté-
Heare ne formait plus qu'un bourrelet peu saillant. Des injections
trèfr«8tringentes furent continuées.
Enfin, une dernière exploration, pratiquée 4 mois après raccouche
nient, fit reconnaître que la matrice était sensiblement abaissée et que
la lèvre antérieure du col, longue encore de près de 4 centimètres, ve-
naitpresque affleurer l'orifice vulvaire. Celle-ci ne présentait, d*ailleurs»
ni bosselure, ni dureté anormale, aucun caractère, en un mot, qui pût
faire penser à une dégénérescence quelconque. Il s*agissait, selon
tonte apparence, d'une simple hypertrophie.
Telle est, dans sa substance, l'observation pleine d'intérôt que nous
t communiquée M. Mandillon. J'ajouterai, cependant, comme rensei-
gnements utiles, que la jeune femme qui en fait l'objet était âgée de
S5 ans : qu'elle était accouchée une première fois à terme, 2 ans aupa-
ravant, et de la manière la plus normale; enOn que, ni avant, ni pen-
dant sa seconde grossesse, elle ne s'était aperçue d'aucun prolapsus
de la matrice.
Maintenant que les circonstances cliniques vous sont connues,
«bordons l'examen des réflexions dont notre confrère accompagne
sa relation. Elles portent sur plusieurs points : d'abord sur la
^titure et le mode de formation des tumeurs.
Pour l'auteur, ces dernières seraient constituées par V hyper-
^^pbie œdémateuse des deux lèvres du col. Je me hâte de dire
qu'à part l'expression A' hypertrophie qui me paraît ici impropre,
^ caractères et la marche de l'affection démontrent bien que le
i58 SOGléré DE CHIRUROIB.
diagnostic de notre confrère est exact. Il s'agit, en effet, d^unc
tuméfaction œdémateuse, d'une infiltration 8éro<- sanguine, pro-
bablement accompagnée de petits épanchement9 de sang dans ta
substance même du col utérin. Le mode suivant lequel cette tumé^
faction s'est produite est une nouvelle preuve de sa nature hydro-
hématique. Comme le remarque M. Mandillon, la rupture préma-
turée des membranes et l'action tétanique de l'ergot ont dO
contribuer, pour une bonne part, à la genèse de la lésion^ La
compression du segment inférieur de la matrice entre le pourtour
du bassin et la tête fœtale, en mettant obstacle à la circulation
veineuse du col utérin, aura provoqué l'infiltration de oe dernier
et le développement rapide de toutes ses dimensions. Il est même
vraisemblable, comme je le faisais pressentir plus haut, que
certaines ruptures vasculaires auront aussi déterminé de petites
collections sanguines dans la tumeur antérieure. Les e^i^emples de
ce genre, quoique rares, m'autorisent à formuler cette hypothèse;
car c'est dans des conditions exactement semblables que ki
thromhus de la lèvre antérieure du col a été observé.
J'ajouterai qu'une auti*e cause, dont notre confrère na dit rien,
me paraît avoir joué aussi un rôle très-important dans la produo*-
tion de la tumeur ; je veux parler d'une contexture spéciale du
tissu du col, contexture déterminée sans doute par un état morbide
antérieur, et qui a rendu cet organe susceptible d'infiltration. Sans
cette prédisposition organique, il serait difficile de comprendre
comment le tissu serré du col utérin peut devenir, sous l'influence
de causes passagères, le siège d'un œdème aussi considérable,
Déjà, en 1872, dans un mémoire sur rallongement œdémufeiix wec
prolapsus du col utérin ^ j'ai invoqué l'existence de cet état anato^
mique particulier, qui se trouve manifestement préparé par doi
ulcérations chroniques et par un prolapsus antécédent.
Quoique M. Mandillon s'applique à diiTérencier l'affection dont il
a été témoin, de celle qui fait le sujet de mon mémoire, il est im«
possible, néanmoins, de ne pas être frappé de leurs traita de res-
semblance. Les causes organiques, qui ont occasionné l'une,
rappellent aussi, en grande partie, l'étiologie de l'autre. S'il me
fallait classer la lésion décrite par notre confrère de Bordeaux, je
la rangerais conséquemment duns le même cadre que V allongement
œdémateux avec prolapsus, dont j'ai tracé l'histoire, et que le
thrombus de la lèvre antérieure^ dont il existe quelques exemples
remarquables dans la science. Elle constituerait une simple
* Guùniot, De l'allongement œdémateux avec prolapsus du col utérin pen-
dant la grossesse et Taccouchement. Arch, gén, de méd,^ 4872, nomérot
d'avril et suivant».
SÂANGB DU 87 FÉVRIER. 159
variété entre ces deux espèces, auxquelles elle emprunte mani-
festement la plupart de ses caractères étiologiques et cliniques.
L'auteur, recherchant quels sont, Jusqu'à ce jour, les faits
connus que Ton peut rapprocher du sien, cite avec raison un mé-
moire de Duclos, de Toulouse S qui en renferme trois, puis les
cas relatés par Nsegele, Lever, Danyau, Blot et Galmeille, de Guin-
dron. Ces derniers se trouvent publiés dans nos propres Buîleiina
(séance du 15 décembre 1874).
A cette courte série, qui ne remonte pas, comme on le voit, au
delà de notre siècle, je puis ajouter un nouveau fait qui ofTre, ana-
tomiquementy la plus grande analogie avec celui du D*" Mandillon.
n s'agit d'un cas observé par Léon Kessler^ et qui a été analysé
dans la Revue des sciences médicales de M. Hayem (n** du 15 juillet
1877, p. 167). La relation de Kessler est intitulée : « Hyperplasie
aiguë de la lèvre antérieure de l'utérus, développée pendant la
grossesse. » Permettez«<moi, Messieurs, de vous en faire connaître
très-brièvement la substance.
Il s'agit d'une femme qui, au huitième mois de sa quatrième gros-
sesse, fit une chute sur la rampe d'un escalier. Ce traumatisme fut
sans conséquence immédiate. Mais un mois après, on vit apparaître
bors de la vulve une tumeur grosse comme un œuf de poule, tumeur
que Ton contournait aisément avec le doigt dans le vagin, et que l'on
reconnut être formée par la lèvre antérieure du col utérin. L'accou-
ehement se fit à terme et nécessita remploi du forceps ; Tenfant, nô
^▼ant, était fortement constitué.
Quant aux suites, voici textuellement la note sommaire qui s*y rap-
porte. « La régression utérine s'effectua lentement ; ce n'est qu'à la
septième semaine que rutérus avait repris sa position normale. La
lèvre antérieure avait conservée des dimensions exagérées ; elle était,
en même temps, devenue dure et de forme tubuleuae. Des tcarifloationa
pratiquées sur elles restèrent sans résultat. Dès lors, l'ablation en fut
résolue, puis exécutée. Il n'y eut pas d'hémorrhagie. Cinq semaines
après, l'utérus était revenu à son état normal. L*examen histologiqua
auMitra que la tumeur était composée d'un tissu à cullules fusiformea.
Eotre les eellules s'étendait un tissu lamineux riche en vaisseaux,
diminuant vers le oentre de la tumeur..., »
A propos de l'abus qui fut fait de l'ergot de seigle sur la malade
du D' Mandillon, je me contenterai de rappeler les regrets que
j'exprimaiSf dans une séance antérieure (séance du 8 août 1877),
ftQ siget de la facilité octroyée aux sages-femmes de multiplier
^ sortes de méfaits. Tant que l'autorité compétente n'interdira
* Duclos, Observations sur le prolongement spontané de la lèvre antérieure
^ la matriee dans quelques cas d'accouchements. Bull, de la Faculté de
^ttiût de Paria, année 1818, n* 9.
160 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
pas aux ignorants remploi de cette substance, attendons-nous à
voir presque invariablement figurer cette dernière au nombre
des circonstances étiologiques de l'accouchement mortel ou acci-
denté.
Enfin, pour terminer ce qui a trait à cette observation , notons
une particularité importante. Notre confrère signale expressément
que l'auscultation, quoique pratiquée avec soin, ne lui donna qu'un
résultat négatif; et cependant, le fœtus naquit avec des signes
manifestes de vie. Assurément, les hommes versés dans la pra-
tique obstétricale n'ont pas à être surpris de ce fait; car pour eux,
il est notoire que parfois les bruits cardiaques du fœtus se trou-
vent complètement dissimulés. Le tétanos utérin, après l'admi-
nistration de l'ergot, est une condition particulièrement favorable
à cette dissimulation. Aussi, et c'est là le point pratique que je
veux faire ressortir., n'est-il pas toujours exact de conclure du
silence cardiaque de l'enfant à la mort certaine de ce dernier.
La seconde partie du travail de M. Mandillon porte pour titre :
Sarcome congénital opéré par le thermo-cautàre, chei an enfant
de 4 jours. Guérison.
Permettez-moi, Messieurs, de résumer devant vous cette obser-
vation intéressante.
Le 1^'^ mai dernier, M. Mandillon fut appelé à traiter un enfant non-
veau-né, du sexe masculin et d'une forte constitution, qui portait, sur
répaulc droite, une tumeur du volume d'une petite orange. Cette
tumeur, régulièrement arrondie et presque sessile, mesurait 25 centi-
mètres de circonférence; son pédicule, haut de i centimètre seulement,
avait 1 diamètre d'environ 2 centimètres 1/â. Elle siégeait à la partie
supérieure et interne du moignon de l'épaule, à peu près à 2 centi-
mètres en dehors du bec de l'apophyse coracoïde. D'une consistance
généralement ferme qui rappelait celle de certains polypes f!bro-mu-
queux, elle était molle, comme fluctuante à sa partie supérieure, et
d'une dureté presque cartilagineuse dans son pédicule, où l'on consta-
tait l'existence de quelques battements artériels. Sa membrane d'enve-
loppe était rouge, luisante et parsemée d'arborisations veineuses, qui
partaient du pédicule comme d'un centre. Grâce à ces traits patholo*
giques de la tumeur et aux caractères normaux du tégument voisin,
la limite entre les deux se trouvait nettement tranchée. La peau de la
région offrait bien un rayonnement inaccoutumé de veines superfi-
cielles ; mais ces vaisseaux, après s'être amincis en approchant du
néoplasme, disparaissaient brusquement. Les attaches de la tumeui
étaient d'ailleurs toutes entamées, car on pouvait sans peine la faire
mouvoir sur les couches sous-jaceutes.
Ajoutons, à titre de renseignements, que la mère du petit malade
est une femme de 30 ans, vigoureusement constituée et dont la gros-
SEANCE DU 27 FÉVniER. 161
86886 (la cinqaième) a été exempte de toute complication. Les quatre
premiers enfants sont nés bien portants et normalement conformés.
Quant au père, c'est également un homme jeune et robuste.
De quelle sorte de tumeur s'agissait-il ici ? Notre confrère pensa
d'abord à un kyste ; mais une ponction exploratrice vint bientôt Téloi-
gner de cette idée. Les jours suivants, un îlot gangreneux s*étant ma-
nifesté sur le segment supérieur du néoplasme, une opération radicale
devint urgente, et finalement l'ablation de la tumeur fut décidée, sans
qu'on diagnostic précis ait été porté.
Le jeune âge de l'enfant et surtout la persistance des battements
artériels dans le pédicule firent préférer, comme instrument d*exérèse,
le thermo-cautère de Paquelin. L'opération, pratiquée le 5 mai par
M. Mandillon, avec le concours de M. le D^ Obissier, n'offrit ni diffi-
culté, ni incident. La section fut aussi nette que si elle eut été faite
avec le bistouri. Une seule artériole fournit quelques gouttes de sang.
Trois semaines après l'opération , la cicatrisation était complète , et
Teofant n'avait cessé, à aucun moment, de teter avec entrain. Deux
mois après cette ablation, la cicatrice, devenue blanche et lisse, n of-
frait plus que l'étendue d'une pièce de 50 centimes à 1 franc.
Quant*à la tumeur, elle ressemblait à la coupe à un sarcome parsemé
de petits foyers sanguins. A sa partie supérieure, on en remarquait un
de dimensions notablement plus grandes que les autres. Du reste, la
tumear ayant été adressée à M. Obissier et a M. Vergely, médecins
des hôpitaux, pour l'examen histologiq[ue, voici textuellement la note
qui fat remise à ce sujet par ces messieurs.
f Après macération dans une solution d'acide chromique (2 0/0)
pendant trois semaines, sur une coupe fine, à un faible grossissement,
00 voit un tissu ayant l'aspect fibrillaire, parsemé en certains points
de nombreux noyaux. Dans d'autres points, les noyaux sont rares et
Ifès-espacés. La substance intermédiaire est granulo-graisseuse ; on
tiDave quel(iues vestiges de cellules.
« A un grossissement plus fort, on voit dans les points les plus
jeunes de la tumeur, des cellules très-allongées, fusiformes, semées
sans ordre bien déterminé au milieu du tissu fibrillaire et amorphe
enTironuant. On découvre aussi quelques cellules rondes. Un certain
nombre de cellules fusiformes ont perdu leur protoplasme et sont
réduites à leur noyau. Le picro-carminate d'ammoniaque colore éner-
giquement le noyau, mais fort peu le corps de la cellule. A l'état frais,
on avait constaté l'absence de suc, et dans les produits du raclage on
avait trouvé des cellules fusiformes.
< En un mot, il s'agit d'un sarcome fusiforme (ancienne tumeur
fibro-plastique) en grande voie de régression granulo-graisseuse. »
Messieurs, les réflexions de notre confrère au sujet de cette
seconde observation, sont extrêmement brèves et ne contiennent
nen qui ne vous soit connu. Après les développements que j'ai
donnés à la première partie, je crois devoir m'arrêter ici, en vous
proposant :
162 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
i"" D*adresser â M. le D' Mandillon des remerciemente pour son
intéressante communication ;
â"* De déposer honorablement son travail dans les archives.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
CSomniiBiealioBs.
M. Lannelongue lit un travail intitulé : Note sur les ostéites
apopli/saires pendant la croissance.
Le sujet qui a fait Tobjet de ma communication a trait à un petit
groupe d*afTections occupant les apophyses des os avant leur sou-
dure délinitive. Les exemples que j'ai recueillis m'ont paru suffi-
samment nombreux pour indiquer ia fréquence de ces maladies, et
me permettre de vous donner l'esquisse d'une description qui fait
absolument défaut. Chercher à combler cette lacune me paraît d'au-
tant plus utile, que la question touche à certains côtés saillants de
la pratique de notre art, tels que : débridement des os, résections
de ces éminences, etc.
Vous savez quelle est l'origine des apophyses; elles dérivent
comme le reste de l'os du squelette cartilagineux primitif ; elles
subissent aux divers âges des modifications qui ont aveo ceUes
subies par les épiphyses la plus complète analogie. Pourtant toutes
les apophyses n'existent pas à la période fœtale du squelette carti-
lagineux ; quelques-unes ne se dessinent que dans les premières
années de la vie. Dès leur apparition elles suivent d'habitude un
développement parrallèle à celui de Tépiphyse voisine.
Les apophyses symétriques ont une conformation et un volume
identiques ; on ne trouve que de très - faibles différences en
rapport avec une prépondérance d'un côté du corps sur l'autre, ou
certaines habitude s professionnelles. Sans exception, toutes ont
une première phase exclusivement cartilagineuse ; a cette période,
l'apophyse consiste en une masse de cartilage, dont la forme rap-
pelle déjà celle de la même éminence ossifiée. Plus tard, au sein de
la masse apparaît un point osseux ; ce point osseux devient un noyau
chaque jour plus considérable ; il est isolé du reste de Tos par une
coque cartilagineuse , inégalement épaisse suivant les points.
L'apophyse est en voie de transformation; enfin, plus tard, ce car-
tilage disparaît par sections successives; Tapophyse est entière-
ment osseuse. Cette seconde phase, durant laquelle ces éminences
se transforment, a une durée de plusieurs années suivant les os;
c'est alors que ces saillies grandissent et se développent. C'est
aussi la période où elles sont le siège de troubles pathologiques,
sur lesquels je viens appeler votre attention.
SÂAKGE DU 27 FEVRIER . 163
Gonstittiées exclusivement par du cartilage à une première
période, leâ apophyses sont alors, comme ce tissu luiMnême, très-
réihK^taires aux actes inflammatoires; tout au plus subissent-elles
!e contre-coup des inflammations voisines qui accélèrent ou ralen-
tissent leur développement.
Par contre, le changement d'état des apophyses, leur transfor-
mation lente ou rapide, réclame pour se produire le concours d'une
irritation physiologique active, poursuivant son but de substitution
jusqu'à son dernier terme : Tossifloation complète après croissance
achevée. Sous cette influence, et pendant toute sa durée, se trouve
constituée une véritable prédispositon , une sorte d'imminence
morbide. Dès ce moment les apophyses peuvent subir primitive-
ment les mêmes atteintes que celles qui frappent ailleurs le tissu
osseoi.
Mais, comme le tissu osseux de l'apophyse est compris dans une
gangue de cartilage qui Tisole et le sépare du reste de l'os , il est
aisé de comprendre le cantonnement de l'affection dans l'apophyse
elle-même.
il faut encore invoquer l'influence de cette coque cartilagineuse
périphérique^ pour expliquer comment le mal peut avoir, pendant
ime longue durée une délimitation qu'il ne franchit pas. L'ostéite,
en occupant une région de l'os, est en quelque sorte indép)endante
de sa diaphyse et de son épiphyse ; et cet isolement devient un gage
précieux pour la sécurité des parties voisines. Mais si l'ostéite
s'accompagne d'une destruction de ce cartilage, ou simplement, si
elîehâte la soudure définitive de Tapophyse au reste de l'os, la
barrière a disparu, l'affection peut s'étendre dans tous les sens. La
direction la plus dangereuse est celle de l'épiphyse , car l'ostéite
peut alors être suivie de désordres articulaires promptement ou
lentement funestes^ J'en rapporte un exemple.
Les influences sous lesquelles se produisent les ostéites apophy-
saires sont le rhumatisme, la scrofule, ou la tuberculose hérédi-
taife, le traumatisme. Je donne successivement un exemple de
chacune de ces causes dont l'action se détache avec une netteté
hippante. Hais il est une cause nouvelle qui a joué un rôle actif,
direct et immédiat dans deux de mes observations ; c^cst la contrac-
tion des muscles s'insérant sur l'apophyse, contraction mise enjeu,
par l'exercice d'une profession nouvellement adoptée par les sujets.
L'observation suivante a uniquement trait à cette influence profes-
sionnelle.
i. L — Prince (Alphonse), âgé de 14 ans 1/2, tourneur en cuivre,
eitreàSainte^Eugénie, le 20 février 1818, salle Napoléon, n» 1.
Ub parents de cetenfant se portent bien ; ses grands-parents mater-
^ vivent oaoore. Ôes grands-^rents paternels soal morts, Tua
164 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
d^uno fluxion de poitrine, l'autre de vieillesse. Les trois frères de ce
enfant jouissent d'une bonne santé. Il est âgé de 14 ans 1/2 : c*est oi
grand gaillard, vigoureux, qui n*a jamais eu d'autres maladies cpiel
rougeole à 8 ans et de très-légères indispositions. Il a un squelett
très-développc. Cet enfant a grandi beaucoup depuis deux ans. Il tra
vaille depuis l'âge de 12 ans de Tétat de tourneur en cuivre, môtie
dur et fatiguant dans lequel il tourne constamment, faisant aller 1
pied du côté gauche. Dans ce mouvement il fléchit et il étend alterna
tivement la jambe en soulevant un peu la cuisse. Pendant les premier
18 mois il ne travaillait que quelques heures par jour ; depuis 6 moîf
il emploie la journée entière à tourner.
Il y a environ un an, il a commencé à se plaindre de petites don
leurs occupant la partie supérieure et antérieure de la jambe gauchi
au niveau de la tubérosité antérieure du tibia. Ces douleurs, dans le
premiers temps, étaient fort peu de chose et n'apparaissaient que trèf
irrégulièrement. Il s'en plaignait lorsqu'il se mettait à genoux« qu'
commençait à tourner le matin, et puis elles cessaient. Une longu
marche^ une journée de jeux ne les réveillaient pas. Elles n'existaiei
pas la nuit. Somme toute, elles n'étaient pas très-grandes ; pourtai
il les réveillait encore lorsqu'il venait à toucher sa jambe. Sa mère <
lui n'en auraient pas été autrement tourmentés, si, en môme temps qt
ces douleurs il n'était pas apparu un gonflement au niveau de la ivh
rosité antérieure du tibia; c'est pour ce gonflement qu'il est venu noi
consulter.
La tubérosité antérieure du tibia est beaucoup plus saillante
gauche qu'à droite. Elle fait une saillie en pointe ; elle surplombe
crôto du tibia en dépassant do plus d'un centimètre la saillie d'un y(
lume ordinaire de l'autre côté. L'augmentation de volume existe dai
tous les sens. Au-dessus d'elle, entre elle et la rotule, existe un crée
beaucoup plus prononcé que de l'autre côté. En même temps qu*el
est plus gonflée, la saillie de l'épine antérieure du tibia est douloureus
La pression, tout autour, sur les parties latérales et les tubérosités, i
provoque pas de douleurs, tandis que la pression sur la partie eu
minante et sur la partie gonflée produit une douleur assez grande
de môme la percussion à égale force, faite desdeux côtéS; provoqueui
douleur très-vive du côté gauche qui n'existe pas à droite. Mais c
môme temps ce qui m'a frappé tout de suite, c'est l'augmentation c
volume qu'a subie l'apophyse styloïde du péroné gauche. Examina
avec toute la rigueur qu'on peut apporter, l'augmentation en longuei
est très-sensible et je l'estime à un tiers de plus.
Longueur du tibia gauche, 31 centimètres.
Longueur du tibia droit, 3 millimètres de moins.
La longueur des deux tibias ne m'a pas donné un résultat ass*
sensible en faveur du membre malade, pour que j'en tienne compt
Ré/lcxions. — Dans cette observation, l'ostéite de la tubérosi
antérieure du tibia a été provoquée par l'exercice fonctionael <
membre. Dans ce mouvement de flexion et d'extension de la jamb
SÉANCE DU 27 FEVRIER. 165
répété des milliers de fois chaque jour, le triceps fémoral a déter-
miné une perturbation physiologique dans le développement régu-
lier de cette apophyse; la chose n*a rien d'étrange aujourd'hui,
depuis que les rapports des insertions des tendons et des cartilages
sont mieux connus. Contrairement, en effet, à ce que Ton pensait
autrefois, ce n'est plus une simple juxtaposition qui existe entre le
cartilage et l'origine du tendon, mais une véritable continuité de
Fun à Tautre : en un mot de la cellule cartilagineuse à la fibre ten-
dineuse il existe une continuité indéniable. On peut donc, sans hé-
sitation, dire que cette cause mécanique, par ses effets multipliés,
a en pour résultat Texcitation anormale du travail physiologique;
08 travail a dépassé son but, il est devenu pathologique. Je ferai
renaarquer que chez ce sujet, Taffection a été bornée à un dévelop-
pement exagéré de l'os, c'est-à-dire la formation d'une beaucoup
plus grande proportion de tissu osseux. En même temps, le tissu
osseux paraît être beaucoup plus consistant, il semble avoir les
qualités du tissu osseux condensé. Pareil ordre de phénomènes,
dérivant du même procédé, s'est produit sur Tapophyse styloïde du
péroné. Chez cet enfant, quelques jours de repos ont suffi pour
modérer et faire disparaître les douleurs, en même temps que la
claudication. Je lui ai conseillé de changer de profession, sous
peine par lui, d'être exposé à des complications plus fâcheuses dans
l'avenir. En effet, on peut dire ici que l'ostéite a été provoquée par
la profession, car, ni le passé de l'enfant, ni une influence hérédi-
taire, ni son apparence, qui est magnifique, n'ont concouru au
développement de l'ostéite; elle relève uniquement de l'influence
exercée sur le cartilage ossifiant par l'intermédiaire du ligament
antérieur de l'articulation du genou. C'est pour cela que j'ai con-
seillé au jeune malade la cessation de sa profession.
Dans l'observation suivante, l'apophyse ischiatique a été atteinte
sans cause immédiate, chez un enfant chétif, dont le père est mort
poitrinaire. L'ostéite a suppuré et nécessité la résection de l'is-
chion.
Obs. II. — Rousset (Adolphe), âgé de 6 ans, entré à Thôpital Sainte-
Eagénie, le 7 août 1877, salle Napoléon, n<> 40. Sorti le 28 décembre
18TÎ.
C'est un enfant chétif, pâle, d'apparence délicate. Pourtant il n'a eu
<IQe la rougeole à Tâge de 2 ans ; mais il s'enrhume fréquemment.
Il a perdu son père d'une affection de poitrine. Sans cause, sans motif,
il y a â ans, il commença à se plaindre de douleurs dans la fesse
^Q côté gauche ; il boitait de temps en temps ; on ne fit aucune atten-
lion à lui, il jouait comme les autres enfants. Deux mois plus tard,<4in
Nullement se montra à la partie inférieure de la fesse gauche, au ni-
veau du pli qui sépare la fesse de la caisse en arrière. Ce gonflement
m
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CUIR. 12
166 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIB.
s'ouvrit spontanément après quinze Jours de séjour au lit. Depuis lors,
il est resté un trajet fistuleux qui ne s^est jamais fermé. On Ta traité
par des injections iodés.
Au mois d'août 1811, il entre à Thôpital Sainte- Eugénie, et lorsque
je reprends mon service le 1" novembre, on constate Texistence d'oi
orifice résultant de Touverture de Tabcès. A cet orifice succède oii
trajet fistuleux qui se dirige en haut vers Tischion. Le stylet engage
arrive au fond de la cavité à 5 centimètres de profondeur sur une por-
tion de Vischion qui est dénudée, et offre une certaine résistance;
la pression no permet pas d^entrer dans l'intérieur de l'os ; mais ù
stylet se promène sur une surface de 1 à â centimètres environ.
L'exploration de l'ischion à travers les parties molles ne faisail
reconnaître qu'une légère augmentation de volume de cette éminence.
L'état de la hanche et de l'articulation sacro-iliaque examinés avec
soin ne révélait aucune lésion.
La suppuration qui s'écoulait par le trajet était médiocre, pourtant
la santé générale de l'enfant exprimait une certaine souffrance. La
respiration pulmonaire était d'une pureté parfaite. Il n*y avait pas
d'albumine dans les urines. Le 5 novembre, après avoir dilaté le tnget
fistuleux, je me bornai à ruginer la surface de l'ischion dénudé, et ji
restai frappé de la résistance que j'éprouvais à attaquer l'os.
Les suites de cette petite opération furent sans résultat d'abord;
elles devinrent même plus tard mauvaises, car la suppuration devinl
extrêmement abondante; l'enfant, pendant quelques jours, eut un pec
de fièvre, il ne mangeait plus.
Des lavages du trajet, des injections iodées et acidulées n*amenanl
aucun résultat, je me décidai à pratiquer la résection de la tubérosit^
de l'ischion. L'opération fut pratiquée le 12 décembre 1811. Elle fût
extrêmement simple ; après avoir agrandi le trajet par une incisioi
parallèle au bord inférieur du muscle grand fessier, j'arrivai prompte*
ment sur l'éminence ischiatique. En recherchant alors la résistance di
la partie dénudée, avec mon doigt, je trouvai une mobilité de l'émi-
nence ischiatique. Il me suffit alors de détacher faiblement les inser-
tions musculaires avec le détache-tendons, et j'obtins ainsi d'une pièce
tout le sommet de l'ischion. Je ruginai faiblement la portion osseuse
restante.
Les suites de Topération furent très-simples et surtout très-rapides.
Le 20 décembre, l'enfant était guéri, son trajet fermé ; je l'envoyai à h
convalescence, et les nouvelles que j'ai recueillies ces jours derniers
m'ont prouvé que la guérison était déOnitive.
Obs. III. — Elle est comme Tobservation II, un exemple de Tin-
fluence diathésiquo sur le développement de TafTection. L^apophysc
épineuse de la seconde vertèbre dorsale a été le siège du mal.
Godin (Cyprien-Dauphin), âgé de 11 ans, entra le 2 octobre 1811, î
rhôpital Sainte-Eugénie, salle Nupoléon, n* 12.
Trajet fistuleux consécutif à un abcès froid, à la suite d'une lésion d<
l'apophyse épineuse de la 2*' vertèbre dorsale.
SÉANCE OU 27 FÉVRIEH. 161
Cet enfant a eu la rougeole à 2 ans 1/â ; la coqueluche à Tâge de
4 ans. Après cette dernière maladie il eut des glandes au cou qui
n'ont pas suppuré, mais qu'on retrouve encore aujourd'hui assez déve-
loppées. 11 est assez grand, blond, et possède un certain nombre d'at-^
trilHits de son tempérament lymphatique : tels que tubercule médian
de la lèvre supérieure développé, altérations spéciales des dents, etc.
Ses parents se portent bien, mais son grand-père paternel est mort
phthisique. Il y a 5 mois, il a ressenti une douleur d'abord légère à la.
partie supérieure du dos. Cette douleur, que rien n'avait provoquée, fut
d'abord irrégulière et intermittente. Elle ne tarda pas a être suivie
d'un gonflement auquel succéda bientôt une collection purulente qui
fat ouverte par un médecin ; il sortit un peu de pus : Tenfant ne fut
pas arrêté, il ne souffrait nullement, d'ailleurs. L'ouverture restant
fistuleuse, il vint à l'hôpital le 2 octobre 1817. Quand je pris mon ser-
vice, le'l*' novembre, je constatai un petit orifice fistuleux placé au
niveau de la troisième apophyse épineuse dorsale; par cette ouverture un
stylet s'introduisait dans un trajet ascendant^ occupant la ligne médiane.
Ge stylet venait s'arrêter sur la saillie terminale de la seconde apo-
physe épineuse dorsale, et produisait un son dur osseux. Il déterminait,
en plus une mobilité de 1^ pointe de l'apophyse. L'examen de toutes les
parties voisines de ce trajet, appartenant à la colonne vertébrale, ne
faisait reconnaître aucune particularité qui rappelât une ostéite dé-
posant les limites reconnues par le stylet. L'enfant n'éprouvait aucun
des phénomènes du mal de Pott et, par la pression en dehors de la
ligue médiane, on ne provoquait aucune espèce de douleur. Par contre,
la pression sur la seconde apophyse épineuse était douloureuse et
produisait une mobilité manifeste de cette apophyse.
Le 9 novembre, je pratiquai une contre-ouverture sur le sommet de
l'apophyse» et avec de simples pinces il me fut facile d'extraire la partie
mobile d'un demi-centimètre de longueur ; elle ne tenait plus à la base
de l'apophyse qui était encore cartilagineuse. Les suites de cetto opé-
ration furent très-simples; et la cicatrisation était définitive le 17 no-
vembre.
r
Influence rhumatismale, — Dans robservation suivante le grand
trochanter ne s'est enflammé qu'après une attaque de rhumatisme
extrêmement forte, localisée à la hanche gauche.
Ob8. IV. — Dumales (Eugène), 8 ans, entré à l'hôpital Sainte-F^u-
génie, le 14 juillet 1876.
Son père est charretier, et lui-môme, quoique très-jeune, conduit
^elquefois le cheval de son père. Il se fatigue ainsi à faire de nom-
l^ïeuses courses.
On ne retrouve pas dans son passé de rhumatisme antérieur; il n'a
ÇQ que la rougeole et la coqueluche vers Tàge de 4 ans.
U dimanche, 9 juillet, il est pris brusquement de douleurs dans le
pied du côté droit. Ces douleurs, apaisées par des compresses d'eau-de-
^ie camphrée, reparaissent au milieu de la nuit et le lendemain; puis
168 SOCIÉTÉ DE GUIRURGIR.
elles changent de place et 86 localisent dans le genou droit. Celui-ci
gonfle légèrement.
Le 13 juillet, il éprouve des douleurs intolérables dans la hanche
du côté gauche, avec fièvre, vomissements, etc.
On le conduit à l'hôpital, le 15 juillet. Au premier abord, en exami-
nant le membre affecté, je crus, comme Tinterne de garde qui Favait
reçu, être en présence d'un ostéo-périostite à forme grave. Mais un
examen plus attentif et l'interrogatoire du début ne tardèrent pas à me
démontrer Tinexactitude de cette première impression. Le gonflemeni
du membre était à peine marqué à sa racine, et il y avait en plus une
contracture musculaire qui rendait tout mouvement de la hanche hor-
riblement douloureux. Enfin, la pression sur la tête du fémur, en avani
et en arrière, réveillait aussi les plus vives douleurs.
La fièvre était extrêmement vive, la température trés-élevée.
L'idée de rhumatisme que j'émis après cet examen fut confirmée pai
la suite : la jointure de l'épaule se prit 8 jours après l'entrée de cet en-
fant, et la hanche devint de moins en moins douloureuse. Enfin, l'ai
taque rhumatismale cessa, laissant après elle une raideur de la jointure
de la hanche qui m'obligea à faire quelques manœuvres douces pou
rétablir les divers mouvements de la jointure.
Ce fut sur ces entrefaites qu'il fut pris, dans les premiers jours d'oo
tobre (il ne s'était pas encore levé), d'un gonflement inflammatoire asseï
violent de la région du grand trochanter. Un abcès se forma et, pai
l'ouverture pratiquée à la face externe du grand trochanter, on arrivai
avec un stylet dans l'épaisseur de cette éminence en détruisant de pe-
tites lamelles osseuses friables. Un court trajet fistuleux en résulta
pour lequel aucune opération ne fut pratiquée; le malade, très-anémi
que, fut envoyé en convalescence le 30 décembre 1876. J'ai reçu avh
depuis que cet enfant avait succombé à La Roche-Guyon, le 29 jan
vier 1877, à une endocardite chronique, ce qui assurait encore la not<
rhumatismale de son affection.
L'observation V est comme robservation I, un exemple de l'in-
fluence professionnelle ; mais ici l'atteinte a été plus grave. J'ei
donne un résumé.
Obs. V. — Cuzin (Eugène) entre à Sainte-Eugénie le 14 février 1876
et sort le 11 mars 1876 ; il est couché salle Saint-Napoléon, n? 12. 1
est âgé de 11 ans et fait les courses dans un magasin. Il est assez fort
n'a jamais eu de glandes au cou, ni fait de maladies graves. Il se fa
tigue beaucoup dans son magasin ; à la suite de courses longues pen<
dant plusieurs jours, il ressentit une douleur assez vive au taloi
gauche ; malgré une légère claudication, il n'en continua pas moins i
travailler ; 15 jours plus tard, il se forma, sans fièvre et sans douleun
plus vives, une tuméfaction en arrière du pied. L'abcès s'ouvrit spon
tanément. Il y a maintenant un mois que la suppuration existe. L
15 février, on trouve une fistule placée en arrière du talon en face d
l'insertion du tendon d'Achille ; un stylet pénètre dans un trajet qu
le conduit dans l'os directement ; il s'enfonce à 1 ou 2 millimètres en
SÉANCE DU 27 FKVHIEU. i()9
Tiron dans la tubérosité postérieure du calcauéum, et il brise quelques
lamelles osseuses. Du sangs*écoule immédiatemout. La partie voisine
du calcanéum, postérieure et inférieure, est très-légèrement gonflée
dans une étendue qui ne dépasse pas 1 centimètre. Elle est doulou-
rease à la pression. Le 20 février, après avoir débridé le trajet, je suis
arrivé sur l'apophyse postérieure du calcanéum près de la face infé-
rieure de Tos ; j'ai agrandi Torifice qui s*engage dans Tes et j*ai enlevé
avec la i-ugine une série de lamelles osseuses; je me suis arrêté a lu
ligne cartilagineuse épiphysaire dont nous avons reconnu Tintégrité
par sa couleur et sa résistance élastique.
A partir de Topération, Tenfant a marché rapidement vers la gué-
rison. Le 1^ mars, j*ai retiré une petite lamelle osseuse engagée et,
le 11, il quitte Thôpilal guéri.
Obs. VI. — Ostéite suppuré de la tubérosité antérieure du tibia
ganche ; trajet fistuleux intra-osseux persistant. Extension du mal ù
Tépiphyse et à la cavité articulaire. Mort.
En mai 18T7, entra dans mon service, salle Saint-Napoléon, n'' 8, un
enfant mâle, âgé de 14 ans, qui portait sur la face ontérieure de la jaml)0
gauche, à son tiers supérieur, une collection purulente manifeste. La
peau qui la recouvrait était rouge et amincie. Le gonflement dépassait
on peu en hautVattache du ligament rotulien; il descendait 3 ou 4 cen-
timètres aa^dessous^ latéralement il s'étalait de chaque côté de la tu-
bérosité antérieure de l'os. Cet enfant racontait qu*il était tombé
10 jours avant sur le genou, et qu'il avait senti immédiatement après sa
chute une assez vive douleur. Néanmoins il avait toujours continué à
ntrcber depuis. Le gonflement remontait à 4 jours. A son entrée,
l'examen du corps du tibia, au-dessous de ce gonflement, et celui de
fépiphyse ne révèlent à la pression aucune espèce de douleur. L'arti^
eolatiou est saine et tous les mouvements sont faciles, sauf celui de
flexion au delà de l'angle droit, qui devient très-douloureux. L'abcès
68t ouvert, il s'écoule un pus verdâtre mélangé a quelques grumeaux ,
le lendemain, l'examen de la poche avec un stylet fait reconnaître un
trajet intra-osseux, pénétrant dans la tubérosité antérieure du tibia.
A partir de ce jour, il s'établit une fistule qui n'a pas cessé de suppurer
i&algré des injections acidulées faites quotidiennement dans ce trajet ;
J6 me disposais à envoyer cet enfant sur les bords de la mer, lorsque
tout d'un coup éclatèrent des accidents formidables du côté du genou.
Une inflammation extrêmement vive se déclara, suivie de phénomènes
généraux alarmants, vomissements, température à 40 degrés. Une
ponction pratiquée dans le genou m'ayant démontré l'existence d'un
épancheroent purulent que je soupçonnais, je traitai cet abcès arti-
culaire par de larges incisions et le drainage, procédé qui m'a donné
plusieurs succès à Sainte-Eugénie. Je ne comprenais pas à ce moment
<iue dans mon cas particulier la communication intra-articulaire avait
ROQr origine l'inflammation apophysaire. L'enfant succomba le 15 juil-
let aux suites d'une suppuration prolongé.
A Fautopsie du genou, nous trouvâmes la surface articulaire du
tibia ulcérée en plusieurs points, mais ce qui nous surprit biendavan-
i70 SOClÉTé DE GHIRUROnS.
tage, ce fut la communication avec Tarticle du trajet extérieur ouvert
dans la tubérosité antérieure ; ce trajet se dirigeait vers l'épiphyse en
plein tissu osseux et aboutissait à une ulcération du cartilage articu-
laire grande comme une pièce de 50 centimes.
Autour de ce trajet, le tissu osseux était plus mou, les lamelles
étaient friables et il y avait quelques fongosités qui se continuaient
dans le trajet.
Il me sufnt d'ajouter quelques mots sur le développement de la
tubérosité antérieure pour rendre clair et précis le mécanisme qui
a présidé à l'extension des désordres.'Lorsque Tapophyse antérieure
du tibia n'est encore que cartilagineuse, le cartilage qui la cons-
titue se continue par sa partie supérieure avec le cartilage de con-
jugaison. Plus tard, vers Tàge de 13 ans, apparaît le noyau osseux
de cette apophyse ; or, 6 à 8 mois après son apparition, ce noyaQ
se développe vers le haut de l'apophyse et il vient tendre la main
au noyau osseux intra-épiphysaire ; il s'établit donc promptement
un communication entre ces deux parties. Quant à la soudure au
corps de l'os, elle est beaucoup plus tardive.
Le récit des faits précédents me dispense de donner de plus
longs commentair^es sur la question, et de retracer le tableau des
diverses i'ormes d'ostéites auxquelles se rattachent ces faits. Je
puis donc me borner à formuler les conclusions suivantes qui les
résument :
1° Du jour où le premier point d'ossification les a envahies, les
apophyses osseuses sont exposées aux mêmes inflammations qu6
le reste de l'os ;
2° Les ostéites apophysaires subissent les influences générales
qui frappent les autres parties du squelette ; mais elles ont en plus
leur pathogénie propre ;
3° Au rhumatisme, à la scrofule ou à la tuberculose héréditaire,
il convient d'ajouter les influences émanant de l'exercice d'une
profession nouvelle, ou de la fatigue, qui mettent en jeu d'une
açon inaccoutumée l'action des muscles dont l'insertion se fait sur
une apophyse ;
4° Sous une forme légère, subaiguë, l'ostéite apophysaire n'a
pour résultats qu'une augmentation de volume, une hypérostose
désormais définitive, de l'apophyse atteinte. Quelques faits ayant
avec le précédent beaucoup d'analogie, dont je donnerai la relation
un peu plus tard, m'autorisent à penser que certaines exostoses
dite de croissance ont souvent la môme origine que les hypéros-
toses précédentes ;
5** L'ostéite suppurative est la forme la plus commune des ostéites
apophysaires ; ses conséquences sont celles des suppurations os-
seuses en général, mais elles sont moins dangereuses que les sup-'
SÉANCE DU 27 FÉVRIER. 111
purations épiphysaires proprement dites ; Tinflammation qui gagne
l'épiphyse après avoir débuté par l'apophyse a la même gravité
que l'ostéite épiphysaire primitive.
M. Maurice Perrin. J'ai eu l'occasion de rencontrer, chez des
adultes, des cas analogues à ceux que M. Lannelongue a observé^
chez les adolescents; ce sont des ostéites condensantes dont j'ai
cru pouvoir rapporter la cause soit à la goutte soit au rhumatisme.
Le premier fait a trait à un jeune homme de 20 ans, bien net-
tement rhumatisant, car il a eu une arthrite rhumati* raale, puis une
double sciatique; après ces deux attaques, il fut pris de tuméfac-
tion des deux calcanéum, principalement au niveau des deux
grosses tubérosités, sur lesquelles l'ostéite formait une nouvelle
tubérosité superposée. Ces ostéites se sont développées avec de
grandes douleurs, ayant l'aspect de violentes crises. Le traitement
général n*a rieu donné.
Dans la seconde observation, il s'agit d'un chef de bataillon,
qui n'a jamais eu de douleurs rhumatismales ou goutteuses, mais
dont l'aïeule a été goutteuse. A son retour d'Algérie, il fut pris, de
douleurs spontanées, d'une telle intensité que la marche était im-
possible.
Chez cet officier, ce n'est plus une saillie surmontant la tubéro-
sité du calcanéum, mais un gonflement de tout le calcanéum, c'est
une hypérostose condensante.
On crut que la syphilis pouvait bien expliquer celte lésion, mais
le traitement antisyphilique n'a rien fait gagner. Aussi serait-on
plus disposé à admettre l'influence de la goutte, dont on trouve
des manifestations de cette nature dans les ouvrages de Garrod et
de Gruveilhier ; mais dans les observations citées par ces auteurs,
l'influence goutteuse est évidente.
Chez un troisième malade, j'ai vu une hypérostose de l'épine du
tibia, s'accompagnant, non de très-vives douleurs, mais de gêne
assez notable. Dans ce cas, il était difficile de trouver une cause
quelconque.
M. Gillette lit une observation intitulée :
Phlegmon suppuré du ligament large gauche, étendu au petit bassin et
à toute la région pré-vésicale. — Ponction avec la seringue aspiratrice.
— Large ouverture sus-pubienne et lavages chloralés dans la poche
pumlente. — Drainage abdomino-vaginal. — Guérison.
Marie Guérin, âgée de 25 ans, femme do race noire el domestique
chez l'un de noB confrères, est forte et bien constituée ; elle a habité
Lima jusqu'à l'âge de 44 ans, et n'est venue à Paris qu'en avril 4861.
Réglée à 42 ans, elle a beaucoup souffert, dit-elle, a\\ moment où s'est
^lie pour la première fois la menstruation.
i72 SOCIÂTÉ DE CHIRUROIB.
Elle accoucha dans le courant de novembre 1816, à la Maternité, d*tti
enfant venu à terme, encore actuellement vivant, mais qu'elle ne pu
nourrir par absence de lait ; au bout des 9 jours réglementaires, o]
l'envoya au Vésinet : elle était loin cependant d'être entièrement réta
blie, car elle souffrait continuellement de douleurs lombaires et d
coliques du côté du bas- ventre ; elle ne resta que 8 jours à Tasile d
convalescence d'où elle sortit beaucoup plus souffrante qu'au momen
de son entrée et essaya de se soigner chez elle ; n'obtenant aucun*
amélioration, elle est admise à Necker où elle séjourne environ su
mois et qu'elle quitte à peu près dans le même état, c'est-à-dire pré
sentant toujours du côté des lombes et de l'hypogastre, des douleun
qui augmentent surtout par la marche, et se plaignant d'une inappé-
tence absolue. •
Ses règles n'étaient pas revenus. Elle garde le repos environ tu
mois dans sa chambre et se sentant un peu mieux elle se remet à tra
vailler pendant un mois et demi, mais elle ne tarde pas à retombe
malade, et entre à Beaujon le 10 août 1877 dans le service de M. Mon
tard-Martin, suppléé alors par M. Gouguenheim qui n'eut pas de pelo'
à diagnostiquer un phlegmon latéro-utérin gauche développé très-
pro))ablement dans le ligament large.
Le palper abdominal d'une part, et d'autre part le toucher vagina
révélaient du côté gauche une tuméfaction mal limitée avec induration
très-douloureuse à .la pression et formant avec l'utérus une mas»
unique, qu'il était, jusqu'à un certain point, possible de déplacer ei
totalité, mais non sans provoquer chez la malade une souffrance tràs
vive. Depuis quelque temps des douleurs spontanées, lancinantes
étaient ressenties, et de légers frissons avec élévation du pouls et di
la température, principalement le soir, faisaient légitimement supposeï
que la suppuration était proche si, toutefois, elle ne s'était pas dé(jf
produite. Sensibilité très-prononcée du côté du bas-ventre.
Au bout de quelques jours, en effet, l'examen des urines permit d<
constater qu'elles contenaient une grande quantité de pus : il n'était don(
pas douteux que le foyer s'était ouvert spontanément dans la cavité vési-
cale ; une rémission eut lieu du côté des symptômes généraux qui du-
rant les derniers jours avaient pris une grande intensité, mais elle ni
fut que de courte durée, car la malade, au lieu de se rétablir, continuf
à avoir de la fièvre et à accuser des douleurs lancinantes dans toute li
moitié inférieure médiane et gauche de l'abdomen.
Le 25 septembre, appelé par le Dr Gouguenheim pour examiner cette
femme, je constatai une augmentation du ventre assez notable, surtoul
dans sa moitié inférieure, et à la palpation je trouvai une tumeur qui
occupait l'excavation pelvienne, se prolongeait en avant de la vessie e1
était située à ce niveau directement en arrière des muscles grands
droits de l'abdomen. En déprimant la paroi abdominale, il était facile
do reconnaître que cette masse indurée, très-douloureuse à la pression
et rénitente, surtout dans la région sus-pubienne, remontait environ
jusqu'à deux travers de doigt au-dessous do l'ombilic.
La percussion donne de la sonorité au niveau de la fosse iliaque
SKANCB DU în FEVRIER. 173
droite qui est seulement occupée par les intestins ; à gauche, la sono-
rité existe aussi en haut, mais à mesure qu'on se rapproche de la
partie inférieure de la fosse iliaque et de la région sus-pubienne la ma-
tité devient de plus en plus prononcée et s'étend à toute la surface de
l'empâtement que nous a révélé le palper.
Par le toucher vaginal qui décèle une augmentation de chaleur de ce
conduit et une diminution de sa longueur, on sent que l'utérus est
iauDobile et refoulé en bas : le cul-de-sac antérieur effacé presque com-
plètement laisse à sa place une tumeur assez grosse, rénitente, se con*
tinaant avec celle qui se trouve en avant de la vessie et où le palper
SQS-pubien et le toucher vaginal combinés nous semblent relever net-
tement la fluctuation.
En résumé, ce phlegmon suppuré, limité d'abord à la partie latérale
gauche de Tutérus, s'était étendu au petit bassin et contournant la
vessie dans laquelle il n'avait pu se rider en entier; il était venu occu-
per tout l'espace de Redzius, affectant une disposition globuleuse ou
plutôt irrégulièrement piriforme à base inférieure ; les symptômes
généraux étaient des plus graves : le pus continuait à être rendu par
les urines en grande quantité.
Je fis passer la malade dans mon service et, au bout de deux jours,
constatant de l'œdème et une fluctuation nette au-dessus de la symphyse
pubienne, je fls à trois travers de doigt de cette symphyse une ponction
avec le trocart aspirateur. J'obtins un pus crémeux qui ne s'écoula que
très-difficilement, aussi, le 2 octobre, pratiquai-je dans la paroi abdo-
niinale, un peu à droite et à quatre travers de doigt au-dessus du pubis,
une ineisioD de 4 centimètres par où s'écoula au moins un litre de pus
crémeux, bien lié, sans fétidité, mêlé à quelques caillots sanguins :
J'introduisis par cette ouverture une grosse sonde en caoutchouc
rouge qui pénétra en arrière des muscles droits dans la poche, put
être poussée sans difficulté jusque dans le petit bassin et permit de
commencer à faire dans cette vaste collection purulente des injections
chloralées .
La malade fut un peu soulagée, mais seulement au point de vue lo-
cal: le palper était moins douloureux, mais l'état fébrile persista, et la
température, du 2 au 5 octobre, oscilla entre 39o,5et iO*. Tous les jours
on donne 30 centigrammes do sulfate de quinine.
^octobre. — La nuit a été mauvaise, frissons le matin, pas de
vomissement, la température s'élève à 41'*. Reconnaissant que le pus
s'écoule mal par la sonde introduite dans la cavité pré-vésicalc, je rc-
^Pc cette sonde et aussitôt je donne issue par l'ouverture, à l'aide do
pressions exercées sur l'hypogastre et le petit bassin, à une énorme
<iuantité de pus évidemment retenu dans le foyer et mélangé à un
peu de sang.
Jugeant cette incision insuffisante, trouvant de plus le cul-de-sac
^léricur du vagin encore très-tendu, je résolus de faire une contre-
ouverture au niveau de ce cul-de-sac, de pratiquer, en un mot, le drai-
^^ge abdomiDO-vaginal^ 8 octobre.
Pour arriver a ce résultat, j'introduisis parTouverluro hypogastri-
174 SOCIÉTÉ DE CniRURaiE.
que le gros trocarl courbe de Ghassaignac, que je dirigeai profondé-
ment et un peu à gauche, puis sentant, d'autre part, son extrémité sui
le cul-de-sac, à Taide de mon index droit placé an fond da conduit ▼«-
ginal, je n'eus, après avoir retourné l'instrument, qu*à en poasseï
avec précaution le manche pour faire ressortir la pointe dans le vagin:
le trocart retiré, et la canule restant en place, je fls cheminer aisément
un drain dans son intérieur. Une fois la canule enlevée, l'anse du tube
plongeait au milieu de la cavité purulente et ses deux bouts sortaient
Tun par l'ouverture abdominale, l'autre par la vulve : le pus s'éconU
alors librement, on continua matin et soir les injections chloralées et
à partir de ce moment, une amélioration très-sensible se produisit sur
tout dans les phénomènes généraux : l'abdomen devint moins ballonné
mais les douleurs du bas- ventre durèrent encore pendant longtemps
la présence du pus se retrouvant toujours dans les urines.
*25 octobre» — La malade ne se remet que bien lentement ; il s*es
produit au-dessus et en dehors de l'épine iliaque antéro-supériear<
gauche un petit abcès qui s'ouvre et reste fistuleux, une dizaine d<
jours environ, mais qui ne communique pas avec le foyer principal
comme on peut s'en assurer avec le stylet et en poussant une injec
tion dans sa cavité. Â l'examen de la région hypogastrique on trouvi
toujours de l'empâtement, mais la suppuration est très-modérée et L
tumeur diminue et se rétracte d'une façon manifeste.
40 novembre, — Toute suppuration ayant cessé, le drain est enleTé
mais la malade se plaint toujours de coliques qui paraissent être uté
rines, car, le 15, les menstrues réapparaissent, le sang est abondant o
très-coloré. Elle se lève tous les jours, et l'état général est très-satia*
faisant. Les urines sont redevenues presque normales et ne contien-
nent plus de dépôt purulent; il existe encore un peu d'empâtemeni
dans la région sus-pubienne, mais au toucher, on constate que le cal-
de-sac antérieur est entièrement libre.
10 décembre, — La malade a de nouveau ses règles et cette foie
sans aucune douleur : elle part pour le Vésinet le 19. L'utérus est
peu mobile, mais on ne retrouve plus trace de tumeur ni à la régiOE
hypogastrique, ni dans la cavité pelvienne. Les urines sont complète
ment normales.
Cette observation nous démontre :
1** D'une part, TinsufTisance de Touverture spontanée vésicale i
amener la guérison, à cause de ses dimensions trop étroites e^
non proportionnées à la quantité considérable de pus fournie pai
l'abcès pelvien, d'autre part, l'extension du phlegmon à tout k
petit bassin et surtout à la région anté- vésicale, ce qui n'est pat
la marche la plus habituelle de ces sortes de foyers ;
2** L'insuffisance d'une seule ouverture, même large, pratiqué(
dans la poche au niveau de la région hypogastrique^ à cause de U
déclivité de cette vaste poche purulente ;
S"* Le danger qu'il y aurait eu à attendre plus longtemps roi|-
siANGB DU 27 FéVRIBH. 1*75
verture spontanée du foyer, soit au niveau de la paroi abdominale,
soit au niveau du cul-de-sac vaginal ;
4" I/efflcacité réelle, au moins dans l'exemple que je viens de
rapporter, du drainage abdomino-vaginaL
M. BomET. Je donne des soins à une jeune fille qui a eu, dit-on,
un kyste de l'ovaire, qui se serait ouvert spontanément dans Tin-
testin. La guérison ne s'est pas effectuée , et la malade rend
par le rectum un pus infect ; lorsqu'elle est constipée, cet écoule-
ment s'arrête et il semble que le pus s'accumule au-dessus du
bouchon de matières fécales.
De temps en temps, l'écoulement cesse, la tumeur, que l'on
sent dans la fosse iliaque, grossit, devient douloureuse, et on voit
survenir des accidents généraux ; grâce à de grands lavements,
on obtient l'écoulement du pus et tout rendre dans Tordre.
Jen'aijamais pu trouver, dans le rectum, Touverture par laquelle
s'écoule le pus, il est probable qu'elle se trouve dans un point
très-élevé.
Je me demande, en me basant sur le fait dont vient de nous
parler M. Gillette, s'il ne serait pas possible de profiter d'une
époque où le pus ne s'écoulant pas, la tumeur serait le siège de
gonflement, pour ouvrir le foyer et tenter de faire une contre-
ouverture dans le vagin.
M. Séb. Je pense que cette intervention serait tout à fait
indiquée lorsque la tumeur paraît grossir par suite de la rétention
du pus.
M. BoiNET. Il y aurait cependant une grande difficulté, c'est que
jamais la tumeur ne m'a présenté de point fluctuant et il serait
nécessaire de faire une ponction au hasard.
M. GALETTE. L'ouverture spontanée des abcès dans Ses cavités
naturelles ne se termine pas toujours par la guérison ; car on voit,
souvent, persister des fistules.
Présentation de malade.
M. Sée présente un malade porteur d'une tumeur de la région
psrotidienne. Il y a 5 mois que cette tumeur a commencé à se
(développer et l'accroissement a été rapide. Ce malade a eu la
syphilis, il y a 2 ans, et, en l'absence de caractères mauvais,
^*Sée l'a soumis à l'usage de l'iodure de potassium. Le tr^tement
17G SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
a fait diminuer le volume de la tumeur, mais le diagnostic du siège
n'en reste pas moins très-douteux.
La séance est levée à 5 heures et 1/2.
Le secrétaire,
HORTfiLOUP.
Séance du 6 mars 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondanee.
La correspondance comprend :
1^ Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin générar'
de thérapeutique^ les Archives générales de médecine ;
2° La Gazette médicale de Strasbourg, le Montpellier médical^
V Union médicale et scientifique du Nord- Est y le Lyon médical, \&
Marseille médical, l'Année médicale y journal de la Société de
médecine de Caen et du Calvados, la Gazette médicale de Bon-
deaux, le Bordeaux médical, le Sud médical ;
3° Le Journal de médecine et de chirurgie de Boston, the Bri-
tish médical, the Practitioner, Centralblatt fur Chirurgie, la
Gazette médicale Italienne-Lombarde.
4° Une lettre de M. le D' Zuede, de Granvilliers (Oise), avec une
note sur deux cas de polype de la matrice (rapporteur M. Gtiéniot).
A Toccasion du procès-verbal, M. Desprès demande la parole.
J'ai examiné le malade que M. Sée a présenté dans la dernière
séance ; c'est un cas très-intéressant, mais je ne crois pas qu'on
doive y voir un accident syphilitique.
Il a déjà été présenté à la Société une observation d'inflamma-
tion chronique d'une des glandes salivaires, dont on a cru pouvoir
rapporter la cause à la syphilis. J'ai fait à cette occasion des
objections que je crois nécessaire de reproduire ici.
Le malade souffrait de douleurs vagues, que l'on combat par un
traitement mercuriel, des frictions en particulier, qui amène à
plusieurs reprises de la salivation .et; ensuite, survient un gonfle-
ment de la parotide.
Il y a, dans ce cas, des antécédents certains qui donnent une
SéilNGK OU 6 MAKS. 1^77
explication rationnelle de la tumeur que l'on nous a fait examiner,
parotidite chronique, suite de salivations répétées.
Les syphilitiques ne sont pas rares, et, depuis le temps qu'on
les observe, on n'aurait pu trouver que deux cas d'engorgement
syphilitique des glandes, je puis difficilement l'admettre et je
serais plus disposé à admettre que la syphilis ne joue aucun rôle.
M. le président annonce à la Société la perte qu'elle vient de
faire en la personne de M. Dupierris, membre correspondant à la
Havane.
M. le président* communique à la Société une lettre de M, Du-
montpalher, secrétaire général de la Société de biologie, annon-
çant la souscription pour élever une statue à M. Claude Bernard.
Sur la proposition de plusieurs membres, la Société décide
qu'elle se réunira en comité secret, à la fui de la séance, pour
examiner ce qui doit être fait.
Communieations.
M. Gaujot lit une observation intitulée :
Calcul de cystine. — Taille. — Guérison.
Le calcul que j'ai l'honneur de présenter à la Société a été
extrait par la taille périnéale pratiquée heureusement sur un
homme de 25 ans.
Les calculs de cystine sont rares. Ils occupent le dernier rang
dans Tordre de fréquence établi par S. Bigelow, entre les diverses
concrétions urinaires.
D'après Beale, leur proportion serait de 5 0/0. Mais celte pro-
portion est évidemment exagérée, selon la remarque de A. Ollivier
et 6. Bergeron (art. Calculs du Nouveau Dictionnaire de niéd, et
de cbir. pratiques).
En effet, sur 129 calculs, Taylor n^en a vu que 2 contenant de la
cystine.
La cystine se rencontre à l'état de gravier plus souvent qu'à
l'état de calcul. Elle est alors mélangée de phosphates, d'urates,
d'acide urique ou de carbonate de magnésie. Cependant elle
constitue quelquefois à elle seule le sable de certaines gravelles,
ainsi qu'il nous a été donné d'en voir un exemple sur un soldat de
b^de républicaine, âgé de 34 ans.
Les gros calculs de cystine pure sont fort rares. Ils s'observent
plus particulièrement chez les adolescents et jusqu'à l'âge de 25 à
30 ans. Civiale, dans son traité de l'affection calculcuse, 1838,
déclare en avoir vu 4, dont 2 ayant le volume d'un petit œuf de
178 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIB.
poule. 3 de ces calculs furent broyés au moyen de la lithotritie ;
le quatrième retiré par la taille. Un segment de ce dernier est
au musée Dupuytren.
Dans son étude sur la gravelle, 1857, Raoul Leroy d'Étiolé
rappelle le fait de Lenoir qui, en opérant de la taille deux enfants,
deux frères, trouva dans les deux cas un calcul de cystine. Il dit
que Leroy d'Étiolé père, pendant sa longue pratique, a rencontré
seulement 4 calculs de ce genre, dont 3 chez des femmes, qui en
furent débarrassées par la lithotritie : enfin , lui-même en rap-
porte un nouvel exemple observé chez une jeune fille de 8 ans,
et dans lequel le calcul avait au moins 4 centimètres de dia-
mètre. H. Thompson {Traité pratique des maladies des voies
urinaireSy trad 1874) n'en a opéré qu'un seul dans le cours de sa
carrière.
Le calcul que nous avons extrait est de forme régulièrement
ovoïde, de couleur jaune un peu foncé, rappelant celle du café au
lait Sa surface rugueuse indique sa constitution par agglomération
de grains cristallins.
Ses dimensions sont :
Grand diamètre 0,044, avec les tenettes en plus 0,05
Petit diamètre 0,032 — 0,036
Épaisseur 0,026 — 0,03
Diamètre oblique par lequel il a été saisi avec
les tenettes 0,042
Son poids est de 28 grammes. Il se laisse facilement scier. A la
coupe, sa structure parait homogène, sans noyau, ni couches de
composition différente. Sa substance est grasse au toucher,
cireuse, susceptible d'un beau poli, assez friable.
L'analyse exécutée pai* M. le D" Poigne, aide-major stagiaire à
l'école du Val-de-Grâce, a donné les résultats suivants :
Chauffé sur une lame de platine, ce calcul brûle avec une.
flamme rougeâtre, en répandant une odeur particulière. Par calci-
nation, il donne très-peu de cendres. Ces cendres sont neutres
aux papiers à réactifs. La réaction avec l'acide azotique et l'ammo-
niaque ne décèle aucune trace d'acide urique. La substance du
calcul se dissout presque complètement dans l'ammoniaque. Sa
solution ammoniacale évaporée laisse des tablettes hexagonales
de cystine bien caractérisées à l'examen au microscope. Le calcul
pulvérisé se réduit en aiguilles cristallines rayonnées, parfaitement
distinctes à un faible grossissement.
L'analyse quantitative montre que le calcul est composé de
cystine presque pure. Celle-ci est associée à quelques autres
substances dans les proportions suivantes ;
SÉANCE DU 6 MARS. 179
Matières inorganiques (avec l'eau) 12,083
Matières organiques 87,917
100,000
eau 2,43
Matières inorganiques \ pl^osphate de chaux )
chlorures (traces) . . \ 9,653
sulfiites I
cystine 87,54
Matières organiques ) mucus 1 ^ «--
matières grasses.. . j
L'homme qui souffrait de ce calcul est un artilleur, originaire du
département du Nord, préposé des douanes avant l'incorporation,
d'une constitution assez bonne, n'ayant jamais été malade avant
l'âge de 23 ans. En juin 1875, blennorrhagie accompagnée d'ar-
thrite du genou gauche, pour laquelle cet homme resta plus d'une
année à l'hôpital ou en convalescence. En octobre 1876, premiers
symptômes de cystite; celle-ci devint bientôt purulente.
Lors de l'entrée du malade dans notre service de clinique chirur-
gicale au Val-de-Grâce, le 30 mai 1877, la cystite s'accusait par de
fréquentes envies d'uriner, de douleurs vives à Thypogastre et au
périnée, des urines fort altérées. L'urine, en effet, était sanguino-
lente depuis plusieurs mois ; elle contenait un dépôt abondant de
pus, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, et elle
exhalait une odeur ammoniacale prononcée. La vessie, Irès-irritée,
ne tolérait qu'une petite quantité de liquide.
Un premier cathétérisme explorateur fit reconnaître aussitôt la
présence du calcul. Mais il donna lieu à un écoulement de sang
assez abondant, et fut suivi d'un violent accès de fièvre avec
frissons pendant cinq heures. Le cathétérisme répété douze jours
après, eut les mêmes conséquences. Il en fut de même d'un troi-
sième cathétérisme exécuté avec un lithotriteur. Ce dernier fournit
îuelques notions sur le volume du calcul sans permettre d'en
apprécier les autres caractères. Du reste, les données relatives à
la consistance et à la composition de la concrétion urinaire Impor-
tent peu dans ce cas, la lithotritie paraissant absolument con-
tre4ndiquée par l'état de la vessie et les accidents observés après
chaque cathétérisme.
^juillet, — La taille prérectale est pratiquée d'après le manuel
opératoire ordinaire et, conformément à la manière de faire
adoptée par notre collègue Sarazin. C'est, d'ailleurs, la quatrième
^Ue prérectale que nous exécutons avec succès par ce procédé,
^opération ne donna lieu à aucun incident. Le lithoLôme fut ouvert
180 SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
entre 0,040 et 0,045. Le calcul, saisi avec des tenettes courh
ordinaires, par sou diamètre oblique, fut extrait aisément sans
laisser entamer. Pas d'hémorrhagie.
Quatre heures après Topération, hémorrhagie abondante ayi
sa source dans la profondeur de la plaie, au niveau du col vésic
Elle est arrêtée par Tapplication de la canule à chemise, sa
tamponnement. Peut-être cet accident eût-il été évité, si no
avions eu recours à remploi préventif de la canule, que no
avions cru pouvoir négliger dans ce cas, en Tabsence de Thème
rhagie primitive. Il semble donner raison à la pratique de Sara:
qui place la canule après toute opération, alors même que Técou
ment de sang est bien arrêté.
Les suites de l'opération furent des plus simples.
Le quatrième jour, la canule fut retirée.
Le huitième jour, le col de la vessie commença à retenir l'urii
Le douzième jour, l'urine s'engagea en partie dans Turèthre.
Le dix-septième jour, la plaie cessa de laisser passer Turii
Elle se cicatrisa tout à fait dans les jours suivants.
Sortie, le 14 août, c'est-à-dire cinq semaines après l'opératH
Guérison complète ; miction régulière ; urine normale.
Communication orale sur la désarticulation coxo-fémorale,
M. Farabeup. Dans son mémoire lu sur ce sujet, à l'Acadén
de médecine, M. Verneuil avait exposé un nouveau procédé opéi
toireet examiné le pansement qui lui semblait remplir les meilleui
indications.
L'Académie ne s'est occupée que du pansement et a laissé
côté toute la question de médecine opératoire ; je crois cependi
que l'exécution matérielle de l'opération joue un rôle considérai
et je vous demande la permission de vous exposer le résultat
mes recherches.
Comme je viens de vous le dire, le procédé opératoire a u
grande importance, car les trois quai*ts des opérés meurent, di
un court délai, soit de l'opération elle-même, soit des accidents <
ont précédé immédiatement l'opération et l'accident principal •
certainement l'hémorrhagie produite par le traumatisme.
Il est donc indispensable de choisir un procédé qui remplii
plusieurs conditions :
1** Etre facile, et par conséquent permettre au chirurgien de
pas hésiter d'opérer immédiatement et d'arrêter ainsi rhém<
rhagie préopératoire qui, dans les cas traumatiques, doit avoir,
SBANGS DU 6 MAR8. 181
on la laisse durer, une influence nocive bien supérieure à rhémor-
rhagie opératoire elle-même;
^ Etre rapide j afin d'abréger la durée de Thémorrhagie opéra-
toire, ne fût-ce que par les capillaires ;
3* Être bémostatiquej afin de réduire au minimum Técoulement
de sang inévitable dans toute désarticulation.
Oq est donc en di*oit de dire que par le choix du procédé, le
chinirgien peut beaucoup pour atténuer la perte de sang.
Sans insister sur les règles applicables à toute opération, je
rappellerai qu'en thèse générale, une plaie petite vaut mieux qu'une
grande plaie, car elle saigne moins, suppure moins et absorbe
moins.
De plus, je crois qu'il est préférable de tailler les chaif s comme
sien voulait obtenir la réunion immédiate, dût- on ne pas la tenter,
car la réunion définitive se fera plus facilement et le moignon sera
plus régulier.
Avant d'entrer dans l'exposé de tous les procédés qui ont été
proposés pour faire la désarticulation coxo-fémorale, je vous
deouinde la permission de vous rappeler en quelques mots la dis-
position des artères qui entourent Tarticulation de la hanche.
Pour arriver sur l'articulation, sans faire de ligatures, il n'y a
qu'un seul côté, c'est la région externe du grand trochanter ; mal-
heureusement la tête du fémur est supportée par un long ool qui
l'enfonce profondément dans les muscles, disposition qui rend
diiBcile la désarticulation.
A la région antérieure se trouve la fémorale qui donne : la petite
artère musculaire au couturier, les deux honteuses externes dont
l'inférieure fait partie de la cuisse, puis l'artère fémorale profonde
avec les circonflexes ; le triangle de Scarpa est donc irrigué par la
fémorale primitive et, si on la liait au-dessus de la petite muscu-
laire, on pourrait ischémier le lambeau antérieur.
A la région interne, se trouve l'obturatrice qui se distribue dans
les dix {Nremiers centimètres de la cuisse, elle sera donc peu à
redouter si l'incision porte un peu au delà.
A la région externe, au-dessus du trochanter, la fessière donne
deux rameaux qui s'anastomosent avec la petite musculaire et les
circonflexes.
En arrière de l'articulation, se trouvent des branches nombreu-
ses et importantes de l'ischiatique.
^'arrive maintenant à la revue des principaux procédés qui ont
ité proposés ; j'en ai trouvé 45, sans gi*andes recherches et, dans
ce nooÂre je ne compte pas le procédé de M. Verneuil ni celui de
JL Guyon.
BULL* BT MBM. DB LA BOG. DE CHIR. I.S.
189
Le premier procédé a été décrit, en 17S9, par deux élèves '
Morand : Pulhod et Wohier.
Ils commençaient par lier les vaisseaux ; puis, n'osant pas gard
un lambeau antérieur par crainte de la gangrène, ils taillaient, apr
avoir placé le malade sur le ventre, un lambeau postérieur, de
cendnni à 5 doigts do la racine du membre, et ils désarticulaîe
en arrière.
Pryce, de Glascow, en 1827, employa le lambeau postvrieur av
succès. Il fil une incision parallèle au ligament de Fallope, lia I
vaisseaux, désarticula en avant et tailla un lambeau postérieur i
plutôt postéro-interne. {V. %. i.)
e mii. of. de
Gantfwr dit que Langenbeck fut obligé, une fois, de se contei
ter d'un lambeau postérieur.
Le lambeau externe n'a jamais été pratiqué qu'accidentelleniffl]
Jiiijcr, après une amputation de cuisse, reconnut que le fémi
élait fissuré : il fit une incision antérieure et désarticula en conu
' vant un lambeau externe.
Soupart a cependant figuré un procédé à lambeau externe qa
appelait procédé elliptique. (V. Sg. 2.) Je crois inutile de faire K
marquer combien ce procédé est mauvais, au point de vue de l'ai
veloppement de l'ischion.
Le lambeau interne a été décrit en 1759, dans le Journal t
Vaadermonde, 2* partie, par Moublel, dans une longue et impoi
tante étude théorique de la désarticulation de la cuisse. IlconseiUt
1" de lier les vaisseaux, nerls el muscles voisins au moyen d'ui
sèauch du C UAim.
183
gnaàe aî^ille, après avoir fait une iDCision cruciale; 2* <le tailler
un assez court lambeau interne de bas en haut et de couper, en
dehors, assez haut pour qu'on ne puisse pas voir là un lambeau
eiterne (V. %. 3, cuisse gauche).
Delpecb, en 1828, commenta par lier l'artère, puis il tailla par
transflzioQ ud lambeau interne Irèâ-long et pointu, désarticula,
puis réarticula pour couper en arrière (V. Gg. 3, cuisse droite). Il
donne le conseil de garder à la fesse moins de peau que de
muscles. Malgré la ligature préalable, il fut obligé de faire une
seconde Uj^ture, à cause d'une hémorrhagie par anastomose.
Plusiflui-6 chirurgiens ont employé ce procédé, mais le lambeau
interne s'est quelquefois gangrené.
Blaaiua, en 1838, conseilla de faire la ligature préalable, puis de
tailler un lambeau interne pointu qui, après flexion, serait reçu
dans un sinus de même ouverture à cheval sur le grand trochanter.
Le lambeau antérieur a été proposé en 1805 par Pianlade; il
taillait un lambeau antérieur carré à la Ravaton, comme La Paye
le faisait pour l'épaule, il relevait son Lambeau, désarticulait et
sortait derrière en gardant un petit lambeau. (V. fig. i, cuisse
droite).
Aahmead, au commencement du siècle, dessinait et relevait un
lambeau antérieur cutané arrondi (v. %. 4, cuisse gauche), liait
les vaisseaux, coupait les muscles, désarliculait et coupait ensuite
les muscles de la région poslérieure.
En 1836, Baudens exécuta sur le vivant un procédé inventé en
1826. II Ht comprimer l'artère, puis il tailla par transfixion un lam-
beau de 22 centimètres, en rais.int sortir son couteau notablement
1«4
SOCtiTB DE CBIRURaW.
en avaot de l'ischion. Le lambeau relové, il désarticula et coup
les muscles de la région postérieure en sortant. (V. ûg. 5, cui»
gauche.)
Manee (v. %. 5, cuisse droite) et Lenoir désarticulaient apri
avoir coupé les chairs postérieures,
J. Roux, cité par Malgaigne, disséquait la contour d'uQ Unbei
antérieur cutané, coupait les muscles de la région antàrionmpi
transfixion, liait alors les vaissaux. Il coupait et disséquait la pM
en arrière, puis il désarticulait et tranchait les muscles de lar^iîo
postérieure en sortant.
Lahuetle, en 1748, conseillait de Taire un lambeau ao^/v-iotora
Après avoir comprimé l'artère, il coupait du sommet du trochanh
â l'ischion, il désarticulait et en sortant il taillait un lambeauant^
interne (V. /ig. 6).
Dupuytren tailla, de dehors en dedans, un lambeau aaiêrtyiatèn
de4 à 5 pouces ; l'ayant relevé, il désarticula et en sortant flt-^
lambeau postéro-inteme très-court (V. âg. 7, cuisse droite). ' ■
En 18$1, Lenoir a proposé un 2* procédé qui n'est autreàn
celui de Lahneite.
Les deux lambeaux interne et externe ont été mis en usage fW
Alexandre Biandin en 1795, sur un soldat auquel un boulet d
canon n'avait laissé que quatre pouces de cuisse; après avoir li
l'artère, il tailla deux lambeaux de bas en haut (V. Ûg. 8, ouiss
droite).
A. Biandin exécuta deux fois ce même procédé, et Perret, un
fois.
//, Lavrey a décrit, dans sa clinique, un premier procédé
double lambeau, it taille le lambeau interne par ponction, puis
l'externe et enfin il déBarticule.
- Cuiase draU«, proche i'A. Bl*n-
B. Larref; culase gauche, pro-
Kent, d'après Lisrrano, taillait par tran&flxion un grand lambeau
inleme, désarticulait et luillnitle lambeau externe en sortant.
HiBUuick et Syme dessinaient et relevaient le lambeau externe,
tlùirticulaient et taillaient le lambeau interne en sortant.
Lisfranc taillait le lambeau externe ^ar ponction, il liait les vais-
^ux, taillait le lambeau interne et désarticulait.
Vager et Wallher taillaient le lambeau interne Irês-largement
M BorUnt.
l^s Imnbeaax antérieur et poslérwur ont été proposés par Bé
dard, Sanson et Begin, Marceilin Duval.
Béclard taillait son lambeau antérieur par ponction el son lam
beau postérieur de même longueur, en sortant de l'articMilatioi
(V. Fig. 9, cuisse ^uche).
Sanson et Bùgin disséquaient deux lambeUix cutanés (V. Bg, f
cuisso droite),
i)ura/ conseille deux lambeaux taillés à petits coups de dehor
en dedans.
La méthode ov&laire, dite de Scoutatten (1827), a été emplOTé
à la fin du xvni* siècle, par Kerr de Northampton (v. Bg. 10, oata
t^auche), par Coemiau, Guntlier, Langenbeck qui déuuitjij|li
en arrière comme Lalouette ; par tlulbrie qui dessinait un JÉÉi
beau courbe antéro-interne très-large et postéro-exIarDÉivh
étroit (v. lig. 10, cuisse droite) ; par Velpoau dont le lutdMMpi
téro-iiiterne était plus court; [lai- FoalUoy, en 1841, .qui 00Éli3||
après avoir incisé la capsule, de \a soulever avec le scalpel pot^A
ciliter l'entrée de l'air dans rarticulation (V. %. 11, cuisse droÂM
Alanson, Abcrnelliy, Sanson (v. /Ig. 12, cuisse droite), Coràôtl
Grœfc ont employé la nicthotie r.irculah-e. Ils amputaient A la T^
gion supcneure de la cuisse, puis ils allaient désarticuler en creu
sanl avec un couteau,
La ni'-tlwde rirculaJro a été modifiée par l'adjonction de deu
incisions faites en avant el en arrière (V. /ig. 12, cuisse gauche'
B. Bell conseillait d'exécuter de préférence te procédé. Rose
l'a employé par nécessité, parce cju'api-ès avoir amputé la cuisst
devint nécessaire de désarticuler la tôle du fémur.
SÉANCB DU 6 UAKti.
im
La métbodo circulaire avec une 3eu\e incision externe a été pro-
posée, en 1768, par liavalo/t. Il voulait faire une longue incJBion
depuis le Irociianter jusqu'au genou, dénuder ensuite le fémur qui
était brisé, puis saisir le fémui' avec la main, décoller le périoste et
la capsule, désarticuler et terminer par une amputation circulaire.
Il faut croire, d'après certains détails de l'observation, que mal-
gré ces précautioQS, il redoutait encore rtiémorrhagie (V. fig. 13,
cuisse droite).
Veitch, 1807, pratiqua une amputation circulaire, en ayant soin
de conserver une longue portion du fémur; après avoir fnit toutes
les. ligatures, il fit une incision externe et saisissant le fémur comme
iiQ manche, il disséqua les muscles et la capsule (V. ilg. \'è,
cuisse gauche).
Esmarcli, au lieu de conseiller, comme Veitch, de laisser une
longue portion du fémur, dit qu'il faut se servir d'un fort davier.
LacBueliic suit les os, comme pour une résection, Jusque dans
l'articulation.
Enfin, pour terminer cette longue énuméralion, je citerai le
2* procédé de Larrey (/îy.li, cuisse droite) et celui de H. Verneuil,
ou raquette à queue antcrienre {Fij, 14, cuisse gauche).
De tous ces procédés, quels sont ceux qui remplissent le mieux
les indications tirées soit de la disposition anatomique, soit des
suites prochaines ou éloignées de l'opération?
IjC meilleur procédé est celui qui permet de ;
f Envelopper l'ischion;
1^ SOCISTB DE GMIRUROXB.
2^ Obtenir un bon accollement des lambeaux et un écoulemeni
facile du pus ;
3« Éviter les surfaces couples obliquement ;
4* Perdre peu de sang ;
5® Pouvoir facilement désarticuler et extraii*e les esquilles.
Revenons sur chaque point particulier.
i* Envelopper Tischion, — Tous les procédés bien exécutéi
peuvent satisfaire cette indication, sauf le procédé à lambeau ëx
terne.
2** Obtenir un bon accollement des lambeaux et un écoulemen
facile du pus. — Les meilleurs procédés sont ceux qui donnent u»
cicatrice transversale, par conséquent : le lambeau antérieur, Fin*
cision ovalaire, les deux lambeaux antérieur et postérieur, etc.
En revanche, je repousserais le procédé à lambeau postérieur^ (
lambeau unique, soit interne, soit externe, ou à deux lambeau
latéraux, qui se rapprochent difficilement pour se réunir d'avanlei
arrière.
3* Éviter les surfaces musculaires coupées obliquement. — Pew
obtenir ce résultat, il faut abandonner les procédés à lambeaux, el
rechercher les procédés dans lesquels on rase exactement les os.
4« Perdre peu de sang. — Avant de rechercher la solution de cette
importante question, permettez-moi de vous rappeler combien le
compression dans les désarticulations de la cuisse est un moyei
difficile et infidèle.
Comprimer Taorte, ainsi que cela a été proposé, n*est chose
possible que sur les individus dont la paroi abdominale peut se
laisser déprimer, comme chez les femmes qui viennent d'accou-
cher.
Comprimer la fémorale au pli de Taine est presque impraticaUc
dans une opération qui exige, comme la désarticulation de b
cuisse, de nombreux mouvements du membre.
Je ne vous parle pas de la compression de Tiliaque par le rec-
tum, qui me paraît peu sérieuse.
Ne pouvant pas compter sur les résultats d'une bonne compres-
sion, il faut donc choisir soit un procédé qui permette de lier vite,
soit un procédé qui ouvre peu d'artères ou lout au moins qui ouvre
seulement les extrémités des artères.
Je ne passerai pas en revue tous les procédés que je viens de
citer et je ne veux insister que sur les procédés recommandables.
Les procédés à lambeau antérieur ou à 2 lambeaux antérieur el
postérieur, si brillants d'exécution, sont ceux où le sang est k
moins épargné.
En faisant un lambeau antérieur, si on le taille par transflxion.
on ouvre, au i*' temps, la fessiôrj en dehors, les branches de la
séANGB DU 6 MARS. 189
fémorale qu'on peut» il est vrai, lier ou comprimer, et enfin l'ar-
tère obturatrice en dedans.
Au 2* temps, on ouvre Tischiatique et de nouveau la fessière et
l'obturatrice.
Et ces incisions portent sur de gros rameaux.
Si on taille le lambeau de dehors en dedans, comme Mar-Duval,
pas une des branches de la fémorale n'échappe, non plus que les
terminaisons de la fessière et de Tobturatrice, sans parler des
veines. Il est vrai qu'on peut lier à mesure, mais quel temps em-
ployé!
Dans le procédé ovalaire on ouvre, en avant, toutes les branches
musculaires et circonflexes de la fémorale, et en arrière, la fes-
sière et rischiatique à une très-grande profondeur.
Je crois que ce rapide exposé suffit pour faire comprendre les
raisons qui ont fait abandonner ces procédés et qui ont encouragé
les chirurgiens à en chercher d'autres, peut-être moins brillants,
mais plus hémostatiques.
Pour y parvenir, il faut choisir des incisions qui permettent
de raser les os, tels sont le procédé circulaire à fente externe et le
procédé circulaire à fente antérieure, c'est-à-dire la raquette ex-
terne ou l'antérieure.
Le procédé circulaire à fente externe peut s'effectuer de deux
açons :
1* Commencer par faire l'amputation circulaire ; dans ce cas, on
ouvre la fémorale et ses branches, mais on n'ouvre que les ramus-
cules extrêmes de l'obturatrice et de l'ischiatique ;
2* Commencer par la fente externe; dans ce cas, on n'ouvre
aucune artère avant d'avoir désarticulé, mais c'est un procédé dif-
Dans le procédé circulaire à fente antérieure, si on a la précau-
tion de lier les vaisseaux primitifs, le champ de l'opération est is-
chémie, et la coupe circulaire se fait au-dessous des territoires de
l'obturatrice et de l'ischiatique; j'y reviendrai plus loin.
Enfin reste la cinquième indication : pouvoir facilement désar-
ticaler et extraire les esquilles, que je veux étudier seulement
<ians les procédés hémostatiques.
Dans le procédé circulaire à fente externe, la désarticulation est
difficile, ainsi que nous l'a fait remarquer M. Guyon ; et, même,
si on scie le fémur, avant de désarticuler, il y a encore de grandes
difilcaltés, parce que la fente ne peut remonter assez haut si l'on
veut réellement épargner la fessière.
Dans le procédé circulaire à fente antérieure, la désarticulation
^t beaucoup plus facile et beaucoup plus rapide.
190 SOGIBTR DE CHIRURGIE.
De cette discussion, on peut conclure que peu de procèài^
répondent complètement à toutes les indications que je viens d'énu
mérer ; je crois qu'il est possible de les remplir en opérant de l
manière suivante :
Après avoir appliqué la bande d*Esmarch, je fais une incisioi
qui, commencée sur les vaisseaux, est légèrement inclinée en de
hors, devant le col du fémur ; à son extrémité inférieure, je tr ao
soit une incision transversale, soit deux incisions courbes, qu
donnent une forme lambdoïde. Je lie Tartère fémorale primitive
d*abord, ensuite la veine, dont il faut redouter l'écoulement d(
sang; cette ligature suflit pour arrêter la circulation des artèrei
du triceps fémoral, des artères circonflexes ; la seule hémorrhagi<
à craindre est celle qui serait produite par anastomose.
Je dissèque la peau en dedans et en dehors, puis je coupe b
couturier, le triceps ; faisant faire la rotation en dehors du mem-
bre, je désinsère le tendon du psoas que j'attire au dehors avec
le doigt qui trouve au fond de la plaie la face aniérieure de la cap-
sule de Tarliculation coxo-fémorale.
La capsule étant bien découverte , je l'incise en lon*^ et je
désinsère de la base du col, la lèvre interne, puis la lèvre externe;
avec un détache-tendon, je continue à sé;)arer les muscles qu
s'insèrent en avant, en dehors et au-dessus du trochanter, et je
trouve alors le col du fémur complètement à nu. Si le fémur est
cassé, je saisis le col avec mon davier et, facilement, je fais sortit
la tête de son cotyle ; si la cuisse est entière, un simple mouve-
ment de rotation en dehors, aidé par le poids du membre, produil
la luxation.
L'opération se termine rapidement, après la dénudation de If
partie postérieure (\u trochanter et du fémur, par la section des
muscles postérieurs de la cuisse, dans une région où les artèree
ne sont plus qu'à l'état de ramuscnles. Dans un dernier temps je
résèque le nerf sciatique.
Pour terminer cette longue communication, je me résumerai,
en disant :
1» Qu'on lie ou qu'on ne lie pas les vaisseaux primitifs, il n'y t
pas d'autre moyen d'épargner le sang que de raser Jes os, cTéiiu-
clcer l'extrémité supérieure du fémur ; car la recherche des artè-
res, comme le fait M. Verneuil, n'est pas à la portée de tous ;
2" Que pour énucléer l'os, l'incision externe permet de se passeï
de Hgature préalable, mais est peu commode, tandis que l'incisioi
antérieure exige forcément la ligature préalable des vaisseaux,
mais rend la désarticulation très-rapide et très- facile dans tous les
cas.
SÉANGfe; DU 6 MARS. IDl
M. VnufEUiL. Je veux simplement défendre en quelques mots le
procédé que j'ai emprunté à Astley Gooper, car je ne crois pas
que Larrey Tait mis à exécution avant 1824.
A. Coo{>er liait son artère un peu plus haut que je ne le fais,
je lie au-dessous de l'arcade crurale ; une fois cette ligature faite,
je n'ai plus besoin que de 5 ligatures, et, pour éviter les hémor-
rhagies par anastomoses, il suffit de lier ia veine et le bout péri-
phérique de Tartère, au moyen d*une grosse aiguille courbe.
Il faut pour exécuter mon procédé, a dit M. Farabeuf, une habi-
leté exceptionnelle et de très-bons aides ; je ne crois pas et j'af-
firme que Ton pourrait, presque, so passer d'aides. Dans la réponse
que m'a faite M. Legouest, à l'Académie, il m'a dit que s'il avait fait^
dans un c^s, la ligature préalable de Tartère, c*est qu*il n'avait
pas eu de confiance dans ses aides; le reproche qu'on adresse à
mou procédé peut donc aussi bien se retourner.
On dit que je suis obligé d'aller découvrir toutes les artères les
unes après les autres pour les lier; mais nullement: si on veut se
reporter au manuel opératoire que j'ai décrit, on verra (jue les
artères se présentent naturellement, qu'elles sont sous mes yeux
et que je n'ai qu'à les saisir.
Quant au temps employé, je soutiens que ce n'est pas plus long
que par les procédés classiques, dans lesquels il y a au moins 10
à 12 ligatures à pratiquer; et, en mettant de 1 minute 1/2 à 2 mi-
nutes par cha'jue ligature, la durée totale de l'opération sera au
«noiuB d'une demi-heure, or, j'ai mis en tout 30 minutes; je crois
«ionc que mon procé<lé n'est pas plus long.
•
M. Gaujot. Lorsqu'on pratique la désarticulation de la cuisse
pour une fracture du fémur avec esquilles nombreuses, je crois
'ju'il ne faut jamais employer les procédés de dedans en dehors,
^ans un cas semblable où j'ai opéré de dehors en dedans, mon
couteau a été arrêté au moins dix fois, je suis sûr qu'il m'aurait été
impossible de tailler un lambeau de dedans en dehors. J'ajouterai
4ue mon malade n'a survécu que 1 heure 1/2.
M. Farabeuf. Je remercie M. Verneuil de ses explications, mais
je lui demanderai une petite concession, c'est de raser les os, car
on peut craindre de voir s'égarer la pointe du couteau. Un des
avantages du procédé que j'ai indiqué est de pouvoir saisir le
fémur avec un davier et de pouvoir désarticuler facilement.
M, Verneuil. Le procédé dans lequel on rase les os est un pro-
^é nouveau qui est encore à étudier.
Quant à la crainte de voir égarer la pointe du couteau, elle ne
P^ut exister, puisque j'opère avec un. bistouri.
193 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Je n'accepte pas volontiers la manière dont M. Farabeuf con
seille d'ouvrir la capsule; pour moi, je préfère la réséquer, oa
je craindrais qu'en revenant sur elle-même, il se forme un ni
dans lequel le pus aurait tendance à séjourner.
Présentation de malade.
M. Baudon, membre correspondant, présente un malade opér
d'une exostose diffuse du maxillaire inférieur.
C'est un garçon de 18 ans, de forte constitution, qui a vu ai
paraître, il y a 7 ou 8 ans, sur la partie moyenne de la brandi
droite du maxillaire, une tumeur dure, douloureuse au toucher,
la pression et même spontanément, qui depuis ce temps n'a cesfi
de s'accroître et de s'étaler.
Au moment de l'examen, en août 1877, la tumeur primitive
située au niveau de la 2" molaire droite, est grosse comme u
petit œuf; elle s'étend à droite jusqu'à la branche montante d
maxillaire, à gauche jusqu'au niveau de la 2^ molaire.
L'hypertrophie, marquée surtout sur la face externe du maxillain
est cependant très-apparente sur la face interne. L'os paraît hypei
trophié en masse, avec saillie très-prononcée au niveau de 1
2* molaire droite.
Cependant c'est bien une tumeur osseuse, l'ostéome des ado
lescents.
Comme le sujet avait été déjà soumis à un traitement intenu
que la tumeur grossissait sans cesse, je proposai au malade i
l'opérer.
L'opération décidée est pratiquée le 15 septembre 1877.
Pour être radicale, l'opération aurait nécessité l'ablation des deo
tiers du maxillaire, sacrifice pénible à imposer à un jeune homo
de 18 ans.
Je pensai, qu'en raison de la faible vitalité de ces tumeurs, j
pouvais essayer l'ablation des parties les plus saillantes de l'exoi
tose, avec la gouge et la pâte de canquoin, espérant que ces parti<
une fois enlevées, la vitalité de la tumeur serait assez modifia
pour enrayer son développement.
J'enlevai donc toule la surface de la tumeur, qui, en certaii
points, était d'une dureté éburnée et j'appliquai, sur toute la sui
face mise à nu, une épaisse couche de pâte de canquoin que j
laissai pendant 5 heures.
La couche d'os mortifiée se détache progressivement et, apn
5 mois, la chute des séquestres paraît à peu près complète. Je n
SÉANCK DU G MARS. 193
pense pas que la partie mortifiée ait atteint plus d'un millimètre
d'épaisseur.
Pour arriver jusqu'à Tes, je fis, le long du bord inférieur, une
incision allant du bord antérieur du masséter jusqu'aux limites de
la tumeur (la faciale ne fut pas divisée) et en relevant les tissus, je
pus découvrir presque toute la tumeur sans ouvrir la cavité
buccale.
Les suites de l'opération furent simples. Pas d'hémorrhagie, peu
de fièvre. Après quelques semaines, de petits séquestres commen-
cent à se détacher.
io janvier. — Quatre mois après l'opération, les séquestres qui
recouvrent la partie de l'os en contact avec la pâte de canquoin,
commencent à s'ébranler et sont détachés en grande partie le 12 fé-
vrier.
n paraît exister encore quelques séquestres détachés à l'angle
postérieur de la plaie, mais la difficulté de porter un stylet jusque
sur eux, m'engage à les abandonner à eux-mêmes. — Il reste en-
core 2 ou 3 points fistuleux.
Dans cette opération, j*ai enlevé toute la partie de la tumeur
qui était accessible à l'instrument. Supérieurement j'ai dû m'arrê-
^ pour ne pas ouvrir la cavité buccale et pour ménager les al-
véoles et les dents, ce qui fait que le bord alvéolah*e est aujourd'hui
^ saillie sur le reste de l'os.
Du côté de la face interne, le maxillaire est hypertrophié, mais
il m'était impossible d'attaquer Tos de ce côté, sans produire des
^délabrements dangereux.
Atgourd'hui, voilà bientôt 6 mois que l'opération a été faite ;
l'hypertrophie paraît enrayée et il y a lieu de penser qu'à la suite
^e la perturbation apportée dans la nutrition du maxillaire, les
parties hypertrophiées se résorberont petit à petit, comme cela
A déjà été observé pour d'autres exostoses.
J'avais pensé à faire une seconde application de pâte de canquoin,
ïûais l'utilité ne m'en paraissant pas démontrée, j'y ai renoncé.
Je serais heureux d'avoir l'avis de la Société de chirurgie sur la
portée et l'utilité de mon opération et savoir ce qu'elle pense du
pronostic et de la terminaison de cette exostose.
U Société se forme en comité secret.
U séance est levée à 5 heures 1/2.
Le Secrétairey
HORTELOUP.
194 SOCIÉTK UK CHinURUlË.
Séance du 13 mars 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
l"" Les journaux périodiques de la semaine;
2*" La Gazette médicale de Bordeaux, la Revue médicale de
FEst, V Alger médical, le Bulletin médical du Nord^ le Bordewi
médical;
3** Note sur quelques perfectionnements apportés à certaines
sutures, par le D' Deroubaix, professeur à l'Université de Bruxelles.
4° Le Journal médical et chirurgical de San-Francisco ; Cea-
tralblat fur Chirurg,; Bristol médical Journal; la Gazette médi'
cah Italienne-Lombarde ; Estudos medicos, organe de la Société
des études musicales de Coimbre ;
5** La Revue mensuelle de médecine et de chirurgie;
6» Opération césarienne, par M. Ad. Wasseige, professeur
ordinaire a l'Université de Liège.
7° Note du D'Malboux, médecin-major au 37* de ligne, intitulée:
Existence simultanée chez une femme d'une hernie crurale en-
térO'épiploïque étranglée et d'une hernie inguinale épiploïque
enflammée.
{Comission : MM. Sée, Delens, Lucas<-Championnièiie , rap-
porteur).
M. Farabeuf demande la parole à l'occasion du procès-verbal.
A la fin de la dernière séance, ayant abusé de votre attention,
je crois n'avoir pas fait ressortir suffisamment les conclusions de
ma communication. J'y reviens en quelques mots.
D'une manière générale, il faut recommander pour désarticuler
le membre inférieur, que le fémur soit intact ou brisé, des pro-
cédés faciles, rapides et sûrement hémostatiques.
Avec les autorités que je vous ai citées, je pense que pour la
sécurité de l'opéré et la tranquillité de l'opérateur, il est bou de
lier les gros vaisseaux dès le début de l'opération. Comme D. Lar-
rey, A. Cooper, Vemeuil, Roser, Pilha, Konig, je recommande la
raquette à queue antérieure. H me semble, en outre que, tant pour
éviter de blesser les artérioles péri-articulaires que pour res-
treindre l'étendue de la plaie et ne pas préparer de fusées puru-
SKANCb l>U 13 MAKS. 106
kalee, rien n'est plus sQv ni plus facile, ni plus expéditif que
rémicléatiaa dont l'idée remonte à Ravalon. Mais je reconnais que
b méthode de H. Verneuil, qui consista à découvrir les princi-
pales artères de la région pour tes lier avant de les couper, est
parfaiiement applicable ici.
L'^ucléation par l'incision ovalaire ou la raquette externe est
Mcile.
Li taille de lambeaux musculaires, de dehors en dedans, seule
manière qui mérite d'être discutée, demande beaucoup de temps,
nige quelquefois de nombreuses ligatures (jusqu'à 58), ce qui
suppose une abondante perte de sang ; enfin elle donne une plaie
assez vaste avec laquelle communiquent tous les espaces cellu-
teux JDter- musculaires.
Pour bien faire saisir les avantages du procédé à incision anté-
rieure, j'ai l'honneur de présenter le moule du moignon du malade
qiûaété opéré par M. Verneuil. (V. %. ci-dessous.)
U. Despbâs. Je désire demander un petit renseignement à
lUï. Verneuil et Farabeuf, au sujet de la peau qui recouvre le
grand trochanter. Je crains que, par le procédé à incision anté-
rieure, on n'obtienne, dans ce lambeau cutané, la formation d'un
%er purulent.
M. Vkrkkuil. La peau du trochanter est conservée, mais je n'ai
pis observé ni Foyer ni rétention du pus, par la seule raison que
j'ii Bom de laisser la plaie béante. Le travail naturel de la cicatrice
w charge de fermer la plaie.
U. Farabeuf. Lorsqu'on fait l'amputation circulaire, on écarte
196 80GIBTB DB GHIRUROIK.
forcément la cuisse et on change les rapports de la peai
grand trochanter, ce qui fait que la peau se trouve coupée
en dedans qu'en dehors, mais, cependant, on garde toiiy
grande partie de la peau de cette région. Si on voulait 1
faudrait la sacrifier et on serait obligé de tailler un lambea
qui a le grand inconvénient de se gangrener quelquefoif
mieux donc faire un lambeau externe, en comprenant la
grand trochanter, qui ne s'est jamais gangrenée, à ma conni
M. DESPRES.Dans robsei*vation qui nous a été communi
M. Tillaux, il a été noté la formation d'une collection du ;
la loge trochantérienne. De plus, comme tout le monde si
sphacèle est à craindre lorsque les lambeaux ne sont foi
par de la peau, je pensais qu'il serait peut-être utile de i
contre-ouverture et de passer un drain.
M. Farabeuf. U ne faut pas confondre avec la peau de k
qui se gangrène, en effet, si facilement, la peau du grf
chanter très-épaisse, très-doublée, très-bien nourrie.
Pour éviter la gangrène, M. Desprès propose de faire
une contre- ouverture : je crains que cette incision n'ai
beaucoup les chances de la gangrène, puisqu'on coupe d
seaux destinés à nourrir la peau.
Dans le procédé à incision antérieure, il n'y a aucune ci
rétention du pus, tout est béant.
Lorsqu'on ne rase pas la surface du grand trochanter, i
chances pour avoir une hémorrhagie, ainsi que l'a
M. Sédillot.
M. le président annonce que, dans le comité secret de l
précédente, la Société de Chirurgie a décidé qu'elle sousc
monument élevé a la mémoire de M. Claude Bernard, j
somme de 300 francs, sans préjudice des souscriptions de
membre en particulier.
M. le président déclare une vacance parmi les memb:
laires.
M. Richelot lit un travail intitulé : Note sur un cas de .
incomplète du nerf médian, (Commission : MM. Tillaux, I
Farabeuf, rapporteur.)
Au nom de M. Poinsot, membre correspondant, M. les(
général donne lecture d'un travail intitulé : Conlributioi
loiiv clinique des tumeurs du testicule.
SiANGS DU 13 MARS. 197
Les faits qui ont donné l'occasion de présenter ce travail pa-
raissent susceptibles de jeter quelque jour sur un point important
deTbistoire des tumeurs; ils peuvent servir à montrer quelle
part doit être réservée aux résultats de l'examen microscopique
dans la considération de l'avenir de telle ou telle production néo-
plasique. On y verra, d'une part , une tumeur à développement
extrêmement rapide, présenter, sous le microscope, les caractères
bien tranchés d'une variété regardée comme le plus souvent bé-
nigne : cependant l'événement vient confirmer les appréhensions
que le clinicien avait conçues dès la première vue, et le sujet suc-
combe à la généralisation du mal. Chez le second malade, au con-
traire, caractères chniques, constitution histologique, tout se réunit
pour faite de la tumeur une de ces néoplasies malignes dont la
récidive est, pour ainsi dire, fatale. Qu*arrive-t-il î L'opération est
suivie du meilleur résultat, et aujourd'hui, plus de trois ans après,
le malade continue à jouir d'une santé parfaite.
Le détail de ces deux observations va permettre de rendre plus
frappante la singularité de chaque fait.
0b8. I. » Eachondrome développé en quinze jours chez un enfant de
4 iD8, — Castration, — Absence de toute récidive locale. — Mort
par généralisation.
Le 20 mars 1876, M. L..., demeurant aux environs de Bordeaux,
m'amena, dans mon cabinet, son jeune fils, Âgé de 4 ans, sur l'état
daqael il désirait avoir mon avis. Dans les premiers jours du mois,
la mère s'était aperçue que l'enfant portaijt souvent la main aux
parties génitales, et, après quelques remontrances, elle voulut s'as-
surer 8*il n'existait rien qui justifîAt cette manière de faire inaccoutu-
mée. Elle s'aperçut alors que la bourse gauche avait légèrement
togoneaté de volume. Un peu effrayée, bien que l'enfant n'accusât
tQcaoe douleur, et croyant au développement d'une hernie, elle fit
tppeler aussitôt (4 mars) le médecin ordinaire de la famille, M. le
D' Cozic-Penanguer , qui , après avoir examiné le petit malade , la
nseura et conseilla simplement des applications décompresses trempées
dans une solution résolutive. Cependant la bourse augmenta de vo-
lume, et, à une deuxième visite qui eut lieu cinq jours après, M. Pe-
Qioguer annonça qu'il y avait de l'eau dans l'intérieur de la bourse
et Ht presseutir la nécessité d'une ponction. Celle-ci fut acceptée en
principe, mais remise, d'un commun accord, à une époque prochaine.
Grande fut la surprise de la famille quand, dans une troisième visite
Itite an bout de huit jours, M. Penanguer déclara inutile toute ponc-
tion et ordonna d'appliquer sur la tumeur, devenue dure et grosse
comme on œuf, une emplfttre de ciguë qui devait demeurer en place
oa certain nombre de jours. * >
C'est sous l'influence de l'émotion produite par cette déclaration
bopiftéOi que M« L. • . s*est décidé A venir demander mes conseils.
l!Ui. IT Min. Dl LA SOC. DB GHA. 14
198 SOGIÉTK DE GHIRUROIfB.
Dès le débul de l^examen, il devint évident pour moi ({ue j'avaû
affaire à une production solide. La tumeur, du volume d'un gros OBUi
de poule, et limitée à la bourse gauche, était absolument ovoïde, ré-
gulière, lisse, un peu aplatie dans le sens transversal ; sa consistanee
était uniformément dure, résistante ; en avant seulement, on pouvait
constater une sorte de fluctuation obscure. En aucun point, la pres-
sion ne réveillait de douleur. La forme, la délimitation exacte de cette
tumeur ne permettaient point de la confondre avec un hydrocèle, dont
l'aspect est piriforme ou même cylindrique, et qui envoie d'ordinaire
un prolongement plus ou moins notable vers Tanneau externe à
canal inguinal. D'ailleurs, examinée par transparence, la tumeur ne M
laissait nullement traverser par les rayons lumineux. La résistance ai
toucher fournissait un autre signe diagnostique, car elle n'eût él
explicable, dans Thypothèse d'une hydrocèle, que par une grand
épaisseur des parois, absolument incompatible avec le rapide dévelop
pement du mal. Cette incompatibilité n'existait plus pour l'hématocèk
mais il était impossible de retrouver, dans les antécédents, aucun
violence traumatique exercée sur les bourses ; les objections tirées d
la forme et de la délimitation conservaient ici toute leur valeur ; enfin
si l'hématocèle, par suite des dépôts fibrineux et des fausses men
branes dont est tapissée la vaginale, peut bien acquérir une réniteno
notable, elle n'offre jamais une dureté absolue, et, en tout cas, cet!
dureté est superficielle en avant comme en arrière, tandis que, che
notre malade, elle n'était perçue en avant qu'à travers une mino
couche de liquide.
Mais, parmi les néoplasmes dont le testicule peut devenir le siégf
auquel fallait-il s'arrêter ? Ce diagnostic, si important au point de vu
du traitement à instituer et que l'examen isolé de la tumeur ne suffisa:
pas à établir, n'était guère rendu plus facile par la réunion des autre
signes lucaux et même par la considération de l'état général.
Voici les notes que je trouve à cet égard sur mon cahier de visites
f La peau, qui recouvre la tumeur, est saine et glisse aisément m
les parties sous-jacentes ; elle est cependant distendue et sillonnée
sa surface de quelques vaisseaux volumineux. Les ganglions de l'ai
ne sont point engorgés : des deux côtés, ils présentent le môme aspei
et le môme volume.
c Le cordon est absolument distinct de la tumeur : il est facile de 1
saisir entre les doigts pour constater l'intégrité de ses éléments.
t Le testicule droit est normal, il est seulement remonté vers Vm
neau, par suite du développement de l'organe congénère.
* La santé générale de Tenfant ne laisse rien à désirer : il est graM
bien développé, robuste. L embonpoint est satisfaisant, et toutes k
fonctions s'accomplissent avec une parfaite régularité. Il n'existe dan
la famille aucun antécédent cancéreux : un oncle paternel est mort d
tuberculose pulmonaire. »
L'idée d'une hématocèle mise de côté pour les raisons déjà ezposé«
l'âge du malade, la marche de Taffection ne laissaient guère de plao
à une autre idée que celle de tumeur maligne. Il est vrai que eaU
SÉANCB DU 13 MARS. 199
hypothèse s'accordait mal avec Texcellence de la santé générale, mais
l6 développement si rapide de la tumeur autorisait à penser que la
néoplasie, bien que maligne, était jusqu'alors demeurée locale et
n'avait pas eu le temps d'infecter l'économie. Je portai donc le dia-
gnostic clinique de cancer, sans aller plus loin dans la détermination
bistologique de la production morbide que je supposais cependant être
de nature sarcomateuse.
Je fis part de mes craintes à M. L. . ., sans toutefois prononcer le
mot redoutable qui répondait à ma pensée, et je ne lui dissimulai pas
l'orgenoe absolue d*une intervention immédiate. Appréciant en même
temps l'émotion légitime que devait lui causer cette annonce inatten-
dae venant le surprendre au milieu de sa quiétude, je l'engageai à
prendre le conseil de quelques confrères. Ceux-ci, au nombre de trois,
émirent des avis un peu différents sur la nature du mal qui était sou-
mis à leur examen : deux conclurent, comme je l'avais fait, à l'exis-
tenœ d'un cancer ; un troisième, se basant sur la considération de
l'état général et la rapidité même du développement de la tumeur, sur
la préexistence d'un épanchement séreux, pencha pour une hémato-
cèle. Tous trois d'ailleurs furent unanimes à reconnaître la nécessité
d'une opération.
Le 24 mars, je fus, sur ma demande, réuni en consultation avec le
Dr Penanguer. J'eus alors la confirmation des renseignements qui
n'tvaient été fournis par la famille. Mon honorable confrère avait
bien réellement constaté, au début, une tumeur élastique, rénitente,
ptffiitemeDt transparente, et, dans l'espace d'une douzaine de jours,
il avait vu la consistance de cette tumeur se modifier sans cause ap-
préciable, sa dureté devenir extrême, la transparence disparaître. Bien
({oe porté d'abord à croire à une hématocèle, les mêmes motifs qui
traient déterminé mou opinion, l'avaient empêché de s'arrêter à cette
idée, et, dès ce moment, il était demeuré convaincu de la nature can-
eérease du mal. Dans ces conditions, il ne pouvait y avoir entre mon
Mnfrère et moi aucune divergence sur le mode d'intervention à
choisir. La castratioi^ fut décidée et proposée aux parents, qui l'accep-
tèrent aussitôt, tout en étant avertis de la possibilité d'une récidive.
L'opération eut lieu, en présence de MM. les D<^* Gozic-Penanguer et
Oré, le 26 mars, c'est-à-dire six jours après mon premier examen.
Dans ce court espace de temps, la tumeur, sans doute sous l'influence
de« manipulations auxquelles avaient donné lieu des examens répétés,
la tumeur avait notablement augmenté de volume tant en largeur qu'en
hanteor ; dans ce dernier sens, l'accroissement avait été assez marqué
poar qu'elle arrivât jusqu'au voisinage de l'anneau inguinal externe.
Les ganglions demeuraient toutefois indemnes.
4e commençai l'opération, suivant le conseil si pratique de M. Gos-
telin, en faisant une ponction explorative avec un trocart de trousse.
Cette ponction donna issue à quelques gouttes de sang, ce qui,
jointe l'impossibilité de faire mouvoir la pointe de l'instrument, don-
nait nne confirmation nouvelle du diagnostic qui avait été porté dès le
début.
20Q SOCIÉTÉ DE CHlRUROnC.
La castration s'imposait et j'y procédai aussitôt de la façon suivante
Une incision en raq[uette fut pratiquée sur la partie antérieure de h
tumeur. Simple dans sa partie supérieure, elle se bifurquait en bas de
manière à circonscrire une certaine étendue de téguments que je me
proposai de réséquer. J*eus soin de prolonger cette incision un pea
en arrière, pour éviter la formation d'une poche, où pourraient
stagner les produits de la suppuration. La peau ainsi divisée, j'isolai
la tumeur des téguments, puis de la cloison du dartos, en ayant biea
soin, suivant le conseil de Chassaignac, de raser de près la tumeor
pour m'éloigner de cette cloison qui peut renfermer des vaisseaux
considérables.
L'hémorrhagie fut peu abondante : (quelques artérioles de la peaO|
qui avaient été comprises dans Tincision, fournissant un peu de sang,
j'y appliquai des pinces à pression continue. Je terminai l'opération
par la ligature en masse du cordon qui fut sectionné au-dessous, le
liai également les vaisseaux qui continuaient à donner après l'ablation
des pinces.
Deux points de suture entortillée furent placés à l'extrémité supé-
rieure de l'incision : je bourrai la plaie de charpie, après avoir en
soin de ramener vers la partie déclive les fils à ligature. De la charpk
et des compresses imbibées d'eau froide complétèrent le pansemenl
que je maintins à l'aide d'une sorte de spica, dans la crainte que Pen-
fant, avec l'indocilité de son âge, ne dérangeât les pièces d'appareil el
n'irritât la plaie.
Examinée 2 heures après l'opération, la tumeur pesait 150 grammes.
Elle offrait la forme d'un ovoïde régulier, à grosse extrémité dirigé!
vers le bas. Sa consistance était partout également dure, sa surfaoi
lisse, sans bosselures. A la partie supérieure et antérieure, il exisU
une petite tumeur, surajoutée à la précédente : cette tumeur est phu
molle, transparente, et l'incision en fait écouler une certaine quantité
de liquide séreux ; l'examen fait reconnaître que cet épanchemen*
siège dans la vaginale : celle-ci est à peu près saine. Quant à l'épidi-
dyme, il a disparu dans l'ensemble de la masse* morbide. Le cordoi
est sain et peut être suivi, dans une certaine étendue, à la partie sapé
rieure et postérieure de la tumeur.
Sur une coupe, le tissu constitutif de la tumeur offre un aspec
lisse, luisant, avec reflet blanc-bleuâtre. Cet aspect n'est pas absolu
ment uniforme ; les parties brillantes, nacrées se montrent sous formi
de plaques arrondies, de dimension variable, isolées les unes do
autres par des faisceaux d'apparence fibriilaire. Le grattage ne fai
point recueillir de suc.
La pièce fut remise à M. le D' Vergely, professeur adjoint de Técol
de médecine, qui voulut bien se charger de l'examen microscopiqni
et m'en adresser les résultats. Je copie textuellement la note qui nu
fut remise : « En résumé, la masse de la tumeur est formée par di
tissu cartilagineux. Les cellules cartilagineuses, dont quelques-unei
seulement possèdent une capsule et qui, pour la plupart, sont larges,
irrégulières, munies de prolongements, avec un ou plusieurs noyanz,
SÉANCE DU 13 MARS. 201
sont réunies par groupes répondant aux lobules de la surface de
section. Entre ces masses et les isolant, on rencontre du tissu fibreux
abondant ; môme, sur un point de la tumeur, ce tissu existe presque
seal, et c'est à peine si on aperçoit, dans Tinterstice des fibres,
quelques rares cellules. La disposition que je viens de décrire permet
de porter le diagnostic anatomique de ûbro-chondrome. >
Les suites de Topération furent des plus simples. La réunion immé-
diate fut obtenue dans la partie supérieure de Tincision où elle avait
été tentée ; une suppuration abondante et de bonne nature s'établit
dès le deuxième jour dans le reste de la plaie. Celle-ci ne tarda pas à
bourgeonner rapidement ; du huitième au douzième jour, toutes les
ligatures tombèrent, et en trois semaines il ne restait plus qu'une
plaie linéaire dont j'eus plusieurs fois à réprimer le bourgeonnement.
Un mois après Topération, la cicatrisation était complète.
n n*y avait pas eu la moindre menace de récidive locale, et la santé
générale s'était maintenue parfaite.
La famille, toute entière à la joie d'un résultat que nos restric-
tions ne lui permettaient guère d'espérer, ne songea plus qu'à jouir
sans réserve de cet enfant qui lui était rendu, et je perdis mon
petit malade de vue.
Au mois de septembre suivant, madame L. . . me ramenait son fils :
depuis quelques jours elle trouvait que le ventre augmentait de
volume et qu'en un certain point il offrait une dureté extrême. La
santé générale était toujours fort bonne. Cependan', madame L...
s'était rappelée les craintes que nous avions exprimées au sujet de
l'avenir et elle venait en toute hâte me demander si vraiment elles
s'étaient réalisées.
Voici ce que me révéla l'examen de Tenfant :
Embonpoint normal ; coloration rosée des téguments. Au niveau
delà cicatrice et du cordon, aucune tuméfaction ne peut être con-
statée. Les ganglions de l'aine sont normaux. Le ventre présente,
dans i'hypochondre gauche, une voussure manifeste qui s*élend
dune part depuis la ligne médiane jusqu'au bord externe du
muscle carré des lombes, et d'autre part du rebord des fausses
côtes, avec lequel elle parait se continuer, jusqu'à la ligne ombili-
cale. Au niveau de la fosse iliaque, en enfonçant profondément les
doigts dans li cavité pelvienne, on sent quelques nodosités qui
doivent être des ganglions dégénérés. La respiration est normale ;
le malade ne toussa pas.
tie ne cachai pas à madame L... que je regardais comme au-des-
sus des ressources de l'art l'état de son enfant. En présence de ce
pronostic, la famille décida de recourir à Thomœopathie, et une
seconde fois je cessai de voir mon malade. Trois semaines après,
j'étais appelé ce nouveau. Les promesses de Thomœopathie avaient
M démenties par l'événement, et le malheureux enfant pâle,
208 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
amaigri, exténué, était arrivé aux derniers moments de son exis-
tence. Le ventre s'était encore développé et contenait évidemmeoi
du liquide ; la respiration était anxieuse, fréquente, entrecoupée
par des quintes de toux, petite et sèche. L'appétit était nul etilj
avait de la fièvre vers le soir. La cicatrice continuait à être dam
les meilleures conditions.
La mort arriva dans les premiers jours d'octobre.
J'obtins à grand'peine l'autorisation de faire l'ouverture di
corps. J'y arrivai cependant et pus ainsi constater les lésiom
suivantes :
Le cordon était sain à partir de la cicatrice, dans une étendu
de 4 centimètres : en ce point commençait une sorte de cordoi
fibreux, dur, résistant, formé bien évidemment par un ouplusieur
lymphatiques remplis de matière cancéreuse. Ce cordon aboutis
sait à une tumeur demi-molle, élastique, qui n'était autre chos
qu'un ganglion lombaire hypertrophié. Tous les ganglions de 1
région avaient subi une altération analogue. La tumeur principal
du ventre était constituée par la rate très-développée et présex
tant plusieurs nodules dont l'un avait le volume du poing. Le
deux poumons étaient aussi parsemés de nodosités variant d
volume d'un grain de maïs a celui d'une noisette. A Texame
microscopique, ces tumeure secondaires furent reconnues comm
étant de nature enchondromateuse ; cette fois, renchondrom
avait revêtu la forme dite à cellules ramifiées ou stellaires (myio
chondronie).
Ainsi se réalisèrent les appréhensions que m'avait inspirées
au premier examen, la marche si rapide de la tumeur. Un instai
elles parurent démenties par Pexamen histologique. La néoplasi
offrait ce type du chondrome fibreux que Billroth a professé êtr
constamment bénin ^, et, si Tacuité du développement constituai
un signe pronostique fâcheux, la délimitation de la tumeur, Tinté
grité du cordon et des ganglions, la conservation de la santé gé
nérale étaient bien de nature à faire admettre comme probabi
la bénignité de l'affection. Toutefois je regardai ces signes coauni
secondaires et je maintins mon opinion première, en me basas
uniquement sur le mode de développement : il annonçait une puis
sance formative qui ne pouvait être liée qu'à une extrême mali
gnité. J'avoue même que la nature cartilagineuse de la tumeur étai
loin de constituer, pour moi, un signe rassurant. Sur 8 obser
valions réunies par M. Dauvé dans son remarquable mémoire, c l
résultat n'est pas connu che2 un malade, le dernier opéré es
encore à l'hôpital ; 3 opérés sont sortis guéris de l'hôpital et n'on
* Dillroth, EJém, do paiboiogie chirurgicale gén. (trad. franc.), p. 710.
SÉANCE DU 13 Mans. 203
pas donné de renseignements ultérieurs. Enfin 3 sont morts: le
plumier avec des tumeurs dans les poumons et les lymphatiques
du cordon; le second avec des tumeurs secondaires contenant
du cartilage et ayant perforé le duodénum ; le troisième, 5 mois
après l'opération, avec des symptômes inexpliqués du côté des or-
ganes respiratoires *. > En résumé, sur trois malades suivis pen-
dant 5 mois, il y a eu trois morts. Depuis 1862, 4 observations
d*enchondrome du testicule ont été publiées. La première en date
appartient à Demarquay * ; il s'agissait d'une tumeur cartilagi-
neuse ayant englobé toute la glande et dans Tépaisseur de laquelle
se trouvait un kyste rempli par un caillot sanguin. La castration
fut pratiquée, et le malade sortit guéri. M. Maunoir a présenté, en
1873 à la Société anatomique^, l'observa lion d'un malade chez
lequel, 6 mois avant, on avait extirpé une tumeur < qui avait été
prise pour une hématocèle et qui, à l'examen microscopique, fut
reconnue pour un enchondrome dans lequel s'étaient développées
(le nombreuses cellules embryonnaires. » Il y avait à ce moment
une récidive dans la cicatrice et le cordon. Un troisième fait, ob-
servé dans le service de M. Guyon, a été rapporté par M. Zambian-
chi^ Le sujet, âgé de 89 ans, avait été soigné pendant plusieurs
mois pour une orchite : l'examen microscopique , fait par
MM. Rendu et Coyne, démontra un enchondrome fibreux. Le
malade fut d'ailleurs perdu de vue. Il en fut de même de celui
dont M. Adam a publié l'histoire dans sa thèse inaugurale ^. La
tumeur était cartilagineuse dans sa plus grande étendue, mais çà
elle existaient de petits kystes; cependant M. Adam pen>e qu'il
s'agit bien d'un enchondrome pur et les détails anatomiques pa-
nassent venir à l'appui de cette opinion. De ces quatre malades,
on seul, celui de M. Maunoir, a donc été suivi et la récidive a eu
lieu. En réunissant les observations du mémoire de M. Dauvé à
celles qui lui sont postérieures et en y ajoutant la mienne, j'arrive
à on total de 13 faits, sur lesquels 5 malades, suivis plus de
6 mois ont donné 4 morts par infection et une récidive locale
dont l'avenir n'est point connu. Notez que, dans 4 cas (ceux qui
ont donné lieu à une infection viscérale), le tissu cartilagineux
était mêlé à une quantité plus ou moins grande de tissu fibreux ;
on avait donc eu affaire à la forme dite bénigne. On reconnaîtra
cependant que, si on donnait le nom de cancer à toute tumeur
• Oauvé, Sur l'enciiondrome du testicule (Méw. de la Société de chirurgie^
.t. VI, p. 361).
' Union médicale, 1862, n© 28, p. 447.
' Bulletin de la Société aatomiquc, 1873, p. 769.
*/W(/., 1874, p. fm.
* Adam, Sur V enchondrome du testicule, Paris, th. inaug., 1876, n«> 322.
t04 sociér DE GBnrRURon*
maligne (et au point de vue clinique la légitimité de cette divisio
peut être facilement défendue), on devrait appeler celle-ci cancc
cartilagineux. Il est permis alors de s'étonner que quelques an
teurs placent l'enchondrome au premier rang des production
morbides comportant un pronostic favorable, c L'enchondron
du testicule, dit entre autres Humphry, entraîne le même pronosl
et nécessite le même traitement que la maladie kystique ^...
Celle-ci est en elle-même de nature bénigne ; elle se limite d*0!
dinaire à un testicule, et, quand il en est ainsi, le malade pe
vivre des années après la castration et même avoir des enfants*.
Malheureusement l'expérience n'a pas confirmé cette vue prono
tique : loin de demeurer limité à Torgane oii il se développe. Te:
chondrome possède assez souvent des propriétés infectieuses,
il semble même qu'il acquière dans le testicule une malignité toi
spéciale. Virchow, qui signalait le fait dès 1849, y a forteme
insisté dans son Traité des tumeurs, c Les enchondromes, tf
des os que des parties molles, possèdent, dit-il, des propriél
infectieuses, et on fera bien par suite, dans la règle, d'extirper (
tumeurs quand elles seront tangibles aussi tôt et aussi complet
ment que possible. On ne peut, jusqu*à présent, fixer de lim
entre les enchondromes qui sont ou non infectieux, de bonne ou
mauvaise nature. Les formes molles sont en tout cas plus daiif
reuses que les dures ; mais la différence n'est pas tout à fait tn
chée. La nature de Torgane affecté semble avoir une grande il
portance dans la question, notamment par sa richesse en vaissefl
sanguins et lymphatiques, circonstance qui ressort avec évidoi
précisément dans les testicules ^. »
Bien que l'existence d'un cancer du testicule, chez un sujet
l'âge du nôtre, n'ait rien d'exceptionnel (en comprenant sous la <
nomination de cancer toutes les néoplasies ayant une tendance à
fecter l'économie), cependant la rareté de semblables faits est asi
grande pour que, même à ce seul point de vue, l'observation pi
cédente offre un suffisant intérêt. C'est à peine si, en compulsf
les différents recueils ou mémoires, nous avons pu recueî
12 faits de cancer du testicule dans le jeune âge. Ils sont du
Langstoff, Blizard, Earle*, Athol Johnson *, Dupuytren, Col»
Bryant, Holmes, Prestat (de Pontoise), Giraldès*, DepauP.
* Holmea'a System of surgery, t. V, p. 138.
« Ibid., p. 135.
» Virchow, Traité des tumeurs (trad. ftrançO, t. I, p. 526.
* Curling, Traité des maladies du testicule (trad. de Gosselin), p. S88.
Transactions of tbe pathoL Society, t. XI, p. 161, 165.
6 Giraldès, Leçons cliniques sur les maladies chirurgicales des en/m
p. 624.
T Bulletin de la Société de chirurgie, 1876. p. 882.
siANGB DU 13 lfAR& 205
plapart de ces enfants avaient de 1 à 5 ans ; le sujet de Depaul
était âgé de 10 mois, celui de Langstoff de 7 mois seulement.
Homphry nous apprend encore, d'après Curling, qu'il existe au
iDQsée du collège des chirurgiens de Londres une pièce d*encé-
phaloîde du testicule provenant d'un enfant du même âge ^
D'autre part, Guersant affirme avoir observé, dans sa pratique, au
moins une dizaine de cas de cancer du testicule chez de très-
jeunes enfants, dont quelques-uns avaient moins d'un an ^. Cette
assertion tendrait à démontrer que la rareté du cancer testiculaire
est moindre qu'on ne le suppose; mais elle se trouve en opposition
a?ec les résultats statistiques publiés par H. Ludlow^ qui, sur
51 cas, n*en compte que 5 chez des sujets au-dessous de 5 ans.
Chez Tenfant, comme chez Tadulte, la castration, dans les cas
de tumeur maligne, donne des résultats peu favorables. La fré-
quence réelle des récidives ne peut guère être évaluée d'une ma-
nière certaine, car le plus souvent les malades sont perdus de
Tue; mais ce que l'on sait des sujets dont les traces ont pu être
retrouvées autorise le pronostic le plus grave. Le malade d'Earle
mourut d'un cancer développé dans le cerveau et dans d'autres
organes. Celui de Langstoff ne survécut que six mois, et, à l'ou-
verture de son corps, on trouva les ganglions, les poumons et lai
dure-mère atteints de dégénérescence cancéreuse. Les deux opé-
rés d'Athol Johnson eurent le même sort : il n*est pas sans inté-
rêt de remarquer que, chez l'un d'eux, l'examen microscopique
avait fait croire à une tumeur bénigne (libro-nucleated tumour).
A cet égard, la statistique de Guersant fournit un enseignement
sérieux : sur 6 cas opérés, il a perdu un malade de 18 mois par
des convulsions, 3 jours après l'opération. Un malade ne put être
revu ; chez les 4 autres, il y eut récidive soit dans les ganglions
de l'aine, soit même dans les ganglions profonds. Cette léthalité
presque constante soulève une importante question de pratique
souvent agitée à propos du cancer en général ; une intervention
chirurgicale est-elle légitime, alors qu'elle présente si peu de
chances de succès ? Pour le cancer du testicule, comme pour ce-
lui des autres organes, la réponse ne saurait être douteuse, et
l'opération s'impose pour plusieurs motifs. D'abord le diagnostic
n'acquiert pas toujours une certitude absolue, et en bonne chirur-
gie cette hésitation ne permet pas de s'abstenir. Comme nous le
verrons plus tard, la récidive, si elle est vraiment la règle, a bien
pu ne pas se produire dans des cas exceptionnels qui ne sauraient
être prévus à l'avance. Enfin, lorsqu'elle a eu lieu, elle a pu ne
* HoImeB's System of surgery, t. V, p. 142.
* BulleUn gén, de thérapeutique^ 1865, t. LXIX, p. 407.
206 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIB.
se manifester qu'après un temps assez long ; c'est ainsi que, dans
une statistique de Ludlow comprenant 23 faits, 14 fois la repuUu-
lation du mai s*est faite seulement après 18 mois ou plus. Bien
souvent, au contraire, la marche du cancer abandonné à lui-même
a été plus rapide, et on peut citer des cas où la maladie a entraîné
la mort en 4 mois à partir du moment où elle fit sa première appa<
rition dans le testicule ^ Il est probable, vu les progrès si prompU
de la néoplasie, que, chez mon petit malade, la terminaison fatal<
n'eût pas attendu davantage, si même elle eût atteint ce terme
L'intervention doit naturellement rencontrer des contre-indications
mais je ne crois pas qu'aucun chirurgien hésite à pratiquer la cas
tration • lorsque la tumeur est nettement limitée à la cavité de b
tunique albuginée intacte; lorsque le cordon spermatique est sain
que les ganglions lombaires ne semblent pas hypertrophiés, qiM
l'état général est satisfaisant; enfin lorsqu'aucun membre de la ùt
mille n*a offert d'accidents cancéreux (Giraldès). » Telles étaioï
précisément les conditions exactes qui se trouvaient réunies cha
mon opéré.
Il est, dans les résultats fournis par Texamen microscopique, ui
point qui mérite d'appeler Tattention à cause de sa singularité
L'infection, au moins dans le début, se At par les lymphatiques
mais ces vaisseaux ne se montrèrent altérés qu'à une certain
distance de la cicatrice : sur une étendue de 4 centimètres, l'exft*
men microscopique fit voir que tous les éléments du cordon étaiea
sains. Au contraire, chez les sujets observés par Paget et pu
Dauvé, la dégénérescence des vaisseaux commençait à partir de II
cicatrice. Le fait est donc exceptionnel, mais il n'est pas sani
précédent, car Humphry nous apprend qu'il existe, dans le muséi
de l'hôpital Saint-Thomas de Londres, une pièce analogue dam
laquelle le cordon, demeuré sain sur une étendue d'un pouce ^
demi (5 centimètres) au-dessus du testicule, présentait, à partir du
ce point, des noyaux cancéreux *,
J'arrive maintenant à mon second fait.
0b8. II. — Carcinome du testicule, — Castration, — Guérison maiuteam
après 3 ans 1/2.
Vers le commencement do l'année 1874, M. A. . . , marchand boucher
consulta mon confrère et ami le D'' Berruyer, pour une tumeur de li
bourse gauche, dont le début remontait à deux ans environ. Le ma-
lade, en se croisant les jambes, comprima le testicule ; il s'en suivi
aussitôt une douleur fort vive, qui persista deux ou trois jours. Li
bourse se tuméfia, devint rouge, pesante, puis tous ces symptômei
1 Médical Times and Gazette, vol. XIX, p. 258.
p IloJmes* System ofsurgery, t. V, p. 145 (foot. note).
SÉANCE DU 13 MAAS. 207
diBpararent et il ne resta plus q[u*uiie tuméfaction légère, avec un
point induré. Gomme cet état n'entraînait aucune incommodité,
M. A... n'y porta point attention; il se contenta de s'astreindre à
l'usage d*un suspensoir et d'employer quelques pommades fondantes.
En février 1874, sans cause appréciable, le testicule devint encore le
siège de douleurs assez vives ; la tuméfaction fut moins rapide, mais
persistante et progressive, la peau demeurant absolument indemne.
Le malade, voyant la bourse augmenter d'une manière continue, finit
par prendre peur et se décida à demander un conseil médical.
Bien que le malade niât formellement tout antécédent syphilitique,
le ly Berruyer, après avoir écarté l'idée d'une tumeur liquide, con-
seilla l'iodure de potassium à haute dose ; il prescrivit également des
frictions iodurées sur la tumeur. Ce traitement fut suivi trois mois
a?ec régularité ; puis, comme il n'en résultait aucune amélioration,
mais qu'au contraire, dans les derniers temps, le testicule avait
presque doublé de volume et que les douleurs étaient par instant fort
▼ives, le D' Berruyer laissa entrevoir la nécessité probable d'une
intervention chirurgicale. C'est alors qu'il me fit l'honneur de m'ap-
peler en consultation.
Voici ce que je constatai dans cet examen :
M. A, . . est âgé de 42 ans ; il est marié et père de deux enfants.
C'est an homme de taille moyenne, possédant un certain embonpoint,
mais d'ailleurs fort robuste ; tempérament très-nerveux, santé ordi-
naire, bonne. Il n'existe pas dans la famille d'antécédents cancéreux.
Le testicule droit est sain : il est un peu remonté vers l'anneau.
La bourse gauche est volumineuse et remplie par une tumeur reni-
ante, élastique dans sa plus grande étendue, donnant même sur cer-
nas points une sensation de fausse fluctuation, tandis que sur d'autres,
Is résistance est ligneuse. Cette tumeur, qui présente le volume du
poing, est ovoïde, à grand diamètre dirigé de haut en bas ; son extré-
mité supérieure approche de l'anneau, mais il est encore possible
<l'isoler le cordon que le toucher fait reconnaître sain. Il n'existe point
<le transparence, et la tumeur présente, quand on la soulève, cette
Pesanteur qu'on a voulu croire caractéristique de productions solides
<ln testicule. La pression ne réveille aucune douleur.
La peau qui recouvre la tumeur est intacte ; on n'y trouve point de
▼aisseaux volumineux, variqueux.
Les ganglions do l'aine sont normaux des deux côtés.
Le diagnostic était embarrassant. Sans doute le mode de développe-
nient de la tumeur qui avait d'abord grossi lentement mais d'une ma-
nière progressivement continue, pour prendre tout à coup un accrois-
^ment relativement considérable, Tabsence de douleur à la pression
<lans tous les points de la tumeur, ne permettaient point de penser à
un orchite chronique : sans doute, en présence de la conservation de
^^ santé générale, de la limitation du mal, en présence de l'intégrité
^ la peau malgré la durée de l'affection, on ne pouvait admettre qu'on
ont affaire à un sarcocèle tuberculeux, et l'inefficacité du traitement
spécifique suivi avec assiduité démontrait qu'il ne s'agissait pas
208 SOCIÉTÉ DE GHIRUROnS.
davantage d'une lésion syphilitique. Pouvait-on avec plus de fonde-
ment conclure à Texislonce d'une hydrocèle ancienne à parois épaisses
et dures ? Mais la résistance est moins grande, la légèreté caractéris-
tiqnie est tout à fait différente de la sensation de poids que donnait la
tumeur ; enfin, à aucun moment on n'avait constaté ni fluctuation, ni
transparence. Si l'on se rangeait à Thypothèse d'une tumeur liquide,
l'hématocèle seule était susceptible de présenter le tableau clinique
qui s'observait chez notre malade : même la dureté partout superfi-
cielle de la tumeur (alors que, d'après Gosselin, c dans les tumeurs
solides, il y a toujours quelque endroit, particulièrement en avant, au
niveau duquel on déplace une couche liquide, avant de rencontrer la
résistance du testicule ») son indolence prolongée, d'une part, et
d'autre part l'état sain du cordon et des ganglions inguinaux, la santé
générale demeurée parfaite, donnaient plus de motifs d'admettre une
hématocèle avec vaginalité exsudative et pseudo-membraneuse qu'une
néoplasie maligne.
Une ponction explorative devait mettre fm à tous les doutes. Je la
pratiquai avec un trocart de trousse : elle ne donna lieu qu'à l'issue
de quelques gouttes de sang, et je sentis parfaitement que la pointe
de ^instrument pénétrait dans un tissu dense, résistant.
Nous avions donc affaire a une tumeur solide, et le diagnostic par
exclusion auquel nous nous étions livrés nous autorisait à la regarder
comme étant de celles dont l'extirpation ne saurait être différée.
Le malade, prévenu de l'urgence d'une opération, l'accepta en prin-
cipe, mais demanda à prendre l'avis d'autres chirurgiens. En consé-
quence, une consultation nous réunit, le D' Berruyer et moi, avec
MM. les D'» Oré et Labat. Ces confrères partagèrent notre avis sur la
nature du mal, et, après quelques réserves sur l'avenir, jugèrent
l'opération indispensable.
11 n'y avait plus aucun motif de la retarder et elle eut lieu le lende-
main de la consultation (20 mai 1874).
Le malade étant chloroformé, une incision, comprenant toute l'épais-
seur des parois du scrotum, est pratiquée sur la partie antérieure de
la tumeur et prolongée un peu en arrière. La pression fait alors saillir
la masse du testicule dégénéré, qui est facilement détaché de ses
adhérences. Le cordon, que l'on reconnaît être sain, est étroint dans
une ligature et sectionné au-dessous. L'hémorrhagie est peu abon-
dante, cependant on applique deux ligatures sur de petites artérioles
de la cloison du dartos. Ces fils, ainsi que ceux du cordon, sont ra-
menés vers la partie déclive. Trois points de suture réunissent la
partie supérieure de l'incision : la plaie, dans le reste de son étendue,
est bourrée de charpie. Pansement avec charpie à plat et quelques
compresses que Ton recommande d'arroser avec de l'alcool camphré
coupé d'eau.
La tumeur, après son extirpation, mesurait 12 centimètres de long
sur 1 centimètres de large : elle pesait 392 grammes. Elle est parfaite-
ment limitée et enveloppée de toutes parts par la vaginale dont il est
impossible de séparer les deux feuillets, adhérents l'un à l'autre par
SÉANCE DU 13 MARS. $09
de fausses membranes. La tumeur est ovoïde, à surface lisse, sans
bosselures ; la consistance n'est pas uniforme sur tous les points, et
de loin en loin on constate une fausse fluctuation.
Le cordon est sain dans tous ses éléments; il peut être suivi, dans
une certaine étendue, sur la surface postéro-supérieure de la tumeur,
où il se perd.
Sur une coupe pratiquée suivant le grand axe de la tumeur, Talbu-
ginée parait intacte mais amincie. L'épididyme est confondu dans la
masse de la tumeur. Celle-ci est formée par un tissu d'aspect blan-
châtre, dense et résistant sur certains points. Jaune et ramolli sur
d'antres. Le raclage permet de recueillir une grande quantité de suc
opalescent.
À l'examen microscopique, ce tissu est constitué par des travées
très-fines, adénoïdes, formant de petites alvéoles que remplissent une
foule de cellules rondes à noyau volumineux et clair. Dans la partie
où le tissu offrait la plus grande densité, les travées sont plus épaisses
et les cellules volumineuses présentent différents prolongements. Il
s'agissait évidemment d'un carcinome qui, par sa richesee en cellules
et la délicatesse de son stronca, appartenait à la variété eucéphaloïde.
Eclairés dés lors sur la nature véritable de la néoplasie que, malgré
certains signes, l'absence de tout accident général ou de voisinage
nous avait empêchés de juger absolument maligne, nous fîmes part à
la famille de nos inquiétudes sur l'avenir et aimonçàmes la possibilité
doue récidive.
Cependant les suites immédiates de l'opération furent bonnes: il n'y
eut pas de douleurs; la réaction fut modérée. Dès le deuxième jour,
la suppuration s^établit avec abondance, et au sixième, la plaie était
réunie dans sa partie supérieure. Ce même jour, les ligatures des
^seaux tombèrent spontanément.
Ace moment, le D' Berruyer, qui avait jusque-là dirigé seul le
traitement, fut obligé de quitter Bordeaux et me confict le soin de voir
l'opéré.
Dès ma première visite (27 mai), celui-ci accusa, au niveau du cor-
don, une douleur analogue à celle qu'il éprouvait dans le testicule
tTant l'opération. J'examinai aassitôt la région et trouvai, au niveau
du canal inguinal, une tuméfaction du volume d'une noisette, un peu
oblongue, suivant la direction de ce conduit, peu douloureuse à la
pression, mais d'une grande consistance. A cette vue, mes inquiétudes
devinrent vives et je ne doutai plus d'une récidive locale. Pour satis-
faire le malade, je prescrivis des frictions iodurées, mais sans compter
le moins du monde sur un résultat favorable.
Dans cet intervalle, la tuméfaction s'accrut et atteignit bientôt le
▼olnme d'une noix. Sentant combien ma responsabilité était grande
^à'>vi8 d'un malade dont je n'étais chargé que par intérim, j'appelai
en consultation les mômes chirurgiens qui avaient déjà vu M. A...
Uor opinion fut conforme ù la mienne, et la famille fut officiellement
ivertie que nos craintes se réalisaient et que la maladie revenait sur
place.
210 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Cependant le bourgeonnement continuait dans de bonnes conditions ;
la plaie se comblait activement ; la suppuration, un peu diminuée
d*abondance, présentait le caractère le plus louable.
De 12 juin, la ligature du cordon se sépara et put être enlevée.
Lo 17 juin, la plaie était presque entièrement comblée et la peau
seule restait à cicatriser.
A. partir de ce jour, la tuméfaction du cordon commença à diminuer,
les douleurs disparurent, et le 30 juin, M. A. . . pouvait être considéré
comme entièrement guéri.
Il fut pendant quelque temps tenu à un régime tonique, ferrugineux,
et à Tusage de pilules de ciguë. Débarrassé de toute préoccupation au
sujet de sa santé, il reprit ses occupations, qui sont nombreuses, avec
la môme activité qu'il y déployait autrefois.
J'ai pu suivre M. A. .., dont je suis devenu le médecin ordinaire;
depuis le départ de mon collègue le D' Berruyer. Sa santé est parfaite
il n'existe aucune tuméfaction, aucune douleur du côté de la cioatrice,
ni du cordon. Les ganglions sont normaux. En juin 1877, trois ani
après l'opération, M. A.. . est devenu père d'un beau garçon.
Si mes tristes prévisions, un instant démenties par les résultats
de l'examen microscopique, se réalisèrent malheureusement dans
leur entier chez mon premier malade, elles furent, cette fois, dé-
menties par l'événement, alors que la nature du mal semblail
annoncer une malignité toute spéciale, et que ce pronostic fatal
avait un moment paru trouver sa confirmation dans les accident!
locaux développés à la suite de l'opération. Certes, quand le cor*
don commença à se tuméfier, quand le malade accusa en ce point
les mêmes douleurs dont s'était accompagné le développement de
la tumeur primitive, il n'est pas un chirurgien qui n'eût accepté
l'idée d'une récidive : telle fut, en effet, l'opinion à laquelle se
rangèrent ceux que j'appelai en consultation. Et cependant il ne
s'agissait que d'une tuméfaction inflammatoire, due à l'étrangle'-
ment du cordon par la ligature en masse. Celte hypothèse ne me
vint pas immédiatement à l'esprit : se fût-elle présentée, je Teusse
écartée tout aussitôt, pour me rattacher au cas le plus probable,
celui d'une récidive immédiate. La guérison d'un cancer vrai (et
le microscope ne nous avait pas permis le moindre doute à cal
égard) est en effet une terminaison tellement improbable qu'il
n'était pas possible de la faire entrer en ligne de compte : elle
se produisit cependant et aujourd'hui (26 janvier 1878), plus de
8 ans 1/2 après l'opération, M. A... continue à demeurer exempt
de tout accident consécutif. Mais faut-il ne voir dans cette immu-
nité inattendue qu'un répit momentané accordé par le mal ou une
guérison définitive ? La réponse à cette question ne saurait être
formulée d'une manière absolue. Il n'est pas sans exemple que Taf-
fection cancéreuse, après un répit de plusieurs années, reparaisse
SÉANCE DU 13 MA^S. 211
tout à coup dans un ou plusieurs organes et entraîne la mort d'un
sujet que Ton regardait comme à Tabri de tout danger. Ce retour
amème pu avoir lieu au bout d'un laps de temps considérable, et
LudloWy dans la statistique déjà citée, fait entrer un cas oii la ré-
cidive ne se montra qu'après dix ans. Toutefois c'est là un fait
exceptionnel qui ne saurait fournir une base d'appréciation, et on
compte, d'autre part, dans la science, des faits bien authentiques
où la guérison s'est maintenue au delà même de ce terme ultime.
Uq malade de Curling demeurait guéri plus de 10 ans après l'o-
pération, et un opéré de César Hawkins, revu au bout de 12 ans,
n'avait pas été moins heureux ^ Il est encore possible de rap-
porter d*autres faits, qui, bien qu'observés pendant un moindre
laps de temps, ne laissent pas que d'être intéressants à mon point
de vue. Baring, de Hanovre, donne Thistoire de 4 malades opérés
par Bust, Langenbeck et Hagedom (de Stade) et qui ne présen-
taient aucune trace de récidive, deux au bout de 5 ans, un au bout
de S ans et le quatrième au bout de 2 ans ^. Brodie apprit qu'un
de ses opérés était bien portant après l'opération. Velpeau signale
un malade comme guéri au bout de 6 ans ^. Au bout du même laps
de temps, un malade auquel Cock avait enlevé le testicule pour un
cancer médullaire, était en bonne santé et partait pour l'Austra-
lie*. Humphry a revu, au bout de 4 ans, un malade ayant subi la
castration pour une tumeur de même tiature *. Tous ces chirur-
pens regardaient leurs malades comme guéris, et j'avoue que je
professe au sujet de mon opéré le même pronostic favorable. De
tels exemples sont, on en conviendra, de nature à rendre le chi-
rurgien moins hésitant à intervenir, même dans le cas d'une tu-
meur que tout l'autorise à juger maligne. Sans doute, même au
bout de 4 ans, 6 ans, la récidive est encore possible, mais n'eût-
on obtenu d'autre résultat que de conserver pour ce temps au
oialade l'existence dans les conditions de la santé normale, est-ce
doDclà un mince encouragement? J'insiste sur ce fait, car quel-
ques chirurgiens, découragés par les insuccès qui ont marqué le
début de leur pratique, renoncent plus tard à opérer, privant ainsi
leurs malades des résultats possibles, bien que rares, de l'inter-
vention chirurgicale.
La comparaison des deux faits qui précèdent serait peut-être de
nature à légitimer quelques réflexions critiques sur l'utilité du mi-
croscope au point de vue de l'histoire pronostique des tumeurs;
^ Curling, L c, p. 401.
* Curling, L c, p. 402.
* Velpeau, Trêité des maladies du se/n, 2« édition, p. Su.
^èitd. Times and GaieUe, vol. XIX» p. 287.
* Holm^a'a syaiwi of aurgery^ t. Y, p. 145.
212 SOGIRTÉ DE GHmURGIB.
'. mais je craindrais de faire ici une part trop large au raisonnement,
et je préfère me contenter de reproduire l'opinion de M. le profes-
seur Verneuil. Les paroles ont été souvent rappelées, mais je ne
pense pas qu'une vérité perde à être répandue. « Si Tusage de plus
en plus répandu du microscope a permis d'établir sur des bases de
plus en plus certaines les classifications des tumeurs, si cet ins-
trument précieux a servi à établir des variétés nouvelles ou in-
connues, il reste encore, dit le savant professeur, d*importantes
lacunes à combler, et je mets au premier rang Thistoire chimique
des productions morbides confondues autrefois sous le nom géné-
rique de cancer. Tout le monde sait aujourd'hui que c'est un
instrument d'exploration qui ne tranche nullement les questions
d'étiologie, de marche, de traitement ; c'est donc aux cUniciens i
remplir ce vide et à observer, une structure étant constatée, ce que
deviendront le malade et la maladie, quel moyen conviendra pour
amener la guérison, et enfin si celle-ci est possible, probable ou
inespérée *. »
M. F. GuYON. Dans le mémoire qui vient de nous être lu, M. Par-
risot cite un malade que j'ai opéré et dont Tobservation a été re-
cueillie par M. Zambianchi, Cet opéré a survécu 18 mois et a
succombé à une récidive dans l'abdomen.
Présentation de plèee.
M. Ch. PÉRiER. J'ai l'honneur de présenter une pièce de luxation
du maxillaire inférieur chez une femme de 65 ans.
La luxation était double, mais je n'ai pu enlever qu'un seul
côté.
Je ferai observer que l'apophyse coronoïde ne s'accrochait pas
à Tos malaire.
Je veux faire remarquer l'intégrité des ligaments qui étaient
seulement très-distendus.
La disseclion sera complétée et je donnerai une description com*
plète de cette pièce.
La séance est levée à 5 heures 20 minutes.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
i Dauvé, 7. e.f p. 309.
SÉANCE DU 20 MARS. 213
Séance da 20 mars 1878.
Présidence de M. F. Guton.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu est adopté.
Correspondanee i
La correspondance comprend :
1* Les journaux périodiques de la semaine : Les Archives de
médecine navale^ les Annales de Gynécologie, le Bulletin général
de ibérapeulique ;
? Le Sud médical, la Gazelle médicale de Bordeaux^ V Avenir
aédicûl du Nord de la France^ le Lyon médical, le Bordeaux mé-
dicil, la Revue médicale de lEst, les Mémoires el Comples rendus
de h Sociélé des sciences médicales ;
8* Mediziniscbe Jabr bûcher redegirt Von S. Stricker de Vienne,
la Guette de santé militaire de Madrid, la Chronique médico^cbi-
rurgicale de la Havane, Ihe British médical Journal, la Gazette
médicale Italienne-Lombarde ;
4* Une note du D' Landolt sur V Extraction d'un entozoaire de
tintérieur de F œil,
{Commission : MM. Giraud-Teulon, Périer et Terrier.)
5' Une lettre de M. le D*" Paul Berger qui aiiresse une demande
à l'effet d*être inscrit sur la liste des candidats à la place de membre
titulaire.
A l'occasion du procès-verbal , plusieurs membres demandent la
parole pour répondre au mémoire sur les tumeurs du testicule dont
lecture a été donnée, dans la précédente séance , au nom de
1. Poinsot.
U. ViRNEUiL. M. Poinsoty le jeune et laborieux confrère que
vous avez récemment admis dans vos rangs, vous a adressé deux
observations suivies de remarques sur la valeur pronostique des
renseignements fournis par Texamen des tumeurs au microscope,
puis sur la gravité particulière des enchondromes du testicule, et
^ général de tous les néoplasmes de la même glande chez les
jeunes enfants.
n y a dans cette communication des faits qui méritent un examen
sérieux et peuvent devenir le point de départ de débats, intéres-
sanla.
Deux fois le microscope a démenti le pronostic porté par M. Poin-
sot qui parait pour cela lui en conserver quelque rancune. Dans le
*ULL. IT MÊM. DE LÀ 80C. DE CHIR. 15
914 BOGIBTi DE GHIRUROIB.
premier cas, il s'agissait d'un tissu morbide réputé bénin, l'anche
drome; ce qui n'a pas empoché le mal de repulluler et de se gén
raliser avec une extrême rapidité.
Dans le second, le microscope avait dit cancer : on devait de
s'attendre à une évolution fatale dans un bref délai, et voilà qu
près trois années l'opéré est encore bien vivant.
De là un doute émis sur l'utilité de Thistologie.
J'avoue qu'il est fâcheux d'émettre des prévisions que la suite
confirme pas; mais je pense que notre collègue, avant d'intenter
procès au microscope, aurait dû réunir plus de deux faits et
choisir surtout plus concluants.
En effet la première tumeur étant cartilagineuse, on la croit 1
nigne par cela même; c'était un grand tort; on a pu jadis attribi
à tous les chondromes une innocuité qui n'appartient qu'à un o
tain nombre d'entre eux, ceux de la main par exemple. Mais dc^
bien longtemps on a reconnu que les variétés glandulahres étai
graves, que la plupart des tumeurs cartilagineuses du iestic
étaient mixtes, renfermaient plusieurs tissus et finalement se co
portaient à peu de chose près comme le cancer. De plus le n^
plasme en question avait eu un développement très-rapide et s*él
montré chez un très-jeune enfant; double circonstance qui, abstn
tion faite de la constitution histologique, devait assombrir le pi
nostic et permettre d'annoncer ce qui eut lieu en effet, c*est-àr<)
la récidive et la généralisation.
En réalité, dans ce cas, le microscope n'a point trompé le cU
cien ; celui-ci s'est trompé lui-même, ce qui est arrivé, arrive,
arrivera bien des fois encore.
Réflexions analogues pour le second cas. La tumeur était cani
reuse et n'avait point encore récidivé au bout de 3 ans. Tout an
avait été le pronostic porté immédiatement d'après l'examen o
croscopique.
Admettons que le fait soit rare, il n'est point unique, j*^}Oi
même qu'il ne me surprend pas. N'oublions pas que le mâla
avait 42 ans et que sa tumeur affectait une marche lente datant
2 années déjà. Or le sarcocèle est une affection de la jeunesfl
c'est de 20 à 80 ans qu'il se présente le plus souvent, qu'il maso
le plus vite et récidive le plus promptement. Quand on s'approc
de l'âge mûr il prend des allures plus calmes sans cesser oepa
dant d'être toujours aussi grave.
D'ailleurs si d'une manière générale le cancer opéré repulh
bientôt, les limites extrêmes de la survie post- opératoire sont asfl
étendues, variant de quelques mois à quelques années; c'est.mài
l'espoir d'un long répit possible qui justifie le plus souvent Tinte
vention chirurgicale. M. Poinsot est tombé sur un de ces ou fk\
SÉANCE DU 20 MARS. 215
ni)les; je ne dis pas qu'il le regrette, mais il semble avoii* éprouvé
une certaine désillusion dont il se venge sur Thistologie.
En somme je pense que dans ces deux cas on ne saurait repro-
cher grand'chose au microscope, si ce n'est de n'avoir point servi
è porter un pronostic dont les éléments se trouvaient mieux dans
les caractères cliniques. En parlant ^ainsi je ne renie nullement les
opinions que j'ai défendues autrefois, et je signerais encore la
phrase que M. Poinsot a bien voulu m'emprunter. J'ai pensé, dit
et écrit il y a plus de 15 ans que la marche et les terminaisons,
que la bénignité et la malignité des tumeurs, ne dépendent pas di-
rectement de leur composition élémentaire ; je répète à tout venant
([ue l'étude clinique et les renseignements histologiques doivent
loarcher parallèlement, se contrôler et se conlirmer sans cesse, et
c'est précisément pour cela que je continue à soutenir les ten-
dances de l'école française telle que l'avaient constituée Lebert,
Robin, Follin, Broca et un peu moi-même contre celles d'une école
rivale qui sans doute a creusé plus profondément la partie histolo-
gi(iue, mais sans prendre souci de l'observation au lit du malade.
C'est pour cela encore que je verrais avait regret M. Poinsot en-
ga^ coomie il Test dans les bonnes voies scientifiques, douter un
peu trop, sous prétexte qu'il n'est pas infaillible, d'un instrument
quia rendu et rend encore de si grands services à la pathologie.
D'ailleurs, je puis montrer que le microscope, en ce qui concerne
les tumeurs testiculaires, n'a pas dit son dernier mot. On trouvera
dans une longue et patiente série de recherches entreprises dans
ces dernière années par M. le D' Nepveu {Contribution à F étude
des tumeurs du testicule^ 2^ éddi., 1875), plusieurs faits tendant à
dônontrer qu'il y a des distinctions à faire dans l'antique classe
des sarcocèles dits cancéreux, et qu'à des différence de structure
répondent des différences notables dans la gravité.
Premier cas.— Il s'agissait d'un cystosarcome avec tumeurs per-
lées et nodules de cartilage. Le sujet était un étudiant en médecine
qiû avait eu jadis la syphilis, mais qui avait été soumis au traite-
m&BX spécifique sans amélioration de la tumeur locale. L'opéra-
tion fut faite en janvier 1870. Jusqu'à ce jour la guérison ne s'est
pas démentie.
2* cas. — Tumeur ûbro'plastique avec épitbélioma canalicnlaire.
Opéré en 1872. Resté guéri en 1875.
3* cas, — Homme de 61 ans. La tumeur datait de plus de
4aus quand elle lut enlevée. L'examen histologique donne pour
ré&oltat : Sarcome médullaire lympboïde. Opération le 22 no-
^ttobre 1871. 2 ans après, il n'y avait pas de récidive.
4* cas. ^ Officier de marine ; tumeur datant de 8 ans 1/2, en-
216 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
levée en décembre 1872 ; c'était une tumeur embryoplastique. Jus-
qu'ici point de récidive.
5* cas. — Encore un sujet de 51 ans, dont la lésion datant de
trois ans. Opération le 17 septembre 1873. C'est un sarcome Ipa-
phoïde ou tumeur embryoplastique. En mars 1875, le patient se
portait très-bien.
6* cas. — Encore une tumeur embryoplastique enlevée à la fia
de 1873. Malade revu depuis en parfait état de santé.
Mais à côté de ces cas évidemment très-favorables, les tumeurs
dans lesquelles on a trouvé les caractères histologiques du cancer
ont donné lieu à une récidive et à une généralisation très-promp-
tes. Je n'ai pas malheureusement de relevé statistique complet
sur mes castrations, mais je puis affirmer qu*au temps où j'avais
le loisir d'examiner moi-même au microscope les tumeurs que
j'enlevais, et plus tard encore quand je faisais faire l'examen par
divers internes très-versés dans l'histologie, j'ai presque sans ex-
ception vu mourir vers la iin de la première année, sinon plus vite,
les malheureux atteints du vrai cancer.
J'ai cependant recueilli deux exceptions fort remarquables ; je
dois d'autant plus les faire connaître que le diagnostic de cancer
avait été porté par d'autres confrères, qu'il fut confirmé par le mi-
croscope, et que cependant les opérés survivent depuis de longues
années et se portent parfaitement bien aujourd'hui.
Voici l'analyse sommaire de ces deux faits.
X..., employé de commerce, 25 ans, avait contracté la syphilis,
dont il avait été soigné par MM. Ricord et Fournier. Le testicule
se prend ; on administre des doses considérables d'iodure de po-
tassium, sans succès. La tumeur est très-volumineuse et très-
douloureuse par intervalles. La santé s*altère. MM. Ricord et
Fournier conseillent la castration sans retard. X... entre dans mon
service à l'hôpital du Midi au commencement de 1865. Je ropère«
La tumeur doit son volume considérable à de nombreux foyers
hémorrhagi(iues creusés au milieu de la masse morbide qui à l'œil
nu et au microscope présente les caractères de Tencéphaloîde ra-
molli.
La plaie opératoire guérit sans accidents. L'année suivante X.r.,
rentre dans mon service à Thôpital Lariboisière. La cicatrice est
intacte. Mais une tumeur du volume du poing d'un adulteoccupe la
fosseiliaque interne; elle est douloureuse, rénitente, immobile, sans
changement de couleur à la peau; elle s'est montrée quelques se^
maines auparavant et fait d'assez rapides progrès. Je diagnos»
lique sans hésiter une récidive, bien que la santé génôrald soit
SÉANCK DU 20 MAK8. 31T
passablement conservée et je refuse toute opération immé-
diate, disant aumalade, que je voulais consoler, qu*il s'agissait d'un
ai)cès qu'on pourrait ouvrir plus tard.
X...,malgré toutes mes instances, quitta le service, de sorte que
je le crus mort. Deux ans plus tard j'en parlais devant mes élèves,
lorsque Tun d'eux m'affirma qu'il connaissait très-bien mon patient,
qu'il Tavait vu récemment en très-bonne santé et s'offrit d'ailleurs
à me faire constater la cure.
X..., en efTet, revint me voir et me raconta que la tumeur s'était
ouverte peu de temps après sa sortie de Thôpital, et qu'il n'avait
osé revenir me voir après m'avoir quitté brusquement et contre ma
volonté. Les cicatrices du scrotum et du pli de Taine étaient très-
saines; la fosse iliaque n'offrait aucune induration ; l'état générai
était excellent. X... dirigeait un petit commerce dans le quartier
Saint-Martin. Je l'ai revu encore en 1869, et j'ai eu de ses der-
nières nouvelles il y a 3 ou 4 ans. Je puis donc affirmer qu'au
bout de 10 ans il n'y avait pas eu de récidive.
Voici le second cas.
Un architecte, jeune, bien constitué et bien portant, fut jadis
atteint de syphilis. Un testicule se tuméfie. MM. Ricord et Four-
nier instituent un traitement qui reste impuissant et conseillent la
castration que j'exécute en 1866. La tumeur était régulièrement
ovoïde, du volume d'un œuf de dinde, peu douloureuse spon-
tanément, insensible au toucher ; à la coupe le tissu était d'un blanc
rosé uniforme, très-comparable à la pulpe cérébrale de l'enfant. Au
microscope, innombrables noyaux ovales, volumineux, à contours
Hiinces, munis de 2 ou 3 gros nucléoles brillants. C'était donc bien
l'encépbaloïde classique.
La guérison se fit rapidement. Au jour présent elle ne s'est pas
démentie. Je n'ai jamais perdu de vue le sujet en question, que
M. Fournierde son côté a toujours suivi.
J'ai toijgours cru, dans ces deux cas, avoir eu affaire à des tu-
meurs cancéreuses, les ayant examiné moi-même au microscope.
h dois cependant faire une réserve.
En 1865 et 1866 nous ne connaissions guère qu'une espèce de
tumeurs malignes du testicule, le cancer. A peine quelques auteurs
parlaient alors d'épithélioma ou de sarcome. La variété décrite au-
jourd'hui sous le nom de tumeur lymphoïde, peu ou point connue,
était sans doute confondue avec ce que nous regardions alors
comme le type de l'encéphaloïde et que nous appelions cancer nu-
cléaire, parce que la plus grande partie de la tumeur était consti-
tuée par des éléments petits nageant en grande quantité dans un
sue crémeux abondant. 11 nous arrivait souvent aussi, à cette épo-
2iS SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
que, d'examiner uniquement le suc en question obtenu par le ra-
clage et de négliger de faire des coupes destinées à montrer li
disposition réciproque des éléments celluleux et autres. J'ai peut-
être commis cette erreur.
A cette époque encore on affirmait aisément le cancer d*après un
autre critérium, savoir Tinsuccès de Tiodure de potassium donnée
de fortes doses. Mes deux malades avaient été traités aussi bien que
possible par MM. Ricord et Fournier qui, tous deux, devant l'échec
de leur médication, avaient jugé la castration indispensable. Je ne
pus que partager leur opinion. J*ai rencontré depuis un fait qui m'a
rendu moins confiant dans ce signe négatif tiré de l'impuissance de
riodure de potassium.
Un adulte robuste et bien bâti me fut amené par un médecin de
mes amis pour être reçu dans mes salles et y subir la castration.
Il portait une tumeur testiculaire qui avait résisté à tout traitem^
et en particulier à des doses massives d*iodure de potassium.
C'était un de ces cas où les caractères de la tumeur ne permet
tent point de se prononcer entre Thématocèle, le sarcocèle et l
syphilôme. (Cet embarras existe bien réellement, car dans moi
service, il y a 2 ans, j'ai, après un examen cependant bien apprc
fondi, enlevé un syphilôme croyant opérer un type de cancer.) L
patient n'étant pas bien sûr d'avoir eu auparavant la vérole, il m
demanda à ne subir Topération que 2 ou 3 semaines plus tare
pour raisons d'affaire. J'accédai à son désir, et pour occupe
son temps je lui prescrivis un peu au hasard quelques centigramme
de sublimé. Au bout de 15 jours, la tumeur avait diminué d'un iien
un mois après, tout avait disparu.
Ces faits, on le comprend, m'ont rendu fort circonspect en mi
tière de diagnostic et de pronostic ; ils prouvent d'abord que l'iodœ
de potassium peut rester sans effet sur le syphilôme testiculain
et qu'il faut bien se garder de pratiquer la castration avant d'avo
tâté le mercure pour peu que la nature du mal soit douteuse. Il
démontrent aussi qu'après l'insuccès de la médication spéci&qu
l'opération peut encore donner de bons résultats et procurer sino
des guérisons radicales, au moins des trêves indéfinies.
Mais en revanche les recherches histologiques récentes noc
forcent à revenir sur le diagnostic anatomique du sarcocèle, pot
savoir si à côté du cancer vrai n'existerait pas une variété plus b<
nigne, non syphilitique pourtant, et susceptible d'être guérie pi
la castration.
J'ajouterai quelques mots sur les néoplasmes testiculaires obse
vés chez les très-jeunes enfants. J'ai vu deux cas de ce genre q
justifient entièrement ce que M. Poinsot pense de leur gravité.
Le premier a été observé en 1868 chez un enfant d'un an dont
siARCS bu 20 MARS. 219
testicale avait été exposé à un fort tiraillement. Peu de temps
après la glande s*était tuméfiée et accrue si rapidement qu'elle pré^
sentait quelques semaines plus tard le v01ume d'un gros 03uf de
dinde. Je fis la castration qui guérit sans accident. La pièce fut
présentée à la Société anatomique(J9«7y., 1868, p. 238), malheureu-
sement sans description. On se borne à dire que le microscope y
découvrit de nombreux corps fusiformes et des faisceaux de tissu
fibreux sans mélange de tubes céminifères; il ne s'agissait donc
point d'un testicule syphilitique, qu'on sait maintenant, d'après les
redierches de MM. Obédénare, Hutinel, etc., moins rare dans la
première enfance qu'on ne le croyait jadis.
Une année ne s'était pas écoulée que l'enfant succombait à une
généralisation dans les viscères.
Le second cas est de date récente.
Un de mes anciens élèves et amis, le D' Gauthey, de Saint-Ger-
inain-en-Laye, m'envoya vers la fin de 1876 un tout jeune enfant
atteint de tumeur testiculaire. Je jugeai le mal de mauvaise nature
et conseillai formellement la castration. Celle-ci fut pratiquée par
M. Gauthey en janvier 1877. Les suites en furent excellentes, et
tout paraissait aller à souhait lorsqu'au mois de novembre suivant
l'enrant ayant fait une chute, on constata un gonflement de l'abdo-
men avec fièvre, vomissement, et tous les signes d'une péritonite
Iranmatique.
If. Gauthey appelé quelques jours plus tard reconnut une tumé-
faction du foie et des ganglions mésentériques, certainement anté-
rieure à la chute, et que la contusion a vait manifestement atteinte et
S([gravée. Le foie continua à grossir ; l'enfant dépérit de plus en
' pins et finit par succomber en janvier 1878, un an après la castra-
tion. L'autopsie ne fut pas permise.
IL Despres. Avant d'examiner les diverses questions soulevées
par M. Poinsot et par M. Verneuil, je désire exprimer le regret
de n'avoir pas entendu prononcer le nom de M. Conches dans le
mémoire de M. Poinsot. M. Conches a fait une thèse sur les ma-
ladies du testicule, dans laquelle se trouvent des faits très-inté-
ressants et, surtout, une étude de la maladie kystique du testicule
que M. Conches range, avec preuves à l'appui, dans les cancers;
de plus, il a montré que la marche dépend de l'organisation de la
tameur, et qu'il existe des chondromes récidivant vite, et d'autres
Ws-lentement.
départage l'opinion de M. Verneuil sur la gravité du cancer
cheE l'enfant. Pendant mon internat, j'ai vu une tumeur du testi-
cule, chez un enfant de 5 ans; cette tumeur datait de 8 mois.
M.NéIaton, qui examina l'enfant, trouva, dans l'abdomen, une tu-
220 SOaÉTK DE GHIRUROIS.
meur ganglionnaire; il refusa d*opérer. Chez un jeune enfant que
Ton me fit voir à Cochin, je ne trouvai pas de ganglions, mais il y
avait eu un dépérissement rapide; aussi je refusai d'enlever la
tumeur du testicule.
Je regarde le cancer des viscères comme ayant, chez les enfants,
une marche excessivement rapide, et une tendance effrayante i
envahir les ganglions; ainsi, on voit souvent le cancer de l'œil, des
mâchoires (sarcome à petites cellules), entraîner la mort en 6 ou
8 mois.
Pour ce qui est de la récidive du cancer du testicule diez les
adultes, je ne partage pas entièrement les opinions de M. Vemeuil.
Je crois qu'il y a des cancers récidivant moins vite les uns que les
autres.
J'ai vu, chez M. Velpeau, en 1861, un garçon de magasin, âgé
de 32 ans, qui avait une tumeur du testicule grosse comme le
poing; M. Velpeau l'opéra ; la pièce fut examinée par M. Robin
qui trouva un squirrhe (cellules en raquette) développé dans le
corps d'Hygmore. Malgré le pronostic que semblable examen pou-
vait faire porter, le malade se portait très-bien en 1874. Depuis
1872, j'ai opéré cinq individus atteints de tumeurs du testicule,
trois à Cochin, deux en ville.
Un de ces malades avait une tumeur adénoïde; il mourut d'une
angine de poitrine sans trace de généralisation.
En 1874, j'opère un homme de 40 ans ; sarcome à petites cd-
lules, récidive au bout d'un an. Tumeurs dans le poumon (fait pu-
blié dans les Bull, de la Soc. anatomique, 1875).
En 1875, je fus consulté pour un testicule arrêté à l'anneau,
devenu cancéreux depuis 8 mois; je l'enlevai et l'examen micros-
copique montra un sarcome alvéolaire; en 1878, la santé était
excellente.
Des deux autres malades, l'un était un homme âgé de 36 ëns,
avec un sarcome à cellules moyennes; la récidive commença
6 mois après l'ablation.
Le second était âgé de 34 ans, il portait un sarcome à petites
cellules; opéré en 1875, il n'a pas eu encore de récidive.
En résumé, sur quatre malades suivis ; un n'a pas eu de réci-
dive après 3 ans, un second après 2 ans, et deux ont succombé
en moins de 1 an.
Je crois donc, comme je le disais, que la récidive n'est pas tou-
jours aussi rapide que l'on semble l'admettre, et je regarde ces
résultats comme devant engager le chirurgien à ne pas hésiter a
opérer.
Au point de vue du prooédé opératoire, je ne puis aocepter la
siANGB DU SO MARS. 921
ligature en masse du cordon que conseille M. Poinsot. La liga-
ture en masse a été suivie, dans un cas, de tétanos.
H. Panas. J'ai vu souvent des tumeurs du testicule ayant l'as-
pect du cancer guérir sans opération.
fai eu, dans mon service, en 1873, un homme porteur d*un
teorme testicule que je diagnostiquai cancer, mais avant de Topé-
rar je voulus, comme je le fais toujours, essayer Tiodure de po-
tifisiam. Le malade en prit 2 puis 4 grammes par jour, sans ohte-
mr le moindre résultat, et je me disposais à faire Vablation, lorsque
je voulus essayer du traitement mercuriel. Je fis faire des fric-
tkms mercurielles, et je fus très-surpris de voir s'effectuer une
npde transformation, en 15 jours, qui fut suivie d^une guérison
oooplète*
Je reste convaincu qu'un grand nombre de tumeurs du testi-
eole qualifiées cancer, n'en sont pas, et qu'elles sont justiciables du
aercurë, aussi ne faut-il pas se contenter, avant d'opérer, de
Fadministration de Tiodure de potassium.
Je regarde comme une erreur d'admettre qu'il y a deux modes
de traitement syphylitique : un pour les accidents secondaires,
impour les accidents tertiaires. Aujourd'hui il est bien prouvé que
les accidents à infiltration plastique de la syphilis peuvent guérir
par les préparations mercurielles, et le meilleur mode d'adminis-
tration consiste dans des frictions.
M. FoRGET. Je ne veux pas entrer dans la question du diagnos-
tic des tumeurs du testicule, car cette question est malheureu-
sement toujours très-obscure. Je veux seulement insister sur
l'existence de certaines tumeurs du testicule et même des os qui
résistent à l'iodure de potassium, et cèdent à l'emploi du mer-
cure.
J'ai donné des soins à un malade qui présentait des accidents
de cette nature; ce malade, qui avait été traité par les premiers
Sfphiliographes, avait pris des doses considérables d'iodure de
potansium, sans obtenir le moindre résultat. J'étudiai, avec soin,
fhistoire de ce malade ; j'appris, qu'au début de cette affection, il
n'avait pas fait de traitement mercuriel régulier, et je fus amené
i penser que Ton avait pas ainsi annihilé la spécificité syphilitique.
Je mis ce malade aux pilules de Dupuytren, et la guérison fut com-
plète. Depuis, j'ai eu l'occasion de retrouver plusieurs cas sem-
l^Ubles, et je crois qu'il est indispensable de soumettre les malades
&u traitement par le mercure.
M. Desprâs. Je n'avais pas voulu parler du diagnostic des tu-
iBeors du testicule, craignant d'être entraîné trop loin. Je veux
^opeodant dire que jamais je n'ai rencontré de difficultés pour fiiire
2S2 sociéré de ghiruroib.
le diagnostic différentiel du cancer et de la syphilis, mais je me
hâte d'ajouter que je n*ai jamais rencontré de testicules, présen-
tant les descriptions que Ton trouve dans les ouvrages de syphOis
On décrit beaucoup de maladies sous le nom de testicule sypliiii^
tique, mais je n'ai jamais vu donner un signe positif pour recon
naître un testicule syphilitique.
Le cancer marche lentement, petit à petit, il amène de l'amai^
grissement et s'accompagne toujours de douleurs lancinantes
aussi j'afQrme n'avoir jamais eu le moindre doute.
Quant à la valeur des observations publiées sous le titre de tu<
meur syphilitique du testicule, le fait suivant me parait en donne
la preuve. Un malade, dont l'observation a été publiée, se pré-
sente avec une tumeur du testicule, dans le service de M. Guyot
qui diagnostique un testicule syphilitique; il fut soumis au trai
tement mercuriel , et l'amélioration parut assez sérieuse pour qut
la pancarte portât, à sa sortie, le mot de guérison. Un an aprè
sa sortie, cet homme entrait dans le service de M. Mauriac, pou
y succomber à un cancer généralisé.
Je crois qu'avant d'admettre la guérison il faut suivre iongtemp
les malades.
M. Yerneuu.. m. Desprès nous dit que le diagnostic du testicul
syphilitique ne présente jamais de difficultés, il vient , cependant
de nous donner la preuve du contraire, puisqu'un malade fo
considéré, pendant plusieurs années, par des hommes compé
tents, comme atteint de testicule syphilitique, lorsqu'il avait u
cancer qui a fini par remporter.
Je soutiens que le diagnostic des tumeurs syphilitiques du tei
ticule est parfois difficile sur le vivant, mais, au contraire, irèi
facile, lorsque l'on a la pièce en main. J'ai exposé, ici, Terreu
du diagnostic que j'avais commise dans un cas semblable
erreur qui ne fut pas de longue durée, lorsque j'eus incia
le testicule.
Sur le vivant, j'affirme que rien n'est plus délicat que le diagnoi
tic entre les petites hématocèles, le sarcocèle et le testicule syph
litique unilatéral, d'autant plus que, pour moi, l'inefficacité d
l'iodure de potassium n'est pas la preuve d'une tumeur non syph:
litique.
M. Desprès. Pour moi, je trouve une différence tellement tran
chée, entre le début du cancer et de ce que Ton appelle testioii]
syphilitique, que je ne crois pas qu'il puisse y avoir doute.
M. Verneuil. Je ne puis admettre une semblable opinion.
M. Gh. Périuu J'apporte à la Société l'observation complète d
«fcANGK DD SO KARS.
h malade dont j'ai prêBenté la luxalioa du maxillaire inférieur,
duc la demiôre séance.
Une femme de 65 ans, aphasique et hémiplégique depuis quatre ans,
M luxait fréquemment la mAchoire. La luxation bilatérale, se rédui-
uil facilement, mais ]n réduction ne parut jamais complète, il restait
ItajonrB an léger degré de projection du menton, bien qu'il n'y eut
}h» écartement des arcades dentaires; le condyle ne rentrait pas
truchement à sa place. Une fronde mentonnière reliée â une coiffe
fv im eordoas élastiques n'empêcha pas la luxation de se repro-
Juin avec une grande facilité. Une dernière fois, cette femme fut
"neuée dans mon service, sous le coup d'une hémorrhagie cérébrale
'*"»iite, la mâchoire était luxée, mais la réduction ayant présenté par
neeption quelques difiloultés, je n'insistai pas pour l'obtenir.
ta malade succomba quelques heures après.
L'autopsia fut pratiquée 46 heures après la mort. La luxation se
fUnisit alors presque d'elle-même, mais imparfaitement comme d'ba-
Je ne pus examiner que l'une des articulations temporo-maxil-
lûes, celle du côté droit. La luxation se reproduisant et se rédui-
Mnt à volonté, je constatai d'abord qu'il n'y avait pas accroche-
nient de l'apophyse coronoïde à l'os malaire, il n'y a même pus
'ODtact entre ces deux parties.
Les ligaments articulaires sont allongés, mais ne présenteat
Aucune trace de déchirure. Lorsqu'on place l'os en luxation, on
«nt en avant le condyle maxillaire séparé du doigt par la simple
^ptisseur du ligament antérieur ; tandis qu'en arrière sous le
condyle temporal on reconnaît, à travers le ligament postérieur,
'i présence d'un corps mobile et consistant qui ne peut être que
)e ménisque inter- articulaire.
224 SOCIÉTÉ DE CHIRUROn;
Si on réduit la luxation, on refoule en arrière ce ménisque;
fait bourrelet à la partie postérieure et empêche le condyle maxil
laire d'occuper librement la cavité glénoïde.
En présence de notre collègue, M. Farabeuf, à qui je dois 1
dessin qui accompagne cette note, j'ai ouvert Tarticulation e
incisant la capsule dans toute sa hauteur en avant et en arrière d
ligament latéral externe. Ces deux ouvertures permettent d'ex«
miner dans tous ses détails l'intérieur de la jointure.
La synoviale contient quelques concrétions âbrineuses libres <
sa surface est parsemée de villosités d'origine inflammatoire. L
condyle, du maxillaire est érodé en arrière et présente une échan
crure qui loge le ménisque intra-articulaire dont il manque la part
la plus antérieure. Le ménisque a pris la forme d*un croissai
dont le bord concave déchiqueté embrasse la partie postérieure cl
condyle, lequel se trouve ainsi directement en rapport avec la sm
face articulaire du temporal. Le ménisque a conservé ses inseï
lions aux tubercules interne et externe du condyle.
Dans l'état de luxation le condyle repose sur le plan inclii
que présente en avant la racine transverse de Tarcade zygonu
tique, et il semble arrêté dans son élévation par le collier qi
forme derrière lui le ménisque, et surtout par le défaut de plao
Il ne saurait en effet franchir l'anneau que forme l'arcade zygomi
tique et passer dans la fosse temporale sans un transport en avai
que ne permet pas la présence de l'apophyse coronoïde envi
loppée du tendon du muscle temporal, ou bien sans une fraciui
du maxillaire avec changement de direction dans l'axe du condyh
Dans l'état de réduction, le ménisque vient appuyer sur la par
inférieure du conduit auditif et laisse à peine au condyle ui
place suffisante pour se loger dans la cavité glénoïde. Gel
disposition explique la facilité extrême avec laquelle se repn
duisait la luxation. On peut même dire que la luxation ne i
réduisait pas, car le condyle ne reprenait pas sa position norma
à la face inférieure du ménisque.
Mais si imparfaite que fût la réduction, il resterait à expL
quer pourquoi elle ne s'opérait pas spontanément. 11 suflit (
tenir la pièce en mains pour voir que la propulsion directe i
arrière maintient le condyle appliqué au devant de la racii
transverse de l'arcade zygomatiquc, et que tout muscle rétracte!
qui agira sans abaissement préalable sur le condyle ainsi déplai
sera impuissant à le remettre en place.
Cette pièce est un exemple de luxation sous-méniscoïde sa]
rupture ligamenteuse, variété qui serait, suivant M. le D' Mathie
beaucoup plus fréquente que la supérieure. Nous pouvons ajout
que comme sous-méniscoïde la luxation n'a jamais été réduit
SÊAN'CK DU 20 MARS. 2^5
puisque le ligament in ter-articulaire est toujours resté derrière le
col du condyle.
Il m'a été impossible d*avoir des renseignements sur les condi-
tioQS dans lesquelles la luxation s'est produite pour la première
fois. L'accident remonte à plusieurs années, ce qui explique
hrtbrite sèche dont la jointure est le siège et la disparition de
Tare antérieur du ménisque.
Les dissections de luxations des maxillaires n'ont pas été assez
nombreuses pour qu'on puisse établir encore l'histoire de cette
luxation, mais notre pièce peut être considérée comme favorable
à la fois à l'opinion de Boyer et aux idées émises par M. le D' Ma-
thieu.
H. le Président annonce que M. Duplouy, de Rochefort, membre
correspondant, assiste à la séance.
Commaiileafioii.
H. DuPLOUY donne lecture de l'observation suivante intitulée :
Ijita udloculaire colloïde très-TOlumineux. — Ovariotomie. — Mort.
La pratique de Tovariotomie réserve parfois aux opérateurs de
^tes mécomptes en les plaçant en présence de circonstances
^ssi graves que difficiles à prévoir; j'ai opéré l'année dernière
^ kyste très-volumineux, d'environ 15 à 16 kilogrammes, entiè-
rement rempli de matière colloïde et qui, sauf quelques cloisons
oelluleuses très-fines, appartient au groupe des kystes unilocu-
bires; on ne rencontre point ordinairement la matière colloïde en
proportion aussi considérable au sein des kystes ovariques ; elle
^t presque toujours logée dans des kystes multiloculaires dont
^lle occupe des départements isolés ; aussi ai-je dû rechercher en
dehors de ma pratique, bien restreinte puisqu'elle ne comporte que
7 cas d'ovariotomie, des exemples de kystes se rapprochant à la
A>is tant par leur inilocularilé que par l'homogénéité d'un contenu
^lloïde de celui qui fait l'objet de cette observation. Pour ne par-
ler ici que des faits cliniques bien observés et publiés sans réserve,
je n'ai rien trouvé d'approchant dans le souvenir des opérations
iiombreuses auxquelles il m'a été donné d'assister, non plus que
dans les travaux de Sp. Wells, de Kœberlé, de Ziembichi, etc. La
communication de ce fait m'a paru, sous ce rapport, de nature à
offrir quelque intérêt à mes éminents collègues, qui trouveront
T^i-ètre dans leur expérience clinique quelques faits analogues.
NadaiM 8tt««f âféa de 81 «m, réglée à 11 anS| mariée depuis
226 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
12 ans à un sous-brigadier des douanes des environs de La Rochelle
sans antécédents fâcheux du côté de sa famille, a toujours joui d*aii
sauté parfaite jusqu'à son dernier accouchement, survenu il |
2 aus 1/2 ; la tuméfaction du ventre qu^elle observa depuis oeti
époque aurait été précédée de douleurs assez vives dans la foBi
iliaque droite, sans fièvre ni vomissements , mais elle n'est deveav
excessive que depuis 6 mois au plus, en môme temps q[ue la menstnii
tion, jusque-là régulière, se montrait beaucoup moins abondante, bic
que bimensuelle.
À son entrée à l'hôpital Saint-Charles, le 5 août 1876, la malade e
très-amaigrie et très-oppressée par suite de la distension abdominabl
son faciès est caractéristique ; la peau est sèche et terreuse ; la resp
ration très-gênée pendant le décubitus dorsal; le cœur refoulé ea liA!
et à gauche, a des battements forts et précipités ; le pouls est, au ooi
traire, petit, régulier à 82 ; le ventre qui rappelle la forme de c^
des batraciens, retombe sur les cuisses dans la station verticale ;
mesure 1 m. 20 cent, de circonférence au niveau du nombril; h
veines superficielles sont très-dilatées ; les téguments sont épaissi
grenus et œdématiés, surtout à la partie inférieure; Tombilic estpn
jeté au dehors, sous la forme d*un gros œuf de poule, par une coUei
tion liquide facile à refouler dans la cavité péritonéale.
Partout on sent une fluctuation très-manifeste, évidemment due à
présence d'une ascite et, en refoulant le liquide avec les doigts, <
tombe sur une masse énorme, sans bosselures appréciables, qui doni
une sensation pâteuse. Les parois de l'abdomen glissent facileme
sur la surface de la tumeur excepté à droite, où on sent, à égale dî
tance de l'ombilic et de l'épine iliaque antéro-supérieure, une crépU
tion qui rappelle le cri de la neige froissée entre les doigts et qui fS
supposer des adhérences en ce point ; résonnanoe dans les deux fiaiM
quand on déplace le liquide ascitique, ainsi qu'à la région éf
gastrique.
Le col de l'utérus est un peu élevé, ramolli, sans déviation; le OOK
parfaitement mobile, ne reçoit pas de mouvements communiqu
quand on palpe la tumeur abdominable ; ses dimensions, mesuréei
l'aide de la sonde utérine, sont normales ; pas de leucorrhée ; il n*]
pas de dysurie.
Les fonctions digestives s'accomplissent bien, sans flatulence; Fa
petit est bon, la soif assez intense ; le sommeil est léger.
Nous diagnostiquons un kyste ovarique uniloculaire avec ascite
œdème des parois, compliqué probablement d'adhérences à droite,
pédicule grêle autant que permet de le supposer l'élévation du ool
surtout la mobilité de l'utérus, et, bien décidé que nous sommai
l'opérer, nous pratiquons, le matin môme du jour fixé pour Tovariol
mie, une ponction exploratrice avec l'aiguille n^ 2.de fappareil Diett
foy qui, après avoir amené de la sérosité ascitique, ne nous four
aucun résultat ; l'insuccès de ces tentatives, répétées en quatre poii
différents, nous conduit à recourir au trocart n« 4 à l'aide duquel no
obtenons quelques grumeaux d'une substance qui ressemble 4 iê
SKANCB DU âO MARS. î^l
gomme (fieomplétement dissoute et ramollie par Teau. Notre diagnos-
tie eit dès lors à peu près fixé : nous avons affaire à un produit demi-
solide, soit gélatineux, soit colloïde, dont Tissue par tous les modèles
de trocart usités en ovariotomie nous paraît des plus problématiques ;
et poursuivi par la pensée des difficultés opératoires qui doivent en
résulter, nous ajoutons à l'appareil instrumental deux vulgaires cuillers
à potage de petite dimension, légèrement tordues sur leur axe.
Uovariotomie est pratiquée le jour môme à 1 h. 40 m. en présence
de rÉcole et avec l'assistance immédiate de M. le professeur Léon,
de MM. Audry, Lefèvre, Dorvau, médecins de l''^ classe de la marine,
et de MM. les aides médecins Duplouy et Bouché.
Uae incision d'environ 12 centimètres, conduite sur la ligne blanche
i égale distance du pubis et de l'ombilic, donne issue à une certaine
quantité de sérosité provenant du tissu cellulaire, puis à du liquide
ascitique qui s'écoule en jet ; quatre pinces hémostatiques sont jetées
sur les vaisseaux divisés pendant cette section ; puis, la poche kystique
parfaitement lisse et d'une teinte gris-bleuâtre, apparaît dans l'aire de
la aection, libre d'adhérences avec la paroi dans tous les points que
peut atteindre le doigt. J'ai soin, avant de la ponctionner, d'évacuer
aussi complètement que possible la sérosité ascitique par des pres-
sions exercées d'arrière en avant ; il s'en écoule environ 5 litres.
Comme nous l'avions prévu, le trocart à ovariotomie (modèle Péan)
ne donne aucun écoulement, et force nous est de nous décider à fendre
la poche longitudinalement et à maintenir les bords de l'incision kys-
tique avec des pinces à plateaux, en les soulevant avec des précau-
tions infinies, vu leur minceur excessive; nous voyons alors apparaître
mie masse tremblotante d'une teinte blanche légèrement ambrée, assez
Analogue à de la geléede pieds de veau ou mieux encore, vu son extrême
viscosité, à la p&te de guimauve au moment de sa fabrication. Elle
adhère aux doigts au point de rendre fort difficile l'extraction des pré-
fères portions, et nous ne pouvons nous tirer de la situation que par
^Q jeu alternatif des cuillers à potage ; presque rien n'a pénétré dans
le péritoine, grâce à la compression exacte des parois ; la main intro-
tlttite au sein de la poche sent céder sous la moindre pression quelques
Qloisons ceUuleuses, surtout à droite, et la substance colloïde qui pro-
vient de cette région prend une coloration légèrement brunâtre.
Lorsque nous eûmes évacué environ les trois quarts du contenu,
nous nous mîmes en devoir d'attirer la poche kystique à l'extérieur,
«fin de déverser facilement le reste des produits en dehors de la cavité
mbdominale : il y avait, en arrière et sur les côtés, de nombreuses
adhérences et, malgré tous les ménagements apportés dans ces trao-
tions, la poche se rompit sous nos doigts en arrière et à droite ; nous
TLevL continuâmes pas moins nos laborieuses manœuvres, et nous ame-
nâmes enfin au dehors le kyste tout entier ; le pédicule, très-long et
trèt-mince, fut immédiatement étreint à l'aide du clamp de Sp. Wells;
QiiSi l'épiploon, absoluTrent soudé à la partie supérieure du kyste,
Weonstitoait une sorte de pédicule supplémentaire, que la présence
^ oinq vaisseaux artériels du volumo de la radiale l'endait beaucoup
228 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
plus important que le pédicule normal : nous ne songeAmes pas «n
seul instant à détruire des adhérences aussi intimes et, nous inspirant
de la conduite suivie dans quelques circonstances analogues par cer-
tains ovariotomistes, nous étreignîmes le pédicule épiploîque à Taidc
d^un très-fort cordonnet de soie, faute de clamp supplémentaire» nooc
réservant de le maintenir à Tangle supérieur de la plaie ; la trompe
droite était libre; Tovaire gauche parfaitement sain. Restait à faire 11
toilette du péritoine, temps difficile s'il en fût, non par récoulemeni
sanguin, pour ainsi dire nul, mais par Tépanchement de la matièn
colloïde gluante et plastique qui s'était infiltrée dans le péritoine; noof
Taccomplîmes à grand renfort d'épongés montées de pressions sur lei
parois, d'extraction directe avec les doigts ou avec des linges chauds:
à chaque instant nous croyions en avoir fini et les pressions d'arrière
en avant exprimaient encore d'entre les circonvolutions intestinales di
nouveaux fragments de cette sorte de poix tenace et visqueuse; noiu
évaluons à 15 kilogrammes environ la masse colloïde extraite dans cei
diverses manœuvres. Enfin, il ne sortit plus rien ; la plaie fut exacte*
ment fermée par cinq fils de soie, passés selon la méthode de Sp.
Wells et intéressant le péritoine à 1 centimètre de ses bords; chaqui
pédicule fut traversé avec une broche et lié très-fortement au-dessou
d'elle par un fil conduit à travers les parois abdominales, puis badi*
geonné avec du perchlorure de fer ; le ventre fut collodionné, envi-
loppé d'ouate, et la malade fut reportée dans son lit 1 heure 1/2 aprèi
le début de l'opération ; elle avait parfaitement supporté ranesthésie
le pouls battait 80; son état était excellent.
Tout alla bien jusqu'au 8^ jour, à part quelques coliques passfr
gères; déjà la plaie était cicatrisée, j'avais pu enlever le clamp et
d'autre part, le pédicule épiploîque était bien près de se détacher
malgré la déchirure de la poche et la crainte que m'inspirait le séjou]
presque inévitable de quelques parcelles colloïdes dans le péritoine, je
commençais à espérer un succès définitif; je me plaisais à rechercher
dans l'imposante statistique de Sp. Wells, à côté de quelques cas dé
mort par le fait d'une rupture accidentelle, certains faits de guérison
obtenue malgré cette redoutable complication et notamment ceux in^
crits sous les n^ 212, 266, 301, 380, 336, 400, 406, 416, 442, 463, 468,
494 : dos accidents de péritonite suraiguë éclatèrent dans la soirée da
13 août et enlevèrent la malade 10 jours après l'opération.
Je n'hésite pas à rapporter les accidents à la présence d'une
certaine quantité de matière colloïde épanchée ; car, Tautopsle
m'a révéléy outre les lésions habituelles de la péritonite génért*
lisée avec agglutination exsudative des aûses intestinales, en ar-
rière du côlon ascendant, et fortement collée à l'intestin , une
masse colloïde jaunâtre, delà grosseur d'un œuf de pigeon, en tout
semblable à celle qui remplissait le kyste et baignant dans quelques
cuillerées d'un liquide sanieux et brunâtre, mélangé de quelques
gouttelettes huileuses ; à gauche et dans une position symétriquab
derriàre le côlon descendant, se trouvaient quelques détritus gela-
SÉANCE DU 20 MARS. 229
tineux analogues, échappés au curage aussi minutieux que labo-
rieux que nous avions dû faire de la cavité péritonéale.
L'examen de la poche kystique nous avait montré quelques
tractus filamenteux, minces comme une toile d'araignée, détachés
de la surface interne, vestiges des cloisons celluleuses que nous
avions rompues par la simple introduction de la main ; on ne trou-
vait pas trace de cloisons ailleurs qu'au côté droit.
Nous avions pu également constater Tamincissement extrême de
la poche au niveau de la déchirure; la paroi interne offrait au pour-
tour de ce point, une large zone d*un brun foncé, piqueté de rouge^
qui se rattachait évidemment à un travail phlegmasique déjà an-
cien; les artères provenant de l'épiploon se prolongeaient dans
Tépaisseur de la poche jusqu'à sa partie moyenne.
Quant à la substance glutineuse, elle offrait une densité consi-
dérable, 1,060, absolument inodore, jaune ambrée, elle a montré
au microscope des corps transparents, globuleux, volumineux au
point de remplir parfois tout le champ du microscope ; ofTrant, en
lin mot, les caractères assignés par Virchow et par Ranvier aux
globes colloïdes; on y a, en outre, rencontré quelques cellules épi-
théb'ales et des granulations graisseuses, mais en petit nombre.
Mélangée à Teau, cette matière a donné un dépôt louche et
épais que la liqueur potassique a pu dissoudre à peu près complè-
tement ; soumise à l'action de l'acide acétique, cette substance n'est
pasdevenue grenue, elle a même pris un peu plus de consistance.
On n'y a point trouvé les réactions caractéristiques de l'albumine, et
tout concourt, d'après les chimistes de notre Ecole, à y démontrer
la présence exclusive de la substance colloïde.
Quoi qu'il en soit, l'intérêt de cette observation me paraît résider
clans l'abondance excessive de cette matière au sein d'une poche
nnique et dans la présence d'un véritable pédicule épiploïque ; les
nianœuvres d'extraction seraient, je crois, beaucoup mieux assu-
rées, dans un cas de ce genre, par l'accolement provisoire des
parois abdominales et des lèvres de Tincision kystique ; des pinces
à plateau, coudées à angle droit, rempUraient bien cet oflice. On
pourrait^ grâce à cette précaution, évacuer complètement la ma-
tière colloïde, en débarrasser au besoin la poche par des lavages,
pois agir en toute sécurité sur le kyste, quelle que fût la minceur de
ses parois, sans avoir à craindre un épanchement péritonéal.
M. BoiNET. Je crois qu'il était possible, dans le cas qui vient de
nous être communiqué par M. Duplouy, de diagnostiquer d'après
1^ symptômes que le kyste était de mauvaise nature. L'amaigris-
sement, le faciès jaunâtre, Tascite se trouvent rarement dans un
^yste de bonne nature ; de plus, le développement considérable
■ou.. ET MÉM. DB LA SOC. DE CHIR. 16
230 SOCIÉTÉ DE GHIRURUIB.
des veines sous -cutanées abdominales aurait dû éveiller Vat-
tenlion.
J'ai publié plusieurs exemples de kyste colloïde, et j'ai surtout
appuyé sur le diagnostic. J'ai insisté sur cette fluctuation si nette
et si évidente que Ton rencontre dans tous les points du kyste,
et, malgré l'évidence de cette sensation, on n'obtient aucun liquide
par la ponction. Je me souviens d'un cas que j'ai observé avec
Lenoir, je fis des ponctions dans trois points du kyste ; rien ne
sortant par la canule, j'introduisis, à travers la canule, un fil de
fer qui ramena une substance comme de la gélatine. Éclairés sur
le diagnostic, nous décidâmes de ne rien faire.
Dans un autre cas, où Terreur n'avait pas été commise, je fis
cependant une ponction ; n'ayant rien pu faire sortir, je m'abstins
de nouvelles tentatives ; la malade succomba le 8« jour. Lorsqu'on
se trouve en présence d'un mauvais état général, d'une ascite
avec une tumeur profondément située, il faut s'abstenir et ne pas
opérer.
M. DuPLOUY. D'après ce que vient de dire M. Boinet, il me smsbk
qu'il serait disposé .à considérer les kystes colloïdes comme des
cancers que Ton ne doit pas opérer. Je n'accepte pas cette opinfen,
et c'est pour cela que j'ai opéré.
De plus, ma malade ne se présentait nullement dans le» détes«
tables conditions générales dont vient de nous parler notre savint
collègue; elle présentait ce faciès amaigri, que Ton peut appeler
faciès ovarique, mais rien de plus. Je n'ai pas vu là une contrcH
indication que semble vouloir poser M« Boinet, qui me paraît trop
absolue.
M. BoiNET. Que tous les kystes colloïdes ne soient pas des
cancers» je le veux bien; mais ils se comportent comme des can-
cers, et toutes les femmes (jue j'ai pu observer avec des kystes
à liquide d'aspect gélatineux, colloïde, sont mortes avec les signes
du cancer.
M. Tëbrier. Je partage un peu l'opinion de M. Boinet strr la
gravité des tumeurs kystiques de l'ovaire qui s'accompagnent
d'ascite se reproduisant vite et facilement, car, dan« ces cas,
l'ascite n'est pas produite mécaniquement, mais elle dépend de la
structure de la tumeur.
Je crois qu'il ne faut pas poser en principe qu'en présence
d'une tumeur colloïde, on ne doit pas opérer. Sans vouloir décider
si les tumeurs colloïdes sont des cancers, je dirai que les malades
sont vouées à une mort à bref délai et que par conséquent^ s'il
n'y a pas d*adhérences^ j'opérerai.
séANOE DU 20 M AR8. 231
lit flactuation^ que Ton sent avec une grande netteté dans
)ates les parties du kyste, ne permet pas de savoir toujours si
faune ou plusieurs poches; de plus, la très-grando minceur
88 parois rend la destruction des adhérences très-difflcile; aussi,
1 présence des grandes difficultés que peut présenter Topération,
I crois qu'il faut toujours porter un pronostic très-grave*
M. Blot. Je crois que M. Boinet a beaucoup exagéré les indi*
itions que peut fournir le faciès des malades ; si on ne devait
pérer que lorsque les malades conservent un teint de bonne santé,
D n'opérerait jamais. Pour mon compte, j*ai toujours noté un
leies assez mauvais, il ne faut donc pas y attacher une trop
nnde importance.
M. Duplouy pense qu*îl faut attribuer le mauvais résultat de son
pératlon à la toilette incomplète du péritoine; je demanderai à
w)lre collègue pourquoi, en présence des difficultés qu'il rencon-
niiy il n'a pas extrait de la cavité abdominale tous les intestins
mr les débarrasser de ce tissu colloïde. Je me souviens d'un
18 OÙ j'assistais Nélaton, dans lequel tous les intestins furent
lépiissés et essuyés, sans que ces soins minutieux eussent ag-
{nvé le résultat, puisque la malade guérit sans avoir eu un seul
Qstant de lièvre.
Je crois que Ton a beaucoup exagéré la sensibilité du péritoine;
lorsqu'il est sain, il est tolérant.
H. PoLAiLLoif . Je désire faire une distinction au sujet de l'ascite
(pi peut compliquer les kystes de l'ovaire.
Lorsque le liquide ascitique est séreux, le pronostic n'est pas
gwtre et Ton peut opérer ; si, au contraire, le liquide est sangui-
nolent, le pronostic devient très-grave et il ne faut pas oi)6rer.
Dans un cas où il y avait de l'ascite, la ponction exploratrice ïne
donna un liquide séreux ; j'opérai, j'enlevai un kyste dennoïde, la
■naïade guérit.
Dans un autre cas, chez une jeune fille de 15 ans, la ponction
ne donna un liquide ascitique sanguinolent ; je ne voulus pas
ttpérer. La malade succomba peu de temps après, avec une pleu-
résie; l'autopsie nous fit constater une tumeur ovarique constituée
ilt surface par des végétations, dont la rupture avait donné lieu
i nne hémorrhagie.
En m*appuyant sur ces faits, je crois donc qu'une ascite à
lupide séreux n*est pas une contre-indication ; mais, au contraire,
on ne doit pas opérer lorsqu'on trouve une ascite à liquide san-
guinolent.
H. BoijfKT. Je n'ai pas dit que l'ascite était une contre^indH
catkm«
232 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
J'ai dit que si on rencontre une malade amaigrie, ayant le faciès
cancéreux, présentant une dilatation des veines abdominales sous-
cutanées, et qu'en plus on constate de Tascite, il ne faut pas
opérer.
Je distingue le faciès ovarique du faciès cancéreux ; le faciès
ovarique est le faciès anémique et ce n'est pas une raison pour ne
pas opérer. Dans le cas qui nous a été rapporté par M. Duplouy,
je crois qu'il y avait des signes de malignité qui auraient dû em-
pêcher l'opération.
M. Duplouy. Je crois que l'objection de M. Boinet n'est pas
acceptable ; je connais très-bien le faciès cancéreux et je puis lui
affirmer que ma malade ne le présentait en aucune façon.
Quant au pronostic que Ton peut tirer de la nature du liquide,
ascitique, je partage l'avis exprimé par M. Polaillon.
M. Terrier. En 1876, j'ai opéré une femme d'un kyste de
l'ovaire, compliqué d'une ascite dont le liquide était transparent
et séreux. Elle mourut après l'opération, et à l'autopsie on décou-
vrit des végétations au-dessus du kyste.
J'ai ouvert le ventre d'une femme qui portait des végétations
de mauvaise nature; il existait de l'ascite qui n'était nullement
sanguinolente.
Je ne crois donc pas qu'il faille attacher à ce signe une impor-
tance aussi considérable que le voudrait M. Polaillon.
M. Polaillon. Je connaissais des faits dont vient de nous parler
M# Terrier ; mais ils ne modifient pas le principe que j'ai voulu
poser : c'est que lorsqu'on trouve un liquide ascitique sangui-
nolent, il ne faut pas opérer.
M. Panas. J'ai observé un fait analogue à celui dont vient de
nous entretenir M. Duplouy : liquide ascitique citrin et kysle
colloïde.
Je regarde ce genre de kyste comme très-grave et comportant
un pronostic très-grave.
Comme dans le cas de M. Duplony, le résultat' fut mauvais.
Après avoir incisé la paroi abdominale, je trouvai un liquide
analogue à du frai de grenouille qui me fit croire un instant que
j'étais dans le kyste, mais ce liquide glaireux fut suivi d'un liquide
citrin.
Le kyste était à parois très-minces, flexibles; c'était un véri-
table kyste déhiscent, car les parois étaient percées comme un
crible, à travers lequel était sorti le liquide glaireux, dont la pré-
sence dans l'abdomen avait occasionné la production de l'ascite.
SÉANCE DU 20 MARS. 2SS
Dans ces cas, la toilette complète du péritoine est presque im-
)088ible, et je n*ai pas pu tout enlever.
Il est donc important de se demander s*il vaut mieux laisser
lu liquide ou s'il est préférable de s'attarder à la toilette du péri-
oiae.
Or, nous savons tous que plus l'opération est longue plus elle
i8t grave; en outre, je ne crois pas que la sortie complète de tous
es intestins ne soit pas sans danger.
Langenbeck a fait des expériences assez curieuses sur ce sujet ;
1 oavre Tabdomen de deux lapins et étale, au dehors, les in-
estins.
Les intestins de l'un sont abandonnés à l'air, ceux de l'autre
mi enveloppés dans des linges chauds ; le premier meurt par
"efroidissement péritonéal, le second guérit.
De là, l'utilité de faire des opérations rapides ; les opérations
ongues sont mauvaises, parce qu'elles exposent le péritoine à
'air. Aussi, lorsqu'on est obligé de sortir les intestins, il faut les
ii^urer d'un air chaud et humide.
Quant à la manœuvre proposée par M. Blot, je ne crois pas
lu'elle puisse donner de bons résultats pour le liquide colloïde;
De liquide se trouve partout, au milieu des anses intestinales ; à
mesure qu'on tire l'intestin, il fuit devant les doigts et va se
cadier dans les rephs.
On ne peut donc pas tout enlever, et je crois qu'il vaut mieux
en laisser une partie, plutôt que de retarder l'opération.
M. Blot. Je n'ai pas prétendu que le déplissement de l'intestin
fiil sans dangers, mais je ne le tiens pas pour plus grave que de
Wsser dans l'abdomen de la matière colloïde ou du sang.
Présentation d'Instrument.
M. DuPLOUY présente une fourche fixatrice des liystes dev-
Soldes du sourcil.
J'ai l'honneur de soumettre à l'appréciation de la Société une
^arcbe destinée à fixer les kystes dermoides du sourcil et à en
\cûiler T extirpation : la situation profonde de ces petites tumeurs
>us le muscle orbiculaire, leurs rapports avec le ligament large
&8 paupières qu'il importe au plus haut point de ménager pour
réserver le tissu cellulaire de l'orbite de toute inflammation
xtensive, leur mobilité plus apparente que réelle et les adhé-
ences profondes qui tiennent à leur mode d'origine, tout contri-
bue à rendre la manœuvre opératoire assez délicate. Vient^on à
fi34 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
ouvrir prématurément la poche, on ne peut plus guère en excUei
les parois que par bribes : la fourche que notre habile fabricant,
M. Collin, a bien voulu construire, sur mes indications, m*apemm
d'accomplir dernièrement trois opérations de ce genre avec ub(
régularité parfaite.
Elle est formée de deux branches très -fines et tpès-aoérées de
7 à 8 centimètres de longueur, légèrement recourbées d'avant en
arrière et montées sur un manche facile à manœuvrer.
Elles divergent en outre du talon de Tinstrument vers te
pointes dont Técartement est triple de celui qu'elles offrent ven
le sommet émoussé de Tangle de jonction.
Le mouvement de la fourche est des plus simples : il suffit
avant d'inciser les téguments, de l'engager sous le kyste, la ooa-
vexité tournée vers l'arcade orbitaire, et de faire oheminer k
tumeur vers le sommet de l'angle, plus ou moins loin, selon soi
volume, jusqu'à ce qu'elle soit bien fixée ; rien de plus facile alon
que d*inciser les téguments et le muscle orbiculaire, et de mettn
complètement à nu le petit kyste qui, attiré pour ainsi dire an de*
hors, répond invariablement pendant tout le temps de la manœuTn
aux incisions extérieures; j'ajoute que la pression des brancbtt
exerce sur les parties molles une sorte d'acupressure qui prévien
tout écoulement sanguin jusqu'à la Un de l'opération.
Le modèle que je viens de décrire se prête à la généralité de
cas, surtout dans la chirurgie des enfants chez lesquels les kyste
dermoïdes sont toujours très-peu volumineux; l'instrument pour
rait, on le comprend, être exécuté, si besoin était, dans de ph
grandes proportions.
La séance est levée à 6 heures.
Le secrétaire,
HOHTELOUP.
Séance dn 27 mars 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1** Les journaux périodiques de la semaine ;
2** Un mémoire de M. le D"" Bousquet, médecin aide-major, lut
lulé : Abcès froids despaivis thoraciques consécuUfs auxpérkk
Uies chroniques externes ;
SÉANCE DU S7 MARS. 295
8* Le Sud médical, la Gazette médicale de Bordeaux, le Bor»
àmx médical, la Revue médicale de Toulouse, Mémoires et
Comptes rendus de la Société des sciences médicales de Lyon ;
4* La Gazette de santé militaire de Madrid, la Clinique de
Vienne, la Gazette médicale Italienne-Lombarde, the British me-
M Journal;
5*Z>e la hernie de la ligne demi-circulaire. Indications de Foc-
ehmon du péritoine par la ligature élastique après la kélotomie,
pir le D' Daniel MoUière (présentée par M. Verneuil);
fr Comparaison de la prothèse et de l'opération plastique dans
les divisions congénitales de la voûte et du voile du palais, par
M. le professeur Trélal ;
7* Inclusion péritesticulaire {kyste dcrmoîde péritesticulaire).
Cntration. Guérison, par le D' Jules Boeckel, de Strasbourg
{Commissaire y M. Verneuil);
8* Essai pratique et appréciation du forceps du D' Tarnier, mo-
iUé par le D' Pinard, parle D' Ad. Wasseige {Commissaires:
lOf. GuiiaoTy Delens; Polaillow, rapporteur);
9* Une lettre de M. le D' Tillaux, s'excusant de ne pouvoir assis-
toràla séance (renvoyée à la commission des congés);
!()• Un fascicule de VAnatomie smoclastique (encéphale), par
K. le D' Witkowski ;
11* Une lettre du ministre de Tinslruction publique annonçant
Itie Tallocation de 600 francs faite annuellement à la Société lui
M maintenue cette année ;
12** Une lettre du ministre de Tinstruction publique engageant
I. le président à faire prendre, par un mandataire, une série de
iiblications qui lui sont destinées.
A l'occasion du procès-verbal, M. Anoer demande la parole :
J*ai demandé la parole pour communiquer un fait d'enchon-
hrome du testicule, et, à cette occasion, soumettre à la Société
[nelques réflexions sur les conditions anatomo-pathologiques et
'liniques qui font, à mon sens, que certains enchondromes sont
^oins et certains autres de nature maligne. Si je n'ai pas pris la
Mrole sur ce sujet dans la dernière séance, c'est que je manquais
le renseignements positifs et récents sur l'individu dont Tobser-
ifalion complète devait servir de base aux remarques que j'avaiu à
faire. Voici le fait :
Au mois de juillet 1875, entra à l'hôpital Beaujon, dans le ser-
rice de M. Dolbeau, que je remplaçais, un homme de 43 ans qui
avait un enchondrome volumineux du testicule gauche. Son état
*Wl pitoyable, non du fait de l'enchondrome, mais par suite d'une
stomatite, je pourrais presque dire d'une intoxication mercurielle
S36 soGiérÉ de chiruroix.
qu'il devait au traitement que plusieurs confrères de la ville lu
avaient fait suivre. Lorsqu'il fut un peu remis, je lui pratiquai 1
castration qui fut faite le 12 août 1875, il y a par conséqueD
2 ans 1/2.
Je vais vous faire passer un dessin de la tumeur et le résulti
de l'examen microscopique qui fut exécuté à cette époque. C'éta
bien un fibro-enchondrome du testicule. Mais pour caractérise
l'espèce d'une tumeur et en déterminer la nature, il ne suffit pat
comme paraît le dire M. Poiasot, d'en étudier l'élément anato
mique principal, il faut encore en chercher la texture, en étudie
le développement, les connexions, les connexions surtout, et aloi
seulement l'on peut prévoir l'avenir de l'opéré. J'ai étudié un cei
tain nombre de ces tumeurs du testicule, j'en ai injecté quelque
unes, et voici les remarques que j'ai faites. Les néoplasme
du testicule se comportent de doux façons vis-à-vis de o
organe. Les uns envahissent d'emblée la substance testiculairc
cela ne veut pas dire que tous les tubes séminifères sont pr
à la fois et simultanément, non ; par envahissement d'emblée, ;
veux dire que le néoplasme est en rapport immédiat avec h
canaux spermatiques, sans en être séparé et isolé par une envi
loppe conjonctive; cela veut dire encore que les vaisseaux c
testicule et ceux du néoplasme font partie d'un même systèm
qu'ils communiquent largement les uns avec les autres, que L
éléments sécréteurs du sperme et ceux du néoplasme vivent ai
dépens de la même circulation et que par conséquent les produi
de la désassimilation des uns et des autres se mélangent intim
ment et de proche en proche.
Dans certains enchondromes du testicule, au contraire, cet
promiscuité des éléments normaux n'existe pas. Le testicu
dans son ensemble n'est pas envahi, il est refoulé, étalé par
tissu enchondromateux, dont il est nettement séparé par ui
enveloppe lamineuse qui fait que les vaisseaux et par suite la yi
n'est plus commune entre les tubes séminifères et les cellul
cartilageuses. Alors il n'est pas toujours facile de retrouver
testicule, car il est souvent atrophié, et perdu dans un espa
restreint à la surface de la tumeur chondromateuse.
Le néoplasme dans ce cas se développe à la façon d'un paras!
qui peu à peu refoule, distend et atrophie l'organe au sein duqi
il est né, mais il vit et s'accroît indépendamment de lui. Alors 1
communications vasculaires entre le testicule et la chondpoi
sont presque nulles ; il n'y a pas, comme dans le cas précédei
échange des matériaux de nutrition et de désassimilation ; la vie
l'un est indépendante de celle de l'autre, tout comme dans
sein nous voyons les tumeurs adénoïdes naître et se développ
SÉANCE DU 27 MARS. 237
â côté du tissu mammaire sans lui nuire autrement que par la
compression qu'elles exercent.
De ces deux dispositions anatomiques, que, pour ma part, je ne
manque jamais de rechercher non-seulement sur les tumeurs du
testicule, mais sur toutes les tumeurs, quel que soit leur siège, de
ces deux modes de développement découle, je crois, la malignité
ou la bénignité d'une tumeur. Sans doute la considération de
l'espèce de l'élément anatomique, de sa texture microscopique, a
aussi une grande importance, mais je la crois moindre que la
précédente au point de vue de la récidive. Et si l'on se rappelle que
c'est surtout par les lymphatiques que se propagent et se généra-
lisent les tumeurs, on trouvera encore dans l'engendrement des
produits néoplasiques une explication de leur bénignité.
En effet les éléments néoplasiques non enkystés trouvent autour
d'eux les voies lymphatiques tout ouvertes pour les recevoir et
les transporter jusqu'aux ganglions ; tandis que la membrane kys-
tique, qui enveloppe un tiéoplasme, protège ces mêmes voies lym-
phatiques et les met à l'abri de l'envahissement. Ce n'est pas à dire
qu'un enchondrome ou un fibrome enkysté ne puisse jamais se pro-
pager au loin par les lymphatiques ; il peut arriver, en effet, que
par suite de la distension de l'enveloppe conjonctive due à l'accrois-
sement rapide des éléments néoplasiques, celle-ci vienne à se
rompre, et qu'alors les éléments anormaux franchissent cette bar-
rière et se répandent dans les tissus environnants, les envahissent
et de là gagnent les ganglions. Et c'est ainsi, sans doute, qu'il faut
expliquer certains cas de généralisation apparaissant rapidement
«près l'ulcération d'une tumeur qui était restée longtemps bénigne.
Mais, à part ces rares exceptions je crois que la bénignité des en-
<^hondromes du testicule dépend beaucoup plus de l'enkystement
du produit pathologique que de la nature de l'élément anatomique.
Vous retrouverez cette disposition sur le dessin microscopique
^iie je vous présente. Le testicule se trouve situé à la périphérie
de la tumeur. Il est aplati, étalé et souvent il faut une recherche
attentive pour le retrouver. C'est en me fondant principalement sur
Ce caractère, c'est-à-dire sur l'isolement du tissu fibro-cartilagineux
^11 sein du testicule, que je portai, lors de l'opération, un pronostic
favorable. Ces prévisions se sont réalisées. J'ai revu mon opéré
Vendredi dernier, 2 ans 1/2 après l'opération : il est parfaitement
portant et l'on ne trouve dans les fosses iliaques aucune trace
d'engorgement ganglionnaire.
Si je ne craignais d'abuser des moments de la Société, j'ajouterais
^ cette communication quelques remarques sur la partie clinique.
^Qune presque toutes les tumeurs bénignes sont enkystées, il est
2S8 SOCIÉTÉ DE CHIRTJROIfc.
en général facile de les reconnaître à leur mobilité, à leur indolence
à Tabsence d'engorgement ganglionnaire.
Mais dans le testicule, ce caractère si important de la mobilil
n'existe pas. L'enveloppe albuginée, rapidement distendue par I
néoplasme, ne permet pas d'en percevoir la mobilité. Le clinide
n'a donc pour apprécier la nature de la tumeur que l'indolence tn
quente et l'absence d*engorgement ganglionnaire, et ces deux do
niers caractères appartiennent tout aussi bien au testicule syphil
tique, et dès lors on s'explique aisément et la difficulté du diagnost
et les fréquentes erreurs auxquelles ces tumeurs donnent liei
comme MM. Verneuil, Panas et Desprès en ont cité des exemph
éclatants.
Lorsque, dans un cas douteux, le traitement spécifique a échoai
il faut en venir à la castration, mais alors je crois que l'examen s
tentif de la tumeur, la détermination de ses connexions avec
testicule proprement dit, les commémoratifs relatifs à la rapiiii
du développement, à Tàge du malade, permettent d'asseoir le pr
nostic sur des bases plus solides que ne le semble croire M. Poi
sot.
M. DsspRàs. Le fait dont vient de nous entretenir M. Ang<
concorde parfaitement avec ceux qui ont été observés p
M. Couches. Ainsi que je le rappelais dans la précédente séance
M. Couches a montré que la tumeur kystique du testicule était UD
variété d'enchondrome, de plus il a prouvé que les enchondroma
présentaient un caractère de beaucoup plus grande gravité lors
que le tissu présentait des kystes que lorsqu'il était formé par u
tissu compact et homogène.
Le résultat obtenu par M. Anger vient à l'appui des opini(H
que j'émettais sur le pronostic favorable que l'on peut porter si
la castration, puisque la guérison se maintient complète depu
3 ans.
M. Terrier. Lorsqu'on parcourt les observations de tumeurs (
testicule, on s'aperçoit facilement des difficultés que soulèvent l
descriptions d'anatomie pathologique faites par des micrographi
ne parlant pas toujours le môme langage. Il est probable qi
M. Desprès a lu, il y a longtemps, la thèse de M. Couches, c
elle est loin d'éclairer la question ; M, Conches a réuni toutes l
observations de tumeurs du testicule comprenant les cavités kyi
tiques et il a cherché ensuite ce qu'il pouvait conclure sur la b
nignité ou la malignité.
Dans le cas de M. Poinsot, on pouvait prévoir la gravité, en i
basant sur l'âge du malade, mais, encore, sur l'examen miorofio
BÉÂMGS DU 27 MARS. 289
pique qui fit reconnaître cette espèce d'enchondrome à cellules ra-
mifiées, décrit particulièrement par M. Cornil.
Je ne puis pas partager Topinion de M. Anger, sur Tinfluence
que peut avoir la disposition des vaisseaux sur la malignité plus
ou moins grande de la tumeur. La seule conclusion que Ton pour-
rait en tirer, serait qu'un grand nombre de vaisseaux périphéri-
ques augmente la gravité de la tumeur.
Je crois que Thistoire des tumeurs kystiques est loin d'être faite,
surtout si on se place au point de vue du pronostic. J'ai opéré, le
tè juillet 1874, un malade atteint d'une tumeur que je rangeai
sans hésitation dans la classe des tumeuçs kystiques du testicule.
Lapiàce fût examinée par M. Ranvier qui confirma mon opinion,
et qui conclut qu'il n'y avait aucune différence entre les kystes du
testicule et les kystes de l'ovaire. En présence de cette opinion
je pensai que le pronostic devait être favorable et l'observation
ht publiée dans la thèse de M. le D' Perriquet intitulée : Contri-
butions à r étude kystique bénigne du testicule.
Le malade sortit guéri 1 mois après Topération, et 6 mois plus
tard je recevais la oonffrmation de sa guérison.
Malheureusement les choses ne tarnèrent pas à changer d'as-
pect, et M. Landrieux, qui avait été appelé le 10 janvier 1876 au-
près du malade, me donnait les nouvelles suivantes. Depuis 6 mois
le malade avait beaucoup maigri, il ne pouvait plus manger et de
plus il se plaignait d'un point de côté depuis 3 jours ; en exami-
nant la poitrine, M. Landrieux constata une congestion pulmonaire
et en explorant la cavité abdominale, on découvrit une augmen-
^tion énorme du volume de la rate dont le bord antérieur attei-
g'nait le bord externe du muscle droit de l'abdomen et l'extrémité
inférieure touchait l'épine iliaque antérosupérieure.
Le 15 janvier, le malade fut pris d'une crise épileptiforme suivie
d*une hémiplégie incomplète du côté gauche avec perte absolue de
connaissance.
Las attaques se renouvelèrent les jours suivants, le malade
tomba dans un état comateux presque absolu, interrompu par do
iiouvelles crises, et il succomba le 26 janvier 1876, 18 mois après
l'opération.
Cet homme succombait avec une généralisation de la tumeur
(ians la rate, dans le foie qui avait subi une notable augmentation,
et probablement aussi dans les centres nerveux.
Ainsi donc, une tumeur kystique du testicule déclarée aussi bé-
ïiigne que la tumeur kystique de l'ovaire peut cependant présenter
les oaraotères d'une tumeur de la plus mauvaise nature.
M. Arger. Je ne fais pas dépendre, comme le dit M. Terrier, la
iiudignité et la bénignité des tumeurs du testicule de la disposition
240 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
des vaisseaux, je dis seulement que la bénignité tient à l'enkysté-
ment du néoplasme et à une moins grande activité de la circula*
tion.
M. le président annonce que M. Aubrée, de Rennes, assiste à la
séance.
Rapport,
M. Gillette, au nom d'une commission composée de MM. Périn,
Lannelongue et Gillette,^ fait un rapport verbal sur deux mémoires
adressés par M. le D*" Lecard, médecin en chef de l'hôpital militaire
de La Rochelle.
Le premier mémoire contient deux observations intitulées:
l^ chute d'un lieu élevé, contusions et fractures multiples. Réci-
dive par contraction musculaire de Tune de ces fractures au
l"" mois de la consolidation osseuse du cal. Guérison définitive;
2° fracture au tiers inférieur de la jambe gauche, avec plaie, saillie
du bout inférieur du fragmeut extérieu?. Hémorrhagie artérielle.
Résection d'une portion de ce fragment. Guérison au HT jour de
traitement.
Le second mémoire est intitulé : les Prisonniers allemande
internés à Belle-Ue-en-Mer ; leur état sanitaire.
M. Gillette propose :
1** De remercier M. Lecard de ses travaux ;
2"" De déposer honorablement ses mémoires dans les archives
de la Société.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
Communication.
M. Panas. Je désire entretenir la Société d'un fait qui m'a paru
très-extraordinaire. Il s'agit d'une hydarthrose intermittente des
genoux, non pas de Thydarthrose à répétition, revenant à la suite
d'une fatigue et à époques indéterminées, mais bien d'une hydar-
throse revenant sans aucune cause et à des époques aussi précises
qu'une fièvre intermittente.
Voici l'observation qui a été recueillie par un de mes internes :
Double hydarthrose intermittente des genoux.
M"« M..., 22 ans, entre à Thôpital le l*' février 4878, à Lariboisièro,
salle Suinte-Marthe, 14. — Elle est de petite taille, elle paraît jouir
d'une bonne santé et elle a un certain embonpoint. On ne trouve dans
SÉANCE DU 27 MARS. 241
868 antécédents aucune manifestation diaihésique soit arthritique, soit
scrofuleuse, soit syphilitique.
D y a 5 ans environ, elle a eu une grossesse qui s'est bien passée
et s'est terminée par un accouchement à terme dans de bonnes condi-
tions. Sa santé n'avait été altérée en rien lorsque 6 mois après, sans
ancone cause occasionnelle, traumatisme ou refroidissement, elle fut
prise de tuméfaction des deux genoux.
Ces phénomènes ne s'accompagnèrent d'aucun état général ; pas de
fièvre, pas de malaise. Bien plus, elle n'éprouvait aucune douleur au
niveau des articulations et marchait assez facilement, ressentant seule-
ment une certaine raideur qui gônait un peu ses mouvements. Le gon-
flement dura 3 ou 4 jours puis disparut.
Depuis cette époque, les accidents se sont reproduits régulièrement
tons les 15 jours, et à date fixe ; c'était le jeudi do chaque deux
semaines que la tuméfaction apparaissait, ne déterminant jamais de
troubles appréciables.
Les badigeonnages à la teinture d'iode, les vésicatoires, la compres-
sion ouatée furent successivement employés sans résultat. Du reste.
Il malade qui était assez peu incommodée par son affection, se prétait
asMimal, nous dit-elle, à ces divers traitements.
Pendant 4 ans les accidents se sont reproduits avec la môme régu-
lerité, soit que la malade se condamnât au repos, soit qu'au contraire
6lle continuât ses occupations.
Pendant ce laps de temps, elle quitta son pays et vint à Paris ; les
B^es phénomènes se reproduisaient toujours périodiquement et
jamais, cependant, elle n'eut aucun symptôme qu'on puisse rapporter
i Qoe intoxication palustre.
£n dehors des attaques, les genoux reprenaient leur volume normal
^ la malade n'éprouvait aucune gêne.
D y a 8 mois, elle a été enceinte de nouveau, et a fait une fausse
^Qche de 4 mois. Pendant ces 4 mois, les accidents ne se sont
pis montrés et elle se croyait guérie, lorsque 15 jours après sa fausse
^che, un jeudi, le gonflement des deux genoux apparut de nou-
▼eaa.
Hais, tandis qu'autrefois la tuméfaction ne persistait guère plus de
' on 4 jours, à partir de ce moment elle dura 8 jours à chacune des
attaques qui reprirent leur ancienne périodicité.
L'affection débute tantôt par le genou droit, tantôt par le genou
fmehe, et il ne paraît y avoir aucune régularité sur ce point-là. Seule-
lent la malade a observé que sur deux attaques il y en avait une plus
orte, la durée étant la même, mais le gonflement étant plus prononcé.
Qle est réglée très-régulièrement et le retour de ces hydarthroses
i&si que leur degré d'intensité ne paraît avoir aucun rapport avec les
poques menstruelles.
Bien que cette malade ne présente ni douleur ovarienne, ni troubles
^B la sensibilité, elle a un certain nombre de caractères du tempé-
mient hystérique.
Ole aurait eu, dit-elle, il y a quelques mois, une ulcération du col do
342 SOGIBTIÊ DB CHIRUROn.
l'utérus dont il ne reste plus de trace ; les organes génitaox ne sont
actuellement le siège d'aucun écoulement.
Au mois d'octobre 1877, elle est entrée à l'hôpital Saint-Antoine,
dans le service de M. C« Paul.
Le retour périodique des hydarthroses a oontinné soh cours pen-
dant les mois qu'elle a passé dans ce service où plasiears traitement!
internes ont été essayés, et particulièrement le salieylate de soude et le
sulfate de quinine, sans amener la moindre modification.
C'est pendant son séjour à cet hôpital qu'elle aurait été cautérisée
plusieura fois pour son ulcération.
Le 7 février 1878, elle est adressée à M. Paoas par M. G. Paal.
8 février. — Cejour-là il n'existe aucun épanchement danslesgenoni
qui ont leur volume normal et présentent les saillies et les dépressions
habituelles.
Les mouvements s'exécutent facilement; ils n'ont rien perdu de
leur amptitude et on ne constate aucun craquement articulaire.
Toutes les autres fonctions sont normales et Ton n'est pas, à vrai
dire, en présence d'une malade.
Cet état ne se modifie pas jusqu'au vendredi 15 février^ mais alors
commence à se montrer un certain degré de tuméfaction du genoa
droit; le lendemain le genou gauche se prend, et le 18 on constste
manifestement l'existence d'une quantité notable de liquide dans les
deux articulations.
Il n'y a aucun changement de coloration de la peau, la pression et
les mouvements ne déterminent aucune douleur, et la malade niarehe
assez facilement et sans boiter.
Le 20 février. — Le gonflement commence à diminuer etleâdilaeom-
plétement disparu dans les deux articulations. Ces phénomènes ont eu
lieu sans aucun retentissement sur l'état général.
Depuis quelque temps la malade a observé que le gonflement com-
mençait par le genou droit et qu'il y était toujours plus marquée
Ces accidents sont revenus le vendredi 1*' mars et le vendredi 15,
présentant dans leur invasion, leur marche et leur durée les mômes
caractères.
Dans la semaine qui sépare deux attaques successives tout disparaît.
M, Panas cependant constate l'épuisement des bourrelets des cttlsHie«
sac supérieurs des synoviales des deux genoux.
Pour combattre oes accidents à répétition, M. Panas a prescrit des
frictions mercurielles et l'iodure de potassium à l'intérieur, à la doea
de 4 grammes par jour, car c'est la forme que prennent quelquefois
les hydarthroses qui reconnaissent pour cause un état spécifique.
M. Lb Dbntu. J*ai observé avec M. Anger tin cas analogue à çehd
dont vient de nous entretenir M. Panas, pendant notre mtelUflt
chez M . Voillemier.
Le malade était un jeune homme de 18 ans, qui se présenta à
rhôpital en affirmant que, tous les 15 jours environ, il était pris
d'un gonflement d'un genou, ce gonflement durait 4 ou 5 joun»
8SA1IGE DU 21 MAHtt. 348
Mos douleorBi pois tout disparaissait pour revenir 15 jours après.
D'après ce qu'il racontait, il avait dû avoir une attaque du côté de
la hanche avant d'avoir le genou envahi.
Le récit du malade nous trouva un peu incrédules, mais nous
fûmes obligés de nous rendre à Tévidence, lorsque nous vîmes
les accidents se dérouler devant nos yeux.
On essaya plusieurs traitements qui modifièrent un peu la mar-
che de la maladie sans pouvoir Tenrayer, et il n'y eut que les raies
de feu, pratiquées avec le cautère, et la compression qui guérirent
le malade.
M. VBRNEUtt. J'ai observé deux faits analogues, l'un chez une
jeune fille à l'hôpital Lariboîsîère, l'autre chez un jeune homme,
qui était de passage à Paris.
Ces faits ont été publiés dans ta thèse de M. Régon et dans celle
d'un de mes élèves, M. Canonne.
Je les rechercherai et je les ferai connaître à la Société dans la
prochaine séance. Je veux seulement faire remarquer qu'il n'est
pas possible d'expliquer cette curieuse affection par le rhuma-
tisme.
M. Panas. Je désire ajouter que ma malade n'avait jamais eu de
fièvre intermittente et je veux faire ressortir Tinfluenoe que la
grossesse semble avoir eu dans ce cas, car, deux fois, la grossesse
3 hit cesser, pendant un certain temps, les troubles articulaires.
D'après l'excellent résultat obtenu par l'emploi du fer rouge,
(k)Ql vient de nous parler M. Le Dentu, je me déciderai à essayer
de ce mode de traitement.
PréntBitktîon de |»lèee.
H. AifGBR^ Je désire présenter à la Société, une pièce de frac'-
toe der VexitétÊàié supérieure du fémur recueillie chez un fœtus
mois, occasionnée par une chute de la mère vers le 7" mois
grossesse.
Lu possibilité de^ ces fractures intra-^utérines ayant été niée, il
n'est pa» sans intérêt d'en étabtir la réalité.
Voici dans quelles conditions le fait s^est présenté à l'observa-
tion;
Le 25 février dernier, accouchait, dans mon service, à l'hôpital
'leLourcine, une femme de 20 ans qui présentait des plaques mu-
queuses avec œdème des grandes lèvres et une roséole en voie de
^^parition. Elle était au 8^ mois de sa grossesse^ et après des dou«
244 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
leurs modérées, elle expulsait un fœtus encore inclus dans les
membranes.
L'enfant avait le développement d'un fœtus de 8 mois, et il a
vécu 8 jours. Dès sa naissance, on nous signala une déformation de
la hanche gauche. Le grand trochanter de ce côté faisait une saillie
notable, comme s'il se fût agi d'une luxation congénitale du fémur,
et, de fait, nous crûmes que telle était bien Taffection avec laquelle
était né cet enfant.
On ne trouvait, d'ailleurs, sur le corps aucune trace de syphilis
congénitale. Après avoir pris le sein pendant quelques jours,
l'enfant succomba 8 jours après sa naissance.
L'autopsie fut faite dans la prévision de trouver une luxation
congénitale du fémur; et, auparavant, je fis remarquer aux élèves
du service que le membre inférieur gauche semblait raccourci,
qu'il était dans une demi-flexion avec rotation en dedans, avec un
peu de force on pouvait le ramener dans l'extension, mais sans
faire disparaître la saillie du grand trochanter.
Après avoir découvert l'articulation, au lieu d'une luxation c'est
une fracture que je constatais. Cette fracture siège à l'union de
la base cartilagineuse du grand trochanter avec la diaphyse du
fémur, en sorte qu'on pouvait également la considérer conune une
disjonction épiphysaire.
Si j'emploie le terme de fracture, c'est qu'il résulte des recher-
ches de M. Sappey que le point d'ossification de la diaphyse fémo-
rale se prolonge jusque et y compris le col du fémur. Mais je me
hâte d'ajouter qu'il serait plus vrai d'employer le terme de disjonc*
tion ; car, en réalité, sur la pièce que je vous présente, c'est bien
l'extrémité supérieure cartilagineuse qui a été violemment décollée
de la diaphyse déjà ossifiée.
Quoi qu'il en soit du terme le plus approprié au cas actuel, le
fait important c'est le déplacement de l'extrémité cartilagineuse
du fémur sur la diaphyse ossifiée. Or, ce déplacement s'est fait
en arrière, de sorte que l'axe du fémur ne se continue plus avec ce-
lui du grand trochanter qui a basculé en arrière, et forme un
coude avec le reste du fémur. Il y a, à la fois, déplacement de l'ex-
trémité supérieure du fémur, suivant l'épaisseur et suivant la di-
rection, et c'est la sailUe du grand trochanter qui avait fait croire
à une luxation congénitale. En outre, ce déplacement est perma-
nent ; car il est impossible de ramener la tête et le corps du fémur
dans une direction normale. L'obstacle à la réduction réside dans
le périoste, qui, en arrière, maintient les deux fragments dans leur
fausse position.
Après avoir constaté la fracture ou, si l'on veut, la disjonction
de l'extrémité supérieure du fémur, et m'être convaincu que ce
CLICHT.— imp. Paul Dopomt, ni« dn Bte-d'Ainières, It. (371, 78.; -Lé §énmt : Uàatoà
SÉANCE DU ^7 MARS. 345
mmatisme était ancien, puisqu'il était impossible de remettre les
ngments dans leurs rapports normaux, je dus me préoccuper d*en
chercher la cause et voici ce que j'appris :
La mère de l'enfant avait toujours été bien portante jusqu'au
mois de sa grossesse. Mais, à cette époque, elle eut un chancre,
a grossesse n'en continua pas moins sans incident notable, jus-
l'an ?• mois environ. Vers cette date, le 5 février, elle fit une
lote de plusieurs mètres dans une cave.
Le choc eut lieu sur l'abdomen du côté gauche, et il en résulta
ne contusion avec épanchement sanguin. A partir de ce moment.
Ile ressentit jusqu'à son accouchement des douleurs assez vives
oor la forcer à garderie lit. U n'y eut cependant ni hémorrhagie,
i douleurs expulsives.
Dîne semble que ces renseignements sont snffisants pour exp1i«
ner le traumatisme et la fracture observée chez le fœtus, frac-
ire irréductible, par conséquc^nt ancienne, et n'étant accompa-
■née ni de déchirures, ni d'épanchement sanguin.
h crois également que cette fracture n'a rien à faire avec la sy-
hiiis, quoique la mère en portât les traces indéniables lors de son
Kouchement.
En effet, la syphilis était réc^ente, et datait seulement de 3 mois,
)aime le prouve l'existence des plaques muqueuses et de la ro-
îole au moment de l'accouchement. Si l'on voulait invoquer la
^phîlis seule pour expliquer la disjonction de l'extrémilé cartila-
nense du fémur, il faudrait admettre que les premières manifes-
tions syphilitiques chez le fœtus atteindraient d'abord les os, et
la très-rapidement, puisque la syphilis maternelle en était encore
1 accidents secondaires.
En outre, l'extrémité fracturée devrait porter les traces d'une
lération qui n'existe pas. Enfin, la syphilis eût également impré-
lé les autres os, et il n*en est rien.
h crois donc pouvoir conclure de ces considérations que le dé-
Heinent de l'extrémité cartilagineuse supérieure du fémur est
en réellement dû au traumatisme et qu'il y a lieu d'admettre la
•saibilité ou plutôt la réalité des fractures intra-utériues.
M. PoLAnxoN. Je ne serais pas éloigné d'admettre que la lésion
le vient de nous montrer M. Anger a été produite sous l'influence
(la syphilis.
f ai présenté à la Société une observation de fractures multiples,
lei un nouveau-né, occasionnées par la syphilis. Pour être en-
èrement fixé sur ce point, il est nécessaire de faire une coupe
M 06 pour savoir s'il existe les lésions décrites par M. Parrot:
■QLL. BT MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 17
â4G SOCIKTK DK CniRURGIi:.
raréfaclicn du tissu spongieux de Tépiphyse et condensation ai
dessous de la fracture.
Dans le cas de M. Ânp:er, le diagnostic de la syphilis est dou
leux, mais je ne crois pas que Ton puisse repousser la syphlli
parce que la femme a été prise de syphilis pendant sa grosses»
L'enfant dont j'ai présenté les os ne portait aucune trace exlé
rieure de syphilis, mais la mère était bien nettement syphilitique
venu à terme dans d'excellentes conditions apparentes de santé,
commença par refuser le sein, puis il fmit par succomber.
M. Le Dentu. Depuis les travaux de M. Parrot, la syphilis infti
tile commence a être bien connue ; aussi je crois que, dans le ca
de M. Anger, la syphilis ne peut pas être mise en cause.
Dans toutes les pièces que nous a fait voir M. Parrot, les lésion
osseuses étaient toujours multiples: disjonctions de plusieor
épiphyses, exsudats sous le périoste, déformations et épaississemeot
or, ce n'est pas cela que Ton observe dans le fait rapporté pi
M. Anger.
La lésion est limitée à un seul fémur et dans la diaphyse. Ilyi
eu de plus un traumatisme qui no laisse pas de doute sur Fétia
logie.
Je serais heureux d'entendre exposer les raisons qui ont fait ad
mettre, par M. F^olaillon, l'existence de la syphilis chez l'eD&B
dont il vient de nous parler.
J'observe, dans ce moment, un enfant qui me fut amené paie
qu'il présentait un gonflement de plusieurs épiphyses. Je fustrèi
embarrassé pour poser un diagnostic, et j'avoue que j'avais on
certaine difficulté à admettre la syphilis, dont je ne trouvais iu
cune trace dans les antécédents du père et de la mère.
Malgré le traitement que j'instituai l'enfant maigrissait, lorsque,
y a huit juurs, je vis apparaître une roséole et un syphilide papi
lenx qui tranchèrent toute difticulté. Je me trouve donc en présen*
d'une syphilis infantile ayant débuté par les os.
Le diagnostic est toujours délicat et je crois qu'il serait avant
geux que M. Polaillon voulût bien nous donner quelques rensc
gnemonts.
M. Polaillon. Lorsque j'observai pour la première fois mi
jeune malade, je fus très-embarrassé pour expliquer les lésio
que je constatai. La mère était bien nettement syphilitique, et, :
pouvant trouver aucun traumatisme, je pensai à la syphilis.
Il n'y eut pas de syphilide, l'entant succomba avant toute éruj
tion.
Lorsqu'on présenta les pièces à M. Parrot, il n'y eut pas un ii
stant d'hésitation pour aflirmer que Ton se trouvait on face^
SÉANCE DU 21 MAHS. ^4'
lésions syphilitiques : exostoses de la colonne vertébrale, dépôts
sous-périostiques, raréfaction au-dessus de la disjonction et con-
densation en dessous.
Comme Ta montré M. Parrot, c'est la différence existant entre
ces deux portions du tissu osseux qui occasionne si facilement les
fractures spontanées.
Dans la pièce de M. Anger, il n*y a qu'une seule fracture, mais
je crois que la pièce a été grattée, et il n'est pas possible de savoir
s'ily avait des dépôts sous-périostiques; je crois que, pour décider
la question, il faut absolument faire une coupe.
H. Desprès. Je considère la pièce qui nous est présentée
comme étant une fracture.
Les lésions syphilitiques des os peuvent se présenter avant les
émptions. Pendant la période prodromique de la syphilis, on voit
souvent survenir des gonflements du périoste qu'il ne faut pas con-
fondre avec des gommes.
Quant à Tépoque de contamination de la mère, il faut faire une
grande distinction entre la syphilis gagnée pendant la grossesse ou
la syphilis contractée en même temps que la grossesse. Dans ce
cas, les femmes ne vont pas jusqu'à la fm, elles avortent.
M. Laknelongue. Je ne suis pas de l'avis de plusieurs de mes
collègues : pour moi il ne faut pas songer à une fracture ; je no puis
îoir là qu'un décollement de l'épiphyse, dont la cause doit être
rapportée à la syphilis.
Ce n'est pas la seule lésion qui se trouve sur le petit squelette
Vie nous présente M. Anger, l'autre fémur présente à ses deux
^irémités des décollements. En outre, je ne vois pas là les signes
^ïïn cal; je trouve des aspérités, mais pas de cal, et il faut ab-
^lument faire une coupe pour en avoir la preuve évidente.
Chez l'enfant, toute la partie supérieure du fémur est cartilagi-
^se, et, pour moi, le décollement se trouve entre cette masse
imilagineuse et le corps du fémur ; c'est donc un cas qui rentre
^s les faits publiés par Vidal, par M. Guéniot, par M. Parrot et
Xii est sous la dépendance de la syphilis.
M. Anger. Je ne puis voir là un décollement de l'épiphyse, qui
iégerait plus haut ; je regarde cette pièce comme un exemple de
raclure produite par le traumatisme subi par la mère.
Quant à la mobilité que M. Lannelongue a constatée dans d'autres
parties du squelette, elle tient certainement à l'âge et peut-être à
Va macération.
U séance est levée à 5 h. 1/2.
Le secrétaire,
Horteloup.
248 SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
Séance du 3 avril 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1* Les journaux périodiques de la semaine ; les Archives géïï
raies de médecine ;
2* La Gazette médicale de Bordeaux; V Union médicale duNor
Est; le Montpellier médical; le Lyon médical; le Marseille aéc
cal; le Bordeaux médical; V Année médicale; journal de la socii
de médecine de Caen et du Calvados; la Gazette médicale de Sin
bourg;
3° Deux mémoires du D' Esmarch, l'un sur la résection des art
culalions Je Tépaule, l'autre intitulé : Aphorismes sur le canct
Traité de la lymphangite endémique des pays chauds^ par le de
tour Mazac Azema ; Bulletin de P Académie royale de Belgiqn
Esludos medicoSj organe de la Société des éludes médicales
Coimbre; leBritisb médical Journal ; la Gazette médicale liaMeoi
lombarde ; le 3*^ fascicule des mémoires couronnés et autres m
moires de l'Académie royale de Belgique ;
4° Une lettre du D' Nicaise demandant un congé d*unmoispc
raison de santé ;
5® Une note des travaux du D' José Pereira Guymaraens, qui s
licite d*êlre mis au nombre des candidats au titre de membre a
respondant étranger ;
6*» Un mémoire de M. le D' Gross, de Nancy, intitulé : Coai
bution à F histoire des tumeurs sarcomateuses des parties molles
la paume de la main.
A l'occasion du procès-verbal, M. T. Anger demande la pan
Dans la dernière séance, j*ai présenté une pièce que je reg
dais comme une fracture inlra-utérine, plusieurs de nos coUôg
n'ont pas partagé celte opinion et ont émis Topinion qu'il y a
là une des manifestations de la syphilis. Pour élucider cette qi
tion, j'ai pratiqué une coupe du fémur et j'ai prié M. Parrol
vouloir bien me donner son avis.
M. Parrol n*a pas hésité à déclarer que la syphilis ne devait
lement être mise en cause ; il a bien voulu me montrer des pîé
de fractures d*origine syphilitique et m'indiquer les différences
SÉANCE OU 3 AVIIIL. S49
iU*6 les lésions syphilitiques et la lésion que je lui présen-
a pièce, la fracture ou la disjonction existe entre le car-
e corps ossifié de la diaphyse. Dans la syphilis, la sé-
a toujours lieu au-dessous du cartilage, auquel reste
I une couche de tissu chondroïde, ayant un milliinètre
ar.
9ns pas au mot de fracture,et je suis tout disposé à recon-
décoUement de Tépiphyse, mais la syphilis n*en a été
: la cause, car on ne trouve pas la portion do tissu
le adhérente au fragment supérieur qui existe toujours
fractures d'origine syphilitique, ainsi que Ta démontré
•
ffiLONOUE. Les renseignements que vient de nous donner
ne permettent plus de penser à une origine syphili-
is je crois, comme Tadmet notre collègue, qu*il n'y a pas
e, mais décollement de Tépiphyse. La discussion qui a
fée dans la dernière séance m'engage à vous communi-
lemple de syphilis infantile héréditaire, dont les manifes-
sseuses sont survenues tardivement en présentant utio
au premier abord, devait en faire méconnaître la nature.
9 en effet, a eu la syphilis un an avant la naissance de
le n*ai pu avoir sur la mère des renseignements précis.
lion indique les commémoratifs de l'enfant jusqu*au jour
trée ; la mort ayant été accidentelle et provoquée par une
), nous avons trouvé dans les deux tibias et le maxillaire
les lésions osseuses de formes variées : d'une part, des
18 osseuses nouvelles, véritables exoitoses ; de l'autre,
rations intra-osseuses. L'un de ces abcès, celui du tibia
Qvert à l'extérieur, a laissé une cavité placée au centre
fse supérieure de cet os. Le cartilage épiphysaire est
niveau de cette cavité, qui s'étend à la fois au-dessus et
8 de lui. Cette cavité, ainsi que le démontrent les pièces
es que je mets sous les yeux de la Société, est déjà en
îparation, elle est tapissée par une membrane rougeâtre
[uelques prolongements qui la cloisonnent. Séparée de
', tout porte à croire qu'elle se serait réparée. Si contrai-
nes prévisions elle eût persisté, elle aurait constitué dans
t abcès épiphysaire dont l'origine eût été certainement
• Enfin un abcès analogue occupant la partie supérieure
:be de la mâchoire a produit une fracture spontanée de
die, que nous n'avons pas pu prendre sur le cadavre.
)8 autres accidents syphilitiques du nez et de la peau qui
lettre sur la voie du diagnostic, la forme des lésions os-
!£50 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
seuses se présentait sous des apparences qui n'auraient pas révél
leur nature quand l'enfant nous a été amené à Thôpital. A ce titre
cette observation se présente avec un attrait pratique incontestable
Elle fait voir que certaines lésions osseuses syphilitiques prennen
une forme aiguë trompeuse, simulant à s'y méprendre les ostéo*
périosliles ordinaires.
François-Joseph Schiman, âgé de 4 ans, est apporté dans mor
service le 28 janvier 1878.
La mère se déclare bien portante; le père a eu une syphilis in-
contestable 1 an environ avant la procréation de son fils, il est (h
plus alcoolique. Le grand-père maternel est mort phthisique. Jos-
qu'à l'âge de 3 ans, cet enfant a eu quelques accidents cutanés (pu
la mère dit insignifiants ; il en a eu en particulier au cuir chevelu,
qui est presque dégarni de cheveux. Il y a 3 ou 4 mois, il se déclan
une ulcération nasale qui a pris un caractère persistant. EniiD, h
23 janvier, cet enfant a été pris d'un gonflement à la jambe dool
on ne peut retrouver la cause, et qui Ta fait conduire à l'hôpital.
H est âgé de 4 ans, blond, pâle, chétif. Son cuir chevelu n'a que
de très-rares cheveux ; ses sourcils sont dégarnis ; il n'a pas d'ac-
cidents cutanés, sauf au cuir chevelu où on trouve quelques tachai
légèrement populeuses avec une desquammation furfuracée. I
existe sous le lobule du nez une ulcération occupant la sous-cloi-
son, ime partie des fosses nasales ainsi que le plancher inférieoi
des deux narines. Cette vaste ulcération est encore en voie d'évo-
lution ; elle a déformé les narines, et les téguments autour d'eU<
ont une coloration mate, luisante. En même temps, je constate àmoi
grand étonnement, du côté droit de la mâchoire inférieure, une frac
ture spontanée, occupant la partie supérieure de la branche de 1
mâchoire ; en ouvrant la bouche on trouve une suppuration émanai
du foyer de la fracture. La lésion pour laquelle il est conduit
l'hôpital occupe le membre inférieur gauche. Elle consiste dai
une collection purulente visible au côté externe du genou gauch
Celle collection a une forme allongée en boudin, remonte jusquN
quart inférieur de la cuisse et descend jusqu'au quart supérieur (
tibia. Elle est sous-cutanée. La peau est rouge et amincie en ce
tains endroits. Il y a tout de suite à se demander d'où vient ce p
et quel est son siège ? L'examen du genou montre qu'il n'est p
dans l'articulation, puisque le pus ne va pas dans l'article. Mi
comme la collection repose sur l'extrémité inférieure du fémur
sur l'extrémité supérieure du tibia, il y a à se demander si elle i
indépendante. Je ne la crois pas en rapport avec le fémur, pai
que l'exploration de cet os montre qu'il n'est pas augmenté de v
lume dans les portions accessibles ; d'autre part, l'abcès sendi
glisser au-devant de lui. De phis, l'examen du tibia montre ^
SÉANCE DU 3 AVIU!.. 451
ven la tubérosité antérieure de cet os, au point où naît l*abcè$, il
faU peut-être un peu de gonflement de Tos. En tout cas, il y a
des douleurs beaucoup plus vives qui me feraient croire que Tahcès
pvt de Textrémité supérieure du tibia. J'ajoute que l'abcès est i)Ius
avancé en bas qu'en haut, ce qui semble dire qu'il est né là. Enfln
je note un peu d'œdème de la jambe au-devant du tibia, peut-être
on peu d'infiltration de la diaphyse, et en outre une vascularisatiori
périphérique à l'abcès, d'où je conclus à une lésion de l'extrémité
supérieure du tibia, et, pour empêcher que l'articulation ne se prenne,
jel'ouvre immédiatement. Les ganghons de l'aine sont un peu en-
pxfés.
L'abcès ouvert en bas, il est sorti un pus sanguinolent fétide et
Ma-abondant, et mon doigt introduit ne permet pas de reconnakre
iFaa dénudé, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas; je renvoie,
somme je le fais d'habitude, l'exploration minutieuse à cet égard.
l février. — Le gonflement est complètement tombé : j'examine
la plaie avec un stylet et je découvre un trajet qui le conduit à la
sorbce du tibia et qui pénètre dans Tos à 1 centimètre de profon-
fcor. A proprement parler, il n'y a pas de dénudation, mais un
petit trajet intra-osseux placé exactement sur la partie antérieure
bh tubérosité externe du tibia, presque en regard de ce qui sera
[jtos lard la tubérosité antérieure. L'état général de l'enfant est
^. Dans les jours suivants, la plaie diminue et se cicatrise presque
A entier. L'enfant est soumis à un traitement uniquement tonique.
li février. — En passant avec un stylet dans la fistule qui existe,
5 m'engage dans une cavité placée dans l'épiphyse du tibia. Le
lyict s'enfonce dans l'os à 2 centimètres de profondeur, perpendi-
ibdrement à la surface externe du condyle, parallèlement au plan
ttculaire. Les autres lésions de la mâchoire et du nez ont le même
spect ; de plus, en recherchant avec soin sur l'autre tibia, on sent
le épine à l'extrémité supérieure de la diaphyse. Même régime
icore.
Le 13 février l'enfant contracte la diphtérie, il fut opéré du croup
18 et il succomba deux jours après.
Autopsie, i^ mars 1878. — L'articulation du genou du côté
alade est absolument saine et je remai*que tout de suite que mon
dsion est cicatrisée et réduite à 1 demi-centimètre sur la tubérosité
cterne du tibia et qu'elle est couverte par un bourgeon charnu. Je
'ai pas pu avec un stylet m'engager dans Torifice qui se produisait
Q centre de l'os; mais, immédiatement après avoir incisé la peau,
SQ'ai pas tardé à retrouver sous elle le trajet qui s'engage dans
06. Comme sur le vivant, ce trajet s'engage dans la cavité que
1*81 signalée. Ce trajet est immédiatement placé au-dessous
te col-de-sac de la synoviale ai*ticulaire.
252 SOCIÉTÉ I)K CHIRURGIE.
Après avoir dépouillé l'os de ses parties molles , je reman
qu'il existe iininédiatement au-dessous de Torlûce fistuleuz
tubercule osseux du volume d'un pois et mobile ; ce tubercule
saillant» il fait partie de la tubérosité externe du tibia. Il est pi
au-dessus de Tinsertion du li^ment antérieur du genou, au j(
où la tubérosité externe du tibia se renfle. La surface de ce tub
cule est recouverte par un périoste un peu rouge et les fibres mi
culaires du jambier antérieur s'insèrent sur lui, au-dessous de 1
et à la tubérosité externe du tibia, sur le relief que fait le bord i
férieur de cette saillie.
En prenant beaucoup de précautions, Je cherche à le détaclv
mais je m'aperçois que je suis obligé de détruire avec le scalpel
tissu fibreux qui Tunit à Tépiphyse et qui se continue avec le p6
chondre, aussi je renonce à ce moyen. J'observe en même tem
que le trajet qui m'a conduit dans la cavité et qui communiqu
primitivement avec Textérieur est presque complètement comblé
qu'il m'a fallu assez d'elTorts avec un stylet pour ai*river dans
cavité.
Far une coupe transversale passant dans Tépiphyse, en pb
milieu, coupe parallèle au plan articulaire du tibia, je mets â i
couvert une cavité placée dans Tépiphyse et descendant un (
au-dessous de la ligne du cartilage épiphysaire, à 2 centimèU
environ. Son plus grand diamètre est transversal et s'étend presq
depuis la face externe de la tubérosité externe jusqu'au delà de
ligne médiane, en arrière, dans le sens anléro-postcrieur. Ce p
grand diamètre a 1 centimètre 1/2 d'étendue environ. Son diamà
vertical est de 1 centimètre 1/4. Elle n'est séparée en haut del'i
ticulalion que par un intervalle de 1 millimètre 1/2 environ. J'ai
qu'en bas elle descendait à plus de 1 millimètre du cartilage é
piiysaire. Cette cavité est placée en plein lissu cartilagineux
l'épiphyse, qui est détruit pour lui faire place et qui forme sa pi
dans la plus grande partie de son étendue. Pourtant le noyau d
sification de l'épiphyse forme aussi limite de la cavité, mais é
une assez faible étendue. Dans la plus grande partie de son tn
la cavité est tapissée par une fausse membrane molle, rouge,
envoie des cloisonnements dans son intérieur.
Le tubercule osseux que j'ai signalé au début fait partie ij
grante de la paroi de la cavité, mais il paraît encore cartilagin
dans la portion qui fait pai*oi. Le trajet par lequel la cavité s'
vrait en dehors, creusé en plein cartilage, est comblé par
substance fibreuse.
La pai*tie cartilagineuse de l'épiphyse est plus vasculaire, [
sente des canaux dilatés, tortueux, irréguliers. Le noyau d*osi
cation, comparé à celui du côté sain, n'offre guère de différei
SlfeANCB DU 3 AVRIL. 253
Aa milieu de ce noyau on trouve de petites taches blanches bril-
Ifloles, paraissant être des parties du cartilage non ossifiées. Le
tissu osseux de la diaphyse est sain.
Tibia du côté droit. — La surface du tibia droit présente, à son
extrémité supérieure, deux exostoses: Tune a 2 millimètres de hau-
teur, en forme d'épine; la seconde est beaucoup plus petite. Toutes
les deux sont placées sur la partie supérieure de la diaphyse, qui
commence à se renfler. Une coupe de Tos le montre sain.
Les poumons, très-emphysémateux, présentent toutes les lésions
de la broncho-pneumonie; les reins n*ont rien de particulier. \\
existe un peu d'endocardite sur le bord libre de roritlce aortique.
Le foie est congestionné et d'un rouge noirâtre, il présente un
épaississement fibreux de la capsule gros comme un pois.
M. GuÉNiOT. C'est en 1869 que j'ai présenté le premier fait de
suppuration des surfaces épiphysaires des os; chez Tenfant que
j'avais observé, sauf les extrémités des deux os de Pavant-bras,
toutes les épiphyses étaient pnses.
Oa constatait un disque pûinilent, maintenu par le périoste, entre
Pépiphyse et la diaphyse.
Je n'avais nullement rapporté ces lésions à de la sypliilis, et ce
fut M. Parrot qui, en étudiant des faits analogues, a pu démontrer
(ju'il y avait là des lésions d'origine syphilitique.
De ces intéressantes recherches il est nettement ressorti que
les lésions syphiliti<iues étaient toujours multiples, et dans l'obser-
vation de M. Anger la lésion est unique. L'origine syphilitique
devant être complètement écartée, nous nous trouvons en pré-
sence d'une fracture intra-utérine; c'est un cas tros-rare et très-
l'istruclif, mais qui ihe paraît hors de doute.
H. Panas. Depuis la dernière séance, j'ai relu la thèse de
M. Ragon, soutenue en 1877. On y trouve quatre observations
d'hydarthrose intermittente : deux appartiennent à M. Verneuil,
Une à M. Ledentu, et la quatrième, recueillie dans le service de
M. Constantin Paul, n'est autre que celle dont je vous ai entre-
^nus dans la dernière séance.
Trois de ces observations sont bien incomplètes; mais cepen-
dant je crois qu'en les analysant avec soin, ainsi que celle que
4« vous ai communiquée, on peut en tirer des renseignements
^ssBz précis pour esquisser l'histoire de cette curieuse affection.
Le sexe ne paraît avoir rien de spécial, puisque, sur quatre ob-
servations, il y a deux hommes et deux femmes.
Vàge^ au contraire, donne un renseignement important: le
254 SOCIÉTÉ DE GHIhURGIE.
malade de M. Ledentu avait 14 ans ; ceux de M. Verneuil, l*ua 2
et Tautre 27 ans ; la mienne 22 ans.
On peut donc en conclure que cette hydarthrose intermittent
est uue affection de l'adolescence et de la jeunesse.
Le siège n'a rien de spécial. Le genou est peut-être le siège è
prédilection ; mais, dans le cas de M. Ledentu, la hanche et l'art
culation du cou-de-pied avaient été envahies. Il ne faut donc pi
croire que le genou peut être seul atteint.
Si nous étudions l'ensemble de l'attaque, nous voyons qu'il y
deux périodes à considérer :
La première comprend l'apparition, la durée et la disparition c
répanchement ; la seconde comprend le temps pendant lequel Ta
liculation reste intacte.
La première période a été, chez un des malades de M. Verneu:
de 4 jours ; chez celui de M. Ledentu, de 11 à 12 jours ; chez
mienne^ elle est de 8 jours : ce qui donne une durée moyenne «
8 jours.
La seconde période (temps de répit) a été de 15 jours chez
malade de M. Verneuil, 4 jours celui de M. Ledentu, et 8 jourschi
mon malade, c'est-à-dire une moyenne de 9 jours.
Avant de pénétrer plus profondément dans l'histoire de ceti
affection, je désire appeler l'attention sur l'influence manifeste qu
la grossesse a jouée chez les deux femmes :
Dans l'observation de M. Verneuil, rapportée dans la thèse d
M. Ganone, l'hydarthrose apparaît pour la première fois six se
maines après les couches.
Pour ma malade, la première attaque a lieu six semaines aprê
l'accouchement; cette femme redevient enceinte, Thydarthros
disparaît ; elle fait une fausse couche, et, douze jours nprès cet ac
cident, Tépanchement revient.
Sans vouloir forcer les faits, il est impossible de ne pas admettr
que la grossesse a eu une influence réelle sur cette affection.
J'arrive maintenant au point le plus délicat, à Yéliologie;
quelle cause peut-on rapporter cette affection ?
En examinant avec soin ma malade, j'ai pu reconnaître qu'il n'
a pas que les genoux de pris ; les articulations du pied, des doigti
du poignet, du coude sont le siège de craquements, qui tiennent
des arthrites sèches, dont Torigine arthritique a été depuis long
temps mise hors de doute. Lorsque répanchement articulaire de
genoux disparaît, l'articulation reste le siège de frottements; d
plus, cette femme est sujette à des coryzas répétés et elle pori
deux petites plaques d'eczéma sec; on peut donc admettre qu
nous sommes en présence d'un sujet artliritique, et, en censé
8ÉANG1S DU 3 AVRIL. 255
quence, j'intitulerais raffection dont je vous entretiens hydar-
ihrose arthritique intermittente.
Les caractères de l*asthritisme se retrouvent aussi dans les
observations recueillies par MM. Verneuil et Ledentu.
Chez la malade de M. Verneuil, le mal commence par l'articu-
làtion tibio-tarsienne et attaque le genou, où il se tixe.
Chez le malade de M. Le Dentu, Tarthritisine est encore plus évi-
dent : un genou, à une première attaque, présente une telle quan-
tité d'épanchement que Robert le traite par la ponction et Tinjec-
tion iodée ; à la seconde attaque» 7 ans plus tard, la hanche est prise,
puis le cou-de-pied et enfin le genou ; notons enfin qu*il existait
deux pieds plats.
Je crois donc, en me basant sur ces faits, qu'il est rationnel
d'admettre que nos malades ont été atteints d'arthrite déformante,
avec épauchement abondant; et qu'il faut en rapporter la cause à
l'arthritisme, qui peut seul expliquer cette intermittence.
Cette origine ai'thritique peut permettre d'expliquer l'influence
que la grossesse a apportée dans la marche de cette lésion, car,
si l'état puerpéral peut servir à réveiller la diathèse arthritique, la
grossesse peut amener une perturbation favorable sur Tétat mor-
bide préexistant des articulations.
Un point qui suffit encore pour prouver la nature arthriticjue,
c'est le peu de résultat obtenu par ces différents traitements. Avant
d'en arriver aux raies de feu, qui ont donné une guérison à M. Voil-
lemier, j'ai cru intéressant de soumettre ma ma'ade aux alcalins et
à l'arsenic.
J'ai parcouru les recueils étrangers et je n'ai trouvé aucun do-
cument pouvant être utilisé; il faut donc espérer que l'avenir per-
mettra de trancher toutes les questions que je n'ai fait qu'indiquer,
soit en permettant de recueillir de nouveaux cas, soit en complé-
tant les faits incomplets que l'on a déjà été à même d*obsei*ver, et
particulièrement l'histoire de ce jeune homme que M. Verneuil a
eu l'occasion d'examiner pendant son passage à Paris.
M. Le Dentu. En reprenant mes notes et en les réunissant à celles
de M. Anger, j*ai pu reconstituer presque complètement Thistoire
de mon malade :
Lorsque je l'ai observé, il avait 23 ans; il avait été pris, en 1856,
à 16 ans, d'épanchement intermittent dans le genou droit, qui fut
soigné par Ph. Boyer.
En 1859, nouvelle attaque au même genou, qui fut soignée par
la ponction et l'injection iodée, par Robert; enfin, on 1863, époque
dû il me fut donné de le voir, il avait le genou gauche envahi.
La période d'augment de l'hydarthrose était de 4 jours, elle
256 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
restait stationnaire 1 jour, et disparaissait en 4 ou 5 jours ; la diiro
de la crise était de 9 à 11 jours. C^estdonc un peu plus long qu
chez la malade de M. Panas.
Les sangsues, les vésicatoires, la compression n'amenèrei
aucune amélioration, trois raies de feu amenèrent la guérison.
Le père de ce jeune homme était bien nettement rhumatisant
M. GuÉNiOT. Je voudrais seulement faire une légère i-estrictic
au sujet de l'influence do la puerpéralité,qui ne me paraît pas évi
dente. Sur une dos malades, Thydarthrose survint 6 semaine
après l'accouchement ; c*est admettre pour l'état puerpéral uc
période un peu longue.
M. Trélat. Je remercie beaucoup M. Panas de nous avoir com
muniqué ce fait si intéressant. Le côté vraiment curieux est I
périodicité si régulière de Thydarthrose, dont on ne peut pas troi
ver Texplication.
Chez les individus atteints d'hydarthrose de nature rhumatis
maie, on note souvent des récidives, mais cette périodicité régi
lière de l'augmentation et de la décroissance du flot articulait
est tout à fait exceptionnelle.
La relation de Thydarthrose et du rhumatisme a été mise hoi
de doule par plusieurs travaux, aussi ne suffit-il pas de dire que le
sujets étaient arthritiques, car tous les individus atteints d'hydai
throse rliumatismale devraient présenter cette périodicité, et o
ne la constate pas.
Je ne crois pas que Ton puisse admettre une manifestation d
l'arthritisme comme Tentend M. Bazin, je crois qu'il y a seulemec
une affectation articulaire que je désignerais sous le nom d'artbril
rhumatismale généralisée.
M. Panas. Je désire répondre à Tobservation de M. Guéniot e
lui rappelant que chez les deux femmes dont j*ai parlé, il n'y avaj
pas d'antécédent rhumatismal : elles deviennent enceintes, €
6 semaines après leur accouchement c^s accidents apparaissent
Une malade redevient enceinte, tous les accidents ai*ticulaires ces
sent pour réapparaître quelques jours après la fausse couche ; ii
a là une relation qu'il était indispensable de signaler, même san
y attacher une importance très-considérable.
Je ne puis accepter l'interprétation de M. Trélat, et je pens
qu'il est préférable d'admettre de l'arthritisme plutôt qu'une simpi
affection articulaire rhumatismale.
On avait cru pouvoir expliquer la périodicité en invoquant soi
l'hystérie, soit l'impaludisme ; mais en prouvant qu'il y avait d
l'arthrite sèche, je pense avoir prouvé qu'il fallait voir une maniCea
tation du rhumatisme.
SÉANCE DU S AVRIL. !251
De plus, en constatant chez ma malade des accidents arthritiques,
tels que de l'eczéma sec, il me parait évident qu'il y a une affec-
tation plus générale que le rhumatisme, et qu'il vaut mieux admettre
l'arthritisme tel que l'a décrit M. Bazin.
Kapp«rt8,
M. Delbns, au nom d'une commission composée de MM. Ver-
neuil, Sée et Delens, commence la lecture d'un rapport sur la
névralgie des moignons, de M. Chalot, de Montpellier.
Sur la proposition de M. Guyon, rapporteur, la Société décide
de renvoyer au comité de publication l'observation suivante, qui
lui a été adressée par M. le D' A. Malherbe, professeur a l'École
de médecine de Nantes :
lyito da COQ à contena haileax. — Gadrison par une iigection d'alcool
pur après dyacuation partielle du contenu au moyen d'une aiguille
capillaire. — Remarques sur la nature de ce kyste et sur le traite-
ment de diverses collections liquides par l'injection d'alcool pur.
Il y a un an, M. le professeur Verneuil signalait à la Société de
chirurgie 3 cas de kystes à contenu huileux situés au devant
du sac lacrymal. Cette communication réveillait les souvenirs de
quelques autres membres de la Société, et MM. Perrin et Le Dentu
disaient avoir observé, le premier, 2 cas, le second, 1 cas do
la même affection ayant le même siège. Selon M. Verneuil, ces
kystes auraient été signalés déjà en Allemagne. Quoi qu'il en soit,
celle aflection est certainement très-rare, car elle n'est point dé-
crite dans les auteurs classiques, et M. Heurtaux, le savant auteur
de l'article Kyste du Dictionnaire de Jaccoudy n'en fait pas men-
tion. Il y a donc quelque intérêt bien qu'il ne s'agisse pas là d'une
nialadie grave, à recueillir les faits de kystes huileux qui peuvent
^ présenter à nous. En outre, dans le cas que je viens exposer,
laguérison a été obtenue par un mode de traitement sur lequel je
crois utile d'appeler l'attention. Il y a enfin quelques observations
récentes d'épanchements traumatiques d'huile au milieu des tissus,
^l bien qu'il s'agisse là, je crois, d'une lésion toute différente, il
'^est pas hors de propos de la mettre en parallèle avec les kystes
^ contenu huileux. On se souvient, en effet, que dans la discus-
aion soulevée par la communication de M. Verneuil, M. Perrin
admit l'origiae .accidentelle des deux kystes qu'il avait observés,
landis que MM. Verneuil et Magitot admettaient l'origine conjgé*
258 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
nitale des kystes huileux et les rapprochaient par conséquent de:
kystes dermoïdes. M. Le Dentu se rangeait au même avis. Avan
de discuter ces deux opinions, je dois rapporter le fait qu'il m'
été donné d'observer :
Observation. — Mademoiselle D..., âgée de 25 à 30 ans, institutric
dans une famille des environs de Saumur, mais ayant sa famille
Nantes, vient me consulter au mois de juillet 1876 pour l'état génén
de sa santé d'abord, pour Tétat de ses yeux ensuite, et enfin pou
une petite grosseur qu'elle porte sous Tangle de la mftchoire du o6t
droit. Elle est légèrement anémique, par suite des fatigues de sa pro
fession ; le fer et le quinquina ont suffi à l'améliorer. Les troubles d
la vision sont dus à un léger vice de réfraction et ne présentent pa
de gravité.
Je n'insiste pas sur ces états pathologiques, et j'ai hftte d'arriver
la petite tumeur signalée plus haut.
Cette tumeur paraît s'implanter assez profondément; elle est pe
mobile, étant située au-dessous de cette partie de l'aponévrose cervi
cale qui, du bord inférieur de la mâchoire, s'étend au stemo-mastoï
dien. Du volume d'une grosse noix, la tumeur fait saillie eu arriérée
un peu au-dessous de l'angle de la mâchoire. En raison des rapport
que je viens d'indiquer, la saillie de la tumeur est peu apparenta
l'inspection simple; on dirait que l'angle de la mâchoire est un pe
plus gros à droite qu'à gauche, et voilà tout ; mais si l'on vient à pal
per et à déprimer les parties voisines de la grosseur, on la limite pai
faitement en haut, en bas, en avant et en arrière ; en dehors, on sei
que la peau glisse sur elle avec la plus grande facilité. En revanche
il est impossible de dire quelles sont en dedans les connexions de 1
tumeur, si elle a pris naissance sur la face profonde de l'os maxillaîr
inférieur ou sur une partie voisine.
11 y a une fluctuation parfaitement nette.
Voici maintenant les antécédents do la malade au point de vue d
cette tumeur :
Mademoiselle D... avait 5 ou 6 ans lorsqu'on s'aperçut de l'existenc
d'une petite grosseur qui depuis lors ne fit qu'augmenter, mais ave
une lenteur extrême, puisqu'elle a liKs une vingtaine d'années à ac
quérir le volume que nous constatons aujourd'hui. Il n'y a jamais ei
de douleur ni de gône des mouvements de la mâchoire. Les diver
médecins consultés à ce sujet ont prescrit, les uns de la teinture d^iod
en badigeonnages, les autres la tisane de feuilles do noyer ; l'un d'eu:
a conseillé de traverser la tumeur avec un fi] d'argent. En un mot, i
semble, d'après les traitements indiqués, que cette tumeur ait été pris
pour un ganglion suppuré ou chroniqucment enflammé.
L'ensemble des antécédents excluait l'idée d'un al)cès froid ganglion
nairc ou autre, car un abcès ne dure pas 20 ans sans s'ouvrir à l'exté
rieur; de plus, il n'y avait ni base indurée, ni lésions inflammatoire
dans le voisinage, ni aucune trace de scrofules. Enfin, la tumeur n'oc
cupait pas exactement le point où l'on rencontre le chapelet des gau
SÉANCE DU 3 AVRIL. 259
glions du COQ. Il fallait donc conclure à un kyste. Quelle espèce de
kyste pouvait-on avoir devant les yeux? S'agissait-il d'un kyste der-
. moïde? d'un kyste développé dans un ganglion lymphatique? d'un
épanchement sanguin passé a l'état kystique? J'avoue que je laissai le
diagnostic en suspens. Je proposai à la malade de piquer son kyste
avec une aiguillé de la seringue de Pravaz» ce qu'elle accepta, et je
vis sortir un liquide ayant l'aspect d'une huile un peu pAle, absolu-
ment transparente. J'en retirai le contenu d'une ou deux seringues, et
j'îojectai dans le kyste une seringue d*alcool pur. Cette petite opération
n'occasionna aucune douleur et bientôt la malade, dont les vacances
étaient terminées, partit pour reprendre son poste, améliorée à tous
les points de vue. Je reviendrai dans un instant sur la nature du
liquide kystique. Pour le moment, je poursuis l'histoire du kyste.
Au mois de juillet 1877, c'est-à-dire un an après la première opéra-
lion, mademoiselle D... revint me voir avec son kyste à peu près dans
le même état que l'année précédente. Il s'était rempli lentement, sans
doaleur, et elle désirait qu'il fût vidé de nouveau.
J'examinai derechef les rapports de la poche kystique, et il me
sembla qu'elle naissait très-profondément sous Tangle de la mftchoire.
^e me rappelais que le liquide n'avait pas été examiné assez complète-
ment lors de la première opération, et je me demandais si je n'avais
pas affaire à un kyste dermoïde. Comme l'opération radicale de cette
tumeur aurait pu m^entrainer assez loin et aurait été laborieuse, sans
compter les accidents possibles, je résolus de vider la tumeur en grande
portie et d'y injecter une plus grande quantité d'alcool.
Je me réservais de faire plus tard une opération radicale, si raccrois-
^«ment de volume devenait menaçant.
Je tirai du kyste, par le même procédé que la première fois, dix à
douze seringues de Pravaz d'un liquide absolument identique à celui
de Tannée précédente. J'injectai ensuite deux seringues de Pravaz
d'alcool pur.
Il y eut une sensation de cuisson très-modérée qui dura tout au
plus une demi-heure; il ne survint aucun accident consécutif. Depuis
'ors la tumeur a diminué peu à peu, mademoiselle D... est allée à Ja
^urboule rejoindre ses élèves.
ie l'ai revue vers la fin d'octobre, c'est-à-dire trois mois après la
dernière opération. A mon graud étonnement, je ne pus retrouver trace
^U kyste. Je n'oserais même pas affirmer la présence d'un petit point
''^duré a la place qu'occupait précédemment la tumeur. La guérison
^tnble donc radicale.
Examinons maintenant la nature de ce kyste et le traitement qui a
^•é choisi.
D'abord, le liquide avait, comme je l'ai dit, l'aspect d'une huile un
l^^u pftle; il graissait les doigts et tachait le papier. Il n'était point vis-
^^eaxni gluant, ne filait pas comme la synovie, et par le simple refroi-
dissement il 88 figeait en perdant seulement un peu de sa transpa-
rence. Los 10 ou iâ centimètres cubes de liquide recueillis ont été remis
t^tirnioi à M. Andouard, professeur de chimie à l'Kcole de médecine.
260
SOCnÊTÉ DE GHIRUROIR.
qui a bien voulu se charger de l'analyse et me remettre la note sui-
vante :
Analyse,
EN POIDS.
Kyste huileux, poids total
du liquide
6«4âS0
Oléine
Palmiline
Chlorure de sodium.
Oxyde de fer
Perte
5,8202
0,6143
0,0065
0,0420
REDUCTION EN CENTIEMES.
Oléine
Palmitine
Chlorure de sodium.
Oxyde de fer
Perte
89,7763
9,4756
0,10»
0,6478
100,0000
Total 6,4880
J'ai fait plusieurs préparations microscopiques, soit sans aucun
réactif, soit après avoir mélangé le liquide pathologique avec un peu
de picrocarmin. Je n*ai pu constater nettement la présence d'aucun
élément anatomique, soit sain, soit dégénéré, tandis que dans la
plupart des tumeurs à contenu gras (kystes sébacés) on en trouve des
quantités. J*ai vu seulement un certain nombre de figures assez élé-
gantes formées par de la graisse cristallisée. Ces figures, dont je
regrette de n'avoir pas conservé de dessins, se rapprochent de celles
qu'on voit dans les cellules adipeuses où la graisse s'est cristallisée,
sans toutefois leur être identiques. Je m'attendais à voir des tablettes
de cholestérine (l'analyse chimique n'étant encore pas faite); mais,
malgré une recherche attentive, je n'en ai pas trouvé une seule. On
voit par l'analyse de M. Andouard et par l'examen microscopique
auquel je me suis livré que la composition du liquide kystique est
très-simple; près de 90 0/0 d*oléine, près de iO 0/0 de palmitine, un
peu de chlorure de sodium et d'oxyde de fer, aucun élément anato-
mique en suspension dans le liquide : tel est le résultat de nos
recherches, sur lesquelles je me permets d'insister parce que j'ignore
si l'analyse d'un semblable liquide a déjà élé faite et publiée.
Les détails dans lesquels je viens d'entrer montrent bien qu'il
s'agit d'un kyste analogue à ceux dont M. le professeur Verueuil
nous a appris Texistence; mais il en diffère par le siège, puisque
dans tous les cas rapportés à la Société de chirurgie le mal occupait
le grand angle de l'œil.
Je n'ai trouvé aucun cas de kystes huileux en dehors des six obser-
vations rapportées à la Société de chirurgie. Le kyste de mademoi-
selle D..« serait donc le septième cas de kyste huileux publié en
France et le premier observé dans la région sous-maxillaire. 11 est
pourtant probable que des faits analogues ont été vus depuis long-
temps, mais on les a passés sous silence, ou bien on a méoonnu la
nature spéciale du liquide.
Si l'on n'a point signalé d'autres faits de kystes huileux sous Tangle
de la mAchoire, en revanche les faits de kystes dermoïdes de la région
sus-hyoïdienne et du plancher de la bouche ne sont pas très-rares
(Heurtaux, article Kystr, Dict. de Jaccoud). C'est à ce niveau, eu
séANGB DU 8 AVRIL. 261
effet, que se trouve la seconde fente branchiale chez le fœtus, et,
d'après la théorie généralement admise du développement des kystes
dermoîdes de la queue du sourcil et du plancher buccal, c'est a
Temprisonneroent d*un petit sac du feuillet cutané dans Tépaisseur de
la soudure qui réunit les deux bords des fentes branchiales au
moment de leur disparition, que serait due la formation de ces kystes.
Ceci m'amène à rechercher si les kystes huileux sont congénitaux,
comme le soutiennent MM. Verneuil, Magitot et Ledentu, ou acci-
dentels, comme Ta pensé M. Perrin.
Dans l'observation qu'on vient de lire, le kyste a été découvert à
Fàge de 5 ou 6 ans; on n'a relevé comme circonstance étiologique
aucune violence, et je ferai remarquer de plus que la face profonde de
l'angle de la mftchoire est une des régions les mieux abritées do
notre corps, recouverte qu'elle est par l'os, le masséter et l'aponé-
vrose sterno-mastoïdienne. Il est donc probable que le kyste de
mademoiselle D... était congénital, quoiqu'on n'en ait constaté l'exis-
tence qu'au bout de 5 ou 6 ans. Ce n'est bien souvent que plusieurs
années après la naissance que l'on découvre les kystes dermoîdes,
kystes dont l'origine congénitale n'est point contestée.
Mon observation viendrait donc à l'appui de l'origine congénitale
des kystes huileux, et les rapprocherait ainsi des kystes dermoîdes.
Un kyste huileux pourrait -il survenir accidentellement, sous l'in-
fluence d'un traumastime, par exemple? Nous avons vu que M, Perrin
le pensait, et M.Gosselin a signalé dans sa Clinique chirurgicsde {i. Il,
p. 615) un cas d'épanchement traumatique d'huile. Il a été très-surpris
de voir sortir une espèce d'huile semblable à de l'huile d'olive d'und
collection qu'il croyait sanguine. Il a examiné soigneusement le liquide
et il y a trouvé des cristaux d'acide margarique; son fait est donc
très-probant quant à la nature de la collection, qui était située au côté
externe du genou gauche.
Quant à l'origine traumatique, il y aurait peut-être matière à dis-
cussion. On pourrait se demander si la tumeur huileuse n'existait pas
avant le traumatisme et n'était point passée inaperçue à cause de son
indolence complète. Les faits de kystes huileux n'étant pas connus à
l'époque où M. le professeur Gosselin a vu ce cas remarquable, il n'a
peut-être pas été amené à rechercher les antécédents et à voir si la
collection huileuse n'était pas indépendante du traumatisme. Cepen-
dant, d'autre part, il est assez difiiciie qu'on porte longtemps une
tumeur, si peu gênante qu'elle soit, au côté externe du genou sans s'en
apercevoir. Il est donc en somme difficile de révoquer en doute l'ori-
gine traumatique dans le fait rapporté par M. Gosselin.
M. Benjamin Anger a publié dans le Progrès médical (1875, p. 83)
deux faits d'épanchements traumaliques d'huile; mais l'examen du
liquide n'a pas été fait assez minutieusement pour prouver qu'il
s'agissait d'une matière grasse véritable plutôt que d'une sérosité
épaisse ou analogue à la synovie. De plus, M. Anger va beaucoup
trop loin, je pense, en admettant que les épanchements traumatiques
BULL. BT Uku, DK LA BOC. DE CHIR. 18
262 SOGIÉTK OR CHIRURGIE.
I
j
de sérosité que Morel-Ijavallée a fait connaître sont en réalité des
épanchements d*un liquide huileux.
En Tétat de la question, je n*oserais ni nier ni affirmer Texistenee
d'épanchements d*huile d'origine traumatique, et je pense qu'il sera
utile de faire du liquide recueilli dans les cas analogues Tobjet d'un
examen attentif et d'étudier soigneusement les commémoratifs du
malade, il y aurait lieu de noter également si l'adiposité du sujet n'a
pas quelque influence sur la nature de l'épanchement traumatique.
J'aborde à présent la question thérapeutique. Lorsque je me sois
trouvé en face du kyste de mademoiselle D..., en juillet 1876, j'ignorais
absolument Texislence de kystes huileux. Ne voulant pas proposer
une opération aussi grave que l'extirpation de ce kyste sans m'ètre
éclairé de sa nature et sans avoir tenté d'autres moyens, il me vint
à l'esprit d'essayer une injection d'alcool pur a petite dose. Ce traite-
ment m'avait été enseigné en 1872 par M. le professeur Guyon, dont
j'avais l'honneur d'être alors l'interne, et sous sa direction je Favais
essayé avec des succès divers dans 7 ou 8 cas d'hydrocèle. Ce traite-
ment, dû à M. Monod, consiste à extraire de la collection quelques
grammes de liquide à l'aide d'une seringue de Pravaz et à injecter à
la place i gramme d'alcool.
Le souvenir d'un ou deux bons résultats obtenus à Necker m'avait
donné le désir d'essayer ce moyen dans ma pratique, et après quel'-
ques essais je suis arrivé à le modifier un peu, c'est-à-dire à vider
une grande partie du liquide pathologique et à injecter 2 ou S gram-^
mes d'alcool au lieu de i seul.
Lorsqu'on juillet 1877 jô revis de nouveau mon kyste huileur ^
j'étais sous l'influence d'un succès que je venais d'obtenir par l'in— ^
jection d'alcool dans le traitement d'une hydrocèle dont le liquide vC^
peu sanguinolent me faisait craindre le développement d'une véritable*
hématocèle^ J'avais, en outre, le désir de recueillir une certaine
quantité du liquide kystique pour qu'on pût le soumettre à l'analyse. ^
Voilà comment je fus conduit à faire à mademoiselle D... l'opératioc::^
de Monod légèrement modifiée. On a vu que le succès a été complet^-'
Il y aurait peut-être lieu d'essayer ce mode de traitement sur beau-^
coup de collections susceptibles d'être vidées par une aiguille capil —
laire. Ne l'ayant point expérimenté en dehors de l'hydrocèle et dt^
cas que je viens de rapporter, c'est surtout dans la cure de l'hydrooèlp^
que je veux faire ressortir les avantages de cette méthode :
lo L'opération cause une douleur insignifiante ;
2® Elle ne force pas le malade à s'aliter ni à quitter ses occupations
d<* Jusqu'à présent elle n'a été suivie d'aucune complication fâcheu8(
Le. seul inconvénient qu'on ait à craindre, c'est un échec; or,
crois qu'un malade atteint d'hydrocèle aimera mieux risquer ui
piqûre de seringue de Pravaz, qui peut être inutile, mais qui pei
1 Le molade en question a été complètement guéri pendant plusieurs molf
actuellement il a de nouveau une hydrocèle de petit volume, entretenue peu-
être par un varicocèla considérable qu'il porte du même côté.
SiANCR DU 3 AVniL. â6S
gaérir, avant de 8e soumettre à l'un des traitements clas-
I l'hydrocèle, qui sont tous assez pénibles pour le patient,
Br des complications auxquelles ils exposent,
s du reste que l'injection d^alcool réussira souvent si l'on a
îder au moins les trois quarts du liquide et d*injecter une
Talcool en rapport avec la surface qu'il s'agit de modifler. 11
lue je n'ai jamais appliqué ce traitement à des hydroccles
»t très-anciennes. Je ne prétends pas que cette méthode soit
ioale que la méthode classique, qui amène Teffacement de la
ar soudure de ses deux feuillets. Il est évident que, si Ton se
modifier plus légèrement la surface de la vaginale, on est
m6 à avoir des récidives. Aussi insisterai-je surtout sur
6 de l'injection d'alcool.
ipliqué dernièrement (Th. Ânger, Lizé, Panas, BulL et mém.
\ 1875, p. 831; 1876, p. 129) les injections de chlorure de
raitement des kystes muqueux. Cette méthode, qui a donné de
iltats, a l'inconvénient d'exciter une violente inflammation. Ne
on pas essayer dans ces kystes rinjection d*alcool après
soin de les vider autant que possible? L*alcool a l'avantage
rfaitement toléré par l'économie, puisque l'on peut sans acci-
injecter dans la poche d'un spina bifida.
•iste pas sur les diverses variétés de kystes ou d*épanchc-
tthologiques qu'on pourrait traiter comme je le propose;
^int de faits à apporter, je dois me borner simplement à
la méthode; elle est tellement innocente que cela seul doit
envie de l'essayer.
Mions. — 1^ Il peut exister sous l'angle de la mftchoire des kystes
inalogues aux kystes prélacrymaux de M. Verneuil;
kystes sont très-probablement congénitaux et doivent être
•rès des kystes dermoîdes;
peut les guérir en vidant la poche avec une aiguille capillaire
éjectant quelques grammes d'alcool à 90^\
le opération réussit également bien dans l'hydrocèle de la
Ttginale ;
son innocuité il y aurait lieu de l'essayer pour combattre
paochements pathologiques.
ince est levée à 5 heures.
Le secrétaire^
HORTELOUP.
264 SOCIBTB DE GHIRURCHI.
Séance du 10 avril 1878,
Présidence de M. Houel.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspoadaaee.
La correspondance comprend :
1^ Les journaux périodiques de la semaine, la Revue msDSi
de médecine et de chirurgie, le Bulletin général de tbérapeutk
2** Le Sud médical, le Journal de médecine de P Ouest, la Ri
médicale de VEst, la Gazette médicale de Bordeaux, le Lyon
dical, le Bordeaux médical;
S** La Gazette médicale italienne-lombarde, The Practitio.
Tbe Britisb médical journal^Mediciniscby Cbirurgiscbe Runcsd
la Revue médicale roumaine;
i"* Une lettre de M. Terrillon qui demande à être inscris
nombre des candidats à la place de membre titulaire vacante;
5<> Spina bi/ida congénital, opéré chez un enfant de 9 j
par ablation complète de la tumeur. Guérison au bout de 25 je
sans paraplégie, par M. le D' Lafltte de Coutrai (Gironde),
sente par M. Lefort.
Commonicatloas.
Des lésions rénales consécutives aux fistules vésico-vaginalot.
M. VERNEun.. L*année dernière, j'ai publié , sur la mori
après les opérations de la fistule vésico-vaginale, une note
laquelle j'exposais que, sur 80 opérations, j'avais perdu 6 fem
ce qui donnait une proportion de 7 0/0.
En dépouillant cette statistique, je citais des morts c
sionnées par des hémorrhagies, des érysipèles, mais je mette
évidence certains cas de morts qui s'expliquaient par des
pathologi'iues antérieurs, souvent méconnus, et ayant provc
sous l'influence du traumatisme, des accidents mortels.
Parmi ces complications, je signalais les lésions rénales, de
rappelais un exemple que j'avais publié en 1859, dans les h
tins de la Société anatomique : il s'agissait d'une femme atl
de fistule vésico-vaginale morte sans opération à la suite d*i
dents cérébraux, probablement urémiques. A l'autopsie, on
stata que la fistule siégeait précisément à l'intervalle coo
SiANGB DO 10 AVRIL. 265
antre les deux uretères ; l'uretère droit était considérablement dilaté,
il était doublé de volume, et son extrémité inférieure, effilée près
de la vessie, offrait à son embouchure un rétrécissement très-
marqué. Le rein correspondant était affecté de pyélo-néphrite. Le
rétrécissement de Turetère semblait être le résultat d'une phlébite
ancienne, dont on retrouvait les traces dans les plexus latéraux du
vagin, remplis de caillots résistants.
Outre cette observation, j'en citais une autre publiée, dans le
Médical Times and gazette 1859, par M. Pollock de Londres. La
malade avait sa fistule depuis 2 ans lorsqu'elle fut opérée ; le
résultat fut incomplet et une seconde opération fut pratiquée
5moisplus tard. Les suites ne furent pas satisfaisantes : la malade
eut de la fièvre, des frissons et succomba 20 jours après Topé-
ration; à l'autopsie on trouva l'un des reins très-malade : il était
abrophié, le bassinet distendu contenait plusieurs calculs.
Recherchant des cas analogues, je trouvai, dans la thèse de
Blin, thèse faite avec des observations relevées dans le service
de Jobert, un cas de mort attribuée à de la diphthérie vaginale et
9ui doit être rapportée, d'après les symptômes, à des accidents
iirémiques. Or, à l'autopsie, on trouva un commencement de
cirrhose et l'obUtération d'un des uretères. Mais l'influence que
pouvaient avoir ces lésions viscérales passa complètement ina-
perçue.
Ces faits avaient éveillé mon attention, et, depuis cette époque,
j*examinais avec grand soin les fonctions rénales des femmes
atteintes de fistule vésico-vaginale.
Une jeune femme atteinte de fistule vésico-vaginale avait subi
<l€ux opérations par la suture sanglante, fort habilement pratiquée
I^«r notre collègue M. Delens. Non-seulement l'insuccès avait été
^^mplet, mais, chaque fois, des accidents sérieux s'étaient déve-
loppés. En examinant cette femme j'appris qu'elle était atteinte
de gravelle et même je constatai l'existence de la néphrite, qui
tne donna TexpUcation des insuccès opératoires.
Chez une autre malade atteinte de fistule vésico-vaginale, des
accidents très-graves se développèrent par le fait de l'introduc-
tion d'un tampon de charpie. J'explore les reins, je trouve une
Voleur assez vive dans la région lombaire gauche, et l'examen
de l'urine donne un précepité d'albumine, de plus j'apprends
qu'elle avait rendu un calcul; le diagnostic n'était pas douteux, il
Savait gravelle rénale avec néphrite concomitante.
te vous apporte, aujourd'hui, un nouveau fait qui vient con-
fijtner l'influence que les fistules vésico-vaginales peuvent exercer
^Oir les lésions rénales :
Vne femme de province entra, il y a quelques mois, dans mon
266 SOCIÉTÉ DE CHIRUHGIE.
service, pour une fistule déjà ancienne. Cette femme était mai|;
pâle, fatiguée; elle présentait des troubles graves : diaiThée du
nique, fièvre avec frissons ; je craignis de suite quelque altérât
rénale. En effet, je constatai des douleurs au niveau des rei
et une albuminurie considérable. Je ne voulus pas essayer i
opération sanglante et j'allais faire une tentative avec le thera
cautère, lorsque cette femme succomba.
Dans les différents examens auxquels je soumis cette femi
j'avais constaté un vagin très-court, une énorme fistule dont
lèvre supérieure paraissait formée par la paroi postérieure
vagin, car le doigt amvait dans un cul-de-sac, au fond duquel
ne pouvait rien retrouver. L*urètre perméable était un peu dé^
il n'y avait pas de prolapsus vésical et il m*avait été impossi
de trouver l'embouchure des uretères.
Lorsque cette femme mourut, j'annonçai que nous trouveru
une double néphrite avec un rétrécissement des uretères ; diagnoi
que Tautopsie est venue confirmer.
Le vagin est très-court, la fistule envahit toute la face in
rieure de la vessie, qui est revenue sur elle-même, à un tel p<
qu'on pourrait à peine y loger une amande. Il est impossible
retrouver même les traces du col, qui est complètement détruil
Aux deux commissures de la fistule se trouvent deux pc
orifices qui ne sont autres que les orifices des uretères, maistf
ment rétrécis que Ton peut à grand'peine introduire un st
fihforme.
L'inflammation du voisinage rend très-difficile la dissec
des uretères, qui sont dilatés et qui présentent le volume du de
Les reins sont le siège d'une néphrite interstitielle, sou
forme du petit rein scléreux; la capsule très-adhérente indi
la périnéphrite ; le bassinet est le siège d'une dilatation
commence à envahir les calices, c'est Thydronéphrose au dél
J'ai actuellement dans mon service une autre malade dans
mêmes conditions ; à certaines époques elle a de la réten
d'm*ine avec douleurs rénales, et je soupçonne quelque lésion
rein.
I^ y A/ J3 pense, grand intérêt à faire connaître ces faits
démontrent l'existence de lésions rénales consécutives
fistules vésico-vaginales et qui donnent l'expUcation de ces
sions par l'oblitération ou même, seulement, par le rétrécisseo
des uretères.
On a, il est vrai, préconisé dans ces cas la dilatation ou l'i
sion de Torifice des uretèi es, mais ces préceptes, très-simpl
énoncer dans les livres, sont souvent inexécutables sur le viv;
Ck)miue je vous le disais, je crois qu'il est important de i
SÉANGS DU 10 AVRIU !267
connaître ces faits, qui ouvrent dans l'histoire des fistules vésico-
vaginales un nouveau chapitre que l'on peut intituler : Des lésions
réttales consécutives aux ûstules vésico-vaginales.
H. Delens. Chez ma malade dont M. Verneuil vient de rap-
porter rhistoire, toute la portion cervicale de l'utérus était dé-
truite, et je crois que le délabrement du col doit influer beaucoup
sur les désordres des uretères et des reins.
. M. Desprès. J'ai fait 6 ou 7 opérations de fistules vésico-vagi-
nales sans avoir eu à déplorer des cas de mort; j'ai vu cepen-
dant une femme, opérée par un de nos collègues, succomber
avec une péritonite.
Je n'accepte pas le mécanisme par lequel M. Verneuil explique
les lésions rénales qu'il a rencontrées sur sa malade, je crois que
l'on peut admettre une néphrite parasitaire.
Lorsqu'on examine une fistule vésico-vaginale, on voit que l'air
pénètre dans la vessie ; cet air apporte des germes de bactéries
qui s'y développent et qui envahissent, par les uretères, le rein.
Dans le cas de M. Verneuil, la fistule était très-ancienne, l'air
y pénétrait depuis longtemps, il doit donc y avoir eu développement
des bactéries qui ont été le point de départ de ce qu'on a appelé la
néphrite parasitaire.
H. Verneuil. Avant de répondre à l'objection de M. Desprès, je
Veux dire quelle est la conclusion très-nette que je crois pouvoir
déduire des faits que je voue ai communiqués. Lorsqu'on se
^ouve en présence d'une femme chez laquelle on soupçonne des
lésions rénales, il ne faut pas tenter d'opérations sanglantes.
Quant à l'opinion d'une néphrite d'origine parasitaire, je ne
puis l'accepter, car je n'ai nullement besoin de recourir à la pré-
sence de parasites pour expliquer les lésions du rein. La néphrite
me paraît suffisamment expliquée par l'oblitération et la dilatation
des uretères.
Un des arguments les plus catégoriques que l'on puisse
Opposer au parasitisme est ce qui se passe dans les fistules vésico-
vaginales. Jamais on ne rencontrera de lésions rénales chez des
^enunes dont les fistules vésico-vaginales ont respecté les uretères.
M, Ledertu. Je ne crois pas qu'il soit possible de songer à la
'^phrite parasitaire, parce que cette forme de néphrite ne se pré-
^Qte nullement avec les lésions que M. Verneuil a rencontrées
<^bez sa malade. La néphrite parasitaire est caractérisée par de
petits abcès miliaires développés dans les canalicules.
Les lésions qui viennent de nous être présentées
268 SOCIETE DE CHIRURGIE.
ne concordent nullement avec celles que l'on trouve chez
individus succombant à des oblitérations des uretères. Au contrai
des lésions de même nature se rencontrent chez des calcuk
succombant avec des néphrites que Ton ne peut pas attribu
dans ces cas, à Toblitération des uretères.
M. Verneuil. Chez les femmes succombant à un cancer utér
ayant occasionné une oblitération des uretères, on trouve desrei
scléreux.
Je ne vois là qu'un phénomène mécanique; et, si je n'ai (
trouvé de dilatation du rein, cela tient à la résistance du pan
chyme rénal.
M. HouEL. Je ne puis partager l'opinion de M. Verneuiî. Loi
qu'il y a oblitération des uretères, la dilatation porte non-scul^nu
sur les uretères mais aussi sur les canaux urinifères, qui, en
dilatant, vont atrophier la substance rénale, aussi ne peut-on |
constater d'albuminurie.
Dans le cas actuel, nous avons le rein de Brîght, le r
scléreux, qui est la forme la plus grave. Je crois que ces lésii
rénales sont très-anciennes et remontent avant la formation de
fistule.
M. Verneuil. L'argumentation de M. Houel peut être vn
mais je ferai observer que nous n'avons pas là les signes d<
maladie de Bright, qui ne s'accompagne pas de périnéphrite. Q
que soit le mécanisme de ces lésions, j'ai voulu, en les metl
en lumière, prévenir les chirurgiens de l'influence qu'elles p
vent présenter dans les résultats opératoires.
Sur la périostite albuminense.
M. Terrier. J'ai l'honneur de soumettre à l'appréciation d
Société un fait clinique assez rare, je crois, qu'il m'a été de
d'observer en 1876 à l'hôpital Beaujon, alors que je remplaçai
professeur Dolbeau.
Voici tout d'abord un abrégé de cette observation :
Mademoiselle F..., âgée de 22 ans, femme de chambre, entre à
pital Beaujon (salle Sainte-Clotilde, n^* 1), le 1^'^ mai 1876.
Cette jeuno fille, lymphatique, n*a jamais été malade jusque
ces derniers temps , elle ne présente pas d'antécédents pathologii
ses parents sont bien portants. Depuis le siège de Paris, pei
lequel elle a beaucoup souffert, Mademoiselle F... a été placée oo
femme de chambre, et elle aurait été accablée d'ouvrage et
nourrie.
Il y a deux ans 1/2, la malade présenta des accidents de chloro*
mie, et prit du fer et des douohes froides; peu après cette époq%
[siàNGE DU 10 AVRIL. 269
médeeia lui fit une saignée, sans qu'il uous soit possible d*en déter-
miner la raison.
C'est il y a environ 20 mois que, pour la première fois, made-
moiselle F... ressentit des douleurs sourdes, au niveau de la partie
mo]fenne et postéro-externe de la cuisse droite. Ces douleurs augmen-
tèrent peu à peu surtout la nuit, et la malade ne tarda pas à ne plus
pouvoir travailler. Un médecin lui fit appliquer successivement 15 vési-
eatoires volants sur la région douloureuse sans amener grande amé-
lioration.
En décembre 1815, la cuisse droite, siège constant des douleurs,
avait un peu augmenté de volume. On fit encore des injections sous-
eutanées de morphine, on utilisa Tèiectrisation sans obtenir d'amélio-
ration durable. Consulté à cette époque, le D^ Damaschino conseilla
l'emploi des injections interstitielles de nitrate d*argent.
La malade, qui depuis 2 mois gardait le lit, ne fut guère soula-
gée par cette thérapeutique, les douleurs persistaient et leur intensité
ne fat pas diminuée, de plus la partie tuméfiée parut s*enflammer.
Lors de son entrée à Thôpital, mademoiselle F... offrait tous les
signes d'une anémie assez marquée ; le membre abdominal droit pré-
sentait, au niveau de la partie moyenne et postéro-externe de la cuisse,
une tuméfaction avec rougeur de la peau, ayant tous les caractères
<1'qq phlegmon aigu, dont la cause productrice paraissait être la der-
nière injection de nitrate d'argent faite à ce niveau.
Les douleurs vives nécessitaient le repos au lit, et encore la malade
^vai^elle une certaine peine à se coucher sur le côté pour faciliter
■otre exploration.
Quelques jours après, le petit phlegmon sous-outané s*abcéda et
^Ouvrit au dehors en laissant écouler une petite quantité de pus bien
^é. Malgré cette ouverture, la tuméfaction et l'induration de la région
Persistèrent, je pus constater alors que la lésion était profonde et
^^'elle semblait s'étendre jusqu'au fémur qui, d'ailleurs, ne paraissait
P^ beaucoup plus volumineux que celui du côté opposé.
£n raison de l'état général et de la longue évolution du mal, enfin
Percevant une fluctuation profonde, je crus avoir affaire à un abcès
^^sifluent.
10 mai, — En examinant la malade et en explorant la région où
«^ petit abcès sous-cutané s'était ouvert, je fis sortir par cette ouver-
^^ire une cuillerée à café envii on d'un liquide visqueux et un peu
*^loré en rouge. Mon attention ne fut pas immédiatement attirée sur
^^tte particularité, et ce ne fut que quelques jours après que je pus
^n comprendre la valeur clinique.
12 mai. — Une ponction exploratrice fut faite avec un bistouri à
^^me mince, et je pus recueillir encore quelques gouttes de ce même
liquide visqueux et coloré. L'abcès sous-cutané s'était guéri, mais la
tuméfaction profonde avait augmenté et était devenue très-fluctuante ;
^nssi, le 26 mai, je fis une ponction avec l'aspirateur Dieulafoy. Â mon
S^and étonnement, je retirai environ 100 grammes d*un liquide vis-
^oaox, filant, légèrement coloré en rouge, ressemblant beaucoup à de
^Hù SOCIÉTÉ DK CHIRURGIE.
la synovie, et en somme analogue, sinon identique, à oelui qne j*ati
fait sourdre par l'orifice de Tabcès sous-cutané, et aussi au liquidai]
j'avais obtenu après la ponction avec le bistouri.
Par le repos et le refroidissement, ce liquide donna naissance à
léger dépôt dans lequel le microscope permit de reoonaattre la p
sence d'hématies et de leucocytes. Cet examen fut fait par le D' Ri
mond et contrôlé par le professeur Gubler,
Quant à la partie essentiellement liquide elle était coagulable par
chaleur et, co coagulum séparé par filtration, il restait encore un liqii
albumineux coagulable par Tacide azotique. Enfin, on constata di
le liquide obtenu par la ponction la présence d'une grande quan^
de phosphates et d'un peu de glycose. MM. Gubler et Haymond, igi
rant l'origine du liquide qui avait été soumis à leur examen, me Ûr
répondre qu'il ressemblait au liquide des kystes synoviaux, môle d
peu de sang et de pus.
L'orifice de la ponction fut obturé avec du collodion, on continua!
cataplasmes, et cette petite opération palliative amena un peu de cal
chez notre malade.
2 juin, — La collection s'est remplie, elle a môme notablem
augmenté de volume, surtout en haut, où elle arrive presque jusqo
tiers supérieur du fémur. Les douleurs sont plus vives.
13 juin. — Je pratiquai une nouvelle ponction avec un troc
ordinaire, et je pus retirer encore 150 grammes de liquide filant
rougefttre. Une pression exercée immédiatement au-dessous du
fessier fit sourdre au dehors les dernières gouttes de liquide con
nues dans la cavité ; celle-ci remontait donc assez haut du côté extei
et postérieur de la cuisse et semblait quelque peu allongée de bas
haut. Une bougie en gomme de petit calibre, introduite par la can
du trocart, pénétra sur une longueur de 25 centimètres, et son ext
mité libre nous parut arriver jusqu'un peu au-dessous du pli fessi
Cette exploration ne permit pas de déterminer si le fémur était à
en un point quelconque.
Occlusion de la plaie faite par le trocart, cataplasmes.
11 faut noter que depuis son entrée à l'hôpital la malade était s<
mise à un traitement ioduré, auquel plus tard on substitua pend
quelque temps le sirop de Gibert, le tout sans résultat appréciable.
24 juin, — La tumeur s'étant reproduite, je résolus de la faire l
verser par un drain. La ponction fut pratiquée au tiers moyen posté
externe de In cuisse, et la contre-ponction au tiers supérieur, au nivi
mais en arrière de la base du grand trochanter. I^ tube ainsi pi
mesurait 25 centimètres de long. Il s'écoula un peu de sang mêlé à
liquide filant dont on put évaluer la quantité à environ 400 granm
Des injections détersives furent faites dans le tube.
Deux jours après, mademoiselle F... fut prise d^érysipèle, celui
apparut à égale distance des orifices qui donnaient passage au dra
Les phénomènes généraux furent assez sérieux, la tempérât
atteignit 39®; la plaque érysipélateuse ne s'étendit pas trop» mais,
moment de sa disparition, une autre plaque apparut au pli de i'iû
SÉANCE DU 10 AVRIL. 271
et Ja température remonta à 40^,3. Il y eut eu môme temps adéuite ingui-
nale : car un, puis plusieurs abcès ganglionnaires se développèrent et
nécessitèrent l'intervention chirurgicale.
15 juillet. — Tous les accidents généraux et locaux avaient cessé,
sauf l'existence d'une fistule inguinale, qui persista plus de trois mois
et dont on voit les traces encore aujoui*d'hui.
A partir de cette époque la malade ne fut plus soumise à mon exa-
men, j'ai donc dû me contenter des renseignements qu'elle a pu me
donner:
La suppuration, d*abord très-abondante, diminua peu à peu sous l'in-
floence des injections détersives faites méthodiquement, toutefois les
souffrances ne furant guère diminuées et Taffection sembla rester sta*
tionnaire jusqu'à la fin de l'année 1816.
En d^embre, cependant, apparut un nouvel érysipèle, assez bénin
d'ailleurs, localisé au membre malade et sans phénomènes fébriles
très-accusés.
En février 1877, la suppuration était assez diminuée pour que la
inaladepùt être pansée avec la glycérine ; le tube a drainage fut changé
eo mars et remplacé par un autre plus volumineux.
En avril, survinrent des accidents fébriles, un point de côté qui fut
traité par des applications de teinture d'iode. Le drain fut encore
changé en mai, l'état général devint meilleur; si bien qu*en juin 1877,
on permit à la malade de se lever et de marcher, ce qu'elle ne pouvait
f^re qu'avec l'appui d'un aide et au prix de douleurs assez vives
<laiis toute la cuisse droite.
La marche redevint impossible en juillet, et vers le 8 août les dou-
^ours forcèrent mademoiselle F... à garder le lit. A cette date, il se
Produisit une tuméfaction à la partie inférieure et externe de la cuisse
*u-dessous et en avant de l'orifice inférieur par où s*engage le drain.
^ette tuméfaction, qui disparaissait sous l'influence du repos, n'était
^Ufre qu'un abcès, qui fut ouvert le 2 octobre par notre collègue
^- Gillette.
Des accidents fébriles assez intenses suivirent cette opération ; puis
^^^ disparurent et Tincision resta fistuleuse.
^ Vers le !•' novembre 1877, le professeur Le Fort, qui reprit le ser^
>.ce, fit retirer le tube à drainage ; lia suppuration diminua, mais la
alade accusa de vives douleurs pendant une dizaine de jours.
âO novembre 1877. — Je vis la malade avec M* Le Fort : la cuisse
^ c*oite est plus volumineuse que celle du côté opposé; les deux ouvertures
^^r lesquelles passait le tube à drainage sont presque cicatrisées;
toutefois, un stylet introduit par l'ouverture inférieure pénètre obli-
quement en haut et en avant jusqu'à 20 centimètres de profondeur sans
^■tteindre un point osseux dénudé. Par l'ouverture supérieure, on
^^e pénètre qu'à quelques centimètres de profondeur. L'incisision faite
l^^M. Gillette au côté externe et inférieur de la cuisse est encore ou-
"^''erte et fournit du pus ; l'exploration avec le stylet permet de péné-
^>^ à 5 centimètres de profondeur jusque vers le fémur, sans qu'on
PQiase constater la moindre dénudation de cet os«
272 80CIBTB DE CHIRURGIE.
L'état général est assez bon, toutefois les douleurs empêchent li
marche et nécessitent encore le séjour au lit. C'est dans le but de fain
cesser ces douleurs persistantes, que le professeur Le Fort fit à plu-
sieurs reprises des ponctions avec un bistouri étroit, de façon i
pénétrer jusqu'au fémur et à pratiquer un débridement du périoste.
Depuis le l*'^ janvier 1878, mademoiselle F... se lève et marche un pea
à l'aide de béquilles ; la suppuration des deux ouvertures faites pour
placer le drain, et celle de la plaie faite avec le bistouri a diminué peu
à peu, si bien que depuis le 25 mars ces divers trajets fistuleux sont
<:icatrisés entièrement.
28 mars. — Je revis la malade : son état général est excellent,
elle a notablement engraissé depuis ces derniers temps ; toutes les fir
tules sont guéries, les tissus qui entourent le fémur sont un peu
indurés, et le volume de cet os nous a paru augmenté, surtout à sa par-
tie moyenne et inférieure. Le membre malade est un peu atrophié, il
n'est pas plus allongé que celui du côté opposé.
Mademoiselle F... marche avec des béquilles, toutefois elle traîne
la jambe, et se plaint encore de douleurs sourdes au niveau de la par-
tie moyenne du fémur droit, c'est-à-dire juste à Tendroit où s'est
développée primitivement cette singulière collection liquide.
Résumant ce fait en peu de mots, on voit que chez une personne
jeune, soumise à des fatigues exagérées et d'un tempérament un
peu lymphatique, il apparaît sans cause traumatique connue une
douleur profonde, persistante, avec exacerbations nocturnes, si^
gant à la région moyenne et postéro-externe de la cuisse droite.
Malgré un traitement assez énergique et Tapplicalion de nombreux
révulsifs , malgré les injections sous-cutanées de morphine ei
d*azotate d'argent, les douleurs persistent, et il apparaît une tumé-
faction profonde, d'abord mal circonscrite.
C'est après 20 mois de souffrances que mademoiselle F... entr&
à l'hôpital : je constate tout d*abord l'existence d'un petit abcès
sous-cutané, seul résultat des injections de nitrate d'argent; puis,
peu après, une tuméfaction profonde située vers le fémur et présen-
tant une fluctuation obscure.
La fluctuation devenant évidente et m'appuyant sur la durée da
mal, sur l'état général médiocre de la patiente, sur son âge, je
crus avoir affaire à un abcès symptomatique d'une lésion osseuse
(ostéite ou ostéo périoslite du fémur.)
Or, comme l'ai dit, loin de nous fournir du pus, la ponction
faite d'abord avec un bistouri, puis avec l'aspirateur, donna issue
à un liquide filant, légèrement rougeâtre, entièrement analo^e I
de la synovie.
Le diagnostic que j'avais formulé n'était donc pas exact, et cepeii'
dant je croyais toujours à une lésion primitive du fémur, ne pouvaa
expliquer autrement la persistance et la nature des douleurs, voifC
SÉANGB DU 10 AVRIL* 278
même le développement de la collection liquide que j'avais sous
les yeux, dans une région oii il n'existe normalement aucune
bourse séreuse et qui n'avait pas été soumise à un traumatisme
violent.
C'est alors que je pris connaissance du mémoire publié pai* Pon-
cet(de Lyon), dans la Gazette heddomadaire de 1874^, mémoire
intitulé De la périostite albumineuse.
Permettez-moi de vous rappeler en quelques mots les caractères
attribués par l'auteur, et plus particulièrement par le professeur
Ollier, à cette singulière maladie.
U peut se développer soit sous le périoste, soit dans l'épaisseur
même de cette membrane, d'ordinaire aux extrémités de la dia-
physe des os, chez les sujets jeunes, par conséquent en voie d'ac-
croissement, une collection liquide filante, visqueuse qui renferme
beaucoup d'albumine et peut se coaguler spontanément quand on
la laisse reposer dans un vase. Le liquide ainsi recueilli p;*ésente
souvent trois couches : une tout à fait inférieure, laquelle est cons-
tituée par des globules blancs et quelques globules rouges ; une
couche moyenne visqueuse, pouvant se coaguler spontanément ;
enfin une couche supérieure séreuse, renfermant souvent des glo-
bules huileux. Ajoutons que ce liquide, analysé par M. Kastus,
professeur de chimie à la Martinière, contiendrait une grande quan-
tité de phosphates calcaires.
La cause de cette variété de périostite, désignée par le professeur
Ollier sous le nom de périostite albumineuse, serait le froid ; aussi
6Q fait-il une affection d*origine rhumatismale, sans toutefois y trop
insister, puisqu'il en aurait observé un cas à la suite d'un trauma-
Usme.
Les symptômes diffèrent assez peu de ceux de la périostite ou
de l'ostéo-périostite, soit aiguë, soit chronique ; les phénomènes
douloureux, plus ou moins intenses, sont toujours exaspérés la
'^uit; enfin, dès que la collection liquide est formée les accidents
R^néraux se calment et plus tard on peut confondre la lésion soit
^ vec un abcès froid, soit avec une hydropisie articulaire, en raison
^^éme du développement de la tumeur vers les épiphyses.
Cette affection peut se terminer par résolution ou par suppura-
tion : dans «ce dernier cas, Texploration de la cavité faite avec un
^^ylet permet dans quelques cas de constater la dénudation de l'os
^^alade ; dans d'autres cas, celui-ci est constamment recouvert de
^>ourgeons charnus et la collection paraît alors s'être développée
^«ns l'épaisseur du périoste.
h n'insiste pas plus longtemps sur les caractères de la périos-
' Pages 188 et 179.
274 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIK.
tite albumineuse ; ceux que je viens de rappeler suittsent, selon mo
pour me faire croire que la malade soumise à mon observatic
était atteinte de cette affection encore peu connue. Telle fut aua
Topinion du professeur Dolbeau, auquel je fis part de mon dli
gnostic ultérieur.
Nous avions affaire en effet à un sujet jeune, de stature élevât
dont les os présentaient un développement notable ; il est vrai qv
l'affection parait 8*être développée primitivement sur le corps mèm
du fémur, et non au niveau de la jonction de Tépipbyse avec b
diaphyse de Tes. Mais une périostite ne peut-elle apparaître qu'aux
extrémités de la diaphyse ? Les faits cliniques prouvent le con-
traire.
Notre malade n'est pas rhumatisante, n*a pas été soumise au
froid, mais elle a été surmenée et présente les attributs du lym-
phatisme. Ce sont là, croyons-nous, des causes prédisposanief
dont il faut tenir compte ; d'ailleurs, M. Poucet, de Lyon, bi
suivre son travail de la relation d*une observation de périostiU
albumineuse chez un jeune sujet, manifestement scrofuleux.
Les phénomènes douloureux paraissent être longtemps le son
symptôme qui ait attiré l'attention des divers médecins appelés au
près de mademoiselle F..., si bien que tous ou presque ton
ont cru à une névralgie rhumatismale, voire même, m'a-t-elledit, i
une sciatique, bien que la douleur ait été toujours localisée à l
cuisse et n'ait pas présenté les irradiations caractéristiques de
névralgies.
Ce n'est qu'après 15 mois de souffrances que la malade codS'
tata une augmentation de volume de la cuisse malade; à cett
époque les phénomènes douloureux devinrent plus intenses et c'es
pour les calmer qu'on eut recours aux injections interstitielles d
nitrate d'argent. Y eut-il alors des accidents fébriles marqué
comme dans la périostite aiguë ? au contraire, l'affection suivil
elle une marche chronique ? Nous croyons, étant donnés les rensei
gnements fournis par mademoiselle F..., que l'afTection se déve
loppa lentement.
A son entrée à l'hôpital Beaujon, les accidents qui nous frappé
rent furent tout d'abord ceux du phlegmon sous-cutané, déteroiin
par l'injection de nitrate d'argent ; puis, cet abcès ouvert, et consta
tant une collection profonde de liquide sans douleurs vives à la près
sion, sans réaction générale accentuée, nous crûmes à une léeio
osseuse ancienne primitive, ce qui expliquait les douleurs, et à un
collection purulente consécutive.
Je n'ai plus besoin d'insister sur les caractères du li€[uide qu
je recueillis par la ponction et qui fut examiné par MM. Guble
et Raymond. Ce liquide est absolument analogue, sinon mêm*
SÉANCB DU 10 AVRIL. 975
identique à celui que, d'après M. le professeur Ollier, M. Poucet
décrit dans son mémoire : dépôt de leucocytes et de globules
rouges; liquide très-albumineux, riche en phosphates, se coagu-
lant par la chaleur; seuls les globules huileux de la surface font
défaut. Mais, au dire de M. Ollier, ceux-ci n'apparaissent que lors-
qu'il existe de Tostéo-périostite et ils viennent des espaces mé-
dullaires de l'os; ils peuvent manquer quand il n*y a que de la
périostite.
Or, chez notre jeune malade, nous n'avons jamais pu découvrir
un point osseux à nu, et les fistules se sont fermées sanâ que la
moindre parcelle osseuse ait été éliminée avec le pus. Le. périoste
seul était donc enflammé, et la lésion siégeait peut-être plus parti-
culièreraent dans les couches externes de c^tte membrane.
Un fait curieux à noter, c'est que le développement du petit
ttJocès sous-cutané, et surtout les deux ponctions faites l'une avec
lo bistouri, l'autre avec l'aspirateur Dieulafoy, paraissent avoir
<)cnné une sorte de coup de fouet à la marche de la lésion, car le
li€]uide se reproduisit vite, en plus grande quantité, et la poche
l>seudo-kystique s'accrut notablement en quelques jours.
Remarquons encore qu'à un moment donné, la cavité de l'abcès
scQg-cutané a dû communiquer avec la collection profonde,
puisqu'on explorant la région et en recherchant la fiuctuation, je
fis sortir par l'ouverture de cet abcès un peu de liquide filant et
visqueux, identique à celui que je recueillis quelques jours plus
^rd par la ponction.
Enfin, un caractère se trouve noté en plus dans le liquide que
nous avons obtenu, c'est la présence du sucre. Il n'est pas besoin
de dire que les urines de la malade n'en contenaient pas.
D'après le professeur Ollier, le liquide albumineux résultant soit
^^ la périostite, soit de l'ostéo-périostite dite albumineuse, pour-
rait être observé dans d'autres affections des os et en particulier
dans l'ostéite chronique. Ce fait nous semble d'autant plus exact,
'{ue nous avons pu le constater sur un malade du même service.
Il s'agissait d*un adulte, ayant une fracture ouverte de l'humé-
es gauche ; pendant longtemps, une suppuration abondante se
produisit au niveau des deux fragments ; mais lorsque l'état local
devint meilleur, que les phénomènes inflammatoires furent moins
accusés, il s'écoulait par la plaie un liquide visqueux, filant, légè-
^ment ambré, analogue à celui que nous avions aspiré chez notre
jeune malade. Ce fait nous avait tellement frappé que nous en
Tunes la remarque aux élèves qui suivaient le service. Malheureu-
^^ent ce liquide ne fut pas examiné au microscope ni soumis à
une analyse chimique.
U diagnostic de raffection qui nous occupe nous paraît plus
276 SOGlétâ DE GHIRUROIB.
facile quand la lésion siège au niveau de la diaphyse des os que
lorsqu'elle se développe vers les épiphyses. Dans ce dernier cas,
en effet, on a pu croire à une hydropisie générale ou partielle
d'une articulation , ou .bien encore à un épanchement dans les
gaines synoviales voisines.
Chez notre malade, le siège même de la collection empêchait
toute confusion possible avec une lésion articulaire, il n'existait
pas à ce niveau de gaine synoviale, enfin, la profondeur de la
tuméfaction, sa large base ne pouvaient faire penser qu'à une
lésion osseuse. Seule, la ponction peut alors faire reconnaître la
nature ou plutôt la variété de la périostite.
Quant au traitement, le professeur Ollier conseille les révulsifs
et l'immobilisation ; grâce à cetle méthode, l'affection pourrait
rétrograder. Or, chez notre malade, malgré des révulsifs nom*
breux (15 vésicatoires volants) et le repos au lit, la maladie suivit
son cours, tout en affectant une marche chronique, jusqu'au mo**
ment où mademoiselle F... fut soumise à notre observation*
En présence de l'augmentation rapide de la collection albumineu^^
et des douleurs vives qui en résultaient, je me crus autorisé *
donner issue au liquide et à faire suppurer la cavité kystique.
Des accidents multiples vinrent entraver la marche vers la guéi
rison, accidents imputables les uns au milieu hospitalier, led
autres à l'affection elle-même, qui paraît avoir une durée foc
longue.
Aujourd'hui, la malade est guérie en ce sens que les fistule:
sont fermées , mais elle souffre toujours , le fémur est encor*
tuméfié, douloureux, et il se peut que des abcès ultérieurs se pra
duisent, qu'il en résulte des fistules, que même une petite porUa
d'os soit éliminée par la suite. Telle a été en effet la marcb
d'une de ces périostites, dans un cas rapporté par M. Poncet.
Le pronostic doit donc toujours être réservé, surtout au poia
de vue de la durée du mal , comme d'ailleurs dans toutes la
affections des os ou de leurs annexes.
M. Lannelongub. — Les deux faits que je vais communiquer*
la Société sont très-concluants et ont d'ailleurs l'un avec l'aut-
une certaine analogie. Tous les deux en effet sont des exempt,
de cavités développées sur le corps des os longs sans avoir aucv
rapport avec les extrémités épiphysaires ou apophysaires de es
os ; ils en sont donc indépendants, et, à ce point de vue, on
saurait les rattacher à la croissance ou au développement de V^
L'une de ces deux observations a un intérêt d'autant plus consid
rable que, le malade ayant dû subir l'amputation de la cuisse, ^
pu disséquer avec soin le kyste du tibia et reconnaitre : qu'il ^
parfaitement indépendant de la surface de l'os, qui est intacfe
SéANCB DU 10 AVRIL. 277
qu'3 ne se rattache qu*au périoste, à la face externe de celui-ci
simplement ; Texamen histologique de la paroi est confirmatif de
l'examen par la dissection. La seconde observation a d'ailleurs
avec la première la plus grande analogie. Je me suis servi à des-
sein du mot kyste, qui me paraît l'expression la mieux appropriée
ârétat de ces tumeurs. Tout justifie en effet cette qualification,
dfl|Hii8 la constitution de la poche jusqu'aux qualités du liquide
eoDtenu. M. OUier a, dans ces dernières amiées, signalé sous le
nom de périostite albu mineuse une affection encore assez obscure,
parce qu'il n'avait pas eu l'occasion sans doute d'en faire l'anato-
oie pathologique.
La seule observation qu'en donne M. Poncet, qui a publié les
dées de M. Ollier à ce sujet, est assez obscure sur le siège et le
tant de départ du liquide albumineux ; et, à ce point de vue, on
Bni la rapprocher du fait très-intéressant de M. Terrier. Aussi ne
iiis-je pas édifié sur le vrai mécanisme de la périostite albumi-
suae de M. OUier.
Mes deux observations ont encore un intérêt tout spécial. Les
aux sujets sont deux scrofuleux ayant l'un et l'autre une tumeur
Laoche de l'articulation la plus voisine, sans qu'il y ait eu propa-
Btton inflammatoire de la tumeur blanche au kyste. Est-ce à dire,
lalgré cette absence de continuité de lésions, qu'il n'y ait aucun
ipport? Je suis loin d'être aussi affirmatif. Il a pu se développer
es actes irritatifs sans intensité manifeste, et pourtant suffisants
our amener une modification pathologique. Est-on autorisé à
•lacer dans le système lymphatique le transport de cette irritation ?
da est possible, mais est aussi sans preuves. Enfin, l'hypothèse
*un kyste néogène est encore soutenable, et peut-être n'est-ce la
[n'un premier degré d'un état qui doit se transformer par la suite
to abcès froid. Toutes ces hypothèses peuvent être défendues.
Qbs. I. — Le nommé Lavaux (Eugène), âgé de 1 ans, entre à Thôpital
■iate-Eugénie, salle Saint-Napoléon, n» 8, le 7 avril 1877. Il est
teint d'une tumeur blanche du genou droit, qui remonte à 15 mois
iviron. Elle débuta à cette époque sans motif apparent, et elle pro-
^QfiBa assez vite. La marche fut interrompue trois mois après le début
Ine façon définitive. Le père de cet enfant est mort tuberculeux
lui-même est un petit être assez chétif, portant au cou plusieurs
iatrices déprimées qui indiquent une suppuration d*assez longue durée.
à effet, vers l'âge de 16 mois, à la suite de croûtes d'eczéma, il eut les
mglions lymphatiques du cou très-dôveloppés , et puis plusieurs
pparèrent. A 3 ans, cet enfant prit la coqueluche, qui le tint fort
Q^mps. Enfin, à 5 ans, il contracta la rougeole. A son entrée à
lôpital, nous constatons plusieurs lésions : 1^ une tumeur blanche
A genou droit avec flexion à angle droit de la jambe sur la cuisse
l'oa ne peut pas redresser. Le cul-de-sao de la synoviale au-dessus de
BULL. BT MKM. DE LA SOC. DE CHIR. 10
278 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
la rotule et de chaque côté du ligament rotuliea est i*einpli de fon-
gosités mollasses, prêtes à suppurer, en bas principalement. Le yoloim
du tibia paraît accru, à la pression il est douloureux au niveau de
rattache des ligaments latéraux. La cuisse est très-amaigrie.
'^^ Dans le tiers supérieur de la jambe droite existe en arrière sur la
ligne médiane une collection réductible. En pressant sur cette tumeur,
dont le volume est celui d'une pomme d'api, on refoule le liquide
dans le creux poplité et on produit une crépitation due, sans nul doute,
à la vibration des bords de l'orifice de communication. Cette colleeUoii
est probablement symptomalique d*une lésion du tibia à sa ptriifl
postérieure et inférieure, très-près de l'articulation. Elle se rattache
en tout cas au même ordre de lésions que celles qui existent dans k
genou ; on pourrait pourtant se demander si cette collection n*a paf
pour origine une adénite poplitée provoquée par^Farthrite.
3° Sur la face interne du tibia, à deux travers de doigt de l'épiphyse
existe une seconde tumeur indépendante de la précédente, dont ell
est séparée par le muscle postérieur de la jambe. Cette second
tumeur a le volume d'une grosse noix, elle est franchement fluctnaal
et élastique ; la peau qui la recouvre n'a pas changé de couleur et n!
aucune adhérence avec elle ; elle adhère par contre à l'os ou au moic
au périoste, et cette dernière membrane est annulairement indurée
l'insertion de la tumeur sur elle.
N'ayant fait aucune difficulté pour admettre un abcès froid, j*i
piqué cette tumeur afin de reconnaître les qualités du liquide, a
à mon étonnement, il est sorti un liquide clair, de couleur citrim
sans mélange de grumeaux. Ce liquide, mis en contact avec du papli
blanc, ne le tache pas comme ferait un corps gras. Il n'est pas fiUu
et en masse il prend une teinte un peu louche. Examiné au microi
cope, il renferme des leucocythes assez nombreux, quelques globuli
rouges et quelques fines granulations. Pas de gouttelettes graisseuso
Chauffé, il présentait un coagulum assez volumineux.
Quelle interprétation pouvait-on donner de cette collection ? C'est
question que je posais alors et que j'essayais de résoudre ainsi. 1
tumeur a la plus grande analogie par son liquide contenu et par I
circonstances tirées de ses rapports avec les kystes, et j'admettrfl
volontiers l'idée d'un kyste du périoste. Ce kyste est il développé à
face interne ou externe de cette membrane? je ne puis le dire, necoi
naissant pas ses rapports avec ces parties. Une autre interprétatL
serait peut-être celle-ci : sous l'influence d^une irritation de voisina^
ou sous celle d'une cause générale strummeuse, il s'est produit 41
fongosités périostales , au centre desquelles se trouve une ca^
kystique. J'ai au surplus quelquefois constaté des cavités analogc:
dans les fongosités des ganglions lymphatiques ou périarticulair*
Les lésions du genou amenant un amaigrissemement de plus en pi
profond, la question de l'amputation de cuisse se présenta comme i^
nécessité à laquelle on ne pouvait faillir sans exposer la vie du jg»
lade. Elle l'ut pratiquée le 2 mai.
Le membre enlevé, il me fut facile d'examiner tout à loisir les rm]
8ÂANGC OU 10 AVRIL. 219
1
ports de la coUeetion avec Tos. Après l*avoir incisé crudaiement, il fut
fieile de reconnatire qu'elle n'avait rien de commun avec la peau, elle
partait du périoste qui formait sa paroi profonde. Cette membrane,
isoléd de Tes à quelque distance de la tumeur, ne révélait aucun
hypérostose, et, lorsque les lambeaux de périoste relevés et disséqués
arrivèrent sous la collection, tout fut trouvé normal. Pas de dépres-
sion osseuse, pas d*ostéite, pas d'hypérostose. La paroi du kyste se
compose d'une membrane dont la face interne est rouge, tomenteuse,
très-vasculaire ; des crêtes comparables en petit à celle de la face
interne de l'intestin grêle la sillonnent, et, quand on détacbe une de
ces crêtes, on n'arrive pas sur l'os, mais il reste encore une mince
coQche de périoste adhérent comme de coutume.
L'examen histologique de cette paroi a été fait par M. Déjerine, du
laboratoire de M. Vulpian. M. Déjerine nous a confirmé que le pé-
rioste a la môme texture qne dans les parties voisines, plus aminci
seulement. Le genou présentait les lésions ordinaires des tumeurs
blanches ; je crois inutile de rendre cette observation plus longue ;
je dirai seulement que le jeune amputé a succombé.
(^8. II. — Tumeur blanche du coude droit, — Kyste du périoste du
corps du cubitus.
Emestine Roy, âgée de 3 ans, entre dans la salle Sainte-Eugénie,
le 4 avril 1878, avec une tumeur blanche du coude droit, datant d'un
^n environ, d'après la mère. Elle est caractérisée par les symptômes
habituels de la tumeur blanche, et il y a de plus des mouvements de
latéralité et une crépitation osseuse due au frottement des surfaces
dégarnies de cartil.nge. En même temps, au-dessous du coude, sur le
trajet du cubitus, au-dessous de l'olécrâne, environ à un travers de
^oigt, existe une tumeur tout à fait isolée, circonscrite, adhérente au
cubitus ; la peau glisse au-dessus d'elle ; elle est fluctuante. Est-ce un
^cès ossifluent, ou un abcès du périoste simplement? J'en ai fait
l'oaverture et, à mon grand étonnement, il est sorti un liquide jau-
x^tre, fluide, n'étant pas du pus, et ce liquide est renfermé dans une
<^vité limitée par une membrane molle, fongueuse, reposant sur le
périoste, que j'ai examiné à différentes reprises après plusieurs lavages
^la poche étant largement ouverte. Nulle part on ne découvre un
point du cubitus dénudé, et cet os n'est nullement gonflé au niveau de
h poche. Enfin, au-dessus comme au-dessous de la poche, les parties
Voisines sont parfaitement saines. Cette tumeur remonte à deux mois
^i^viron. On peut appliquer à ce fait les réflexions de ma première
observation.
Renseignements» — La mère jouit de la plus brillante santé, le
Père est également très-fort. La grand'mère maternelle vit encore,
l^ grand-père est mort vers 80 ans. Les grands-parents paternels
^onl morts, l'un à 85 et l'autre à 82 ans. La mère a eu 3 enfants
^t, sauf celle-ci, ils se portent bien. Celle-ci a joui d'une bonne
santé pendant son allaitement. A un an elle fut vaccinée et quelques
StSO SOCIKTÉ DE cHinimoïK.
jours après elle eut la rougeole. Après cela, elle eut un écoule-
ment par les oreilles pendant deux mois et un mal d'yeux qui eut
une plus courte durée.
Un peu plus tard, elle fut prise d'un spina-ventosa de la première
phalange du quatrième doigt et, presque au même moment, d'an
gonflement du coude. C'est une enfant blonde qui paraît assea
vigoureuse pour son âge et qui ne porte pas de glandes au cou.
M. Gillette. J'ai soigné la malade dont vient de nous parle
M. Terrier, et j'avais diagnostiqué un phlegmon chronique
J*ignorais complètement les détails sur la nature albumineuse d
liquide qui avait été recueilli par la ponction* Lorsque je pris 1
service, le gonflement avait presque complètement disparu, mai
la pression faisait éprouver de violentes douleurs et je crus à à
l'ostéite. Il survint de l'œdème, une fausse fluctuation ; je fis uc
large incision : il ne s'écoula ni pus ni liquide albumineux, et il oc
fut impossible de parvenir jusqu'à l'os.
M. Terrier. Le siège de la lésion, pour M. Ollier, est €
dehors du périoste ; mais, comme il pense qu'il y a là un fait d'irr
tation, il vaut peut-être mieux considérer cette lésion comme ui
périostite que comme un kyste.
M. Lânnelongue. Je préfère le nom de kyste à celui de p
riostite, qui entraîne toujours Tidée d*infiltration plastique et mêin
de suppuration et non de collection.
M. Verneuil. Je ne veux pas entrer dans la discussion, ma
je tiens à constater combien les noms que Ton veut donner à c^'
affection sont peu mérités.
11 est difficile d'accepter le nom de périostite, car on ne trou
pas les signes de cette affection ; quant à Tépithète d'albumineai
je ne crois pas que cela avance beaucoup, car presque tous
liquides de l'économie se coagulent à la chaleur, et la coagulati
spontanée du liquide ne peut s'expliquer que par la présence de
fibrine. Quant au nom de kyste, je ne vois pas d'après quel cart
tère on rangerait cette collection liquide dans la classe des kysC
M. FoRGET. Je serais disposé à classer cette affection Ai
ee que Velpeau appelait des cavités closes accidentelles. C^
dénomination a le grand avantage de ne rien préjuger.
Élection.
Sont nommés membres de la commission pour l'examen c
SÉANCE DU 17 AVRIL. 281
titres des candidats à une place de membre titulaire : MM. Fara-
boeuf, Marjolin, Lucas-Championnière.
La séance est levée à 5 heures 20.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
Séance dn 17 avril 1878.
Présidence de M. le D' P. Guyon.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
C!orrespondanee.
La correspondance comprend :
1' Les journaux périodiques de la semaine, les Archives de
ntédecioe navale^ les Annales de gynécologie, le fascicule des
Bulleliûs et Mémoires de la Société de chirurgie, la Revue des
sciences médicales;
2* Le Bordeaux médical^ le Bulletin médical du Nord^ la Ga^
'ctte médicale de Bordeaux^ Y Alger médical^ le Sud médical^
^'Avenir médical du Nord de la France^ le Lyon médical;
8» Du traitement névro-dynamique dans certaines maladies des
yeux, par le D'' Ghapman, les Transactions du congrès médical
international de Philadelphie, Centralblatt fur chirurges, VEn^
cyclopédie médico-pharmaceutique de Barcelone, The British
aiedical journal, la Gazette de santé militaire de Madrid, la Ga-
^tle médicale italienne-lombarde ;
4* Emploi des anesthésiques pendant Faccouchement natuivl,
par le D' Hachant ;
5* Traité de la lymphangite endémique des pays chauds, par le
^ Hazaé Âzéma.
M. le président annonce que M. le D*" Houzé de TAunoilt, de
Mlle, assiste à la séance.
Rapport.
M. TiLLAUx. Vous avez reçu de M. Gross, professeur agrégé à
^^ faculté de Nancy, une note intitulée : Contribution à Fhistoire
^^ tumeurs sarcomateuses de la main, dont vous m'avez chargé
de Vous rendre compte.
282 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIK.
Les tumeurs solides de ta paume de la main sont rares, oi
trouve cependant des observations de lipomes, d'enchondromes
mais très-exceptionnellement de sarcomes, et, surtout, un sar
come myéloplaxe, sarcome myéloide de Ranvier, tumeur myéloïd
de Paget, sarcome giganto-cellulaire de Virchow.
D'après les dernières recherches, il semblait que ce genre d
sarcome devait se développer près des os, robservalion d
M. Gross prouve qu'il peut se développer dans le tissu cellulair
sous-cutané.
Il s'agit d*une jeune fille de 17 ans, portant une tumeur a
niveau de la racine de l'indicateur gauche ; cette tumeur éta
formée de deux parties ; une sous-cutanée, au-dessous de l'art
culation métacarpo-phalangienne ; la seconde, située plus profot
dément, est recouverte par l'aponévrose.
Hésitant entre un lipome et un sarcome, M. Gross fit une pont
tion explorative, qui lui fit ramener quelques parcelles de
tumeur et lui permit de diagnostiquer un sarcome.
L'opération fut très-simple, M. Gross incisa l'aponévrose etp
énucléer la tumeur sans la moindre difficulté.
Les suites de l'opération furent d'abord simples aussi ; maiS|
quatrième jour, M. Gross vit apparaître un bourgeonnement ini
lite : craignant une récidive, il fit une ligature qui entraîna la chi
des bourgeons ; mais, peu de jours après, nouvelle poussée
bourgeons, qui fut détruite par Tapplication de pâte de Ganquo
Trois fois la repullulation se produisit, et trois fois on eut recoi
à la pâte de Canquoin dont l'effet fut souverain.
Un an et demi après l'opération, la guérison était complète.
L'observation de M. Gross est exceptionnelle, elle est suivie
réflexions intéressantes et elle est très-bien prise ; aussi, je vc
propose :
1® D'adresser des remercîments à M. Gross ;
2*" De publier, dans nos bulletins, la note qu'il vous a adress(
DiscussioD,
M. Verneuil. La repullulation qui s'est produite chez le mail
de M. Gross ne me surprend en aucune façon ; ce fait est fréqu
lorsqu'on enlève par énucléation les tumeurs dites bénignes.
Lorsqu'on étudie la disposition que présente une tumeur fib
plastique, on constate qu'elle se trouve dans une loge cellulei
qui forme une bourse séreuse â la périphérie. Cette disposât
permet de les énucléer avec une très-grande facilité, mais, la
qu'on examine le kyste qui les enveloppe, on constate que
8BANGB DU 17 AVRIL. 288
^ç kfste est garni de fibres tout à fait analogues à celles de la tumeur,
ittij et c'est cette poche qui donne des récidives.
12 2| Il y a longtemps que, dans mon enseignement clinique, j'ai
iflsisté sur la nécessité, pour les fibromes du sein, de tailler en
plein tissu sain, d'enlever ce que j'appelle la zone suspecte. Je
^'l n'ai jamais écrit ce précepte, mais je le crois important, et je pro-
*| file de Tobservation de M. Gross pour conseiller de ne jamais
énucléer les tumeurs fibroplastiques.
J'ai remis à M. Houël une tumeur fibreuse du doigt enlevée
sur un enfant de 4 mois. La tumeur se composait de trois lobes,
formant chapelet dans la gaine des fiéckisseurs. J'ai amputé le
doi^ et réséqué la tête du métacarpien, craignant une récidive.
L'enfant a guéri en 20 jours.
M. Desprks. Nous sommes habitués à considérer les tumeurs à
myéloplaxes comme se développant dans les os, et le fait de
M. Gross devrait être considéré comme tout à fait exceptionnel.
Aussi je crois que l'on est en droit d'émettre quelques doutes sur
ce diagnostic, car on sait que les fongosités qui se développent
dans les gaines synoviales contiennent des cellules gigantesques.
En outre, admettant même que ce diagnostic ne soit pas douteux
et que la tumeur soit bien une tumeur à myéloplaxes, on peut se
demander si elle ne tenait pas à l'os, et je ne serais pas étonné
que le bourgeonnement constaté peu de jours après l'opération
^t eu pour point de départ le pédicule adhérent à l'os.
Je partage entièrement Topinion de M. Verneuil sur la nécessité
d'enlever largement les tumeurs bénignes de la mamelle. Une
lumeur flbroplastique du sein, que j'ai enlevée il y 3 ans, ne pré-
sente pas de récidives. Pour les autres parties du corps, je crois
<)u'il n*est pas indispensable d'enlever beaucoup de tissu sain,
^auf sur les os, qu'il faut ruginer.
H. TiLLAUx. Je crois qu'il était difficile, dans le cas présent, de
^aire autre chose que l'énucléation : car, pour aller au delà du mal,
U aurait fallu attaquer des régions où Ton aurait rencontré l'ar-
^^de palmaire.
L'objection de M. Desprès ne me paraît pas fondée. La tumeur
^*était pas fongueuse, elle était située en dehors de la gnîne,
puisque, après l'énucléation, on a vu le tendon recouvert par pne
^ioce toile celluleuse. La tumeur ne tenait ni à l'os ni à la gaine :
^^, une fois enlevée, on voyait qu'elle était parfaitement limitée
^0 toute part, et, s'il y avait eu un pédicule, on aurait certaine-
ment vu un point indiquant la section du pédicule.
Dans le cas de M. Notta, il a fallu aller jusqu'à l'os ; dans celui
28 i 80(.:iÉTÉ DE CHIUURGIK.
de M. Gross, il y avait un prolongement aponévrotique avec i
petit pédicule, formé par une petite artériole.
En lisant avec soin la description méticuleuse que M. Gross
donnée de la tumeur, il faut admettre qu'elle était indépendante d
os et de la gaîne des tendons. C'est cette particularité, forçant
admettre que le point de départ a eu lieu dans le tissu cellulai
sous-cutané, qui rend cette observation très-intéressante.
M. Verneuil. Je n'ai pas voulu critiquer le manuel opératoi
suivi par M. Gross, j'ai voulu mettre en évidence la nécessité i
se comporter avec une tumeur bénigne comme avec une tume
maligne ; c'est-à-dire admettre, autour des tumeurs bénigne
une zone suspecte, au delà de laquelle il faut porter l'instrume
tranchant.
Les conclusions du rapporteur sont mises aux voix et adoptée
Gontribntion à l'histoire des tumeurs sarcomateuses des parties mol
de la paume de la main,
Par le D' Gross, professeur agrégé à la faculté de médecine de Nancy
La grande rareté des tumeurs solides développées dans
parties molles de la paume de la main et la récente communicati
de M. Notta, de Lisieux, m'ont engagé à présenter à la Société
chirurgie l'histoire clinique d'une tumeur sarcomateuse d'aut
plus intéressante qu'elle appartient à une variété de ce genre
néoplasmes, qui a été à peine signalée, dans la paume de la ma
Voici mon observation :
Tumeur sarcomateuse myéloîde de la paume de la main gauche.
EsLtirpation. — Guérison.
Le 24 septembre 1876, mademoiselle Marie G..., de Plombic
(Vosges], âgée de 17 ans, se présente à mon service à l'hôpital Sa
Léon, de Nancy, de la part de M. le professeur Herrgott, auquel
a été adressée par MM. les £K* Grillot et Liétard, de Plombières.
Mademoiselle Marie G... vint me consulter pour une tumeur qu'
portait à la main gauche et dont le début remontait à environ 2 ac
Depuis ce temps, cette tumeur grossit, lentement il est vrai, n
progressivement. Elle est située dans la paume de la main (Vo/r flg
sur une ligne qui, partant du milieu du poignet, irait rejoût
l'articulation métaoarpo-phalangienne du doigt indicateur.
La tumeur est sou^ -cutanée. Elle offre sa dimension maxima d
la direction de la ligne susindiquée. Elle est lobulée et divisée
un sillon transversal profond en deux parties bien distinctes. La ]
volumineuse des deux est située au devant de l'articulation métacai
phalangienne, et la dépasse vers l'extrémité du membre de 1 ce
mètre 1/2 environ, pour s'arrêter exactement au niveau du pli palm
SiAnCS DU n AVRIL.
S86 SOCIETE DI GHIRUROn.
de la racine du doigt. En dedans, elle s'étend jusqu'au niveau du bord
radial du troisième métacarpien. Cette première portion de la tumeoi
est régulièrement ovoïde et présente à peu près le volume d'une noix.
Elle mesure 3 centimètres en longueur et 2 centimètres en largeur.
Sa consistance est ferme et présente un certain degré d'élasticité. H
n'y a pas de fluctuation.
La tumeur est parfaitement mobile et ne tient pas au squelette deli
région.
La seconde partie de la tumeur s'étend vers le centre de la ptuoM
de la main ; elle semble située plus profondément et surtout se déli-
mite moins faoilement que la première. Sa forme est allongée {Voii
fi g. 2). Son extrémité contiguê à la première partie est large et se-
parée de cette dernière par un sillon transversal profond, légèremen
concave vers le doigt indicateur. Vers la paume, la tumeur diminu
progressivement et semble se terminer à la hauteur de Tarcade pal
maire superficielle. Cette deuxième partie de la tumeur a enviro
1 centimètre 1 /^ de largeur à sa base et mesure 2 centimètres de lof
gueur. Elle est légèrement lobulée et offre la même consistance fera
et élastique que la première. Elle est moins mobile que celle-ci, toi
tefois on reconnaît aisément qu'elle n'a aucune connexion avec 1
métacarpiens.
Les doux lobes de la tumeur sont parfaitement indolores, môme à
pression, et ne présentent aucun signe ni de fluctuation ni de crépil
tion.
La malade fléchit et étend facilement son doigt indicateur ; le m(P
vement de flexion ne peut se faire totalement à cause de la partie
la tumeur qui empiète sur la région de la première phalange. A 1'^
de repos, Tindex se trouve dans l'extension comme les autres doig
de la main.
Diagnostic, ^ Une première question à élucider est celle du si^
de la tumeur. D'une part, celle-ci est évidemment sous-cutanée;
peau est facilement déplacée au-devant d'elle. D'autre pnrt, la tum^
est située au-devant des tendons fléchisseurs et indépendante d'9i
En fixant la tumeur entre les doigts et en recommandant à la mali
d'exécuter des mouvements de flexion et d'extension du doigt in*
cateur, il est facile de s'assurer que la tumeur n'est pas entraînée f
les mouvements des tendons. Le néoplasme ne peut donc être 9Îti
que dans le tissu de l'aponévrose palmaire ou bien dans le Mai
cellulo-graisseux sous-aponévrotique de la région. Peut-il dépendt
d'une gaine tendineuse ? Non, car la gaîne des fléchisseurs n'exisl
pas à l'endroit où siège la tumeur. Vu la rareté des tumeurs dévelo]
pées dans un tissu aussi dense que celui de l'aponévrose palmair
nous admettions plus volontiers une tumeur ayant pris naissam
dans le tissu cellulo-graisseux sous-aponévrotique.
La nature du néoplasme était importante à connaître, principtl
ment à cause du pronostic. Or, la tumeur présentait tous les sign
d'une tumeur solide. Elle ne tenait pas au métacarpien; nous pouvio
donc exclure l'ostéome et même jusqu'à un certain point rencho
SiANGE OU 11 AVRIL. 287
drome. Elle ne siégeait pas dans la peau, il ne pouvait être question
d'an genre de tumeur spécial aux téguments. Les résultats de la pal-
ptlion, Tabsence du bruit de crépilation, rimmobilité de la tumeur
pendant les mouvements du doigt, et enfin l'absence de gatne tendi-
nease à Tendroit où siégeait la tumeur, nous autorisaient à rejeter
['idée d'un kyste synovial tendineux. Nous n'avions donc plus qu'à
Ehoisir entre le lipome et les différentes variétés du sarcome. La
fome'lobulée et la consistance rappelaient assez bien les caractères
du lipome ; toutefois, cette dernière était un peu trop dure pour per-
mettre de conclure sans hésitation à une tumeur graisseuse. Pour
écliirer le diagnostic, j'ai pratiqué une ponction exploratrice avec le
Iroeart Kuss. La petite parcelle de tissu néoplasique ramenée par
Hnstrament, examinée sous le microscope, était uniquement formée
perdes cellules petites, globuleuses, telles qu^on les trouve dans le
etrcome globo-cellulaire ou tumeur erabryoplastique. La tumeur était
donc on sarcome.
Cet examen pratiqué, j'eus quelque hésitation, car les tumeurs sar-
comateuses ne sont pas toujours très-faciles à extirper, tant à cause
do la fréquence de leur connexion avec des organes importants, tels
ipM vaisseaux, nerfs, gaines tendineuses, etc., qu'à cause des prolon-
gements plus ou moins irréguliers qu'elles peuvent offrir. Ces consi-
dérations ne devaient pas m*arrôter et je résolus d'entreprendre
^extirpation du néoplasme.
Opération, — Le 3 octobre^ ropération est pratiquée, en présence
de M. le D' Roussel et avec l'aide de MM. Heoé, Guyot, internes, et
dee aatres élèves du service.
La malade est chloroformée et l'appareil d'Esmarch appliqué. Je
pratique dans le sens de la longueur de la tumeur uue incision de
6 centimètres qui s'arrête à la hauteur de l'arcade palmaire superfi-
cielle : l'incision comprend la peau, le tissu graisseux sous-cutané ;
j'incise ensuite une bride aponévrotique assez résistante, qui étranglait
^ tameur par son milieu en la divisant en deux lobes, et un mince
feuillet fibreux qui lui faisait suite. Cela fait, la tumeur est facilement
^Qdéée partout, excepté à son extrémité supérieure qui plonge vers
^centre de la paume. Cette extrémité adhère assez fortement vers la
^fondeur par une sorte de petit pédicule dans lequel on reconnaît
ornent un rameau vasculaire d'une certaine importance. Une liga-
K^e est placée sur ce point et je sépare la tumeur.
Sans le fond de la plaie apparaît le tendon fléchisseur, recouvert
'une mince toile cellulaire.
Après l'enlèvement de la bande d'Esmarch, une petite hémorrhagie
^ nappe se produit, mais est rapidement arrêtée par une compression
^C^re pratiquée sur la plaie avec une éponge fine trempée dans l'eau
^Qide et bien exprimée.
Je no fais aucun pansement ; je me contente d'appliquer sur la plaie,
'Ont les lèvres sont à peu près en contact, uue compresse froide.
^opérée est reportée dans son lit, et la main placée sur un coussin
'^vé et dans l'immobilité.
^88 SOaÉTÉ DE CHIRURGIE.
Examen de la tumeur, — La tumeur enlevée pèse 9 grammes; elle
mesure 48 millimètres de long; le diamètre transversal a 10 milli-
mètres à Textrémité supérieure de la tumeur, 17 millimètres à son extré<
mité inférieure ou digitale et 20 millimètres à sa partie moyenne. Li
surface antérieure ou superficielle (voir Hg. 2) est convexe et nette-
ment divisée par un sillon transversal en une partie antérieure ploc
petite et une partie postérieure plus large et plus longue. Ce siUoi
se trouve à 20 millimètres de l'extrémité antérieure de la tumeur é
à 28 millimètres de son extrémité postérieure. Le lobule antérieu
présente une surface assez régulièrement arrondie ; le lobule posté*
rieur présente un certain nombre de dépressions et de bosselures.
La face profonde de la tumeur (voir fig. 3) présente une dépressioi
longitudinale très-visible, large, mais peu profonde, dans laqadll
étaient logés les tendons fléchisseurs de Tindex. Son bord interc
présente à peu près en son milieu un mamelon assez marqué; sfi
bord externe porte un certain nombre d'inégalités. La face inférieur
dans toute son étendue, se montre composée d'une série de petî
lobules du volume d'un pois tout au plus, serrés et pressés les VJ
contre les autres, mais faciles à isoler, et séparés par de mine
lamelles de tissu connectif.
La tumeur est parfaitement intacte, bien délimitée de toutes part
elle a donc été extirpée dans sa totalité.
L'analyse histologique faite à Tétat frais ainsi que sur une portl
de tumeur durcie dans Tacide chromiquo nous a appris que le né
plasme était composé de faisceaux, de cellules fibroplastiques g
séparent des nids de cellules globuleuses. Mêlées à ces dernièri
elles se rencontrent sur un certain nombre de cellules volumineuse
à forme irrégulièrement polygonale, renfermant de 1 à 5 et 6 noya
parfaitement reconnaissables. Ces éléments sont des myéloplax.
La tumeur extirpée est donc un sarcome à myéloplaxes, sarco
myéloïde (Ranvier), tumeur myéloïde (Paget-Michel), tumeur à myô
plaxes (Robin, Broca), sarcome giganto-cellulaire (Virchow, Ria
fleisch). La texture du néoplasme nous montre en outre que n^
avons affaire à un sarcome fascicule (Ranvier), tumeur à cellu
fibroplastiques (Lebert, Rofbin), sarcome fisto-cellulaire (Rindfleisc
Dans son ensemble» le néoplasme nous rappelle absolument la comf
sition de certaines épulis.
La tumeur renferme un assez grand nombre de vaisseaux à paro
minces, constituées par une substance en apparence amorphe, rei
fermant sans doute par-ci par-là quelques éléments nucléaires. Pi
place, ces vaisseaux deviennent plus nombreux et augmentent <
calibre, comme cela se rencontre dans les tumeurs caverneuses. Tout
fois, cette particularité ne s'observe que dans des portions très-Un
tées de la tumeur ; et la grande prépondérance des éléments cell
laires n'autorise nullement à considérer le néoplasme comme u
variété d'angiome. Il est un sarcome avec développement vascolai
très-abondant dans certaines parties du néoplasme.
Suites de V opération. — 4 octobre. — L*opérée a un peu soaffi
SEANCE nu 17 AVRIL. 289
la journée du 3 et pendant la nuit. Elle n*a pas beaucoup
[l n'y a pas le moindre mouvement fébrile. Le pouls est à 12,
^rature inférieure à 37» ; elle est à 86<»,5 et 36o,6 le soir.
ère. — Sommeil bon, grâce à une injection hypodermique de
drate de morphine. Apyrexie. Quelques élancements doulou-
118 Tavant-bras et dans la main ; ni tuméfaction, ni rougeur
paume de la main ; pas trace de lymphangite, aucun engorge-
mglionnaire ni au coude, ni dans l'aisselle.
bre. — État général très-satisfaisant. Apyrexie complète.
Tangle supérieur (palmaire) de la plaie, se remarque un bour-
lamu plus volumineux que les autres, d^une couleur rouge
ine consistance plus ferme et qui ressemble singulièrement à
■geon néoplasique. Je me demande tout d*abord si je n'ai pas
lans la plaie, au moment de l'opération, un petit nodule de la
J*examine à nouveau et immédiatement la masse extirpée et
tore encore une fois qu'elle est entière. J'ai donc tout lieu de
) one reproduction du néoplasme, ce qui m'impressionne vive-
raison du siège de l'affection.
ère. — Le nodule suspect remarqué la veille a grossi du
Il est parfaitement délimité, facile à isoler ; je place une liga-
* sa base afin de le mortifier.
ère. — L'état général de l'opéréo est toujours très-satisfaisant.
& complète. Appétit bon. Sommeil. A la main, il n'y a pas le
) accident inflammatoire. Le nodule néoplasiqpie étreint la
it apaisé et en voie de se nécroser.
bre. — Sur la lèvre interne de la plaie, à son tour, apparaît
talon plus gros et plus ferme que les bourgeons charnus qui
it la plaie. Là encore nous avons une reproduction du néo-
Le pronostic devient donc de plus en plus sérieux, et lo trai-
issez embarrassant.
lobre, — Sur tout le bord interne de la plaie, vers la paume
iséquent, les bourgeons charnus se transforment avec une
extraordinaire en mamelons néoplasiques de mauvaise nature,
roscope on reconnaît que la structure de ces derniers est
lent analogue à celle des portions de la tumeur enlevée qui
èrment que des cellules globuleuses. Les contours de leurs
B constitutifs sont beaucoup plus apparents et plus nets que
m cellules embryonnaires composant les bourgeons charnus
tobre. — Les bourgeons de mauvaise nature recouvrent toute
e de la plaie. Pas le moindre gonflement de la main.
{général de l'opérée toujours très-satisfaisant.
lique sur la plaie une rondelle de pâte de Ganquoin dont les
ons sont exactement égales à celles de la surface bourgeon-
Jè caustique est laissé en place pendant 6 heures.
lir, la température a pour la première fois dépassé 37° et a
obre. — Une eschare blanchâtre épaisse couvre la plaie.
SdO BOGIÉTB DE GHIRimOte.
14 octobre. — Elle est en partie détachée. On applique quelques ca-
taplasmes pour en hâter la chute.
L*état général reste e^tcellent.
16 octobre. — L'eschare tombe. Le fond de la plaie est rouge, uni;
les bourgeons charnus y sont peu apparents.
17 octobre, — L'aspect des bourgeons n'est pas encore satisfaisant
18 octobre. — Ils ressemblent entièrement à ceux qui ont existé
avant l'usage du caustique. Aussi ai-je fait une nouvelle application
de pâte de Canquoin, que je laisse en place pendant 4 heures seule-
ment, de peur d*agir trop profondément et de léser les organes impor*
tants contenus dans la paume de la main.
19 octobre. — Toute la couche des bourgeons est mortifiée.
21 octobre. — L'eschare se détache, grâce à l'application de quelques
cataplasmes.
25 octobre. — Sur le bord externe et sur le fond de la plaie, les
bourgeons présentent l'aspect normal des bourgeons charnus de
bonne nature; sur le bord interne, ils présentent encore une fois la
tendance à dégénérer en bourgeons sarcomateux. Je fais donc en ce
point une troisième application de pâte de Canquoin, sous la forme
d'une lanière étroite de caustique maintenue en place pendant 4 heures.
30 octobre. — L'eschare est tombée; toute l'étendue de la plaie est
recouverte par des bourgeons charnus de bonne nature. Pansement :
un linge pénétré, imbibé d'huile phéniquée, recouvert d'un peu de
ouate, le tout fixé par une petite bande afin de permettre à la malade
de se lever.
l*' novembre. — La plaie bourgeonne activement et diminue en
étendue. On touche les bourgeons avec le nitrate d'argent.
15 novembre. — Les bourgeons sont un peu tuméfiés, œdématiés,
et semblent encore une fois vouloir dégénérer en bourgeons sarco-
mateux.
16 novembre. — Ils reprennent leur aspect normal,
n novembre, — La cicatrisation avance rapidement.
19 novembre. — La plaie est à peu près fermée; elle ne présente
plus que 3 à 4 millimètres d'étendue.
20 novembre. — Une petite croûte s'est formée à sa surface.
22 novembre. — La malade quitte l'hôpital. La cicatrisation est te^
minée.
Je n*avais pas reçu de nouvelles de mademoiselle G... jusqu'au
27 décembre 1877. A celte époque, grâce à robligeance de M. le
D'.Liétard, de Plombières, j'ai eu des renseignements sur la situa-
tion de mon ancienne opérée. M. Liétard m'a averti que mademoi-
selle G..., en condition à Amiens, venait de rentrer à Plombières
chez ses parents, où il l'a examinée :
« La guérison est parfaite, me dit M. Liétard ; il n'y a aucune
trace de reproduction de la tumeur ; la cicatrice linéaire est abso-
lument intacte et partout la peau a l'apparence normale. »
Quelque temps après, mademoiselle G... m'écrit à son tour que
8KANCE DU 1*7 AVRIL. 291
ia main était < très-bien guérie. > Elle a eu soin de joindre à sa
etire la photogn^aphie de sa main, de manière que j*ai pu m'a^su-
■er de visu de la parfaite guérison et de l'absence complète de
récidive.
Réflexions, — La tumeur que j*ai eu occasion d'observer offre
m premier intérêt au point de vue de son siège. Elle était située
lans la paume de la main, entre la peau d'une part, qui se dépla-
ît facilement au-devant d'elle, et les tendons fléchisseurs de
'index d'autre part, car les mouvements de ceux-ci n'entraînaient
loeonement la tumeur. Il n'existait aucun rapport apparent ni
ivec les vaisseaux, ni avec les nerfs, le néoplasme ne pouvait donc
Mre né que dans l'aponévrose palmaire ou dans le tissu cellulo-
graisseux du creux de la main. L'extrême rareté des tumeurs
léveloppées dans une aponévrose aussi dense que l'est l'aponé-
frose palmaire me Ht admettre à priori une tumeur née dans
e tissu cellulo-graisseux sous-aponévrotique. De plus, la tumeur
^tait composée de deux parties, dont Tune, placée au-devant de
'articulation métacarpo-phalangienne, était superficielle et évidem-
nent sous-cutanée ; l'autre, dirigée vers le centre de la paume
fiait profondément sous-aponévrotique ; la première semblait être
'extrémité inférieure de la seconde, ayant fait hernie au-devant
la bord inférieur de l'aponévrose palmaire.
Pendant l'opération j'eus la preuve de cette disposition. Après
'incision de la peau, je suis tombé immédiatement sur le lobule
ligital de la tumeur; et la partie palmaire de celle-ci était cachée
;ous l'aponévrose, solidement retenue par elle. C'était effective-
oent le bord inférieur de cette dernière qui étranglait la tumeur
MIT le milieu de sa longueur et la divisait en deux lobules dis-
incts.
L'aponévrose une fois sectionnée, la tumeur a été facilement
nuclée. Dans le fond de la plaie les tendons du fléchisseur sont
estes recouverts par une mince toile de tissu cellulaire.
M. le professeur Michel, à qui j'ai fait voir la malade le lende-
lain de l'opération, pense que le point de départ du néoplasme
été en dessous de l'aponévrose palmaire, au point où celle-ci
e divise pour laisser passer les tendons fléchisseurs.
Le fait que je viens de rapporter est encore très-intéressant au
oint de vue de la nature du néoplasme extirpé. Il s'agit d'une
uneur renfermant des myéloplaxes. Cette variété de productions
athologiques a de tout temps excité la curiosité des chirurgiens,
ty il y a peu d'années encore, on admettait avec Eug. Nélaton
!i*elle appartenait exclusivement au système osseux. Mais, depuis
découverte des myéloplaxes ou plaques à noyaux multiples, par
. Robin {Comptes rendus de la Société de biologie^ 1849, p. 119),
293 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
dans la moelle des os, depuis les travaux de Nélaton, ces élé-
meilts ont été rencontrés dans d'autres tissus normaux et dans un
très-grand nombre de néoplasies pathologiques. Ainsi Kollik^
les a vus dans le foie de Tembryon (Gewebelehre, 1867, p. 28),
dans le placenta {Eutwicklungs geschichte^ 2« édition, p. 3S8); ce
même observateur signale l'apparition de ces éléments dans la
résorption osseuse [Die normale Résorption der knochengewebeSf
Leipzig, 1878) ; Wegner (Archives de Vircbow, t. LVI) et Rus-
sitzky (Archives de Virchow^ 1874, t. LIX) signalent Timpor-
tance de leur rôle dans la résorption osseuse pathologique.
Aufreeht (Central blatt fur mediciniscbe Wischenschafi^ 1877,
n"" 26) prétend les avoir rencontrés en quantité considérable sur
des clous en ivoire ayant séjourné pendant deux a trois semaines
dans le tissu d'une pseudarthrose.
Enfin, ces éléments se rencontrent dans un grand nombre de
sarcomes (tumeurs à myéloplaxes de Robin, Eug. Nélaton, Broca;
tumeur myéloïde de Paget, sarcome giganto -cellulaire de Vir-
chow, sarcome myéloïde de Corn il et Ranvier), tant des parties
molles que des os.
Schluppel et autres en ont décrit dans le tubercule (Arcbiv.
der Heilkund, 1862).
Les myéloplaxes ont. donc été vus bien BiUeurs que dans la
moelle des os et les tumeurs provenant des os. Aussi la plupart
des histologistes s'accordent -ils aujourd'hui à les considérer
comme un élément qui peut se produire dans toute prolifération
active. Les myéloplaxes prennent naissance, nous dit Rindfleisch,
quand, dans le phénomène de la multiplication cellulaire, le pre-
mier stade de la formation cellulaire, à savoir la division nucléaiie
et l'augmentation du protoplasma ne sont pas dépassés et que le
deuxième stade, la division du corps de la cellule, n'a pas lieu; en
un mot, quand tout le phénomène se borne à la multiplication
répétée des noyaux avec augmentation du protoplasme de la cel-
lule (Rindfleisch, Traité d'histologie pathologique y traduction
française, p. 66).
Au point de vue de ces éléments, nous pouvons donc résumer
l'élat actuel de nos connaissances dans les conclusious suivantes,
que nous empruntons au travail inaugural de notre excellent con-
frère et ami, le D' Richard :
c 1® La cellule dite myéloïde est une cellule mère, qui, outre les
cellules de la moelle fœtale, trouve de nombreux représentants
dans l'organisme;
< 2^ Les déterminations de tumeurs myéloïdes, tumeurs à myé*
loplaxes sont vicieuses en ce qu'elles laissent penser que ces
tumeurs ne peuvont provenir que de la moelle des os;
8BANGB DU 17 AVRIL. 208
c S* Les tumeurs inyéloïdes peuvent survenir dans les parties
molles aussi bien que dans les os > (Richard, Des tumeurs myé*
hiiks. Thèse de Strasbourg, 1867, n^" 42).
Notre observation est une preuve de plus à l'appui de ces propo-
sitions.
Tous les auteurs rangent aujourd'hui les tumeurs à myéloplaxes
dans les sarcomes, et en effet ce n'est que dans les diverses varié-
tés de ce genre de tumeurs que les myéloplaxes existent acci-
dentellement. Or, les sarcomes sont fréquents dans le périoste et
les os, il n'est donc pas étonnant que le sarcome giganto-cellulaîre
s^observe communément dans ces derniers. Dans les parties molles
il est beaucoup plus rare et à la main il n'a été vu que très-excep-
tionnellement. Du reste, dans cette région les tumeurs sarcomo-
teoses en général ne sont que pou connues.
Sanson et Lisfranc parlent de tumeurs fibreuses de la main.
Demarquay a signalé une tumeur fibro-plastique du doigt indi-
calear et de la paume de la main (Bulletin de la Société de cbi-
nrgie, 1853-1854, t. IV, p. 127).
M. A. Guérin a vu dans la région du premier métacarpien une
tnmeur qui fut examinée par M. Ordonez et a renfermé les élé-
ments du tissu fibreux à divers degrés de développement. C'était
done encore une tumeur fibro-plastique, un sarcome fascicule ou
un fibro-sarcome. {Bulletin de la Société de chirurgie^ 2* série,
tV, 1864, p. 451).
Pooley décrit un cas de cysto-sarcome de la paume de la main
{Oizetie hebdomadaire, 1869, p. 829).
lies auteurs ne citent que deux exemples de sarcome myéloïde
de la main; l'un est dû à M. Broca, l'autre à V. Gzerny.
Cas de M. Broca. — Tumeur à myéloplaxes de la main. [Bulle-
iindela Société de chirurgie, 2* série, t. I, 1860, p. 842).
« M. Broca fait voir une tumeur de la grosseur d'une noisette,
<l!^eloppée depuis deux ans et demi dans le troisième espace inter-
osseux de la main droite, chez une jeune fille de vingt ans.
< La tumeur était située sous les tendons, qu'elle soulevait, peu
^bile, mais néanmoins indépendante. Elle fut facilement énucléée.
^ plaie se cicatrisa immédiatement.
< La surface de la tumeur est inégale et présente de petites
^eurs surajoutées ; l'intérieur est coloré de marbrures jaunes
Sûr un fond gris.
* La composition de la tumeur examinée par M. Broca lui a fait
^oip qu'elle ne renfermait que des myéloplaxes. » Les suites de
opération ne sont pas indiquées.
^«s die V. Czerny. — Fibrosarcome de la gaine tendineuse du
BULL. KT MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 20
294 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIX.
quatrième doigt (Beitrage fur Geschwielst lehre. Arcbit. fur
Klinische Chirurgie, t. X, 1869, p. 904).
Anna Z..., 20 ans, d'une bonne santé, n'a jamais été malade. Il
y a 3 ans, elle remarqua à la face palmaire de la deuxième
phalange de Tannulaire droit une petite tumeur de la grosseur
d'un pois, indolore, qui s'est accrue peu à peu de manière à at-
teindre le volume d'une noix. Ni hérédité, ni aucune autre circoD-
stance étiologique connue. La tumeur est ferme, élastique, n(m
douloureuse, mobile latéralement, m^is non dans le sens de la loD-
gueur du doigt, qui a conservé tous ses mouvements. La peau est
mobile par-dessus la tumeur. Le 26 août 1868, extirpation de la tu-
meur. Celle-ci adhérait à la face antérieure de la gaine tendineuse
où elle a pris naissance. Une certaine étendue de cette gaîne a di
être enlevée, en sorte que le tendon a été mis à nu pendant Topé
l'ation. Guérison sans accidents. Sortie de l'hôpital le 21 septembre
Examen histologique. — La composition microscopique delà to
meur rappelle beaucoup cellede Tépulis sarcomateux; toutefoiscelU
ci est ordinairement formée par des cellules fusiformes, tandis ifù
la majeure partie de notre tumeur consiste en tissu fibreux ayi
substance intereellulaire dense dans laquelle s'est établie par plac4
une prolifération cellulaire rapide. Les cellules du tissu conjoncï
sont hypertrophiées et se divisent ; leur protoplasme prend un aspe
finement granuleux. Les cellules en augmentant de volume pre^'
nent deux, trois et plusieurs noyaux ; elles deviennent des myék
plaxes. Ce qui augmente encore la ressemblance avec l'épuL:
c'est un abondant dépôt de granulations d'un pigment jaune br*
nâtre analogue à celui qui se trouve fréquemment dans l'épulis*
Les autres variétés de tumeurs solides sous-cutanées dévelc
pées dans la paume de la main sont tout aussi rares que .le s^
come. Nous énumérerons pour terminer quelques observatic
mentionnées par les auteurs.
Billroth rapporte dans ses comptes rendus cliniques un cas
myo-fibrome développé sur la gaîne du tendon fléchisseur
pouce. {Cbirurgiscbe Klinik.Wien. 1868, p. 114, et Chirurgis^j
Klinik. Wien. 1870, p. 262.) Il a également vu un fibrome de 1
peau de l'éminence thenar. {Chirurgische Klinik. Wien* 1868
p. 113.)
M. Monod a présenté à la Société anatomique un fibrome vascU'
laire provenant du doigt médius de la main gauche d'un maladi
de M. Desprès. (Progrès médical, 1876, p. 566.)
M. Péan a eu occasion d'extirper un fibrome situé entre le troi
bième et le quatrième métacarpien. (Leçons de clinique chirurgi
cale, 1870, p. 149.)
M. Richet a eu occasion d'extirper un fibro-lipome de la paume
SéANCB DU 17 AVRIL. S95
{Guetle des bôpiiaux, 1867.) Une autre observation de fibro-li-
pome de môme région est due à Perassi (Gazelle heddomadaire^
m, p. 350).
Un certain nombre d'observations de lipome de la paume sont
àmkPe\leian (Clinique chirurgicale, 1810, 1. 1, p. 210); Rognetla
(GueUe médicale do Paris^ 1834, p. 212) ; Robert (Annales de Ihé-
npeutique méd. et chir.^ 1844, p. 343); F o\Un(GazcUe médicale de
Péris, 1852, p. 413) ; Boinet (Gazette des hôpitaux, 1866, p. 271) ;
Itéki (Gazette des hôpitaux, 1868, p. 223) ; Cbassaignac (Mémoires
iek Société de chirurgie, 1862) ; Péan (Leçons de clinique chi^
nrgicale, 1876, p. 141). Récemment, Ranke a fait connaître des
eiemples de lipomes de la face palmaire des doigts (Archif fur
kUmche Chirurgie, 1876, t. XX, p. 879).
En 1875 M. Rigaud, de Nancy, a observé un nouveau cas de
lipome do la paume. < Cette tumeur siégeant à la paume de la main
drute et à Téminence thénar, avait toute Tapparence d'un kyste
qfooviai avec grains risiformes ; elle présentait un petit prolonge-
n6Qt entre les têtes des troisième et quatrième métacarpiens, et
QB autre au-dessous du ligament annulaire du carpe, qui faisait
Saillie quand on pressait dans la paume de la main ; il y avait de
h fausse fluctuation. L*incision ne donna issue à aucun liquide;
ouïs une masse graisseuse surgit, facilement énucléable. C'était
m lipome. » (Société de médecine de Nancy, séance du 13 jan-
vier 1875, in Revue médicale de ï Est, 1875, t. III, p. 242.)
Citons encore comme tumeur solide développée dans les parties
Utiles de la face palmaire de la main un chondrome de la gaîne
fis fléchisseurs du quatrième doigt, observé par Biilroth (Chirur^
iaebe Kbnik, Wien. 1868. p. 114).
Enfin, tout récemment, M. Notta, de Lisieux, a lu à la Société de
lîrurgie Thistoire d'une tumeur de la paume que MM. Rochefoli-
ioe et Marignao ont reconnue être un angiome caverneux (Bul-
tin de la Société de chirurgie, 1877, p. 664 et 704).
C)oHiHiaBlcatlott.
H. Lannblongue lit une note sur une forme d'arthrite tubercu-^
*«8e ou synovite granuleuse.
h viens appeler votre attention sur une forme d'arthrite qui
^squ'ici n'a pas encore reçu la description qu'elle mérite. Il s'agit
le Tarthrite tuberculeuse caractérisée par des granulations mi-
i^ures de la synoviale articulaire. Je la crois assez fréquente et j'en
^ déjà eu la preuve deux fois à l'amphithéâtre. Une première fois,
'ai manifestement vu des granulations tuberculeuses, sur un
296 socnsTB de ghiruroib.
bourrelet fongueux de la synoviale de la hanche placé autoa
la cavité cotyloîde. La coxalgie n'avait qu'un mois de date;
fant avait succombé à la diphthérie. Mais la pièce^que j*avaisre
à un dessinateur, fut égarée et l'examen histologique ne fui
fait. J'avais gardé le souvenir de ce fait, qui remonte à 15, me
lorsque, il' y a quelque temps, sont entrés dans mon service
sieurs malades que je soupçonne atteints de cette lésion, j*ai
avec le plus grand soin la marche des phénomènes cliniques,
chez Fun d'eux le développement d*une méningite tubercid
m'a fourni l'occasion de faire une autopsie dont i'inCérôt se conr
par celui d'une observation qui nous fait assister au début du
Cette invasion constitue un des côtés les plus saillants de l'afTeG
Cette étude sera complétée sous peu par une série d'observa
cliniques ; aujourd'hui, en montrant les pièces anatomo-pad
giques de cette alTection, je désire seulement appeler l'attentk
nos collègues et les inviter à rechercher avec soin cette 1<
dans leurs autopsies. Dans nos recherches bibliographique
n'ai trouvé qu^uhe seule observation de M. Cornil qui coniia
mention de trois pièces analogues vues et étudiées par M. Ki
à Wurlzburg.
L'observation de M. Cornil est relative à un homme de 54
tuberculeux, avec cavernes pulmonaires. Il fut pris d'une tui
blanche du coude, et il succomba aux progrès de la phthisie. S
synoviale du coude fongueux existaient de petits grains sàil
miliaires, semi-transparents et opaques ; d'autres étaient extri
ment jaunâtres. Tous les caractères liistologiques des gnu
tions tuberculeuses se trouvaient réunis dans ces petits nodi
L'observation très-probante de M. Cornil offre un très-g
intérêt en éveillant l'attention sur cette affection. Mais elle est
heureusement fort incomplète au point de vue de l'évolution i
tumeur blanche du coude et elle ne nous montre pas quels
vent être les caractères propres à la synovite articulaire tube
ieuse. C'est dans ce but que je publie encore cette observation
montre ce qu'a de spécial cette évolution.
Observation. — Doublet (Jules-Albert), ftgé de iâ ans i/2» en
Sainte-Eugénie, salle Napoléou, n<» 1, le 27 février 1878.
l*' mars 1878. — Le père de l'enfant est bien portant, on m'a
porté que la mère est morte alcoolique.
Les grands-parents du côté du père sont morts à 58 et à 60 ans
Des grands-parents du côté maternels, l'un s'est pendu, et Tauti
morte pendant le siège. Il y a 4 enfants dans la famille.
La première enfance de Doublet a été sans maladies, et la sec*
jusqu'à aujourd'hui en a été aussi exempte. L'enfant n'avait qv
temps en temps quelques indispositions qu'il contractait par son g
SÉANCE DU 17 AVRIL. 297
de vie. Il n*a jaqiais eu de glandes au cou ni de maux d'yeux, mais il
a va écoulement purulent par l'oreille gauche depuis 2 ans, qui s'ar-
rête par intervalles et reprend ensuite.
. Cet enfant, ftgé de près de 13 ans, long de taille, a un squelette très;
développé^ mais il est maigre, sans graisse et sans muscles. Il n'avait
lanitis souffert du membre gauche jusque il y a S mois. A cette
époque, brusquement, sans motif apparent, il est pris d'une douleur
afliei vive en dedans et en dehors du genou, et cette douleur a tou-
I^Nin persisté depuis. Dans les premiers temps elle le faisait boiter.
Presque en même temps que la douleur ou dans les jours qui suivirent,
le genou gonfla peu à peu, ce qui n'empêcha pas l'enfant d'aller à
récole pendant quelque temps encore. Il y a six semaines il a dû prendre
le lit. Sous l'influence de ce repos, le genou à un peu diminué det
yolame, d'après le père. La douleur est toujours restée limitée au
gmon, et ne s'est pas fait sentir ailleurs.
n couche dans un endroit qui n'est pas humide et qui est clair, ja-
mais il n*a eu d'atteintes rhumatismales.
Étai actuel, — Membre inférieur du côté gauche.
Ce membre est plus maigre que l'autre; les muscles du mollet, de la
oiaie sont notablement plus minces, plus moux, plus maigres.
' Circonférence du mollet à gauche, 0,22.
Circonférence du mollet à droite, près de 0,24.
Le genou du côté gauche est un peu gonflé, et disons tout de suite
<Iii'it présente un épanchement médiocre dans sa cavité» qui ne soulève
MUkment les culs-de-sac synoviaux; il faut le chercher avec soin pour
b trouver.
État de la synoviale. — Le cul-^e-sac supérieur présente un léger
bourrelet, d'autant plus reconnaissable que l'atrophie du triceps est
plut marquée. De même, en descendant sur les condyles interne et
Bxteme en suivant la synoviale, on trouve les culs-de-sac un peu
^>aisBi8. Enfin, de chaque côté du ligament rotulion, existe aussi un
ipaississement plus prononcé en dedans qu'en dehors. Cet épaississe*
Bient en dedans est grand comme une pièce de 2 francs, il va du tibia
^ la rotule. En dehors du ligament rotuUen, l'épaississement n'est rien.
K^aaa le creux poplité je ne sens pas d'épaississement de synoviale.
Sur la tubérosité externe du fémur„ ou plutôt sur elle et sur le con-i
^^le, et entre eux deux, existe un léger relief un peu douloureux, tion
ÛuctuaDt , mais élastique et tendu, qui appartient encore à la syno-
viale. Telles sont les altérations cliniques de la synoviale.
Etat des os. — On explore le squelette avec une facilité d'autant plus
^raade que le genou est maigre.
Tibia. — La diaphyse n offre rien, ni douleur à la pression ou per-
^^QssioDi ni augmentation de volume. I^ tubérosité interne au con-
traire est augmentée de volume, l'encoche est plus profonde et la saiJ-
^ plus grande. Pour m'en rendre encore plus certain, je mets la
i*i&be à apgle droit, alors il est facile de reconnaître que cetle tubé-
i^ité est plus saillante, plus longue et plus épaisse dans le sens an*
^'«^postérieur. .
298 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
J'ajoute qu'elle est douloureuse à la pression et à la percoraioD, et
que la douleur est d'autant plus vive que je me rapproche de la partie
postérieure, c'est-à-dire du point où elle est plus saillante; j'ajoute
encore que la percussion répétée, faite autant que possible avec éga-
lité, faite sur tous les points de cette tubérosité, donne un son à pes
près égal à celui de l'autre côté. Le condyle interne du fémur n'offre
rien de particulier, pourtant il est un peu plus sensible qu'il ne doit
être. L'exploration en dehors de la tubérosité externe du tibia dé-
montre une sensibilité un peu plus vive, ainsi que dans tout le platacn
supérieur du tibia, mais pas de changement de volume. Bn explorto^
l'article, en faisant passer le doigt entre les os, je développe eneef^
de la sensibilité. Le péroné et le fémur n'ont rien. La longueur d>
tibia est égale à celle du côté sain.
Mouvements du genou, — Cet enfant ne peut pas plier la jambe ■-'
delà de l'angle droit, il souffre dans les mouvements répétés du genoiS
mais on n'y perçoit pas de craquements, de crépitations; pas de moi9
vements de latéralité.
Enfin la circulation sous-cutanée est accrue en dedans. On voit 80
la tubérosité interne du tibia, sur la jambe et sur la cuisse desréseav
veineux qui n'existent pas de l'autre côté. Il en est de même du systèni
pileux, qui est plus abondant à gauche qu'à droite. L'enfant ne tousfl
pas.
13 mars, — L^épanchement persiste ainsi que la douleur, et I
repos absolu au lit n'a nullement modifié les conditions depuis l'en
trée. A partir de ce jour on fera des badigeonnages iodés répétés toc
les deux jours et une compression élastique ouatée renouvelée chaqc
jour.
25 mars. — Tout épanchement a disparu, la douleur et les épai
sissements de la synoviale sont les mômes. On continue la comprei
sion.
4 avril. — Depuis le 2 avril l'enfant a été pris de maux de téU
d'envie de vomir et de vomissements. Il ne prend pas de nourriture
Son pouls est lent et son ventre rétracté. Tout fait craindre une ménin
gite tuberculeuse. I^es jours suivants, la méningite se confirme d'an(
manière positive. Il est soumis au traitement ordinaire, qui est sau
effet, et l'enfant succombe le 14 avril.
L'autopsie est faite 24 heures après la mort.
Le genou droit n'a rien, ainsi qu'un très-grand nombre d'autres arti'
culations que j'ai ouvertes.
Genou gauche, — Il n^y a pas d'épanchement dans ce genou. L
synoviale a subi un commencement d'altération dans la plus grandi
partie de son étendue. On constate autour de la rotule qu'elle fonm
un bourrelet d'une couleur rouge foncé, avec un épaississement et on*
dilatation vasculaire, épaississement comparable à un ehémosis. D
plus le ligament adipeux épaissi présente un épaississement avec de
prolongements ôbrineux formant comme une petite crôte. On ttow
un pareil état dans la synoviale intercondylienne, qui forme là une sw
face rouge, allant d'un condyle à l'autre ; en arrière du ligament adi
SBANGE DU 11 àVRlL. 299
peux est ane coloration également rouge avec épaississomenl de
la synoviale, qui tapisse les ligaments antérieurs de l'articulation. Mais
en même temps^ on tiouve sur une série de points de la synoviale
des petits points comme vésiculeux, brillants, blanchâtres, très-nom-
breux, en lout comparables à ceux qu'on trouve au cerveau le long des
▼aisseaux.
€69 granulations offrent le môme aspect que celles que l'on trouve
sur la plèvre et sur la pie>mère; les unes sont opaques, d'autres trans-
pereotes. Elles se trouvent accumulées par séries nombreuses sur les
pcûiits ou la synoviale présente un épaississement avec rougeur intense;
mm on en trouve un très-grand nombre de chaque côté du ligament
rotolien sur les prolongements intra-articulaires de la synoviale. Il en
existe aussi d'isolées et de disséminées sur les points où la synoviale
est moins vasculaire; autour d'elles on distinguo quelquefois une vas-
polarisation assez considérable. Examinées au microscope immédiate-
nient par M. Dolleris et par moi, elles sont identiques à celles de l'en-
o^hale et de la plèvre, et, après avoir fait durcir les préparations, elles
ont été de nouveaux examinées au laboratoire du Collège de France,
QImM. Ranvier, qui a confirmé cet examen. Il suffit, d'ailleurs, de
hs regarder simplement pour n'avoir aucune incertitude. Nous avons
ehsrohé dans les os voisins, sans avoir pu en reconnaître à l'œil nu ;
poartant il est un point du tibia très-frappant, en plein centre de la
Wwrosité interne : au-dessous du cartilage épiphysaire et séparée de
N par du tissu osseux, une coupe a mis à découvert une tache blanche
^^ plus d*un centimètre carré descendant sur la diaphyse. La moelle
oaseuse contenue dans le réseau réticulé est plus ramollie à ce niveau,
■Uds Texamen des os sera fait plus complètement plus tard , lorsque
^ 08 auront durcis. Nous avons cherché en vain la présence de tu-
^«imles osseux dans le corps de 7 à 8 vertèbres dorsales et lom-
iiires.
Les lésions de la synoviale du genou gauche sont presque les seules
loeTon constate. Les cartilages ont conservé leur brillant et leur
poli ; pourtant en certains points près de la synoviale ils sont recou-
^verts par de petits prolongements vasculaires. Enfin, les cartilages
P^ésealent des surfaces aplaties là où ils ont subi la pression d'épais-
ûssements synoviaux; une de ces dépressions très-marquées existe
"ûr le condyle externe ; elle est en gouttière et correspond ù la pres-
^OQ exercée par le ménisque fibro*cartilagineux de ce côté.
Cerreau. — Le long des vaisseaux de la scissure de Sylvius et sur
hseôtéfl des vaisseaux delà convexité des hémisphères, on trouve un
l'^bre considérable de granulations tuberculeuses. Il existe en même
tops une infiltration purulente de l'arachnoïde et un épaississement
^6 cette membrane dans l'hexagone artériel.
PoamoDs, — Dans le sommet des deux poumons il existe quelques
^QQlations tuberculeuses grises, demi-transparentes, peu nombreuses,
'■os complication pulmonaire autour d'elles. La base des deux poumons
P'wntean degré assez marqué do splénisation pulmonaire.
^ 1« plèvre viscérale et sur la pariétale existent des adhérences
900 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
assez nombreuses, et on voit en môme temps se dessiner des gran.
lations très-visibles et assez nombreuses.
Le péritoine ne possède pas de granulations.
RÉFLEXIONS. — En présence de ce fait, ne doit-on pas se demahd
si cet état n*est pas beaucoup plus commun qu'on ne peut le pensej
Seulement les lésions granuleuses ne seraient pas reconnaissabL
plus tard lorsque Tarticulation est en grande partie détruite par d
fongosités et produits inflammatoires de toutes sortes. U impc
tera donc à l'avenir de rechercher avec le plus ^and soin, da
ces cas, au milieu de tous les désordres de la tumeur blancha,
présence de ces granulations sur les débris de la synoviale.
D'autre part, je ne doute pas que telle ne soit Torigine presqi
exclusive d'une certaine catégorie de tumeur blanche, dans le
quelles les lésions osseuses sont à peine déprimées, tandis que I<
lésions de la synoviale, par leur très-grand développement^ coost
tuent toute l'affection. Cette forme serait au surplus primitive (
probablement curable, si j'en juge d'après quelques-uns de ce
faits. J'ai l'intention d'y revenir sous peu. Je crois impossible d'ad
mettre que l'évolution se soit produite secondairement^ car le mi
a débuté par le genou, l'épaississement de la synoviale a été 000
staté dès l'entrée du malade à l'hôpital, alors que rien n'existai
du côté de l'encéphale, ni du côté de la poitrine.
M. Terrier. L'observation de M. Lannelongue est très-intéressaoK
et très-rare, cependant je crois qu'il a été soutenu une thèse sm
l'arthrite tuberculeuse dans laquelle on a cherché à exposer ta
points qui difTérentient la synovite tuberculeuse des tubercules à^
butant dans les os.
M. Lannelongue. Je connaissais une observation de M. Cdiîoil
mais elle ne peut avoir giande utilité pour les chirurgiens. Je sat
que M. Ranvier a vu dans le laboratoire de Coster, à Wursburf
trois pièces d'arthrite tuberculeuse.
lieclare*
M. Berger, candidat à la place de membre titulaire, lituntT
vail intitulé: Quelques exemples de fractures compliquées ^
plaies, communiquant avec de grandes articulations^ traitées JH
le pansement ouaté de M. Guérin.
(Commission : MM. Sée, Delens, Lannelongue.)
La Société se forme en comité secret.
La séance est levée à 5 heures 30 minutes.
Le secrétaire^
HORTIBLOUP.
SÉANCE DU 24 AVRIL. SOI
Séance du 24 avril 1878.
Présidence de M. Félix Guyon.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu et adopté.
OorrespandkiBee.
La correspondance comprend :
!• Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin général
ie thérapeutique^ le Bulletin de la Société de médecine de Paris;
t'Lfk Revue médicale de fEst, le Bordeaux médical, le Lyon
TBédical;
8* La Gazette médicale italionne-lombarde y the British medi^
^1 journal^ Centralblait fur chirurgie;
i" Une collection de thèses de Paris, offertes à la Société par
M. Larrey.
A Toccasion du procès- verbal, M. Terrier demande la parole.
Signalés par Bonnet, de Lyon, qui décrivait une arthrite tuber-
culeuse', les tubercules des articulations furent récemment étu-
diés par Virchow et Koster (1869), Cornil et Ranvier, Debove*,
Jean Roux', élève du professeur Ollier, enfin Laveran*.
Pour la plupart de ces auteurs, les altérations siègent de préfé-
rence dans la synoviale, qui offre des granulations tuberculeuses
dans son épaisseur et jusque dans ses franges, comme Ta vu La-
veran.
Dans quelques cas les cartilages sont altérés, surtout quand l'af-
feclion est ancienne et qu'il y a eu arthrite aiguë.
La marche de raffeetion peut être aiguë ou chronique, et la tu-
berculisation débuterait par la synoviale articulaire. Toutefois,
Ollier signale une forme fongueuse dont les fongosités infiltrées de
Produits caséeux seraient inocul ^bles. Pour Ghauveau, c'est làune
^caractéristique de la tuberculose, caractéristique acceptée par
OUier et son élève Jean Roux.
L'arthrite tuberculeuse se développerait chez des sujets déjà
atteints de tubercules pulmonaires, ou bien pourrait être la mani-
festation primitive de la tuberculose, soit sur une synoviale saine,
* "^nité des mal. des articuL, t. II, p. 3, 1845.
* ^un. de la Soc, anatomique, 2» série, l VIII, p. 375, 1873.
* ^e Fartrbite ioberçuL, thèse de Paris, 1875, n© 166.
* ^'^rès méd,, 1876, p. 727.
902 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
soit sur une synoviale déjà malade, comme Tadmei Oliivier, d*après
la thèse de Jean Roux.
Les symptômes sont mal déterminés : tantôt elle peut être con-
fondue avec un rhumatisme articulaire aigu, conmie dans le fait
de M« Laveran : les phénomènes pulmonaires qui se manifestent
vite rectiAent le diagnostic ; tantôt, Tarticle atteint offre tous les
signes d'une arthrite fongueuse, avec des poussées aiguës; mais
ce sont là des phénomènes assez vagues, qui, la plupart du temps,
ne permettent pas le diagnostic.
RAp|Kirt«
Inclusion péritesticulaire, par M. le D** Jules Bœckel , de Strasbooif . —
Rapport par M. Verneuil*
L'inclusion scrotale est une affection rare dont les annales de la
science ne renfermaient que 10 exemples en 1855, lorsque j'en-
trepris d*en esquisser Thistoire^ Depuis cette époque, quelques
autres observations ont été publiées, mais en trop petit nombre ou
trop incomplètes pour qu'il n'y ait pas intérêt à recueillir encore de
nouveaux exemples.
M. J. Bœckel, frère de notre collègue et, lui-même, rédacteur de
la Gazette médicale de Strasbourg, a rencontré un fait complet cjoc
je vais vous faire connaître, et je profiterai de cette occasion pouf
extraire de mes cartons, où il dort depuis 20 ans, un autre oas
observé par notre collègue M. Léon Labbé et par moi-même.
Après avoir rapporté ces deux faits inédits et analysé ceux ^P^
ont été publiés depuis 1855, nous chercherons quels progrès a fa^i^
la question dans ces dernières années.
Voici d'abord l'observation de M. Bœckel :
6. Meyer, de Reitviller, (Alsace), 38 ans, pâle, maigre, pèr^ ^
deux enfants, a toujours joui d'une bonne santé; il n*a jamais atJ k
vérole et ne présente aucun antécédent héréditaire notable.
Il y a 3 ans, il ressentit pour la première fois, sans cause con-
nue, quelques douleurs vagues dans le testicule droit. U n*yfi^
aucune attention, ne constatant rien d'anormal dans ses organe^
sexuels.
En mars 1876, il éprouva soudainement dans le bas ventre, k\i0
suite d'un effort, une douleur qui semblait provenir du testicule
droit. Elle fut de courte durée, mais revint à plusieurs reprises
dans le courant de Tannée.
i Mémoire sur 1* inclusion scrotale et testicuiaire, A retires de m^efec/ae,
18ô5«
SiANGB DU 24 AVRIL SOS
Bb téyner 1877, après s*être livré à des travaux fatigants, il
mrqua que son testicule avait augmenté de volume. La région
cordon jusqu'au canal inguinal était également tuméfiée, mais
«que indolente. Au bout de 4 mois, la tumeur avait acquis les
Mosions d'un œuf de poule.
Taame elle n'occasionnait que peu de douleurs. M... continua
(livrer â ses travaux et ne réclama pas de secours. Cependant,
!8te fin de juillet, la masse commençant à devenir gênante par
I poids, M... consulta son médecin, M. Schneider, qui, croyant
ne hydrocèle, pratiqua, le 10 août, une ponction à la partie an-
iecire et inférieure de la tumeur. Il s'écoula une petite cuillerée
aK d'un liquide épais, visqueux, jaunâtre. Deux jours après, la
oeor s'enflamma, la peau du scrotum devint rouge, chaude, la
vie s'alluma, et le malade dut s'aliter.
Le 14 août, formation, au niveau du trou de la ponction, d'une
ihe bleuâtre, indice d'une gangrène imminente.
Le 15, la tuméfaction augmenta, et, dans la soirée, une escharre
II grandeur d'une pièce d'un franc, comprenant la peau du
etom, se détacha spontanément. Un flot de pus séreux, icho-
IX, fétide, jaillit de cet orifice, â travers lequel un gros bourgeon
nm vint bientôt après faire hernie.
VeTois le malade, le 17 août, dans l'état suivant : Faciès pâle,
Te modérée, pouls à 108, soif intense. La région droite du scro-
i présente une tumeur du volume du poing d'un adulte. La
D qui la recouvre est enflammée, jusque vers la racine des
rses ; le cordon légèrement infiltré, un peu douloureux. Du
i gauche, le cordon et le testicule sont parfaitement sains.
la partie antéro-inférîeure deux gros bourgeons charnus, sai-
nt facilement, font hernie à travers l'ouverture signalée plus
t, et par laquelle s'échappe, à la moindre pression, une sanie
le.
a tumeur présente une fausse fluctuation ; elle est irrégulière,
ielée, indolente à la pression, et semble siéger dans le testi-
I lui-même on du moins lui adhérer intimement. Il est toujours
ossible de déterminer sa position exacte, à cause du gonfle-
it du scrotum. Les ganglions inguinaux du côté malade sont
lUement engorgés, et cela depuis plusieurs semaines, d'après
naïade.
l'idée d'un sarcocèle cancéreux nous vint naturellement à Tes-
t. L'âge du sujet, l'absence d'antécédents tuberculeux et syphi-
foes, l'infiltration du cordon, l'adénite inguinale ayant précédé
ponction, tous ces signes réunis, nous portèrent à formuler ce
gnoetic.
^ développement subit de la tumeur sans cause occasionnelle
304 SOCIETE DE GHIRUUGIK.
bien évidente, si ce n*est peut-être un effort intempestif; sa marche
envahissante sous Tinfluence de fatigues répétées» son aspect par-
ticulier, et surtout la présence de bourgeons charnus saignant an
moindre contact, confirmaient encore mon hypothèse.
Il s'agissait dès lors d'intervenir chirurgicalement. Je proposai
donc la castration, qui fut acceptée et pratiquée séance tenante,
avec le concours du D' Schneider et de M. Spraul, élève de Nancy.
. L'anesthésie obtenue, je pratiquai, sur la partie antérieure de
la turneur, une incision de 10 centimètres, passant par la fistule, et
Intéressant la peau du scrotum et les enveloppes sous-jacentes.
Une hémorrhagie en nappe abondante s'en suivit : je saisis deux
artériolcs a l'aide de pinces hémostatiques et pus dès lors énu*
cléer la tumeur avec la plus grande facilité.
Arrivé près du cordon, je le fis comprimer entre le pouce et
l'index et le sectionnai à l'aide du bistouri. Quatre artérioles
furent liées isolément.
Un tampon de charpie imbibé d^alcool fut déposé au fond de la
plaie, que je laissai béante, sans pratiquer une seule suture. Quel-
ques compresses et un suspensoir terminèrent le pansement.
Les suites de ropération furent des plus simples. Je vis moa
opéré au bout de 8 jours : la plaie s'était notablement rétrécie, elle
était recouverte d'une couche de bourgeons charnus de boone
nature. Les ganglions inguinaux étaient revenus à l'état normal
Au bout de cinq semaines, la cicatrisation était complète, et le
malade put reprendre ses travaux. La guérison s*est parfaitement
maintenue depuis (22 mars 1878).
Examen anaiomique, — L — Le testicule, parfaitement sain, est
refoulé en arrière et en bas de la tumeur ; ses tuniques sont forte*
ment épaissies, notamment Talbuginée. La queue de i'épididynid
est perdue dans un tissu fibreux très-dense.
II. — La masse principale de la tumeur dépasse le volume d'uii^
grosse orange. Elle s'implante en avant du testicule, à peu près ^
la hauteur de la tête de l'épididyme. Latéralement, elle semble &^
continuer par sa face externe avec les enveloppes mêmes du tesii ^
cule, qui sont du reste à peine reconnaissables.
La tumeur se trouve donc en quelque sorte contenue dans un^
poche formée par les couches profondes du scrotum. La tunique
vaginale proprement dite, partout adhérente, ne se retrouve ave^
quelque netteté que dans un point : tout près de Timplaotation d^
la tumeur sur le testicule.
Dans son ensemble, cette masse est fort irrégulière; elle 8^
compose de lobes et de lobules, de bourrelets et d'excroissances^
On peut la diviser en deux parties principales : l'une supérieure^
constituée par ces excroissances lobulées ; l'autre inférieure,^ du
8BANCB DU 24 AVRIL. S05
SE
Si
•
Ri
Kf Tolume d'une pôtite pomme, et rattachée à la première par un
90jf pédicule assez étroit.
Toutes ces saillies présentent une surface externe franchement
cutanée, avec des plis, des rugosités diverses, et des touffes de
poils longs et épais, disséminées çà et là. En certains points, et
DOlamment au fond des replis qui séparent les divers lobules;
la surface perd son aspect cutané, redevient lisse et comme mu-
queuse.
m. — Une coupe antéro-postérieure de la tumeur montre» sous
le revêtement cutané, une substance fibreuse assez molle, par-
semée de kystes nombreux à parois lisses, de canaux de même
(nature, de pelotons adipeux, et de points en dégénérescence myxo-
mateuse. Quelques kystes se prolongent jusque dans les bouTr
^^ geons cutanés qui font saillie à la surface. C'est ainsi que la partie
inférieure décrite plus haut renferme une poche pareille. En
arrière, se prolongeant dans la substance même du testicule^ se
^J trouve une autre poche à parois lisses, renfermant un gros bour-
geon dermoîde, pigmenté en un point.
La plupart des kystes sont remplis par un magma plus ou
moins épais, blanchâtre, riche en cholestérine. Outre les cellules
pavimenteuses, quelques détritus graisseux et quelques poils, ce
inagma renferme quantité de cellules épitbéliales^ cylindriques, é
cils vibratileSy très-allongées, comme celles que Ton trouve d'or-
dinaire dans les canaux excréteurs du sperme (épididyrae, etc.).
En certains points, notamment sur la coupe de la tumeur prin-
cipale, le doigt rencontre une résistance considérable, et Ton peut
^y^ reconnaître la présence de véritables lamelles osseuses, du reste
^^6 forme déterminée.
•
IV. — L'examen microscopique d'un des bourgeons dermoïdes
y démontre moins de papilles que dans la peau ordinaire, un épi-
^^lium pavimenteux stratifié, des glandes en tube très-longues,
^^alogues aux glandes sudoripares, et des follicules pileux plus
^Xi moins rudimentaires avec glandes sébacées. Au-dessous se
^^Quve un tissu connectif très-riche en fibres élastiques et par-
^^mé de canaux remplis en certains points de cellules rondes. Des
^aînées denses de fibres musculaires lisses parcourent ce tissu
^«08 tous les sens, notamment dans le voisinage des kystes ; il
Vy a ni muscles striés, ni substance nerveuse.
Un élément important de cette tumeur est constitué par des
<unas de glandes muqueuses groupés en général au pourtour des
kystes et s'ouvrant paifois dans leur intérieur par des canaust
^icréteurs bien formés. On constate aussi en qtielques points une
véritable inPiltralion interstitielle des tissus par de la matiàre
•«
S06 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIB.
muqueuse; ailleurs, c'est une inAUration de sang, qui se oontinii
parfois jusque dans l'intérieur même des kystes.
Enfin, au niveau des canaux excréteurs dont il vient d'ètf
question, on trouve des travées de substance osseuse à corfm
cules osseux étoiles, très-nets, ainsi que quelques fragments d
cartilage hyalin,
M. J. Bœckel fait suivre son récit de quelques réflexions :
Après avoir bien voulu rappeler mon travail de 1855, il conslati
l'analogie très -grande de son cas avec celui que j'avais recueill
moi-même. En effet, ce sont presque les mêmes tissus : peattavei
ses annexes, glandes en tube, follicules pileux, poils, tissus osam
et cartilagineux, fibres musculaires lisses, cavités kystiques, etc.
et les mêmes rapports avec le testicule, par conséquent la menu
variété d'inclusion péritesticulaire.
Le nom de kyste dermoïque conviendrait ici d'autant moins (jn
l'enveloppe du kyste n'existait pas, la tumeur étant simplèmen
logée dans les couches profondes du scrotum.
En ce qui concerne le diagnostic, M. Bœckel avoue qu'il ne l'a pu
mieux porté que les autres chirurgiens ; l'inflammation des bourseï
consécutive à la ponction a contribué, il est vrai, à masquer b
forme, la consistance de la tumeur et ses rapports avec le testicule
On n'a pas même pu faire l'examen histologique préalable d'uM
parcelle de la tumeur, ce qui eût pu faire soupçonner sa véritabt
nature. Croyant à l'existence d'un sarcome et à l'urgence même à
l'opération, on s'est empressé de pratiquer la castration et l'on t
eu tort, car Ténucléation de la tumeur eût été possible ainsi que b
conservation du testicule.
Voici maintenant l'observation inédite que j'annonçais en oooo
mençant. La partie clinique est due à notre collègue, M. Léon Ub
bé, qui a bien voulu me communiquer ses notes. Pour ma part
j'ai ajouté les détails histologiques.
Obs. il — Inclusion^ posHesêiculaire chez un jeune garfÊB
castration^ guériaon.
D... (François), 14 ans, entre le 12 mai 1858 à l'hôpital Gochiiu]
dit ne s'être aperçu que depuis 1 an à peine d'un gonflement d
la moitié droite du scrotum, mais son père donne d'autres renia
gnements. Le mal remonte presque à la naissance : car, lorscp
l'enfant revint de nourrice, le testicule droit présentait déjà un j<
lume beaucoup plus considérable et affectait une forme presqi
carrée.
Pendant l'enfance il a peu grossi et ne s'est accru assez rapid
ment que depuis une année. Du reste, les douleurs sont à peu pi
nulles, et c'est à peine s'il y a pendant la marche une certai
l^ne, que soulage l'emploi d'un suspensoir.
SiAMGK DU 24 AVRIL. 907
La tumeur, grosse comme un œuf de poule, est irrégulière, bos-
seléei dure en certains points, mollasse en d'autres, surtout au
fommet des bosselures, indolente à la pression, sans changement de
eouleur à la peau. Le cordon spermatique et le canal déférent sont
pirftitement sains et Ton ne découvre rien d'anormal dans les ré-
gions iliaque et lombaire. La miction se fait sans obstacle. On reste
du» l'incertitude relativement au diagnostic ; rien dans les antécé-
dents de famille ne fournit de lumière.
On trouve au cou une cicatrice, mais on ne sait quelle en a été
h cause et elle ne sufBt pas pour justifier le diagnostic de tubercu-
Sntkm testiculaire en voie de ramollissement. On pense à une tu-
BMor kystique, mais on s'arrête à l'idée d'un sarcocèle, pour lequel
M pratique, le 14 mai, la castration, qui fut suivie de succès.
L'examen à Toeil nu sur une coupe faite parallèlement au grand
ne montre :
i* Que la tumeur est implantée soit sur Tépididyme, soit sur le
corps d'Highmore, mais bien évidemment en dehors du testicule,
qu'on retrouve à l'état sain à la partie antérieure de la masse mor-
S* Que cette tumeur est formée surtout par des kystes bien
îiolés, renfermant des Uquides divers : matière d'apparence sé-
Iwée fluide, mucilagineuse, poils, etc. Dans Tintervalle des
podies kystiques, masses adipeuses, grains cartilagineux, etc.
L'examen microscopique confirme et précise ces données*
Une grande moitié de la tumeur est formée par une poche assez
V^euse pour pouvoir loger une amande verte, remplie et dis-
que par un mélange d'épiderme, de cholestérine et de poils.
Les cellules épidermiques, quadrilatérales ou pentagonales sont
%Bes, pâles et un peu granuleuses, sans noyau visible même A
lide de Tacide acétique; elles ressemblent aux cellules de la
^3oe des poils. La chlolestérine est en cristaux ; les poils sont
^Urts, follets, incolores, dépourvus de bulbe, très-nombreux. La
lit)! interne de c^ette poche est lisse, luisante, d*un rose gris, et
|Mssée d'épideime pavimenteux dont on peut enlever des lames
ksex étendues. Débarrassée de son contenu, cette paroi se plisse
prend les caractères d'une peau très-mince ; elle est d'ailleurs
I et là recouverte de poils courts, mais solidement implantés,
rec bulbe et glandes sébacées.
Plusieurs kystes, dont le volume varie depuis celui d'un poia
uqa'à celui â\ine noisette, renferment un liquide muciforme,
{Môs, plus ou moins transparent, et dans lequel nagent des gout-
dletles huileuses, des cellules d'épithélium cylindrique sans cils
vQmUles, et de gros corpuscules granuleux. La paroi de ces
kystes est blanche, fibreuse, solide , tapissée par une couche ooi^
908' SOCtÉTE DE CHIRUHOIB.
tinue d'épithélium cylindrique. Sur la face interne de Tun de de
kystes anfractueux et multiloculairos, on voit des franges flottante
dans répaisseur desquelles se trouvent un grand nombre d'actii
appartenant à la classe des glandes en grappe et remplis d'épilhé
lium dit nucléaire. A côlé de ce dernier kyste se trouvent deiu
masses consistantes : Tune arrondie, grosse comme une cerise
Tautre allongée, cylindrique, longue de 2 centimètres environ nu
1 centimètre à peine de diamètre.
Toutes deux, creuses à l'intérieur, présentent une cavité au
quart remplie de mucus ; la paroi, très-épaisse, est constituée de
dehors en dedans par une couche de fibres musculaires lisses très-
distinctes, entremêlées de tissu conjonctif, par une véritable nra-
queuôe lisse, souple, molle, plissée, surmontée de papilles grosses
et courtes très-évidentes, munie dans son épaisseur de glandes
tqbuleuses, et enfin tapissée d'une belle couche de cellules cylin-
driques.
If s'agit, sans aucun doute possible, de deux segments d'intes-
tin grêle, isolés l'un de l'autre et juxtaposés.
ËPtre les kystes, du tissu conjonctif en faisceaux avec fibres
élastiques très-délicates entremêlées ; au milieu de la tumeur, une
petite masse de tissu adipeux ayant à l'œil nu et au microscope 11
plus parfaite ressemblance avec le tissu graisseux sous-cutané.
Un peu plus loin, amas de noyaux cartilagineux, réunis entre
eux par du tissu fibreux de manière à paraître articulés, mais qoi
pour la plupart n'ont point de forme précise. Toutefois deux de
ces noyaux offrent une ressemblance frappante avec les cartilages
arythénoïdes, ils sont en effet prismatiques, triangulaires, légère-
ment recourbés, se regardant par leur concavité, et réunis à npe
masse cartilagineuse informe, mais plus grosse qu'eux. On tron^
sur la concavité d'un de ces crochets cartilagineux une surface
d'apparence muqueuse où se voit au microscope une magnifique
glande en grappe, analogue à celles qu'on trouve dans te
larynx.
En somme, sac cutané, tronçon d'intestin et vestige de larynXi
telles sont les parties que renferme cette tumeur et qui suffisea^
amplement pour caractériser l'inclusion.
Je vais maintenant faire connaître sommairement les fait^
publiés depuis 1855 et venus à ma connaissance.
, Tilanus décrit un cystoûbroïde congénital du testicule gauche
qui à l'origine était peu étendu, mais qui à 20 ans mesurai
12 lignes de long et 6 de large, et fut extirpé avec succès.
La tumeur consistait en kystes dermoïdes gros et petits» avei
éjHthélium, longs poils» glandes sébacées et sudoripares. La paroi
SiAJfGS DU 24 AVRIL. 809
86 en certains points, contenait des os et des cartilages
aent développés ^
)^ le professeur Heschl, de Krakau, publie un assez long
Biv les kystes dermoïdes en général et rapporte l'ob-
suivante de dermoïde testiculaire [Hoden dermeid) ^ :
Reder vit en 1853 Tenfant d'un surveillant de fabrique,
uns et qui depuis sa naissance était atteint d'un gonfle-
Miicule droit. Le mal s'était accru peu à peu, sans causer
irs, jusqu'à acquérir le volume d'un œuf de poule. La
Dépendue au cordon spermatique, était allongée, de con-
jrès-inégale, élastique en avant, de dureté osseuse en
[Wque et non fluctuante. On ne pouvait déterminer la
lu testicule. La peau du scrotum était normale, mobile
iMir, ses plis étaient effacés.
action exploratrice ne donnant issue à aucun fluide et la
I ramenant aucune matière à caractères bien tranchés, on
à faire la castration sans diagnostic précis.
leur, étant mise à nu par une incision longitudinale, fut
a point le plus mou, afin qu'on pût s'assurer de la posi-
esticule. 11 s*écoula aussitôt une substance visqueuse,
9, renfermée dans les larges mailles d'un réseau de poils,
a interne de la cavité ouverte était rugueuse, mais on n'y
int le testicule.
Déda alors à l'extiipation de la tumeur et à la fermeture
ie. La guérison, sans accidents, était complète au bout
ines.
en anatomique attentif montra que la tumeur était un
iroi antérieure épaisse d'une ligne, à moitié couvert à
e interne de saillies transparentes, irrégulières, dures,
ient à la paroi une épaisseur de 4 à 5 lignes.
ivaît dans cette couche des os à angles aigus, possédant la
icture osseuse; une grande quantité de poils, fins ou
, diversement enchevêtrés, naissant de la paroi du
î renfermait en outre de la graisse liquide et des masses
friables, semblables à de la graisse figée. On trouva
ins la paroi de grosses glandes sébacées, mais on ne re-
»as les glandes sudoripares, pour ne point gâter la pièce,
iposée au musée pathologique de Vienne,
kyste était enveloppé par la tunique vaginale propre du
•mtioD originale a été publiée dans un recueil hollandais que je
n me procurer. J'ai donc dû me contenter de ce court extrait.
Jâbrbûcher, 1858, t. aXV, p. 171.)
Jêbnebrift fur die praktiscbe HeiJkande. Prag. 1860, IV Bd,
R Min. DI LA soc. DE GHIR. H
810 SOCléTÉ DE GHIRUROn.
testicule et confondu avec son feuillet interne, de telle sorte qu
occupait exactement la place du testicule absent. Le cordon sçù
matique se perdait dans la membrane susdite.
M. Heschl ajoute une réflexion sur laquelle je reviendrai pli
tard. <K Ce cas, dit-il, est d'autant plus remarquable que dans toi
les dermoïdes scrotaux observés jusqu'à présent, on n'a pas pi
d'après Verneuil, démontrer avec certitude le siège du mal dans!
testicule même, ce qui a été constaté d'une manière non douteuse
dans notre cas. »
M. Kocher signale deux pièces pathologiques appartenant au
collections de Giessen et de Gœttingen *.
La première est un kyste du volume d'une noix avec des poil
et des lobules graisseux ; il a son siège dans le scrotum et re-
pose sur la face externe de la tunique vaginale a laquelle il es
fixé par du tissu cellulaire lâche.
Le kystome dermoïde de la collection de Gœttingen, a la grosseo:
d'une petite pomme, il se compose d'un kyste avec une envelopp
dense, mnis peu épaisse cependant. Le contenu est formé d'um
bouillie épaisse, molle, avec des cheveux droits ou roulés en spi-
rale. Ces derniers sont libres ou plantés obliquement sur lapaioi
La bouillie kystique se compose presque exclusivement d'épithé-
lium pavimenteux très- nettement limité, irrégulier. On trouvi
dans la paroi des plaques calcaires étoilées, surtout dans tof
couches externes. Le testicule est situé en haut et en arrière. Sa
face antérieure est aplatie par le kyste. Entre la paroi du kyste el
le parenchyme testiculaire normal, se trouve une couche épaisse
de tissu lardacé, composé de tissu conjonctif alvéolaire qui ren-
ferme de la graisse. Le cordon est en arrière ; l'épididyme e^
détruit. Le point d'insertion de la tunique vaginale sur le testical<
et l'épididyme est normal. La tunique vaginale viscérale pass
sans interruption de la surface du testicule sur la tumeur.
Ce dermoïde est donc développé sur la surface antérieure â
testicule, entre celui-ci et la tunique vaginale, de sorte qu'entJ
la paroi et le parenchyme testiculaire se trouvait un tissu graii
senx semblable au tissu sous-cutané.
En 1862, M. Julius Geinitz, d'Âltenburg, publie l'observatic
suivante :
Extirpation d'un kyste dermoïde avec os et cheveux, siégeant dans
le scrotum <.
Gustav Ehrler vint au monde sans que ses parents ni sa non
t Téralome du testicule in Krankheiten der Hodena^ etc., p. 891, ig7l,
Handbucb de Pitha et Billroth.
« Deutsche Klinik, 1863, no 22, p. 216.
SÉANCE DU 21 AVRIL. Sli
rioe remarquassent rien d'anormal. A 6 mois, on aperçât à droite
du scrotum une tumeur qu'on prit pour une hydrocèle, et qu'on
traita longtemps par les badigeonnages iodés et diverses embro-
eitioQs. A 2 anSy je reconnus une hydrocèle avec fluctuation et-^
traosparence manifeste ; une ponction donna issue à un fluide
aqueux et limpide. La tumeur ne disparut pas par cette évacua-
tion; la partie inférieure de la poche garda sa forme primitive et le
TOlume d'une coque de noix, se continuant en arrière avec le tes-
ticule manifestement augmenté de volume. La paroi offrait la con-
sistance du parchemin, résistante au voisinage du testicule et
allant en s'amincissant vers la partie supérieure. La ponction ne
détermina aucune réaction, et la tumeur ne tarda pas à se remplir
comme auparavant.
Peu à peu le testicule parut grossir ; la paroi du kyste alla en
s'^ssissant et en s'indurant.
A l'âge de 3 ans l'enfant est bien constitué, fortement bâti et d'ap-
parence saine. La tumeur arrondie, ayant envahi tout le scrotum,
pend jusqu'à la partie moyenne de la cuisse, refoule en haut le
testicule gauche et le pénis, et remonte presque jusqu'à l'anneau
inguinal.
On distingue le cordon spermatique sain en arrière et en bas de
la tumeur.
La peau sus-jacente est normale, mobile, sans changement de
couleur ; en haut fluctuation comme en eus d'hydrocèle ; en bas,
divers points manifestement ossiflés ; dans l'intervalle, plusieurs
ttillies molles, élastiques commodes kystes.
La masse morbide est tout à fait indolente.
Opération le 18 octobre 1860, à l'aide du chloroforme. On se
(^posait d*abord de reconnaître, par une incision, la nature et
l'étendue de la tumeur, ainsi que ses rapports avec le testicule.
Incision longitudinale de 3 pouces comprenant la peau et le
imm cellulaire. Elle met à nu la tunique vaginale commune qui
Présentait une fluctuation évidente. — Son ouverture donne issue
k une bouillie épaisse d'un blanc éclatant qui contenait d*innom-
t>Tables poils courts et libres. La paroi postérieure de la poche
Mystique était également couverte de poils. Derrière elle on perçoit
^core de la fluctuation. Une incision fait sortir *une grande quan-
^té de sérosité jaunâtre et limpide. En ouvrant largement ces deux
kystes on divise plusieurs lamelles osseuses, puis on trouve à leur
'^ce interne plusieurs saillies charnues. Par une recherche atten-
^ve on sent en bas et en arrière un corps mou qui se continue
^Immédiatement avec le cordon et qui paraît être le testicule. On
procède alors à l'extirpation des kystes; en dirigeant toujours le
812 SOCléTB DE CHIRUROIB.
tranchant du bistouri du côté de la tumeur, on parvient à Tisoler
du testicule très-aplati et à conserver ce dernier.
Trois artères furent liées et la partie inférieure de la plaie iiit
fermée par deux sutures pour prévenir une hernie du testicule.
Charpie sur la plaie et suspensoir.
La tumeur consiste en un kyste principal qui mesure 2 pou-
ces 1/2 de diamètre et renferme un grand kyste séreux, tu
autre plus petit, et deux petits kystes dermoïdes ; il est entoori
d'une tunique fibreuse complète.
Le kyste séreux possède une paroi fibreuse et osseuse; la
parties fibreuses se continuent avec les parties osseuses comnx
les fontanelles avec les os larges de la voûte du crâne. Les lamei
osseuses qui forment la plus grande partie de la paroi sont compo-
sées de deux couches compactes entre lesquelles se trouve do
tissu spongieux (diploé). Les parties fibreuses envoient à la {eux
interne des os une couche qui çà et là prend l'apparence d*UQC
membrane séreuse.
Les kystes dermoïdes un peu aplatis s'insèrent sur le kystfl
séreux et proéminent dans sa cavité. Le plus volumineux s'étend
même jusque sous les pièces osseuses ; ils renferment surtout d66
cellules épidermiques et des poils courts. Leur face interne, m
point où elle adhère au kyste séreux, est régulièrement et abon-
damment munie de cheveux et présente des inégalités dues à des
amas d'épiderme. Les follicules pileux munis de leurs glandes
sébacées répondent à une couche composée en grande partie
d'épiderme condensé, et çà et là seulement de tissu conjonctif. On
ne peut découvrir de couche papillaire. Le reste de la face interne
du kyste est lisse.
Après l'opération, fièvre violente, vomissements, soif, peaa
chaude, pouls très-fréquent, déviation des yeux, respiration
anxieuse, somnolence avec les yeux demi-fermés. L'enfant tf
mange rien ni ce jour-là ni le suivant, il crie quand il rend soi
urine parce que celle-ci touche la plaie ; application froide sur 1
tète. A l'intérieur acide phosphoiîque.
La connaissance ne revient que le 7« jour, 25 octobre. L'entai
prend un peu de lait ; on lui donne de la magnésie et un lavement
Le 28 octobre, l'opéré n'a plus de fièvre et recommence à jouei
La plaie est pansée pour la première fois.
30 octobre. — Le pouls s'accélère de nouveau ; le scrotum roug
et reprend son volume d'autrefois, il s'écoule un liquide putride <
infect. On fait des applications d'infusion de camomille.
Bientôt la suppuration reprend de meilleurs caractères; '.
rougeur et le gonflement diminuent, la plaie se recouvre de gn
nulalions ; elle est tout à fait close le 11 décembre.
8iANGB OU 24 AVRIL. 318
Sa mai 1862, l'enfant est vigoureux et son scrotum offre une
i^MTence tout à fait normale. Le testicule autrefois aplati»
presque atrophié, s'est convenablement développé et offre une
X)fl8istance normale. La cicatrice cutanée y adhère encore en un
letit point ; partout ailleurs elle est libre et mobile. Plusieurs con-
fères ont pu se convaincre de l'intégrité du testicule.
L'auteur ajoute les remarques suivantes :
Ce cas est à ma connaissance le premier (je n'en ai trouvé que
Moedans la littérature) où l'on ait conservé le testicule dans
'abhtion des kystes dermoïdes du scrotum. Je considère la
ameur comme n'étant qu'un kyste dermoïde, parce que le déve-
Off&oïeni n*a en lieu qu'après la naissance, ce qui parle contre
hypothèse d'une inclusion (intratôlation Geschwùlst). A la vérité
1 serait facile avec un peu de fantaisie de reconnaître là le cuir
ilie?elu, le tissu cellulaire sous-cutané, les os du crâne avec leurs
fines compactes interne, externe Bt leur diploë, puis les fonta-
leUes interposées entre eux, la dure-mère, etc. De cette façon un
vdiment du crâne serait constitué.
Les bulletins de la Société anatomique de 1864, renferment une
observation importante à cause des détails cliniques et de notes
iistologiques dues à MM. Robin et Cornil. De plus, notre collègue
I. Cniveilhier fit sur ce cas un rapport assez étendu ^
idiiion scrotale viscérale. — Tumeur encéphaloïde de répididyme. — -
Infection générale. — Mort 6 semaines après la castration,
Par M. Spiess, interne des hôpitaux.
0..., 24 ans, garçon de restaurant, entre le 30 avril 1861 à la Pitié^
Bnrice de M. Richet, salle Saint-Gabriel, n"* 40. 11 est de grande
die, d'une bonne santé habituelle. 11 y a 3 ans, servant dans la
Ivalerie, il s'est froissé le testicule en montant à cheval ; cet
liane augmenta alors de volume sans vives douleurs cependant,
continua à s'accroître bien qu'à deux reprises différentes on ait
umis le malade à un traitement par l'iodure de potassium.
En 1862, il est réformé ; la tumeur était indolente, de la gros-
or du poing, et ne gênait que par son volume.
Cet é\ai continue jusqu'en 1864; 15 jours avant l'entrée du
ilade à la Pitié, des douleurs apparaissent le long du cordon.
La tumeur est piriforme, régulière, peu bosselée, longue de
ieentimètres, ayant 26 centimètres de circonférence; son sommet
vrespond à KoriAce inférieur du canal inguinal. La peau qui
recouvre est de couleur normale, sans cicatrice ni adhé-
s&ee. Il semble que les parties supérieure et inférieure soient
■ Bolh Soc. ênat^ 1854, p. 277.
314 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIB.
constituées par du liquide et la portion moyenne par un corps
Bolide, étant donnée la consistance molle des premières et dore
de la dernière ; mais à la lumière on ne trouve pas de transpi-
rence.
Cordon un peu gonflé, mais souple et sans nodosité; canil
déférent normal.
Rien de spécial dans les antécédents ; on soumet néanmoins le
malade à un traitement par Tiodure de potassium et le biiodure de
mercure, mais sans résultat.
Le 2 juin, M. Richet pratique la castration. Avant l'opération,
ponction avec un trois-quarts; issue de sérosité sanguinolente.
Suites de ropémtion très-simples, cicatrisation rapide et complète.
Le 20 juin, douleurs dans le dos et les lombes ; toux.
4 juillet. Les douleurs lombaires ont augmenté, le malade a
assez maigri, il a de la peine à faire mouvoir ses jambes; on est
obligé de le sonder pour expulser ses urines.
12 juillet. Respiration de plus en plus difliicile; matité asseï
étendue des deux côtés de la poitrine.
22 juillet. Mort dans une sorte de coma.
Description et examen de la pièce.
En incisant la tumeur coucbe par couche, on trouve : 1* ^
tunique vaginale ; sa cavité est cloisonnée par des fausses mem-
branes entre lesquelles est de la sérosité sanguinolente et une
matière rougeâtre gélatineuse ; 2"^ Talbuginée considérablement
épaissie ; 3<> le testicule.
La tunique vaginale et Talbuginée, très-distinctes Tune de Tautre
sur lés parties latérales de Torgane, se confondent en arrière m
niveau de Tépididyme ; ce dernier est considérablement augmenté
de volume.
Sur une coupe faite d'arrière en avant on remarque sur la partie
correspondante au testicule, une masse ovoïde blanchâtre, cartiltf:
gineuse, de 3 centimètres 1/2 de diamètre ; autour d'elle quelque
noyaux analogues et des fragments osseux, sans forme bien déter
minée, entourés d'une membrane fibreuse, sorte de périoste, é
percés de trous semblables aux orifices des canaux vasculaîrei
En arrière des noyaux cartilagineux, amas de substance sébacé
et de poils; la matière sébacée est entourée d'une membrane roa
geâtre ; les poils, dont quelques-uns ont jusqu'à 5 centimètre
de long, sont mêlés à de la matière sébacée,dans des kystes and
logues aux précédents; quelques-uns d'entre eux sont implantés
la face interne de l'enveloppe kystique.
Enfin, en avant de la tumeur, et recouvrant l'albuginée, e
SÉANGK DU 24 AVRIL. 315
006 petite masse arrondie, lisse à la surface, molle, rougeâlre,
semblable à du tissu tesliculaire infiltré.
yépididyme a un aspect à peu près normal ; le corps est gns
rosé, assez consistant; la tête et la queue sont rougeâtres et
ramollies.
Examen par M^ le professeur Robin. — Cette masse morbide
38t formée principalement pai* du cartilage, il y a aussi des
kystes renfermant de la matière sébacée, semblable à celle de
l'enduit fœtal et des kystes pileux de l'ovaire ; cette substance
sstaccompaicnée de poils. Le tissu cartilagineux offre les carac-
ièraB du cartilage fœtal; seulement, les cellules cartilagineuses et
Isors noyaux renferment une quantité considérable de granula-
iions graisseuses.
Entre les kystes précédents et le cartilage se trouvent quelques
Sragments osseux et un tissu rougeâtre formé principalement de
sorps fusiformes, de noyaux, de corps fibro-plastiques et de quel-
lues leucocytes. Les noyaux sont presque tous déformés par des
^ulations développées au milieu. Les deux extrémités de Tépidi-
lyme offrent la structure que Ton constate lors de Taltération dite
3Qcéphaloïde, la partie moyenne, d'aspect fibreux, renferme des
•ubes épididymaires moins altérés.
Autopsie^ par M. Louis Odier :
Poumons envahis par des masses blanchâtres, d'aspect encé-
)haloïde.
GangUons lombaires du côté gauche volumineux et également
ligénérés. Un de ces ganglions, surtout, a pris un volume consi-
lérable et forme à la partie inférieure du rein gauche une tumeur
|tti comprime l'uretère ; dilatation considérable du calice et des
taginets.
L'examen des noyaux pulmonaires et du ganglion, fait par
«Comil, a montré qu'il s'agissait de tumeurs secondaires, ayant
l'œil nu l'apparence de rencéphaloîtle, caractérisées par des
dules très-volumineuses à noyau considérable et à gros nucléole,
ir des dilatations ectasiques des vaisseaux et par l'absence d'une
une de tissu conjonctif.
Eq 1871, M. Ed. Lang, d'Innsbruck, publie une note intitulée :
in Beilrag zur Kentniss sog. Dermoid Cysten (contribution à la
iioaissance des prétendus kystes dermoîdes) {Archiv. fur patbo-
ghcbe Anatomie... de Vircbow^ t. LIU, p. 128, 1871), et rapporte
le longue observation.
J. R..., 1 an 1/2, porte dans la partie gauche du scrotum, au lieu
9 testicule, une tumeur du volume d'un œuf de poule, recouverte
^ les téguments normaux. La consistance est cartilagineuse,
^ea plusieurs petits points, où Ton peut percevoir de la fluctua-f
316 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
lion ; cordon spermatique semblable à celui du côté opposé ; g
glions voisins intacts.
Au moment de Taccouchement, on ne constata rien, mais peu
temps après, la garde remarqua le volume du testicule gauche i
depuis lors, s'accrut peu à peu et continuellement.
En février 1870, ponction exploratrice qui donne issue à
goutte de sang. En novembre, le professeur Heine pratiqa
castration; la ligature de 3 vaisseaux ne suffisant pas, on fin
ligature en masse du cordon.
Les suites furent extrêmement favorables. La fièvre traumati*
ne dura que 5 jours et la température ne s'éleva le soir qu'à 99
Au bout de 20 jours la plaie n'avait plus que quelques lig
d'étendue.
La tumeur est enveloppée de deux tuniques vaginales, T
communOy l'autre propre ; en arrière et en bas elle possède
pédicule constitué par les éléments normaux du cordon sper
tique. A droite de l'abouchement de ce cordon se voit une sa
aplatie de 9 lignes de long sur 3 de large et i d'épaisseur et
va en diminuant vers le haut.
Après la tunique vaginale propre, on trouve une sorte de m
brane albuginée de 2 lignes d'épaisseur en certains points
qui, dans d'autres points est amincie par des kystes arrondi
volume d'un pois dont on voit le contenu par transparence.
Sur une coupe qui sépare la tumeur en deux moitiés, onvml
kystes du volume d'un grain de millet ou d'un haricot, séparés
des cloisons minces comme une feuille de papier, ou épaî
de 3 lignes, kystes qui renferment tantôt un liquide (
tantôt un fluide trouble. Dans les cloisons et les points de
contre le doigt reconnaît des indurations cartilagineuseï
osseuses du volume d*une pointe d'épingle.
En arrière et en bas existe un grand espace kystique qui se
de la masse principale de la tumeur une petite partie porta
saillie aplatie dont il a été question plus haut.
L'examen microscopique fut fait avec beaucoup de soin sui
préparations fraîches ou durcies. Il est trop long pour être rc
duiten entier. Qu'il suffise de savoir qu'on trouva des kystes t
ses par de l'épithélium cylindrique et remplis par des cel
épithéliales détachées, des globules muqueux, ou des d
d'éléments déformés.
Les nodosités dures du stroma étaient constituées par du i
lage et du tissu osseux; ce dernier, sans disposition lamelleu
sans canaux de Havers, consistait seulement en corpuscules oc
dans une substance calcifiée homogène.
La tunique albuginée présentait des faisceaux fibreux de d
SiAlfGE DU 24 A.V1UL. S17
consistance, aspect et épaisseur, séparés par des amas de cellules
également très-variées, ici lymphoïdes, là, prêtes i se métamor-
phoser en cartilage et en os.
Plusieurs des kystes étaient tapissés par une membrane offrant
les caractères d'une membrane avec ses accessoires; papilles,
glaadules analogues aux acini salivaires ou muqueux, dont
quelques-uns étaient munis d'un canal excréteur, ou semblables
aux cryptes de la muqueuse intestinale.
D*autres kystes portaient à leur face interne des ilôts de peau
d'épaisseur variable, munis de poils et de grosses glandes sébacées
et présentant d'ailleurs les caractères ordinaires du tégument.
Les kystes cutanés étaient quatre fois plus nombreux que les
kystes muqueux.
On trouvait dans le stroma fibreux, outre les os et le cartilage,
nn gros fragment de tissu spongieux renfermant dans ses aréoles
on tissu lymphoïde. Trois fois on rencontra des fibres nerveuses à
double contour. Nulle' trace de muscles striés. En plusieurs points
muscles lisses assez bien caractérisés.
La partie da la tumeur qui se trouvait derrière le grand espace
kystique se distinguait par sa richesse en faisceaux nerveux et en
cellules nerveuses.
La saillie constatée sur la tumeur par l'examen à l'œil nu n'est
autre que le testicule. On distingue les canaux séminifères diffé*
rant à peine de l'état normal réunis en groupes séparés par des
cloisons. Ce testicule épais seulement de 1 ligne 1/2 à 2 lignes,
était muni d'une albuginée adhérant à l'albuginée de la tumeur par
quelques faisceaux unissants.
Tels sont les 9 faits qu'on peut ajouter aux 10 observations que
j'ai réunies en 1855. 8 d'entre eux sont fort incomplets, les
6 autres sont heureusement plus détaillés.
Mais à eux tous éclairent-ils beaucoup la question et dissipent-
ils les obscurités que je signalais jadis ? Je crains que non et
constate d'ailleurs que certains des observateurs récents ne sont
guère au courant de la science.
Ces faits cependant, ne sont pas sans utilité, cai* ils serviront
au moins à contrôler quelques-unes des assertions que j*ai émises
autrefois, et, je crois, aies confirmer pour la plupart •
Sur les 10 cas anciens, j'avais trouvé 6 fois le côté indiqué et
c*était toiyoursle droit. Dans les cas nouveaux, l'affection siégeait
4 fois à droite, et 3 fois à gauche. 2 fois le siège reste inconnu.
Jusqu'à ce jour on n'a pas encore vu les deux côtés pris à la
bis, c'est-à-dire l'inclusion double ou bilatérale.
Après avoir longuement discuté le siège anatomique du para^
31S SOGIKTÉ DE CU1RUR6IB.
site et ses rapports avec le testicule, j'étais arrivé jadis aux coa-
elusions suivantes :
La tumeur se développe parfois dans les couches sous-cutaoéaB
du scrotum, en dehors de la glande séminale; elle peut, dans
d'autres cas, être primitivement étrangère au scrotum et se trou-
ver en connexion intime avec ]e testicule avant sa descente. —
L'indépendance absolue ou la fusion complète du testicule et de là
tumeur peuvent se rencontrer, ainsi que toutes les dispositions
intermédiaires. — L'inclusion est ordinairement extra-glandulaire,
et les observations établissant que le sac fœtal peut siéger dans
rintérieur même de la glande séminale sont encore à produire. —
Je n ai rien d'essentiel a ajouter à ces conclusions. FUen noo plus
à en retrancher.
Dans le cas de M. Bœckel c le testicule parfaitement sain est
refoulé en arrière et en bas de la tumeur, celle-ci se trouve en
quelque sorte contenue dans une poche formée par les couches
profondes du scrotum, > donc indépendance complète de la glande
et du parasite. Il en était peut-être de même dans la pièce du
musée de Giessen.
Cette indépendance existait encore : A) dans le cas de M. Gei-
nitz, puisqu'il fut possible de séparer le testicule de la tumeur;
B) dans la pièce du musée de Gœttingen, car il est dit que la face
antérieure du testicule est aplatie par le kyste, et qu'enti*e eux su
trouve une couche épaisse et lardacéee, composée de tissu coi^
jonctif et de graisse; C) dans le cas de MM. Labbé et Verneuil
où une coupe montre que la tumeur est implantée sur répididym
ou sur le corps d'Highmore, mais bien évidemment en dehors d
testicule.
A la vérité l'accolemeut était plus intime dans Tobservation d
M. Lang, car on distinguait à peine le testicule à la partie posté
rieure et interne de la tumeur, sous forme d'une saillie de 9 ligne
de long, sur 3 de large et 1 d'épaisseur, se continuant avec 1
cordon spermatique. Ce testicule toutefois était muni d'une tuniqn
albuginée distincte, adhérant à la tunique albuginée de la tumeii
par quelques libres unissantes.
Les rapports entre la production morbide et la glande séminal
sont beaucoup moins certains dans l'observation de M. Spiesi
En effet, dans la description, on parle à plusieurs reprises du tesl
cule, mais ce mot (et ce n'est pas la première fois que cela aniv(
n'est pas pris dans le sens rigoureux. Il s'applique seulement à I
partie de la tumeur qui n'est pas l'épididyme, et qui est recouverl
d'une tunique albuginée. Or, cette partie renferme des masse
cartilagineuses et osseuses, des amas de. matière sébacée et d
poils, des kystes, etc., mais point de glande normale. Il n'est ques
SiANGB DU 24 AVRIL. 9i9
tion de celle-ci que dans la courte phrase suivante : c En avant
de la tumeur est une petite masse arrondie, lisse à sa surface,
que recouvrait l'albuginée ; cette masse est molle, semblable à du
tissu testiculaire inliltré. >
I D'après cela, il est vraisemblable qu'ici, comme dans le cas de
I UtLang, le testicule très-rudimentaîre était rejeté sur un point
I circonscrit de la circonférence du kyste parasitaire recouvert d'une
membrane fibreuse, semblable.
Je me suis étendu assez longuement sur ce cas parce qu'ira
servi autrefois à combattre une opinion que j'avais émiso et que je
ne suis pas encore disposé à abandonner. J'avais dit que Tinclu-
sioD péritesticuiaire n*était pas encore prouvée.
Or» en 1864, notre collègue, M. Ëd. Cruveiihier, faisant un rap-
port sur l'observation de M. Spiess, y trouvait la démonstration de
cette variété, c'est-à-dire un exemple de ce qu'il appelle V inclusion
riscérale (qu*il vaudrait mieux, soit dit en passant, nommer indu-
sion intra- testiculaire) . Il se fondait sur ce fait qu'une tunique
albuginée commune recou\Tait la tumeur parasitaire et le vestige
de la glande séminale. Eh bien, je ne suis pas convaincu, car
dans ce cas comme dans bien d'autres, je trouve seulement entre
les deux parties de la tumeur une fusion par accolement et non
la preuve que le parasite ait occupé à un moment donné le centre
de la glande génitale.
H. Cruveiihier, dans le cours de son rapport, me paraît égale-
nient commettre une légère confusion en regardant comme un
spécimen d'inclusion viscérale le cas que j'avais autrefois rapporté,
d' Après Prochaska, et dans lequel la tumeur était accolée au testi-
cule encore contenu dans le ventre. Dans ce fait il n'y avait point
d'inclusion scrotale, il est vrai, mais pas davantage d'inclusion
^Qtra-testiculaire. Il existait simplement une juxtaposition avec
adhérence de l'organe pathologique et de l'organe normal, comme
c'est du reste le cas de beaucoup le plus commun.
Le fait de M. Heschl, donné comme concluant, ne l'est en au-
cune façon et ne démontre nullement la situation de la tumeur
^8 le testicule lui-même. En effet, ni avant ni après l'opération
en ne put trouver l'organe en question, on dit même explicitement
^e le kyste occupait sa place (sodass sie geradezu die Stell des
^ngelndan Hodens einnabm)^ comment alors affirmer qu'il ren-
'^ïinait la tumeur? J'ajoute que du reste, et sans doute pour mé-
^ger la pièce, on n'a pas cherché suffisamment le testicule
^i peut-être, comme dans les cas précédents, était aplati,
^^ophié et appliqué sur quelque point de la circonférence de la
^Umeur.
Je suis donc en droit de dire en 1878, comme en 1855, que Tin-
8Î0 80GIKTB OK dURUBOIE.
clusion întra-testiculaire est encore à démontrer. Je n'insiste «
ce point que parce qu'il a une certaine importance pour la théor
pathogénique de l'inclusion.
En étudiant sous un autre point de vue les rapports du testicu
avec la masse morbide, je trouve que le premier occupe relativi
ment à la seconde des situations diverses : en bas et en arrièfi
en haut et en arrière, en avant ou sur les côtés. Le plus souvei
toutefois le parasite se grefle sur la face antérieure de la gland
Ce détail a une certaine importance pour la médecine opératoire
Bien que Taffection ait été remarquée à des âges très-différent
la congénitalité n'est pas plus douteuse dans les nouvelles obseï
vations que dans les anciennes. Nulle difficulté pour les dei
enfants observés par MM. Geinitz etLang; chez le premier, dé
l'âge de 6 mois, on constate à droite du scrotum la tumeur qu'a
prend pour une hydrocèle; chez le second, la nourrice remarqui
peu de temps après la naissance le volume insolite du testicnli
gauche.
Dans les cas de Tilanus et de Heschl, on dit explicitement qiu
la tumeur était congénitale.
Le sujet de notre observation (Labbé et Verneuil) n'a bi
observé qu'à 14 ans, et ne rapportait le début de son mal qa'i
Tannée précédente; mais son père raconta que l'affection remoatai
presque jusqu'à la naissance, et qu'au retour de nourrice l'enfai
avait déjà le testicule droit beaucoup plus volumineux et de form*
carrée.
Les patients de MM. Bœckel et Spiess étaient plus âgés , 38 1
24 ans, et n'avaient rien remarqué d'insolite dans les parties géni
taies avant un violent effort pour le premier et pour le second v
froissement de testicule pendant l'équitation.
Chez ces deux sujets la période d'indolence et d'arrêt de
tumeur a donc été considérable et peut-être eût-elle été indéfln
sans les irritations intervenues; mais la congénitalité n'en est pi
moins évidente à mes yeux, jusqu'au moment du moins où c
m'aura prouvé qu'un effort et un froissement sont capables €
donner naissance à des tumeurs renfermant des pièces cartik
gineuses et osseuses, des kystes, de la peau, des poils, des glandi
normales, etc.
Au reste je n'imagine pas qu'il soit nécessaire d'insister, puisqi
même pour les simples kystes dermoïdes la congénitalité est Irèi
généralement admise.
Analomie pathologique. — L'œil nu et les quelques exam«
histologiques anciens avaient déjà permis de reconnaître dans V
inclusions scrotales un grand nombre de tissus et d'organes pU
ou moins rudimentaires ; mais les recherches microscopiques fiâili
BiANca DU 84 AVRIL. sa
DT'
i
sor les pièces nouvellement recueillies ont sensiblement accru
DOS connaissances anatomo-pathologiques.
Ainsi je faisais remarquer autrefois que les vestiges d'organes
trouvés dans ces tumeurs appartenaient presque exclusivement aux
parties qui dérivent du feuillet externe du blastoderme et que les
^ organes splanchniiiues n'étaient jusqu*alors représentés que d'une
icrj manière équivoque.
ik: £n effet, je ne pouvais citer en 1855 qu'un sac renfermant du
■P méconium et une espèce de poche à paroi musculaire rappelant
:& la structure d'un viscère creux, intestin ou vessie. Or, depuis,
Ht <^8 trançons d'intestin ont été vus nettement par moi-même et
k pv H. Lang qui a noté aussi la présence de quelques glandes
i;.- muqueuses.
•f. Personne n'a retrouvé de substance cérébrale, ni de cordon
■I neneux distincts, et nul encore n'a constaté nettement l'existence
Ib des muscles striés.
En ce qui concerne les signes et la marche, les observations
>cf nouvelles ne présentent aucune particularité qui n*ait été déjà
oientionnée dans notre premier travail ; je n'y insiste donc pas
<^s ce rapport. Nous notons toujours les deux périodes d'indolence
6t de stagnation d'une part, d'accroissement et d'inflammation de
''autre. Cette dernière évolution est due d'ordinaire à une violence
extérieure. Pour la première fois, cependant, nous voyons l'inclusion
tesliculaire compliquée d'une affection étrangère, le cancer déve-
loppé dans l'épididyme et entraînant la mort alors que l'opération
Pouvait être considérée comme guérie ^.
Diagnostic. — Pas plus que leurs prédécesseurs (André, de
^eronne et Velpeau exceptés) les chirurgiens contemporains n'ont
porté d'avance le diagnostic de l'inclusion scrotale. M. Bœckel se
le reproche et invoque comme circonstance atténuante les change-
ments qu'avait fait subir à la tumeur l'inflammation causée par la
ponction préalable. Il regrette surtout de n'avoir point examiné au
v^icroseope quelques parcelles de la tumeur. Mais a ce propos je
'^ppelerai que plus d'une fois des ponctions ont été pratiquées
<iaas ce genre de tumeur sans éclairer les chirurgiens. Il faudrait
^ue le trocart amenât quelques poils ou au moins du magma épi-
dermique pour qu'on songeât à des débris de fœtus. Le liquide
filant d'apparence muqueuse, l'épithélium cylindrique, les éléments
^u tissu co^jonctif, le tissu cartilagineux, etc., n'auraient aucune
^gniflcation parce qu'ils se rencontrent dans maintes tumeurs te&-
^culaires.
* h retrouve dans le mémoire de M. Heschl, loeo cUato^ p. 57, un exemple
^ dirmoide ovariqne également compUqué de cancer.
M2 SOCrÊTÉ DB GHIRUnOIB.
C'est par les signes cliniques qu'on arriverait le mieux i
diagnostic ; aussi suis-je un peu surpris qu'on ait fait si peu d'at
tention à la congénitalité, à l'indolence, à la marche lente, etc,, du
les cas de MM. Geinitz et Lang, et dans celui dont M. Labbèi
moi avons raconté l'histoire.
Traitement. — Dans la plupart des cas nouveaux on a pratiqué
castration, qii'à la rigueur on aurait pu remplacer par Textirpatk
dans le fait de M. Bœckel. M. Geinitz seul a extirpé la tumeur (
respectant le testicule, mais sans avoir porté à l'avance le vi
diagnostic. Par prudence, il fit une incision de trois pouces sur
partie antérieure de la tumeur pour en reconnaître la nature,
l'ouverture de la première tunique donna issue à une bouill
épaisse contenant une grande quantité de poils.
Une recherche attentive permit de reconnaître en bas et (
arrière un corps mou qui se continuait avec le cordon et parais»
être le testicule. On procéda alors à une dissection minutieuse q
permit de conserver cet organe, lequel était très-aplati.
Le résultat fut favorable, car 2 ans après on revit Tenfiiiit
l'on constata que le testicule autrefois aplati et presque atropii
s'était développé et avait pris une consistance normale.
On peut féliciter M. Geinitz de ce beau succès opératoire HU
s'étonner de la prétention qu'il afHche en ce qui touche la priori
de ridée et de l'exécution d'ime semblable opération.
t Ce cas, dit l'auteur, est, à ma connaissance, le premier oii Vi
ait conservé le testicule dans Fablation des kystes dermoîdas^
scrotum. »
On en pourrait conclure que M. Geinitz n'était point au coure
de la science; mais il nous dit, faisant ainsi montre d'éruditk
qu'il a trouvé dans la littérature 11 cas semblables, ce qui i
précisément le nombre des faits pubHés en 1862.
Il en faut conclure que M. Geinitz ne connaissait ces 11 (
que par ouï-dire et ne les avait pas lus, pas plus que mon mémo
de 1855, où 10 d'entre eux se trouvaient rassemblés. Sans quo
aurait su qu'il avait été précédé par Velpeau et que plusieurs tu
tatives opératoires avaient été faites déjà en dehors de la oi
tration.
Certes, je ne blâme pas l'extirpation avec conservation du testic
si la chose est possible, puisque j'ai moi-môme autrefois reoo
mandé ce procédé, cependant je ferai remarquer que dans
deux seuls cas où il ait été mis en usage, on a vu survenir deft ai
dent fort graves allant jusqu'à la mort inclusivement chez Top
de Velpeau. De sorte que la castration serait peut-être en sommi
meilleure pratique à suivre.
Quoique ce rapport ait déjà pris des proportions consîdérabi
SiANCB DU 24 AVRTL. ttS
je voudrais ajouter quelques réflexions sur la nomenclature, les
causes et la pathogénie de l'afTection qui nous occupe.
En 1855 je rencontrais déjà sur mon chemin des dénominations
très^liverses et des hypothèses non moins nombreuses sur les ori-
gines du mal en question.
Après une discussion minutieuse des faits j*étais arrivé à conclure
que tous les cas connus jusqu'alors se rapportaient à la monstruo-
sité par inclusion et qu'il fallait en conséquence donner à cette
affection le nom d'inclusion scrotale ou testiculaire.
Les faits nouveaux ne m'ont point fait encore changer d'avis; aussi
je n'adopterai point les dénominations de dermoide cyste^ scrolal-
dermoide, oden dermoide, cysto-ûroîde congénital^ kystome der^
moîdcy que je trouve en tête des dernières observations. M. Lang et
Bœckel ont déjà critiqué avec raison le terme de kyste dermoide
comme ne s'appliquant nullement à leurs cas respectifs. M. Geinitz
seul conserve à dessein cette expression < parce que, dit-il, le déve-
loppement n'a eu lieu qu'après la naissance, ce qui parle contre l'hypo-
tèse d'une inclusion. » A ({uoi je répondrai qu'il faut avoir oublié
tout à fait l'histoire de l'inclusion pour s*imaginerque les tumeurs
qui en dérivent sont nécessairement évidentes au moment où l'enfant
vient au monde, et connaître mal l'origine des kystes dermoïdes
pour croire qu'ils peuvent se développer de toutes pièces dans les
premières années de l'enfance.Les arguments de M. Geinitz peuveni
donc être considérés comme non avenus. Le seul néologisme qui me
parait acceptable est celui que je trouve dans le livre de M. Kocher.
D désigne sous le nom très-euphonique et très-clair de tératome
du testicule les kystes dermoïdes et les tumeurs foetales.
Ce terme a l'avantage de ne point trancher la question d'origine,
encore si obscure, et je suis disposé par conséquent à l'adopter
provisoirement.
M. Kocher distingue ensuite les tératomes suivant le degré de
complication anatomo-pathologique en trois catégories : le der-
inoidokystme, le tératome à kystes multiples, où Ton rencontre la
peau et ses dépendances, le tissu conjonctif avec les cartilages
hyalins ou des os véritables.
Un troisième genre de tératome dans lequel on trouve, outre les
kystes précédents , des tissus très-variés : muscles lisses , sub-
stance grise nerveuse, et des organes plus ou moins bien formés,
dents, os longs et plats, os de la face avec orbites, vésicules oeu-
vres, etc.
Ces variétés pouiTaient se réduire à deux, le tératome simple
^tiine renferme que les éléments anatomiques d'un seul système ;
^ le tératome compliqué ^ dans lequel au contraire plusieurs sys-
^iDes sont représentés.
^M sociiré db chiruroib.
Ce n'est pas la première fois du reste qu'on répartit en dei
groupes les tumeurs en question : Ollivier le voulait déjà, pu
Lebert, puis Littré et Robin dans la 10" édition du Dict. de Nysk
Au point de vue anatomo-pathologique la chose n'a pas d*incoi
vénient, mais il ne faudrait en inférer que les faits, différents quai
à la composition histologique ou organique, le sont aussi i>ar lei
nature et leur origine. Je vois bien, depuis là pièce si simple deJ
collection de Griessen Jusqu'aux cas de Velpeau, d'André, etc., un
série se compliquant d'une manière progressive, mais je cherch
en vain en. quel point on pourrait faire une coupure bien netU
réservant pour l'un des segments la théorie de l'inclusion et pou
l'autre l'hypothèse d'une néoformation complète.
En un mot, depuis 1855 je ne trouve pas que le problème d
l'origine ait fait le moindre progrès. A cette époque nous avion
déjà la théorie de Pigné, celle de Lebert, sur l'hétérotopie plasti
que, que je combattais vivement; aujourd'hui j'en rencontre oo
autre qui n'est point entièrement neuve, et qui d'ailleurs n*expli
que pas mieux que les autres la totalité des faits. Je veux parle
delà théorie de Waldeyer que M. Lang admire fort , mais cp']
n'accepte toutefois qu'avec des réserves prudentes. S'il faut voa
-exprimer mon sentiment sur les diverses hypothèses, anciennesoi
récentes, destinées à expliquer la monstruosité par inclusion ett
formation de kystes dermoïdes, et la fréquence des tératomes das
l'ovaire ou dans le testicule, je vous dirai tout nettement qu'aucun
ne me satisfait. En conséquence, au lieu de vous entretenir di
l'hétérotopie plastique, de la puissance prolifique particulière di
testicule, de Thermaphrodisme de deux glandes séminales mâle c
femelle à une certaine période du développement, des propriété
de l'épithélium gerniinalif, de la fécondation de deux germes daii
un seul ovule, ou de k parthénogenèse, je préfère vous dire qv
rien encore n'est décidé, et vous engager à attendre qu'une 001
velle lumière ait éclairé ce coin obscur de la science.
J'ai l'honneur de vous proposer les conclusions suivantes :
1"* Adresser des remerciements a M. Jules Bœckel ;
2* Insérer son observation dans nos bulletins ;
3"* Inscrire son nom sur la liste des candidats au titre de mec
bre correspondant.
La séanco est levée à 5 heures 10 minutes.
Le secrétaire^ •
HORTELODP.
Purit.— iBp. Pt«l Dtpont, 41. rieJetn^acqnot-Roaiteta. (aft«« 78.) L9 CénaM. MéV
aLufCB DU 1^ UAx» 315
Séance dn !•' mai 1878.
Présidence de M. F. Guton.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correapondaiiee*
La correspondanee comprend :
1* Les journaux périodiques de la semaine ;
2* La Revue médicale de Toulouse^ le Bordeaux médical^ le
Lfon médical;
9^Le British médical journaly la Gazette médicale italienne-lom^
htde, la Gazette de santé militaire de Madrid;
4* Une lettre du D' Brémond adressant à la Société son journal
bi-mensuel, la Nouvelle médecine balnéaire;
5* Une lettre de M. le D' Wasseigt, demandant à être inscrit sur
Il liste des candidats au titre de membre correspondant.
H. le président annonce que, dans le comité secret tenu le
2* avril 1878, la Société de chirurgie , pensant que l'Exposition
attirera beaucoup de chirurgiens français et étrangers, a décidé
qoeles séances ne cesseraient pas pendant la période des vacances.
H. le président propose, en signe de réjouissance pour la grande
^ nationale que la France célèbre aujourd'hui, de ne pas tenir
séance.
Cette proposition étant adoptée à l'unanimité, M. le président
lève la séance.
Le Secrétaire,
HORTELOUP.
Séance dn 8 mai 1878,
Présidence de M. Tarnier.
^^ procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance*
^ correspondance comprend :
^* Les journaux et publications périodiques de Paris, la France
^*1 étranger;
^OLL. ST UÛU. DB LA SOC. DE GHIR. 22
SSft SOCIBTB DE CHIRURGIB.
2*> Une brochure intitulée : Rapport sur Pusurpation des titres
médicaux y par le D' Ad, Piéchaud ;
3° Un travail intitulé : Kyste dentaire {tumeur à myéloplaies)
avec photographies, par le D"" Herbet, d'Amiens (ra: «porteur,
M. Magitot);
4" Une observation (avec photographie) de cancroïde de la face,de
M. le D' Herbet, d'Amiens. Cette observation est présentée par
M. Verneuil qui fait remarquer que cette affection est un exemple
de cancroïde ayant pour point de départ les glandes sudoripares,
seule espèce de cancroïde pouvant expliquer la durée et TindoleDce
de la maladie ;
5» Une observation adressée par M. le D' Poinsol, de Bordeaux,
membre correspondant, intitulée :
Hématocèle du scrotnm. •* Castration. — Pansement antiseptique. -
Absence de suppuration. — Guérison.
Au moment où la question du pansement des plaies est à l'ordre
du jour, alors que les différents procédés sont soumis à l'exameD
d'une critique minutieuse, la pubUcation de l'observation suivante,
paraîtra, je Tespère, offrir quelque opportunité. Elle peut être
rapprochée des faits présentés à TAcadémie des sciences par
M. Sédillot au nom de M. Jules Bœckel, et témoigner, comme eux,
des importants résultats qu'il faut attendre du pansement antisep-
tique de Lister.
D..., cordonnier, ftgé de 32 ans, d'une constitution athlétique, sV
perçut, dans le courant de janvier, que son testicule droit n'avait plus
son volume habituel. Il y avait comme une petite nodosité surajoutée
à Torgane. Sans se préoccuper d'avantage de cet état, D... se contenta
de prendre un suspensoir, mais bientôt la tumeur devint très-douloi^'
reuse, elle s'accrut lentement, et le malade, effrayé alors, se mit ent^^
les mains d'un médecin qui lui avait été recommandé. Le traiteme<^^
consista d*abord en des compresses résolutives, puis dans Templ^^
des préparations iodées intus et extra.
Aucune amélioration ne se produisant après que le traitement 9**^
été suivi pendant un mois, D... se découragea, resta quelques joi*^^
sans rien faire ; puis, soupçonnant qu'une opération pouvait deveO^
nécessaire, il réclama mes soins.
Voici dans quel état je trouvai le malade à la date du 4 mars :
Le testicule droit a le volume d'un gros œuf de canard ; sa for^^
rend la comparaison très-exacte. La tumeur est uniformément ré<^'
tente, dure, dans toute son étendue ; en avant, semble exister is^^
fluctuation obscure. La pression est douloureuse. Le cordon est saÂ^*
ainsi que la peau sillonnée par quelques vaisseaux veineux anoni^^'
lement développés. Le testicule gauche est sain, un peu remonté v^*^
l'anneau.
•AaNCB du 8 MAI.
Ia santé ^nérale est excellente : le pouls et la température sont
rmaux. Le malade accuse dans la tumeur des douleurs lancinantes
i t'irradient dans le cordon et le privent quelquefois de repos. In-
rogé sur ses antécédents, il affirme n'avoir eu aucune affection
aérienne ; il n'a point reçu de coup sur le testicule et sa profession
l'oblige à aucun effort violent. Il ne peut, en un mot, fournir aucun
utignement sur la cause et le moment réel du début de son affec-
a.
rhésitai un instant entre une hématocéle et une tumeur solide ; mais
hmiee de tout traumatisme antérieur, la manière purement fortuite
al la tumeur avait été reconnue par le malade, le mode de dévelop-
Bfiit de cette tumeur me firent pencher vers la seconde hypothèse.
Dèaireux cependant d'édaîrcir mes doutes, j'appelai en consultation
. le professeur Oré qui se prononça, lui aussi, pour l'idée d'une pro-
idion solide, que la rapidité de sa marche devait faire considérer
nme maligne. En présence de ce distingué confrère, je pratiquai
«ponction exploratrice de la tumeur. Elle demeura sans résultat :
eu liquide ne sortit par le trocart. La pointe de l'instrument pou-
I être promenée dans l'intérieur de la masse morbide, mais elle
Miit la sensation de la déchirure d'un tissu mollasse. Dès lors le
ignostic nous parut assuré : la castration fut décidée et proposée au
ihde.
Cehî-ci demanda à réfléchir, et je demeurai sans le voir jusqu'au
Bars.
Dans cet intervalle, sur les conseils d'un pharmacien, D... s'était
pliqué sur la partie antérieure de la tumeur un caustique à la pou-
lie Vienne. Cette application avait été fort douloureuse et avait de
v, été suivie d'un redoublement des douleurs primitives qui étaient
ranues presque intolérables. En même temps le cordon s'était pris :
était devenu volumineux et formait une tumeur prolongeant la
mière, avec laquelle elle se confondait en bas, et s'étendant en
li dans l'abdomen.
En présence de cette complication, l'opération, que réclamait le
Jade, me parut devoir être différée. Bien que très-peu rassuré sur
lalure véritable de la tuméfaction du cordon, comme l'inflammation
fait Y prendre une certaine part, même dans le cas où il y aurait eu
lahissement de l'organe par le néoplasme, je prescrivis une appli-
tion de sangsues qui eut pour résultat de calmer notablement les
olaurs et même d'amener une certaine diminution dans le volume
■ cordon. Cette diminution se prononça les jours suivants sous l'in-
tence des onctions mercurielles, et le 26 mars je crus pouvoir entre-
tadre la castration.
L'opération eut lieu sous le nuage phéniqué. Les instruments, les
Htages avaient séjourné pendant 24 heures dans une solution phéni-
aée (faite 50 sur 1,000).
h pratiquai sur la partie antérieure de la tumeur une incision ellip-
i^e, destinée à enlever la portion de peau qui avait été cautérisée.
A tumeur s'énucléa facilement avec le seul secours des doigts. Après
8S8 SOCIKTK OB CaUIiUROIE.
avoir divisé la gaine du cordon, je le séparai en deux moitiés
liai séparément avec le catgut. Je liai de la môme maniém
petits vaisseaux pour lesquels la torsion n'avait pas suffi. L*lié
terminée, je lavai soigneusement les surfaces, mais avec une i
phéniquée faible (25 sur 1,000).
Une mèche de crin de cheval fut placée au fond de la plak
points de suture enchevillée, avec fil d'argent, réunirent les
profondes. La peau fut réunie par douze points de suture supei
pour laquelle j'employai encore le crin.
Comme pansement, j'appliquai directement sur la plaie un n
de soie huilée, comme protective ; par-dessus, je mis une eoi
boracic lint^ préparé suivant les indications données par If.
Championnière dans son excellent résumé de la chirurgie antîw
Le tout fut recouvert de charpie ordinaire trempée dans la f
faible. Un taffetas gommé, passé au préalable dans la môme 8<
dut empêcher l'évaporation. Le pansement fut maintenu par un
L'opération achevée, je m*empressai d'examiner la tumeur
isolée, elle donnait absolument la sensation d'un eucéphaloîde i
Mais, en l'incisant, je m'aperçus bien vite que notre diagnosti
été erroné. La tumeur offrait en effet une vaste cavité ren
caillots résistants et dont les parois, d^une résistance cartila|
et d'une grande épaisseur, étaient formées évidemment par la ▼
dégénérée. La face interne de cette dernière était çà et là cout
fausses membranes récentes et molles ; dans quelques poiis
masse des caillots se montraient de très-petits foyers de suppi
Le testicule était absolument ramolli et tout à fait semblable
bouillie sanguinolente. Le gonflement du cordon était simplen
flammatoire. Il s'agissait donc, non point d'un cancer à marche
mais bien d'une hématocèle commençant à s'enflammer.
Les suites de l'opération furent des plus simples.
Dans la journée, le malade éprouva quelques nausées q[u'ex|
Taction du chloroforme. Il n'accuse aucune douleur ; le pouls d(
à 80 ; température 37o 2.
La nuit fut également calme.
27 mars, — Aucune douleur. Température, matin, 87», 1 ; soir
Pouls à 70».
28 mars. — Pansement. 11 s'est écoulé une certaine quantité d
mais, contrairement à ce que j'ai toujours vu dans les cas anaJ
le pansement n'a pas la moindre odeur désagréable : à peine ex
une faible odeur de graisse rance.
Je coupe les sutures profondes, mais sons enlever les fils.
Le pansement est refait dans les mômes conditions. Le nuag
nique a été continué pendant toute Topération. Température,
87^2; soir, 87»,1. Pouls à 74o.
29 mars. — L'état du malade est excellent. Il mange avec ap]
déclare ne pas éprouver le moindre malaise.
Pouls et température normaux.
30 mars, — Pansement, r^es pièces en rapport avec la pla
SRAirCB DO 8 MAI. 929
iatietes : il n*y a pas de traces de suppuration. La réunion paraît
obtenue dans toute retendue de la plaie, sauf sur le trajet de la mèche
Nmnt de drain. La moitié supérieure de l'incision cutanée n*est plus
représentée que par une ligne bleuâtre. J'enlève les points de suture,
tant superficielle que profonde. Je diminue de moitié le volume de la
mèche de crin. Température, soir, 37<>, 3.
Le l*' avril, c*est-à-dire au 6* jour, j'enlevai le reste du draiu,
lanppuration étant entièrement nulle.
Une indisposition légère m'empêcha de revoir mon opéré avant le
SiTiil. A ce moment la cicatrisation est complète et de l'aspect le plus
niisfaisant.
Bien que je n'aie pas reproduit, dans mon pansement, toutes les
particularités de celui de Lister et que j'en aie négligé les détails par
trop spéciaux, je crois cependant en avoir observé les règles princi-
pdee, et le fait précédent me paraît devoir, à juste titre, être mis à
t'aettf de la méthode du professeur de King's Collège.
n est un point sur lequel j'appellerai Tattention, en passant : c'est
Tesploi de la mèche de crin de cheval en guise de drain. Le crin a ici
'fiantage de permettre, grâce à la capillarité, un écoulement très-facile
kl liquides, en môme temps qu'il donne au chirurgien la facilité de
iiainner, à volonté, le volume du drain, sans l'obliger à un déplace-
Mot qui peut ne pas être sans danger et qui, à coup sûr, est toujours
iWble pour le malade.
le termine en me défendant d'un reproche qui m'a été adressé par
'.Desprès au sujet de ma dernière communication, c Au point de vue
in procédé opératoire, a dit M. Desprès, je ne puis accepter la ligature
n masse du cordon, que conseille M. Poinsot. La ligature en masse
été suivie dans un cas de tétanos, i Je sais bien que le même repro-
ke â été formulé par Curling, mais sans avancer aucun fait à l'appui.
•Q revanche, sur cent cas analysés par Velpeau, le tétanos ne s'est pas
lontré une seule fois, bien que la ligature en masse eût été pratiquée ^
• Bouisson n'a jamais eu à noter cet accident dans la pratique de
elpech, de Lallemand et de Serre, et sa propre expérience ne lui a
Buds fourni Toccasion de l'observer ^, MM. Sédillot et Legouest 3,
JUS leur traité de médecine opératoire, ne croient pas au danger
leeidents nerveux dus à Tétranglement du canal et des filets nerveux
if la ligature en masse. Cette dernière compte encore parmi ses par-
lans Giraldès et M. Tillaux ^. D'ailleurs le tétanos n'a pas été
leervé à la suite de la castration qu'avec le procédé incriminé, et,
uiB vouloir entrer trop avant dans la question, je citerai le fait de
• Couronné, de Rouen, où l'on avait pratiqué la ligature isolée des
ûfiseaux du cordon et qui cependant se termina par le tétanos.
' Oictionnaire Encyclopédique^ V série, t. XIII, art. Castration, p. 46.
' Sédillot et Legouest, Traité de médecine opératoire^ 4* ôditioD, t. Il,
5fi2.
• TflJaux, Traité d'anatomie topograpbique, p. 921.
330 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Comme Ta parfaitement dit M. Tillaux, le grand inconvénient de la
ligature en masse est de demeurer très-longtemps en place avant de
tomber. Cet inconvénient disparaît avec le catgut, et la ligature ea
masse se trouve ainsi absoute du plus grave reproche qui ait pu loi
être adressé.
Discussion.
M. Dbsprâs. Je crois que M. Poinsot eût pu éviter son erreur
de diagnostic, s'il avait cherché le point où était placé le testicule.
Lorsqu'on se trouve en présence d'une tumeur du testicule de
date récente; et c'est le cas de M. Poinsot, on peut toujours recon-
naître le testicule. C'est là le point le plus important pour porter
un diagnostic d'une tumeur des bourses, et si cette recherche avait
été faite, je ne doute pas que M. Poinsot ne fût. arrivé à recon-
naître rhématocèle. J'ai, dans mon service, un cas analogue à celui
dont nous venons d'entendre la lecture, la résistance de la tumeur
avait fait porter, par plusieurs chirurgiens, le diagnostic de 8a^
come, mais, en se basant sur ce mode d'examen, je suis parvenu
à poser le diagnostic d'hématocèle.
Quant au développement du tétanos , survenant à la suite de la
ligature en masse du cordon, je ne crois pas possible de ne pas
Tadmettre, car nous connaissons tous le fait de tétanos survenu,
dans le service de M. Nicaise, à la suite d'une ligature en masse
du cordon.
Si je m'élève contre cette manière de faire, c'est que je ne vois
pas pour quelles raisons on ferait pour le testicule ce qu*on n'o-
serait faire dans une autre région ; ainsi je crois qu'aucun chirur-
gien ne ferait, dans une amputation, la ligature en masse du paquet
vasculo- nerveux. Je ne connais pas le fait de M. Couronné, do
Rouen, mais il serait nécessaire, pour le juger, d*en connsdtreles
détails, car il peut se faire qu'un filet nerveux ait été compris dans
la ligature.
M. Verjïeuil. Je crois que si M. Poinsot veut faire quelque*
recherches bibliographiques , il trouvera facilement un grandi
nombre de cas de tétanos à la suite de la ligature en masse. Te^
ai observé un cas chez un de mes opérés, j'en connais un autf^
cas de Paletta qui inventa, pour éviter semblable accident, i>^
procédé de forcipressure.
Pour que la ligature en masse ait été abandonnée par beaucoi^l
de chirurgiens, il faut admettre qu'elle donnait de mauvais résut'
tat. Je considère la ligature en masse comme une mauvaise pr^
tique.
M. FoROBT. J'ai vu souvent faire la castration par Lisfranc, ^^
sÈAncm DU 8 mai. 3Si
employaît toujours la lig^ature en masse ; il se servait d'un fil de
fort calibre et il affirmait qu'il ne pouvait y avoir ni hémorrhagio
ni tétanos parce que le fil, fortement serré, détruisait instantané-
ment les tissus compris dans la ligature.
Je n'ai jamais vu de tétanos à la suite de cette ligature en masse,
et je n'ai vu qu'un seul cas d*hémorrhagio chez un individu opéré
parHichon, qui Texpliqua par une constriction insuffisante.
H. Desprès. m. Ghassaignac employait, pour la ligature du cor-
don, récraseur linéaire et je crois bien me rappeler qu'il y a eu un
cas de tétanos.
H. Lb Dentu. J'ai fait, plusieurs fois, la castration sans avoir
jamais employé la ligature en masse, car je trouve que la liga-
ture de chaque artère séparément est beaucoup plus facile. Rien
n'est plus simple que de jeter une ligature sur chaque vaisseau
que l'on ouvre, tant que l'on n'a pas coupé le canal déférent.
Je partage entièrement l'opinion qui vient d'être émise sur les
inconvénients de la ligature en masse.
M. TiLLAux. J'ai fait un assez grand nombre de castrations dans
lesquelles j'ai toujours employé la ligature en masse et jamais je
n'ai ea de tétanos.
Par ce procédé, je crois que Ton évite un des grands inconvé-
nients de la castration, l'hémorrhagie. Lorsqu'on ne fait pas la
ligature des trois artères du cordon, on doit redouter cet acci-
dent.
Ces artères de très-petit volume se rétractent, ne donnent pas
de sang de suite» et ce n'est que quelques heures plus tard que
aurvient l'hémorrhagie, dont on devient difficilement maître, ainsi
que j'ai pu le constater dans un cas, parce que le cordon, remon-
lantdans le canal inguinal, rend les recherches très-dilllciles.
Quant à attribuer le tétanos à la ligature en masse du cordon, il
'sndrait commencer par prouver que la ligature d'un nerf peut
Occasionner le tétanos, or, ce fait est très-douteux pour moi. Il
û*e8t pas rare que, dans une ligature d'artère, le fil constricteur ne
^isse un petit filet nerveux, sans que, pour cela, il survienne
du tétanos ; je viens de faire, * dans une désarticulation de Té-
paule, la ligature en masse du plexus brachial sans avoir eu le
moindre accident.
Il y a là une loi de pathologie générale qui ne me parait pas
prouvée, et je ne sais pas si la hgature d'un nerf peut donner
i^aissance à du tétanos plus que la ligature d'un muscle. Je ne la
<^te8te pas, mais j'affirme que, pour moi, je n'ai pas encore ren-
^ntré de faits qui me la prouvent.
SS9 SOCISTB DE CHIRUROIB.
Je ne fais pas ce que l'on appelle la ligature en masse, pin
que je lui reproche de ne permettre la chute du fil que beaucoapin)
tard. J'ai présenté, il y a quelques années, un homme auquel j'i
vais pratiqué Tablation d'un testicule avec la ligature en masse; I
fil était encore dans la plaie au bout de six semaines, et je h
obligé d'aller sectionner l'anse pour pouvoir Tenlever.
Pour éviter semblable inconvénient, je dissocie le cordon el
après avoir disséqué la tumeur, je fais trois ou quatre ligature
suivant le volume du cordon. G*est une ligature en masse pir
tielle. Jamais je n'ai eu d'accidents, et du 8* au 12* jour les Si
tombent. J'évite ainsi la chute tardive de la ligature et je suis
l'abri des hémorrhagies consécutives.
M. Sbe. J'ai fait plusieurs castrations avec la Ugature en mas8
sans avoir jamais eu d'accidents; et j'ai cependant abandonné c
procédé, d'abord à cause du temps trop long pour la chute del
ligature, ensuite parce que je crois qu'il expose à des bémor
rhagies. Lorsqu'on a affaire à de gros cordons, la compresao
n'est plus suffisante après quelques heures et il peut survenir dfl
hémorrhagies.
J'ai substitué à la ligature en masse le procédé suivant : lorsqi
j'ai disséqué le cordon, j'incise la tunique fibreuse et j'étale toi
les éléments du cordon au milieu desquels on distingue très-fac
lement les artères que je lie les unes après les autres avant de k
sectionner.
M. Verneuil. La ligature en masse a, certainement, le grai
inconvénient d'exiger un temps très-long pour s'éliminer, mi
elle a, aussi, celui d'occasionner des funiculites , qui devienne
d'un volume énorme.
Je n'ai jamais éprouvé de difficultés à lier les artères sépai
ment, il suffit de les saisir, dès qu'elles sont ouvertes, aveo d
pinces hémostatiques puis, lorsqu'on a enlevé la tumeur, on I
remplace par des fils à ligature. C*est dans ces cas que le cal|
a vraiment une supériorité incontestable, car on n'a plus beac
de s'en préoccuper.
n faut, pour être à l'abri de toute hémorrhagie, lier, non-seul
ment les artères, mais encore les veines ; Paletta le recommat
sans donner d'explication, quoique la raison soit bien naturel
puisque ces veines n'ont pas de valvules.
M. Tillaux nous a dit qu'il croyait avec la ligature en masse è
à l'abri des hémorrhagies secondaires, mais il ne faut pas oo
fondre les hémorrhagies secondaires précoces, qui sont duesi i
artères oubliées ou à de petites artérioles rétractées, avec les vé
SÉANCE DU 8 MAI. 888
tables hémorrhagies secondaires, car il n'y a pas de procédés qui
tel préviennent moins que la ligature en niasse.
M. Després. Pour ne pas redouter les hémorrhagies secondaires^
il faut faire au moins quatre ligatures, car, outre les artères du
cordon, on ouvre toujours une artère du dartos que la ligature en
masse ne peut pas saisir.
Je crois qu'il est préférable de lier de suite les artères sans avoir
recours aux pinces hémostatiques.
A la suite de la ligature en masse, il y a eu des hémorrhc^gies
aecondaires (cas de M. Michon), mais, en outre, il est survenu des
cas d'infection purulente.
M. LuGAS-GHAMPiONmÈRE. Jo n'ai pas eu d'accidents après la
ligature en masse, dans un cas de castration que j'ai pratiquée,
mais je dois remarquer que j'ai employé le catgut, et il n*y a pas
eai se préoccuper de l'élimination ; de plus il ne peut pas y avoir
fioflammation, on n'a donc pas à redouter la funiculite, comme le
pense M. Verneuii.
En employant un catgut d'un gros volume, on pourra toujours
bercer une constriction suffisante sans la crainte de le voir se
rompre. Il y a donc là un élément de succès que je crois néces-
saire de faire ressortir.
M. TnxAux. La ligature en masse du cordon ne met peut-être
pas à l'abri d'une hémorrhagie produite par l'affaissement du cor-
fen, mais, avec la ligature en masse partielle, l'hémorrhagie n*est
^s à craindre.
H. Le Dentu. Je crois qu'il faut aussi rappeler comme la ligature
^Q masse est douloureuse ; sa douleur persiste quelquefois pen-
l^t 24 heures, jamais on ne l'observe dans la ligature partielle.
H. Terrier. Lorsque j'étais interne de Jarjavay, j'ai vu faire
i^nx castrations dans lesquelles on avait lié méthodiquement
hêqae artère ; les deux fois, il y eut des hémorrhagies consécu-
hes.
Dans le service de M. Ghassaignac, j'ai vu faire la castration
^ l'écraseur linéaire sans avoir jamais vu survenir ni hémor-
^gies secondaires ni tétanos.
f ai fait une fois la castration, en employant pour lier le cordon,
^ méthode que nous suivons pour lier les pédicules des kystes
^ Tovaire, j'ai obtenu un excellent résultat.
Si l'on recherche ce qui se passe chez les animaux à la suite de
\ castration, on voit qu'il est impossible d'incriminer la ligature
^ laasse.
334 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Chez le cheval, les cas de tétanos sont fréquents à la suite de la
castration, mais, en relevant tous les faits, on voit qu*il est impos-
sible d'attribuer cet accident plus a un procédé opératoire qu'à un
autre.
Communications .
M. Jude Hûe, de Rouen, lit un travail intitulé : Nouveau proeé^
<t opération du phimosis. (Renvoyé à une commission composée de
MM. Tillaux, Polaillon et Horteloup.)
PrésenUillon de pièce.
M. Marc Ses présente une pièce intitulée :
Atrophie ancienne du membre inpérieor droit. — Développemeiit rtlttif
moindre de la circonvolution pariétale aicandania gauclie.
Un sujet de 55 ù 60 ans, apporté à rÉcole pratique, avait le membre
supérieur droit atrophié, par suite d'une paralysie remontant probiK
blement à l'enfance. Je profitai de l'occasion pour examiner son eer-
veau, et je constatai une di^érence très-notable entre les circoQvola-
tiens pariétales ascendantes des deux côtés. L'inégalité est marquée
surtout à la partie supérieure de ces circonvolutions.
A droite, la pariétale ascendante présente, à 2 centimètres environ
du bord supérieur de l'hémisphère, un gros lobule triangulaire, ^
sommet postérieur, dont la base, répondant à la scissure de Rolando*
mesure 3 centimètres, et dont la hauteur est de 2,5 centimètres. Ui»^
dépression profonde en forme de X divise ce lobule en circonvolf
tiens secondaires ; une autre dépression de môme forme, mais pli^*
superficielle, existe en dehors et un peu en avant de la précédente.
En dedans du lobule eu question, la circonvolution pariétale ascef^
dante droite a une largeur de près de 8 millimètres, qu'elle conser^'
jusqu'au voisinage de son extrémité supérieure un peu rétrécie.
A gauche^ le lobule triangulaire développé sur la pariétale asce^^
dante droite n'est représenté que par une incurvation en boucle de '
circonvolution correspondante. A ce niveau, celle-ci augmente faible
ment de volume, puis elle s'amincit graduellement en cône très-^-^
longé jusqu'à son extrémité supérieure, qui mesure à peine 4 mil)-^
mètres en épaisseur. En outre, cette portion amincie est manifesV^
ment au-dessous du plan des circonvolutions qui la limitent en ava^
et en arrière, tandis qu'à droite la pariétale ascendante les domi^'
de 1 ou 2 millimètres. En dehors de l'incurvation en boucle, la
convolulion pariétale ascendante gauche est encore sensiblement
férieure en largeur à celle de l'hémisphère droit; la différence
de près de 1 millimètre.
siANCB OU 15 MAI. 388-
égalité observée dans une région déferminée des deux hé-
; cérébraux, doit-elle être considérée comme liée étroitement
le paralytique dont était atteint le sujet observé ?
urdon et Luys, qui ont bien voulu examiner le cerveau en
n'hésitent pas à Tadmettre. M. Charcot, au contraire, sans
ament qu'il puisse en être ainsi, refuse cependant de se pro-
irmativement. Il assure, en effet, avoir rencontré sur des
ïTOvenant d'individus qui avaient joui toute leur vie de l'in-
leurs membres, des différences aussi prononcées ou même
dérables que celles que nous observons ici. 11 se pourrait
très M. Charcot, qu'il ne s'agit là que d'un de ces défauts de
pi'il est si fréquent de trouver sur des sujets parfaitement
ence de cette divergence d'opinions, je me garderai bien de
)tte observation aucune conclusion relative à la théorie des
ns des centres moteurs dans l'écorce cérébrale. Je ne puis
Br cependant de faire remarquer que, dans l'hypothèse d'une
née absolue entre l'atrophie du membre supérieur droit, et
de développement de l'hémisphère gauche de notre sujet,
in singulier hasard que celui qui a fait trouver une diminu-
lame précisément dans le point de l'écorce cérébrale où les
I physiologiques les plus récentes placent le centre moteur
e atrophié.
JÏL. Je voudrais demander à M. Sée s'il a examiné la
le bulbe ; car c'est surtout du côté de ces organes, ainsi
!faitement démontré M. Gharcot, que Ton trouve les lésions
; à la suite des atrophies des paralysies infantiles.
Je n'ai pas examiné la moelle et le bulbe qui m'ont paru
ice est levée à 5 heures.
Le Secrétairey
HORTELODP.
Séance du 15 mai 1878.
Présidence de M. Ternier.
;à6-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondanee.
espondance comprend :
publications périodiques de Paris, de la province et de
396 ROCliTB DE CHIRURGIB.
2® Le Bulletin de V Académie de médecine de Belgique^ ainsi que
le 4* fascicule des Mémoires de cette compagnie savante (1818).
Cet envoi est accompagné du programme des questions mises au
concours;
3** Le 4* fascicule des Bulletins et mémoires de la Société k
chirurgie de Paris (n<* du 5 mai 1878) ;
4"* M. Gaujot présente, de la part de Fauteur, M. le D'À. Yvert,
un travail manuscrit intitulé : De la valeur de la suture comme
traitement des plaies pénétrantes de la sclérotique avec issue
d'humeur vitrée;
ô* Une lettre de M. de Saint-Germain, secrétaire général, qui
s'excuse de ne pouvoir assister à la séance.
A propos du procès- verbal,
M. Prestat, membre correspondant, demande la parole.
J'ai assisté notre collègue Guersant dans une opération decasira-
tien où on pratiqua la ligature en masse du cordon. La suture ne fut
pas enlevée et elle se rétracta de telle façon qu'on pouvait faire
pénétrer un stylet de 6 centimètres. Le fil constricteur ne tomba
qu'au bout de 5 mois.
Chez un malade que j'ai opéré, en présence de MM. Marjolin et
Larrey, j'ai placé une ligature provisoire, puis, après avoir lié suo-
cessivement chaque artère, j'ai enlevé la ligature provisoire.
Le malade, opéré il y a 15 anç, est en parfait état de sanlé. L'ob^
servation a été communiquée à la Société et la pièce avait été ex^'
minée par M. Paulet.
M. Desormeaux. J'ai toujours, lorsque je pratique la castratio^
pris soin d'isoler le canal déférent du paquet vasculaire que je L^
en masse. Je n'ai jamais eu d'accidents.
Rapports.
M. Lannelongub, au nom d'une commission composée de MM.
Delcns, Lannelongue, fait un rapport sur un travail de M. P.
ger, intitulé : De Pépanchement articulaire du genou consécu^ ^
aux fractures du fémur.
Le nouveau travail de M. P. Berger contient deux cas de fra(^
ture de cuisse s'accompagnant d'épanchement dans rarticulati9
du genou, que l'auteur croit pouvoir expliquer par le mécanisai
dont il a déjà entretenu la Société; passage du sang extravasé datai
la cuisse à travers la membrane synoviale du genou.
SiAIfGB DU 15 MAT. Sfl
Dans une troisième observation où le squelette de la cuisse
f avait pas été atteint, l'épancbeinent n'eut pas lieu dans Tarticu-
atioD, mais, au-dessus de l'articulation, dans la poche séreuse
ituée au-dessous du triceps, et, pour M. Berger, il n*y a pas de
loute que cet épanchement, dans la bourse séreuse, ne se soit pro-
lait par l'introduction du dehors en dedans du sang épanché.
Je suis loin de partager Texplication donnée par M. Berger, car
1 serait d'abord nécessaire de prouver l'existence de cette bourse
téreuse sous-tricipitale. Quant à admettre la possibilité du passage
lu sang à travers une séreuse, comme le soutiennent MM. Gosse-
m et Berger, je ne le crois pas douteux, mais je pense que, dans
jeaucoup de cas, l'épanchement articulaire peut et doit s'expliquer
ion par la transsudation du sang, mais bien par une entorse de
'articulation du genou s*accompagnant d'épanchement ai*ticulaire.
je qui me permet d'admettre, pour expliquer Tépanchement, la
coïncidence de l'entorse du genou, ce sont les cas fréquents de frac-
.nre de jambe avec épanchement dans l'articulation du genou, car
il est impossible d'admettre que le sang ait pu remonter de la
fracture dans le genou.
Je vous propose les conclusions suivantes :
!• D'adresser des remerciements à M. Berger;
2* De renvoyer son mémoire à la commission chargée d'exami-
ner les titres des candidats à une place de membre titulaire.
M. TiLLAUx. Depuis les travaux publiés sur ce sujet, j'ai toujours
cherché, chez les individus que j'ai eu à soigner pour des fractures
de cuisse, s'accompagnant d'épanchement articulaire, quel était
le mécanisme que Ton pouvait invoquer. Dans certains cas, j'ai
cru pouvoir admettre l'entorse du genou, dans d'autres, il m'a
semblé que la théorie de MM. Gosselin et Berger devait être ac-
ceptée, car je ne pense pas que l'on puisse admettre qu'une entorse
du genou, sufBsante pour amener un épanchement, ne soit pas ac-
compagnée de douleurs.
n me paraît difRcile d'admettre qu'un épanchement sanguin,
contenu dans une articulation, puisse traverser la séreuse pour
pénétrer dans le tissu cellulaire sous-cutané. Dans les hémato-
cèles du genou, je n'ai jamais eu d'ecchymoses sous-cutanées.
H. Verreuu.. Je n'ai pas de théorie pour expliquer l'épanche-
ment articulaire qui accompagne les fractures de cuisse, mais je
crois que la théorie soutenue par MM. Gosselin et Berger, n'est
pas encore prouvée, car je ne crois pas qu'un épanchement sanguin
puisse passer de toute pièce à travers les parois d'une articulation
saine. Dans les fractures de jambe, l'épanchement du genou est
888 SOCIÉTÉ DE GBimmsiB.
constant, et dans un cas d'anévrysme diffus de la cuisse^ 9
avait pas trace de sang dans l'articulation.
Je ne crois pas que le sang épanché dans une cavité sér
puisse traverser les parois pour devenir sous-cutané ; le sigo
Valentin, ecchymose lombaire dans les épanchements sangoiîi
la plèvre, Tecchymose du triangle de Scarpa, dans les épan
ments sanguins de l'abdomen, me paraissent n'avoir d'autre n
nisme qu'une déchirure de la séreuse ayant permis le passag
sang dans le tissu cellulaire sous-cutané.
M. Lannelon<}ue. J'admets parfaitement les objections que
lève la théorie soutenue par MM. Gosselin et Berger, à caus
la difficulté que l'on éprouve à donner des preuves évidentes,
je crois cependant qu'elle est vraie, parce que j'ai trouvé, dai
épanchement de cette nature, un liquide avec des globules ro
assez abondants pour ne pouvoir l'expliquer que par le pai
du sang à travers la séreuse. Dans la thèse de M. Berger, il y i
faits non douteux. Mais je ne crois pas, ainsi que je l'ai àé^i
que cette théorie puisse toujours être acceptée.
Dans un cas de fracture de cuisse avec épanchement, les
leurs, siégeant à Tarticulation du genou^ ne permettaient p
nier l'entorse.
Dans un autre cas, l'épanchement ne survint que du
12** jour, et avait été produit par l'appareil.
Dans d'autres faits, l'épanchement ne survint que lorsque
faut se leva, la fracture étant guérie.
Quant à la migration du sang, soit de dedans en dehors, 8<
dehors en dedans, je ne la repousse pas. Dans le travi
M. Poncet, on trouve la preuve de la migration du sang, pui
après un épanchement de sang dans la cuisse, on a consfa
présence des globules dans les ganglions, et de plus les indi
étaient ictériques (ictère hémaphéique de M. Gubler).
Chez un jeune enfant que j'ai observé ce matin, j'ai coi
une fracture de la rotule, datant de 8 jours; les ganglions i
naux sont engorgés et le foie est peut-être pris; de plus, ene
nant les urines, on a trouvé la coloration rosée caractéristiq
rhémaphéine.
Les séreuses sont-elles des barrières infranchissables? Je
avoir trouvé des cas dans lesquels la migration des globulei
ges n'était pas douteuse, aussi je suis d'avis que le sang peii
verser une séreuse.
M . DBSPRis. Il ne faut pas confondre l'épanchement dt
cellulaire avec l'épanchement dans les séreuses. M. Poncet i
tré que» dans les épanchements du tissu cellulaire sous-cuts
SÉANCE DU i5 MAI. '999
réflorption se faisait par les vaisseaux, mais cela n'est pas la théorie
de H. Gosselin qui croit à un phénomène analogue à Texosmose.
n y a un grand nombre de faits prouvant que Tépanchement du
sang dans la plèvre ne s'accompagne pas d'ecchymose lombaire.
H. LAirnsLONGUE. Je ne vois pas de raisons pour ne pas admet-
tre que les globules rouges puissent sortir des séreuses, puis-
qu'une expérience, faite en Allemagne, a prouvé que du lait
imé dans la plèvre d'un animal vivant pouvait passer dans le pé-
ritoine.
H. Verneuil. Je crois que cette expérience a été considérée
OOfflme très-douteuse, et je nie qu'un liquide puisse passer à tra-
vers les parois d'une cavité close.
M. TiLLAux. Nous ne contestons pas Tabsoiption, mais nous
contestons qu'une séreuse intacte puisse laisser suinter du sang
i travers ses parois. Ce n'est pas Tabsorption, c'est le passage que
nous ne pouvons accepter, et je voudrais des faits prouvant le pas-
sage d'un liquide sans lésions des parois.
H. FoRGET. Je demande si le passage à travers les parois d'une
séreuse peut se faire en dehors des conditions d'absorption accep-
tes généralement.
M. Laknelongue. Je ne crois pas avoir avancé de faits erronés
60 disant que le lait placé dans la plèvre peut passer dans le péri-
(Les conclusions sont mises aux voix et adoptées.)
M. GuÉNiOT lit un rapport sur une note de M. Zuède, intitulée :
Css de version pratiquée dans un utérus tétanisé.
Dans la séance du 26 décembre dernier, la Société de chirurgie
• reçu de M. le D' Zuède, de Grand villiers, communication d'un
ttt d'obstétricie opératoire, dont je commencerai par vous donner
iiitégralement la teneur.
• Le 28 avril 1817, dit notre confrère, je fus appelé en consultation
pour terminer un accouchement qui durait depuis plus de 24 heures.
U partnriente avait eu déjà quatre accouchements antérieurs, qui
a'ètaient terminés naturellement. Cette fois, au contraire, le travail se
ftrolonge démesurément, la poch^ des eaux est rompue et l'utérus for-
terncnl rétracté sur le produit ; je trouve, par le toucher, l'orifice
externe à peine ontr'ouvert et rorifîce interne étroitement resserré. 11
^agit d'une grossesse à terme. L'enfant se présente par le crflne, dont
oareecnnatt la présence au niveau du détroit supérieur. L'état géné-
^^ de la femme est mauvais ; il existe une grande prostration. Enfin,
510 SOGIKTK DE CaHRURGlK.
j*apprencl8 que, pour activer le travail, une quantité assez considérible
de seigle ergoté a été administrée.
« Dans ces conditions, je me décide à intervenir immédiatement. Ne
pouvant, à cause de Tétroitesse du col, introduire aucun instrument,
je résolus de pratiquer la version, sans me dissimuler les dangers ni
les difficultés d'une pareille manœuvre. Ma tentative fut heurensement
couronnée de succès, je parvins à extraire un enfant mort, il est vrai,
mais du moins, la femme était sauvée. »
A la suite de cette relation, beaucoup trop sommaire, rauteur
ajoute quelques remarques. Qu'il me suflise de reproduire la der
nière, la seule sur laquelle je désire fixer un instant votre atten-
tion.
a Le fait qui précède, dit notre confrère, me paraît surtout inté-
ressant au point de vue de Tintervention opératoire. Conformé-
ment à l'opinion émise par M. Guéniot qui ne regarde pas comme
impossible la version pelvienne dans les cas de tétanos utérin, j*ai
pratiqué cette opération, avec difficulté sans doute, mais aussi
avec succès. >
Puisque, pour régler son intervention^ M. Zuède s'est inspiré
d'une opinion que j'ai, en effet, récemment exprimée devant vous*,
je crois nécessaire de revenir sur cette dernière afm d'en bien
préciser la portée.
En déclarant la version toujours possible^ même dans les cas
do rétraction violente de l'utérus, je n'ai nullement prétendu qu'il
fût habituellement bon de la pratiquer. Tout au contraire» dans les
cas de présentation du tronc avec enfant mort, la dérotomie oo
i'cviscération me semble le plus souvent bien préférable ; de la
sorte, on élude en grande partie les difficultés qu'engendre le
tétanos utérin. Mais lorsque, par suite de circonstances exception-
nelles, ces opérations se montrent impraticables ou sont jugées
plus dangereuses que la version elle-même, il va de soi que c'est
à celle-ci qu'il convient de recourir ; et, je le répète, si l'on se
conforme aux règles que j'en ai données ailleurs ^, la manœuvre
de la version sera toujours rigoureusement possible.
Cette manière de voir, il est aisé de le reconnaître, diffère sen-
siblement de la pratique suivie par M. Zuède. Dans les observations
que j'ai faites ici, je n'avais en vue que les cas où Tenfant se pré-
sente par le tronc, tandis que dans l'exemple relaté par notre con-
frère il s'agissait d'une présentation du crâne. De plus, jamais je
n'ai voulu dire que la version dût Stre tentée avant toute dilatation
1 Voir BnlL et Mém. de la Soc, de cbirurg,, 1877, p. 583.
• Guéniot, Nouv. procédé de veraioD, applicable aux cas dilSeilea, ou pi^
cédé ano-pelrien. (Arch. de TocologiCy 1877, p. 651.)
siIance do 15 MAI. 841
de Torifice utérin ; or, cette opération fut exécutée par M. Zuède
dors que c ToriOce externe était à peine entr*ouvert et que l'ori-
fice interne restait étroitement resserré, i c'est-à-dire, en d'autres
tanes, avant même que le col fût complètement effacé. En telles
conditions, j'avoue que, loin de recommander l'emploi de la ver-
sion, je m'appliquerais plutôt à le proscrire ; car, il s'agit ici de
Yiccoucbement forcé, dont les effets généralement désastreux ne
sont plus chose à démontrer.
Je conviens, toutefois, qu'il est certains cas de nécessité où l'o-
pérateur se trouve en quelque sorte contraint d'agir, sans pouvoir
disposer du choix de la méthode. Alors, nécessité fait loi. C'est
nne nécessité de cet ordre, je me plais à le croire, qui s'est impo-
sée à notre confrère; et l'issue de l'opération, toute favorable pour
h mère, mérite certainement d'être notée. Mais il est à regretter
qu'une rédaction par trop laconique et l'absence de très-impor-
tanls détails ne nous permettent pas de tirer meilleur profit de ce
succès relatif.
Je n'insisterai pas sur l'abus qui fut fait de l'ergot de seigle ; car
cet abus est devenu tellement vulgaire, que Ton peut avec vérité
en pressentir l'existence dans presque tous les accouchements
laborieux qui sont mal dirigés. Grâce à la facilité de son emploi,
cette substance est, en fait^ plus pernicieuse que bienfaisante ; et
il en sera ainsi, tant que les sages-femmes ignorantes auront
pleine liberté de la prescrire.
M. Zuède nous a encore adressé, à la date du 6 mars dernier,
Bne autre note t sur deux cas de polypes du col de la matrice. »
Vais ce dernier travail, tout 'en nous montrant le succès chirurgi-
en de l'auteur, ne renferme aucune particularité qui puisse cgouter
ata notions actuellement acquises sur la matière. Je croix devoir
coaséquemment me borner à cette simple mention ; et, comme
conclusion de ce rapport, je vous proposerai :
1* D'adresser à M. le D' Zuède des remerciements pour ses com-
■Qunications ;
i* De déposer les deux notes de l'auteur dans les archives de
notre Société.
Discussion.
H. Tarnier. Je désire défendre le rapport que j'ai fait à l'A-
cadémie ; j*ai dit que le seigle ergoté était un excellent médica-
i&ent qu'il fallait savoir manier.
Si on doit le défendre aux sages-femmes, il n'y a pas de raison
pour ne pas le défendre aussi aux médecins. Je crois que le meil-
W moyen pour conserver les avantages de cet excellent médica-
ment, c'est de bien déflnir les cas où il faut l'employer.
BULL. KT MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 23
]9i^ SOCIÉTÉ UE CIIIRURGIR.
. M. GuÉNiOT. L'Académie était consultée pour savoir si oui
non il fallait conserver aux sagpes-femmes le droit d'administré)
seigle; je crois qu'il aurait fallu spécifier que la sage-femme
pourrait donner le seigle que lorsque Tenfant et le placenta n*étai
.plus dans Tutérus. De cette façon, on aurait empoché Tadmii
tration du seigle pendant la période de Taccouchement et em]
ché ainsi de nombreux accidents.
M. Tarnieh. Nous ne pouvons pas retirer l'emploi d'un mi
cament qui, bien administré, peut sauver la vie d'une femme,
lieu de faire des lois de proscription, il faut instruire les médec
et cela sera plus profitable. Il faut répéter souvent et bien b
que l'administration du seigle pendant le travail augmente le no
bre des enfants mort nés, et que son emploi, entre la sortie (
enfants et celle du placenta^ rend la délivrance difficile.
M. GuÉNioT. Je crois qu'il faut poser en principe que l'on
doit administrer le seigle que lorsqu'il n*y a plus rien dans f
iérus.
M. Tarnier. Rien de solide dans l'utérus, comme le (
M. Pajot, car lorsqu'il y a des caillots, l'emploi du seigle ne pc
qu'être utile.
Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.
Prëseiitatioii de pièees.
M. PoLAiLLON présente un amputé du bras qui a constn
pour son usage un bras artificiel très-remarquable. Cet honuB
amputé du bras en 1857, après la campagne de Kabylie, aé
nommé facteur aux lettres. Il a construit, lui-même, un bras, qo
nomme bras en acier, et qui lui peimet de remplir toutes les foD
tiens que nécessite son métier. Il peut écrire, maintenir son papifl
suivre le parcours de la plume, maintenir un registre, un paqo
de lettres. Dans le mécanisme de ce bras d'acier, les mouvemeo
ne sont pas donnés par le moignon, mais par l'omoplate, car
bras est maintenu par un crochet qui passe sous l'aisselle. Cet af
pareil est d'une grande légèreté et d'un prix peu élevé.
La séance est levée à 5 heures 1/4.
Le secrétaire,
IIORTELOUP.
I I
SBANCB DU %i MAI. 31**)'
Séance du 22 mai 1878.
Présidence de M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
i* Les publications périodiques de Paris, de la province et de
l'étranger ;
8* Une brochure adressée par le ministère de ragi*iculture et du
commerce, brochure relative à la commission des Congrès et
Conférences, pour la durée de TExposition universelle de Paris ;
8* Un fascicule du Traité do cliiruvqio et de médecine opératoire^
par le IK Edouard Albert, de Vienne ;
4* Le 5* numéro du journal T Avenir médical du nord de la
France (publication périodique nouvelle);
6»Le Catalogue des livres composant là bibliothèque scientifique
de Claude Bernard ;
8" Un mémoire manuscrit, intitulé : Des lésions des nerfs pro-
alites par les fragments dans les fractures, par M. le D' Chalot
(Commissaires : MM. Forget, Sée et Tillaux);
7* L'observation suivante, adressée par M. le D"" Fleury, de Cler-
inont, membre correspondant, et qui a pour titre :
Rnptnre d'une sonde dans la vessie sortie par le rectnm.
M... est âgé de 78 ans, d*une constitutiou robuste, d'un tempéra-
^voi sec Co malade est doué d'une volonté et d'une énergie à toute
preuve.
En 1863, il a subi l'opération de la lithotritie qui lui a été pratiquée
ir M. Civiale. Depuis cette époque il n'a pu uriner sans le secours
W sonde, la vessie était restée le siège d'un léger catarrhe.
L'instrument dont il se servait avait un diamètre do 5 millimètres et
résentait des rugosités assez nombreuses, qui étaient le résultat des
^adores grossières que l'on y avait pratiquées.
Le Î2 avril dernier, la sonde fut introduite aussi facilement qu*à
ordinaire, mais en la retirant le malade s'aperçut qu il en manquait
a morceau et que l'urine s'échappait par la portion qui était restée
ans le canal.
Si son médecin eût été appelé immédiatement, peut-être eût-il pu
Waire en la saisissant avec une pince spéciale, mais au lieu de cela,
^** prit une nouvelle sonde et enfonça le fragment de la première
^ la vessie.
344 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
. j ^
Lorsqu'au bout de 4 heures, M. le D' Brun arriva, il put conslater
qu'il y avait dans le réservoir urinaire un fragment de sonde de
7 centimètres de longueur dont la portion recourbée occupait la partie
supérieure de l'organe, tandis que la partie droite était logée dans son
bas-fond.
Le ûls du malade se rendit immédiatement à Clermont pour avoir
mon avis.
Je conseillai Tabstention complète.
J'ai pu, luidis-je, retirer de la vessie une sonde en caoutchouc que
Ton saisit sur un point quelconque de sa longueur, parce qu'elle se
double en deux dès qu'elle rencontre de la résistance, mais pour on
instrument métallique, la question est bien différente. Ce serait un
si grand hasard que Ton pût le pincer par une de ses extrémités qu'il
vaut mieux ne pas l'essayer. La cystotomie pourrait seule en débl^
rasser le malade, mais à 78 ans, on ne la pratiquerait pas impunément.
L'inflammation, provoquée par la présence de ce corps étranger,
offrit peu d'intensité. Le cathétérisme fut continué sans trop de diffi-
culté, et, 4 jours après, dans un effort que fit le malade pour aller i la
selle, le bout de la sonde s'engagea dans l'anus. Quelques tractions
suffirent pour l'amener à l'extérieur.
Depuis ce moment les douleurs ont diminué, aucun suintement
d'urine ne s'est fait par le rectum, et le malade a repris ses anciennes
habitudes, la vessie peut, comme par le passé, conserver ses urines
5 à 6 heures.
On ne. peut assurément, au point de vue thérapeutique, rien conclore
de ce fait qui peut être considéré comme exceptionnel. Il faut donc se
contenter d'admirer les ressources de la nature et la facilité incroya-
ble avec laquelle nos organes peuvent se débarrasser des corps étran-
gers.
La conclusion à en tirer, c'est qu'avant de prendre un parti actif, il
faut s'en tenir à la chirurgie expectante, comme je l'avais conseillé
du reste en raison du grand ôge de notre malade.
Discussion.
M. TiLLAUx. Je suis très-heureusement surpris du résultat qv
vient de nous être communiqué ; voir une vessie se débarrasse!
spontanément d'un corps étranger est une chose exceptionnelle,
mais je crois aussi qu'il est impossible d'accepter la ligne de con-
duite que M. Fieury a suivie et semble conseiller de suivre. Din
qu'il faut s'abstenir parce que le blessé a 78 ans, ne me paraît pa
être acceptable, car on peut encore vivre longtemps et, en out«
parce que nous opérons encore à cet âge et avec de bons résultai
M. Fieury a eu du bonheur et Theureuse terminaison a justif
sa conduite ; mais voir une sonde de 5 millimètres de calibre m
7 centimètres de longueur se frayer un passage à travers la par
recto-vésicaley sans laisser trace de fistule, c'est chose exceptioi
SEANCE DU 22 MAI. 345
Délie et je ne puis voir là quun hasard qu'il est impossible d'ériger
m principe.
En pareille circonstance j'emploierais les instruments qui ont
^té proposés pour extraire les corps métalliques de la vessie et, si
jene pouvais pas réussir, je n'hésiterais pas à proposer la taille.
H. Lannelonguk. Il est probable que la sonde a dû se placer de
telle façon que le bec était appuyé contre la paroi recto -vésicale, et
p les contractions ont amené la sortie en la prenant d'arrière en
ivant.
Je partage complètement la manière de voir de M. Tillaux et je
crois qu'il eût fallu essayer d'extraire le corps étranger avec des
instruments construits dans ce but. Je n*ai enlevé, qu'une fois, une
sonde en gomme de la vessie au moyen d'un brise-pierre, la sonde
se plia en deux et il a fallu une grande patience pour y parvenir,
h crois que si les moyens d'extraction par l'urèthre ne réussissent
pas^ il faut recourir à la taille.
Quant à l'âge du malade que M. Fleury donne comme une contre-
indication d'intervention, je ne puis l'accepter, car j'ai fait la litho-
tritie à un vieillai*d de 85 ans avec un excellent résultat.
H. VERNEun-. La communication de M. Fleury soulève deux
piestions, une générale et une qui s'adresse à un cas particulier.
1^ question générale est celle-ci : Doit-on, à cause de Tâge, renoncer
^ ressources que nous offre la thérapeutique chirurgicale ?
Les opérations chez les vieillards sont toujours graves, car
'tet sénile du rein est une des causes les plus fréquentes pour
Hieasionner la néphrite, qui nous enlève une si grande quantité de
lulades.
Depuis plusieurs années j'ai réuni un grand nombre de faits qui
^mbrissent beaucoup le pronostic que l'on peut porter chez les
opérés atteints d'affection générale ; malgré cela, lorsqu'il y a
nécessité, nous les opérons et nous en guérissons. Il en est de
^e pour la vieillesse, qui n'est certainement pas une plus
■lumvaise condition, et je suis d'avis qu'en présence d'un cas
logent il faut opérer.
Quant au fait en particulier, il faut convenir qu'une sonde de
"7 centimètres restée dans la vessie est un teryible accident devant
lequel on n'a pas le droit de rester inactif, il fallait donc l'extraire.
N'ayant pas une grande confiance dans les instruments construits
^ns ce but, je n'aurais pas hésité à proposer la taille.
L'observation de M. Fleury a le grand inconvénient de donner
des espérances qui ne peuvent se réaliser.
^' Desprâs. Je félicite M. Fleury de ne pas avoir cherché à se
316 BOCIKTC DK GHIRUR(<IK.
servir des instruments construits dans le but d'enlever les corps
solides de la vessie. Je regarde ces instruments comme toat à
fait illusoires, et il suffit d'en examiner la construction et le fonction-
nement pour être persuadé du peu de chance de succès que Ton
peut avoir; de plus, j'affirme qu'il n'y a pas d'exemple de morceaux
de sonde métallique enlevés par ces instruments chez l'homme.
Je me souviens de les avoir vu employer à l'Hôtel-Dieu pour
chercher à extraire un épi de blé incrusté de sels calcaires; il S1I^
vint de la cystite qui força à y renoncer. Tous les instruments
connus n'auraient pas permis d'enlever la sonde et ils auraient po
donner lieu à des accidents.
Je regrette que notre collègue n'ait pas pratiqué le toucher
rectal, car il aurait certainement senti le bec de la sonde dépri-
mant la paroi recto-vésicale, et, en incisant sur ce corps étranger,
il aurait pratiqué une taille rectale qui lui aurait permis d'extraire
la sonde.
La taille rectale est une bonne opération pour enlever les corps
étrangers qui font saillie du côté du rectum et M. Maisonneuve a
cherché à réhabiliter cette taille.
Quant à l'âge du malade, je partage complètement l'opinion qui
vient d'être émise par plusieurs de nos collègues : il ne pouvait
pas être une contre-indication, j'ai opéré d'un cancer de la moitié
antérieure de la langue un vieillard de 80 ans, qui a guéri avec
une rapidité merveilleuse sans pansement.
M. HouÊL. Ce fut en 1864 que furent inventés les différents appa-
reils dont on vient de parler, pour un malade du service de
M. Nélaton, qui s'était introduit un porte-plume dans la vessie.
Après plusieurs essais, M. Nélaton parvint à saisir le porte-plume
qui bascula dans la rigole de l'appareil et fut extrait par le canal
de Turèthre.
Si la présence d'un corps étranger dans la vessie occasionne
rapidement de graves accidents, il faut se rappeler qu'il existe,
dans la science, plusieurs observations prouvant le contraire. Jo
citerai le fait d'une jeune fille qui s'introduisit, dans la vessie,
une aiguille d'ivoire, en forme de cône, et qui resta plusieurs
années sans inconvénient.
M. Desphès. J*ai vu en 1860 une jeune fille qui s'était intro-
duit un passe-lacet et il fut impossible à Nélaton de l'enlever avec
les appareils divers qui furent employés.
M. TiLLAux. Je ne voudrais pas laisser passer sans réponse od
que vient de dire M. Desprès au sujet de la taille rectale.
Je regarde la taille rectale comme une mauvaise opération, car
SiANCB DU 22 MAI. Sf7
ihex un adulte, on a souvent de la peine à atteindre le bord posté-
ieor de la prostate et à plus forte raison le bas-fond de la yessie
lù pourrait se sentir le corps étranger; chez un enfant, c'est pos-
ible; mais chez un adulte, c'est beaucoup plus difficile.
Quant au manuel opératoire de la taille rectale, il ne s'agit pas
le couper le bas-fond de la vessie, mais bien de couper par le
ectum le col de la vessie pour pénétrer dans la vessie» Si on
oupait là où se trouvent les corps étrangers, on couperait les
'isicules séminales et le péritoine. Il n'y a donc pas à songer à
niter par une opération le procédé employé par la nature dans
'observation de M. Fleury.
H. Desprês. Je regarde la taille rectale comme une opération
)Oime dans certains cas ; si les adultes ont une grosse prostate,
lest certain qu*on ne pourra arriver jusqu'aux calculs, mais si la
irostate est normale, je soutiens qu'on peut sentir les calculs qui
lonnent la sensation de ballottement.
Eq abaissant avec un lithotriteur le bas-fond de la vessie, et en
Btrodiisant le doigt dans le rectum , on peut explorer toute
sette région, et j'ai recours à ce procédé pour saisir les petits
Pigments dans la lithotritie.
OoaiaiaBieatioiis.
M. Hàrc Sée lit une observation intitulée :
!iip de feu dans Faisselle. — Hémorrhagie considérable. — Suppression
du pouls dans Tartère radiale. — Guérison.
M. X..., jeune homme de 27 ans, fut apporté le 20 avril dans mon
tnricede la maison do santé. La veille au soir, voulant se suicider, il
*Uût appliqué le canon d'un revolver sur la poitrine. Mais en pressant
I gâchette il avait fait dévier l'arme, et la balle avait traversé l'ais-
iQe gauche. Immédiatement il y eut une hémorrhagie très-forte, et le
lessé perdit connaissance. La quantité du sang écoulé ne peut être
vihiée, mais deux matelas furent traversés de part en part.
Cependant l'hémorrhagie paraît s'être arrêtée spontanément, et quand
n médecin, appelé aussitôt, arriva auprès du blessé, il n'eut à faire
a'on léger pansement comprcssif, et M. Panas, survenu peu de temps
près, constata Tabsence de tout battement dans l'artère radiale. D'a-
res les renseignements fournis par le malade, le projectile avait
' millimètres de diamètre.
Xson entrée à la maison de santé, X... ne présentait qu'un peu de
^méfaction au niveau de la paroi antérieure de l'aisselle, qui sem-
l^ltH soulevée par du sang épanché dans la cavité axillaire. L*oriflce
^'entrée de la balle est situé derrière le bord inférieur du grand pec-
S48 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
toral et au niveau de la partie interne de ce bord; l'orifice de soiiiese
trouve sur le bord postérieur du deltoïde. Le trajet du projectile t
donc été oblique en arrière, en haut et en dehors, en passant très-
près de l'humérus, qui ne paraît pas avoir été atteint. Il s'écoule un
peu de sérosité sanguinolente par les ouvertures.
Le pouls radial est nul à gauche. Il est normal à droite. Pas de
fièvre; quelques douleurs dans le bras gauche et des fourmillements
dans la main. Léger engourdissement de tout le membre. Une explo-
ration minutieuse fait constater que la sensibilité est partout intacte.
Traitement, — Charpie imprégnée d'une solution de chloral surlee
ouvertures. Légère compression de l'aisselle, immobilité du membre
supérieur et repos au lit. Diète légère.
Le premier pansement, en l'absence de tout accident, n'est renou-
velé que le 5« jour; on constate alors que les plaies fournissent à peine
quelques gouttes de liquide séro-purulcnt.
S9 avril. — On commence à sentir quelques très-faibles battements
de l'artère radiale. Les plaies se sont fermées sans suppuration. Li
gonflement de l'aisselle a considérablement diminué.
5 mai, — Le malade se lève. Les pulsations de la radiale sont asses
nettes, bien que beaucoup plus faibles que celles du côté droit.
14 mai. — Il reste encore un peu de tuméfaction au niveau de li
paroi antérieure de l'aisselle. Rien d'anormal dans le creux axilliire
quand on y exerce une certaine pression, le malade se plaint de doa-
leurs dans les doigts. Les battements de la radiale sont toujours aotf
faibles. Le membre supérieur gauche est notablement moins volomi'
neux que le droit : la circonférence du bras présente une dîTférenei
d'un centimètre et den)i, celle de l'avant-bras, une différence de ploadi
2 centimètres. L'énergie des contractions musculaires est fort affaiblû
à gauche. La sensibilité cutanée est partout intacte. Une pressioi
exercée au niveau du pli du coude, ou à la partie moyenne de la ho
antérieure de l'avant-bras, détermine une vive douleur. Partout ail
leurs les pressions ne déterminent aucune sensation anormale.
Pour me rendre compte, autant que la chose est possible, du traj<
suivi par la balle, j'ai fait passer, sur un cadavre, une tige d'aek
dans la direction qui m'était donnée par l'orifice d'entrée et par Tori
fice de sortie. J'ai constaté que la tige avait déplacé, en dedans, Fai
tère axillaire ainsi que le nerf médian et le radial, et, en dehors, 1
nerf circonflexe.
Discussion.
M. Verneuil. Je crois qu'il est impossible de mettre en doute
plaie de Tarière axillaire, et je me base pour soutenir cette op
nion, sur trois faits, dont deux se trouvent dans nos BuUeti
de 1870 et 1871, et le troisième a été publié dans les Bulletins
la Société anatomique.
Dans le premier, il s'agit d'un officier dont Tartère humén
fut traversée par urne balle de revolver de 7 millimètres de di
Paris. — Imprimerie Paul Dupont, 41. rue J.-J.-Roosscau. (CJ.) (S81» 5-78. }L« GétûMi :
SBANCB DU â!^ MAI. 349
mètre. Le pouls disparut de suite et ne reparut jamais. J'immobi-
lisai le bras et la guérison s'obtint avec rapidité.
Dans le second, la balle de revolver traversa la base du cou,
la carotide et la veine jugulaire furent perforées puisqu'il se
produisit un anévrysme artério-veineux. Le malade eut une
large ecchymose, mais guérit sans le moindre accident.
Pour le cas qui se trouve dans les Bulletins de la Société aiiato-
mique^ il s'agit d'un jeune homme qui eut la cuisse traversée par
la balle. Il put venir à pied à rhôpiial, mais il succomba a la
pyohémie. A Tautopsie, on trouva une fracture longitudinale du
fémur, mais en outre l'artère fémorale présentait une énorme perte
de substance comprenant une partie du calibre : c'était une véritable
résection. Il n'y eut ni liémon'hagie ni anévrysme.
Ce sont ces faits qui me permettent d'affirmer qu'il y a eu bles-
sure de l'artère malgré l'absence d'hémorrhagie, et je pense que
ces faits ne doivent pas être très-rares puisque, pour mon compte,
j'en ai rencontré trois.
H. BoirrET. J'ai publié dans nos Bulletins un fait qui se rapproche
de ceux dont on vient de nous entretenir.
Un soldat avait reçu, au niveau du condyle interne de l'humérus,
nne balle qui était sortie en arrière du deltoïde. Plusieurs hémor-
rhagies s'étaient produites et on avait été sur le point de faire la
Ugature ; je pratiquai une compression à la partie supérieure du
Iras et je me tins prêt à opérer s'il survenait une nouvelle hémor-
rtiagie. Quelques jours après je fus appelé en toute hâte pour ar-
rêter une hémorrhagie, mais, à mon arrivée, le sang était arrêté,
j'attendis et bien m'en prit, car rien ne survint et le malade guérit
parfaitement.
M. Terrier. J'ai vu un cas de blessure artérielle de l'axillaire, mais
quise termina par la formation d'un anévrysme. Les faits qui viennent
de nous être communiqués prouvent que toute plaie d'artère n'est pas
suivie d'anévrysme. Cela ne m'étonne pas beaucoup, car l'homme
seul paraît apte à avoir des anévrysmes traumatiques. Jamais expé-
rimentalement on ne développe d'anévrysme chez un animal.
l)e plus il y a des différences curieuses à signaler au point de
^e du pronostic des blessures d'artères chez les animaux : coupez
l'artère testiculaire du cheval, il peut mourir d'hémorrhagie; cou-
pez la carotide d*un chien, souvent il ne mourra pas.
Chez les hommes, il peut y avoir des prédispositions particu-
lières les rapprochant de ces conditions : or, c'est un fait curieux et
P^ connu, chez les animaux, il n*y a que des anévrysmes spon-
iSDés; chez l'homme, il peut donc y avoir des endo-artérites arrê-
tant l'hémorrhagie.
BGLL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 24
350 SOCIKTK OR CHIRURGIE.
Présenlalion d'InstriunenUi.
M. Chassagny, de Lyon, présente : 1» un instrument appelé le
crânio-tripsotome ; 2** un crochet rigide et flexible pour faciliter
l'extraction de la tête dans certains cas. (Renvoyé à une commis-
sion composée de MM. Polaillon, Lucas-Championnière et Guéniot,
rapporteur.)
La séance est levée à 5 heures 1/4.
Le secréUtire^
HORTELOUP.
Séance du 29 mai 1878.
Présidence de M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1** Les publications périodiques de Paris, de la province et de
l'étranger ;
2° Les mémoires de la Société de médecine de Nancy, année 1876-
1877 (vol. in-8«) ;
3° M. Polaillon présente, de la part de M. le D' Lemée, de Sainl-
Sever, un travail manuscrit, comprenant deux observations d*ac-
couchements chez des femmes atteintes de viciation du bassin
(commissaire M. Polaillon) ;
A"* M. Terrier offre à la Société le 1*" fascicule du tome II du
Manuel de pathologie chirurgicale^ par Jamnin et Terrier ;
5° Une observation de M. Chauvel, membi*e correspondant, inli*
tulée :
Engorgement chronique des membres inférieurs. ^ Phlébite obturante
de la fémorale profonde.
Dans le cours d*une année, j'ai eu l'occasion d'observer, deax
fois, un engorgement chronique d'un des membres inférieurs qu'il
m'a été bien difficile de m'expliquer. Voici les deux faits.
Obs. I. — H..., soldat au 128« de ligne, entre le 15 juin 18TI à
rhôpital de Givet. C'est un homme robuste, de solide constîtQtioo.
U y a 2 mois, il tomba des romparls dans les fossés de Montmédy-
Dans sa chute, il se fit au front et au genou droit des plaies conto960
qui guérirent très-rapidement. I^ cuisse gauche était lo siège de
SÉANCE DU 29 MAI. 351
aelques légères contusions, sans plaie. La douleur disparut bientôt,
lais le membre gauche, la cuisse surtout, resta fortement gonflé,
près â mois de traitement, cet état ne se modifiait pas, H... fut évacué
or Thôpital de Givet.
A son entrée, on constate à la vue que tout le membre inférieur
lodie, de la racine de la cuisse au cou-de-pied, est plus volumineux
ttd le membre droit. Ce gonflement est plus apparent quand on re-
irde la face postérieure des membres ; il est plus marqué à la cuisse
a'à la jambe, et le pied au-dessous des malléoles est tout à fait in-
enme. La mensuration à la partie moyenne de la caisse gauche donne
centimètres de plus qu'au point correspondant de la cuisse droite.
iU milieu du mollet, la différence n'est que de 2 centimètres en faveur
ucôté gauche. La circonférence est la môme à hauteur de la base
es malléoles. A la palpation, en saisissant le membre à pleines mains,
n éprouve, surtout à la cuisse gauche, une sensation de résistance,
etsDsion, qui fait défaut du côté sain. La peau semble moins mobile
or les parties profondes ; il est plus difficile de former un pli aux
Igaments en les saisissant entre les doigts. Pas d'augmentation do
olnme des os, du moins pas de gonflement perceptible à la palpation
rofondc ou au compas d'épaisseur.
n n'existe pas d'œdème au pied, ni au pourtour des malléoles ; sur
iface interne du tibia seulement, la peau conserve légèrement l'im-
ression du doigt. Les veines superficielles, les veinules capillaires ne
ont pas plus développées à gaucho qu'à droite ; nulle trace de varices.
Eq examinant avec soin le trajet des snphènes interne et externe
s la veine fémorale dans le triangle de Scarpa, on ne rencontre pas
eoordon dur et mobile sous les doigts. Aucune douleur à la pression,
U de souffrances spontant^es, la marche seule développe bientôt un
BDtiment pénible de fatigue et de pesanteur : le membre devient lourd
OQune du plomb. Les ganglions inguinaux sont sensibles des deux
fttés, mais leur volume est à peu près le môme, ils sont mobiles et
fuient sous les doigts, la pression n'est aucunement douloureuse,
'examen le plus attentif ne montre aucune tuméfaction dans la fosse
laque gauche ou, dans l'abdomen, aucune lésion des os du bassin.
Quand on examine le membre après une marche prolongée, alors
le le malade se plaint de son poids, il semble plus volumineux et plus
Qda, Mais la mensuration plusieurs fois répétée donne absolument
s mêmes chiffres qu'après le repos de la nuit.
La sensibilité au compas est la môme des 2 côtés, la température
ise entre les orteils est la môme, les muscles se contractent parfai-
ment par la faradisation. Les battements de la fémorale et de la pé-
euse sont normaux. Enfin les jointures du cou-de-pied, du genou, de
hanche possèdent tous leui's mouvements et ne sont le siège d'au-
un épanchement.
La profession de H..., il est laboureur, n'explique pas un dévelop-
oi&ent plus considérable du membre gauche, et le malade nous afflrme
[Oeses membres inférieurs étaient tout à fait égaux en volume avant
^chutOp et qu'il n'éprouvait aucune gène à faire son service.
35^ SOCIKTÉ DE CHIRURGIE.
H... resta 6 semaines dans notre service, sans que ded frietioi
excitantes, des bains sulfureux, des douches locales, la compretsu
avec une bande élasti<{ue, eussent en rien modifié son état. Il not
fut permis de constater bien souvent qu'en faisant marcher longte(D|
le malade, alors qu'un bandage roulé très-serré enveloppait le mei
brc jusqu'au milieu de la cuisse, il ne se formait jamais de bourrel
œdémaleux au-dessus des derniers eiiculaires. H... fut alors en?o
en convalescence, et nous ignorons ce qu'il est devenu.
Ods. II. — Ce fait nous avait frappé par la difficulté d'une expl
cation satisfaisante. Le second cas est à peu près le même, sauf po
sa cause occasionnelle.
M..., soldat au 4« zouaves, entre le li avril 1878 à l'hôpital militai
d'Orléansville (Algérie), salle 2, n** 6. Cet homme, il y a 7 mois, 1
atteint d'une fièvre grave, continue, qui le fit entrer à l'hôpital i
Milianah. A la suite de cette maladie, sans douleur, sans aucune réa
tion locale, le membre inférieur droit devint plus volumineux que
gauche, le gonfiement portant principalement sur la cuisse. Desbaio
des cataplasmes, des pointes de feu, appliqués sur la cuisse, ne mod
fièrent en rien la situation. M... fut alors envoyé en convalescence i
France, et, après 5 mois de séjour, il en revient aujourd'hui dao6
môme état.
Agé de 22 ans, c'est un homme fort, vigoureux, d'une exoellen
santé, non rhumatisant, cultivateur de sa profession.
Le membre inférieur droit est le siège d'un gonflement sensible
la vue, et qui semble porter plus sur la cuisse que sur la jambe. L
deux pieds au-dessous des malléoles sont parfaitement semblables
la mensuration donne absolument les mêmes dimensions des dei
côtés.
La peau est saine, non œdémateuse, sans sensibilité normale, i
aucun point elle ne conserve l'impression du doigt. En l'examilM
avec soin, il semble que le réseau veineux capillaire superficiel <
plus développé à la partie supérieure et externe de lA cuisse ; mais
différence est si faible entre les deux côtés, qu'elle échappe à plusieo
de nos collègues.
En saisissant le membre à pleines mains, on éprouve une sensati
do tension, de dureté, qui n'existe pas du côté gauche. La peau par
plus épaisse, elle se laisse mouvoir moins aisément sur les cûucb
profondes et soulever en pli. La palpation profonde ne dévelop
absolument aucune douleur ; les os n'ont pas augmenté de volum
le gonflement porte sur toute la masse charnue, comme si les maael
s'étaient hypertrophiés légèrement.
Pas de varices superficielles, pas d'induration sur le trajet à
veines saphènes interne et externe; la veine fémorale superficielle
forme pas cordon, et l'exploration répétée ne développe aucune do
leur, ne fait sentir aucune dureté allongée sur le parcours de la féffl
raie profonde.
Du reste, aucune douleur spontanée. Môme dans la station vertiei
et In marche, le malade ne soufre pas. Mais au bout de quelques instai
SIfiANGË DU 29 AIAl. 353
éjireave nne sensation de gène, de pesanteur qui le force de s'arrêter.
Des deux côtés les ganglions inguinaux sont perceptibles à la pal-
tio&, mais d*égal volume, roulant librement sous les doigts et
llement douloureux. Aucune tumeur dans la fosse iliaque droite ou
os le ventre. Toutes les fonctions 8*exécutent normalement.
U mensuration pratiquée après un repos de 24 heures au lit donne
mme circonférence.
à droite — à gauche
mbe au niveau des malléoles 0'",280 — 0'",280
- au milieu du mollet 0°»,330 — 0«,315
mou. Milieu de la rotule 0»,350 — 0«»,3rj5
lisse. Partie moyenne 0",520 — 0™,470
Plusieurs fois répétées, soit après un repos prolongé, soit après
le marche fatigante, ces mensurations sont toujours restées sensi-
ement les mômes. Le gonflement du membre n'augmente pas par la
tigae.
£& mesurant le tronc à hauteur dos épines iliaques antéro-supé-
wres, on s'assure que les deux côtés sont parfaitement égaux.
Les articulations sont libres, jouissent de tous les mouvements uor-
inx. Le genou est cependant un peu gonflé, et la rotule droite, plus
)bile, paraît soulevée par un léger épanchement.
On perçoit aisément les battements de l'artère pédieuse et de la
norale droites. La sensibilité cutanée mesurée au compas est abso-
Bant la même des deux côtés ; la température est égale, les muscles
oontractent par la faradisation.
Depuis plus d'un mois, M... a été soumis aux bains sulfureux, aux
odies locales, aux frictions excitantes, à la faradisation, aux onc-
QS mercurielles, à la compression, sans en retirer le moindre
uttage En désespoir de cause, nous l'avons désigné pour les eaux
(rmales d'Hammam-Rira. J'ai noté plusieurs fois, comme dans l'ob-
*vation I, que le membre étant emprisonné dans un bandage serré,
le se formait jamais de bourrelet œdémateux au-dessus des derniers
CQlaires.
^ deux faits sont bien à peu près identiques. Dans l'observation 11,
gonflement du genou est signalé, il manque dans le premier cas ;
is en revanche chez le premier malade il y avait un peu d'oedème
niveau de la face interne du tibia, œdème que je n'ai pas retrouvé
)i le second sujet.
fes réflexions ne seront pas longues. N'ayant aucune ressource
«liographique à ma disposition, je ne puis dire si des cas aualu-
BB sont rapportés et dans quelles conditions on les rencontra,
l'ai vu plusieurs fois des phlébites adhésives des veines principales
membre abdominal et particulièrement de la veine fémorale dans le
sngle de Scarpa. Le professeur Verneuil en a nettement indiqué
ï signes dans la pathologie de l'aine {Dict. encyclopédiquo^ tome 11,
800). lis diffèrent beaucoup des symptômes présentés par mes ma-
des.
^spoiissimt Tidée d'une phlébite inguinale, je songeai à l'interrup-
354 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
tion du courant sanguin dans la veine fémorale profonde, la oirc
tion restant libre dans la fémorale superficielle ainsi que diiii
saphènes. Sans pouvoir m*en expliquer l'origine, une phlébite «
rante de la fémorale profonde me paraissait rendre un compte
satisfaisant des symptômes présentés par mes malades. Il est vrai
je n*ai constaté ni douleur, ni induration cylindrique sur le trajfl
cette veine ; il est certain que la jambe dans les deux cas partiel
au gonflement quoique dans une légère mesure.
Je n*ai posé ce diagnostic que faute de mieux trouver et avei
point d'interrogation, et j'envoie les observations à la Société, e
priant de les discuter si elle y trouve quelque intérêt.
M. Desprès. Je me demande pourquoi M. Chauvel n'a pasi
lulé son observation : De la phlegmasia alha dolens chez rbom
M. Marc Sée. Je ne vois pas les signes d*une oblitération n
neuse, et je serais plus disposé à voir une oblitération des '
seaux lymphatiques, d'autant plus qu'il y avait un engorgement
ganglions.
Communications.
M. PoLAiLLON fait la communication suivante, sur un cas
plaie pénétrante de poitrine :
Dans les plaies pénétrantes de la poitrine, les hémorrhaj
graves viennent ordinairement du cœur, de l'aorte, de la n
cave supérieure ou des gros vaisseaux pulmonaires, plus n
ment de l'artère intercostale. Un fait que j'ai observé demii
ment prouve que l'hémorrhagie interne peut avoir encore
autre source, sur laquelle on n'a pas eu l'occasion il'appeler l'ai
lion : je veux parler de la section d'une veine collatérale
l'artère diaphragmatique inférieure, donnant lieu à un écoulen
de sang dans la cavité pleurale et dans la cavité du péritoine. \
le fait en question :
Plaie pénétrante de la poitrine intéressant le diaphragme en
points. — Hômo-pneumo-thoraz. — Mort. — Autopsie.
* Le 14 février 1878, à 6 heures du soir, la nommée B... (Honw
âgée de 20 ans, reçoit deux coups de couteau, l'un à la p
externe de la hanche gauche qui ne produit pas de lésion im
tante, l'autre sur le côté gauche d>j la poitrine : c'est celui c
causé les désordres qui vont nous occuper.
L'instrument vulnérant avait une lame d'environ 9 ou 10 a
mètres de long, se terminant par une pointe aiguë.
La plaie de la poitrine, située au-dessous du sein gauche, i
SÉANCE OU 29 MAI. 355
pansée très-peu de temps après la blessure par un médecin du
qoirtier des Gobelins. Ce médecin a constaté qu'un morceau de
ponmon, de la grosseur d'un œuf, faisait hernie à travers la plaie.
D réduisit le poumon hernie et réunit les bords de la plaie avec
âne grosse aiguille à suture, au-dessous de laquelle il serra un fil
comme dians la suture entortillée. Jusqu'à ce moment la blessée
avait perdu par la plaie une certaine quantité de sang, mais elle
D'en avait pas rejeté avec des crachats.
 8 heures du soir, elle est amenée dans mon service à l'hôpital
de la Pitié. Elle est en proie à une dyspnée très-grande. Elle se
plaint d'une douleur assez vive dans le côté gauche, et passe toi^te
la nuit à gémir sans avoir un seul instant de repos.
Le 15, à la visite du matin, je trouve la malade avec la face pâle et
nne expression de vive anxiété. La respiration est très-fréquente.
Les réponses sont entrecoupées à chaque instant par le besoin
d'inspirer. Le pouls bat plus de 150 fois par minute. La malade
est dans le décubitus dorsal, et, pour ne pas provoquer une syn-
cope, je m'abstiens de la faire mettre sur le côté et de la faire
asseoir pendant la percussion et l'auscultation. Toute la partie
postérieure du côté gauche de la poitrine, c'est-à-dire la partie
déclive, est mate ; au contraire une sonorité exagérée existe dans
Is partie antérieure. A l'auscultation, on constate que le murmure
oculaire a disparu dans tout le poumon gauche. Les bruits du
i^œor sont extrêmement rapides, mais réguUers et normaux sous
^rapport de leur timbre. Pas de crachements sanglants. La plaie
te la paroi thoracique est suturée. Il n'y a pas d'emphysème. Le
centre est un peu ballonné, mais indolent et souple ; cependant
B8 mouvements d'abaissement du diaphragme pendant l'inspira-
ton sont évidemment moins étendus qu'à Tétat normal, comme
î une plaie gênait l'action de ce muscle. Les mamelles sont
olomineuses et contiennent du lait, car la malade nourrissait
Hcore son enfant âgé de 18 mois.
Après avoir fait constater ces signes aux élèves, mon diagnostic
it le suivant : plaie pénétrante de la poitrine avec épancbement
^Bir et de sang dans la cavité pleurale et perforation probable du
iapbraffme. Quant au sang qui s*était épanché en si grande
iiantité, il nous a paru ne venir ni du cœur ni du poumon (puis-
[u'il n'y avait pas de crachats sanglants), mais peut-être des gros
^aisseaux du médiastin ou d'une artère intercostale.
Le soir (6 heures), l'état est encore plus grave. Les bruits du
^ur sont faibles et confus. On note une douleur assez vive dans
le ventre.
Le 16 février, à 1 heure du matin, mort.
356 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIK.
Autopsie le 17 fé\Tier, à 10 heures du matin.
Sur le côté latéral gauche de la poitrine, au niveau du 6* espace
intercostal, près de Textrémité antérieure des côtes, existe une
plaie de 3 centimètres environ, dirigée presque paraQèlement à
Tune des côtes. Les bords de la plaie sont encore réunis par
Taiguille à suture qui a été placée après Taccident. Dans une
étendue de 9 ou 10 centimètres autour de la plaie, le tissu cellu-
laire est infiltré d'une petite quantité de gaz. L'aiguille à suture
étant enlevée, un jet de gaz extrêmement fétide s'échappe par
l'ouverture de la poitrine.
Les cavités thoraciques et abdominales sont ouvertes.
*Le poumon gauche, exempt d'adhérences pleurétiques, est
rétracté vers son pédicule, et présente le volume du poing. Il a
une couleur rouge foncé, ne crépite pas quand on le comprime el
n'offre aucune trace de blessure. L'insufflation lui rend son volume
normal et sa coloration bleu rosé. L'air insufflé ne sort en
aucun point de sa surface par une piqûre ou une incision qui aurait
pu échapper à l'examen direct. — Le poumon droit est sain, mais
présente quelques adhérences pleurétiques.
Le cœur est intact, en état do systole. Un léger épanchemenl
séreux existe dans le péricarde.
La cavité pleurale gauche contient environ un litre et demi à
deux litres de sang incomplètement coagulé. La face supérieure
du diaphragme est recouverte par un amas de caillots mous, ana-
logues à de la gelée de groseille. Après avoir enlevé ces caillots,
on trouve sur le diaphragme, un peu en dehors du péricarde, une
plaie de 2 centimètres environ, évidemment produite par l'instru-
ment tranchant, et pénétrant dans la cavité abdominale. L'extré-
mité gauche du bord du foie est aussi traversée de part en part.
Plus en arrière et plus près de la ligne médiane, on rencontre
encore une plaie du diaphragme, longue de 1 cent. 1/2 et perfo-
rant ce muscle de bas en haut. Il en résulte que le couteau de
Tassassin, dirigé transversalement et un peu d'avant en arrière,
a pénétré successivement dans la poitrine par le 6* espace
intercostal, puis dans le ventre en traversant le diaphragme de
haut en bas, et après avoir embroché le bord gauche du foie, la
pointe est rentrée dans la cavité thoracique gauche en perforant
de nouveau le diaphragme de bas en haut Celte dernière plaie,
plus petite que les autres, est celle qui a fourni le sang de
l'épancliement. Les gros vaisseaux du médiaslin postérieur n'ont
pas été atteints.
Les lésions de la cavité abdominale sont les suivantes : Quel-
ques vaisseaux de l'épiploon gastro-splénique ont été divisés. An
voisinage de cette blessure, on trouve un peu de sang épanché et
SÉANGB DU 29 M\I. S57
rences plastiques. Sur la face inférieure du diaphragme,
ine est un peu rouge. Les intestins sont distendus par
La plaie du foie n*a pas donné lieu à une hémorrhagie.
i intéressant d'examiner les organes génitaux internes
e femme qui avait succombé rapidement au milieu d'une
rfiiite. L'ovaire droit portait une vésicule de de Graaf
ai rompue. Sur Tovaire gauche il y avait une vésicule de
grosse comme une petite cerise en état de maturité ot
iot de se rompre. Sur l'un et l'autre ovaires, il existait
ovules en voie d'évolution. Quoique nourrice, celle
avait être menstruée. Nous n'avons pas de renseigne-
cet égard. Dans tous les cas ses ovaires fonctionnaient
grande activité. La cavité utérine était vide. Le mucus
t vaginal, examiné au microscope, n'offrait point de
Roîdes.
e nous avons voulu nous rendre compte de l'origine de
ment sanguin si considérable que nous avions rencontré
oitrinc, nous n'avons pas été peu surpris de n'en trouver
ni dans l'ouverture d'un gros vaisseau, iji dans la section
•e intercostale. En effet, la plaie thoracique existait au-
.6 l'extrémité antérieure de la 7* côte, dans un point
•e intercostale n'existe plus qu'à l'état de ramifications
t incapables de produire une hémorrhagie grave. D'ail-
dissection attentive des bords de l'incision, que j'ai faite
terne du service, M. Chevallereau, ne nous a montré
lériole presque imperceptible, logée entre les fibres mus-
les intercostaux, et elle n'était pas coupée.
eau de la plaie externe et antérieure du diaphragme, il
pas non plus de vaisseau coupé.
te plaie interne et postérieure du diaphragme était siluée
iget de la branche externe de l'artère diaphragmatique
>, près de son origine. Le tronc de cette artère, qui est
use a été dénudé par le couteau sans avoir été sectionné.
de ses veines collatérales a été complètement coupée,
a peut le voir sur la pièce que je présente. Par élimina-
îst donc conduit à reconnaître que l'ouverture de cette
té la source de l'épanchement thoracique.
IONS. — Il est étrange que le sang se soit épanché dans
pleurale à travers la plaie du diaphragme plutôt que dans
abdominale, puisque la veine blessée est située sur la
fieure de ce muscle. Je ne trouve d'autre explication de
lie l'aspiration de la poitrine, qui a attiré le sari^ en haut
e le laisser couler dans le ventre. Je pense même que
d58 SOGléTK DE CHIRURGIE.
sans cette aspiration Thémorrhagie de la veine ne se serait pas
produite.
Un second point a attiré notre attention, c^est la iernkA
poumon qui a été constatée et réduite par le médecin qui a donne
les premiers soins. A-t-on suivi une bonne pratique en réduisinl
cette hernie? Nous ne le pensons pas. La hernie du poumon flxiit
cet organe à la paroi thoracique et bouchait la plaie intercostale;
Après la réduction le poumon, qui n'avait pas avec le feuillet paiiè
tal de la plèvre ces adhérences que Ton a appelées providentieh
dans les cas de plaies de poitrine, s'est rétracté violemment; Va
a fait irruption dans la cavité pleurale, et le sang de la veiiM
diaphragmatique ouverte, qui n'aurait peut-être pas donné iiaai
une hémorrhagie notable, a été aspiré dans la poitrine. On fm
donc accuser la réduction d'avoir produit ou d'avoir aggnvi
répanchement sanguin et gazeux. A propos d*un travail è
M. Cauvy, notre collègue, M. Duplay a fait dernièrement ressorti]
que dans le cas d'une plaie de poitrine avec hernie du poumoA i
vaut mieux ne pas réduire, qu'on évite ainsi des accidents redoii
tables et que la hernie en elle-même se guérit spontanément. U
fait que nous venons de faire connaître vient à l'appui de œtti
opinion.
Discussion.
M. Duplay. L'observation de M. Polaillon est excessivemen
intéressante, car elle nous fait connaître une nouvelle cause dei
épanchements sanguins de la poitrine ; mais je désii*e appeler Tat
tention sur la hernie du poumon qui a été constatée après l'ac-
cident.
Ce fait vient à l'appui de l'opinion soutenue, devant la Société
par M. Cauvy. Vous vous rappelez que notre confrère a vonli
prouver que la hernie du poumon devait être considérée commi
une circonstance favorable dans le pronostic des plaies de poilriwî
lorsqu'elle n'était pas réduite, et il a montré en effet que, dans te
plaies de poitrine compliquées de hernie du poumon, la guériso!
avait été obtenue beaucoup plus facilement lorsqu'on n'avait pa
fait de réduction.
Dans le rapport que j'ai fait sur la communication de M. Cauv]
j'avais établi un rapprochement entre la hernie du poumon et celi
do répiploon, que la Société de chirurgie conseille de ne pas H
(luire.
La hernie du poumon est une chose rare, et M. Cauvy a eu
mérite de bien indiquer quels étaient les avantages quej'on poi
vait en déduire.
8ÉANGB DU 89 MAI. 359 '
M. Si^. Je voudrais adresser à nos collègues une question au
sujet du traitement des plaies de poitrine avec épanchement de
SM)^ considérable dans la plèvre.
Dans la très-intéressante observation qui vient de nous être corn-
onmiquée, M. Polaillon a constaté, dès le premier jour, un grand
épanchement de sang, produisant de graves accidents de suffoca-
tin, contre lequel il a été tenté peu de chose. Que doit-on faire
doBdes cas analogues ? Vaut-il mieux s'abstenir de toute in ter •
mtîoQ, ou agir ?
M. ViRNEUiL. Je vais essayer de répondre à M. Sée, qui, jo crois,
deaaode s*il peut être utile de pratiquer Tempyème, ou tout au
noias la ponction aspiratrice.
Au siècle dernier^ la question de Tempyôrne a été discutée très-
eaaplétement, mais aujourdlmi les plaies de proitrine sont deve-
noes excessivement rares et, le plus ordinairement, sont assez
légères : aussi la question de l'intervention chirurgicale se pose-t-
elle moins souvent.
fai pu, cei)endant, observer quelques cas graves d'épanché-
ment sanguin de la plèvre.
Une femme, qui disait avoir reçu des coups de pied de cheval,
entra, dans mon service, avec des fractures multiples des côtes ,
ties accidents graves d'oppression, tenant à l'épanchement san-
guin, me firent plusieurs fois hésiter à intervenir; mais j'attendis,
et la guérison fut complète.
Chez un charpentier qui, dans une chute, se bris-i un fémur et un
lïïas, je constatai la fracture des sept ou huit premières côtes,
®t, malgré des troubles très-graves, il guérit.
Je ne crois pas ({u'il faille pratiquer les grandes incisions que
préconisaient les chirurgiens du siècle dernier, et je suis d'avis
^e, lorsqu'on a pu obtenir une obhtéralion complète de la plaie,
H est préférable de ne pas intervenir. Je suis, dans ces cas, les
^les admises pour les plaies de la tète ; lorsque la peau est in-
*<cle et lorsque la plaie peut être fermée, il faut attendre, le sang
se résorbera.
M. Despres. J'ai observé plusieurs cas de plaies de poitrine qui
ïû'onl permis de me faire une opinion sur ce sujet.
Dans le service de Nélaton, j'ai vu une femme qui présenta un
épanchement sanguin de la plèvre très-abondant ; la suppuration
siirvini et fmit par emporter la malade, malgré l'empyème qu'on
^ait été obligé de pratiquer.
Une femme qui avait reçu un coup de couteau dans la poitrine,
entra dans le service de Jobert, le couteau était resté implanté
360 SOCIÉTÉ DE GHIHUROIE.
dans une côte; Jobert ne voulut pas l*enlever, et la mort survint;
4* jour.
J'ai vu un jeune garçon qui avait reçu, à droite, un coup de ce
teau de petite dimension ; le couteau avait traversé la plèvre,
poumon et le diaphragme, puisqu'il sortit de Tépiploon : tout
termina très-bien.
J'ai eu à donner des soins dans mon service à un ouvrière
tomba sur un toit en verre ; il y eut une plaie de poitrine et inctsi
du diaphragme. Je fis Tocclusion avec un bandage en diacbyloOi
la guérison s'obtint dans de bonnes conditions.
Dans un autre cas de plaie de poitrine, avec pneumothorax, |
coup de couteau, j'obtins un excellent résultat avec l'occlusk
Je crois donc qu'il faut fermer convenablement la poitrine
attendre. De plus, la conduite à tenir dans les cas d'hémothoi
avec retrait du poumon est jugée par la conduite de Dupayti
qui n'a pas cru devoir débrider la plaie du duc de Berry.
M. TiLLAux. Dans une plaie ordinaire de poitrine, je crois qi
est impossible d'hésiter : il faut fermer la plaie et ne pas y toucb
Mais si j'ai bien compris la question posée par M. Sée, il i
semble que notre collègue a touché un cas plus dilficile, qvii
celui-ci. En présence d'une plaie de poitrine s'accompagnant i*
vaste épanchement sanguin, capable d'amener une terminais
fatale, faut-il ouvrir la poitrine ou attendre ?
Voilà, je crois, le point délicat à décider.
Il y a deux ans, une femme, dont l'histoire fit beaucoup de bni
fut amenée dans mon service, après avoir reçfi deux balles de i
volver dans la poitrine. Une des balles fut trouvée sur le di
phragme, l'autre alla se loger dans le cœur, que je présentai à
Société, en lui faisant constater Timpossibilité de reconnaître
porte d'entrée dans le cœur.
Cette femme avait une violente oppression ; après un exain
fait avec mon collègue et ami M. Siredey, je me décidai à p
tiquer l'empyème, dans le but de donner issue à un vaste épa
chôment sanguin que nous avions reconnu ; je ne pus rien fa
sortir.
De ce fait en particulier, j'arrive à conclure que Tintervenli
chirurgicale donne peu de résultat favorable et qu'il est préférai
irattendre.
M. Dl'I'lay. Il est facile de s'expliquer pour quelles raisons 1'
lervention chirurgicale ne peut donner des résultats avantagea
il suffit de se rappeler rex;iérience de Trousseau : en versant
sang dans la plèvre d'un animal vivant, la coagulation se prod
avant que le sang soit arrivé à k base du poumon.
SÉANCE DU 29 MAI. 961
H. Delsns. J'ai donné des soins à un jeune homme qui 6*était
•éun coup de révoIv(»r dans la poitrine; il y eut de suite de Top-
ession, tenant à répanclienient Siin^uin. Au bout de 15 jours,
ippression devint tellement violente que je me décidai à faire
le ponction aspiratrice.
Je retirai une grande quantité d'un liquide rouge comme du
Qg; je m'expliquai ce résultat par la présence d'un épanchement
feux ayant liquéfié le sang et ayant permis de le faire sortir.
Ce n'est pas tout à fait le cas que Ton vient d'examiner, mais
li cru utile de le citer, car, en quelques jours, l'intervention chi-
urgicale peut devenir d'une grande utilité.
M. PoLAiLLON. Je désire faire observer à M. Sée que lorsque j'ai
uminé la malade, il n'y avait pas d'emphysème, la plaie étant
ïriaitement suturée ; je n'ai donc pas eu à enlever l'aiguille, ce
ai m'aurait peut-être conduit à ouvrir la plèvre. La plaie était
ien réunie et je me suis abstenu d'y toucher.
Le cas était très-grave, et en me basant sur la direction du cou-
âu, sur les phénomènes abdominaux, j'étais persuadé que l'ab-
Dïuen avait été louché, et je crois que c'est la péritonite qui a
irtout amené la terminaison fatale.
Quant à la ligne de conduite qu'il est bon de tenir en présence
W hernie du poumon, je partage entièrement les préceptes qui
Bt été posés par MM. Cauvy et Duplay, il ne faut pas chercher à
I réduire. Dans les recherches bibhographiquos que j'ai faites
DUT savoir s'il existait des plaies de l'artère diaphragmatique, j'ai
B constater que, dans les cas oii le poumon n'a pas été réduit, les
iccès avaient été beaucoup plus considérables.
U. Terrier lit une observation intitulée :
Hwaie ventrale étranglée. — Gastrotomie. — Méthode Lister. —
Gnérison .
Ursprunger, 63 ans, ancien tailleur de pierres, pensionnaire de
cêtre, entre à Tinfirmerie le 13 décembre 1877 (salle Saint- Prosper,
29). Cet homme est porteur, depuis 20 ans environ, d'une hernie
gninale gauche qui aurait succédé à un violent effort; depuis 10 ans,
aurait une constipation habituelle; enfîn. il assure que cetlO'hernie
iiitre facilement, et que dans ce cas il souffre de douleurs abdomi-
ïles vives, avec constipation opiniâtre.
Il n'y a rien d'autre à noter dans les antécédents du malade. Il
icoute que sa hernie, qui offrait environ le volume d'un gros œuf,
^ rentrée depuis le 9 décembre, sans qu'il sache sous quelle influence.
'^/ours est-il que depuis ce moment le malade se plaint de
2Q2 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
coliques et do nausées, qu'il a eu quelques vomissements, enfin q
n a pas été à la garde-robe; depuis ce jour aussi, il n'aurait paé
cuer aucun gaz par Tanus.
Le il, à la visite, le malade présente le faciès abdominal; ilyi
des nausées et quelques vomissements poracés pendant lanuit. L'<
men attentif des régions ombilicale et inguino-crurale, permet d'à
mer qu'il n*y a pas de hernie étranglée en ces points: si Ton faitU
sor le malade, la hernie inguinale gauche descend jusqu'à ]a pi
supérieure des bourses, mais il est facile de la réduire sans qae le
lade éprouve la moindre douleur à ce niveau, loutefois, la prei
des doigts exercée en dedans de Torifice interne du trajet infi
gauche, vers le bord externe du muscle grand droit do Tabdoi
détermine une assez vive douleur, qui sUrradie dans tout le reit
l'abdomen. En outre, le malade accuse en ce point des douleurs 8|
tanées plus ou moins aiguës^ qui déterminent, dit-il, des coliqiu
des nausées.
A ce niveau, les téguments ne sont soulevés par aucune tumen
la palpation Taite avec précaution ne nous donne que des signée
^^atifs. Il n'y a p.is de ballonnement du ventre et le malade urine l
Pas de fièvre; 37^
Nous pratiquons le toucher rectal, et nous ne trouvons aucun obéi
au cours des matières dans la partie inférieure de l'intestin.
En présence de ces accidents encore peu graves d'élrangla
interne, nous crûmes devoir temporiser. Diète absolue, glace, (
injections de morphine de 1 centigramme, lavement purgatif.
Le 15, l'état général restait à peu près le môme, le ventre
cependant ballonné, il n'y avait eu que deux vomissements depi
veille. Constipation toujours opiniâtre, pas d'évacuations gaseil
Les douleurs abdominales étaient un peu calmées. Môme traittf
(Glace, 3 injections sous-cutanées de chlorydrate de morphine).
Le 16, même état général et même traitement.
Le 17, le faciès du malade est plus altéré, les nausées sont
fréquentes; il y a eu quelques vomissements fécaloïdes pendai
nuit, la constipation n'a pas cessé, les coliques sont assez vives di
la nuit. Absolument décidé à intervenir, j'avais fait préparer la^
ù peu près tout ce qu'il faut pour pratiquer une ovariotomie; de
j'avais prié mon ami et collègue, M. Just Lucas-Championnièn
venir m*aider de ses conseils, désirant faire l'opération de la gai
tomie en suivant les préceptes de Lister.
Le malade fut encore examiné avec soin, et en palpant la région
loureuse, nous pûmes sentir un peu profondément, derrière la (
abdominale, un empâtement assez circonscrit, ce qui nous fit pe
que c'était en ce point que devait exister l'obstacle au cours des
tières intestinales.
Le malade fut endormi, une incision de 7 à 8 centimètres fol (
quée sur la ligne blanche, entre l'ombilic et la région pubienne*
pinces hémostatiques furent placées sur les vaisseaux sectionnéi
le bistouri. La cavité péritonéale fut ouverte très-facilement
SÉANCE DU 29 MAI. â6S
irote rétendue de la plaie, et il s'écoula un peu de liquide séro-san-
[oinolent. Ecartaut les bords de Tincision pour explorer la face interne
ela paroi abdominale antérieure située du côté gauche, il nio fut facile
e sentir et même àê voir au-dessus et en dedans de rorificc péritonéal
Q trajet inguinal une anse d'intestin grêle qui semblait pénétrer dans
tptroi abdominale antérieure. Cette anse s'enfonçait dans un véri-
tUesac, présentant un collet résistant, mais qui cependant fut assez
lôlement déchiré avec le doigt. Je pus donc retirer Tanso intestinale.
luiifestement étranglée, longue de 2 à 8 centimètrefe, offrant unecolo-
•tion rouge violacé et présentant au niveau du collet herniaire une
iritable rainure annulaire, sans trace de gangrène imminente, au moins
ntant qu'on peut en juger dans ces cas. I^a cavité du sac herniaire,
luis laquelle jepus introduire l'extrémité du doigt, était fermée par une
Kffte de hernie du péritoine, au niveau du bord externe du muscle
Siuid droit do Tabdomen.
L*anse herniée dégagée est essuyée avec grand soin, k Vaide d'é-
pongés phéniquées; je m'empressai de refermer le ventre à l'aide de
I points de suture profonds, faits avec du fil d'argent. Pendant toute
fbpéntion, la plaie et les mains de l'opérateur étaient restées plongées
lins le nuage antiseptiqueproduit par un vaporisateur inventé par mon
ni Ghampionnière. Pansement phéniqué complet, recouvert d'ouate
!t maintenu avec une ceinture de flanelle. Notons encore, qu'avant
^Vndormir le patient, que ses jambes avaient été enveloppées d'ouate,
i qae pendant l'opération des serviettes chaudes avaient été constam-
oeot appliquées sur la partie latérale du ventre et sur la poitrine
•ovr éviter tout refroidissement.
Les soins consécutifs furent ceux que j'ai l'habitude de prescrire
ans les ovariotomies : glace, potion de Tood, injection de morphine.
^ftè» l'opération, le malade a été assez agité et s'est plaint de vives
oalears abdominales, un peu calmées par une injection sous-cutanée
e morphine. Les nausées ont été fréquentes, mais il n'y eut plus de
'omissements. Dans la soirée, il se produisit un peu de ballonnement
^ventre, et l'on dut desserrer la ceinture de flanelle. Pouls, 100; tem-
téralure, d>,2. La nuit a été plus calme, le malade a un peu dormi.
Le 18, les douleurs sont presque nulles, le ventre n'est plus sen-
sible à la pression ; il y a encore des nausées et un peu de ballonne-
ment. Pouls, 110; température, 31°,6. Glace, potion Tood, lait glacé.
Le soir les nausées ont disparu, le malade accuse encore quelques
ïoliqnes. Pouls, 120 ; température, 38°,5.
Le 19, nuit calme. On change le pansement pour la première fois.
Us deux fils supérieurs de la suture abdominale se sont brisés, mais
^t restés en place ; on les enlève. Le ventre est souple, un peu bal-
lonné, et indolore à la pression. Le malade accuse encore quelques
'avisées, il existe une teinte sub-ictérique des conjonctives, les urines
^ rires et foncées en couleur. Il n'y a ni sucre, ni albumine, mais
^^vicoup de phosphates.
Température, 37*^,2; le soir, dl<>,5. Le mieux continue. Môme régime.
U 20, nuit très-bonne ; depuis la veille, le malade a rendu une
36-i SOCIKTK DE CHIRURGIE.
grande quantité de gaz par Tanus, ce qui a déterminé, dit-il, quelques
coliques et des épreintes. Température, 38°,2.
La teinte sub-ictérique des conjonctives persiste, et la langue est
un peu sèche; toutefois le malade se trouve très-bien.
Le soir, température, 38°.
Le 21, à la suite d*un lavement simple, le malade a ea une selle,
soit 4 jours après l'opération et 11 jours après le début des accidents
d'étranglement. La nuit a été agitée, cependant il n*y a eu ni coliques,
ni nausées. La langue est redevenue normale, l'ictère tend à diminuer.
On enlève le 3« et le 5« iil. Pouls, %; température, 37%5,
Le malade, qui jusqu'alors n'avait pris que du lait glacé, demandes
manger un peu. Œufs, poisson.
Le soir, 3"*>,2.
Le 22, on constate que la plaie abdominale s'est un peu désunie i
sa partie moyenne ; le 4« fil d'argent, s'ctant rompu, est enlevé : quelqoei
Coliques ayant déterminé une selle abondante. Pansement de Lister et
compression assez énergique du ventre avec l'ouate et la flanelle.
Température, 37°,5; le soir, 36%9. On alimente le malade.
Le 23, la teinte sub-ictéri(jue des conjonctives a presque totale-
ment disparu, mais les urines sont toujours foncées. La partie désunie
de la plaie semble se recoller. Même pansement. T. m., 37®; soir, ^^
Le 24, les deux derniers fils d'argent sont enlevés. L'état géné-
ral est excellent, selle abondante le matin. Temp., 31®; le soir SIM*
Alimentation normale.
Le 27, la plaie est fermée. Suppression du pansement de Lister.
Ou se contente de maintenir le ventre avec de l'ouate et une ceintort
de flanelle. En fait la guérison était complète 10 jours après l'opé-
ration.
Notons cependant qu'il conserva pendant quelque temps une grande
faiblesse et que le tremblement sénile dont il était atteint avant lei
accidents d'étranglement a très-notablement augmenté depuis.
Le malade sort de l'inArmerie le 19 février 1878 ; nous lui avons ùi^
confectionner une ceinture abdominale, avec plaque rembourrée médiane
de manière à bien maintenir la cicatrice de la gastrotomie. De pins il
porte un bandage inguinal gauche qui maintient très-bien sa hernie.
Depuis cette époque notre opéré a pu vaquer à ses occupations ha-
bituelles sans ressentir la moindre gène ; toutefois il se plaint encore
de coliques, mais c'est lorsque sa hernie inguinale tend à sortir s^
n'est pas bien maintenue par le bandage. Enfin, malgré TappUcatioD^
méthodique de sa ceinture abdominale, la cicatrice profonde a cédé, ^^
le malade présente une légère éventration, surtout vers la partie infc'
rieure de sa cicatrice.
En présence des accidents généraux survenus brusqueoie^
chez notre malade, nous crûmes avoir aiTaire à une hernie élrai»
glée, mais l'exploration attentive des divers orifices herniaires noi^
lit aussitôt abandonner cette idée pour adopter le diagnosii
d'étranglement interne. Ce diagnostic fut aussi formulé par mo
SÉANCE OU 29 MAI 365
oQàgue M. Just Championnière, et nous nous appuyâmes surtout
ur le siège fixe de la douleur, et sur Tempâtement profond qu'on
sncontrait au point même où existait le maximum de douleur
poDtanée et provoquée par la pression.
Quant à la nature même de cet étranglement, nous pensâmes
a*il s'agissait d'une bride ou d'un volvulus, sans toutefois pouvoir
iea affirmer de bien net à cet égard. Dans tous les cas, TaiTêt
bsola des matières, les vomissements rapides et fécaloïdes, nous
Irent croire qu'il s'agissait d'une occlusion brusque et due à un
bstacle qu'il était important de lever le plus tôt possible.
Nous appuyant : 1® sur le peu de gravité relative des plaies du
lériloine, comme tendent à le prouver les résultats fournis par
'ofariotomie ; 2° sur les succès obtenus en Angleterre, en Aile-
oigne et en France par l'emploi de la méthode de Lister, nous
îAmes devoir faire la gastrotomie.
D'ailleurs, dès le début, je préparai mon malade à subir cette
fération, en le maintenant à une diète sévère, en lui faisant des
lyeclions sous-cutanées de morphine, et surtout en évitant abso-
wnent toute ingestion de purgatif par les voies supérieures du
«be digestif : c'est aussi la pratique que je suis lorsque je me
ïwnre en présence d'une hernie étranglée.
Grâce à ce traitement, les accidents furent modéréS; le ballon-
Ment peu marqué, et nous pûmes intervenir facilement suivant
iB règles que nous avons l'habitude de suivre dans les ovario-
Mkies.
Comme on le voit, ce fait plaide en faveur de la gastrotomie ;
<t comme malgré les intéressants travaux publiés récemment
wore sur ce sujet par Armandale *, Delaporte*, Luton*,
V.Brinton ♦, Jonathan Hutchinson ^, Le Dentu^, etc., la question
et encore à Tétude, il nous a paru utile de soumettre ce fait à
'Otre appréciation.
Discussion.
M. Oesprès. Je voudrais adresser une question à M. Terrier
^BdeDbargb med. journ.y february, 1871.
* Thèse de doctorat, Paris, 1872.
* Oictionnaire de med, et de chirurgie pat., t. XIX, 1873.
* tfUestiDal obstruction London .
* U^ico ebir. transact., vol. LVII, p. 81, London, 1874, et Lancet, vol. II,
^8?8, Î875.
* Conditions de succès de l'intervention chirurgicale dans l'occlusion inles-
^^ [Journal de thérapeutique) y Paris, 1876.
BULL. ET MBN. DE LA SOC. DE CHIR. 25
^1
266 SOCIÉTÉ OB CHIRURGIE.
pour lui demander si, Sticliaal que son malade avait une hern
interstitielle, il aurait fait la même opération.
M. Terrier. Oui.
M. Despres. Je ne saurais trop m'élever contre cette manié
de faire. D'après les renseignements que nous a donnés M. Terne
il me semble que le diagnostic aurait pu être posé avec une gran(
exactitude ; la présence d'un plateau dur, Texistence de la do
leur au niveau d'une ancienne hernie, sont les signes éviden
d'une hernie interstitielle. Il aurait suffi de faire une incision si
le point douloureux pour arriver sur la hernie que l'on aurait |
opérer de dehors en dedans. Je ne puis accepter ce procédé, q
nous reporte au temps où Pigray proposait de faire une inciat
au-dessous de l'arcade crurale pour opérer dès tractions sur I(
hernies crurales.
Le malade de M. Terrier a guéri parce que le péritoine du viei
lard est plus tolérant que celui d'un enfant, ainsi que j'ai pa I
constater chez un vieillard de 78 ans, sur lequel on pratiqua trè
peu méthodiquement la suture d'une plaie de Tabdomen, qui gui
rit admirablement.
M. Lugas-Championnière. Il est toujours facile de faire des dia
gnostics rétrospectifs, mais j'aftlrme que, lorsque nous examinâse
le malade de M. Terrier, il était impossible de poser le diagnofi
tic de hernie interstitielle. L'induration était si peu accusée fi
M. Terrier ne l'avait pas remarquée; de plus on était très-loin d
l'anneau inguinal, et ce point de repère ne pouvait être d'aucon
utilité. L'étranglement était très-profond et la gastrotomie éUi
seule possible.
M. Desprès. La constatation de la douleur en un point limitée
la présence d'une induration sont des faits indéniables, et celaiDi
suffit.
M. PoLAiLLON. Je serais disposé à considérer la gastrotoffli»
comme une bonne opération, si j'en juge par les diflicultés qui
j'ai rencontrées en opérant une hernie interstitielle. Après avoi
ouvert un premier sac, je réduisis l'intestin ; mais, avant de fair
la suture, je portai mon doigt dans l'abdomen et je m'aperçus qu
la hernie se trouvait dans un second sac, dont j'eus toutes l0
peines à débrider le collet. Je n'y parvins qu'avec de grande
diflicultés : aussi je crois qu'en pareille circonstance il serait pré
férable de pratiquer la gastrotomie avec toutes les ressources qo
nous offre la méthode antiseptique. On évitorait^ainsi les difilcul
tés que présente, dans ces cas, la kélotomie.
SÉANCE DU 29 MAI. 861
Mon malade a guéri, mais après avoir présenté de tels accidents
que je crus que la hernie n'avait pas été réduite complètement.
M. TiLL.\ux. La hernie interstitielle est une hernie qui se fait
entre les deux anneaux du canal inguinal, et ce n'est pas le cas
de M. Terrier qui avait affaire à une hernie ventrale située au bord
externe du muscle droit. 11 était donc impossible de faire la kélo-
tomie et je trouve que M. Terrier a eu parfaitement raison de
pratiquer la gastrotomie.
Nous nous trouvons quelquefois en présence d'individus atteints
d*ob8truction intestinale sans pouvoir obtenir de renseignements;
il est nécessaire d'intervenir et le choix du procédé est assez em-
barrassant. Faut-il recourir à Tentérotomie ou à la gastrotomie ?
h crois qu'il y a là une question très-importante à étudier, et je
serais heureux de voir la Société de chirurgie la mettre à l'ordre
du jour de l'une de ses séances.
Pour rester dans les limites du fait dont vient de nous entretenir
M. Terrier, je me demanderai s'il vaut mieux faire l'incision sur la
partie médiane ou sur le point que Ton suppose êti*e le siège de
Tétranglement. L'incision médiane est peut-être un peu éloignée, et
il serait peut-être préférable de porter l'incision du côté oîi l'on
péage trouver l'étranglement.
M. TiRRiER. M. Desprès a dit qu'il y avait hernie interstitielle;
vdlement, il existait en effet une hernie inguinale qui entrait et
sortait sans difficultés, ce n'était donc pas là la cause des acci-
dents.
Le point à peine douloureux qui existait siégeait auprès du
bord du muscle droit ; il était impossible de songer à une hernie
interstitielle, et, même si je l'avais su, j'aurais opéré de même, car
1*1 était préférable d'inciser sur la ligne médiane plutôt que de cou-
per les muscles au hasard.
Maintenant, dire que j'ai obtenu un succès parce que mon opéré
^tun vieillard, dont le péritoine est plus tolérant, c'est une opi-
nion qui ne repose sur rien.
M. Polaillon nous a montré combien la manœuvre du débride-
[Qeiit dans la hernie profonde était difficile, je ne serais donc pas
lente de l'essayer.
M. TUlaux me demande s'il ne serait pas préférable de reporter
ÏUMâsion vers le point que l'on suppose être le siège de la hernie.
le lui répondrai que je préfère l'incision médiane, car on porte le
bistouri dans une région où il n'y a pas de vaisseaux et dont la
rtunion est facile. Je me suis bien trouvé d'avoir choisi cette
368 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
région, mais je ne crois pas qu'il soit indispensable d'en conclure
que c'est toujours là qu'il faille opérer.
La séance est levée à 5 h. 25 m.
Le Secrétaire^
HORTBLOUP.
Séance da 5 Jain 1878,
Présidence de M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1° Les publications périodiques de Paris, de la province et de
l'étranger;
2o Une brochure ayant pour titre : Les chefs des travaux analO'
miques de la Faculté de médecine de Paris^ par M. le D"" Coriieu,
bibliothécaire adjoint de la Faculté de médecine ;
30 Le Bulletin de F académie royale de médecine de Belgi(lo»^
n^du t. XII, année 1878 ;
4° Un mémoire in-4**, intitulé : Recherches sur Panatomie not'
maie et pathologique des lymphatiques, par M. Armauer Hanseû;
mémoire accompagné de 5 planches, Christiania, 1871 ;
50 Deux mémoires du professeur W. Bœck, de Christiana;run
in-8° intitulé : Expériences sur la syphilis, 1875, et l'autre, grand
in-4°, ayant pour titre : Recherches sur la syphilis^ appuyées de
tableaux de statistique tirés des archives des hôpitaux de CbriB"
tiania, 1875;
6® Une brochure in-8**, par M. Jacob Heiberg, Ghristiana; 187i»
7» Un mémoire accompagné de planches coloriées, ayant pou^
titre : Description dos bourses muqueuses des membres supérieur
et inférieurs, par MM. A.-J.-D. Synnestvedt, étudiant en méd^
cine, et le professeur J. Voss, Christiania, 1869;
8° Une série de brochures en italien, du D" Andréa Ceccherdli
a) sur la trépanation du crâne ; b) sur T encéphalite traumatiqu^
c) sur la genèse du carcinome des os ; d) sur le traitement d^
incurvations rachitiques des os; e) enfin, sur F ambulance de te^
position universelle de Vienne en 1873 ;
SÂANGB DO 5 JUIN. 369
9»M. Guéniot présente de la part de M. le D' Prouff, de Ploues-
cat (Finistère), une note manuscrite sur des faits relatifs à Tobsié'
I tricpie, (Commissaire, M. Guéniot.)
A propos du procès-verbal, la parole est demandée par :
M. Desprès. Je tiens à m'élever contre la gastrotomie que
M. Terrier semble vouloir conseiller comme moyen curatif des
hernies interstitielles, car j'afflrme que Ton pouvait diagnosti-
quer la présence d'une hernie interstitielle. Toutes les hernies
interstitielles ne sont point dans Tanneau inguinal, il en existe
aussi à travers les interstices des aponévroses de Tabdomen. Si on
suivait les principes et Texemple de M. Terrier, on arriverait à
opérer par la gastrotomie des hernies obturatrices et péri-ombi-
licales; on ferait la gastrotomie à tout propos, or, nos maîtres
nous ont appris que Ton pouvait arriver sur toute hernie profonde.
Robert, se basant sur l'autorité de Scarpa, a proposé de faire le
diagnostic sous le couteau ; en suivant ces principes, on a pu
enregistrer de nombreux succès : je ne vois donc pas la nécessité
de les changer en proposant la gastrotomie.
M. TiLLAUx. Il serait nécessaire de s'entendre sur ce que Ton
doit appeler hernie interstitielle ; pour moi, je désigne sous ce
nom la hernie qui, après avoir pénétré par l'orifice interne dans
lo canal inguinal, 8*est logée dans les muscles, parce que, par une
c«use quelconque, elle n'a pas pu franchir Tanneau externe. Vou-
loir conseiller la gastrotomie dans ces cas serait véritablement
inacceptable, mais le fait de M. Terrier ne peut nullement être
considéré comme une hernie interstitielle. L'intestin avait pénétié
«travers une éraillure de l'aponévrose et, pour aller à la recherche,
il aurait fallu inciser le péritoine ; en incisant sur le plateau induré
on aurait ouvert sûrement le péritoine. Quant à pouvoir dire à quoi
^nait l'étranglement, c'était difficile de le préciser, même après
'opération; il existait peut-être une bride.
M. Terrier. Je suis un peu moins exclusif que M. Tillaux, et je
comprends sous la dénomination de hernie interstitielle toute
hernie qui se produit dans un interstice de la paroi abdominale.
Malgré cela, je crois qu'il était impossible de faire autre chose
4uece que j'ai fait; en incisant soit sur la ligne médiane, soit sur
'e point induré, il aurait fallu ouvrir le péritoine pour réduire la
hernie, car j'ai eu une véritable difficulté pour y parvenir. Par
'inelle disposition était produit l'étranglement ? je ne le puis dire ;
'^hernie existait sur le bord externe du muscle droit, il y avait
370 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
un ligament dur fibreux que j'ai déchiré pour réduire la hemû
mais, ce résultat obtenu, je n'ai pas cru nécessaire de poursuivi
les recherches.
Quant à vouloir conclure de ce fait que je conseille d'opérer le
hernies ombilicales par la gastrotomie, ce n'est pas discutable. J'i
eu un cas particulier, je me suis guidé pour Topérer sur des cii
constances particulières, mais je n'ai eu nullement l'intention i
faire une loi générale. J'attache une grande importance auxtn
vaux de nos devanciers, mais je crois cependant que Ton pei
chercher à perfectionner des procédés.
M. Després. La kélotomie permet, avant de faire la réductio]
de constater Tétat de l'intestin et d'établir un anus contre-natoi
si la chose est nécessaire; avec la gastrotomie, cette ressoun
est impossible. Aussi cette opération a-t-elle été condamnée {M
A. Cooper, Desault, Dupuytren.
Dans le cas de M. Terrier, j'aurais fait au niveau de l'indun
tion une longue incision, et j'aurais été à la recherche dusw
j'aurais guéri mon malade sans lui faire courir d'accidents grave
Si M. Terrier a obtenu un succès, c'est qu'il a opéré de boni
heure, l'intestin était intact; le résultat d'une opération de henr
étranglée ne dépend que de l'époque où l'on opère.
M. Lugas-Championnière. Je regrette de voir dévier la questioi
la hernie, dans le fait de M. Terrier, n'avait aucune connexic
avec le canal inguinal; on ne pouvait tenter une autre opératioi
et je ne puis accepter comme sérieux le rapprochement que ïi
veut établir entre le cas actuel et la proposition, faite par certaû
chirurgiens, de pratiquer la gastrotomie pour opérer une hen
crurale.
M. Trélat. L'expression de hernie interstitielle est mauvaif
car elle s'appliqne à un grand nombre de hernies qui n'ont auc
point de ressemblance : les hernies formées dans les interstic
des parois abdominales, les hernies du canal inguinal dont ne
a parlé M. Tillaux, les hernies réduites en bloc. Je n'ai pas
nom à proposer, mais je crois que ce mot est fâcheux, ainsi qu<
prouve cette discussion, car il amène des confusions. Pour m
je crois que ce nom ne doit s'appliquer qu'aux hernies fonn<
dans l'interstice des paroii abdominales.
Il faut un peu se méfier de la tendance qui pousse quelquel
des chirurgiens à élever au rang de méthode un procédé de i
constance. Il est certain que, lorsqu'on a proposé de faire la g
trotomie pour réduire une hernie crurale, c'est que l'on n'a>
pas fait un diagnostic exact ; mais on se trouve quelquefois
présence d'accidents graves insoUtes qui vous conduisent à <
SÉANCE DU 5 JUIN. 371
sayer des procédés nouveaux. Il n'est pas toujours possible de
poser un diagnostic précis, il faut donc, laissant de côté les prin*
apes arrêtés, se laisser conduire par les circonstances : ce sont
ilors des opérations extraordinaires qu'il faut enregistrer avec
soin, et qui peuvent avoir leur utilité plus tard. M. Terrier s'est
trouvé en présence d'un cas embarrassant, il fallait intervenir, et
il y est arrivé par la voie qui lui a paru la meilleure.
M. Cazin. Je voudrais répondre un mot à M. Desprcs, qui a
avancé que le péritoine du vieillard était plus tolérant que celui
dePenfant. J'ai publié un cas de gastrotomie pour lequel j'ai fait
quelques recherches bibliographiques ; j'ai réuni 70 cas, dont
2Sguérisons. Sur ces 23 cas, se trouvaient plusieurs enfants de 4,
6 et 8 ans : on ne peut donc pas dire que le succès de M. Terrier
tient simplement à ce qu'il a opéré un vieillard.
M. Dbsprès. Pour arriver à une conclusion précise, il faudrait
qne toutes les observations, principalement les insuccès, soient
publiées.
M. Cazin, membre correspondant, communique à la Société la
fin d'une observation d'anévrysmc ik la carotide interne gauche
dm te sinus caverneux.
Permettez-moi, Messieurs, de vous relater la fin de l'observation
d'anévrysme de la carotide interne gauche dans le sinus caver-
neux que je vous ai communiquée il y a quelques mois.
Jene vous rappellerai pas l'ensemble des symptômes qui m'avaient
8it établir ce diagnostic ; je me contenterai de vous mentionner
'existence du strabisme interne et la présence d'un bruit de piau-
Bment isochrone avec les battements cardiaques, perçu par le ma-
ïde et par l'observateur appliquant son oreille directement ou
•rmée d'un stéthoscope sur celle du malade.
J'ai tenté plusieurs modes de compression de la carotide ; la
ompression mécanique a été très-intidèle ; la compression digi-
^ très-fatigante pour le sujet porteur de l'anévrysme et pour les
ersonnes qui se chargaient de la pratiquer. Je me proposais de
ïire confectionner chez M. GoHn un collier analogue à celui qui
8t figuré dans l'article Carotide du professeur Richet (in Diction-
^wre de méd. et de chir, pratiques), lorsque je parvins à obtenir
in résultat remai'quable en m'inspirant d'une idée du malade. Ce
lernier voulait absolument faire de l'auto-compression. En ap-
pliquant à cette idée le procédé ancien du cachet, je fis dispo-
>er une tige de bois comparable pour la forme au manche de
>'slon des grossières seringues d'étain; seulement, pour répon-
372 SOCléTÉ DE CHIRURGIE.
cire au but cherché, le piston est ici remplacé par une petite b
en caoutchoue ordinaire, ouverte à un de ses pôles et fixée
l'extrémité de la tige préalablement arrondie pour la recevoir. C
à l'aide de cet instrument, d'une simplicité primitive, que le mal
lui-même exerçait la pression nécessaire pour intercepter le C(
du sang dans l'artère; il a acquis une extrême habileté à troi
et à comprimer la carotide externe^ de sorte que couché, assis
promenade, en voyage, il ne cesse presque jamais le traitem
La longueur de la tige a été calculée de façon à ce que l'avi
bras soit toujours dans la demi-flexion sur le bras, de façon à
minuer la fatigue. On pourrait du reste établir des compres»
de différentes longueurs, correspondant à la station deboo
assise ou à la station horizontale. Quand Je bras gauche étai
peu engourdi à la suite de la même position longtemps mainte
le bras droit reprenait sa place ; le bruit de piaulement s'ar
dès que la compression est bien faite, de sorte que le retoa
phénomène indique au malade qu'elle ne porte pas au point vc
Il peut aussi en modifier et Tintensité et la durée. En efTet, i
obligé de la suspendre quand les étourdissements et les vert
T
CompreMcur carotidieo pouvant être employé par le malade lui-même.
P. Poignée.
T, Tige.
B. Balle en caoutchouc ordinaire fixée sur l'extrémité arrondie do la tige.
qu'elle lui occasionne deviennent trop insupportables.
Grâce à ce mode de traitement, le strabisme disparut compi
ment au bout de trois semaines et quatre jours; le bruit anoi
diminuait de son côté graduellement, mais fort lentement; il
fisait de la moindre émotion, de la moindre fatigue pour qu il«
toute son intensité première.
Les phénomènes cérébraux légers produits au début par la c
pression avaient déjà disparu depuis un certain temps, des
que celle-ci pouvait être continuée plus régulièrement. La moy(
était de 10 à 12 heures dans les vingt-quatre heures, certa
séances duraient 3 heures sans interruption.
Depuis quinze jours tout bruit insolite a cessé de se faire
tendre. La guérison peut être considérée comme assurée.
SÉANCE DU 5 JUIN. 37S
CommQiiieatioiis .
H. Panas lit un travail sur le kératocône :
Cette affection rare est connue depuis longtemps des ophthaU
mologistesy qui Font désignée tour à tour sous les noms de sta-
jhflome pellucidej de cornée conique; de kérectasic conique^ et
eo dernier lieu de kératocône.
n s'en faut pourtant que, même actuellement, on sache quelle en
est la pathogénie, et quant au mode de traitement du kératocône,
si nous sommes plus avancés que vos devanciers, ce n*est pas en-
core la perfection, loin de là.
L'observation que nous allons relater et Texamen du malade que
D0U8 vous présentons serviront, croyons-nous, à le prouver; mais
snparavant, qu'il nous soit permis de rappeler les traits principaux
del'aflection qui nous occupe.
Le kératocône est une affection de la cornée presque toujours
acquise. Le malade, qui jusque-là possédait une bonne acuité vi-
suelle, s'aperçoit qu'il ne voit plus aussi bien les objets éloignés,
en même temps qu'il se plaint d'être tourmenté par de la polyopic.
Cette polyopic souvent monoculaire, jointe au peu d'améliora-
tion que procurent les verres tant sphériques que cylindriques dis-
tingue nettement cette affection de la myopie pro«;ressivepar recul
*tt pôle postérieur de l'œil. D'autre port Tamélioration de la vue
que procure en pareil cas remploi d'appareils sténopéiques dis-
tingue nettement le kératocône d'une amblyopie due à une dimi-
nution de la sensibilité rétinienne.
Un symptôme à peu près constant, et qui existait chez notre ma-
au plus haut degré, c'est la photophobie avec larmoiement, qui
^pend en partie de l'éblouissement qui cause des images réti-
niennes diffuses, en partie aussi de la fatigue des muscles adduc-
tanrsetdela contraction incessante des paupières constamment
'approchées dans le but de diminuer le diamètre des cercles de
^iffliision.
L'inspection de la cornée vue de profil, en démontrant la coni-
titéde la cornée, donne au diagnostic toute la certitude désirable.
D suffit d'ailleurs de promener devant la cornée la flamme d'une
ÏHmgie pour s'apercevoir que le spectre cornéal, relativement très-
grand sur les parties latérales, se rétrécit et se rapetisse brusque-
ment au centre de la cornée. De môme en se servant de lames
éclairantes verticales faites de verre dépoli et disposées de façon
que leur reflet sur l'œil observé occupe tout un méridien, on voit
nwnifestement le reflet se rétrécir très-brusquement au centre de
la cornée pour s'élargir au delà.
^6s expériences (jui i)récèdent démontrent à iCen pas douter
374 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
que la cornée s'écarte de sa configuration normale, qui est légère-
ment ellipsoïde, pour se rapprocher non pas de celle d'un cône
comme on le dit généralement, mais bien de la forme d'un hyper-
boloîde, ainsi que Grsefe en a fait le premier la remarque. Dans
un cas où Tanomalie n'était pourtant pas encore très-développée,
Leber (Berlin Kliniscbe Wochenschrifty 1868) lit des mensurations
ophthalmométriques qui lui prouvèrent qu'au centre la cornée
avait moins de deux millimètres de rayon, tandis qu'elle en at-
teignait 10 sur le versant du kératocône.
Presque toujours au moins à une période avancée du mal, on
observe au sommet du kératacône une nébulosité légère etquipa^
fois'devient plus saturée encore. Cela indique que la cornée a non-
seulement changé de forme, mais qu'elle a souffert dans sa nutri-
tion par suite de la distension de son tissu propre et par le fait
de la pression qu'exercent les paupières sur le sonunet du côno.
Par suite de tous ces défauts optiques de l'œil, auxquels il faut
ajouter le rétrécissement du champ visuel dépendant de l'éclairage
diffus des parties périphériques de la rétine, les malades atteints
de kératacône s'orientent mal et ont presque l'aspect d'amauro-
tiques. Pour distinguer les objets ils les rapprochent énormément
de l'œil, en même temps qu'ils tournent la tête et qu'ils clignent
les paupières, comme pour en faire des fentes sténopéiques. De
la sorte ils obtiennent des images rétiniennes plus grandes sans
que les cercles de diffusion croissent en proportion. De plus To-
riflce pupillaire se resserre et les images deviennent ainsi plus
nettes. Notre malade, pour lire, plaçait le livre obliquement à denx
pouces de l'œil, et même moins.
Quelle peut être la nature de cette singulière affection ? C'est ce
que nous allons examiner.
Et d'abord il faut exclure toute idée d'une exagération de la ten-
sion intra-oculaire, qui n'est démontrée par rien et qui ne peut
servir non plus à nous faire comprendre la forme hyperboloïde de
la cornée.
Par contre, l'opalescence et la minceur très-grande du sommet
de la cornée conique, comparées à l'état presque normal du reste
de cette membrane, portent à penser qu'il s'agit là d'une altération
de nutrition bornée au centre de la cornée. Mais de quelle nature
est cette altération ? C'est ce qui nous reste à rechercher.
Graefe, frappé de l'amincissement très-grand du tissu cornéeo-
attribuait le kératocône à une atrophie essentielle non inflammB'
taire de la région centrale de la cornée^ sans songer que la àiS'
tension excessive sulfit pour expliquer l'amincissement en que^
tion.
SÉANCE DU 5 JUIN. 315
fiisSi en armant à produire artificiellement sur le lapin le kéra-
iâoe, afait faire un pas à la question, et les expériences que nous
)n8 répétées nous-mème sur cet animal nous ont convaincu que,
il solution complète du problème n^est pas encore trouvée, on
Q est plus très-éloigné.
Ja sait que Hiss est parvenu à son but en raclant, à Taide d*une
imlle recourbée introduite dans la chambre antérieure, le milieu
la face postérieure de la cornée. Nous-raeme avons réussi à
)duire le kémtocône de la sorte, alors que le raclage même
)((>iid de la face antérieure de la cornée n'a rien produit de pa-
LDd cette double expérience il nous est donc permis de con-
tre que la destruction de Tendothélium du centre de la cornée
odnit le kératocône, tandis que la destruction de l'épithélium de
bee antérieure de celle-ci reste sans effet.
Pour bien saisir ce résultat, il faut ne pas perdre de vue les
périences toutes récentes de Th. Leber sur la transsudation de
nffleur aqueuse à travers la cornée. Tandis qu'on admettait jus-
M en physiologie que l'humeur aqueuse transsude constam-
îûl à travers la cornée, Leber est venu démontrer, à l'aide
ftpériences ingénieuses, qu'à Tétat normal la cornée ne laisse
solument rien passer de dedans en dehors tant que Tendothélium
lie intact. Par contre cette transsudation se produit immédiate-
ttt sitôt que Tendothélium se trouve entamé, ne fût-ce que sur
point. De plus, et cela e»t très-important, cette transsudation et
trouble qui en résulte pour le tissu de la cornée restent toujours
nés à l'endroit privé d'endolhélium, sans se diffuser autant.
Le même auteur a démontré que la lésion de l'épithélium no
"orisait en quoi que ce soit la transsudation en question.
Partant des faits expérimentaux en question, corroborés par nos
)pre8 expériences sur la production artificielle du kératocône
18 nous trouvons conduit à penser que la lésion en question
irrait bien tenir à une lésion de Tendothélium du centre de la
née. Celui-ci une fois détruit, on ct)nçoit que la portion corres-
idante du tissu cornéen se laisse imbiber par Thumeui' aqueuse
point de se ramollir, devenir opgrtescent et flnalement se laisser
tendre à l'excès. Comme alors le reste de la cornée pourvu de
iendothélium ne subit aucune altération, on conçoit sans peine
3 la déformation de cette membrane se fasse non pas suivant un
iiéroïde ou un ellipsoïde, mais sous la forme d'hyperboloïde de
is en plus accentué.
Pour achever cette démonstration et pour établir d'une façon
ftnitive et indiscutable la pathogénie de cette affection, il suffirait
luie seule autopsie démontrant qu'en réalité dans le kératocône
OQtané l'endothélium du centre de la cornée est absent ou qu'il
376 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
est pour le moins altéré. Nous regrettons de ne pas avoir celte
dissection ou, si elle existe dans la science, de ne pas la coimaître
encore.
En se plaçant à ce point de vue, on conçoit pai*faitement que le
kératocône puisse s'arrêter et môme s^améliorer, pourvu qu'on sup-
prime la région de filtration de la cornée, autrement dit le centre,
ainsi que Graefe, guidé par des idées différentes, en a eu le premier
ridée.
Il se pourrait aussi que la lésion partielle do Fendothélium con
néal fût parfois congénitale et qu'elle prît de l'extension sous Tin-
fluence d'autres causes adjuvantes, telles qu'une inflammation on
une exagération de la tension de l'œil, la fatigue des yeux et des
efforts corporels de toute sorte sans parler des maladies géné-
rales épuisantes.
Mais laissons là toutes ces hypothèses pour arriver à la question
{(lus importante du traitement.
Nous ne parlons point des moyens médicaux et des divers to-
piques, ainsi que de Tocclusion, qui n*ont fourni jusqu'ici aucun
résultat utile.
Les moyens chirurgicaux eux-mêmes n'ont donné que des ré-
sultats incomplets ou nuls.
C'est ainsi que les instillations d'atropine, les paracentèses répé-
tées de la chambre antérieure double, l'iridésis deBawmanetriri-
dectomie supérieure de Graefe n'avaient rien produit d'avantageux,
lorsque ce dernier auteur eut l'idée neuve et hardie de modifier la
partie centrale du cône en remplaçant le tissu aminci de la cornée
en ce point par du tissu dense de cicatrice. Son procédé, aujour-
d'hui connu de tous, se résume à faire au sommet de la cornée une
perte de substance de 2 à 3 millimètres de long sur 1 à 2 de hau-
teur et à cautériser ensuite le fond de cette cupule avec le crayon de
nitrate d'argent mitigé (au 1/2), jus(ju'à ce qu'on obtienne une
petite ouverture defiltration et consécutivement la formation d'une
cicatrice rétractile.
Bader de Londres prépara ultérieurement un autre procédé,
qui consiste à exciser par transfixion un petit lambeau cornéal.
C'est ce procédé que nous avons suivi chez notre malade, dont
nous allons relater l'histoire. Le résultat, sans être parfait, n'estpas
non plus à dédaigner, ainsi que vous pouvez le constater sur l'œil
opéré. Nous signalerons également le service très-grand que nous
ont rendu les injections liypodermiques de morphine faites à la
tempe: c'est grâce à elles que le larmoiement et la photophobie se
sont dissipés, non-seulement sur l'œil opéré, mais aussi surTautre»
également aflecté de kératocône, quoique à un degré moindre.
Nous finirons ce qui a trait à cette communication par les dé^^
8KANCK DU 5 Jl'IN. SU
ils de Texpérience sur le lapin, telle qu'elle a été rédigée par
4re interne M. Nitot.
■Me kdratocône. — Astigmatisme irrégnlier. — Hôpital Lariboisière.
(Observation recueillie par M. Nitot, interne du service.)
Eehinard (Jean), 26 ans, journalier, salle S^int-Ferdinand bis, n* 4.
AâtécédeDts. — Rien de semblable dans sa famille. Les parents ont
le bonne vue. Aucun antécédent syphilitique, rhumatismal ou autre.
) malade est salement lymphatique et débilité.
Bemeignements, — Jusqu'à Tàge de 12 ans le malade, myope, avait les
01 normalement conformés, toutefois ils étaient un peu saillants ;
118 08 n'est qu'à partir de cet âge que la courbure des cornées s'est
WDtuée progressivement. En môme temps la vue a sensiblement
mioné.
Le malade entre à l'hôpital le 8 janvier 1878.
État actuel, — Le malade peut à peine se conduire, tellement est
nnde sa photophobie. Il en résulte un larmoiement continuel qui
Dtretient une légère conjonctivite.
Les cornées des deux côtés sont très-saillantes, coniques, et la
bambre antérieure est très-profonde.
L'œil droit parait plus bombé que le gauche, et cette déformation
it surtout appréciable quand on regarde la cornée de profil.
De face, le sommet du cône parait tronqué, mais il n'en est rien; le
^ est arrondi, semblable au sommet d'un œuf, vu par la petite
Ktrémité. Cette apparence est due à la présence d'une nébulosité sié-
eiat au sommet de chaque kératocône.
Examen le iO Janvier.
Œil droit. — S = 1/15. Le malade ne peut voir que de loin avec
^œil, et cela au moyen d'un petit artifice : avec le doigt il tire sur la
onunissure de sa paupière et la transforme en fente sténopéique; de
^ façon il ne se sert pour les objets éloignés que de son méridien
i^Hsontal ou mieux oblique supéro-externe. L'œil gauche, au con*
*ire, lui sert à voir de près.
^jopie, — Pas de staphylome postérieur ; toute la myopie dépend
• la tïornée.
Astigmatisme irrégulier, — En examinant le fond de l'œil à l'image
Oite on voit, à chaque mouvement de latéralité du miroir, l'imago
s vaisseaux décrire en sens inverse un mouvement d'étoile tour-
Qte spiroîde ayant pour axe la papille.
Celle-ei est plus blanche que celle du côté opposé ; ses contours sont
réguliers et sa forme varie à chaque inclinaison do la lentille.
A réclairage oblique on remarque que le sommet du cône est pourvu
épithélium, et que la nébulosité qu'on y remarque siège dans l'épais-
îar des lames cornéales. — Vœil est mou.
Œil gauche, — S = 1/40, A 1 pied de distance, à 6 centimètres de
^tance, le malade lit 1/3, toutefois en tournant fortement la tête de
fiçonà voir par les parties latérales de sa cornée.
378 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
La papille est franchement ellipsoïde dans le sens transversal, h
mouvements d'étoile tournante sont moins prononcés ; l*tBtigmatiia
est moins régulier.
Des deux méridiens principaux de la cornée le vertical est le vm
myope.
Opération f le \0 Janvier 4878, sur F œil droit.
Chloroforme jusqu'à insensibilité complète de le cornée. Blépli
restât. Pince à fixation.
P^xcision du sommet du cône au moyen du couteau de Grœfe ploo|
pai transfixion ; puis avec des ciseaux courbes et des pineesà grift
excision du lambeau.
L'humeur aqueuse s'écoule en abondance. La cornée, très-mofl»
très-mince revient sur elle-même. Les deux lèvres de It plaie tîi
nent en quelque sorte s'affronter. Pas de suture. Atropine. Bandfl
compressif. (Le lambeau cornéen est mis dans le liquide de Muller.]
il janvier, -^ Pas de douleurs. On ne touche pas au bandeau.
i'^ janvier. — On enlève le bandeau. Lavage de l'œil sans ouvrir!
paupières. Le bandeau est replacé.
iS janvier. — Examende l'œil. La plaie n'est pas cicatrisée,
chambre antérieure n'est pas reformée. Instillation d'atropine. Bi
deau compressif.
il janvier. — La chambre antérieure n*est pas reformée, il existe
niveau de la plaie cornéenne un magma grisâtre qui continue letii
cornéen. L'iris, à ce niveau, est adhérent sur un point. — Ma
pansement. Occlusion,
24 janvier. — La chambre antérieure se reforme. Sons l'infliiei
de l'atropine, répétée 3 fois par jour, l'iris se dilate; toutefois il exi
une synéchie antérieure à la partie inférieure.
Instillation d'atropine 8 fois par jour -hr»
3 février, — Le malade a souffert cette nuit tout autour de i'orbi
La vision est abolie. Le malade distingue à peine la lumière d'i
bougie comme au travers d'un voile épais. Œil injecté.
Champ visuel rétréci on haut et en dedans.
L'œil est dur. Il existe là une poussée glaucomateuse manifeste.
A quoi l'attribuer?
Le glaucome est-il dû à l'usage fréquent de l'atropine dans un
où la cicatrisation cornéenne venant à se faire il n'existe plus à ee
veau de filtration?
Doit-il, au contraire, être plutôt le résultat de la synéchie irieni
Quoi qu'il en soit, la tension de l'œil diminue notablement t
l'usage de l'ôsérine.
0 20
Esérine toutes les heures -kct»
4 sangsues à la tempe.
4 février, — Les douleurs ont cessé. La vision est aussi ni
qu'auparavant ; l'œil a sa tension normale. On suspend l'ésérine.
SEANCE DU 5 JUIN. ^79
6 février, — Les accidents glaucomateux onl repris. Esérine.
1 lévrier. — Cessation des douleurs. L*œil est devenu mou; on con-
tinue le collyre.
28 février, — A plusieurs reprises ont eu lieu de nouveau les ac-
cidents glaucomateux, qui n*ont cessé qu'avec Tusage continu de
résérine.
Iridectomie inférieure au niveau de la synéchie qui doit à jamais
faire cesser tout accident.
!•' mars, — Pas de douleurs, la chambre antérieure est reformée.
La vue est plus nette.
Les jours suivants, il existe une photophobie interne qui ne cède
qu'à l'usage répété d*injections de morphine à la tempe.
Chaque jour, injection de 10 gouttes d'une solution de chlorhydrate
de morphine au -ttt'
20 mai, — État du malade.
Au niveau du kératocône opéré, il existe uu tissu de cicatrice blan-
châtre dont les dimensions rappellent à peine cellesdu lambeau excisé.
Plus de photophobie. Le malade a les yeux grands et ouverts, et
se conduit fort bien.»
S = 1/5.
A 10 centimètres de distance, le malade voit 1/5, toutefois en cli-
gnant l'œil.
Au moyen d'une fente sténopéique transversale et d'un verre bicon-
cave n« 8, la vision du malade est très-améliorée.
S = 1/5 à 20 centimètres de distance.
Expérience faite sur un lapin.
^^ janvier. — Avec une aiguille à cataracte introduite dans la
chambre antérieure, grattage et destruction de Pendothélium de la
"lembrane de Oescemet.
(Les deux yeux du lapin sont complètement pareils. Dans un faux
"Mouvement du lapin pour se débattre, le cristalliu est blessé.)
1^ janvier. — La chambre antérieure est reformée et parait un peu
PÏus profonde que celle du côté opposé.
U semble que la cornée tende à devenir plus proéminente; mais cette
apparence n'est appréciable qu'en regardant la cornée do profil.
(Cataracte traumatique.)
^'^ janvier. — La chambre antérieure devient de plus en plus pro*
'onde. I^a cornée présente nettement Taspect d'une sorte de bouton
^e chemise pointu :
^^ janvier. — Sur l'œil sain, destruction, par le grattage, de i'épi-
thélium delà membrane do Bowmann.
^janvier. — Cet épithélium s'est reformé entièrement, et la cornée
^^ nullement modifié sa courbure.
380 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
On constate que sur Pceil malade le keratocône a diminné de hau-
teur. La cornée est moins conique et plus globuleuse.
ii février . . — Le keratocône est moins saillant, mais cependant
encore très-net.
On tue le lapin, et Tooil énucléé est mis dans un liquide conserva-
teur.
Discussion.
M. GiRAUD-TEULONjdemande si on a fait l'examen histologique du
lambeau enlevé, et il ajoute que si M. Panas n'a pas obtenu une
amélioration de l'acuité visuelle, c'est que, dans la majorité des
cas, cette amélioration ne se produit pas ; il a pu cependant obser-
ver deux individus sur lesquels l'opération de Bader a été faite et
chez lesquels Tacuité visuelle a été augmentée. Il regarde l'opéra-
tion de Bader comme une bonne opération qu*il faut encourager.
M. Panas répond qu'il a été impossible de faire des coupes assez
Anes pour en tirer des résultats positifs.
M. Trélat a opéré, il y a quatre ans, un malade par un pro^
cédé un peu différent de celui de Bader.
La Société se forme en comité secret.
La séance est levée à 5 h. 40 m.
Le secrétaire^
HORTELOUP.
Séance du 12 jnin 1878.
Présidonce de M. Tarnibr.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance s
La correspondance comprend :
1^ Les journaux périodiques de la semaine;
2® Un mémoire du D' Louis Roy intitulé : De la Guérisonpromf^
et durable du larmoiment. Le fascicule des Bulletins et Mémoit^^
de la Société de chirurgie. La Revue mensuelle de la Société à^
médecine et de chirurgie;
3" Le Lyon médical^ le Bordeaux médical, Y Alger médical;
4° Centralblatt fur chirurgie^ the British médical Journal, ^
Gazette médicale Italienne-Lombarde.
Paris. — Imprimerie Paiil Pupont, 41, rue J.-J.-Rousseou. (CI.) (811, 6-78.) le Gérant:
8ÉANCE DU 12 JUIN. 381
5** Une observation de trépanation, pour une plaie contuse du
riétal droit, par M. le D' Chalol, chef de clinique chirurgicale à
Faculté de médecine de Montpellier (Commissaires : MM. Trklat,
B, Le Dentu.)
5»Un travail du D*^ Dulrieux sur VopbUialinie d'Égyple.
ï" Une observation d'opération césarienne chez une femme dont
diamètre sacro-pubien mesurait à peine 5 centimètres, par le
Lizé du Mans, membre correspondant de la Société de chi-
fgie.
Lecture sera donnée de cette observation dans la prochaine
ance.
8* Un mémoire de M. le D"" Démon, chirurgien des hôpitaux de
)nîeaux, intitulé De la périostUe phlegmoneuse diffuse des
Biillaires et de la phlébite suppurée des sinus de la dure-mèrey
msécutivcs à la carie dentaire. (Commissaires : MM. Tillaux,
OLJULLON, PeRRIER.)
MM. Hergott et Denucé, membres correspondants, assistent à la
iance.
A Toccasion du procès-verbal, la parole est demandée par :
M. Trélat. Je désire donner quelques renseignements sur Topé-
lion que j'ai pratiquée, il y a cinq ans, sur un malade atteint de
*ralocône.
Ce malade, instituteur, avait un double kératocône beaucoup
lis prononcé à gauche. Il présentait les troubles visuels de Tam-
Ifopie myopique et, pour lire, il était obhgé d'approcher les objets
esque au contact de sa figure ; on pouvait le considérer comme
eugle.
h me décidai à lui faire l'opération que je croyais ôtre celle de
Graefe.
Vous vous rappelez que M. Panas a opéré son malade en lui
îséquant un petit lambeau à l'extrémité conique de la cornée
ur obtenir une cicatrice.
Dans l'opération que je pratiquai, la perte de substance fut
le sur la partie latérale de la cornée. Ce temps de l'opération
t difficile, ainsi que Va fait remarquer M. Panas : car, lorsqu'on
ut faire une section de la cornée do dehors en dedans, on
rouve une résistance assez considérable, mais très-fugace. Je
î sms servi d'un couteau neuf, avec lequel je fis une incision de
cornée en raclant; j'enlevai ainsi un segment de la cornée, en
clion sphérique et je cautérisai la plaie avec du nilrate d'argent,
û'y eut pas d'inflammation, la cicatrisation s'obtint facilement,
BULL. BT MÉM. DC LA SOC. DE CUIR. 26
382 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
et, lorsque je présentai ce malade à la Société, 6 semaines après
l'opération, cet homme pouvait lire des caractères moyens aune
distance de 17 ou 18 centimètres.
L'opération que je pratiquai n*est pas, comme je le croyais,
celle de de Graîfc, mais je la crois préférable à celle de Baderouà
celle de M. Panas. Si j'avais à opérer de nouveau un kératocône,
je serais assez disposé à faire subir à la cornée une perte de sub-
stance des deux côtés.
Rapport.
M. HouEL lit le rapport suivant sur un cas de monstruosité
recueilli à la ville de Santos (Brésil) par M. le D' José Ribeiro de
Sousa Fontes, médecin et membre du conseil de S. M. Tempereur
du Brésil.
Vous avez chargé une commission, composée de MM. Nicaise,
Marc Sée et moi, de vous rendre compte d'une observation qui
vous a été adressée par M. le D' José Ribeiro de Sousa Fontes,
qui est membre du conseil de S. M. l'empereur du Brésil, ancien
professeur d'anatomie descriptive de la faculté de Rio de Janeiro,
inspecteur général du corps de santé et membre honoraire de
l'académie de Rio de Janeiro. M. José Ribeiro vous a fait adresser
cette observation par l'intermédiaire de M. Larrey, avec le désir
qu'elle devienne pour lui un titre à l'appui de sa demande de
membre correspondant étranger de notre Société. !
L'observation de M. José Ribeiro est des plus intéressantes au
point de vue tératologique, elle est relative à un enfant qui appar-
tient à la famille des ectroméliens de I.-G. Saint-Hilaire. Celle
famille, ti'ès-digne d'intérêt scientillque, a été au sein même de
celte Société l'occasion d'un travail très-savant et très-complet
de notre regretté collègue Debout. Notre collègue en vous faisan^
connaître tous les faits existants à cette époque, relatifs à l'ectro*
mélie, avait surtout en vue l'étude des ressources mécaniques quô
la prothèse pouvait apporter pour rétablir les fonctions des men^^
bres frappés d'arrêt de développement. C'est par cette étude qu^
le travail de notre collègue pouvait spécialement vous intéresse^-»
et qu'il se rattachait aux travaux de la Société de chirurgie.
Dans le fait qui vous a été adressé par M. José Ribeiro, la pro ^
thèse ne me paraît pouvoir apporter que peu de ressource, et p^^
conséquent peu d'amélioration dans l'avenir de cet enfant. Il s'ag"^'
donc d'un fait à peu près purement d'intérêt tératologique, mai^
qu'à cause de sa rareté j'ai cru devoir vous faire connaître en détail-
Ces petits êtres, quoique profondément frappés dans leur dével<>;|P'
pemenr, puisqu'ils peuvent être à peu près réduits exclusiveme:*^^
SÉANCE DU 45 JUTN. 988
1 tronc, vivent néanmoins, quelquefois longtemps, ils acquièrent
lême une vieillesse relative, et par conséquent méritent au double
mt de vue scientifique et professionnel de fixer votre attention.
. Ribeiro a accompagné son observation de trois photographies
{présentant cet enfant à Tâge de 3 ans, il en avait 5 quand Tob-
îrYation vous a été communiquée, et s'il a continué à vivre, comme
ela est probable, cet enfant doit avoir aujourd'hui au moins 6 ans.
Cet enfant, dont je vous fais passer les photographies, est né à
laint-Sébastien, province de Saint-Paul (empire du Brésil). Il est
lé le 17 juin 1872, de parents sains qui n'avaient entre eux aucun
ien de parenté; ses aïeux n'étaient également atteints d'aucune
n&nnité physique, ils étaient bien portants.
H. José Ribeiro vit cet enfant dans les bras de sa mère, qui le
nonlrait pour implorer la munificence impériale, et il put se con-
raincre que la mère était robuste, son apparence extérieure déno-
tait la meilleure santé, le mari était également bien portant. Pen-
tant sa grossesse, cette femme n'avait présenté rien de particulier.
L'eofant, qui depuis sa naissance s'est toujours bien porté, pré-
îeote une tête et un tronc bien conformés, mais il est a peu près
»ivé de membres supérieurs et inférieurs; la disposition présente,
îependant, de notables différences à droite et à gauche.
An côté droit et supérieur du thorax on distingue, dit M. Ribeiro,
'omoplate et la clavicule qui ont leur disposition normale. Le
ttembre supérieur y manque complètement, les tissus qui couvrent
'épaule ont la forme d'un moignon très-régulier, semblable à celui
jUi résulterait de la désarticulation scapulo-humérale : l'on ne voit
Qcune trace de cicatrice.
Au côté droit, le membre abdominal manque absolument comme
5 membre thoracique, il n'existe à ce niveau aucune élévation, ni
Ucune dépression. Dans les masses musculaires qui forment la
8886, il n'existe rien qui puisse faire croire à l'existence d'une
'Ctttion de fémur. Les tissus étaient entièrement flasques sur tous
38 points et couvraient l'os iliaque, que l'on sentait très-bien à
ravers leur épaisseur. Cette portion du tronc a la forme d'un moi-
gnon qui résulterait de la désarticulation coxo-fémorale, mais sans
ï moindre cicatrice ; seulement, au sommet du moignon il existe
^ne dépression arrondie de la peau semblable à la cicatrice ombi-
icale.
Le côté latéral gauche du therax, bien différent du droit, présente
^ rudiment de bras que l'on retrouve très-distinctement sur la
Photographie et qui est constitué par la partie supérieure de l'hu-
Dttérus. Ce moignon ressemble tout à fait à celui qui résulterait
l'one amputation du bras dans la partie moyenne, et sur ce rudi-
^^i de bras existent 4 cicatrices de bouton de vaccin.
384 SOCIÉTÉ DE CHIRUROne.
Sur ce même côté gauche, la hanche présente une disp
bien différente de ce que Ton observe à droite et même a
gauche. Il existe un petit appendice dont la forme assez irrâ(
simule une petite jambe suivie d*un très-petit pied terminé
gros orteil. A l'intérieur des tissus mous, M. Ribeiro a pu i
naître qii*il existait deux colonnes osseuses principales. L
mière de ces deux colonnes s'articule par son extrémité sup^
avec Tos iliaque et représente le fémur rudimentaire, ell
tous les mouvements physiologiques. L'extrémité supérieur
seconde colonne s'articule avec Textrémilé inférieure de 1
miùre et ne présente que de légers mouvements de laU
L'extrémité inférieure de cette seconde colonne se continu
la partie supérieure de la première phalange du gros ortei
cette dernière avec la seconde; le gi*os orteil, assez bien con
présente à son extrémité un ongle.
L'intelligence de cet enfant était assez développée, tous le
étaient parfaits, la sensibilité seule de la peau était plus
loppée dans l'extrémité du moignon brachial que sur le re
corps.
Le tronc ne présente aucune lésion, les organes de la géni
sont bien développés. J'ai déjà dit que Tenfant avait 3 ans
M. José Ribeiro Ta examiné^ et le tronc qui compose p
exclusivement ce petit être présentait les mesures suivantes
De la tête aux fesses 57 centimètres, la circonférence du
au niveau des épaules 51 centimètres, la circonférence de l
mité pelvienne du tronc au niveau de la circonférence sup^
du bassin était de 53 centimètres. La portion de membre
cique rudimentaire était de 7 centimètres. L'appendice i
avec le gros. orteil mesurait 11 centimètres, dont 6 centi
pour la cuisse.
Maintenant que je vous ai fait connaître en détail les ano
que présente cet enfant, il me reste pour terminer ce rappo
déterminer le classement et à voir si la prothèse pourra lui i
quelque utilité dans l'avenir.
C'est la classification de L-G. Saint-Hilaire qui me ser
guide, et il n'est point douteux que ce fœtus appartient à la
des ectroméliens, qui comprend trois genres principaux. Le
malies de cet enfant étant multiples et différentes pour <
côté et pour chaque membre, il me semble appartenir à If
plusieurs genres de cette famille. M. José Ribeiro, consi
cet enfant comme digne d'un grand intérêt, se demande
exemple n'est point un fait unique dans la science; si Ton vei
rapporter aux détails précis de chacun des membres, cela et
sible, mais la science enferme un certain nombre de fail
siANCE DU iS JUIN. SSS
isque membre examiné isolément, reproduisent exactement
de développement qui existe ici, quelques-uns de ces faits
pportés dans le travail de notre collègue Debout, et ils ont
aade analogie avec celui-ci. Du reste une chose qui m'a
8 vivement impressionné depuis que je m'occupe de téra-
, c'est que ces faits de monstruosité ne se produisent point
ird, il existe des types principaux qui ont permis à I. -G. Saint-
de créer des familles naturelles qui comprennent un cer-
inbre de genres, et chacun des faits observés rentre dans ce
Le célèbre lératologiste a pu même prévoir que certains
(a'il n'avait point sous les yeux, dont il ne connaissait point
pies, devraient se rencontrer un jour ; c'est ce qui est arrivé,
îu le bonheur déjà d'en décrire quelques-uns.
faut dont l'observation vous nëté présentée appartient incon-
ement parla nature des mutilations qu'il présente à ta famille
roméliens ; si l'on examine seulement le côté droit, il oppar-
a troisième genre, au genre ectromèle; par son côté gauche,
rtient pour le membre supérieur et inférieur aux liémimiles,
'il possède la moitié supérieure du bras, et par son membre
inal il présente un rudiment de membre inférieur terminé
doigt,
fosé Ribeiro soulève à cette occasion pour ce fœtus la
on des amputations spontanées, et avec juste raison il con-
l'arrët de développement. Les amputations spontanées ne
dS6 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
pourraient point être invoquées pour le côlé droit du tronc, à gf
la théorie des amputations spontanées pourrait être discutés
le bras, mais Tarrêt de développement peut seul expliquer 1
malie du membre inférieur. Il s*agit donc ici d*un enfant app
nant à la famille des ectroméliens, au genre hémimile pour k
gauche et ectromèle pour les membres du côlé droit. C*est à
différence surtout pour les deux moitiés du côté du corps qi
enfant emprunte son intérôl tératologique et qu'il devient u
rare dans la science.
Quant à la prothèse, elle ne pourra offrir dans ce cas partw
aucune ressource par le côté droit. Pour le côté gauche, elle
également nulle avec ce rudiment de membre inférieur. Po
prothèse du membre thoracique, comme il existe un moignon
long pourvu de muscles, il serait peut-être possible de lui 8
quer le bras artificiel ae M. Van Peelersen ou de M. de Beai
Le but de cet appareil ne serait point ici de cacher la diffoi
mais d'être un appareil de préhension qui pourrait être très
pour ce petit être quand il sera arrivé à l'âge adulte. J'ai l'hoi
de vous proposer de déposer aux archives l'obscivation et d'im
M. José Uibeiro sur la liste des candidats au titre de meo
correspondants étrangers.
Viscussion.
M. Trélat. Je voudrais faire remarquer que la lecture des
antérieurement connus d'ectromélie peut me permettre d'en
la proposition suivante :
Il n'y a pas incompatibilité entre les amputations spontané
les ectromélies par arrêt de développement.
On trouve souvent, sur le même sujet, des déformations c
peuvent s'expliquer que par des amputations spontanées, e
déformations qui tiennent à des arrêts de développement ; on t
ainsi des moitiés d'os complets qui sont la suite d'ampu
spontanée et, sur une autre région, des membres tout à faitio
plets qui ne peuvent s'expUquer que par un arrêt de dével
ment.
Toutes les déformations congénitales ne tiennent pas à des.
de développement de la période embryonnaire, il y en a «
produisent à une époque plus avancée ; ainsi on comprend (
ment qu'une bride amniotique amène d'un côté un arrêt de
loppement et de l'autre soit la cause d'une amputation sponi
On rencontre souvent des enfants qui viennent au monde a^
marque d'une violente constriction, qui persiste toute la vie
se trouve être le point de départ d'accidents variés, tels que
ces ou éléphantiasis.
8£ANCË DU 12 JUIN. 887
Jo crois pouvoir soutenir que ces deux lésions ont souvent une
même cause.
M. HouEL. Je n'ai pas voulu examiner la question des amputa-
tions spontanées, car je crois qu'il est impossible de les admettre
dans le fait dont je viens de vous entretenir.
Ainsi, chez cet enfant on constate un fémur tout à fait rudimen-
laire terminé par un gros orteil avec un ongle, je ne crois pas que
Ton puisse admettre d*autre explication que celle d'un arrêt de
développement, c'est un vrai cas d'ectromélie.
M. Trélat. Ghez les enfants dont les premiers phénomènes de
la vie embryonnaire ont été complets et qui viennent au monde
avec des déformations des membres, je crois qu'il est rationnel
de rapporter ces vices de conformation à des causes mécaniques
extérieures, et je suis disposé à admettre que le même mécanisme
peut expliquer un arrêt de développement et une amputation spon-
tanée.
Ainsi chez les phocomèles, il n'y a aucun organe de retranché,
mais, vu l'époque de la formation du membre, on ne peut pas
expliquer ce vice de conformation par un trouble de l'axe céré-
bro-spinal et je me crois en droit de soupçonner un traumatisme
extérieur.
M. Blot. Je crois que M. Trélat est trop exclusif, on rencontre
des cas d'ectromélie dans lesquels les quatre membres sont
alleints. J'ai recueilli un fait de ce genre, et si l'enfant n'avait pas
présenté un vice de conformation de la paroi abdominale, il aurait
pu être considéré comme complet. Dans ce cas il est impossible
de songer à des brides extérieures, mais, comme il y avait hydro-
ftmnios, on peut admettre que la compression a pu s'effectuer sur
les centres nerveux et produire la déformation des membres. Je
crois que les causes sont multiples.
M. Trélat. Le cas dont vient de nous parler M. Blot est un
^êt de développement ayant pour point de départ la première
époque de la vie fœtale, je ne puis m'en occuper, ce ne sont pai
fes faits que j'ai en vue.
Les conclusions du rapporteur sont mises aux voix et adoptées.
Élection.
La Société procède à l'élection d'un membre titulaire. La corn-
'^ion avait proposé la liste suivante.
388 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
lo M. Berger.
2° M. Terrillon.
30 Ex-œquo MM. Nepveu et Fozzi.
Au premier tour de scrutin, M. Berger obtient 22 voix, M. Ter
rillon i, M. Pozzi 2.
En conséquence, M. le président proclame M. Berger membr
titulaire de la Société de chirurgie.
I^ectare.
M. Le Dcntu fait une lecture sur une opération de bec-de-lièvK
Bec-de-Iiôvre double compliqué de saillie des os inter-mazillaires; diii
sion médiane et complète de la voûte palatine et du voile du palaii
— Opération. — Guérison.
Au mois (le septembre 1877, on me fit voir, en province, un enfai
atteint de la difformité indiquée dans le titre qui précède. Je jugeai 1
cas opérable, mais je préférai remettre toute tentative au moment 0
l'enfant aurait deux ans révolus.
On me l'amena à Paris, en avril 1877, il fut admis dans mon senrk
à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Marguerite.
État au moment de Ventrée: Vu de face, l'orifice buccal présente k
particularités suivantes : Immédiatement au-dessous du lobule du n(
est appendue une tumeur ronde, ayant le volume d'une petite ohi
taigne, Taspect })lanchâtre de la muqueuse palatine, recouverte, c
avant et en haut, d'une languette de peau qui est en continuité, p(
une partie étranglée avec la peau du lobule nasal, et se termine (
angle arrondi à sa partie inférieure, après avoir atteint dans sa ph
grande longueur un peu plus d*un centimètre. La hauteur est à p<
près égale à la largeur.
De chaque côté de cette sorte de tubercule cutané déborde le tobc
cule cartilagineux.
Les deux parties latérales de la lèvre supérieure bordent une lar
fente qui aboutit, par en haut, à une narine largement ouverte,
partie postérieure de la narine et la partie voisine de la lèvre s(
solidement adhérentes au bord antérieur du maxillaire supérieur.
Une fissure, ayant un peu moins d'un centimètre de large, sépf
les deux maxillaires supérieurs et se continue en arrière avec la f
sure du voile du palais, qui est largement béante.
Les bords alvéolaires des maxillaires supérieurs s'opposent tn
bien au bord supérieur du maxillaire inférieur, sauf en avant bi
entendu, où le tubercule cartilagineux déborde beaucoup les incisii
inférieures. Ce tubercule porte deux dents qui ne sont qu'imparfoi
ment dégagées de leurs alvéoles.
Les lèvres offrent une épaisseur convenable. L'enfant est robns
bien portant, et s'alimente facilement.
sAance du 12 auiif. 380
Il est intéressant de noter qu'un frère de cet enfant est né avec une
etite encoche latérale de la lèvre supérieure.
La saillie du tubercule est si prononcée, l'écartemenl des deux maxil-
lires supérieurs est en môme temps tellement en disproportion avec
es dimensions, qu*on ne peut songer a refouler ce tubercule en
rrière, et que la méthode de Franco se présente comme la seule
pplicable. Mais je remarque qu'aucune pince de Liston ne pourra
isément couper le pédicule de ce tubercule, quelle que soit la direc-
OQ de ses branches, et je fais construire par M. CoUin une sorte de
riqooise à branches courbes assez longues pour embrasser dans
}ate son étendue le pédicule du tubercule. Les bords sont mousses
e manière à couper par écrasement plutôt que par section nette.
Je procède le 9 mai au premier temps de Topératiôn, à Texcision du
iibercule, après eu avoir détaché le tubercule cutané au moyen d'un
•etit serre-nœud.
L'application de pinces hémostatiques on forme d'un petit quadiila-
ère percé à jour, suflit pour l'hémostase immédiate. k\i bout de
[wlques minutes, les pinces sont enlevées.
Unpelit bandage appliqué les jours suivants refoule le petit tuber-
ûle cutané en arrière, vers la bouche.
Le 23 mai, je pratique ropérntion suivante :
i*^ temps. — Dissection des adhérences de la lèvre supérieure et des
'Hes du nez avec les maxillaires supérieurs. Après avoir essayé de
élacher ces adhérences avec un petit écraseur, j'y renonce à cause
e quelques difficultés d'application et je reprends le bistouri; des
morceaux d'épongé arrêtent l'hémorrhagie.
'^ temps — Avivement du tubercule cutané. La partie la plus élevée
B chaque bord est réservée pour constituer la moitié antérieure de la
Mine. Sur le reste du tubercule, la section par le bistouri ne reste
18 partout à la môme distance du bord libre ; elle est dirigée de telle
'rte que la ligne d'avivement représente quatre lignes droites se réu-
ssant à la partie inférieure du tubercule cutané et sur ses deux côtés,
Snrles parties latérales de la lèvre supérieure, l'avivement est pra-
Hé de la manière suivante :
Le bistouri, après avoir été plongé à environ 5 millimètres du bord
iqaeux, est dirigé en haut et en dedans vers un point de la portioq
iicaie de ce bord situé à un demi-centimètre de la partie postérieure
l'atle du nez. De cette section il résulte un lambeau destiné à être
lattu au-dessous du tubercule cutané et suturé avec ce dernier et
lambeau du côté opposé, taillé de la même manière,
le place d'abord trois points de suture (fil d'urgent) de chaque côté,
premier immédiatement au-dessous de la narine, le second au ni-
au de l'angle formé par le renversement du lambeau taillé sur
aque moitié latérale de la lèvre, le troisième un peu en dehors de
pointe du tubercule cutané.
Un dernier point, médian et inférieur, réunit les deux extrémités
Bs lambeaux latéraux au dessous du tubercule cutané.
i)e chaque côté les deux fils supérieurs passent dans une petite
990 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
plaquo do plomb interposée entre la langue et la face postérleore
lèvres.
Les deux fils supérieurs sont enlevés au boul de 8 jours ; les ti
inférieurs au bout de 10 jours, les deux moyens après 14 jours.
La réunion a réussi dans toute l'étendue de Taffrontement. Le ré
tat est excellent, sauf un petit détail observe fréquemment à la 8
des opérations de ce genre. Je n'ai pas échappé entièrement à Téc
de l'encoche médiane de la lèvre supérieure, malgré le soin que
pris de tailler les lambeaux longs et épais. Mais ici l'encoche est t
peu marquée et n'altère pas d'une manière disgracieuse la formi
bord libre de la lèvre.
Le lobule du nez est légèrement attiré en bas; la lèvre inféric
paraît relativement un peu trop longue, mais seulement lorsque ï
faut pleure.
La publication de ce fait me fournit une occasion de communiqué
la société l'oJjservalion restée incomplète d'un bec-de-lièvre compli
que j'ai commencé à traiter à rilôtol-Dieu en 1876.
L'enfant qui en était porteur était âgé de 18 à 20 mois, chétif et
venu. Une vaste fente faisait largement communiquer les fosses
sales avec la cavité buccale. Un tubercule intermaxillaire arroi
appendu au bout du nez occupait une petite partie de Tintenr
compris entre les deux portions latérales de la lèvre supérieure,
résolus d'en tirer parti pour boucher en avant la fente intermaxilla
mais voulant éviter la perte du sang qui devait résulter de la sectioi
la cloison nasale avec un instrument tranchant, je ils construire on
strument formé de deux branches en arc terminées inférieurement
une plaque triangulaire. Les deux plaques pouvaient être adaptées
chaque côté de la cloison, rapportées par une vis au point d^exei
une compression capable de mortifier les issues en peu de temps.
C'est ce qui eut lieu. L'instrument resta en place 18 heures; 1'
chare se détacha en quelques jours. La mobilisation du tubercule é
obtenue ; mais les bords de la solution de continuité s'ulcérèn
L'enfant fut pris de diarrhée. Sa mère, sur mon conseil, remmeii
la campagne, son état continua à s'aggraver et il succomba au boul
quelque temps.
Communication.
M. Denucé. Il y a dix ans, j*ai opéré un polype naso-pharyii|
présentant un énorme prolongement dans la fosse ptérigo-ma
laire, que j'opérai de la manière suivante.
Je fis 3 incisions à la peau que je rabattis comme une porte
me permit de pénétrer dans les fosses nasales; mais, cette '
n'étant pas sunisante, je fus obligé de pratiquer une resection]
tielle du maxillaire supérieur.
Pour détruire le prolongement ptérigo-maxillaire, j'appU
SÉANCE DU 12 JUIN. 391
Fécraseur linéaire qui laissa écouler une assez grande quantité de
sang. Je fis 3 applications successi^ es de tlêche de pâte de Can*
qnoin longues de 8 centimètres ; toute la tumeur tomba. Le pédi-
cule fut détruit avec la pâte de Canquoin et la guérison fut com-
plète.
J'obtins ainsi par la voie nasale un excellent résultat, mais tous
les polypes pharyngiens ne se ressemblent pas, les uns sont dans
les fosses nasales, les autres dans le pharynx; doit-on employer le
même procédé dans les deux cas? je ne le pense pas. Les premiers
doivent être attaqués par la voie nasale et les seconds par la voie
palatine. Voici une observation qui me permet d*appuyer celte
opinion.
Jean Ribeyre, âgé de 21 ans, entra en novembre 1877, dans mon
service, avec un volumineux polype dont il souffrait depuis 3 ans.
Dans la narine gauche, on observait une grosse tumeur rouge
qui s'étendait dans le fond de la gorge. En explorant avec une
sonde de femme, je pus reconnaître le pédicule à la partie supé-
rieure et, en explorant avec le doigt la région pharyngienne, je
conslatai que le polype formait une volumineuse tumeur dans le
pharynx que je pus contourner jusqu'au pédicule qui se trouvait à
la région basilaire.
Le malade désirait vivement no pas avoir de balafre sur la figure
et je me décidai à tenter Tablation par la voie palatine.
La section du voile du palais me fit mettre à nu le polype que
je me décidai à attaquer par une méthode un peu oubHée de nos
jours, la ligature. J'employai le porte-nœud de M. Hutin, avec
lequel je plaçai une anse de lll derrière le polype; avec la sonde de
Bolloc, je fis passer les deux chefs de l'anse de chaque côté du
polype, et je les plaçai dans un serre-nœud en acier. Cette pre-
OAière ligature ne fit tomber que le quart de la masse.
Je fis une nouvelle application de mon anse que je guidai, grâce
aune sonde, jusqu'au pédicule. Le sixième jour, le serre-nœud se
détacha et on put faire l'extraction du polype par la fosse nasale.
Mais ce morceau du polype avait 10 centimètres de long, sur 3 ou
* de largeur, aussi l'extraction fut-elle très -pénible.
En explorant le pharynx avec le miroir, je pus constater la pré-
sence du pédicule, que je crus nécessaire de détruire par la cauté-
Hsjition. Pour y parvenir, je fis construire une pince, composée
de deux branches, munie d'une articulation mobile comme celle
du forceps. La longue branche A de cette pince porte des ondu-
lations moulées sur les courbures multiples que présentent l'ar-
ide dentaire et la voûte palatine. A Textrémité de cette branche
se trouve une petite cupule plate C un peu mobile, à frottement,
^ qui lui permet de prendre une position légèrement inclinée
302
SOCIETE DE GUlRUnOlE.
et de b ddapler à la direclion un peu incliaée de Tapophyse basilaire
contre laquelle doit être appliquée cette cupule.
L'autre branche plus courte B, est destinée à être placée dans la
narine et à s'appuyer sur le plancher de la fosse nasale.
La cupule étant chargée du caustique, fut introduite entre les
lèvres du voile du palais incisé et portée contre Tapophyse basilaire.
La branche courte fut introduite dans les fosses nasales, puis
ramenée vers Tarticulalion de la pince E. Une vis sans fin D per-
met de les rapprocher ou de les écarter, et d'obtenir ainsi une
application très-exacte contre l'apophyse basilaire.
Cette cautérisation amena une salivation considérable et l'escarre
se détacha le septième jour. Je ils une seconde, puis une troisième
cautérisation avec la pâte de Ganquoin; mais, comme il restait
encore une portion du pédicule, je fis une quatrième cautérisation
avec le caustique Filhos. Cette cautérisation s'accompaprna de dou-
leurs très-vives, mais la destruction fut complète et définitive.
, Je me proposais de faire la suture du voile du palais, mais l'in-
cision se guérit seule et le malade ne présente même pas de oa-
sonnement.
Voici donc un malade porteur d'un très-volumineux polype que
je fus sur le point d'opérer par la face, et que je pus guérir par un
procédé beaucoup plus simple.
Je crois donc que Ton peut admettre deux formes de polypes
naso-pharyngiens, l'une justiciable de la méthode nasale, l'autre àe
la méthode pharyngienne. De plus, je crois que l'on peut conclut^
que la ligature est un bon procédé, un peu trop oublié et que Tî^'
SÉANCE nu 12 JUIN. 99S
lioD simple du voile du palais n'offre pas d'inconvénienls très-
*ieux.
if. Hergott. Je regarde le traitement des polypes nasopharyn-
108, comme une chose difficile et surtout comme un traitement
prat, car on n*est pas toujours certain de pouvoir faire tomber
polype.
Hais le côté le plus difTicile de cette question est de se meltre à
bri des récidives, car il y a un âge auquel les polypes fatale-
iQt repoussent.
Je crois que pour éviter la récidive, il faut détruire avec le plus
and soin le pédicule et pour y parvenir, il est indispensable de
courir à l'emploi du miroir laryngoscopique, pour bien se rendre
mpte de l'implantation du pédicule.
Dans un cas où je n'avais pas pris cette précaution, j'ai vu le
lype repousser. Aussi depuis cette époque j*ai eu recours à ce
)de d'examen, qui me permit de bien explorer le point d'implan-
:ion, que je détruisis en raclant avec une rugine la base du crâne.
Je croyais qu'il était nécessaire d'employer une certaine force
ur ruginer l'apophyse basilaire, mais j'ai reconnu que c'était
mile, et avec une tige d'acier courbe j'ai pu racler jusqu'à l'os ;
'ur savoir toujours à quel point j'en étais, je me guidai avec le
iroir.
Je crois que si on n'emploie pas ce moyen, on peut laisser une
rtie du pédicule.
La destruction du pédicule par la pâle de Canquoin est certaine-
îDt un excellent moyen, mais il est difficile à mettre à exécution,
r on a une véritable difficulté à la laisser longtemps exactement
pliquée.
ILDENUcé. Je crois que les polypes récidivent toujours, parti*
lièrement ceux qui sont appliqués à l'apophyse basilaire ou à l'os
iiénoîde ; de plus la récidive se fait encore plus rapidement chez
enfants.
h regarde la cautérisation comme une méthode bien préférable
a rugination, qui n'est pas sûre ; tandis qu'avec une cautérisa-
nbien faite, avec un caustique non coulant, on peut être certai-
ment à l'abri de la récidive.
Je me suis servi, pour diriger la cautérisation, du miroir laryn-
(scopique, et c'est pour cela que je crois avoir obtenu une guéri-
ra définitive.
39 i SOGIKTÉ DE GHIRUtlOIE.
Présentation d'Instrament.
M. DuPLAY présente de la part de M. Âubry, fabricant d'instru-
ments, une trousse pour le chloroforme. Cette trousse contient,
1® un cornet destiné à entourer les narines ; 2* le flacon à chloro-
forme ; 3° une bonne pince qui n*a pas le danger d'écorcher la
langue.
La séance est levée à 5 heures 20 minutes.
Le Secrétaire^
HORTBLOUP.
Séance du 19 juin 1878.
Présidence de M. Tarnier.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1° Les journaux et publications périodiques de Paris, la France
et l'étranger;
Le Bulletin (/encrai de thérapeutique, les Annales de Gynécok'
giey les Archives de médecine navale.
2° Le Bordeaux médical^ le Lyon médical.
3° La Gazelle médicale de Barcelone^ The Brilish médical
journal, la Gazelle médicale Italienne Lombarde, Cenlralblatt fur
Chirurgie, la Gazette médicale de Turin, la Gazette de santé
militaire de Madrid.
4» Une lettre de M. le D' Fleury, de Glermont, membre corres-
pondant, accompagnée de Tobservation suivante recueillie en 1845.
Cette observation, lue en séance par M. le secrétaire général, porte
le titre suivant :
Calcul vésical formé autour d'une alêne de cordonnier. — Cystotoait
bi-latérale. — Gudrison.
Marmonlel (Charles), Agé de 35 ans, natif de Marlate (arrondisse-
ment de Mauriac, département du Cantal), doué d'une constitution vi-
goureuse, ayant toujours joui d'une bonne santé, partit, il y a quatre
ans, pour le Mexique, où il travaillait sur les ports.
Il éprouva il y a deux ans pour la première fois des douleurs 80
bas-vcnlre, de la chaleur à rextrémité du gland et de la difticulté pour
SÉANCE DU 19 JUIN. ^95
ler. Ce malaise persista huit à dix jours et céda assez prompte-
i( à des bains locaux et à quelques bains de rivière,
larmontel eut, cinq mois après, quelques accès de fièvre intermit-
6 qu'il attribua au séjour qu'il avait fait dans un lieu humide ; elle
a au bout de 12 jours, mais bientôt de nouvelles douleurs se firent
tir à la région de la vessie, au gland, au périnée ; Turine perdit
ransparence et laissa déposer au fond du vase un sédiment blan-
^ ; quelques graviers furent rejetés par Turèthre ; blancs dans le
icipe, la dessiccation les réduisit en une poussière analogue à de la
ne, plus tard ils prirent une couleur gris de fer.
a maladie fit bientôt des progrès tels qu'au mois de janvier 1845,
l travail devint impossible et il se vit forcé d'entrer à l'hospice de
^era-Cruz. Des sangsues en grand nombre furent appliquées au
^▼entre et au périnée, on administra des bains de siège et bientôt
«thétérisme fit reconnaître la présence d'un calcul dans la vessie,
chirurgien chargé du service ne voulut pas Topérer, prétextant
1 n'avait pas les outils nécessaires, et l'engagea a retourner dans
pays. Marmontel s'embarqua pour la France, passa quelques jours
B sa famille et se présenta a Thôtel-Dicu de Clermont, où il fut
1 le 30 août.
es douleurs qu'il éprouvait lorsqu'il voulait uriner étaient horri-
let le forçaient de s'accroupir comme pour aller à la selle. Soute-
t d'une main le périnée et serrant de l'autre fortement le gland, il
tiit péniblement quelques gouttes d'urine et, dans les efforts qu'il
lit, des matières fécales s'échappaient du rectum. Il était forcé, en
chant, de prendre les plus grandes précautions pour calmer des
leurs, que le moindre faux pas rendait excessives,
ins l'intervalle do ces crises, l'urine sortait involontairement et
aalade avait été dans la nécessité d'adapter à Textrémité de la
fe une vessie pour la recueillir. Le vase dans lequel il les rendait
enait un dépôt glaireux mêlé à une grande quantité de matières
liantes. La portion du périnée la plus rapprochée de l'anus était
•douloureuse à la pression.
6tat général est bon néanmoins, l'embonpoint est conservé, les
âpales fonctions de l'économie s'exécutent bien ; le faciès présente
ndant un légère altération qui exprime l'état des souffrances aux*
tas Marmontel est en proie depuis 15 mois; la peau du visage
lUne coloration d'un jaune paille.
le sonde est introduite dans la vessie ; le canal de l'urèthre est
, le contact de l'instrument avec la membrane muqueuse qui le
»e n'en est pasmoins très-douloureux. Les tentatives d'exploration
difficilement supportées et n'amènent aucun résultat. I^e malade
re cependant qu'a l'hôpital du Mexique on a constaté l'existence
6 pierre. Je retire alors le mandrin qui bouche les yeux de la
le ; Turine s'écoule et le bec de l'instrument rencontre le calcul ;
sdé^à, à ce moment, les douleurs sont excessives, et je suis forcé
"Ctirer la canule, pour ne pas les prolonger plus longtemps. Les
^ douleurs se reproduisent dès que la vessie est vide.
âdd SOCIÉTÉ DE CMIRUROIK.
La sensibilité des voies uriuaires est telle, le contact des ioit
mcnts si diffîeilemeat supporté, que le broiement du calcul ne pai
pas possible. Je me décide alors à pratiquer la cyslotomie, parlai
thode bi-latérale, aQn d'avoir une ouverture assez grande. L'instrun
est ouvert au n* 18.
Quelques bains sont préalablement administrés au malade ; on (
gatif est donné la veille de Topération, qui a été pratiquée le 6 s
tembre.
Un cathéter volumineux est introduit dans la vessie, les par
molles situées au devant de Tanus divisées ; la portion membrane
de Turèthre est découverte ; la cannelure du cathéter mise à nu c
pointe du lithotome double glissée sur elle. Ces premiers temps
l'opération ont été promptement exécutés. Les branches de l'im
ment, en s*ouvrant dans la vessie, ont rencontré le calcul, qui s*e8t
posé à ce qu'elles soient déployées librement, mnis c'est surtout p
les retirer que j'ai éprouvé la plus grande difficulté ; ce n*est qu'i
peine qu'elles ont pu être dégagées, et le tranchant de la bran
droite s'est émoussé en frottant sur un corps très-dur, que j'ai
être la pierre.
L'indicateur de la mnin gauche introduit dans la plaie, j'ai senti
corps pointu, très-dur, dont l'extrémité m^a paru implanté dans
parois de la vessie au niveau de son col. J'ai d'abord pensé que
tait l'extrémité d'un calcul qui s'engageait dans son ouverture et
glissé sur le doigt des tenettos, croyant pouvoir le saisir avecfaeii
Leurs cuillers ont saisi et ramené une pierre volumineuse, mais
s'est écrasée sous leur pression ; une seconde exploration ayant
faite, le même corps dur a été senti ; une nouvelle introduction
tenettes a de nouveau ramené un fragment de calcul, sans entrai
néanmoins le noyau consistant, dont les rapports avec le col de la^
sie étaient les mêmes.
Voyant Tinutilité de pareilles tentatives, je cherchai à le déplaça
moyeu du bouton qui termine l'instrument conducteur des tenet
Son extrémité engagée au-dessus de lui me permit de lui imprima
léger mouvement de bascule qui l'abaissât. Les tenettes introdn
de nouveau dans la vessie le saisirent par son extrémité inférieur
la ramenèrent à l'extérieur.
Nous ne fûmes pas peu surpris en reconnaissant une alêne de (
donnicr, encroûtée de substance saline dans toute son étendue ;d'
longueur de 6 centimètres, ses deux extrémités seules n'étaient p<
recouvertes de concrétions calcnleuses ; l'une d'elles, l'infériet
était fixée à la face interne de la vessie près du col, ce i|ui en s
rendu l'extraction difficile ; à chaque tentative les tenettes la sai
saient par sa partie moyenne et écrasaient entre leurs branchée
calcul qui l'enveloppait, mais le noyau métallique conservait toiyc
sa môme position ; ce n'obt qu'au moment où l'une de ses extrémit
pu être ramenée ù l'extérieur qu'il a été possible de l'extraire.
La difficulté qu'ont éprouvée à s'ouvrir les branches du lithob
était l'effet de l'obstacle apporté par la tige métallique ; il en osl
nsANCE DU 19 JUIN. 397
lié une étroiteBse de la plaie telle que les manœuvres en ont été
idoBs plus pénibles.
Deux injections d^eau de guimauve tiède faites dans -la vessie, le
ilade a été rapporté dans son lit ; il n'y a pas eu la moindre hémor-
Bgie, à peine s'est-il écoulé une cuillerée à bouche de sang.
Marmontel, aussi étonné que nous en voyant Talène qui était deve-
ele noyau du calcul, cherche à rappeler ses souvenirs et nous dit
fi, il y a 15 ans, travaillant à Bourges, chez un cordonnier, pendant
'il dormait la bouche ouverte, ses camarades lui touchèrent le fond
^sier avec un instrument qu'ils échappèrent, et qu'il éprouva à
datant môme en se réveillant une gène légère; mais, cette sensation
s'étant pas prolongée, il n'y fit aucune attention.
Je n'attachai d'abord aucune confiance à cette version, bien dour
linca que l'alènc avait dû être introduite par le méat urinaire, et je
oommandai aux élèves de ne plus lui reparler de ce fait, voulant
oi-môme dans un entretien particulier tâcher d'arriver à la vérité ; il
ffsista dans ses dénégations avec une apparence de bonne foi qui
mvait inspirer quelque confiance dans son récit. Je me réservai néan-
oiiis de lui renouveler ma demande lorsqu'il sortirait de l'hôpital,
urce qu'alors quittant Glermont il lui en eût moins coûté de faire un
rea qui pouvait l'humilier que dans le moment où il s'y trouvait ;
lis sa narration fut toujours la môme. De nouveaux faits ont pu,
laïques jours après, la rendre plus vraisemblable.
Lea douleurs que le malade a ressenties après l'opération ont eu leur
ége à l'extrémité de la verge, elles ont été très- vives pendant plu-
anrs heures ; dans la journée et le lendemain quelques graviers ont
ié entraînés par l'urine, les plus gros sont soiiispar la plaie, quelques.
Daplus petits ont traversé l'urèthre ; il n'est survenu du reste aucun
Kident, l'abdomen est resté indolent, l'inflammation circonscrite aux
très de la plaie; le lendemain le malade demandait avec instance des
iments (de légers potages ont été permis).
9.-- L'amélioration persiste, l'appétit est vif (quart de portion); le sur-
odemain Marmontel mange la demie, qui n'est bientôt plus suffisante.
IS.— Sept jours après l'opération le malade, dont l'état est toujours ex*
tUeut nous dit que des vents s'échappent par la plaie et par la verge,
NU qui sortent de l'urèthre le font avec bruit. Je craignis que le
■cturn n'eût été intéressé pendant Popération, mais Marmontel me
isaura bientôt en me disant que cela ne l'étonnait guère, car le môme
lâoomène se reproduisait depuis longtemps et son urine moussait
tonne de la bière en faisant entendre quelquefois le bruit que déler-
ine en s'échappant le gaz acide carbonique.
Le doigt introduit dans le rectum trouva a 8 ou 10 millimètres au-
)8ius de l'anus une petite ouverture circulaire, déprimée en cul de
ouïe et dont les bords paraissent amincis ; nul doute que c'est par cet
nfice qu'une communication s'est établie entre le rectum et la vessie,
1^6 petite sonde en gomme élastique munie d'un mandrin et fortement
Beoarbée à son extrémité est introduite dans cette ouverture, elle est
acilement sentie par un stylet glissé entre les lèvres de la plaie.
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CUIR. 27
398 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Jusque-là il n'a pas remarqué que l'urine se soit échappée par le
fondement, mais le liquide d'un lavement qu'on lui a administré It
veille est ressorti presque entièrement par la plaie.
Il était intéressant de savoir si avant l'extraction de ce corps étran-
ger les digestions avaient été pénibles, laborieuses, la défécation dif-
ficile, s'il urinait par l'anus; il répond à nos demandes en nous assurant
qu'il n*a fait à cet égard aucune remarque ; il rendit une fois, noos
dit-il, dans un violent effort pour aller à la selle, une petite quantité
de pus mêlé aux matières.
15 septembre, — L'urine commence à passer par la verge.
6 octobre, — La plaie est entièrement cicatrisée. Marmontel quitte
l'hôpital le 15; il passe beaucoup moins d'urine par le rectum, quelques
gaz s'échappent encore par la verge; depuis celte époque je n'en ai
pas entendu parler.
Les observations de corps étrangers trouvés dans la vessie et en-
croûtés de sels calcaires ne sont assurément par rares dans la science,
mais il serait difficile d'en trouver un exemple plus remarquable que
celui-ci. Si les douleurs qu'éprouvent les calculeux sont plus vives
lorsque la vessie s'est débarrassée de l'urine qu'elle contient, parce
qu'alors ses parois viennent coiffer la pierre, on comprend que chei
noire malade elles devaient être bien aiguës, puisque c'étaient lee
pointes d'une tige métallique qui étaient en contact avec sa membrane
muqueuse ; on s'explique aussi très-bien cette sensibilité si vive an
toucher lorsqu'on pressait sur le périnée ; il est seulement étonnant
qu'après plusieurs tentatives pour retrouver ce corps étranger,
qu'après des manœuvres répétées dans un organe malade, il ne soit
pas survenu des accidents plus formidables et que l'inflaoïroation
catarrhale qui existait à la vessie depuis longtemps n'ait pas été exai"
pérée, et nous ne pouvons en trouver la cause que dans la^bonne ooi-
stitution de notre malade, la force de son caractère et le bon état de
son moral. Cet .homme, accoutumé à des travaux pénibles, couchaBl
toujours sur la dure, avait un appétit extrême et n'aurait pu supporiei
la diète; dès le lendemain de l'opération il demandait à manger i^
chaque jour il fallait augmenter la dose des aliments. Le snrlead»
main même il voulait se lever et il a fallu pour l'en empêcher lui fain
sentir les conséquences fâcheuses que pourrait avoir pour luiost
telle imprudence.
11 serait bien extraorilinaire qu'une tige métallique de cette longofffl
ait pu parcourir le canal intestinal par la cloison recto-vésicale satt
avoir déterminé des accidents. Que serait-elle devenue pendant 15 ans'
Ce problème paraît tellement insoluble qu'il serait plus rationnel d'ad
mettre qu'elle a pénétré directement dans les voies urinaires, uto^
les parois de la vessie et produit la fistule qui existe aujourd'bv
18 octobre 1845.
M. le président annonce que M. Lister, membre correspondan
étranger, assiste à la séance.
8KANCE DU 19 JUIN. 999
H. le président invite M. Berger, nommé membre titulaire dans
a précédente séance, à prendre place parmi ses collègues.
M. le président donne communication d'une lettre adressée à la
lodété par M. Frémy, président de TAssociation française pour
avancement des sciences, qui annonce que TAssociation tiendra
a septième session à Paris, du 22 au 29 août 1878 et qui invite
Bs membres de la Société de chirurgie à y prendre part.
Commonications écrites.
M. le secrétaire général donne, au nom de M. Lizé (du Mans),
aembre correspondant, lecture de l'observation suivante, intitu-
IpértUon césarienne chez une femme dont le diamètre sacre -pubien
Bénirait à peine 5 centimètres. — Détail important de cette opé-
ration.
Le 24 janvier 1878, au matin, la femme Loyson, de Connerré,
•rimipare, 38 ans, petite, ensellée, avec cuisses arquées, arrivée
u terme de sa grossesse, est prise des douleurs du travail. Le
5 au soir, la sage-femme ne perçoit qu'une légère dilatation ; elle
ompt la poche des eaux et elle attend. A ce moment, Venfant était
udétroit supérieur. LeD'LeBlaye,appeléle 26 au matin, distingue
ibce, mais sans engagement. Le D''Le Bail (du Mans), ex-interne
istingué des hôpitaux de Paris, mandé dans la même journée
isqu'à Connerré, constate aussi une présentation de la face avec un
^trécissement énorme du bassin. 11 cherche à introduire la main,
tais deux doigts seulement passent jusqu'au niveau de la troi-
ème phalange. Mes deux confrères m'appellent à leur aide, le
iinanche au soir 27 janvier, c'est-à-dire quatre jours après le
ibut du travail ! A ce moment l'auscultation ne permet plus d'en-
lïdre les battements de cœur du fœtus ; le toucher fait bien re-
iQnaître la face : front à gauche et en avant, menton en arrière
à droite. Impossibilité d'engager la première branche du forceps,
ais, en revanche, le céphalotribe de Blot est introduit sans
nmde difficulté. On peut broyer la tête à la région frontale et il
écoule de la substance cérébrale. Après cet aplatissement de la
'te, des tractions vigoureuses sont opérées avec le céphalotribe,
ni s'y trouve implanté solidement. Impossible de faire descendre
) fœtus, à la suite de cette manœuvre, le toucher se rend mieux
^pte du degré de rétrécissement du détroit supérieur. Entre le
'ubis qui est rentré en dedans et le promontoire qui fait une sail-
400 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
lie considérable, la pelvimétrie digitale mesure 5 centimètres i
peine. En présence d'un état semblable, nous prenons le parti de
faire Thystérotomie. Celle-ci est pratiquée à 9 heures du soir sur
la ligne blanche, après avoir endormi préalablement la femme
Loyson avec le chloroforme. Quand la paroi abdominale fut ou-
verte, je tombai sur un globe recouvert d'une vaste membrane,
c'était l'utérus tout entier caché par la vessie très-distendue el
complètement vide. Cette circonstance nous parut surprenante,
car le cathétérisme avait été effectué avant Topération. D'un autre
côté, les intestins faisant saillie au dehors, venaient aussi masquer
la matrice; ces organes une fois réduits par les doigts du D' Le
Bail, la face antérieure de la matrice mise à nu fut ouverte avei
précaution. Les jambes du fœtus, placées en haut et à droite,
furent vite saisies, et le produit avec le placenta furent extraitsdc
la cavité utérine. Sept points de suture entortillée fermèrent li
paroi abdominale et une ouverture fut laissée en bas pour donnei
cours aux liquides. Pansement approprié, potion alcoolisée
Comme je ne retournai pas à Connerré, qui se trouve à 7 lieues
du Mans, voici ce que m'écrivit le D' Le Bail, trois jours après
cette grave opération :
€ Mon cher et très-honoré confrère,
« Notre malade de Connerré, après avoir passé une nuit et une
journée relativement bonnes, a été prise des symptômes d'uw
péritonite violente, que nous avions tout lieu de redouter pour elle
Je l'ai vue mardi avec le D' Le Blaye ; elle était en ce moment ei
proie à des vomissements incessants, véritablement incoercibles
il y avait de la constipation et un ballonnement considérable di
ventre, mais la miction s'était toujours accomplie régulièrement e
spontanément^ dès la nuit qui a suivi l'opération.
« Tout est donc perdu, fors Phonneur obstétrical^ qui demeun
intact et sauvegardé dans cette catastrophe malheureusement tro]
certaine.
c Laissez-moi vous remercier encore de votre extrême obli
geance et croyez aux sentiments de vive reconnaissance de voir
confrère tout dévoué. »
Réflexions, — Dans le cas actuel, deux moyens s'offraient
notre choix : d'une part la céphalotripsie, de l'autre l'opéralio
césarienne.
Relativement à la première méthode opératoire, elle ne pouva
être sans danger pour la mère que si elle eût été pratiquée i
début du travail, et comme le veut M. Pajot, c'est-à-dire répéit
et sans tractions. Mais au quatrième jour du travail, alors que
SÉANCE DU 19 JUIN. 401
nère, primipare %ee (circonstance défavorable), était épuisée, cette
ipération devenait aussi dangereuse que Thystérotomie, et de
lins elle avait sur elle le désavantage d'être plus longue. Nous
ivons donc, pour ce motif, préféré l'opération césarienne; seule-
aeat nous regrettons de n'avoir pas pratiqué la suture élastique,
1 l'exemple du D' Grandesso-Sylvestri et du professeur Stoltz. Par
«moyen j'aurais évité l'épanchement du sang et des lochies dans
e péritoine, double cause de l'inflammation de cette membrane.
Au sujet de la présence de la vessie largement étalée sur la
ace antérieure de l'utérus, malgré le cathéterisme préalable, j'ap-
)elle l'attention de mes savants collègues de la Société de chi-
iirgie sur cette particularité exceptionnelle, afm de se mettre en
|l«rde contre la section possible de cette poche par le bistouri.
Dans le but de parer à cette éventualité, il me semble utile,
çrès avoir vidé la vessie, d'y laisser une sonde métallique et de
a confier à un aide jusqu'à ce que la paroi abdominale soit divisée ;
tnivé sur le plan qui correspond à l'organe urinaire, le bistouri
le pourra guère toucher à celui-ci quand il aura pour guide la
saillie faite par la sonde.
Je m'arrête sur ce point délicat, parce que la rencontre de la
i^essie dans ce cas m'a vivement surpris et que je n'avais jamais
TOuvé semblable chose dans les hystérotomies que j'avais prati-
inées et auxquelles j'avais assisté.
M. le secrétaire général communique encore, au nom de M. Lizé,
4 description d'une pince destinée à dilater le col de l'utérus et à
Permettre l'introduction de corps dilatants plus énergiques.
Commanication sor Thydarthrose intermitlente.
M. Ad. Panas. Il y a quelques mois, je vous ai communi(|ué une
•bservation d'hydarthrose intermittente, que j'avais recueillie sur
ne jeune femme. Comme je vous l'ai dit, j'avais institué un trai-
sment par l'arsenic, 12 gouttes de liqueur de Fowler.
Cette femme quitta Lariboisière et entra à la Charité dans le
ervice de M. Bourdon, qui la garda pendant un certain temps,
ïns pouvoir constater l'hydarthrose ; est-ce à l'arsenic qu'il faut
ttribuer la disparition du liquide? Je crois que c'est douteux.
Depuis le jour où j'ai communiqué ce fait, j'ai pu réunir dans
a littérature plusieurs observations.
M. H. Petit, notre bibliothécaire, a rencontré 2 observations de
î« genre dans les Medico-chirurgical Transactions, 1867, qui
appartiennent à Moore. Moi-même j'ai retrouvé dans la littérature
402 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
— — I _ __ I I BIM ^Ml ■ ■ ■!■_■ _, ■
allemande 6 faits, plus 2 autres observations du même genre consi
gnées dans VArtmédicaly de 1877, pages 85 a 87, par le D' P. Joué
set, en tout 10 nouveaux cas, qui méritent d*ètre consignés daa
nos bulletins, ne fût-ce qu'à titre de complément bibliographitpic
Voici les faits allemands dans leur ordre chronologique :
LowentKal, in Berliner Klinischo Wochenschriftt, n» 4î
année 1871.
Bruns, iAid., 1872, nol.
Grandidier, ibid., 1872, no 22.
Bilieki, Centvalblatt fiir chirurgie, 1874, n® 38.
Roser, ibid., 1874, n° 25.
Huetter, Klinik der Gclenkkrankheiten^ 2^ édition, 2* partie
p. 188, Leipzig, 1877.
Je me dispense de vous relater en détail les cinq première
observations, cjue chacun de vous peut compulser dans les recueil
périodiques cités, pour ne vous parler que des opinions émise
sur ce sujet par Huetter, qui, comme vous le savez, fait autorité e
matière de maladies articulaires.
Le traumatisme, dit Huetter, en est très-rarement la causf
L*impaludisme n'a pas été démontré non plus comme exerçantnn
action, et cela d'autant plus que Tadministration du sulfate d
quinine n'a produit aucun effet utile. L'auteur allemand admet, pa
contre, qu'un trouble notable de la constitution, non accompago
de fièvre, semble se lier à l'apparition de cette affection, qu'il défi
gne sous le nom d*bydropes intermittens genu.
On voit d'après cette citation qu'en Allemagne comme en Franc
le plus grand vague régnait jusqu'ici sur la pathogénie de l'aCfec
lion.
Pour notre compte, nous croyons avoir été dans le vrai lorsque
dans notre précédente communication, nous avons été conduit
soutenir que Thydarthrose périodique en question rentre dans I
classe des arthrites diathésiques dites sèches ou déformantes.
A ce point de vue il est à regretter que la plupart des observf
tiens publiées jusqu'ici aient été incomplètement prises. G'»
ainsi, entre autres, que la première observation du D"* Jousset, coi
cernant une femme âgée de 46 ans, et qui est intitulée hydartbroi
périodique chez une femme scrofuleusey ne porte aucune menlic
ni sur l'état des autres articulations ni sur la présence ou l'abseiu
de craquements articulaires.
Même silence au sujet de la seconde observation, qui porto
titre a d'bydartbrose périodique chez une femme atteinte de iD<
norrhagie et d* anémie consécutive. » Ici encore il s'agissait d'ui
femme de 40 ans et mère de plusieurs enfants. Or, en Tabsenoec
tout renseignement, l'âge même de ces deux malades (40 et 46 aa
SÉANCE DU 19 JUIN. 403
le porte-t-il pas à penser que le rhumatisme a pu intervenir ici
flasque toute autre cause, pour provoquer Tépanchement pério-
liqne du genou ?
Quoi qu'il en soit, dans les nouveaux faits que nous avons tenu
i citer dans la présente notice, la thérapeutique employée s*est
noDtrée aussi peu efficace que dans ceux qui ont fait le sujet de
lolre précédente communication. Toutefois certaines médications
)nt semblé mieux réussir que d'autres, et c'est pourquoi nous
levons en parler.
Bruns dit avoir trouvé l'administration de la solution arsenicale
[le Fowler utile ;
Grandidier, l'emploi des bains de boue sulfureuse, ainsi que la
Treirkeur de Carlsbad ;
Jousset, les bains d'eaux mères de Croisic, surtout chez sa se-
conde malade, qui a été guérie, tandis que la première n'a été
qu'améliorée.
Enfin Huetter, desespéré du peu d'efficacité des moyens em-
ployés contre ce genre d'hydarthrose, s'est décidé à la traiter par
des iigections répétées d'acide phénique dans Tintérieur de l'arti-
culation, et dit avoir guéri son malade.
Il se sert pour cela d'une solution phéni(|uée à 2 ou 3 0/0, dont
il injecte chaque jour, à l'aide d'une seringue de Pravaz, 16 gouttes,
dans l'intérieur de la synoviale du genou. Les injections doivont
êtrcTaites avant les attaques, autrement dit durant les intervalles
qui les séparent. Lorsque ce moyen doit réussir, on voit les atta-
ques en question devenir irrégulières, puis plus rares et finalement
disparaître, ce qui n'a lieu qu'au bout de quelques mois de traite-
ment.
Huetter n'ose pas prétendre que les injections en question
puissent réussir dans tous les cas, ni même dans le plus grand
nombre d*enlre eux, alors qu'il s'agit, dit-il, d'une affection dont
l'étiologie est si obscure. Ce jugement final porté par l'auteur lui-
même sur sa méthode nous dispense de plus longs commentaires;
ajoutons seulement que les injections d*acide phénique dans les
fesus, faites avec les précautions indiquées par fauteur, lui ont
^ndu de grands services dans le traitement des affections articu-
laires sans jamais provoquer d'accidents, tant locaux que géné-
raux.
Discussion.
M. Despres. Je ne puis m'empêcher de critiquer vivement le
élément employé par Huetter : car, d'après l'exposé que M. Pa-
^ nous a fait de ces observations, les malades sont heureux de
^'^^oJT pas eu d'arthrite à la suite des injections. La Société de
404 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
chirurgie a jugé la pratique des poDCtions articulaires. J*a
mon service un malade auquel on a pratiqué deux ponctioni
ratrices : aujourd'hui il a une synovite chronique ; les pon
si elles n*ont pas été nuisibles, ont été au moins inutiles.
Je proteste contre cette pratique des ponctions et des ii\J4
articulaires, car il y a longtemps que Ton connaît les dan(
plaies articulaires. Elles peuvent guérir, mais elles sont to
graves et on ne doit pas ponctionner si facilement.
M. Panas. J'engage M. Desprès à lire les observations de
ter et je pense qu'il portera un autre jugement. Les injectio
faites avec prudence et à doses minimes, 8 à 10 gouttes. Q
la question des ponctions aspiratrices, c'est tout à faitincide
qu'elle se trouve mise en cause, et je ne veux pas la disci
dirai seulement que nous avons tous partagé les opinions qi
nent d'être émises par M. Desprès, mais, aujourd'hui, onpei
dilier ces idées ; grâce aux nouvelles méthodes de panseme
tiseptique, nous savons tous que l'ouverture des grandes ai
tiens est beaucoup moins à redouter. J'ai publié une obseï
d'hydarthrose chroni(iue que j'ai traitée par Tincision ; le ma
parfaitement guéri et il y a de la mobilité dans son articulât!
M. Desprès. Je fais une grande différence entre le pronostû
plaie articulaire suivant qu'elle se trouve sur une articulatii»
ou sur une articulation malade.
M. Fanas a publié 3 observations de plaies articulaires 80
par l'incision, il y a eu 2 guérisons et 1 insuccès.
M. Panas. L'insuccès ne doit nullement être mis sur le €
du traitement, car la nécrose existait avant l'intervention chi
cale, et M. Tillaux, qui avait soigné le malade, avait pensé
tiquer l'amputation.
M. Desprès. Si on parcourt le mémoire de Blot, on voit qi
a obtenu des guérisons avec les grandes incisions dans les
plaie articulaire.
J'ai présenté à la Société une observation d'arthrite su]
du coude, à la suite de luxation avec plaies avec la conseï
des mouvements, et je n'avais employé que rimmobilisatioo
lue, qui est à mon sens un traitement capital.
Dire que l'on peut impunément ouvrir une articulation, ni
raît une hérésie ou une grande imprudence.
On pourra obtenir des succès, mais il ne faut pas conclu:
^^- • • — ■....— — — --^ .^ - - - - .^ — - - ^
Pams. — Imp. Paol Dupont, rae i.-J.-Roasseao, 41. (I07i, 0-7.) U Gérnt: 6.
SÉANCE DU 19 JUIN, 405
erture d'une articulation saine ou à peu près saine, soit une
ition peu grave.
Panas. Je reviendrai plus tard sur les injections préconisées
luetter et je dirai que j'ai obtenu des guérisons à la suite des
lions avec une solution de chlorure de zinc«
Comnàiiicatioii orale.
Farabeuf. Je désire présenter quelques remarques opéra-
B sur la ligature de Tarière fémorale dans le canal de Hunter,
BS8US de Tanneau du 3" adducteur.
s élèves, les concurrents qui, subissant répreuve de médecine
itoire, ont à faire la ligature de la fémorale au-dessus de Tan-
, s'appliquent à porter la cuisse dans l'abduction , dès le dé-
!» t opération^ pour satisfaire la majorité de leurs juges. Je
I, et je vous demande de vouloir bien écouter mes raisons,
faut tracer la ligne d'opération, inciser la peau, dénuder et
maître le muscle couturier pendant que le membre inférieur
tllongé, la pointe du pied en dehors ; par conséquent, avant
ichir la jambe et de porter le genou en dehors pour rendre
ible le tendon dit du 8" adducteur.
ns l'attitude que je préconise, l'opérateur incisant sur une li-
lUant du milieu de Tarcade crurale derrière le condyle interne
mur, pas en dedans, derrière^ rencontre nécessairement le
irier. Est-ce utile ? Incontestablement ; tout le monde est d'ac-
là-dessus. Du reste il est impossible d'arriver sur Tartôre
ouvrir la gaine du couturier ; ceux qui pour éviter ce muscle
mnent en avant, ouvrent inutilement la gaine du vaste interne
alement entrent par sa paroi profonde dans la gaîne du cou-
p.
I est impossible de ne pas ouvrir la gaîne du couturier, d'une
; s'il est désirable de dénuder et de reconnaître ce muscle
de repère, d'autre part ; il est donc avantageux de faire l'inci-
cutanée de manière à tomber d'emblée et sûrement sur le
antérieur du muscle.
, ce qui est facile tant que la jambe est étendue sur la cuisse;
mt aléatoire, presque impossible, lorsqu'elle est fléchie,
la tient à ce que Tinsertion tibiale du couturier, en se dépla-
par la flexion, entraîne le muscle avec elle en dedans et en ar-
) de la cuisse, et aussi, sur le cadavre, à ce que le couturier
^é par la flexion de la jambe et obéissant à la pesanteur, tend
carter de Tartère qu'il couvre pendant l'extension.
*VU.. ET XKM. DB LA SOC. DE CHIR. 88
406 SOCIETB DB CHIRURGIE.
Ceux qui ont recommandé de fléchir d'emblée la jambe t
porter la cuisse dans Tabduction, ont pensé ainsi rendre sentSb
travers les téguments le tendon du 3^ adducteur sur le relief dm
il suffirait d*inciser pour arriver sur l'artère. Ce tendon eni6
n*est bien sensible à travers la peau que dans le quart infériom
la cuisse, là ou Tartère fémorale est devenue poplitée.
Encore faut-il ajouter que les jeunes opérateurs prennent ai
souvent le tendon du grêle interne pour celui du 3* adducteur.
Quand on trace la ligne d'opération pendant que la jambe
étendue, c'est bien derrière le condyle interne qu'elle aboutit. Si
fléchit la jambe en écartant le genou en dehors, ce qui 6ti
bord postérieur du condyle est emboîté par le tibia et ce qui sa
maintenant comme bord postérieur n'est qu'une ligne oblique
téro-supérieure relativement au condyle interne, c'est le tubei
d'insertion du 3^ adducteur situé à 2 centimètres en avant do
bord postérieur. Gela est facile à vérifier sur le cadavre et »
vivant. Donc, tracée pendant la flexion de la jambe, la ligne d*0(
tion aboutira à un doigt au moins en avant du bon lieu et par<
séquent conduira à commettre cette faute si commune qui con
à tomber sur le vaste interne et à manquer le couturier.
Lorsque Tincision est faite, l'opérateur introduit l'index gn
au fond de la plaie ; et, de la main droite saisissant le dessooi
genou, il fléchit la jambe et écarte la cuisse. Pendant cette
nœuvre, une cordei tendue surgit et soulève le doigt explorti
Je crois que ce phénomène qui se produit tout à coup sons
sens éveillés par l'attention, les frappe bien plus facilement qo
s'est développé dès le début de l'opération et du fait de l'aiti
primordiale.
Qu'est-ce que c'est que cette corde tendue ? On dit généi
ment que c'est le tendon du 3* adducteur. En réalité, e'eet
plutôt une dépendance du moyen ou 2* adducteur. Le tendo)
3* adducteur au niveau du point où il faut lier l'artère, est |
cylindroïde, c'est un tendon creux, une gaine aponévrotique pi
de fibres musculaires qu'il arrive quelquefois aux novices de
tre à nu. Il est blanc et se continue en dehors avec raponéi
de recouvrement qui est blanche et se continue en dehors avec
fibres aponévrotiques du vaste interne qui sont blanches. L'on
le voit, peut être embarrassé surtout sur le vivant; le doigt ne
jamais. Il sent en effet très-bien devant le tendon du 3* addt»
une partie de ce tendon qui est tendue, une petite corde, dé
dance du moyen adducteur, corde rendue vibrante et presqa
gide par l'abduction de la cuisse, corde qui limite en deda
gouttière dépressible où gît l'artère, c'est on dehors, très^pi
le long de cette corde qu'il faut inciser l'aponévrose de reooi
SÉANCE DU 19 JUIN. 401
ent ou paroi antérieure du canal de Hunter, sans trop chercher
I nerf saphène.
On trouve alors dans le canal Tarière d'abord, mais le plus sou-
rat masquée ou croisée par une ou plusieurs veinules collatérales
mn*ont pas suffisamment attiré Tattention des anatomistes et
ont le volume varie considérablement.
En résumé, contrairement à la pratique ordinaire de la majorité
le ceux qui s'exercent dans les amphithéâtres pour satisfaire les
Dgesdes examens et des concours, je pense qu'il ne faut fléchir
I jambe et écarter la cuisse pour faire surgir la corde tendineuse
pi révélera au doigt la situation de l'artère, qu'après avoir incisé
ipeau, dénudé, reconnu et récliné le muscle couturier, le mem-
ff6 étant, pour cette première partie de l'opération, simplement
dongé, la pointe du pied en dehors.
Discussion,
M. Trélat. J'ai écouté avec un grand plaisir la communica-
Ikttde M. Farabeuf, mais je me hâte de dire qu'elle ne m'a rien
ifipris de nouveau, car tout ce qui vient de nous être si bien dit,
iarfivais appris de mes maîtres et, moi-même, je l'ai enseigné
longtemps aux élèves.
Dqpuis quelques années, d'après ce que je voyais dans les exa-
■Ms ou épreuves, je pensais que ces bons principes étaient ou-
bUsetje le regrettais.
Voici ce que j'avais appris et voici ce que j'ai enseigné pour la
recherche de la fémorale à l'anneau.
Tracer une ligne le long du bord interne de la cuisse, faire
ttnber à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs
le cette ligpne, une ligne oblique partant du milieu de l'arcade cru-
île. Ce principe est oublié, M. Farabeuf cherche à le remplacer
urone ligne oblique dirigée derrière le condyle du fémur ; mais
se tracé est moins bon que celui que j'indique, parce qu'il ne
loDoe pas comme celui-ci un point précis de repère. Je n'ai jamais
idoûs la flexion de la cuisse pour faire l'incision, et j'ai toigours
vofessé qu'il fallait tenir la cuisse allongée pour la recherche du
xemier point de repère, le couturier.
L'école de Lisfranc avait peut-être été trop minutieuse dans ses
pointa de repère, mais il est certain que la réaction a été trop forte.
Dms la pratique chirurgicale, on ne peut s'y astreindre, mai$ilest
toiqoars bon de les avoir à l'esprit, surtout pour un jeune chirur-
tin. Pour ouvrir le canal de Hunter, il ne faut pas introduire la
*o&de cannelée dans l'ouverture du nerf saphène, mais dans celle
'Bùe petite branche accessoire et de haut en bas ; si on a soin de
408 SOCIÉTÉ DE GHIRÛRQIK.
donner à la sonde une petite courbure, on évite la difBculi
parlait M. Farabeuf à propos de la saillie du genou.
Je terminerai en disant que notre collègue a rappelé d*t
lents principes, mais qui ne sont pas très-nouveaux.
M. TiLLAux. Je suis d*avis qu'il faut tracer la ligne opéi
le membre étant étendu, mais je crois qu*il est bon de plao
suite la jambe dans la flexion.
L'extrémité supérieure de la ligne qui donne la directi
l'artère doit partir non du milieu de l'arcade cinirale, mais i
lieu de la ligne qui réunit Tépine iliaque et la symphyse pubi
quant à l'extrémité inférieure, c'est en effet à la partie posté
du condyle qu'elle doit aboutir.
M. Farabeuf n'a peut-être pas assez insisté sur la surface bl
que l'on rencontre, une fois le couturier écarté. Cette surface
che n'est pas formée par des fibres disposées régulièremei
fibres du milieu sont arciformes.
Il ne faut pas en effet se servir comme point de repère di
saphène, car on ne le trouve pas toujours.
L'incision, dit M. Farabeuf, doit être faite au-dessus duqa
férieur de la cuisse, je ne le crois pas; c'est à la réunion duti(
férieur avec les deux tiers supérieurs, là, on est juste sur Fi
Le précepte que je regarde comme le plus important est i
chercher le tendon du 3* adducteur, pour faire l'incision jn
dehors; c'est Dolbeau qui me l'avait enseigné et je le regarde
me excellent.
J'ai indiqué, dans mon traité, les veines du canal que M.
beuf regrette de ne voir pas signalées dans les traités, j*âi i
particulièrement sur une veine anastomotique, qui entoure
tère, dont j'avais rencontré un exemple sur le vivant et qui m
beaucoup gêné.
Je crois que cette ligature est souvent mal formulée, car e
mandant que la ligature soit faite à l'anneau du 3* adducteur,
on dire qu'elle soit faite en dehors du canal de Hunter ; pours
crois qu'elle doit être faite dans l'intérieur et non avant d'ei
M.SÉE. J'ai toujours eu soin de conseiller la recherche des:
arciformes dont vient de nous parler M. Tillaux. Il faut les <
der avec la sonde - cannelée, car on les trouve toujours ; qi
la sortie du nerf saphène, on ne la trouve pas toujours et il an
gager la sonde dans une des ouvertures qui donne passage,
un nerf soit à une veine.
H. Tiii:LAT. M« Tillaux a demandé à quel point il faut
SÉANCE DU 19 JUIN. 409
iis c'est pour ne pas avoir d'hésitation que nous conseillons le
teé des deux lignes. Car, comme je Tai dit, ce procédé ne donne
nnt une ligrne, mais une intersection qui est juste au milieu du
mal d*Hunter.
H. Panas. Je désire faire une remarque sur la partie nacrée
t blanche que M. Faraheuf semble regarder comme uniforme
106 toute son étendue. Pourtant je trouve toujours qu'il y a à la
irtie médiane une portion moins nacrée qui peut servir de point
e repère.
De plus, lorsqu'on tend fortement le 8* adducteur, on sent
Q point moins dur qui est le milieu du canal où se trouve
iriàre. En suivant avec le doigt, de dehors en dedans, on arrive
or cette portion moins résistante et en incisant à ce niveau on a
mtntage de tomber dans une région où on ne rencontre ni la
eine fémorale, ni les veines anastomotiques.
M. Despres. J'ai vu faire une fois la ligature de la fémorale
iBsle canal de Hunter sur le vivant, et je dois dire que c'est le
«don du 3* adducteur, senti au doigt, qui a remis le chirurgien
«ne la bonne voie.
H. Farabeuf. Je remercie M. Trélat des compliments qu'il a
ien voulu m'adresser, mais je puis assurer que si M. Trélat et
M collègues enseignaient ce que je conseille aujourd'hui, il y a
lime éclipse de ces bons préceptes.
Le système de Lisfranca été abandonné pour une «xcellente rai-
u» c'est qu'il était impossible de le faire retenir par les élèves.
fâi été très-heureux d'entendre M. Panas insister sur l'utilité
le peut donner le toucher dans cette ligature, car j*insiste tou-
Bn sur la supériorité du doigt sur l'œil en matière d'opération.
h ne crois pas très-utile de donner comme point de départ à la
M du tracé de l'artère, le milieu d'une ligne réunissant l'épine
ique antéro-supérieure et la symphyse pubienne, car l'artère,
Bs tous les sujets, ne passe pas à égale distance, mais, en outre,
te direction aurait le grand inconvénient de diriger l'élève vers
saphène et la veine fémorale, au lieu de le diriger vers l'artère
*il faut aborder par son côté externe pour éviter les deux veines.
Je ne crois pas utile quand on veut inciser pendant l'abduction,
rincer la ligne avant de fléchir la jambe et d'écarter la cuisse,
■oins de se servir d'iode ou de crayon d'aniline mouillé, car dans
mouvement tout se déplace.
h voudrais faire remarquer à M. Tillaux, que le canal de Hun-
*i dont l'orifice inférieur est connu sous le nom d'anneau du 3*
Hncteur, n'a pas en réalité d'orifice supérieur, comme il l'a
410 SOCIÉTÉ DK CHIRURGIE.
iiguréi puisque ce canal n'est aulre chose que la partie inférieui
de la gaine des vaisseaux renforcée par des fibres arcifomi
aponévrotiques qui forment à l'artère une couverture, qui m
s'amincissant de haut en bas, mais de telle sorte qu'il n'est pi
rare de constater l'existence de ces fibres arciformes ju8(pi
dans le triangle de Scarpa.
La séance est levée à 5 h. 45 m.
Le secrétaire,
HORTELOUP.
Séance du 26 juin 1878.
Présidence do M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
C/orrespondanee.
La correspondance comprend :
1® Les journaux périodiques de la semaine ;
2^ La Revue médicale de Toulouse, le Lyon médical, la flW
médicale de F Est, le Bordeaux médical^ V Union, chronique éBi
ciétés savantes^ la Gazette médicale de Bordeaux ;
3° Les Archives de médecine de Vienne publiées par-f
Stricker, the British médical Journal, la Gazette médicale ItaUm
Lombarde^ Medicinisch chirurgische Rundscbaw.
M. le président annonce que M. Lister, membre corresponA
étranger, assiste à la séance.
Rapport.
M. Magitot lit un rapport sur deux observations de Kysl»
la mâchoire inférieure, parle D*" Herbet, chirurgien de l'Hôtel-D
d'Amiens.
Dans le courant de Tannée dernière notre collègue, M. Verne
de passage à Amiens, s'était chargé, de la part de M. le D'Heri
siANGE DU S6 JUIN. 411
b présenter à la Société une observation et une pièce anatomique
"shtives à un kyste volumineux de la mâchoii*e inférieure chez une
'enme adulte. La société voulut bien me charger de lui faire un
apport sur ce fait et je me mis alors en communication avec
(. Herbet pour obtenir de lui sur ce cas intéressant quelques ren-
«il^ements complémentaires. M. Herbet m'ayant annoncé dans
» réponse l'envoi d'un autre fait analogue également recueilli dans
m service d'hôpital, je me déterminai à ajourner mon rapport.
Ce nouveau fait nous est parvenu il y a quelques semaines et il
xmstitue en effet avec le premier un groupe de deux cas tout à fait
iomparables. Ils présentent l'un et l'autre au point de vue de leur
oicanisme de production une complète netteté de caractères en
dftme temps qu'un grand intérêt clinique.
En voici un résumé :
1^/ai/. — Une femme de 30 ans, d'une bonne santé habituelle, a
résenté depuis son enfance une série d'accidents dans la région de
angle de la mâchoire inférieure du côté droit. Dès l'âge de 5 ans,
^région est le siège d* abcès multiples s'ouvrant d'une part dans
i bouche et d'autre part sur la peau. Ces abcès sont attribués à
srtaines dents altérées qui sont extraites sans amener aucun chan-
ement. La succession des abcès à intervalles variés se prolonge
isqa'à l'âge de 25 ans, époque à laquelle la malade observe la pro-
iction d'une tumeur qui prit naissance au niveau de l'angle de la
âchoire et acquit en quelques années le volume du poing.
C'est alors (en 1874) que la malade vient à Paris et entre dans
service de M. le professeur Richet qui pose le diagnostic sui-
int : Kyste dentaire ayant pour centre de production une dent
okire.
L'exploration directe vint pleinement confirmer ce diagnostic. En
Tet, une ouverture pratiquée extérieurement et dont les photogra-
068 de la malade nous indiquent encore la trace, permit de re-
nnàttre Texistence d'une poche remplie d'un liquide citrin. Au
sd de cette poche on rencontre un corps dur adhérent à la paroi
qui n*est autre qu'une dent molaire. Cette dent est extraite et un
ain passant de la plaie extérieure dans la cavité buccale est
iObli en permanence.
Unérysipèle survient d'abord, puis la suppuration s'établit très-
ondante dans la poche et celle-ci décroît considérablement de
ivane.
Au bout de quelques mois, la malade quitte cependant le service
)l*Hôtel-Dieu, incomplètement guérie et cesse tout traitement.
Un an après, la tumeur avait repris un volume considérable de
le sorte qu'elle mesurait 18 centimètres dans le sensantéro-
••^'eur et 17 centimètres dans le sens vertical.
41S BOGIÉTÉ DE CHIRURO».
C'est à ce moment que M. le EF Herbet observa la s
qu*il constata une telle désorganisation de Tos, qu*il n'héfi
pratiquer Fablation complète de la masse. L'opération nV
d*aucun accident ni d'aucune trace de récidive.
Voici d'ailleurs la relation complète de ce premier fait :
Obs. I. — Caron (Ernestine), âgée de 30 ans» journaliè
habitant à Equennes (canton de Poix, département de la Son
mariée, n*a jamais eu d'enfants, brune, assez grande, aai
réglée seulement à Tâge de 21 ans, n*a jamais eu de gourme
tôte, de glandes au cou, ni de maux d'yeux, a cependant
santé assez délicate pendant son enfance et sa jeunesse. A et
dans sa première enfance de convulsions qui se sont repi
des intervalles plus ou moins éloignés, jusqu'à l'âge de 7 an
lement depuis son enfance, et à partir d*un âge qu'elle ne
ciser, été atteinte de nombreux abcès au voisinage de la pai
du maxillaire inférieur ; abcès qui ont persisté jusqu'il y a
cinq ou six ans et dont les uns se sont ouverts dans l'intéri
bouche; les autres à l'extérieur, à la peau de la joue droite e
Ces abcès paraissent avoir été liés ù la carie des dent
molaires cariées qui avaient apparu de ce côté ont été enlev
cinq ans, par M. Roucoux, médecin à Poix à l'époque où h
dont l'os maxillaire est le siège, a commencé à se développe
11 y à environ cinq ans, en effet, la malade a reconnu sur
laire inférieur du côté droit, un peu en avant de Tangle de la
une saillie ayant à peu près le volume d'une aveline, qui a i
de façon à offrir au bout d'une année le volume d'un gpo
poule, et au bout de deux ans à peu près le volume du poing
rition et le développement de cette tumeur n'ont été accc
d'aucune douleur, mais seulement d'une gène dans la mi
attribuée par la malade à la présence des quatre dents
cariées.
11 y a trois ans, la malade se rendit à Paris et fut admis
service de M. le professeur Richet, qui diagnostiqua un kysti
causé par l'évolution dans l'épaisseur du maxillaire inférieur d'u
molaire. En effet, après plusieurs recherches, cette dent fut d^
et enlevée par une ouverture faite à la joue (c'est cette ouvc
a produit la cicatrice que l'on voit sur le milieu de la tumeur
photographies). La dent extraite avait poussé -horizontalem
l'épaisseur de la branche droite du maxillaire inférieur. Api
enlevé la dent, M. Richet passa un séton formé par un fil qu
sait la tumeur, de l'ouverture cutanée à une seconde ouverli
quée dans l'intérieur de la bouche. La malade fut atteinte d'
pèle; puis la tumeur fut le siège d'une suppuration aboni
persista environ un mois après la sortie de la malade du »
M. Richet, c'est-à-dire pendant environ quatre mois.
A la suite de cette opération, le volume de la tumeur avait i
ment diminué, puis cette diminution de volume s'étant arrêtée
SÉANCE DO 26 JUIN. 413
laeiaq mois euvii*ou, la tumeur resta stutionnaire pendant encore six
BOisà peu près.
liy à deux ans la tumeur recommença à augmenter de volume, d*a-
Mnd sans occasionner de douleurs, mais il y a environ quatre mois,
'aeeroissement de la tumeur devint plus rapide et fut accompagné de
iooleurs lancinantes ; enfin, il y a cinq semaines, sur le conseil de son
■édeoio, la malade entra à THôtel-Dieu d'Amiens, le 3 mars 18*77.
A son entrée à THôtel-Dieu les dimensions de la tumeur (mesurées
nrlijoue), étaient approximativement les suivantes.
Veriicalenient, — Vers les extrémités en avant et en arrière, envi-
roalS centimètres, à la partie moyenne, 1*7 centimètres.
HarhûDtalement. — Â la partie moyenne, depuis le bord postérieur
jiaqo'àla première dent restante, environ 18 centimètres ; dans l'intérieur
la te bouche la tumeur faisait une saillie très-considérable, et s^éten-
lataa delà de la partie moyenne du plancher de la cavité buccale.
Cette tumeur était globuleuse et un peu elliptique, ayant son plus
jpnad diamètre depuis le condyle de la mâchoire jusqu'à la dent
mine, non adhérente à la peau, si ce n'est au niveau de la cicatrice ;
a peau n'était pas altérée mais seulement distendue et amincie. Â
Intérienr de la bouche la muqueuse adhérant fortement à la tumeur
totd'un rouge foncé, bosselée, inégale, dure et comme calleuse.
La consistance de la tumeur variait suivant ses différents points :
)Qn à Tintérienr de la bouche, et vers les extrémités à rextérieur ;
iUe offrait à sa partie saillante la consistance d'une coque osseuse
let épaisse» et au voisinage de la cicatrice elle donnait la sensation
IW enveloppe fibreuse et d'une fluctuation obscure; plusieurs ponc-
ieiu faites par M. Roucoux dans ce point n'avaient, au dire de la ma-
ide, donné issue qu'à une faible quantité de liquide séro-sanguinolent,
( oes ponctions n'avaient point amené de diminution appréciable dans
» volume de la tumeur.
Le diagnostic, éclairé du reste par le récit de l'opération faite par
i* le professeur Hichet, fut celui-ci : kyste dentaire dégénéré, et i'abla-
ioB de la moitié droite du maxillaire inférieur fut décidée.
L'opération fut pratiquée le 15 mars 1877. Après avoir arraché la
ent canine du côté droit, une incision fut faite verticalement de la
onmissure droite des lèvres jusqu'au bord inférieur de la mâchoire;
^ eeconde incision curviligne partant un peu au-dessous de l'arti-
Qiatiou temporo-maxillaire, passant à environ 2 centimètres en arrière
* la cicatrice fut prolongée jusqu'à la rencontre de rcxtrémité infé-
iaore de la première incision. Le lambeau cutané ainsi formé fut
^uite disséqué jusqu'au bord supérieur de la tumeur en ayant soin
araser le plus près possible la face externe de la tumeur; pendant
^ dissection la tumeur fut ouverte au niveau de la portion adhé-
^^i^à la cicatrice, et cette ouverture donna issue à une assez grande
quantité (un grand demi-verre) de sérosité d'un jaune verdâtre assez
ÏOBcé. Les artères furent liées au moment de leur ouverture, et la quan-
^ de sang perdu ne fut pas très-considérable. La peau étant dissé-
9^ la muqueuse fut détachée à la partie antérieure de la tumeur, et
414 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIE.
» Faide d'une scie à chatne, le maxillaire fut scié à peu près verticile-
ment au niveau de la canine droite qui venait d*ôtre enlevée. On en-
tinua alors à détacher la muqueuse en rasant le plus près poaaible et
cette dissection très-laborieuse fut faite tantôt avec le bistouri, tanlAt
avec des ciseaux, tantôt avec la pointe mousse d*une spatule, le Mrf
lingual fut disséqué et conservé. Eniin, après avoir coupé le ligament
externe de Tarticulation temporo-maxillaire, lecondyle de la mAchoin
fut saisi avec un davier et détaché avec des ciseaux courbes, une pON
tion de la coque peu épaisse qui remplaçait Tapophyse coronolde IM
arrachée, et les débris furent ensuite enlevés avec soin.
La perte de substance de la muqueuse étant très-considérable, j'ai
pensé (et j*ai eu tort) qu'il n'y aurait point d'inconvénient à couper las
fils des ligatures et à les abandonner dans la plaie (je croyais qoeli
chute des ligatures aurait lieu avant la réunion de la plaie dans riilè-
rieur de la bouche, et dans une opération semblable faite il y un n»
le passage des fils avait donné lieu à une suppuration prolongée).
J'ai donc coupé les fils des ligatures et les ai abandonnés au nombre
de quatre dans la plaie. J'ai ensuite rapproché les bords de la pen
que j'ai réunie par première intention, à l'aide de sutures à poiirts
séparés faites avec des fils d'argent, et do bandelettes collodionaées
placées entre les points de suture au nombre do neuf.
Les suites de l'opération furent très-simples, le pouls, du 16aottt
varia de 92 à 100, il n'y eut pas d'hémorrhagie, les nuits étaient bonsee;
le iO au matin les fils des sutures furent enlevés, mais les bandelettes
collodionnées furent laissées en place; le 20, le pouls s'éleva dans-
tage, il monta à 112, et le 21, après une nuit agitée, le pouls s'éleni
126. La malade eut des frissons, des nausées et un vomissement bilieiK,
je découvris alors la plaie que je trouvai réunie par première iflte*"
tioD dans toute son étendue, seulement je constatai au niveau de le
partie moyenne de la joue, au-dessous et en arrière de la cicatrieeeD'
cienne une tuméfaction assez considérable avec coloration rouge tio-
lacé de la peau et fluctuation manifeste. Après avoir enlevé une bandO'
lette de toile collodionnée, j'écartai les bords de la cicatrice à l'iî^
d'un stylet dans l'étendue d'environ 1 centimètre; cette ouverte^*
donna issue à une quantité considérable de pus fétide contenant d6i
grumeaux et quelques petits caillots sanguins et un des fils de ii|^
ture. Un drain fut placé dans cette ouverture par laquelle on rétif
encore un fil de ligature quatre jours après.
La situation de la malade s'améliora rapidement, et dès le 1* e^
elle se levait, se promenait dans la salle, les nuits étaient bonao^
l'écoulement de pus par le drain était insignifiant.
6 avril, — La malade éprouve de la douleur dans la joue ar*
un peu de fièvre, de malaise et d'insomnie.
1. — On constata un peu de rougeur à la joue vers la partie ant
rieure un peu au-dessus de la cicatrice.
8. — La nuit a été mauvaise, il y a eu des frissons, la rougeoT
augmenté à la joue et on constate une poche fluctuante, une ouveiliB
est faite en ce point, et elle donne issue à une quantité asseï ooni
SÉANCE DU 26 4VIS. 415
dénble (un petit verre à eau-de-vie de pus bien lié, mais fétide et à
ne hgature)^ un drain est mis dans cette ouverture. La joue s'affaisse
de jour en jour, la suppuration diminue, et le ii on retire les drnins,
le 11 on constate que les deux ouvertures sont à peu près complète-
ment fermées, et la pression sur la Joue ne donne lieu qu'à l'issue de
qaelques gouttes de sérosité jaunAtre.
h considère la malade comme guérie et je me propose de la ren-
vifer chez elle à la fin de la semaine, après Tavoir fait de nouveau
photographier.
liOS suites de l'opération ont été très-simples, et les accidents qui se
sont produits le 31 mars et les 7 et 8 avril, étaient dus à la rétention
des fils des ligatures que j'avais, à tort, abandonnés dans la plaie.
La cicatrisation dans l'intérieur de la bouche avait été très-prompte
etie 5* jour après l'opération, cette cicatrisation de la muqueuse était
ipeaprès complète.
La réunion de la peau avait également été très-rapide et très-com-
plète, de sorte que mes fils s'étaient trouvés emprisonnés dans une
eivité sans issue, ni du côté de la peau, ni du côté de la bouche.
S» fait. — La seconde observation est relative encore à une femme
tdulte qui, à Tâge de 8 ans, reçut sur la face au niveau de Tangle
iè la mâchoire du côté gauche, un coup de pied de cheval qui la
renyersR sans connaissance pendant plusieurs instants.
Kien de notable ne se produit cependant de ce côté jusqu'à Tage
fc 18 ans, époque ou l'on voit se développer sur le point corres-
pmdant au traumatisme antérieur, une tumeur dure qui acquiert
Wdeux ans le volume d'un gros œuf de dinde. La masse morbide
6st limitée par une coque osseuse dépressible sur un point, suivant
l'expression de M. Herbet, à la manière des os du crâne chez le
telus.
Une large ouverture pratiquée dans la bouche donne accès dans
iine poche remplie de liquide et au fond de laquelle se rencontre
^érente à la paroi une dent molaire qui est extraite et dont les
'•cines sont recourbées sur elles-mêmes.
La poche ainsi vidée est pansée avec des bourdonnets de charpie
^ la tumeur décroît si rapidement qu'au bout de trois mois, la
"ïâchoire de ce côté ne présentait qu'un volume à peu près double
^ celui du côté opposé.
La malade quitte Thôpital avec un simple trajet fistuleux qui est
abandonné à lui-même. 18 mois plus tard elle y rentrait avec une
tumeur ayant acquis le volume du poing : la branche gauche de la
''ttàchoire inférieure fut alors enlevée entièrement, la malade guérit
8*DS complication ni récidive.
Voici la relation détaillée de ce second fait :
■^. II. — Roussel (Maria), née le 1 juin 4855, à Bernouil, canton
416 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
de Domart en Fonthieu (Somme), est d'une constitation médiocrement
forte, d'une bonne santé habituelle, elle n'a jamais eu de maladies
graves, n'a eu ni gourmes ni maux d'yeux dans son enfance.
Réglée à l'âge de 13 ans, et régulièrement depuis.
Elle ne peut donner aucun renseignement précis sur l'évolution de
ses dents.
A l'âge de 8 ans elle a reçu sur la joue gauche, au niveau du maxil-
laire inférieur, un coup de pied de cheval qui l'a renversée sur le fa-
mier de la cour où elle était, elle est restée sans connaissance pendant
quelques instants.
Cependant elle s'est complètement rétablie et le coup n*a laissé au-
cune trace apparente.
Vers l'âge de 18 ans elle a eu mal aux dents et le médecin de son
pays lui a arraché une grosse molaire du côté gauche. Cette dent qni
commençait à se carier a été, dit-elle, fort difficile à enlever ; elle était
barrée (?) Vers le môme temps elle s'aperçut d'une grosseur siégeant
dans la gencive gauche, vers le fond delà bouche.
Cette grosseur faisait dans l'intérieur de la bouche, en dedans de la
mâchoire line saillie d'abord du volume d^une noisette, mais qui aoipiit
bientôt le volume d'une noix. Cette tumeur était complètement indolente
et ne dénotait sa présence que par un peu de gène dans le fond de la
bouche et un certain embarras dans les mouvements de la lan^e.
A 19 ans, étant en service à Harbonnières (Somme), elle vit tooti
coup sa joue grossir en 24 heures. Cette tuméfaction était accompt-
gnée de douleurs vives.
Le médecin qui fut appelé constata qu'il n'y avait point de dents ca-
riées de ce côté, il reconnut l'existence de la tumeur, et ût en dedans
de la mâchoire une incision qui ne donna issue qu^à du sang. Il mit
pendant quelque temps des mèches de charpie dans la plaie etfitfaire
tous les jours des injections d'eau salée. Ce traitement continué pen-
dant trois semaines fut suivi d'un peu de diminution du volume de
la joue, mais la tumeur à la partie interne et postérieure delà gend^
gauche persista sans changement de volume.
A cette époque la malade vint à Amiens, où elle resta pendant bnit
mois en service. Au bout de ce temps ayant ressenti des douleurs dans
la tumeur, elle alla consulter M. le D*^ Josse, alors chirurgien en cbef
de l'Hôtel-Dien d'Amiens. M. le D'' Josse la fit entrer à l'Hôtel-Dieo
dans son service (le 21 novembre 1873).
Elle fut traitée par l'iodure de potassium à Tintérieur et l'application
de pommades. (Je n'ai pu avoir de renseignements précis sur les moyens
de traitement employés et je ne fais que rapporter ici les indioatioJ^
fournies par la malade.)
M. le ly Josse ayant donné sa démission à la fin de l'année 1873, i®
fus nommé à sa place et je pris le service au commencement à^
mois de février 1874. A cette époque j'examinai Maria Roussel. Eft^
avait à la mâchoire supérieure iâ dents, il manquait à droite les dei^
premières molaires, à gauche la première molaire. Ces dents avtieï*^
poussé, mais avaient été enlevées depuis environ deux ans. La de^^
* SÉANCE DU 26 JUIN. 411
I ngesse existait en haut à droite, elle n'existait pas à la mft-
(Oire sapérieure gauche. Â la mâchoire inférieure, on constatait la
éaenee des quatre incisives, des deux canines, des quatre petites
olâires dont une cariée, de deux grosses molaires du côté droit ; la
mt de sagesse a poussé depuis, à droite.
A gauche, immédiatement derrière la seconde petite molaire, com-
Bnçiit la tumeur qui envahissait tout le corps de Tos en remontant
iqa'au condyle de la mâchoire ; tumeur de forme ovotde, dont le
nd diamètre était dirigé de haut en bas, et d*arrière en avant ; com-
«aant dans son épaisseur tout le corps de la mâchoire; d'un volume
iiDoins égal â celui d'un gros œuf de dinde. La surface de la tumeur
ût lisse, d'une dureté osseuse dans presque toute son étendue sauf
tilques points qui se laissaient déprimer comme les os de la tête du
itnt. A Tintérieur de la bouche, les gencives étaient gonflées, rouges
olacéeSy d'une dureté cartilagineuse.
Ayant enlevé une portion de ce tissu induré des gencives^ je pus
•Bitater l'existdnce d'une large cavité à parois osseuses minces, mais
•Igré l'élargissement de l'ouverture avec des morceaux de racines
) gentiane, je ne pus arriver à constater dans cette poche ni dent ni
«ine, ni corps étranger quelconque. Au bout d'environ trois se-
rinas j'enlevai par une incision toute la partie supérieure de la gen-
ve et je pus avec le petit doigt introduit dans la poche reconnaître un
'fpsdur, résistant, osseux que j'enlevai avec un pied de biche. G'é-
tth dernière grosse molaire gauche, complètement développée et
ôqprès avoir poussé verticalement dans l'étendue d'un tiers de cen-
Bètre s'était recourbée horizontalement et avait poussé dans Tinté-
turde la mâchoire la couronne en avant.
Après l'enlèvement de cette dent, la malade fut pansée tous les jours
'eedes mèches de charpie introduite dans ta cavité. La tumeur di-
inoa rapidement de volume, les parois se rapprochèrent et quand
e sortit de l'hôpital le 10 juin 1814, il ne restait plus qu'un petit tra-
'istnleux, le volume de la mâchoire n'était pas double de l'état nor-
det à Textérieur on voyait que la joue gauche faisait une saillie lé«
re.
Elle se mit en service et devint enceinte. Environ quatre mois après
•ortie de l'hôpital, la joue commença de nouveau à se tuméfier, et
6 décembre 1815, elle rentrait à l'Hôtel-Dieu avec une tumeur ayant
moins le volume du poing d'un adulte, et donnant ça et là une sen-
tion de fluctuation. Une ponction donna issue seulement à un peu
stngy la tumeur resta à peu près stationnaire jusqu'à l'époque de
€coachement qui eut lieu le 22 mars.
4e lui proposai l'enlèvement de la tumeur; mais elle refusa et sortit
^'hôpital le 31 mars 1816. Elle revint le 3 mai suivant ayant depuis
^sortie éprouvé dans la tumeur des douleurs presque continues. La
tmear avait encore augmenté de volume, elle fut enlevée le 9 mai
^. IjtL branche gauche de la mâchoire fut sciée au niveau de la ca-
^ et enlevée complètement ; l'opération fut assez laborieuse à cause
*> edhérences de la tumeur à la peau et à la muqueuse. Quinze jours
•il 8 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE. •
après Topération, la malade dont la plaie était presque compiétaneil
cicatrisée fut atteinte d'un érysipèle. Enfin elle sortait guérie le
14 juillet ISlô. Depuis je Tai revue plusieurs fois, il n'y a pas eude
récidive.
Les deux observations de M. Herbetnous paraissent ofTrir divers
enseignements précieux. Nous en dégageons deux principaux,
l'un au point de vue de la pathogénie de ces kystes, l'autre a Tégard
de leur thérapeutique.
Au point de vue pathogénique, les deux faits ne laissent rieo à dé-
sirer, ce sont bien là deux kystes développés au sein d'un follicule
de dent molaire encore incluse dans le bord alvéolaire, kystes ayant
pris naissance au moment où la couronne avait achevé son déve-
loppement, soit kyste folliculaire de la période coronaire. Dans
le premier fait, la transformation kystique du follicule paraît 8*èlre
produite spontanément. Dans le second elle a eu pour cause déter-
minante un traumatisme violent. Dans les deux cas le processusaélé
identique : un liquide pathologique s*est formé au sein même du
follicule, il en a distendu la paroi propre qui, devenue paroi kys- '
tique, a déplacé dans son expansion le tissu osseux dont il s'est
fait une coque plus ou moins mince et dépressible. Ce sont là du
reste des faits qui, selon nous, ne sont plus à démontrer. Notre
collègue, M. Duplay, en a récemment rapporté un exemple trèa-
remarquable ayant eu également pour siège un follicule de deot
molaire. Nous en avons cité de notre côté plusieurs faits égalemeû'
démonstratifs, et, à ceux de M. Herbet, nous pourrions ajouter un
nouvel exemple encore inédit, et dû à un médecin d'Angers,
M. Guérard.
Dans ce dernier cas, la dent implantée dans la paroi kystique
avait éprouvé un véritable renversement de ses racines, phéno-
mène dû à la résistance que celles-ci ont éprouvé de la part
de la paroi osseuse au moment de leur formation.
L'un des faits dus à M. Herbet, le premier, offre en outre un
intérêt tout particulier, en ce sens que nous en possédons la pièce
anatomique.
Cette pièce présente une disposition bien remarquable : elle •
été fendue d'avant en arrière et on y reconnaît l'existence de logc^
multiples au nombre de douze à peu près, la plupart communiquât»^
ensemble, quelques-unes cependant paraissent être restées isolée^*
Ces loges multiples se sont-elles formées au début même de ^
transformation kystique du follicule ou se sont-elles développée*
ultérieurement après l'ouverture de la première poche ? C'est ^^
un point qu*il n'est pas possible d'établir.
Quoi qu'il en soit, ce que nous savons aujourd'hui des troubla
siANCK OU â6 jriN. 419
tkmnels qui peuvent frapper le follicule dentaire pendant son
ution, autorise à cet égard diverses hypothèses : 1*^ ou bien
âeurs follicules inclus dans la mâchoire ont été simultanément
ége de transformation kystique ; S*" ou bien il s'est produit une
table hj'pergenèse de folliculesi comme on voit dans un odon-
e, rhypergenèse de bulbes et de chapeaux dentinaires, et
une cela se présente dans une difformité que nous avons dé-
^hpolj^gnatbie * ; 3* ou bien encore, un follicule unique, primi-
ment siège d'un kyste, a produit dans son voisinage des cavités
indaires dont quelques-unes sont restées en communication
B lui tandis que d'autres devenaient distinctes par clôture de
ifice du passage.
loiiB avouons pencher en ce qui nous concerne vers cette der-
re supposition.
lette pièce en tous cas nous apporte une démonstration nou-
le de la possibilité du développement du kyste multiloculaîre
rigine folliculaire incontestable et nous avons la confiance
die est de nature à dissiper les doutes qui semblent subsister
iore dans Tesprit de plusieurs de nos collègues sur ce point de
hogénie.
In dernier détail relatif à cette pièce : malgré une macération
longée dans Talcool, une préparation histologique de la paroi,
n a montré l'existence d'une couche épithéliale stratifiée iden-
16 d'ailleurs à celle qui se retrouve à la surface de tous les
(tes folliculaires en général et résultant de l'hypergenèse des
ments épithéliaux ordinaires du follicule normal.
iu point de vue thérapeutique les deux cas de M. Herbet ne
«entent pas un moindre intérêt :
!!hez les deux malades, il y a eu après ouverture de la poche
nritive, récidive de la maladie, ou pour mieux dire reproduction
*place. Ici, nous n'hésitons pas à déclarer que, dans notre pensée,
^ntinuation ou la reprise du processus pathologique a été due
insuffisance du premier traitement, le drainage de la cavité qui
pas été continué avec assez de précaution et de durée.
3n sait, en effet, avec quelle lenteur s'opère le retrait de sem-
blés poches creuses au sein de maxillaires adultes. Dans plu-
wrs faits personnels que nous avons traités par le simple drai-
ge pratiqué à l'aide de tubes d'étain, il n'a pas fallu moins de
mois à 2 ans pour guérir un kyste du volume d'une grosse noix
'd'une mandarine.
Ces difBcultés s'accroissent encore s'il s'agit d'un kyste de la
iBboire inférieure où l'application du drainage permanent est bien
^oir Annales de gynécologie, août et septembre 1875*
420 SOCIETE DE CHIRURGIE.
moins facile et où la stagnation inévitable du liquide devient un
obstacle à la guérison. Cependant il est remarquable de voir que
dans les deux faits de M. Herbet, le drainage qui a été employé au
début a réalisé une diminution considérable de Tun et de Tautre
kyste et presque la guérison du second. C'est l'abandon du traite-
ment ainsi institué qui a été la cause certaine de la reproduction
de la tumeur, reproduction qui a pris un tel accroissement que
l'ablation totale a laquelle a dû recourir le chirurgien d'Amiaos
était devenue le seul mode de traitement rationnel.
En résumé, messieurs, nous avons l'honneur de vous proposer:
1® De remercier M. le D' Herbet de ses deux intéressantes
observations ;
2"* De publier intégralement leur relation dans nos bulletins.
Discussion.
M. Verneuil. Je trouve que M. le rapporteur n'a peut-être pas
touché d'une façon suHlsante le point vraiment important de la
question, qui est celui-ci : voici un kyste présentant 12 poches,
doit-on admettre qu'il s'agit d'un kyste développé dans un seul folli-
cule, subdivisé en 12 poches, ou faut-il admettre que 12 follicules
dentaires ont contribué à la formation de cette tumeur kystique.
Admettre que douze follicules ont été nécessaires pour produire
cette tumeur, me paraît peu admissible, puisque surtout il n'y ^
pas de dent manquant.
Il y a deux espèces de kystes de la mâchoire sur la nature des-
quelles on est bien d'accord ; ce sont les kystes périostiques et les
kystes folliculaires, mais on est beaucoup moins fixé sur l'ori-
gine de ces kystes présentant 20, 30, 50 poches, d*un volume
variant entre celui d'un grain de chènevis et celui d'un noyau de '
cerise.
Est-ce dans la région du follicule que se trouve le point de
départ? oui, répond M. Magitol, puisqu'on a trouvé une dent,mai^
je ne puis pas admettre que chacune de ces poches ait fO^
origine un follicule.
C'est sur ce point que je serais heureux d'avoir l'opinion d*
M. Magitot.
M. FoRGET. Se joint complètement aux observations de M. Va^*"
neuil.
Sur la proposition de plusieurs membres, la discussion 0^
remise à la prochaine séance.
Les conclusions de M. le rapporteur sont mises aux voi]^ ^
adoptées.
SÂANGl DU 26 Jl'IN. 421
Coaiamleatlon orale.
n. Plusieurs membres de la Société de chirurgie ont
mdre quelques considérations sur la méthode antisepti-
;i8 heureux de me rendre à leur désir.
ion par première intention n'est pas une chose nouvelle,
thirurgiens la tentent pour de petites plaies, comme le
rTBy ils ne l'obtiennent pas toujours. Le but de la mé-
leptique est de l'obtenir comme résultat ordinaire et
les guérisons dans des conditions où sans la méthode
le, on ne saurait l'espérer.
y par exemple, les abcès par congestion. Si on ne les
sauf le volume, il n'y aura pas d'inconvénients.
» ouvre avec de petites incisions, il surviendra de la
\ accidents putrides qui entraîneront l'hecticité et la
éviter ce danger, on pratique des ponctions avec aspi-
18 la majorité des cas, le pus se reformera, il faudra y
Qvent et on ne guérira pas le malade.
m sera tout autrement, si on ouvre largement, si, pour
I libre écoulement, on place un tube à drainage et si,
r fait Topération avec la méthode antiseptique, on fait
nsement antiseptique que l'on continuera, avec grand
i*à la guérison complète.
Qier résultat, que l'on obtient, est de ne pas avoir de
i)tenir un écoulement séreux qui devient en quelques
iz peu abondant, pour ne plus changer ce pansement
\ par semaine. Si, à ce pansement, on ajoute la précau-
e garder la position horizontale, on peut guérir complé-
radicalement les malades.
Ice à ce traitement, obtenu un grand nombre de cas de
ibsolue, parmi lesquels il y avait carie et séquestre du
vertèbres. Voici un résultat qu'il me paraît diflicile
)Br un autre genre de traitement,
brane pyogénique des abcès par congestion ne produit
I, à moins qu'elle ne soit irrritée. Avant l'ouverture de
y a une tension irritative par accumulation du pus ; si
\ttna traitement antiseptique, on enlève la pression, mais
it une autre cause d'irritation, la putréfaction. Avant Tou-
) Tabcès, l'inflammation de l'os, puis la tension, pro-
suppuration; après i* ouverture, il y a suppuration par
le la putréfaction. Si on supprime ces causes de suppu-
si on supprime aussi l'irritation mécanique produite par
■T MÉM. DK LA SOC. DE CHIR. 29
4ââ SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
la position verticale, on voit que ces lésions ne présentent pas de
difTérence avec les autres inflammations; rinflammation cesse dès
que la cause d'irritation externe a disparu.
Dans les premiers jours qui suivent la formation d'une plaie, il
n'y a pas de pus, quelque soit le pansement employé, eau ou
charpie, mais quelques jours plus tard, on trouve dupusetdes
granulations qui ont précédé le pus.
Lorsque les granulations sont formées, on voit, comme dans les
poches kystiquea, qu'il n'y a pas de tendance à suppurer, s'il n'y
a pas d'irritation.
Ainsi dans la méthode des greffes épidermiques de Reverdin,
si on met une greffe sur une surface granuleuse, greffe et granu-
lations se réuniront par première intention. Les granulations n'ont
donc pas la propriété de faire du pus.
La greffe épidermique agit comme un pansement qui éloigne
tous les irritants; dès qu'une surface granuleuse est protégée des
causes irritantes, elle cessera de faire du pus et même du sérom.
Si on emploie un topique antiseptique, chlorure de zinc, adde
phéniquo, on verra survenir du pus et des granulations, mais si.
entre l'antiseptique et une plaie récente, on place un corps non
irritant et capable de protéger la plaie de l'irritation de l'antisep-
tique, il ne se produira pas de suppuration. Dans les grandes
plaies profondes très-écartées, qui se remplissent de caillots de
sang, si on place un morceau de protective et par dessus les anti-
septiques, on voit que les caillots ne se putréfieront pas et qu'il
n'y aura pas de suppuration ; en enlevant la couche supérieure du
caillot, on trouve une surface cicatrisée sans suppuration et mèaie
sans granulation. Nous n'avons pas pu encore obtenir un protee-
tive assez parfait pour éviter toute suppuration sur une plaie eon*
verte de granulations, mais on peut diminuer beaucoup Taboi*
dance de la suppuration.
Il y a donc une action directe de l'antiseptique sur les tissus,
et j'étais fort étonné au début de mes recherches de trouver du
pus, même en éloignant les causes de putréfaction, c'est que Tan-
tiseptique produisait l'irritation de la plaie.
Les substances putréfiées sont irritantes, et si les antiseptique
sont capables de développer de la suppuration, à plus forte raison
les substances en putréfaction ; mais là se trouve une grande dif-
férence, l'irritation de l'antiseptique n'agit que sur le point louchit
tandis que la putréiaction étant une fermentation, s*étend partout
où il y a des matériaux capables de servir d'alimentation aux vk
brions.
Nous voyons donc que nous sommes en droit d'admetire troi^
causes de suppuration ; une première, provenant de rinflamm^^
SÉANCE DU 26 JUIX. 423
}a'6an8 putréfaction, une seconde, produite par Tirritation des
itiseptiques et une troisième, produite par les substances en
itréfaction.
Je ne veux pas entrer dans tous les détails du pansement, mais je
Mre donner quelques renseignements sur l'emploi duprotective.
Le protective, qui n'est autre chose qu'un morceau de tissu
suis, n'a pas de propriété antiseptique et si on le trempe, avant
)D application, dans de l'eau phéniquée, c'est pour éviter qu'il
ènste à sa surface un corps septique qui ait tendance à se mélan-
Br tvec le pus. Hais l'acide phénique, qui se trouve alors en
stte quantité sur sa surface, disparait vite, car, sans cela, le
!Otective deviendrait irritant et n'aurait plus de raison d'être,
nsqne son rôle est de mettre la plaie à l'abri de l'irritation de
nrtneptique.
Ua point important, que je ne saurais trop recommander, est de
)pa8 laisser dépasser le protective en dehors du pansement, car
muses de la putréfaction pourraient pénétrer au-dessous; il
it.que le pansement antiseptique déborde de tout côté le pro-
cfire, comme si ce protective était la plaie.
K on n'emploie, pour un pansement antiseptique, que quelques
l|Bft trempés dans une solution phéniquée, et que l'écoulement
Mi très-ebondant, la putréfaction aura lieu en 24 heures, parce
le le liquide, provenant de la plaie, chasse rapidement l'antisep-
ftt et que la plaie n'est plus préservée.
fi est donc indispensable que, quelle que soit la substance em-
ojte, il y ait une espèce de magasin qui tienne en réserve de la
ihiftance antisei^tique.
Aœ sujet permettez-moi de vous faire part d'une remarque
iiaété.mise en évidence par mon collègue M. Gristison, c'est que
fitrce d'action d'un médicament en solution ne dépend pas seu-
iBentde la quantité de médicament dissoute, mais encore de la
ttière dont il se comporte avec le véhicule.
Ainsi l'eau a peu d'afRnité pour l'acide phénique, l'huile en a
fin plus; une solution aqueuse d'acide phénique au vingtième est
vsqne caustique, avec de Thuile au dixième, l'action irritante est
tti moins forte et si on emploie de la résine, un mélange au
iM|aième e^t presque insipide.
l^oar nettoyer un instrument, laver les mains, on se sert d'une
Aulion aqueuse, l'action est forte, mais temporaire ; aussi, pour
■^pansement qui doit rester quelques jours en place, est-il néces-
ùe de recourir à un véhicule qui ait plus d'affinité pour Tacide
l'inique. De cette façon, l'écoulement de la plaie peut traverser
' Pttaement, sans lui enlever tout l'antiseptique qu'il tient en
Wrve.
124 SOCIÉTK DE GIIIRUROIE.
C*est avec un mélange d'acide phénique et de résine, auquri(
ajoute de la paraflne pour le rendre moins agglutinatif, que h
prépare la gaze qui est le véritable réceptacle de rantiseptâq»
récoulement ne peut pas chasser la résine qui retient foiieme
l'acide phénique. Outre le protective et la gaze» il y a encoft
mackintosh qui a pour but d'éviter le passage direct des liquid
de la plaie à travers le pansement, et aussi d'augmenter l'efl
antiseptique de la gaze.
Lorsqu'on laisse un pansement appliqué, pendant plaaoi
jours, on voit quelquefois le pansement se déplacer par suite é
mouvements du malade, surtout pour les abcès par congestioi
aussi, pour éviter c^t inconvénient, je place une bande élastiqi
au bord du pansement, cette bande peut être appliquée avecu
certaine force, sans inconvénient et sans gêne de la circulatioi
Dans les cas de plaie superficielle, j'emploie, quelquefois i 1
place d'acide phénique, de l'acide borique ; pour obtenir du lii
borique, je trempe le lint dans une solution bouillante d'iôil
l)orique et j'obtiens ainsi un riche magasin antiseptique. Le nod
de pansement suivant m'a donné d'excellents résultats pour h
ulcères de jambe; je purifie d'abord les surfaces épidermiquestf
vironnantes avec une solution phéniquée, au 20*", qui pénètre til
'épiderme et purifie même les follicules pileux. Puis, surlapW
granuleuse de l'ulcère, lorsqu'il existe de la gangrène, il est iiécoi
saire d'avoir quelque chose de plus fort que l'acide phénique, Mi
j'avais employé jusqu'à ces derniers mois le chlorure de zinc, nui
il a l'inconvénient si la plaie est vaste, de développer une tiii
vive douleur, aussi ai-je remplacé le chlorure de zinc, par rempli
de l'iodoforme ; après avoir lavé la plaie avec de l'acide phéniqw
on applique de la poudre iodoforme, le protective et par dean
on fait le pansement avec du lint borique qui dépasse de UH
côté. Il y a très-peu de suppuration ; et après deux ou trois pli
sements journaliers, on peut laisser le pansement sans y tmiflbi
pendant plusieurs jours. Le protective a un double but, Mb
1 incitation directe de l'antiseptique et de maintenir la surface i
la plaie dans un état constant d'humidité, ce qui empêche la tm
mation d'une croûte sous laquelle pourrait s'accumuler du pi»
causer, ainsi, par la tension, une suppuration inflammatoire, et^
on n'évitait pas par le protective la formation de ces croûtes, loi
qu'on enlèverait le pansement, on arracherait facilement la cou9
epidermique de dei*nière formation.
J'emploie encore le chlorure de zinc dont l'action est toute qi
ciale. Une seule application au 1/12 empêche la putréfaction
la plaie, même lorsque les causes de putréfaction ne peuvent [
être écai'lées. Ainsi après une amputation de la langue, si
SÉANCE DU â6 JUIN. 425
toache la plaie une fois avec la solution de chlorure de zinc, il n*y
pis d'odeur jusqu'à ce que la peau soit en conditions granulantes.
Dy a certainement une couche de tissu mortifié, mais il faut qu elle
$oit presque microscopique, puisqu'on ne peut pas l'apprécier et
imisqu'elle n*empêche pas la réunion par première intention.
L'emploi du chlorure de zinc préserve de la putréfaction des
plaies qui semblent pouvoir l'éviter difficilement, telles que celles de
lieystotomie ou delà fistule à l'anus. Dans les cas où je ne puis
aalever tous les trajets fistuleux, je gratte les trajets fistuleux
avec une curette, et j'applique du chlorure de zinc, on obtient
ainai d'excellents résultats et, si la putréfaction survient, elle
B'apparaît qu'après 3 ou 4 jours et le malade se trouve, au moins
dans les premiers jours, à l'abri des accidents d'infection.
M. Desprès. Je ne suis nullement partisan de la méthode anti-
antique, car je soutiens qu'elle ne peut donner que des illusions
aa faisant espérer de pouvoir toujours éviter l'infection purulente.
Pour pouvoir accorder au pansement antiseptique toute sfi va-
leur, il serait nécessaire de prouver que l'air est un agent de
pntréfaction.
M. Lister ne peut appliquer son pansement aux amputations de
langae, aux résections de la mâchoire, et cependant la guérison est
la règle. J*ai fait deux amputations du maxillaire supérieur, j'ai
en ! guérisons ; si la théorie de MM. Lister et Guérin était vraie,
il faudrait que toutes ces opératious-là fussent suivies de mort.
«remploie des pansements qui sont sales, et j'obtiens, cepen-
tet, des guérisons, mais j'emploie toujours l'immobilisation abso-
lue et M. Lister reconnaît son utilité, puisqu'il l'emploie pour les
iboèspar congestion.
Ce n'est pas dans l'air, mais bien dans la plaie qu'il faut cher-
dkerles causes d'irritation.
Quant à la méthode préconisée pour le traitement des abcès
pir congestion, je demanderai à M. Lister s'il est certain de ne
pas avoir d'insuccès. Dans les abcès de cette nature, il y en a de
deux espèces ; les uns guérissent seuls, soit qu'on les traite par la
luéthode antiseptique, ou par le drainage; les autres, suite do
Cirie en voie de puissance, ont toujours une tendance à récidiver.
fi je suis presque certain que, sur les malades dont nous a parlé
M. Lister, il y aura des récidives.
M. Lister. Je ferai observer que la méthode à ciel ouvert est
tussi un traitement antiseptique, car l'écoulement des liquides se
^} assez vite pour éviter les mauvais effets de la putréfaction,
**ia il est certaia qu'il est préférable d'obtenir la réunion iinmé-
426 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Quant aux opérations qui se font sur la bouche, ce sont dee cas
pour lesquels Syme avait l'habitude de dire que Ton avait toujours
un excellent pansement, puisqu'il y a toujours de la salive qui
lave lasurface de la plaie; c'est presque un pansement antiseptique.
Pour qu'il y ait de mauvais résultats, il faut qu'il se produise, i la
surface de la plaie, des modifications chimiques s'accompagnant
de mauvaise odeur.
Or, comme il y a toujours une portion de tissu mortifiéi il y
aura certainement une irritation avec gonflement de la jooe,et
production de mauvaise odeur, et si on a soin d'employer la solu-
tion de chlorure de zinc, on évitera ces accidents et on obtiendra
des résultats très-remarquables.
Avec le pansement antiseptique, je n'ai pas besoin de l'immo-
bilité et, en effet, je ne cherche qu'à immobiliser le bord du pan-
sement; ne pouvant pas avoir de causes de putréfaction, je n'ai
pas besoin d'immobilité.
On m'objecte que les abcès de la fosse iliaque guérissent seuls
et que mes résultats ne sont pas définitifs. Je regrette de ne pou-
voir montrer les malades, parvenus au dernier degré de l'heclir
cité, et qui, dès le lendemain de l'application du traitement anti-
septique, ont vu disparaître la (lèvre. Je ne dis pas que je suis a
l'abri de toute récidive, mais j 'affirme que, dans la majorité des
cas, j'ai obtenu une guérison définitive.
Pour éviter les récidives, il ne faut pas laisser les malades se
lever ; dès que les fistules sont cicatrisées, il faut exiger un repos
de 6 à 7 semaines, puis permettre un quart d'heure de marche;
s'il y a de la douleur, les remettre au repos jusqu'à nouvelle ten-
tative. Avec ces précautions, j'ai obtenu des guérisons qui per-
sistent depuis assez longtemps pour pouvoir affirmer une guérison
définitive.
Lie«tare.
M. Panas donne lecture d'un travail intitulé :
Deux cas de pannus granuleux de la cornée ayant résisté à la péritoai^
et à tous les topiques préconisés en pareils cas et qui ont été compli'
tement guéris par Vinoculation blennorrbagique.
Le traitement du pannus grave de la cornée par l'inoculation
blennorrhagique est de date relativement récente. C'est à Frédéric
Jeeger, en 1812, que la science est redevable de ce mode de trai**
tement qui trouva depuis des imitateurs dans Pirînger de Grati \
sÊANCi!: DU 26 JUIN A'H
•/Si, en Hollande, Dudgeon^ en Ecosse ; Stout^ en Amérique ;
M, HaisioUf y an Roosbroeck et Warlomont eu Belgique. —
nni nous, il faut le reconnaître, il n'y eut que des imitateurs peu
obreux, et, la plupart du temps, timides, c*est pourquoi il est
core utile aujourd'hui de publier les faits recueillis dans ce sens,
sn qu'ils ne présentent on eux-mômes rien qui n'ait été déjà
tintes fois reconnu et proclamé.
La dernière malade que j'ai traitée et guérie de la sorte va être
mnise à votre examen pour que vous puissiez juger par vous-
hie de l'excellence du résultat obtenu. C'était une personne
fiohment aveugle avant le traitement subi, et qui actuellement
ni vaquer librement à ses occupations, outre qu'elle a été déli-
ée des horribles souffrances éprouvées par elle pendant sa lon-
le et cruelle ophthalmie granuleuse.
L'autre malade est un jeune homme, mécanicien de profession
qni, lorsqu'il m'a été adressé à l'hôpital par mon excellent collègue
ami M. F. Guyon, avait déjà subi inutilement toute espèce de
âement y compris la péritomie. Privé de lumière, et malgré cela
get à une photophobie atroce, ayant les yeux transformés en
nz morceaux de chair rouge, suintant de pus , et recouverts
w des paupières énormément tuméfiées, cet homme pouvait
user pour incurable. Or, c'est dans ces conditions que l'inocu-
tîonblennorrhagique lui a rendu la santé et la vue, et depuis trois
H que je suis cet homme, il continue à travailler dans son atelier
) Bon métier de mécanicien. Chose remarquable, et sur laquelle
tppelle l'attention de la Société, non-seulement la cornée a re-
mvé sa transparence, mais la face interne des paupières, jadis
couverte de grosses granulations fongueuses rappelant par la
^e et le volume les papilles caliciformes de la base de la lan-
le, est redevenue lisse et c'est à peine si elle conserve des traces
matricielles de trochoma. Ce fait est d'autant plus digne d'être
16, que des granulations palpébrales, beaucoup moins dévelop-
es, traitées par les moyens ordinaires (caustique lunaire, caus-
[ue au sulfate de cuivre, etc.), laissent habituellement après
es, beaucoup plus de trochoma que cela.
On dirait donc, et cela est d'accord avec la remarque de Warlo-
onl, que le virus blennorrhagique jouit d'un pouvoir résolutif des
"ânulation^ qui n*est comparable à aucun autre mode de traite-
ent, opposé à ces productions véritablement néoplasiques.
Le pus dont nous nous sommes servi pour pratiquer les deux
u>culalions a été puisé chez des personnes atteintes de blennorrha-
^nréthrale aiguë. C'est dire que nous l'avons pris aussi actif
Impossible, imitant en cela, van Roosbroeck et Warlomont. On
^^ fa'il n*a pas -toujours été ainsi et que l'inventeur de la nié*
428 socibTfc: de chirurgie.
thode, Jaeger, n'avait osé se servir que du liquide purulent
formé par des yeux atteints d'ophthalmie des nouveau-né$.
Il est à peine besoin de rappeler ici que Tinoculation bleimorrfaa-
gique n'est applicable que dans certains cas déterminés et qu'elle
est absolument contre-indiquée dans d'autres.
C'est ainsi que pour les cas relativement légers de panous de
la cornée, alors que cette membrane conserve partieUement si
transparence» les moyens ordinaires de traitement, aidés aubeem
de là péritomie suffisent amplement.
De môme lorsqu'un seul œil est atteint de pannus, l'autra œil
restant sain, il faut rejeter l'inoculation blennorrbagique, dans h
crainte de voir l'œil sain se contaminer et se perdre par fonte pu-
rulente. Nous savons qu'il a été conseillé de le préserver eu y
appliquant un bandeau pendant tout le temps que devra meUre
l'œil malade inoculé à guérir, mais nous craindrions fort queceoe
fût là qu*un rempart illusoire, ainsi que le prouve notre premiàre
inoculation. Ici l'inoculation de l'un des yeux s'est transmise deux
jours après à l'autre œil, que nous nous proposions du reste d'ino-
culer, sitôt que la marche des choses nous eût paru favorable mr
l'œil primitivement imprégné de virus blennorrhagique. Chez notre
seconde malade, l'inoculation fut faite simultanément aux deux
yeux, ce qui constitue en somme une meilleure pratique ainsi qoe
cela a été soutenu à juste raison par Warlomont, la durée du trai-
tement se trouve raccourcie par là, et l'on ne s'expose pas à voir
l'œil inoculé le premier et déjà en voie de résolution se prendre
d*une nouvelle attaque de blennorrhagie aiguë transmise parToàl
inoculé le dernier.
Quant au mode d'inoculation employé il a consisté dans nos
deux cas à déposer une goutte de pus blennorrhagique sur la bce
conjonctivale de la paupière inférieure primitivement renversée,
puis à bander les yeux pour empêcher le pus de se porter en de-
hors, précaution qui ne nous parait pas d'ailleurs indispensable.
Dans la crainte que l'action du virus blennorrhagique n'ailte
trop loin, nous avons employé dans nos deux cas la méthode abo^
tive, en touchant les premiers jours, seulement, la face conjono-
tivale des paupières à l'aide du crayon de nitrate d'argent mitigé*
et en y appliquant des compresses glacées ; sitôt que le chémosifi
et la suppuration sont rentrés dans de justes Umites, nous avon&
cessé cet ordre de moyens, laissant les choses marcher d'dte^
mêmes, à part les lavages réitérés des yeux et les autres moyef^
de propreté usités en pareil cas.
Chose vraiment remarquable ! La photophobie intense, les doO-
leurs ciliaires insupportables, tant oculaires que périorbitaires do^
se plaignaient nos malades, et l'insomnie, le tout a cédé très-rapt(V
8BANG£ DU 26 JUIN. 4M
Bt après rinoculation blennorrhagique. On dirait en vérité quele
vail suppuratif qui se passe à la surface de Foeil et de la con-
ctive a pour effet de faire cesser la congestion et la tension
nhoculaire comme le ferait un agent révulsif. Et c*est ainsi qu'on
it 8*expliquer seulement la cessation rapide de la photophobie
les douleurs intra et circum orbitaires.
lonformément à des faits d'observations analogues, nous avons
é chez nos deux malades après leur guérison complète une
Une tendance de la cornée à s'injecter facilement et de la con-
ctive palpébrale à rougir et à devenir de temps à autre le siège
petites poussées granuloïdes. Mais dans les deux cas, des attou-
ments alternatifs avec un collyre de nitrate d'argent au 30*
m cristal de sulfate de cuivre, aidés du repos momentané des
K et de quelques douches de vapeur locales nous ont sufli pour
lettre fin et pour consolider la guérison. C'est sans doute
Hja'on a négligé ces moyens complément rires (la nach car^
me diraient les Allemands), qu'on a eu à enregistrer des réci-
es du pannus et qu'on a été obligé d'avoir recours à de nou-
les inoculations blennorrhagiques.
lli-eoiidonctivite granuleuse chronique avec pannus sarcomateux.
iSMoèi da tous les traitements classiques. Inoculation de pus blennor-
nfique. Guérison.
(Observation rocueillio par V. Bellouard, interne du service.)
is. L — Walter (Simon), âgé de 21 ans, peintre eu bâtiments,
iMeux.
iatré le 31 juillet 1815, salle Saint-Ferdinand bis, Ut n^d.
iyaS ans, étant mililaire, ce jeune homme a été pris d'une con-
Btivita catarrhale aiguë qui a cédé à rapplication d'un traitement
ifique. Au bout de quelques mois, une inflammation chronique
t établie graduellement, et a abouti à la production de granulations
fonctivales. Peu â peu les granulations ont, à leur tour, gagné du
lin,- un an après le début de ces accidents, le malade avait cessé
Yoir ; toute son acuité visuelle se bornait à distinguer, et encore
iUement, le jour de la nuit. Plusieurs chirurgiens spécialistes,
îessivement consultés, ont usé de tous les moyens do traitement
B en obtenir le moindre résultat.
a 1871, M. Galezowski pratiqua la section des vaisseaux cornéens
Kmvelle formation, puis le malade abandonna tout traitement et se
tenta de laver fréquemment ses yeux à l'eau tiède.
Tâce probablement à cette première opération, une amélioration
rquée se produisit, le malade put reprendre ses travaux (peintre
k^iUments), pendant 8 mois. Mais alors de nouveaux accidents sor-
tent. Sous la poussée inflammatoire, la cornée fut une seconde
' envahie par les granulations.
490 SOCIÉTÉ DE GHIHURGIE.
M. de Wockor At, à cotto époque, l'opération de PagonstacheryCODsifr
tant dans l'agrandissement de la fente palpébrale, puis débridemeat
avec bordage de la commissure externe des paupières, puis il abnsa
la cornée, et cautérisa chaque jour les granulations avec Tacétatede
plomb. Il en a été ainsi pendant plusieurs mois sans aucun résultit
satisfaisant.
 bout de ressources, le malade se décida alors à demander des
soins à l'hôpital Necker. Après plusieurs essais de traitement infrne-
tueux, M. le D" Guyon pratiqua la péritomie, mais cette opération m
fut suivie d'aucune amélioration ; et M. Guyon envoya le malade à
Lariboisière, dans le service de M. Panas.
SI juilIeL — Au moment de son entrée à l'hôpital, les conjonctives et
les cornées sont totalement envahies par les granulations, au lien
des deux globes occulaires, il semble voir deux morceaux de dnp
rouge, suivant l'excellente comparaison qui en a été faite.
Le malade ne distingue absolument que la différence du jour à It
nuit : il n'apprécie rien au moment où l'on fait passer la main entre
ses yeux et une source lumineuse.
Il semble que du côté droit la lésion ne soit pas encore parreaue
à un point tout à fait aussi avancé qu'à gauche.
Photopsie intense. — Chémosis avec flots de larmes et de muoopvi.
En présence de l'insuccès de tous les moyens de traitement employés
jusque-là, M. Panas se décide à recourir à l'inoculation de pus bien-
norrhagique.
5 août, — L'inoculation est faite dans Tœil gauche seulement, les pre-
miers effets n'ont commencé à se manifester que 3 jours après, mtis
soit que le malade ait touché l'autre œil avec ses doigts après lesairoir
souillés dupus de l'œil inoculé, soit que les larmes ouïes linges de pan-
sement aient servi de voie de transmission, l'œil droit a été envahi
des accidents inflammatoires quelques heures après le gauche, seol
inoculé.
Le premier symptôme a été une douleur extrêmement vive, qui «
nécessité le surlendemain de son début, l'application de 5 ventouse*
Heurteloup, le côté droit, qui n'avait pas été inoculé primitivement,
et sur lequel les accidents n'ont débuté que quelques heures plus tard,
a été le plus violemment atteint par la douleur. Après les ventouses
on u appliqué sur les yeux un cataplasme de fécule de pomme de terre*
glacé et renouvelé d'heure en heure. Chaque matin on faisait une
cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent.
L'écoulement purulent des conjonctives était très-abondant, au
point que le malade était obligé de se tenir couché sur le côté ponr
que son visage ne fût pas inondé et que le pus n'ait pas tant de ten-
dance à gagner les fosses nasales par les conduits lacrymaux.
Huit jours après, les cataplasmes ont été remplacés par des corn*
presses d'eau chaude pour activer la fonte purulente des granulation*
et du pannus; l'écoulement purulent continuait.
L'application de ces compresses a été continuée pendant trois
SÂANCE DU 26 JUIN. 431
lines. Los yeux étaient, en môme temps, exactement bandés. Peu à
m la suppuration a diminué. Les douleurs et la photophobie dis-
irarent en entier.
Après ces trois semaines, on a supprimé les compresses d*eau
inde et le bandeau.
Sous Finfluence de ce traitement, qui a produit la fonte purulente,
Bgnmulations ont considérablement diminué.
ÀQ commencement du mois de septembre, le malade pouvait se con-
liresenl.
ih septembre 1875. — Les progrès de Tamélioration continuent. Âu-
iird*hui on voit très-bien les iris à travers les cornées. Le malade
ut de mieux en mieux se servir de ses yeux ; il distingue facilement
physionomie des personnes qui l'entourent.
L'waité visuelle est meilleure à droite qu'à gauche.
Depuis quelques jours on a dû appliquer une serre-ilne à la pau-
Ire supérieure pour renverser en dehors le bord oiliairo de celle-ci.
iqvprimer la cause d'irritation constante occasionnée par le fh)tte-
ml des cils contre la cornée. La serre-fine est fixée par en bas à
■ fil qui est appliqué sur la joue par une couche de coUodion, et pour
•Itpeau ne s'ulcère par compression, on change très-fréquemment
peint d'attache des mors de la serre-fine.
Dtns le courant d'octobre, le malade quitte l'hôpital parfaitement
iéri et il retourne à son atelier où il a continué à travailler depuis.
Qae seule fois il s'est présenté à nous depuis, en 1817, pour une con-
flliondeses conjonctives, d'où nous concluons que Tiiidividu conti-
e i bien aller.
Pantins granuleux. — Inooulation blennorrhaglque.
I)bb. II. — Carbonnet (Catherine), âgée de 44 ans , marchande des
lire saisons, entrée à Lariboisière, le 1^ juillet 1877, salle Sainto-
ûPfhe bis, lit n» 5.
(Observation rooueillie par M. Charles Lbclère.)
•4tte femme assez bien portante habituellement, a eu des douleurs
iMismales en 1870, elle est également sujette à avoir des maux
ttte. Elle n'avait jamais eu d'affection oculaire jusqu'il y a deux ans.
^ eette époque, elle vivait avec sa mère et son fils qui tous deux
^t des granulations.
Ole n'échappa pas à la contagion, à cette époque elle vint a la con-
lition de la salle Helmholtz, où on lui cautérisa les paupières avec
Viyon de sulfate de cuivre : traitement habituel des conjonctivites
umleuses.
^ fut traitée pendant 6 mois avec des alternatives on bien et on
il* Depuis un an, elle a toujours conservé de la rougeur des yeux,
> picotements, du gonfiement des paupières.
1^ granulations ont déterminé de la kératite, brouillard sur la vue
A lest étendu a tout le champ visuel en commençant par la partie
Pfeeure,
IS2 SOCIÉTÉ DE CHIRUROÏK.
Actuellement la malade voit mieux encore à la partie inférieu
Depuis le mois de février 1877, la malade ne voit plus pouri
duire : depuis la môme époque, les douleurs ont cessé.
Auparavant, elle avait de grandes douleurs dans la tête; il
également un écoulement muco*purulent très-abondant qui i
coup diminué.
Lorsque la malade se présente a la consultation, on constate
sions suivantes :
(EU droit. — Conjonctivite, avec granulation très-prononcée;
dant également à toute la conjonctive bulbaire et palpébrale : le
dats et les vascularisations qui s*étendeut sur le globe empéc
distinguer aucunement la cornée.
Œil gauche. — La conjonctivite est moins prononcée; la
recouverte d'exsudats et de vaisseaux peut être reconnue à oiM
plus sombre. Chémosis dans le cul-de-sac inférieur de la coojc
De cet œil, le malade voit encore les doigts sans les distinguai
à condition qu'on les place à l'extrême limite inférieure du
visuel.
Des deux côtés les conjonctives sont charnues, fongueuses, <
lie de vin.
Écoulement séreux ou séreux purulent assez abondant.
I^ malade voit la clarté des lumières à 5 ou 6 mètres, elle i
la lumière vive.
5 juillet. — Inoculation sur les deux yeux, par simple dé
la conjonctive de pus blennorrhagique. Ce pus avait été reoi
matin môme sur un malade de rhôpital du Midi, dont Téooi
vierge de tout traitement datait de cinq à six jours.
Le soir, Técoulement de pus est déjà plus abondant.
6. — Le lendemain matin, la coloration de la conjonctive, at
lie de vin est devenue franchement inflammatoire et a l'aspec
plaie de bonne nature en pleine suppuration.
Écoulement purulent très-abondant, cautérisation avec la soU
nitrate d'argent 1/30.
7. — La suppuration a augmenté d'abondance, pus jaune-v<
analogue à celui de la blennorrhagie à l'état aigu.
Gonflement énorme avec œdème dos paupières. Etat granule
évident des conjonctives. Durant toute la journée, le pus i
spontanément de la fente palbôbrale .
Application de glace en permanence. Cautérisation directe de
jouctive avec le crayon mitigé, nitrate d'agent, une partie , ni
potasse, une partie.
8. — L'écoulement purulent à diminué. CSdèmc des paupièi
tout marqué à la paupière supérieure.
La conjonctive du côté droit est moins rouge que les jours
dents.
A gaucho, rougeur vive et écoulement très-abondant.
SEANCE OU â6 4VIH. 4SS
^jmUet. — Cautérisation directe avec le crayon mitigé. Continuation
) la glace.
La malade se plaint que le jour lui fait mal, même au travers des
npières.
10. ^ Écoulement de pus très-abondant. Collyre au nitrate d'ar-
nti/ao.
Li partie supérieure de la cornée droite paraît être recouverte d'une
uefae vasculo-chamue moins épaisse.
Li cornée apparaît sous forme de cercle plus foncé. Pas de douleurs,
idème sous-conjonctival et palpétral. Glycérine.
11. — Glycérine. Cessation de la glace.
il. — La suppuration a été plus abondante dans la journée et dans
nnit.
18. — Plus d'écoulement. On aperçoit les cornées recouvertes
(bourgeons charnus; tout autour chémosis» bourrelet conjonc-
nL
La malade voit un peu mieux de rœil gauche, surtout du côté
Eterne.
tS. ^ Les cornées sont moins recouvertes de bourgeons charnus,
I liaaa coméen apparaît sous une couche de pannus très-épaisse :
eit opaque dans toute son épaisseur.
Amélioration de la vue : la malade perçoit les gros objets. Suppura-
m nées abondante.
Glycérine en collyre.
90. — Les cornées continuent à s^éolairer. Toujours un écoulement
Mieo^urulent.
dyoérine.
10 uoût, — Plus de vascularisation anormale de la sclérotique;
) trachome des paupières a en grande partie disparu.
La cornée continue à s'éclaircir et laisse voir Tiris.
15. — Depuis deux ou trois jours, écoulement assez abondant,
î^lialalgie assez accentuée.
Ia malade voit asse» clair pour se conduire. La lumière vive cause
>M impression douloureuse.
n. — L'amélioration se prononce de plus en plus. La pupille est
vfiitement mobile. La malade distingue les couleurs.
Sensibilité à la lumière vive.
Qycérine.
La suppuration varie d'abondance suivant les jours.
Septembre. — La ooinée et la sclérètique ont perdu toute vascula-
"Mion anormale.
Les paupières sont souples, lisses à leur surface eonjonctivale.
A n'existe plus de granulations apparentes.
^ cornée est trouble dans son épaisseur, à cause de la kératite
^^leée par les granulations. Sulfate d'atropine 10/30. Douches de
«peur.
Novembre, — Les opacités cornéennes ont beaucoup diminué , le
"^lo de la vision a presque disparu.
4S4 SOCIETE DE CHIRURGIE.
Nouvelle poussée do granulations.
Cautérisation au sulfate de cuivre et au nitrate d'argent.
4 janvier 1878. — La malade voit suffisamment pour se condoire.
Le soir, la vue est encore très-troublée. Il reste encore des granu-
lations de la paupière surtout a gauche.
Trouble de la cornée. Injection conjectivale assez intense.
Cautérisation avec nitrate d'argent ou sulfate de cuivre. Continoa-
tion de quelques applications de ce genre pendant les mois de février
jusqu'à aujourd'hui, fin juin. La guérison nous parait 6tre assurée
moyennant une bonne hygiène des yeux.
Présentation de malade.
M. TiLLAux présente un malade auquel il a pratiqué le déseo-
clavement du nerf radial, survenu à la suite d'une fracture remon-
tant au mois de novembre 1877, La paralysie était survenue de
suite après l'accident.
M. Lister demande s'il y avait de la douleur accompagnant la
paralysie.
M. Tillaux dit qu'il n*y avait que de l'anesthésie, une main abso-
lument inerte.
Présentations d'appareils.
I
Nei artificiel, par M. Martin, dentiste à Lyon.
M. Verneuil présente au nom de l'auteur , un jeune honune
muni de l'appareil prothétique nouveau et une série de photogra-
phies représentant d'autres sujets auxquels le nez artificiel a été
également appliqué.
Les résultats sont très-remarquables et les difformités parfaite*
ment dissimulées, la prothèse qui n'avait jamais atteint ce degré
de perfection l'emporte de beaucoup, il faut en convenir, sur ce
que l'autoplastie a donné jusqu'ici dans des cas d'égale gravité-
L'appareil se compose de deux pièces :
La première, en or, en caoutchouc ou en même matière que ^^
nez, s'introduit dans la bouche, s'adapte au palais à la façon d'uO^
pièce dentaire ordinaire.
Dans l'interstice de la deuxième petite molaire et de la premi^
grosse molaire passe une lame d'or servant à relier à la pièce
SÉANGK DU 26 JUIN. 495
is une autre lame d'or très-mince qui s'applique extérieure-
it sur les gencives, sans y provoquer la moindre compression,
contourne l'arcade dentaire.
ers le milieu de cette pièce extérieure, au niveau de la grande
B la petite incisives, est soudé un petit tube d'or de 3 à 4 cen-
)tres, de manière à respecter le frein de la lèvre et l'épine
lie.
e tube traverse le repli labio-gingival supérieur, et, arrivant
s la fosse nasale, y reste élevé d'un centimètre environ,
ette partie, qui est percée d'avant en arrière, supportera le nez
Uciel. L'adaptation se fait d'une manière très-simple, à l'aide
le lige d*or partant de la face concave du nez et passant dans
rou du tube.
In ressort placé dans l'intérieur de ce tube maintient fortement
lez.
lehii-ci est en céramique. Fait avec une pâte particulière dont
MMDposition chimique se rapproche beaucoup de la porcelaine
e de Chine ; mais qui donne un produit plus léger et plus trans-
ODt de sorte que la main de Tartiste peut imiter la nature avec
> grande exactitude.
s malade enlève son nez à volonté en pressant le ressort qui
trouve placé sous la lèvre supérieure.
11
l Parabeuf présente au nom de M. Colin, fabricant d'instru-
its, deux bras artificiels. Ces bras sont terminés par une pince
nielle dont le mécanisme s'obtient au moyen des muscles ad-
teors de l'humus dont tout le monde connaît la force.
Nids un de ces bras, le mouvement d'adduction ferme la pince ;
i l'autre, le même mouvement produit l'ouverture de cette
06 qui est fermée par un ressort puissant,
knm ce second bras, il a fallu combiner ingénieusement le mé-
ùsme de deux petites mouffles qui permettent d'obtenir, avec un
ît mouvement d'adduction, une ouverture beaucoup plus con-
tinble de la pince.
U séance Qst levée à 5 h. 50 m.
Le sac ru ta ire,
HORTELOUP.
496 SOCIÉTÉ DB GHIRUReiC.
Séance du 3 jniUet 1878.
Présidence de M. Tarnibr.
Le procès- verbal de la précédente séance est lu et adof
CorreapoBdaaee.
La correspondance comprend :
1® Les journaux périodiques de la semaine, les Archives g
de médecine f le Bulletin général de tliérapeutique ;
2^ Le Marseille médical^ la Gazette médicale de Bon
Bordeaux médical^ la Gazette médicale de Strasbourg^
médicale du Nord-Esty le Journal de la Société de médea
Haute- Vienne, la Revue médicale de PEst^ le Lyon média
3® Le Bulletin de f académie royale de médecine de l
Centralblait fur Chirurgie^ la Gazette médicale Italiem
bardCy la Gazette de santé militaire de Madrid^ Tbe Brib
calJournal;
4"* Une brochure intitulée : Des ûstules péniennes cicêi
et de leur traitement^ par le D"" Réverdin, professeur de pi
externe à Técolo de médecine de Genève ;
5» Une lettre de M. le D' Chauvel, membre correspondant
pagnée de deux observations intitulées : la première, Chi
paume de la main. Luxation du coude en arrière mcomptài
ture de la tivchlée ; la seconde, Plaie par instrument tr
pénétration de F abdomen et des deux plèvres. Issue de Fi
Perforation de la rate. Section de la moelle épinière à .
inférieure. Hémotborax double. Mort le S* jour ;
&* Une observation de M. le D' Poinsot, de Bordeaux, i
Anévrysme traumatique de F artère occipitale. Hémorrhê^
consécutive à Fouverture spontanée compression périf
guérison ;
7** De la /lèvre dite bilieuse inflammatoire aux Antillet
F Amérique tropicale, par M. le D' Bérenger Féraud, mé
chef de la marine (présenté par M. Larrey) ;
8® Superiosteal excision of tbe cntire scapula and ba
bumerus; recovery^ par M. Charles Brigham, docteur im
San-Francisco (présenté par M. Larrey) ;
9^ La notification, par M. Larrey, de la perte faite par I
de chirurgie dans la personne de M. Charles-Henri Ehrmai
honoraire de l'ancienne faculté de médecine de Strasbour)
8SANCS DU 8 JUILLET. 4SI
W* Un ouvrage de M. le professeur Verneuil sur une sérié de
vingt-sept grandes amputations, avec des remarques sur le pro-
nostic actuel de ces opérations et les meilleurs pansements qui
leur conviennent.
A propos du procès-verbal.
M. Desprâs. J'aurais voulu répondre à M. Lister que la salive,
en lavant les plaies de la bouche, est si peu antiseptique, que dans
une variété de plaies de la bouche, une seule, la fracture multiple
de la mâchoire inférieure, les accidents les plus formidables ont
été observés.
Les plaies de la bouche ont la valeur d'expérience; toutes les
plaies autres que les fractures multiples de la mâchoire inférieure
guérissent sans pansement ouaté, sans pansement de Lister, sans
pansement antiseptique, etc. ; elles guérissent parce que la salive
constitue un pansement humide suffisant.
Les fractures multiples de la mâchoire inférieure ne guérissent
pas et sont compliquées, parce qu'il faut une autre condition, une
bonne immobilisation des lèvres de la plaie.
Ces faits démontrent que tout le secret pour obtenir la guérison
dune plaie, ce ne sont ni l'ouate, ni l'acide phénique, ni tous les
antiseptiques ; c'est assurer une atmosphère humide sur la plaie et
maintenir l'immobilité absolue de ses lèvres.
discussion sur la pathogénie des kystes multiloculaires de la
mâchoire (variété folliculaire).
M. HAorroT. M. Verneuil a fait au rapport que j'ai eu l'honneur
de lire dans la dernière séance des objections qui sont en fait très-
fondées. Mon excellent maître a présenté les objections avec une
bienveillance et une courtoisie que j'ai d'ailleurs toujours rencon-
trées de sa part et dont je le remercie une fois de plus.
Ses observations, je le reconnais, sont de la plus haute impor-
tance, car il s'agit de déterminer comment un kyste des mâchoires
de la variété folliculaii^ peut devenir multiloculaire. Je n'ai abordé
dans mon rapport ce point de la question que superiiciellement, en
émettant à l'égard de l'un des deux faits de M. Herbet des hypo-
thèses tendant à expliquer la présence d'une douzaine de poches
<ïaii8 un kyste au fond duquel s'était rencontrée une dent molaire
adhérente à la paroi.
DOLL. KT MÉM. DE LA SOC. Î>K CHIR. ,S0
4^ SOCIÉTÉ DE GHIRUROIK.
J'étais aiasi réduit à émettre des hypothèses, Q*ayaQt pas suivi
personnellement révolution de ce cas particulier; mais aujourd'hui
qu'il s'agit de considérer le problème dans son aspect plus général,
je vais m'efforcer d'établir en principe par quçl mécanisme un
kyste folliculaire, primitivement unique à son début, peut devenir
multiloculaire.
Ce mécanisme repose sur trois processus différents qui, je me
hâte de le dire, sont établis d'une façon irrécusable par des faits
enregistrés dans la science.
Ces trois processus sont :
1® Plusieurs follicules sont simultanément siège de transforma-
tion kystique et la masse comprend un nombre de loges égalàcelui
des follicules affectés.
2» Un follicule isolé, affecté de maladie kystique, se cloisonne in-
térieurement en un nombre variable de loges, soit communicantes,
soit distinctes.
3° Enfin, une masse kystique composée d'un nombre quelconque
de loges résulte de l'hypergenèse de follicules frappés simultané-
ment du même trouble de nutrition.
J'ai dit que chacun de ces trois mécanismes trouvait sa démon-
stration dans des faits existants, mais il est bien entendu qu'il ne
s'agit ici que des kystes des mâchoires formés d'emblée, des
kysles essentiels. Il faut écarter du débat les kystes compliquant
des tumeurs, odontomes, fibromes, etc., dans lesquels la présence
des kystes repose sur une explication différente.
Le premier de ces trois processus est très-facile à saisir : deux
follicules contigus, par exemple, sont simultanément, et par suite, si
l'on veut, d'un même traumatisme, affectés de transformation kysti*
que et la tumeur présente deux loges contenant l'une une couronne
bien formée, l'autre un tissu mou ; l'un des follicules était parvenue
la période coronaire, l'autre n'était arrivé qu'à sa période embryo-
plastique ; les différences d'évolution contemporaine des follicules
d'une région alvéolaire déterminée donnent ainsi facilement l'expli-
cation de ces particularités. Un fait observé parBarnes d'un kyste
biloculaire de la mâchoire supérieure rentre exactement dans cette
première catégorie, avec cette nuance que l'un des follicules kysti-
ques où a été rencontré une dent était surnuméraire ^.
A l'égard de la seconde théorie, le cloisonnement d'un kyste
primitivement uniloculaire , personne, je pense, n'hésitera à ad-
mettre que, soit spontanément, soit sous l'influence de phéno-
mènes inflammatoires accidentels, une poche simple puisse se clo^
t Med. cbir. trans, London, 1813, t. IV, p. 316.
SÉANCE DU 3 JUILLET. 419
inner en un nombre variable de loges pouvant rester communi-
intes ou s*isolant dénnitivement.
Dans un ensemble de cent observations que j'ai recueillies
tguère, j'ai rencontré plusieurs faits dans lesquels les auteurs,
^ant plongé le doigt dans un kyste, ont constaté l'existence de
oisons, de brides divisant incomplètement en plusieurs compar-
nenls un kyste, et j'ai en ce moment sous les yeux la relation
icore inédite d'un fait de kyste folliculaire de la mâchoire infé-
dore, avec dent incluse, dans lequel l'exploration du doigt a re-
)nnu r existence de plusieurs enfoncements en infundibulum for-
ant ainsi un commencement de loges secondaires.
Cest à celt^" deuxième vai'iété que je serais tenté de rattacher
kyste mulliloculaire de M. Herbet ; la maladie dans ce cas re-
lontait, comme on l'a vu, à l'enfance : de nombreux abcès s'étaient
roduits dans la bouche et aussi, à l'extérieur, sur la peau de la
îgion de l'angle de la mâchoire. Ces abcès, dont aucun d'eux ne
anbte avoir réussi à ouvrir la poche principale, celle qui conte-
nt la dent originaire , avaient probablement pour siège quel-
aes-unes de ces poches secondaires.
La formation de ces poches peut aussi résulter d'un travail in-
ammatoire qui aurait pour signe l'épaisseur même de la poche
fstique hypertrophiée.
Au sein du tissu conjonctif de cette paroi, des amas de matière
norphe arrivent à constituer des poches accidentelles par un mé-
uûsme analogue à celui qui a été invoqué depuis longtemps par
[uller dans la formation des tumeurs fibro -kystiques. Dans le cas
d M. Herbet on peut encore invoquer ce mécanisme, car les loges
3condaires qu*on y observe sont relativement petites et assez
xactement groupées à la périphérie de la loge principale. Dans
Bile hypothèse, ces loges secondaires auraient pu revêtir la phy-
iOQomie d'abcès pour passer de là à Tétat kystique.
Les auteurs, et en particuUer M. Broca, ont depuis longtemps
tabli la possibilité de cette transformation d'un abcès dans un
yale, mécanisme dont la présence de la cholestérine reste d'ail-
lurs une démonstration et un témoin.
Enfin, Messieurs, le troisième mécanisme de la formation mulli-
>culaire d'un kyste par la multiplication ou l'hypergenèse de foUi-
ules nous amène à un point des plus intéressants de révolution
imbryogénique, sur lequel je demande la permission de m'arréter
in instant.
Nous savons, en effet, que les mâchoires recèlent pendant la pé-
"ïode de formation folliculaire un certain nombre de produits aux-
uels sont dévolus des rôles divers.
440 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Parmi ces produits, je signalerai ces masses épithélialdSi
suite de la clôture des follicules, végètent et prolifèrentd'ui
si remarquable. Ce sont ces masses épithéliales dont t
neuil a eu denièrement l'idée si ingénieuse d*invoquer
vention dans la production de V epUbelioma terebrant d
choires *.
Or ces bourgeonnements épilhéliaux sont le centre de pb
nés physiologiques ou plutôt tcratologiques des plus ^
Ils sont le point de départ de la formation des den
numéraires; tantôt Tun de ces bourgeons, tantôt un plus
nombre, s'organisent à la manière du cordon épithélial foll
normal et deviennent le centre de développement ii*autant
licules dentaires complets.
C'est à ce mécanisme que se rapportent les faits de foi
sur place de 15 et jusqu'à 24 dents surnuméraires réuniesen |
sur un point des maxillaires; Tomes et Tellander* en rap
des exemples. Mais cette prolifération, cette hypergenèse (
cules, peut aboutir non plus à la formation d'un groupe de
forme définie, mais à une tumeur polycystique dont chaqi
représente un follicule primitif.
Je puis fournir à l'appui de ce mécanisme deux faits
ment démonstratifs. Ils sont tous deux publiés depuis ifS
sont deux exemples de polygnatie chez Thomme, compilai
productions kystiques multiples.
hdi polygnatie est cette monstruosité décrite pour la yt
fois par I. GeofTroy-Saint-Hilaire, et qui consiste dans la pro<
d'un maxillaire supplémentaire. Cette anomalie résulte de
furcation d'un bourgeon maxillaire supérieur ou inférieur, \
gendre ainsi deux maxillaires au lieu d'un seul ; mais ce
rintérèt de cette monstruosité au point de vue qui nous o
c'est qu'elle se complique le plus souvent du développea
kystes, soit aux dépens des follicules contenus dans l'os no
soit aux dépens de follicules surnuméraires en nombre
incalculable.
C'est précisément ce que nous avons constaté dans lei
exemples de polygnathie, chez l'homme, que nous avons
bonne fortune de rencontrer et de décrire.
L'un de ces exemples, dont je présente ici la pièce, est coi
t Voir à cet égard le mémoire Ch. Legros et J. Magilot, Origine et
tien du follicule dentaire chez les mammifères. Journal d'anatomie de
bin, 1873, p. 469, et pi. XVIII, figures 1, 2 et 3.
« Tomes, Transact, of tbe Odontological Society ofGreat BriUia,i
Tol. CXI, p. SCf». Tellander, eod. loc, p. â82.
3 Annales de Gynécologie^ Paris, 1875, août et septembre.
SÉANCE DU S JUILLET. 441
parune tumeur dans laquelle on reconnaît la présence de deux arca-
des dentaires soudées en une seule masse, à Textrémité de laquelle
se trouvent des loges nombreuses dues à la distension des follicu-
les devenus kystiques. La pièce, malheureusement, n*a pas été
étadiée à Tétat frais ; elle a été d'ailleurs présentée à la Société
au point de vue chirurgical, par Tun de nos collègues, M. Faucon,
qui Ta opérée très-heureusement. Le second exemple de polygna-
[hie est encore plus démonstratif. C'était une tumeur développée
au niveau de la symphyse du menton chez un enfant mort-no. La
tumeur, qui était plus volumineuse que la tèle même du sujet, fut
tout d'abord étudiée par MM. Verneuil et Nepveu, qui lui donnè-
rent le nom de tumeur polycystique.
C'est en disséquant cette pièce que nous y découvrîmes, M. Nep-
reu et moi, la présence d'un maxillaire inférieur rudimentairo,
composé d'une symphyse et de deux corps qui portaient quelques
follicules reconnaissables et dont les extrémités se perdaient dans
ia masse.
Or, ces kystes en nombre infini présentaient la constitution
évidente du follicule dentaire : cavités closes tapissées d'une cou-
*e épithéliale prismatique continue, renfermant des lambeaux de
issu lâche, de consistance muqueuse, à éléments anatomiques étoi-
és et anastomosés ; absolument comparables à des fragments
forgane de l'émail.
La constitution de la tumeur était ici hors de toute contestation;
î'étail bien une hypergenèse en quelque sorte illimitée de follicules
lenlaires, phénomène évidemment dû à la prolifération des élé-
nents des cordons épithéliaux, à la faveur de l'influence tératogé-
nque de la monstruosité.
Telles sont donc, je ne dis pas les trois hypothèses, mais les trois
explications de la transformation kystique du folliculo dentaire
(boutissant aussi bien â un kyste unique qu'à un kyste à loges
QuUiples et même à des loges en nombre infini.
En dehors de ces trois modes de développement, il n'y a place,
96 nous semble, pour aucune théorie. Les trois mécanismes sont
IW netteté absolue. Des faits évidents en montrent péremptoire-
hent la réaUté, et il' y a là de quoi satisfaire les esprits les plus
lifficiles.
Si l'on se refuse cependant à cette évidence, qu'invoquera-t-on
)our expliquer les kystes à loges multiples qui apparaissent dans
es mâchoires? On a prononcé bien souvent, je le sais, le mot de
^^kdie kystkpic des os, c'est-à-dire un état par lequel le tissu os-
seux deviendrait spontanément le siège de productions kystiques
^dépendantes de tout processus saisissable.
«^'di personnellement cherché dans les auteurs à me faire une
443 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
idée nette de ce qu*on entend par kystes des os, au point de vi
de leur étiologie et de leur mécanisme ; je n*y ai pas encore réii»
On cite bien en effet des observations de Breschet, de Traver
et surtout cette fameuse pièce de Nélaton représentant un fémi
distendu par des aréoles nombreuses qui semblent au premi
abord être des kystes multiples ; mais cette pièce n'a pas d'histoir
l'observation ne figure nulle part, ou du moins je ne l'ai pas trouvé
Ne peut-on pas du reste, avec autant de raison, supposer ici u
altération organique du tissu osseux, ostéomalacie, tumeurs i
cluses dans l'os et dont la dessiccation aurait laissé dans le tis
cette apparence de cavités kystiques ?
La question de la pathogénie des kystes des os en général noi
paraît donc, jusqu'aujourd'hui, subsister sans solution aucun
Les auteurs d'ailleurs en font l'aveu. Le problème n'a pas fait i
pas depuis que FoUin écrivait en 1863 que : les causes et le m
canisme des kystes osseux sont absolument inconnus.
Je ne sais pas au juste quelle idée se font actuellement m
collègues sur cette question ; mais je pense que ce qu'on enta
d'une manière générale par maladie kystique est un étatpatholo|
que qui ne peut frapper indifféremment tous les tissus de l'éc
nomie, et il semble que le tissu osseux doive s'y refuser plus p«
ticulièrement que tout autre, directement du moins.
L'état kystique implique, en effet, suivant une idée si hei
reusement exprimée parCruveilhier, la présence d'une cavité pri
lable, ou tout au moins d'une membrane, d'un feuillet séreux (
fibreux préexistant, condition essentielle de sa formation : lescti
tés normales ou accidentelles à parois membraneuses, les org
nés comme l'ovaire et l'ovule, les culs-de-sac glandulaires, 1
lambeaux invaginés d'un feuillet blastodermique pendant la \
embryonnaire, etc., etc., sontdoncles conditions essentielles du n
kystique. Telle paraît être d'ailleurs Topinion de M. Broca, qui, apr
avoir tracé une division des kystes en général en kystes progènes
en kystes néogènesy arrive à cette conclusion que les premierssc
de beaucoup plus fréquents, peut-être même les seuls existafi'
En résumé, Messieurs, je vous demande la permission
dire en terminant que si les kystes des os en général attende
encore l'explication de leur origine, ceux des mâchoires sontadU'
lement, selon nous, en possession de la démonstration la plus pi
cise et la plus complète.
M. Vbrneuil. L'accord s'établira facilement entre M. Magitot
moi ; il suffira de préciser le langage et de donner un nom à ce'
variété de kystes multiples.
SÉANCE DU 3 JUILLET. 448
Voici la première fois que Ton donne nettement une explication
de ces kystes multiples des mâchoires ; mais, si Ton ne veut pas
faire de confusion, il faut réserver le nom de kyste folliculaire au
kyste ayant pour point de départ le follicule malade. Un follicule
est malade ; au lieu de produire une dent, il forme un kyste. Au
contraire, dans les kystes multiples, on ne trouve pas d'organes den-
taires, mais des cavités recouvertes d*un épithélium, ne contenant
pas de dents, dans la pathogénie desquels on fait jouer, pour la
première fois, un rôle important à des organes épithéliaux que je
serais tenté de rapprocher du corps de Wolf ; c'est-à-dire que je
les compare à des organes temporaires qui doivent disparaître à
un moment donné.
Je considérerais donc ces kystes comme des kystes analogues
âceux qui se développent dans les vestiges de corps qui ont disparu
à un moment donné.
J'ai déjà proposé la théorie que vient de rappeler M. Magitot,
pour expliquer la formation des épi théliomes tubulés et cylindri-
ques spéciaux aux mâchoires ; car c'est en voyant, sur les plan-r
ches d'un mémoire de MM. Legros et Magitot, les prolongements
folliculaires, que j'ai trouvé la pathogénie de ces tumeurs.
Nous pourrons trouver un kyste folliculaire développé dans un
follicule dentaire qui contient des débris de dents, et à côté nous
trouverons des poches kystiques développées dans des prolonge-
ments folliculaires. C'est à ces débris épithéliaux qu'il faut donner
m nom particulier.
Je suis disposé à admettre deux espèces de kystes : l'un que
j'appellerais kyste folliculaire ; et l'autre pseudo-folHculaire, déve-
loppé aux dépens des produits épithéliaux.
Nous disons kyste du corps de Woolf ; il faudrait dire kyste de
^, du nom du premier anatomiste qui a décrit ces prolongements
emporaires.
M. Sée. Pour répondre à la question de M. Vernenil, je propo-
iraisle nom de kyste parafolliculaire, en nous guidant sur la no-
ienclature admise pour les kystes de l'ovaire.
M. FoRGET. Dans la séance dernière, je me suis joint à M. Ver-
euil pour ne pas admettre, comme le prétend M. Magitot, l'origine
dliculaire des kystes multiples, très-nombreux et de dimension
cmsidérable, qui constituent les tumeurs volumineuses des os
ftaxillaires ; la preuve de cette origine étant encore à déterminer,
aujourd'hui, les théories développées par M. Magitot à l'appui de
sa manière de voir ont satisfait M. Verneuil, qui, à mon sens, s'est
monlré de composition trop facile ; pour ma part, ces théories ne
M'ont point converti.
444 SOCléTÉ DE CHIRURGIE.
La principale est basée sur Texistence d'un tissu para-eré
et formé de franges gingivales, et auquel M. Magitot attnb
propriété kystogène fondée sur la présence qu'il aurait coi
dans ce tissu de granulations d'apparence dentinaire; oi
admettre cette propriété, qui n'a d'autre valeur que cell<
hypothèse, il serait nécessaire de bien préciser les rapports
tissu, dont M. Magitot fait mention pour la première fois, a
corps lui-môme de Tos maxillaire transformé en une masse
que. D'après la description qu'il en a donnée, ce tissu occ
bord gingival de l'os ; or on sait que le kyste dentaire siég
l'épaisseur du corps de cet os, et le plus souvent même à sa
enfin, pour que l'hypothèse do M. Magitot fût acceptable, ilfi
nous dire jusqu'à quelle époque de la vie persiste ce tissu c
condamné à disparaître. M. Magitot l'a-t-il vu persister au(
la période de l'enfance, et à une époque déjà avancée de
tence dans laquelle ont été décrits des kystes multiloculain
Pour étayer sa théorie, M. Magitot fait intervenir un spi
d'évolution dentaire anormale qui est en rapport avec la c(
ration du maxillaire dans un cas de prognatisme ; mais ceci
dans la catégorie des malformations, et n'a ([u'un rapport bi<
gné avec le sujet en discussion.
Il a invoqué aussi le cloisonnement spontané d'un kyste d(
et sa transformation en cavités multiples, pour expliquer
pathologiques graves qui sont du ressort de la chirurgie ; (
sonnement, suivant lui, s'opérerait sous Tinfluence de l'inll
tion de la poche kysti({ue : c'est là une supposition que Toi
tion chnique ne peut admettre ; car elle apprend que k
alvéolo-dentaire ou folliculaire est indolore, qu'il reste Ion
méconnu, ce qui ne serait pas si l'inflammation présidait
développement successif; car quaad celle-ci existe, elle
signe avant-coureur de l'altération du kyste ou des partiel
gués, et, presque sûrement, du processus morbide du ma
lui-même.
C'est ce processus inhérent au tissu osseux qui, avec (
la consistance d'un kyste folliculiiire, donne lieu à ces tumeu
tiques que j'ai décrites en 1840 (thèse inaugurale), en 18<
moires de la Sociélé de Chirurffio).he corps et la branche
indistinctement continus forment un énorme ovoïde, à l'ii
duquel, après avoir ouvert la coque osseuse comme s'il se
d'ouvrir le crâne d'un fœtus, j'ai trouvé plusieurs grosses ;
du volume d'un œuf, contenant une matière visqueuse et rou
ces poches sont constituées par une membrane d^épaisseui
ble, recouverte do plaques osseuses auxquelles elles adhèr
des prolongements fibreux. La forme aréolaire du tissu
SÉANCE DU 3 JUILLET. 445
existait jusque dans l'apophyse coronoïde et le col de Tes ; on y
comptait une série de kystes ayant une dimension variable, et géné-
ralement décroissante aux extrémités de la tumeur, qui était con-
îtituée par une infinité de petites cavités cloisonnées par des parois
[>stéo-fibreuses : dans ce cas et dans un autre tout à fait analogue
({De j'ai décrit plus tard, il n'y avait aucune dent qui puisse expli-
quer la genèse de la maladie par la persistance d'un kyste folli-
eolaire.
Je crois donc que M. Magitot a exagéré l'influence pathogéni-
qoe de cette variété de kyste, dont il a, dans ses recherches sur
l'odontogénèse, étudié et éclairé l'évolution dans les trois périodes
dentaires. Je suis le premier à le reconnaître, sans oublier cepen-
duit qu'à ce kyste, ayant l'alvéole pour siège et le périoste pour
origine, j'ai donné, il y a bientôt 40 ans, le nom de kyste alvéolo-
dentaire; dénomination assez juste apparemment, puisque, depuis,
die a été acceptée dans le langage chirurgical : histologiquement,
je n'avais eu alors en vue que le périoste, alvéolo-dentaire; étiolo-
giquement, j'avais vu juste en un point, mais ce n'était pas tout. •
En 1853, M. Guibout pénétra plus avant et admit la constitution
4i kyste par le follicule lui-même.
M. Magitot a généralisé cette variété pathologique à toutes les
tameurs polykystiques des mâchoires, et pour justifier cette géné-
ralisation, il a été conduit à faire intervenir à l'appui de sa théo-
ie deux anomalies dentaires, l'hétérotopie et l'hétérométrie des
)Dlbes, anomalies invraisemblables et inadmissibles, suivant moi,
(ans la mesure et l'importance qu'il leur a données.
Comment d'ailleurs, dans celte doctrine de l'augmentation numé-
ique des bulbes dentaires, contemporains de naissance des bulbes
ormaux, peut-on expliquer que les uns restent stationnaires dans
>ur état originel, sans donner aucun signe de leur présence pen-
ant 30 ans et plus, tandis que les autres ont depuis longtemps
3Compli leur évolution régulière; congénères des bulbes nor-
laux, les bulbes surnuméraires devraient subir les influences
utritives qui leur sont communes et se développer parallèlement ;
B qui n'a jamais été observé.
La conclusion de toutes ces remarques est que les tumeurs
olykystiques proviennent d'un état pathologique qui émane de
'os et qui lui est propre ; c'est le tissu spongieux qui en fait les
rais principaux. Les kystes des os sont rares, cela est vrai,
nais, leur existence est incontestable. Nélaton en a décrit une
BoUection remarquable dans le fémur, Robert en a opéré un dans
le scapulum, M. Broca le cite dans son Traité des tumeurs : « H n'y
i pas de raison, dit-il, pour que le tissu spongieux des mâchoires
3oit à l'abri du développement des kystes osseux proprement dits^
446 SOCIÉTÉ DE OHIRUROIB.
qui sont néogènes ; mais l'existence de cette espèce de kystes dans
les os maxillaires n'est pas encore démontrée. » Cette démonstra-
tion, qui est un desideratum pour M. Broca, je crois Tavoir donnée
depuis longtemps.
Pour expliquer leur développement plus frér|uent dans les mâ-
choires que dans les autres parties du squelette, il est une prédis-
position analomique et physiologique à laquelle on n*a pas assez
fait attention ; si, comme je Tai écrit en 1859, les aptitudes mor-
bides d'un organe, d'un tissu quelconque de l'économie, sont cor-
rélatives à la complexité de structure et au degré de vitalité dont
ils jouissent; la plus grande fréquence des kystes des mâchoires
est la conséquence d'une disposition anatomique qui leur est
propre, et à laquelle se rattache un ensemble de faits physiolo-
giques dont l'accomplissement suscite et entretient dans la dia-
physe des os maxillaires une intensité de mouvement nutritif
qu'aucune autre partie de l'appareil osseux ne possède à un égal
degré.
C'est d'une part l'appareil nervoso-vasculaire, auquel ils forment
un canal protecteur, recevant de lui en échange un très-grand
nombre de vaisseaux nourriciers et de filets nerveux.
C'est en outre la présence des bulbes dentaires, qui, inclus dans
leur épaisseur, doivent y subir leurs évolutions successives, et y
sont ainsi, jusqu'à leur complet développement, une cause perma-
nente d'irritation et de fluxion congestive. Il faut encore ajoutera
ces influences morbigènes les maladies dontrostéide dentaire peut
être atteint aux diverses phases de son développement et raôme
après qu'il est achevé.
Je ferai remarquer en terminant que Tostéome kystique n'est
pas la seule lésion que détermine, dans les os maxillaires, le kyste
alvéolo-dentaire, ou folliculaire, comme on voudra l'appeler, je ne
m'y oppose pas. Plus fré4uemnient l'anomaHe dentaire y donne
lieu à des abcès enkystés dont je présente à la Société un spéci-
men qui montre, sur les deux fa^es d'une tumeur de la branche du
maxillaire inférieur triplée de volume, une série de cavités puru-
lentes distinctes les unes des autres et dont plusieurs s'ouvrent à
la surface externe de l'apophyse coroaoïde, sensibljment hyperes-
tosée à sa base, qui recèle partiellement une dent de sagesse qui
n'a pu se ranger dans l'arc maxillaire.
Une autre planche, où se voit une dent molaire enkystée à Tin-
térieur do l'os et mobile dans la cavité membraneuse qui la coD'
tient, représente une ostéite raréfiante, étendue ou maxillaire entier
devenu friable ; cette pièce provient d'un homme de 30 ans qu^
des névi*algie8 incessantes avaient toui*menté pendant plusieuJP^
SiANGB DU 3 JUILLET. 441
innées, avant la constitution du processus morbide, qui exigea la
lésarticulation d'un des côtés de la mâchoire.
Je possède d'autres spécimens anatomo-pathologiques qui m'ont
trouvé que le processus morbide de Tes maxillaire est le produit
[*un travail néoplasique, et plus souvent régressif, suscité par Tir-
itationdue au kyste dentaire préexistant, et qu'en dehors de cette
ofluence de causalité éloignée, il n'existe entre Tun et l'autre
mm rapport d'identité.
Il ne faut donc pas se hâter d'abandonner une doctrine acceptée
lénéralement, et qui, au point de vue de la chnique et de la méde-
ine opératoire, contient des indications qu'on ne peut mécon-
taître qu'en s'exposant à des récidives fâcheuses, comme cela
ut lieu dans les deux cas qui ont fait le sujet du rapport de
i. Hagitot.
En résumé, je persiste à croire que le kyste alvéolo-dentaire,
n'fl provienne de l'hypergenèse du périoste ou des autres feuil-
îts du bulbe dentaire, n'est pas susceptible de proliférer et de
'étendre au point d'occuper en totalité l'os maxillaire, et que
ostéome kystique qui y présente un aussi vaste développement
^nnait pour origine une influence morbide qui préside à la
roduction de kystes semblables dans les autres parties du sque-
tte.
M. NicAiSE. Je voudrais faire remarquer à M. Magitot que sur la
èce qu'il nous a montrée, il existe, à sa partie centrale, une
meur charnue qui peut laisser quelques doutes; est-ce un cyslo-
ircome ou un kyste dentaire?
M. HouEL. Je voudrais rappeler à M. Magitot deux pièces qui se
ouvent au musée ; Tune a été envoyée par Mayor, de Genève, et la
XK)nde par Ad. Richard.
Dans ces pièces, au lieu de trouver des cloisons épaisses et
1res on trouve des cloisons très-minces, très-friables, et ces
èces ne présentent aucune bosselure.
Je ne puis accepter pour ces pièces la théoiie soutenue par
. Magitot, car toute la mâchoire est envahie, et il faudrait donc
Imettre que les prolongements épithéhaux peuvent se ramifier
ins toute la mâchoire.
Je rappelerai encore la pièce due à M. Nélaton, ce fémur trans-
fmé en kyste multiloculaire; on a voulu en faire un cancer;
ais l'intérieur de ces poches était formée par une couche polie,
insparente et remplie de liquide transparent.
M. Magitot. Je répondrai successivement aux observations
l'ont bien voulu me présenter nos honorables collègues.
448 SOCIÉTÉ DE CMIRUROIE.
Je dirai d'abord que je suis particulièrement heureux décor
stater Taccord qui s*est fait entre M. Verneuil et moi, sur ce poii
de pathogénie des kystes muUiloculaircs d'origine folliculaire
C'est, je le vois, l'explication tirée de l'hypergenèse des follicule
aux dépens des débris du cordon épithélial qui paraît l'avoir sédui
surtout. Il y a là en effet une pathogénie, que je crois très-complèli
et très-satisfaisante, de cette formation des kystes multipta
dont lapolygnalhio nous offre une preuve péreraploire. Ces débrii
du cordon épithélial végétant et proliférant dans tous les sens, ai
sein du tissu embryonnaire des mâchoires, représentent très-exac-
tament des organes transitoires en tous points assimilables, ainsi
que M, Verneuil le fait remarquer, aux débris des corps de WoUl
qui, eux aussi, sont si souvent le siège de kystes ou d'aulres allé-
rations pathologiques. Ces débris du cordon jouent ainsi le rôle de
ces groupes d'éléments ou de tissus transitoires qui, restés silen-
cieux dans l'économie pendant un temps, parfois très-long, sont
un jour frappés de troubles tératologiques ou pathologiques.
Ces considérations conduisent M. Verneuil à proposer de
donner à ces kystes dus aux débris du cordon épithélial k
nom de Tanatomiste qui a découvert ce phénomène si curieux de
de prolifération ; or plusieurs noms sont attachés a la découverte
de ce fait anatomique. En effet, Kolliker *, en 18G3, décrit pour la
première fois cette bande épitliéliale sous-jacente au bourrelet
gingival de l'embryon, et qui est le centre de génération de tous
les actes formateurs du follicule dentaire des mammifères; c'est
la laiîic épithéîiale. L'année suivante, Waldeyer découvre le cor*
don épithélial ^^ c'est-à-dire ce prolongement cylindrique delà
lame épiihéliale qui descend de celle-ci pour former au fond des
mâchoires Torgane de rômail^ premier élément du follicule futur.
Quant aux bourgeonnements épithéliaux eux-mêmes, nous 1»
avions signalés, M. Robin et moi, dans un travail déjà ancien^
mais sans que nous ayons réussi alors à rencontrer la genèse du
cordon. En second lieu, dans le cours d'études plus récentes pour
suivies avec mon ami bien regretté, Ch. Legros *, nous pûmefi
retrouver ces bourgeons, en suivre révolution temporaire, 1^
i Die Entwicklung der zahnsacken der Wicderkaiier, Zcilscbr. f, Wissen
zool.y 1863. Gewebelehre 4 Aulf.
« Untersuch ueber die Entwicklang der Zàhne, I Ablh. Kônigsberg, od(
Jahrbùcher, IV. Bd. 1864.-I1. Ablh.Zeitschr, fur rat. med. — III. 24, Bd., 1«6
~ IV. Bau und cnlwicklung der Zahno in Strickcr, Jlandbucb der Lebrevo^
dcn Geweben. Leipzig, 1871, p. 333 et suiv.
3 Mémoire sur la genèse et le développcmcnl des follicules dentaires, i
Journal de pbysiologie de Brown-Séquard, 1860, p. 74.
* Origine et formation du follicule dentaire chez les mammifères. Joa^^^
d'analomie de Gh. Robin, 1873, p. 469.
siANGB DU 3 JUILLET. 449
résorption successive et les aberrations tératologiques, qui con-
duisent à rh ypergenèse des follicules et aux kystes multiples.
Koilmann a d'ailleurs attaché également son nom à cette recher-
che, lorsqu'il émit de son côté cette théorie de la formation des
follicules surnuméraires, par le même mécanisme ^
Toutefois j'avais conservé le teime de folliculaires à ces kystes,
car en réalité la fonction accidentelle de ces bourgeonnements est
de créer des follicules, que ceux-ci suivent une évolution presque
régulière et fo rment des dénis surnuméraires, ou bien qu'ils de-
viennent l'origine (ïodontomes ou de kystes.
Je ne serais point éloigné cependant de l'idée de désigner ces
kystes sous le nom de kystes des débris du cordon épitbélial^ ou
kples périfolliculaireSf ou bien encore, comme lo propose
M. Sée, kystes para folliculaires. Maintenant je vais tâcher de
répondre à M. Forget, qui, dans son argumentation, a touché à des
points très-divers de la question.
Je demande toutefois la permission de lui présenter une re-
marque préalable. Si j'ai bien compris, mon honorable collègue
me prête une idée que je n*ai pas émise : il semble croire qu'en
dehors des kystes dus au follicule dentaire, je n'en admets aucun
sutre dans les mâchoires. Il n'en est rien, et il existe une autre
classe de kystes dentaires qui sont dus, non plus au follicule, mais
an périoste dentaire. Ce sont les kystes périostiques des mâchoires.
Ceux-ci sont même de beaucoup les plus fréquents. Ils ne figurent
|H)int dans la discussion actuelle, et, M. Verneuil, qui les admet
d'ailleurs sans contestation, les a écartés lui-même du débat actuel.
Ces deux catégories de kystes sont, d'ailleurs très-différentes au
point de vue de leur époque d'origine : les premiers, folliculaires,
sont des kystes de l'enfance, restant plus ou moins longtemps
stationnaires, ou en silence, en état de mort apparente, suivant
'heureuse expression de M. Verneuil ; les seconds, périostiques,
^nt propres à l'adulte. Ils résultent en effet du soulèvement du
périoste dentaire, qui se sépare de la surface de la racine et se
distend sous l'effort d'un liquide de formation nouvelle. Mais ces
denx variétés se confondent sur un point de leur pathogénie, en ce
80D8 que ce qui constitue, dans la suite de l'évolution, le périoste
^teire adulte, c'est précisément la paroi folliculaire elle-même,
VU, au moment de l'éruption, vient adhérer au collet de la dent et
i^ètir la surface de la racine. C'est ainsi la même membrane, le
'^e feuillet, qui subit la transformation kystique.
U. Forget, dans ses observations, me paraît poursuivi par une
* Enimcklun(j dcr Milk und ICrsatzzéhne, Zwanzîgslcr Hand, swciies Hofl,
*• ^45, Leipzig, 1870.
450 SOGlÉTé DE GHIRURQIB.
préoccupation, d'ailleurs très-légitime: c'est la part qui lui revient
dans l*étude de ce problème des kystes des mâchoires. M. Fo^
get est en effet l'un des premiers qui aient appelé l'attention sur ces
questions, et il avait, nous le savons tous, désigné ces lésions sous
le nom de kystes alvcolo-dentaires. Mais ce terme, qui trahissait
déjà l'idée de Tinlervenlion dentaire dans cesmaladies, pouvailêire
suffisant autrefois. Aujourd'hui, les exigences de la physiologie
pathologique nous ont conduits à pousser plus loin la recherche
des origines, et les kystes alvéolo- dentaires se. sont décom-
posés en kystes folliculaires, dont la découverte revient en-
tièrement à M. Guibout, et en kystes périostiques qui ont été de
notre part l'objet d'études particulières.
M. Forget se préoccupe encore de la question de savoir com-
ment s'effectue la récidive dans un kyste folliculaire. Je crois
avoir répondu à cette question dans mon rapport sm* les faits de
M. Herbet. J'ai montré que, dans ces deux cas, Tabandon du drai-
nage ou du tamponnement appliqué après l'ouverture de la poche
a été la cause, non d'une récidive réelle, mais d'une reprise delà
marche de la maladie, interrompue momentanément. Si un kyste
quelconque des mâchoires n'est pas largement ouvert ou drainé
d'une manière assez exacte et suffisamment prolongée, il ne gué-
rit pas, et sa reproduction, entraînant parfois une désorganisation
plus étendue de l'os, ne laisse plus au chirurgien que les res-
sources extrêmes de la résection de l'os affecté.
L'observation que m'a présentée M. Nicaise porte sur un détail
de la constitution anatomique du kyste multiloculaire que j'ai mon-
tré dans la précédente séanoe. On trouve en effet, sur un point de
la masse, au voisinage des poches secondaires qui occupent U
périphérie de la loge principale, un petit noyau de tissu dur, lar-
dacé, qui peut, au premier abord, laisser prise à l'hypothèse d'une
tumeur compliquant ce kyste. J'ai bien remarqué moi-même
cette production, mais sa situation superficielle m'a permis de
l'expliquer de la manière suivante. On sait que lorsqu'une tumeur,
développée sur les bords alvéolaires, fait sailhe dans la bouchO)
les dents de la mâchoire opposée la rencontrent incessamment
dans le mouvement d'occlusion, la contusionnent, la triturent en
quelque sorte, et il se forme alors, sur les points de contact, des
indurations analogues à celles qu'on observe souvent à la face in-
terne des joues, par suite de morsures répétées de la muqueuse,
ou sur la gencive qui recouvre la dent de sagesse inférieure. ï^
d'ailleurs examiné la composition histologique de cette productioai
et je l'ai trouvée composée de tissu fibreux, dense et feutré,
comme on le rencontre dans les indurations du tissu conjonctif.
Dans tous les cas, si ce n'est pas a cette cause qu'est due l>
8BANGB DU 3 JUILLET. 461
1 dont il s*ag^ty elle peut s'expliquer par un simple épais^
du tissu interposé entre les poches kystiques, à la faveur
mts inflammatoires qui ont été si souvent mentionnés
lurs de la maladie.
el me fait des objections d'un autre ordre et qui touchent
lU au point fondamental du débat. Il ne peut se résoudre
cette pathogénie exclusive des kystes des mâchoires aux
1 follicule dentaire ou du périoste, et il reste attaché à
théorie des kystes spontanés formés de toutes pièces
I l'os. Il me rappelle deux pièces du musée Dupuytren
avons examinées ensemble et dont nous n'avons pu, en
luvrir l'origine : l'une d'elle est due à Mayor, de Genève,
Idolphe Richard.
dans les deux cas, un kyste multiloculaire, dans Tinté-
lel nous n'avons retrouvé ni dent ni produit quelconque;
stés pour moi indéterminés et indéterminables.
ni, en effet, saisir le mécanisme de formation d'un kyste,
n'a pour éléments de recherche qu'une pièce, le plus
ins histoire, sans observation ou sans détails sufllsants,
aditions de la bouche, et en particulier sur l'état du sys-
lire au début et dans le cours de la maladie? La pièce
longtemps dans l'alcool et ne peut même plus révéler
ution anatomique. C'est précisément cette circonstance
i souvent présentée à l'époque où j'ai publié mon tra-
B kystes des mâchoires. Après avoir recherché dans les
rassemblé un grand nombre de faits, j'ai réussi, dans
nombre de cas, par une étude attentive des observations,
r le point de départ de la maladie. Les cas dans lesquels
encontrés des dents adhérentes ou des sonunets de ra-
idés au centre de la poche m'ont paru hors de toute
m ; mais il en est resté un bon nombre, même parmi les
loculaires, qui n'ont pu être rattachés à la théorie que je
3t cela par insuffisance de renseignements. Ce sont ces
Igurent dans la catégorie des kystes indéterminés ou
ice contient beaucoup trop d'observations de ce genre,
, incomplètes, et dont nous ne devrions jamais tenir aucun
)us peine de nous égarer et de manquer le but. C'est
le problème des kystes des mâchoires est resté jusqu'à ce
solution, la plupart des observateurs ne s'étant nulle-
iccupés de la question de pathogénie, et s'étant bornés à
des faits sans histoire, sans antécédents, sans mention
m d'analomie et de physiologie pathologiques,
été se souvient, par exemple, d'un fait de kyste multilo-
462 SOCIÉTÉ DE GHIRUnOIB.
culaire de la mâchoire inférieure qui fut présenté ici de la pa
M. Mourlon, par Dolbeau ^
Notre regretté collègue pensa pouvoir induire des détails a
miques de 1^ pièce que la maladie était étrangère au système
taire. Or cette observation péchait encore par un point qui, <
conviendra, était capital: iln'yavait aucun renseignement sur
de Tappareil dentaire, soit avant le début du mal, soit au mo
de son apparition. Je demandai alors à Dolbeau de vouloir
faire les réserves les plus complètes sur la question pathogéD
ce à quoi du reste il consentit de très-bonne grâce.
Je pourrais citer bien des cas semblables. 11 y a quelque!
nées un élève de Técole de Paris, M. Reynaud *, prit pour
de thèse les Kystes des mâcboiros. Dirigé dans ses recherche
ses maîtres, MM. Richet et Desgranges, il s'efforça d' établi]
certains kystes des mâchoires étaient réellement spontanés et
rapport aucun avec l'appareil dentaire. Or sur quels faite
fondées de telles affirmations ? Sur des observations incomp!
dans lesquelles précisément les points relatifs au système dei
manquent complètement. De telles relations sont sans valeur,
théorie que je défends, pas plus que toute autre, n'en saurait
ner l'explication.
M. Houel nous ramène encore à cette pièce de Nélaton iotit
Kystes du corps du fémur. J'ai dit déjà que cette pièce était
h i stoire ; Nélaton n'en donne, dans son livre, qu*une simple mai
et le point principal qui m'en paraît résulter, c'est que ce fait
sans pathogénie saisissable.
Le problème d'ailleurs semble aujourd'hui s'être à la fois
plifié et élevé. 11 faut l'envisager d'une façon plus générale, c
chercher la pathogénie des kystes essentiels proprement dil
tissu osseux. Alors on sera fatalement conduit, je pense, à pn
ainsi pour guide l'idée si ingénieuse de Cruveilhier, à ne plus
sidérer le mal kystique que conmie l'expression d'un état pat
gique d'une membrane, d'un feuillet préexistant. Or, je le ré
le tissu osseux offre-t-il ces conditions préalables ? Assuré
non. Les trouve-t-on dans les corpuscules osseux ou ostéoplat
Ce sont des cellules sans paroi distincte. Invoquera-t-Oi
aréoles du tissu spongieux ? Mais ces aréoles n'ont pas de
propre. Je pense qu'on n'ira pas chercher l'explication d'uni
dans les canaux vasculaii*es.
Rien dans la constitution normale des os n'autorise donc
pathogénie. Il n'y a point de kyste des os. Il n'y a point non pta
« Bulletin 1873, p. 552.
a Thhse de Paris, 1870.
SÉANCE DU 10 JUILLET. 453
réalité, de kystes des mâchoires. Il y a dans ces dernières des kystes
du follicule dentaire et des kystes du périoste. Il y a même des
kystes dentaires en dehors des mâchoires; car partout où peut
naître un follicule migrateur ou hétérotopique, la transformation
kystique peut s'y produire. J'en donnerai une preuve, entre autres,
par les productions folliculaires renfermant des dents, et qui ont
été si souvent rencontrées dans la fosse temporale chez le cheval,
dans le sinus maxillaire, dans la cavité crânienne, dans la vessie;
faits d*hétérotopie qui sont si souvent compliqués de transfor-
mation kystique.
En résumé, je demande la permission de reproduire la conclu-
sion de mon travail : le problème des kystes des os n'est pas
résolu ; leur pathogénie reste absolument inconnue et à tracer tout
entière ; mais permettez-moi d'espérer que j'aurîii entraîné vos
convictions vers cette idée, que la question des kystes des mâ-
dioires est du moins en possession d'une démonstration satisfai-
sante et complète.
La séance est levée à 5 h. 45 m.
Lo secrétaire,
HORTELOUP.
Séance da 10 juillet 1878.
Présidence do M. Tarnibr.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
loLes journaux périodiques de la semaine;
2« Le Lyon médical, le Journal médical de F Ouest, V Année mé-
dicaloy Journal de la Société de Médecine de Caen et du Calvados,
la Gazette médicale de Bordeaux, le Sud médical, la Revue médi-
cfile de FEst, le Montpellier médical, le Bulletin médical du Nord,
'« Bordeaux médical, le Compte rendu des travaux de la Société
d^ médecine de Toulouse;
So Le fascicule des Bulletins et Mémoires de la Société de cbi'
4o La Gazette médicale Italienne-Lombarde; le cinquième fasci-
cule des mémoires couronnés de F Académie royale de Belgique;
^^ePractitioner, F Indépendant, Gazette médicale de Turin, Tbe
^^tisb médical Journal;
ftULL. ET MBM. DE LA 80C. DE CRIR. 81
454 SOCIÉTK DE CHIRUROm.
Une lettre de M. le D"" Larrey offrant à la Société deux ceÉ
thèses de la Faculté de médecine de Paris, relatives pour laph
part à la chirurgie ;
Un mémoire de M. le D'Wasseige, de Liège, intitulé : de tOpén
lion côsarionno suivie de F amputation utero -ovarique (Mélhod
du D' Porro de Pavie) ;
De la litjjolapaxie ou litbotritie rapide^ avec évacwa/iOfl, du IKB
gelow de New- York.
I^eetures.
I
M. AzAM , membre correspondant , donne lecture du trava
sruivant intitulé : De la thrombose veineuse chirurgicale.
Tous les chirurgiens ont eu, comme moi, le douloureux 8pe(
tacle d'opérés ou d'accouchées qui, en pleine convalescence, aln
({ue tout faisait espérer leur guérison complète et prochaôn
étaient pris d'accidents terribles, ou étaient enlevés par une ma
foudroyante.
Tous, aujourd'hui, nous savons pourquoi, et sur ce point I
science est faite : ils ont éprouvé des accidents pulmonaires o
sont morts subilenient, parce qu'un caillot, parti d*un point d
corps, s'est arrêté dans le cœur, dans Tarière pulmonaire o
dans le poumon. Ces caillots, on les a vus, décrits, mesurés, des
sinés, et j'ai eu moi-même, autrefois, l'iionneur d'être pour quelqu
chose dans leur étude.
Mais tout n'est pas dit sur leur histoire, et j'estime qu'il n*ef
pas superflu d'y revenir.
Diverses questions se posent; nous les étudierons successive
ment.
I. — Quels sont les cas dans lesquels la thrombose veineuse «
possible ?
Avant de formuler une réponse précise, nous devons nous de
mander comment il est possible que le sang se coagule dans le
veines. Cette coagulation (je ne pai4e pas de la coagulation fti
voquée) peut avoir deux origines : l'inflammation de la veine pi
propagation, ou par la présence dans le sang d'éléments noovi
vants, et le ralentissement ou l'arrêt du cours du sang pourdi
motifs divers.
Les cas dans lesquels ces condiiions peuvent se rencontrer sofl
leu fractures, les contusions, les phlébites, les varices, des inflii
mations chroniques au voisinage des troncs veineux, les acoouok
SÉANCE DU 10 JUILLET. 455
its et la compression lente produite sur un tronc veineux par
tumeur quelconque se développant dans son voisinage.
9 ne rappellerai pas les faits d'accidents dus à des caillots
ont été observés après des fractures, des contusions, des
ibites et des varices. Il est bien peu d*entre nous qui n'en aient
contré.
'insisterai seulement sur les conditions les moins connues,
taines thromboses sont dues à une inflammation lente existant
s le voisinage d'une veine. J'ai publié dans les Bulletins de la
iété médico-chirurgicale de Bordeaux, en 1867, l'histoire d'un
ade qui présentait un œdème énorme du membre inférieur
che et une fistule à l'anus très-considérable. Il mourut de
Usie. Je pus constater l'existence d*une oblitération des veines
bassin s'étendant jusqu'à la veine iliaque primitive de ce côté,
le thrombose avait pour origine l'inflammation chronique voisine.
le plus, notre éminenfc collègue, mon ami, M.'Verneuil, vous a
miment communiqué de ma part un fait nouveau : c'est une
1 subite pai* embolie pulmonaire, à la suite de la déplétion ra-
)d'un vaste abcès de l'aisselle. Ici point d'inflammation de la
le, mais la stase ou le ralentissement du cours du sang avaient
voqué sa coagulation.
près l'accouchement, j'estime que le mécanisme de la forma-
des caillots a quelque analogie avec celui qui précède. L'en-
. sorti, les sinus uténns demeurent gorgés d'une très-grande
atité de sang dont la rentrée dans le torrent circulatoire ne
t être que très-lente. Il se coagule en partie ; or, dans les cas
inaires^les caillots, retenus par leur grosseur même, sont lente-
it désagrégés ; mais vienne un brusque et violent mouvement,
)artent et tuent la convalescente.
ourquoi nous a-t-on enseigné et enseignons-nous à notre tour
1 ne faut pas brusquement vider un péritoine rempli de liquide,
ourquoi cette recommandation classique de comprimer lente-
iX par un bandage de corps le ventre qu'on ponctionne? C'est,
s (JUt-on, pour éviter une syncope qui pourrait être mortelle,
e veux bien ; mais cette syncope, si syncope il y a, n'a-t-elle
eu, peut-être, pour origine, quand nos anciens l'ont observée,
[que caillot de la veine cave ou du sang de la veine porte
lé et retenu dans ces vaisseaux par la compression lente que
nte opérait sur eux ? Sans ajouter à cette hypothèse plus d'im-
iance qu'il ne convient, car aucune autopsie ne la confirme,
i livre à l'appréciation de mes collègues, lesquels voudront
1 excuser cette digression médicale.
^ne mort subite ou des accidents pulmonaires imprévus, après
456 SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
rovariolomie ou après la déplétion trop rapide des gi'ands kj^les
du foie, pourraient avoir la môme origine.
Il résulte de ce qui précède que les caillots peuvent être retenus
sur place, de deux manières : s'ils ont une origine inflammatoire,
par adhérence; s'ils sont dus au ralentissement du cours du sang,
n'ayant aucune adhérence avec la veine qui les renferme. Ils sont
mécaniquement fixés par la tumeur même au voisinage de la-
quelle ils doivent leur existence.
II. — Quels sont les signes de la thrombose veineuse?
Le plus constant est Toedème de la région située au-dessous da
point où une veine est oblitérée ou rétrécie, si du moins cette
oblitération ou ce rétrécissement ont été assez rapidement effectués.
11 est en effet évident que si une circulation supplémentaire a en
le temps de s'étaljlir, l'œdème disparaît.
Cet œdème existe après les phlébites, les fractures, les conlo-
sions, chez nombre de nouvelles accouchées, où, ayant des c«-
ractères particuliers, on le nomme phlegmasia alba doleas. H
existe autour des abcès chauds, où la formation rapide du pus
gêne la circulation de retour.
Par contre, on l'observe peu comme signe de thromboses â
formation lente, ainsi que dans les abcès froids ou au-dessous des
thromboses d'origine mécanique, où la circulation suppléraentairt
a eu le temps de s'établir aisément.
L'étude directe des gros troncs veineux différents donne aussi
des signes certains; malheureusement, peu de veines sont, comme
la saphène, la crurale et Thumérale, accessibles aux doigts du chi-
rurgien. Il m'est très-souvent arrivé de constater directement la
présence des caillots.
Je ne rappellerai que deux faits dont Tun a été publié.
Une femme était en voie de guérison d'un écrasement du coude;
j'avais parfaitement reconnu la thrombose de la veine humérakJ
de ce coté, lorsqu'elle a été prise d'accidents pulmonaires terribles;
elle a cependant guéri.
Chez une autre femme, qui était en voie de guérison d'une fti^
ture de jambe, j'ai aussi reconnu une énorme thrombose de h
veine crurale, qui s'est dissipée sans accidents.
Je ne cite ce dernier fait qu'à cause de la dimension de la Ihroi»'
bose et deTœdème.
Quant aux caillots trouvés par l'exploration directe dans l*
conditions énoncées plus haut, ils se nomment légion : tous te
chirurgiens le savent ou le sauront aisément.
t.
f
i
SÉANCE DU 10 JUIILET. 457
III. — Quel est le mécanisme du départ des caillots ?
Je Tai dit ailleurs, la thrombose n'est rien^ F adhérence est tout.
La plupart du temps, le caillot adhère assez solidement pour qn*il
s'éraielte pour ainsi dire sans danger. Il n'est dangereux que lors-
qu'il est lancé ayant une certaine grosseur.
Dans les observations connues, nous relevons une cause presque
conslante. Le malade a fait des mouvements violents. Il s*est cam-
bré pour laisser passer un bassin. L'accouchée se levait pour la
première fois. La contraction des muscles voisins des veines est,
on le comprend, un moyen certain de les comprimer et d'en expri-
mer, pour ainsi dire, le contenu. Il en est ainsi de la contraction
des muscles abdominaux ou du diaphragme, qui agissent de la
même façon, mais immédiatement, sur les veines profondes du
tronc.
Les caillots peuvent ôtre détachés par les doigts du chirurgien.
On comprend très-bien (]ue des malaxations imprudentes, le mas-
sage d'un membre thrombose, puissent provoquer leur départ. Je
pourrais citer des faits, mais je n'en sais pas d'imprimés, car ils
sont de ceux qu'on publie peu.
Le caillot, enfin, peut partir lorsque la compression de la veine
qui le contient est brusquement levée. "Je ne reviendrai pas sur
l'observation qui m'est propre et qu'a récemment lue ici M. Ver-
Deuil, Pour moi;, le mécanisme est incontestable, et j'ai la confiance
<iue bientôt ce fait ne sera pas isolé dans la science.
«
IV. — Quels sont les accidents que peut provoquer F embolie
veineuse ?
Ici nous devons établir des distinctions basées sur la dimension
du caillot parti et sur son point d'arrivée.
S*il est très-petit, si c'est une sorte de poussière ou une réunion
^^ petits corps étrangers, il est parti dans les dernières respira-
'H>ns du poumon, et les manifestations morbides peuvent être ina-
perçues.
Hais ne peut-on pas leur attribuer certains malaises pulmonaires,
^expliqués jusqu'ici, et certaines pleurésies sans gravité, que nous
'^onunions, à Bordeaux, fenestrales, mais qui ne sont pas toujours
^u côté de la fenêtre.
Plus gros, les caillots emboliques s'arrêtent dans des divisions
Pulmonaires plus larges et gênent ou détruisent le fonctionnement
d'une portion plus étendue de l'organe respiratoire. Alors sur-
^'iennent des pleurésies partielles avec épanchemenls limités, des
pneumonies aussi partielles, des crachements d*un sang noir, des
^spliyxies incomplètes, des syncopes.
458 80CIÉTK DE CHIRURGIE.
Plus gros encore, les caillots emboliques oblitèrent incompM
ment les divisions de Tartère pulmonaire, ou, accumulés dans
cordes du ventricule droit, ils gênent le fonctionnement du cœ
la mort survient, mais après 6 à 8 heures d*angoisses et tfa
dents asphyxiques ou syncopaux.
M. Terrillon a récemment émis dans les Archives Topinion
les embolies arrêtées dans le cœur amènent la mort par syncc
Gela est possible, mais le nombre des faits connus ne me pa
pas encore suffisant pour établir scientifiquement cette propositi
C'est une recherche intéressante à continuer.
Si, enfin, le caillot est considérable, s'il représente plus
10 centimètres du trajet d'une veine de calibre moyen, il esliH
tonné par le cours du sang et, après avoir traversé le ventric
droit, où il peut certainement s'arrêter, il est lancé dans Tiofi
dibulum de l'artère pulmonaire. Là, arrêté par l'éperon, il oblil
subitement et complètement les deux divisions du vaisseau, e
mort est instantanée.
Le nombre des faits de ce genre est très-considérable; ce b
les mieux observés, ceux où les autopsies ont établi les détnoi
trations les plus péremptoires. Ils sont trop connus pour que j*
siste sur leur étude.
V. — Comment le chirurgien peut-il s'opposer, soit à la formA
des caillots, soit au départ des embolies f
Le sang peut se coaguler, nous le savons déjà, sous rinfluei
de deux causes principales : le ralentissement de son cours eti
flammalion ou l'irritation des parois des veines; je ne parle pas
l'action chimique. Énoncer ces causes, c'est dire combien
limitée Taction du chirurgien. Il est cependant quelijues précef
qui se déduisent naturellement de l'exposé qui précède; tt
croyons devoir les énoncer.
Laisser à la circulation de retour sa plus grande liberté^ t
est l'indication principale, quand la pratique peut avoir des af
cations diverses.
Tout appareil de fracture comprime les membres pendant
temps plus ou moine long. Un pli longitudinal, une attelle pli
sur le trajet d'une grosse veine, peuvent ralentir le cours dusi
Certaine position des membres, leur flexion forcée et prolonj
soit au jarret, soit au coude, peuvent avoir le même résultat
compression pour la cure de l'anévrysme peut agir, en im
temps que sur l'artère, sur la veine qui la plupart du temps
voisine.
Certaines inflammations chroniques, auxquelles le chirur|
peut remédier par une opération, — les fistules à l'anus,
séANCB DU 10 JUILLET. 459
eiemple, — peuvent provoquer des thromboses; le chirurgien devra
te prévoir. D'une façon générale, il devra respecter les veines
phu peut-être qu*on ne le fait^ et se méfier de la cure des varices
et du varicocèle, des injections intra- veineuses ou coagulantes;
m on mot, avoir toujours présent à Tesprit, lorsqu'il agira sur
006 veine ou auprès d'elle, la possibihté d'une Irhombose qu'il vaut
mieux prévenir que surveiller. Pour beaucoup cette recomraan-
dilion sera superflue, mais pour beaucoup aussi elle aura sa
râleur.
Etant donnée la thrombose veineuse, probable ou certaine, le chi-
rurgien ne doit avoir qu'une préoccupation : c'est d'empêcher le
Mdllot de partir. On comprend en effet qu'il n'a aucune action sur
Il dimension de Tembolie. Or de cette dimension seule dépend la
rie du malade.
Ici se place la recommandation de faire suivre aux throm-
boses un régime tonique, lequel aura pour effet la consohdation
les adhérences.
Les explorations des veines devront être faites avec précaution,
Atout massage des membres œdématiés interdit d'une façon gé-
nérale; les mouvements devront être limités ou surveillés, et le
îhirurgien devra craindre tout effort, particulièrement les mouve-
nents violents que le malade est, la plupart du temps, obligé de
tire pour laisser passer un bassin sous son siège.
Ici les cadi*es de M. Gosselin manœuvres ])ar l'infirmier peuvent
^flodre, je crois, des services.
Ces préceptes s'appliquent, pour la plupart, aux nouvelles accou-
trées, qui ne devront pas se lever trop tôt et se livrer à des efTorts
ioleots.
J'ai démontré ailleurs que les grandes collections de liquide for-
lïées rapidement peuvent provoquer des thromboses. Il est donc
idiqué de les vider par des ponctions successives. Flien de plus
rile, en vue surtout du terrible danger que peut courir le ma-
tde.
CONCLUSIONS.
I. — La thrombose veineuse de cause chirurgicale est possible
près les fractures, les contusions, les phlébites, les varices, les
iflammations chroniques avoisinant les grosses veines, les ac-
Nichements, et par la compression qu'exercent sur les veines les
Queurs voisines rapidement développées.
II. — La thrombose veineuse soupçonnée par l'œdème des par-
fis situées au-dessous est conflrmée par l'exploration directe, au
ojren des doigts, du trajet des veines afférentes.
460 SOCIÉTÉ DE CUIRUROIK.
III. — Le départ des caillots irrigateurs peut être proi
les mouvements du malade, par l'exploration exagérée d
thrombosées, par le massage des membres atteints, oup
pression brusque de la compression d'une veine thrombc
IV. — Les accidents que provoquent les caillots migrai
de deux ordrçs; suivant la dimension de ceux-ci, ce sont
laises, des pleurésies avec épanchement limité, des pn
partielles, des crachements de sang, des syncopes, l'aspli
mort subite.
V. — Le chirurgien peut prévenir la formation des cai
neux en évitant le pins possible les compressions lentes
ses veines, en ayant les plus grands égards pour leur n
interne, et en se hâtant de guérir les inflammations chroi
profondes qui les avoisinent.
VI. — Si la thrombose est confirmée ou probable, il i
départ des caillots en s'opposant de son mieux aux mo)
locaux et généraux, et en vidant, par des ponctions suc
les collections de liquide avoisinant les veines qui soi
pourraient être thrombosées.
Discussion.
M. Verneuil. Je demanderais à notre collègue de von
ajoutera ces terribles accidents, suites d'embolie veineus
de pyohémie spontanée qui se développe quelques heu
une recherche chirurgicale ayant amené la destruction d
déjà formés. On fait des manœuvres pour prati([uer um
secondaire; en quelques heures survient de la lièvre, etlei
succombent rapidement avec des abcès métastatiques oo
par une pyohémie spontanée.
M. Marc Séb. Je ne ne crois pas que la gravité des accî
en rapport avec le volume descaillots. Il faut tenir grandi
la nature des caillots ; si on a des caillots que j*appellera
peut ne pas y avoir d'accidents ; tandis que si ce sont de
septiques, altérés par le voisinage d'une plaie de mauvais
les accidents sont bien différents comme résultat.
M. TiLLAux. Je suis d'avis qu'il y a une distinction à fi
les embolies cardiaques et les embolies pulmonaires.
J'ai observé un cas très-évident d'embolie cardiaque,
fait admettre qu'il y avait des morts causées par des trou
diaques et des morts causées par des troubles pulmonair<
Je crois avoir rapporté à la Société le fait d'une ferai
dans mon service pour une fracture de la jambe. Cettefei
SKANGK DU 10 JUILLET. 461
miplétement guérie, lorsqu'elle -fut prise, à Theure de la visite,
one violente syncope : j'examinai la poitrine et j'entendis très-
gtioctement le souffle respiratoire. Cette femme revint à elle, je
littai son lit, et à peine avais-je fait quelques pas dans la salle que
tt^ femme fut prise d'une nouvelle syncope qui entraîna sa mort,
l'autopsie, je trouvai un caillot arrêté dans le cœur droit.
Je crois donc qu'il est impossible de ne pas admettre qu'il y ait
«embolies veineuses qui s'arrêtent dans le cœur et qui entraî-
Qtla mort par syncope. J'ai fait faire une thèse sur ce sujet par
I de mes élèves.
M. ÂzAM. Je ne mets pas en doute que la mort ne puisse arriver
F des embolies cardiaques, et M. Térillon, dans le travail dont
j parlé, en rapporte deux ou trois observations; mais je crois
«pour les établir définitivement, il est nécessaire de réunir de
iUTeaux faits. Pour mon compte, je n'ai pas encore observé d'em-
Ue cardiaque isolément; la dernière malade dont j'ai parlé est
orte avec des caillots dans le cœur et dans le poumon.
II est rare que nous assistions à ces terribles accidents, et nous
mmes obligés, pour nous faire une opinion, de nous en rapporter
I récit de personnes tout à fait étrangères à la médecine, qui
itouraient le malade. Or il est difficile souvent de faire le diag-
«tic entre les symptômes de la syncope et ceux de l'embolie.
Je ne nie donc pas les embolies cardiaques, mais je crois que,
•nrles bien connaître, de nouvelles recherches sont indispen-
II
H. Jacques-Louis Reverdiw, membre correspondant étranger
ïne lecture du travail suivant intitulé :
Note sur un cas de résection totale du poignet.
-<e meilleur moyen de justifier l'honneur que vous m'avez fait en
donnant le titre de correspondant étranger de votre Société
, si je ne me trompe, de vous apporter ici mon faible tribut de
irail et de recherches. J'entrerai aujourd'hui dans cette voie,
, je l'espère, vous paraîtra la bonne, en vous entretenant pen-
it quelques instants d'une résection totale du poignet que j'ai
tiquée il y a 15 mois, et dont le résultat est aujourd'hui pleine-
Qt satisfaisant.
1 n'est pas douteux que le jour où nous aurons à notre disposi-
1 un nombre un peu imposant d'observations favorables au
et de cette résection, elle sera immédiatement pratiquée avec
462 SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
prédilection ; la chirurgie conservatrice y trouvera un chan
fécond en utiles succès. La main, cet appareil de préhension qf
se trouve être à la fois un des organes de la sensibilité ; la mtt
active du jour de la naissance à celui de la mort, ne peut être m
tilée ou détruite sans de graves conséquences, et ne saurait' £t
conservée intacte avec trop de sollicitude. La mécanique, de ii
jours, a bien pu imiter plus ou moins grossièrement l'appareil i
mouvement que constitue cette main ; mais réduit ainsi, dépour
de sa sensibilité, cet organe si parfait ne serait plus que TébaoG
presque inutile de lui-même.
Malheureusement, il faut Tavouer, les exemples de résectioa<
poignet, suivie d'un résultat réellement bon, se comptent facil
ment aujourd'hui ; mais je suis de ceux qui croient, ou du moii
qui espèrent que grâce aux perfectionnements opératoires en pa
tie, grâce surtout aux modifications profondes apportées, dansi
quart de siècle, au traitement des blessures et des plaies opérato
res, Tavenir appartient à la chirurgie conservatrice prise dans I
sens le plus large.
Aussi je ne me dissimule pas que si le résultat de ma résectia
a été bon, il aurait pu être encore beaucoup meilleur, beaucovj
plus rapide, et il aurait pu être obtenu à moins de frais ; il y aei
je le confesse, des inhabiletés opératoires que je me pardonne phi
facilement en me souvenant qu'il est arrivé à Fergusson de coo
per la radiale par mégarde en pratiquant celte résection; je ne a
suis pas suffisamment astreint à suivre les règles des pansemaal
antiseptiques dont je ne puis méconnaître les résultats, sanspos
cela en trouver la théorie inattaquable. Tel qu'il est cependiol
j'ai cru utile de vous communiquer ce fait qui me paraît encoun
géant, et que je vais vous résumer.
Observation. — Baisse (Frédéric), menuisier, 41 ans.
Le 2 mars 1817, mon confrère et ami le D^^ Edouard Mailinma{
pelait en consultation auprès de M. R... Cet homme, d'une bouuosaa)
et d'une forte constitution, en faisant la paye de ses ouvriers leS4f<
vrier, à 7 heures du soir, avait eu avec l'un d'eux une discussion i
suite de laquelle il avait été mordu profondément au médius de la mi
droite.
Le blessé se rendit chez le D' Martin, et celui-ci constata rexisteo
d'une plaie transversale assez profonde sur le dos de la première pb
lange, un peu au-dessus de son articulation avec la phalangine,
d'une seconde plaie à la face palmaire, assez profonde pour intérefli
les tendons fléchisseurs; il prescrivit un pansement avec derouatet
Schaffhouse imbibée avec une solution d'acide phénique au 250^.
Les jours suivants, le doigt s'était tuméfié, le gonflement avait envi
la paume de la main et les plaies avaient été débridées.
Le 2 mars, le gonflement n'avait encore envahi que la paume de
SÉANCE DU 10 JUILLKT, 463
sain; il y avait de la fièvre, le pouls était à 100, le thermomètre dans
rdsselle montait à 38^,8. Malgré de nouvelles incisions sur le doigt
blessé et à la paume de la main, les parties voisines ne tardèrent pas
à être envahies rapidement ; le 4 mars, le poignet et Tavant-bras étaient
tuméflés ; le 5, nous trouvons de la fluctuation profonde à la face anté-
rieure de l'avanl-bras, tuméfié jusqu'au coude ; deux larges et pro-
fondes incisions sont faites, Tune au-dessus du poignet, l'autre un peu
iQ-dessous du coude; elles pénètrent profondément au milieu des
nucles épitrochliens ; je passe un drain de Tune à l'autre; mais il
s'éeoule peu de pus; le lendemain, un écoulement abondant s'établit
^ le drain, sans que pour cela la marche envahissante de Tinflamma-
tioo paraisse s'arrêter; la partie inférieure du bras commence à se
tuméfier.
Le 8 mai*s, le gonflement du bras diminue un peu; celui de Tavant-
bns n*a pas changé ; nous agrandissons l'incision delà face antérieure
du doigt médius et de la paume de la main ; les doigts sont tous très*
taoïéfiés.
Le 13, nouvelles incisions à la face externe du poignet et à la parlio
postéro-exteme de Tavant-bras; du pus et des débris de tissu cellul-
Itire mortifié s'éliminent par les différentes incisions. Les jours sui-
TUts, les désordres paraissent se localiser au poignet et à la main; les
plaies de Tavant-bras ont pris une meilleure apparence et le gonfle-
nent a diminué de ce côté-là; mais il a fallu inciser sur la face dorsale
du poignet, sur le dos de la main; le pouce s'est beaucoup tuméfié; il
s'est fait une ouverture naturelle à la face antérieure de l'auriculaire;
on a constaté, le 20 mars, que les tendons du médius et du petit doigt
wol en partie sphacélés, et que les mouvements du poignet sont dou-
loureux; le 26 mars, que l'articulation de la phalange du médius avec
M phalangine est ouverte et que la phalange nécrosée en grande partie,
baigne dans le pus; l'état général n'est pas mauvais cependant; i'ap-
pélitest conservé ; ie thermomètre monte à 38 ou38°,2 le soir; la main
> été pansée avec des cataplasmes de farine de graine de lin, et des
éjections phéniquées ont été faites dans les plaies et par le drain.
Le 30 mars, les plaies de l'avant-bras tendent à se cicatriser, mais le
poignet et la main restent gonflés, les parties molles ont pris une
consistance lardacée, et M. Martin constate des craquements dans l'ar-
^eulation du poignet; la suppuration, qui avait diminué, a augmenté
Renouveau; les craquements dans le poignet deviennent plus évidents
Jw jours suivants ^
Le '7 avril, une intervention plus active devenant nécessaire, nous
nous réunissons, MM. los 1)'» Piachaud, Martin et moi ; voici le résultat
^0 notre examen: L'état général est assez satisfaisant; le pouls est un
pou rapide, mais la température ne dépasse pas 38^ le soir (cependant
^^x fois, au moment où les craquements ont commencé, le thermo-
"»*tre est monté à 38»,5 et 38%2); le matin elle esta 8>,5. La langue est
' La première partie de Tobservation a été résumée d'après les noies que
*»• le I)r Martin a bien voulu me remettre.
464 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
bonne, Tappétit est conservé, la digestion se fait bien; il n'y a ni cé-
phalalgie, ni frissons, ni sueurs; mais le malade a notablement maigri,
son teint est devenu terreux, ses lèvres se sont décolorées.
I/examen du membre nous le montre dans Tétat suivant : les doigts
sont tous tuméfiés, turgescents, écartés les uns des autres, envahis
par Un œdème dur, lardacé; la peau est d*un rouge un peu violacé. Le
squelette du médius est nécrosé ; les articulations métacarpo-phalaa*
giennes et phalango-phalanginiennes craquent. Le dos et la paume de
la main sont de môme très-tuméiiés et indurés ; du pus 8*écoule eo
grande abondance par les différentes incisions. La main est dans l'atti-
tude de Fadduction forcée, faisant au niveau du bord cubital un angle
rentrant de lâCV" environ, ouvert en dedans ; les mouvements du poignet
donnent lieu à un craquement articulaire très-manifeste; le stylet
introduit à travers deux fistules établies sur le dos de Textrémité infé-
rieure du cubitus arrive dans la direction du carpe sur des os nécrosés,
et paraît pénétrer dans des interstices articulaires ; on n'arrive pas aux
os par les incisions palmaires.
L'avant-bras est très-tuméfié, les tissus mous sont indurés par places;
les pressions font refluer du pus par plusieurs des incisions.
Nous tombons immédiatement d'accord sur la nécessité d*une'iDte^
vention; mes confrères proposent Tamputation de Tavant-bras; de
mon côté, je leur fais remarquer que les lésions des parties dures pa-
raissent circonscrites a l'articulation du poignet et au squelette da
médius; que le malade acceptera certainement beaucoup mieux une opé-
ration qui lui conservera sa main plus ou moins mutilée, il est vrai. et
que la résection se présente ici avec des chances de succès; elle parera
aux accidents immédiats en donnant libre issue aux produits de l'in-
flammation; enfln, c'est la main droite qui est enjeu, nouvelle raison
pour tenter la conservation; du reste, le malade sera averti que si dans
le cours de l'opération l'amputation devient nércessaire, elle sera pra-
tiquée séance tenante.
Tout ceci est accepté et l'opération est flxée au 10 avril 18'7'7.
Le 10 avril nous nous réunissons chez le malade, MM. les D*^ Pis*
chaud, Martin et moi, et M. Ravenel, interne; le malade est chloro-
formé ; la bande et le tube d'Esmarch sont appliqués avec précaution;
la bande est peu serrée, surtout sur la main, à cause des clapiers pu-
rulents; je fais précéder son application de l'élévation du membre
pendant quelques minutes; du reste, l'hémostase est complète.
Je commence par la désarticulation du médius au moyen de l'incision
ovalaire, prolongeant l'incision dorsale de façon à explorer le métaca^
pien; le doigt extirpé, le métacarpien ne se trouve altéré que dans sa
tète, que je résèque à la fin de l'opération avec la pince incisive. Js
passe à la résection du poignet : incision de Lister à la partie externo
du poignet, suivant le bord radial du deuxième métacarpien, puis ss
coudant en dedans pour éviter les tendons du pouce; l'obliquité a été
insufflsante ; le tendon du long extenseur se trouve sur le trajet de la
plaie, isolé ; je le respecte et le fais rejeter en dehors. J'arrive surlos
08 du carpe et je constate qu'ils sont dénudés, érodés, baignant dans
SÉANCE DU iO JUILLET. 465
le pus ; j*eulève, après les avoir saisis avec un davier, les os qui se
présentent: trapézoïde, scaphotde, semi-lunaire. Une seconde incision
réunit les deux fistules cubitales et passe en dehors des tendons de
l'extenseur du petit doigt et du cubital postérieur ; serrant alors de
prés les os du carpe, je sépare avec la rugine les parties molles qui les
recouvrent, de façon ù les soulever sous la forme d'un pont complet;
saisissant les os du carpe avec le davier, je les extrais peu à peu,
BOît en totalité, soit par fragments; ceux de la seconde rangée sont
irés-friables et se brisent; il ne reste en place que le pisiforme que je
laisse.
Je constate que les surfaces articulaires du radius et du cubitus sur-
tout sont érodées; je dénude l'extrémité inférieure du cubitus avec la
rugine, je passe au-dessous d'elle une spatule pour écarter et protéger
les parties molles, et j'en résèque avec une petite scie une longueur
d'un centimètre. Je dénude de même le radius ; mais ne pouvant le faire
saillir dans la plaie, ne pouvant faire jouer la scie à chaîne sans danger
pour les tendons, je fais soulever le pont de parties molles, et en deux
coups de pince de Liston j'abats en deux fragments cette extrémité; je
fais ensuite avec la pince de Liston la section des extrémités supé-
rieures du deuxième et troisième métacarpiens nécrosés'sur une petite
longueur.
Il faut noter que si la résection du cubitus, du radius et des méta-
carpiens n'a emporté que des fragments absolument dépouillés de par-
ties molles, il n'en est pas de même des os du carpe, dont plusieurs
n*ont pu être séparés que par torsion, arrachement, et ont entraîné
quelques parties ligamenteuses avec eux.
Avant dépasser au pansement, les doigts sont mobilisés par des cra-
quements; trois ligatures de catgut sur de petits vaisseaux, dont l'un
saisi avec le ténaculum dans les tissus indurés sur le trajet de la ra-
diale ; trois points de suture métallique sur la partie doraaie de l'am-
putation du médius. Je place deux drains : l'un à travers le poignet, de
la plaie radiale à la plaie cubitale; l'autre va, de la plaie cubitale, res-
sortir au niveau de la partie moyenne du cubitus à travers une fusée
sous-jacente au muscle cubital ; il y a un point peu étendu du cubitus
à nu le long de ce trajet.
Le membre est placé sur une gouttière que, du reste, le malade n*a
pas supportée et qui a été bientôt remplacée par un simple coussin; les
plaies sont pansées avec du coton de Schaffliouse imbibé d'une solu-
tion phéniquée au centième et enveloppé avec de la gutta-perca
laminée.
Lies jours suivants, l'état de Topéré est satisfaisant ; il y a peu de
douleur, la fièvre est modérée ; le thermomètre marque 87^,7, d7*,2,
3T*,7 et 88 le matin; 38o, â>,7, SB», 2, 38o,3, 88%51e soir; la suppuration
est cependant fétide les premiers jours et la plaie couverte de détritus
grisâtres; mais bientôt elle se déterge, le pus devient phlegmoneux et
des bourgeons charnus apparaissent. Malheureusement, dans Taprès-
midi du 17, une hémorrhagie a lieu par la plaie radiale ; elle se repro-
lail trois fois, toujours arrêtée par le malade au moyen du tube d*Es-
466 SOCIÉTK DE CHIRUHOtB.
mardi que nous lui avons confié : la température est montée a 39b,2;
8 heures i/2 du soir l'hémorrhagie se reproduitpour la troisième foii
on aperçoit dans la plaie Radiale, sur le trajet de Tarière, une tumei
pulsatile du volume d^une noisette, à parois grisâtres; je replace TEi
march, et après quelques recherches j'arrive à lier les deux bouts de!
radiale dnns la plaie; le bout supérieur baigne dans des tissus mort
fiés, le bout inférieur est dans les bourgeons charnus; la partie întA
médiaire forme un cordon blanc qui parait ouvert à sa partie poil^
rieure et surmonté de tissus grisâtres, sphacelés, qui formaient k
parois de la poche pulsatile. 11 est plus que probable que dansleoou
de la résection la radiale avait été blessée, et qu'en cherchant à sait
l'artère qui donnait, mon ténaculum l'avait atteinte.
L'hémorrhagie ne s'est pas reproduite depuis. Le drain a été ealev
au moment de l'hémorrhagie; nous en profitons pour explorer la cavil
de résection, et nous trouvons les os recouverts, sauf le deuxièmeai
tacarpien et le radius; la fièvre persiste malgré le sulfate de quiiin
que nous avons prescrit; le pus s'écoule mal et il paraît nécessaire é
remettre le drain en place; la fièvre diminue presque aussitôt; maiii
y a une rougeur assez prononcée do Tavant-bras; la main reste tune
fiée, quoique le gonflement des doigts ait notablement diminué; lanf
puration est de bonne nature; les plaies de résection se détergeotati
débarrassent de petits lambeaux de tissu cellulaire filamenteux Mi
tifié. Le malade peut se lever à partir du 23 avril.
Je passe rapidement sur la suite de l'observation; la guérison s'tf
faite lentement, la réparation ayant été retardée à plusieurs repriM
dans sa marche par de petites poussées inflammatoires qui ont néeai
site l'emploi de la quinine, de frictions mercurielles, ou d'incision
Je lis dans mes notes que le 26 avril je trouve le radius compléii
ment recouvert; la plaie est en pleine granulation; mais un abcès aiM
profond s'est formé à la partie supérieure et antérieure de l'avaBl
bras.
Le i*' mai, un petit séquestre s'élimine spontanément, et les plaie
sont en assez bonne voie de réparation pour que nous remplacioni
drain qui passe à travers le poignet par deux bouts de tubes plaeè
l'un dans la plaie radiale, l'autre dans la plaie cubitale; nous les M
courcissens graduellement. Une petite eschare s'est formée au JÙstÊ
du coude et s'élimine spontanément.
Le 6 mai, on ouvre un abcès rempli de pus fétide au niveau dutiV
supérieur du cubitus; le 10, un petit abcès sous-cutané d&l'avant-brai
le 18, un autre à la paume de la main; le 22, on fait refluer dape
dans la plaie radiale en pressant le long de Tindex ; le 25« une coUediO)
se forme sous la cicatrice en partie fermée do la plaie radiale.
Pendant ce temps, le gonflement de la main a beaucoup diminoé,li
mouvements volontaires ont repai*u le 2 mai dans l'index, le 13 daaal
pouce; le 18 mai, le drain qui avait été placé le long de la fusée enb
taie a été définitivement enlevé; l'os n'était plus à nu.
La lièvre a complètement cessé à partir du 25 mai; quelques p0t
séquestres se sont encore éliminés au niveau de la plaie radiais; fi
SKANGR DU lÔ JUILLET. 467
... ■ — - — —
aei petits abcès se sont formés au niveau de rauriculuirOi à la paume
B U main, mais aucun accident n*cst venu entraver la cicatrisation,
li s'est faite lentement dans le courant de juillet; le malade avait
ien repris son embonpoint, son teint et ses forces.
Le i^nflement des doigts a peu à peu diminué, et les mouvements
irt eommencé à se produire.
Poor favoriser leur retour, nous avons continué pendant plusieurs
lOiStM. Martin et moi, le traitement consécutif, qui a consisté en mou-
Nients forcés, imprimés d'abord chaque jour, puis à intervalles plus
eignés, aux doigts encore passablement enraidis, et en séances
électrisation par les courants interrompus appliqués sur les muscles
n'avant-bras et de la main, qui répondent du reste fort bien à Télec-
Wion; le malade y a ajouté de lui-même les inévitables bains de
ipes. Peu à peu il a repris différentes occupations nécessitant Tem-
M de seisdoigs et do sa main; ses progrès ont été constants; mais je
iniiste pas, et j^arrive aux résultats obtenus aujourd'hui, véritable
itde cette communication.
Le 25 juin 1818, quatorze mois après Topcratiou, j'ai examiné
ipéré en présence de votre collègue, mon ami Lucas-ChampionnièrO;
• toiei ce que uous avons noté. La main est naturellement assez dif*
me, à cause de Tablation du médius et de la tendance des deux doigts
>iliD8 à 86 rapprocher par leurs extrémités unguéales; l'opéré nes*en
iiiitpas, du reste, car il se sert avantageusement de ces deux doigts
lifiçon d'une pince; le poignet, à part les cicatricesde l'opération,
Afort peu déformé; l'extrémité inférieure du cubitus tend à faire une
vtiiae saillie en arrière, surtout dans certains mouvements ; le paquet
étendons extenseurs fait également saillie en arriùre au niveau du
M^et, probablement parce qxi'ils sont soulevés par les productions
Heoses des os de l'avant-bras; enfin, en avant et sur le côté externe,
1 îDit ramper la radiale qui est devenue extrêmement tortueuse.
La palpation à travers les parties molles ne permet pas de se rendre
Beompte exact de la disposition des nouvelles surfaces articulaires;
iseot bien des saillies osseuses assez irrégulières, paraissant appar*
sir surtout au radius, mais il ne semble pas qu*il y ait autre chose;
BU qui ressemble aux os du carpe, à part le pisiforme qui avait été
ipecté. En pressant fortement au niveau du nouvel interligne arti-
iliire, on écarte très-évidemment d'un centimètre uu moins les sur*
Me contiguës des os de l'avant-bras et de In main.
Voilà pour la forme : voyons maintenant ce qu'il en est des fonctions.
Les mouvements qui se passent dans Farticulation du poignet sont
ellement aussi complets qu'à l'état normal; la flexion, l'extension,
ddaction, l'abduction, la pronation et la supination se font absolu*
Qtbien, aussi bien qu'au poignet non opéré; et cette liberté des
vvements n'est point du tout conirebalancéeparune perte de force;
rais déjà souvent examiné le blessé sous ce rapport; aujourd'hui il
Mt que gagner; son poignet résiste au mouvement d'extension
)ée ; de telle façon que je ne puis, malgré un effort violent, renverser
Mia en arrière; il soulève facilement une chaise assez lourde à
468 SOCIÉTÉ DE CHiaimniE.
bras tendu sans que le poi;^niet cèiJe; sous ce rapport donc, le résol
est certainement aussi parfait que possible. 11 n'en est pas encore t(
à fait de même de la mobilité des doigts, mais elle a assez g^goè
étendue dans ces derniers temps, pour qu*ayec de l'exeroice on pu
très-certainement espérer dans un avenir peu éloigné un résultat é(
lement satisfaisant, au demeurant, l'opéré peut aujourd'hui seser
de sa main pour différents usages qui réclament, soit de TadresM,!
de la force; il a recommencé à faire quelques travaux relatifs à sap
fession, de petits ouvrages de menuiserie; d'autre part, il peut éor
avec sa main opérée d'une façon très-satisfaisante, comme en témoiga
les deux spécimens de son écriture que je vous soumets.
\oici quels sont les mouvements actifs de ses doigts : le pouce p
être opi)Osé, soit à l'index, soit à l'annulaire; il se fléchit médioe
ment ; l'index se fléchit dans ses trois articulations à peu près à noi
chemin de la flexion complète; l'annulaire a des mouvements nof
plus restreints; ceux du petit doigt sont encore médiocres; les moa^
ments d'abduction et d'adduction des doigts sont tous parfaitMM
conservés. Grâce à ces différents mouvements, le blessé peut aojoi
d'hui saisir solidement des objets volumineux; il peut saisir des olgi
plus petits, comme une plume, et s'en servir avec une adresse lipi
suffisante ; il est vrai que pour écrire il utilise plutôt les mow
ments de l'avant-bras et du poignet que ceux des doigts, dont laflen
est incomplète encore. Nul doute pour moi, du reste, que rorgami
continue à se perfectionner par l'usage; la sensibilité, il ne faotfi
l'oublier, est intacte, ce qui lui permet d'accommoder ses mouvemea
aux sensations perçues; c'est ce que ne donneront jamais les ph
beaux appareils prothétiques.
En résumé, tel qu'il est aujourd'hui, le résultat m'a paru
encourageant pour mériter de vous être soumis ; l'opéré ne chu
gérait pas sa main telle qu'elle est contre une main artificielle, )
perfectionnée fût- elle, et c'est un critère qui en vaut beauoM
d'autres.
Je n'ajouterai que quelques brèves remarques nécessaires poi
compléter mon observation. Je n'ai rien à dire de plus du résiA
obtenu, il me paraît sii;|:nilicatif ; cependant j'insiste de nouveaasi
ce fait qu'on n'a pas assez fait ressortir : à savoir, que la résedk
ne conserve pas un appareil de mouvement seulement, mais ans
un organe de sensibilité, et que, pour bien fonctionner coau
mouvement, la main doit posséder sa sensibilité intacte.
Je vous ferai remarquer, en second lieu, que mon opératioa
été pratiquée dans des conditions assez spéciales ; ces conditiûii
si je ne me trompe, étaient exceptionnellement favorables. Di
l'immense msgorité des cas, la résection du poignet a été dirig
soit contre les arthrites fongueuses, les tumeurs blanches <
poignet ; soit contre les plaies articulaires avec ou sans fraelar
SliANCS DU 10 JUILLET. 469
iramédiatement ou ultérieurement, contre Tarthrite qui leur
nccèda.
DaD8lecasd*arthrite fongueuse, il y a toujours à compter avec
kimauvaises conditions dans lesquelles se trouve le sujet, avec sa
constitution scrofuleuse, avec la débilitation due a une longue sup-
pontion ; il y a toujours comrroe point noir la récidive possible, et
■alheureusement trop fréquente ; ou bien le résultat immédiat plus
00 moins satisfaisant va se trouver compromis et perdu par le dé-
vrioppement d'une affection viscérale de même nature que Tarthrite.
Bt cependant, même dans ces conditions fâcheuses, nous savons
([lie Lister et quelques autres chirurgiens ont obtenu de beaux
noces. Lister, en particulier, sur 15 opérations citées dans la
dièse de M. Follet, dont 13 terminées par guérison, a eu 11 bons
résoltats et 2 récidives.
D'autres fois, la résection a été pratiquée chez des sigets, sains
(Tailleurs, atteints de plaies articulaires du poignet, dans la plu-*
part des cas de plaies par armes à feu, dans quelques autres de
taetores ou de luxations avec issue des os à travers les parties
Bolles; ici, faite primitivement; là, secondairement ou même
longtemps après la blessure. Or, il faut bien faire la part des cir-
Mstances ; les résectionë, dans la pratique de la chirurgie mili-
taire en particulier, sont loin d'avoir donné les résultats qu'on
nrait pu en attendre théoriquement ; mais c'est qu'il y a à compter
arec toutes les difficultés que rencontre le chirurgien sur le champ
de bataille : encombrement, nécessité du transport des blessés et
des opérés; complications diverses; impossibihté, le plus sou-
vent, pour Topérateur de suivre jusqu'au bout son malade et de
diriger le traitement consécutif convenable. Aussi, les partisans
les plus déclarés de la résection du poignet sont- ils forcés d'avouer
Vie cette opération, bonne en elle-même, n'a pas donné de bril-
lants résultats dans les dernières guerres ; il est vrai qu'elle a été
relativement peu utilisée.
Sur 10 cas rassemblés par Langenbeck, 2 opérés sont morts, et
Itt 8 guérisons se répartissent de la façon suivante : 2 ankyloses,
1 articulation flottante ; les 5 autres opérés n*ont en rien bénéficié
de la résection, puisque la main qu'elle leur a conservée est res-
tée sans usage.
G. Otis a réuni 96 résections pratiquées pendant la guerre de la
sécession, dont 6 totales seulement. Je ne prends en considération
<peces dernières, seules comparables entre elles, et je trouve que
sur ces 6 opérés, 2 seulement ont pu se servir utilement de leurs
doigts, principalement du pouce ; 3 autres ont gardé une main
sans usage ou a peu de chose près, et, enfin, le dernier a été am-
puté à la suite d'hémorrhagies secondaires, et a succombé.
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DK CUIR. 32
410 SOCnM DB GBIRUROIE.
Faut-il désespérer pour cela de la résection du poignet dans la
pratique de la chirurgie militaire? Telle n*estpas la pensée de
Langenbeck, qui pense que de meilleurs résultats pourraient être
obtenus si l'on en vient à la résection primitive dans ces cas; ceci
est une question à élucider.
Mon observation personnelle n'appartient ni à Tune ni à l'autre
de ces deux catégories de faits ; il s'agit d'une arthrite suppurée,
d'une arthrite par propagation ; il n'y a eu ni fracture, ni délabre*
ments traumatiques des parties molles péri-articulaires ; cette ar-
thrite date de quelque temps déjà; voici donc des conditions favora-
bles : d'une part, santé générale bonne, pas de scrofule ; de l'autre,
inflammation préparatoire qui a pu, comme le dit Ollier, régénérer
dans le périoste ses propriétés latentes a l'agc adulte; enfin, pas
d'autres désordres dans les parties péri-articulaires que les altéra-
tions inflammatoires. Les exemples analogues sont rares jusqu'ici.
J'ai trouvé dans la thèse de M. Follet deux observations qui se
rapprochent de la mienne : Tune appartient à Erichsen, l'autre i
Lister ; dans le dernier cas, la guérison a été rapide et complète;
dans le premier, le blessé n'a pas été suivi assez longtemps, mais
le résultat, au moment oi!i il a été perdu de vue, était satisfaisaot.
Enftn, le D' West a publié dans le Dublin Quarterly Journal {ifftO)
l'observation d'une malade atteinte d'arthrite du poignet, consécu-
tivement à une piqûre; la résection a donné un très-bon résultat.
Ces quelques cas me semblent indiquer que dans les arthtrites
aiguës suppurées du poignet (je ne parle pas, dans ce moment,
des tumeurs blanches suppurées), on peut, malgré les complica-
tions inflammatoires, conserver par la résection une main utile an
malade.
Ce succès que j'ai obtenu a été acheté au prix d'une hémorrha-
gie secondaire et d'une mortiflcation, superficielle il est vrai, des
tissus intéressés dans l'opération. Ceci m'amène à dire quelqne*
mots du procédé opératoire ; j'ai choisi celui de Lister, qui mepa-
raissait ménager le mieux possible les tendons ; je l'ai suivi rigou-
reusement pour l'incision radiale ; quant à la cubitale, je l'flf
reportée en arrière du cubitus pour profiter de deux fistules. Je ne
connaissais pas alors le procédé de Langenbeck qui s'en rapproche
beaucoup, mais qui a pour avantage, d'après l'auteur, d'éviter plus
sûrement la blessure de la radiale. Je n'ai pas trouvé que le pro-
cédé de Lister fût sans inconvénients dans le cas particulier; stir
une main intacte ou dont les tissus mous sont peu tuméfiés, iln*est
pas difficile de faire écarter les parties molles, mais le gonflement
et l'induration de ces parties étaient tels, dans mon cas, que 1«
manœuvre ne pouvait se faire sans tiraillement, sans contusion asse^
violente; il ne faut pas oublier que dans tous les cas l'ablation des
SÉANCE DU 10 JUILLET. 471
06 du carpe ne peut se faire qu'avec du tempig^ que ropéralion est
sinon très-difHcile, au moins longue et laborieuse.
Aussi serais-je disposé, si un cas analogue se présentait à moi,
i chercher un moyen de mettre les os à nu plus largement, à me
faire du jour/ non en écartant les tendons, mais en en coupant ce
qu*ii faudrait, à l'exemple de Butcher. Il faut bien noter .qu'aujour-
d*huinou88ommes bien mieux armés : avec les différentes méthodes
i&tiseptiques, nous devons, dans la grande majorité des cas, ob-
tenir la réunion par première intention d*une plaie nette ; d*autre
part, plusieurs d'entre vous ont fait faire à la ténorraphie de nota-
bles progrès. Je crois donc qu'on pourrait, sans témérité et avec
avantage, sectionner un ou plusieurs des tendons extenseurs, de
bçon à aborder plus facilement le carpe, et a ménager beaucoup
mieux les tendons respectés ; il est certainement moins grave de
couper un tendon, quitte à le suturer, que de le mettre à nu dans
sa longueur et de le contusionner en le tiraillant. Reste à recher-
cher comment appliquer le principe que je propose, et comment
ménager, le mieux possible, les autres parties, nerfs, etc.
J*i\joute que lorsque le membre perd, comme chez mon opéré,
une longueur considérable de son squelette, il en résulte que les
tendons sont relativement trop longs; par conséquent les muscles
ne peuvent plus agir comme auparavant ; il faudrait, pour qu'ils
"oprissent, sans se modifier eux-mêmes, toutes leurs fonctions,
^e régénération osseuse que l'on ne peut espérer assez étendue
puisque, dans tous les cas, on ne voit pas comment se reforme-
raient les os du carpe. Que se passe-t-il alors, puisqu'enfin, mal-
&é la longueur exagérée de leurs fibres charnues et tendineuses,
'68 muscles finissent par reprendre leurs fonctions ? 11 est probable
^Uecesont eux qui se raccourcissent. Ne pourrait-on pas, une fois
*à. section de quelques tendons admise, en profiter pour en retran-
^er avant la suture une certaine longueur ? On n*agirait que sur
^^8 extenseurs, il est vrai; mais qui ne voit que ceux-ci raccourcis,
^^Càaintenant la main dans un certain degré d'extension, faciliteraient
1^ tâche des fléchisseurs trop longs. Ce que j'avance ici se trouve
infirmé par l'examen de mon opéré; de lui-même il avait senti, à
Une certaine époque, qu'en' maintenant, au moyen d'une petite attelle
^rsale, sa main dans l'extension, la flexion des doigts devenait
plus facile; aujourd'hui que ses mouvements ont gagné en éten-
<lue, ce fait est encore évident, quoique infiniment moins marqué.
Ces remarques, cela va de soi, n'ont trait qu'aux cas particuUers
plus ou moins analogues au mien : à ceux dans lesquels le gonfle-
ment considérable des tissus gêne les manœuvres opératoires,
excellentes dans d'autres circonstances.
Ali SOClÉTfc DE CHIRUnaïK.
Discussion.
M. Desprès. Je n'ai jamais vu faire la résection du poignet,
je n'en ai jamais fait, et je crois pouvoir affirmer que je n'en ferai
jamais.
Je pense que la gravité de Tarthrite, dont vient de nous parler
M. Reverdin, peut s'expliquer parce qu'on n'a pas employé le trai-
tement classique, qui donne de si bons résultats, l'immobilité et la
compression.
D'après les renseignements qui nous ont été donnés, nous pou-
vons juger que cet individu n'est pas dans un état plus avantageux
que les malades soignés par la compression, car il n'a que desmoo-
vements peu étendus dans l'index et il écrit comme s'il avait une
plume au bout d'un moignon.
J'ai eu, dans mon service, une malade atteinte d'arthrite suppa-
rée du poignet qui entra, après avoir suivi un traitement peu mé-
thodique, dans un état des plus alarmants ; je lui fis appliquer un
appareil compressif. En huit mois, elle élimina un grand nombre
de séquestres, plusieurs abcès se fermèrent seuls, et la malade
quitta le service, après il mois de séjour, dans un état plus satis-
faisant que le malade de M. Reverdin, puisqu'elle a assez de mou-
vements dans les doigts pour pouvoir tricoter.
Quand on compare les résultats de la résection et ceux que
donne la compression, les avantages de l'opération ne sont pas
assez grands pour pouvoir lui donner la préférence ; avec un bon
traitement, on évitera la résection. Je pourrais montrer, pour con-
firmer cette opinion, un employé de Thôpital Cochin qui, à la suite
d'une arthrite suppurée du poignet, a obtenu par ce traitement un
magnifique résultat.
Je crois que M. Reverdin fait joner un rôle trop important à l'é-
longation des tendons, car la gêne des mouvements tient beau-
coup aux adhérences des tendons avec les gaines^
M. Lucas-Championnière. Plus favorisé que M. Desprès, j^
puis parler du malade de M. Reverdin en connaissance de cause,
car je l'ai vu. Or, je puis affirmer que le résultat de la résection
est fort remarquable, et que je puis le comparer à ceux obtenus ptf
M. Lister, qui est peut-être le chii*urgien ayant pratiqué le plus de
résections du poignet. M. Lister a fait 37 résections, et il considère
cette opération comme facile et comme donnant de bons résultats;
or, j'ai constaté chez Topéré de M. Reverdin les avantages qus
j'avais remarqués sur ceux de M. Lister.
Le malade de M. Reverdin a eu une poussée inflammatoire des
doigts qui les a immobilisés, mais ceci est tout à fait en debors
de la question de la résection.
SéAJVCE DU 10 JUILLET. 47S
Lorsqu'on regarde la quantité de séquestres que Ton a été
lig^ d'enlever, on peut douter que l'élimination ait pu se faire
ite; aussi allait-on être conduit à faire l'amputation lorsqu'on
décida à pratiquer la résection.
Le résultat est vraiment excellent et comme forre et comme
iction délicate, car cet homme écrit rapidement.
le suis persuadé que ce malade gagnera comme mouvement,
rla raideur tient beaucotip plus à l'articulation qu'à l'adhérence
s tendons ; aussi en présence du résultat excellent donné par la
section, je crois que la conservation n'aurait jamais donné un tel
utage.
H. Le Dentu. Notre collègue M. Desprès est bien heureux de
avoir affirmer que jamais, dans une arthrite suppurée du poi-
•et, il ne sera conduit à se poser la question d'une intervention
inirgicale, amputation ou résection.
Pour moi, je regarde comme une hérésie chirurgicale de dire
'oa ne sera jamais amené à pratiquer l'amputation pour une ar-
ite suppurée du poignet; car peut-on affirmer qu'on pourra
jgoors arrêter la marche envahissante d'une arthrite.
W. Desprès a cité deux cas de guérison ; je lui opposerai le fait
tyant. Un malade entra à THôtel-Dieu pendant un remplace-
nt que je faisais; j'instituai le traitement classique, immobilité
compression ; Tannée suivante, en reprenant le service, je re-
uvai ce malade, dont rien n'avait pu enrayer la marche de l'ar-
ite, qui se compliquait de synovite fongueuse: l'affaiblissement
it tel que je fus obligé de pratiquer l'amputation du bras.
e déclare que pas un chirurgien n'aurait pu éviter l'amputa-,
I du bras, et, comme je l'ai dit, malgré le traitement le plus mé
dique, il y avait eu arthrite, puis synovite, et enfin phlegmon.
1 faut souvent intervenir, et je m'étonne d'entendre soutenir le
traire.
(uant à l'élongalion des tendons, je puis donner quelques ren-
ipiements sur ce sujet : j*ai fait la dissection de la jambe d'un in-
idu auquel j'avais pratiqué la résection de l'articulation tibio-
sienne; les extrémités osseuses s'étaient réunies et les tendons
Paient coudés en aucun point; le tendon d'Achille lui-même était
i longueur voulue par l'articulation réséquée. A la fin d'une opé-
ion de résection, on est un peu effrayé de la longueur dispro-
tionnée des tendons, mais tout cela disparaît.
L ToLAUx. Il faut établir une grande distinction entre l'ar-
ite traumatique et Tarthrite fongueuse.
ialgaigne était d'avis qu'il ne fallait jamais faire de résection
474 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
pour des tumeurs blanches ; je partage son opinion, car j'ai fait
deux résections que j'ai été obligé d'amputer plus tard.
Il y a certainement à faire une distinction entre la tumeur blan-
che et Tarthrite survenant à la suite de synovite fongueuse ayant
envahi Tarticulation, ce qui est le cas de M. Reverdin. Mais je
crois cependant qu'il est préférable d'attendre, non-seulement a
le poignet craque et s'il y a suppuration entre les os, mais même
si 1 articulation est ouverte. J'ai eu uife malade dans ce cas ; j*ai
attendu et je l'ai guérie.
Le procédé que je conseille pour la résection du poignet con-
siste dans deux incisions latérales qui permettent d'arriver sur les
os sans rien rencontrer; je résèque d'abord le cubitus; ensuite,
avec une spatule, je décolle le périoste du radius, ce temps, dif-
ficile sur le cadavre, est ordinairement facile sur un malade atteint
d'arthrite; puis, protégeant les tendons avec une lame de carton, je
sectionne le radius avec une scie de Larrey. Je préfère com-
mencer par les os de l'avant-bras, parce qu'il est facile de faire
basculer le poignet entre les lèvres de la plaie et de réséquer les
os du corps sans craindre de léser les artères et les nerfs.
Il a été proposé de nombreux procédés pour pratiquer la résec-
tion du poignet, et on a même été jusqu'à conseiller la section de
tous les tendons, en prétextant qu'il devait toujours y avoir ankj-
lose. Je n'admets pas cette opinion, et je conseille le procédé i
deux incisions latérales.
M. Després. Vous venez d'entendre M. Tillaux vous exposer
les résultats de sa pratique, et vous pouvez juger des résultats de
la résection du poignet.
Avec de bons pansements, on guérit les arthrites fongueuses:
c'est ce que Ton ne fait pas en Angleterre ; en revanche, on nous
présente des observations de résections, mais ces observations
sont loin d'être assez minutieuses pour avoir une valeur ; on nous
parle des malades opérés il y a 2 ou 3 mois ; c'est après 15 mois
qu'il serait important de les montrer.
Je dis qu'il faut écrire en lettres d'or que pour une tumeur blan-
che du poignet, si le sujet n'est pas phthisique, on ne sera jafltfi^
amené à se poser la question de l'amputation, si on emploie Tim*
mobilité et la compression.
Grâce à ces moyens, on guérira les malades, parce que lesdoigl^
et la main jouissant d'une vitalité exceptionnelle, on obtient des
résultats absolument satisfaisants.
M. Faràbeuf. Pour juger la valeur thérapeutique de la résec-
tion du poignet, il est nécessaire de préciser les cas dans lesquels
on peut la pratiquer.
SBANCE DU iO JUILLET. 475
Cette question a été posée au congrès de Lille, au sujet d'un
oatade présenté par M. Follet, et M. Ollier, exposant les résultats
[e sa pratique, admit que, dans les cas traumatiques, le résultat
«tbon; que, dans les osléo-arthrites suppurées développées spon-
iBément, le résultat est mauvais, efc que, dans les ostéo-arthrites
éveloppées lentement, à la suite de ténosites,le résultat était tolé-
Bble.
Quant au procédé opératoire, je suis partisan des deux incisions
itérales, mais je ne crois pas ce procédé aussi simple que sem-
le le dire M. Tillaux.
M. Reverdin. Je ne crois pas nécessaire de discuter Toppor-
inité de Topération, qui n'était douteuse ni pour M. Piachand, ni
our M. Martin, ni pour moi : notre seule hésitation était de savoir
il bllait amputer ou réséquer.
Nous nous sommes décidés pour la résection, et je vous apporte
» résultats qui me paraissent tout à fait difTérenIs de ceux que
)n obtient par les traitements ordinaires, soit pour des plaies,
Mi pour des tumeurs blanches.
tTai recueilli des faits qui montrent que des plaies de la main,
lignées par la compression, se sont terminées par la mort ou par
inkylose.
Quant à l'avenir réservé aux tendons, je sais très-bien que les
uscles finissent par revenir à la longueur des os, mais j'ai pu
>n8later chez mon malade que, lorsqu'on mettait la main dans
ixlension, les mouvements des fléchisseurs étaient plus étendus.
assi je n'ai avancé que comme une hypothèse Tidée de sec-
^noer et de suturer les tendons pour les diminuer.
Présentations de malades.
I
il. Verneuil présente un malade entré dans son service, il y a
DU 6 jours, pour une tumeur du maxillaire supérieiu*, néo-
sme à éléments cellulaires, à marche rapide. Cet individu est
ind, fort ; mais il a la langue sèche, plus de dents, et ses urines
itiennent 63 grammes de sucre par litre.
il. Verneuil demande si on doit l'opérer, ou si, en présence de
état général, il faut s'abstenir. M. Verneuil désire faire juger
le question par la Société.
II
t. Dbspres présente une femme de 81 ans, opérée d'une tumeur
476 SOGIÉ^TÉ DE CHIRURGIE.
tibreuse de l'abdomen. Après avoir pratiqué la sulure de la plaie,
on se contenta, comme pansement, de Tapplication de cataplas-
mes. Opérée le 13 juin, cette femme était complètement guérie le
!•' juillet.
M. Desprès se propose dd revenir sur ce point dans la prochaine
séance.
III
M. Larger présente un malade opéré par la méthode de Cho-
part. Renversement du moignon. Guérison par réleclriciié.
Prëientalion d'Instrumeiiti.
M. Poulet de Lyon présente un instrument appelé le Tocogn-
phSy instrument donnant graphiquement le travail des muscles
abdominaux, séparé du travail du muscle utérin pendant raccoa-
chement.
L'examen de cet appareil est renvoyé à une commission com-
posée de MM. Guéniot, Lucas-Championnière et Polaillon.
La séance est levée à 5 h. 40.
Le secrélairey
HORTELOUP.
Séance du 17 juillet 1878.
Présidence de M. F. Guton.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
OorreliMnilanee. .
La correspondance comprend :
1° Les publications périodiques de Paris;
2*" La Revue des sciences médicales en France et à TÉtranger ;
3*" Le Sud médical j la Gazette médicale de Bordeaux, VAIg^r
médical^ \e Bordeaux médical, \e Lyon médical;
i^'Lberbuch der chirurgie und opérations Lehre, von D' Edouard
Albert, membre correspondant; The British médical Jour*
naly la Gazette médicale Italienne-Lombarde, la Gazette de sutii
militaire de Madrid ;
2^ La Salute aezione digiene popolare de Gônes ;
8KANGK DU 11 JUILLi<:T, 477
* Du Traitement curatif des veines par r oblitération des
m, par Davat, Paris, 1836.
[. le président annonce que M. Saxtorph, de Copenhague»
nbre correspondant étranger, assiste à la séance.
I. le président donne lecture de lettres par lesquelles M. lepré-
mt du Congrès pour i*avaacement des sciences et M. le
aident du Congrès d*hygiène demandaient a la Société de chi-
pe de vouloir bien désigner des délégués pour la représenter à
Congrès.
•a Société décide que les membres délégués seront désignés
le bureau.
. propos du procès-verbal, M. Farabeuf fait observer que le
sde présenté dans la précédente séance, comme ayant subi une
mtation de Chopart, a subi, en réalité, une désarticulation anti-
Aoïdienne, et peut-être môme une amputation intra-cunéi-
ne.
Cominiiiilcatlon orale.
'• VERNsmL. Je désire revenir sur le malade que je vous ai pré-
é dans la dernière séance, car je considère la question que
ève son état général comme d'un intérêt capital, que je crois
^pensable de voir examiner et discuter à fond par la Société de
orgie.
oici d'abord, en quelques mots, Thistoire du malade.
s'agit d'un homme de 58 ans, journalier, entré dans mon
ice le 2 juillet 1878. Cet homme, petit, fort, bien musclé, ne
ente aucun antécédent morbide; pas de syphilis; un peu
humatisme s'accompagnant d'urine chargée d'urate de soude ;
ques varices ; mais , en résumé , il a toujours joui d'une
llente santé, jusqu'à il y a deux ans, à cette époque : sa soif,
appétit, augmentèrent, mais son embonpoint ne varia pas. A
t de 22 ans, cet homme fit sur la mâchoire une chute à la suite
quelle il perdit pas mal de dents.
Y a quatre mois, il fut pris de douleurs dans la mâchoire supé-
« au niyeau de la canine droite ; il se la fit arracher, mais il
)rçut d'une légère tuméfaction, à ce niveau, sur la voûte pala-
Cette tuméfaction augmenta avec une telle rapidité qu'en
478 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
quatre mois elle est parvenue au volume que vous avez pu voir.
Elle bouche Tœil, soulève le nez; elle a envahi tout le bord
alvéolaire et toute la voûte palatine, et elle occupe tout le maxil«
laire supérieure. Cette tumeur s'accompagne de telles douleurs
que cet homme demande à en être débarrassé.
Cette tumeur est une tumeur maligne, quel que soit le nomqu'oi
lui donne, et nous sommes habitués à en opérer, car le seul danger,
que présente cette opération est Thémorrhagie, dont nous savons
nous rendre maîtres sans grandes difRcultés.
Si ces opérations donnent de beaux succès primitifs, il n'en ert
plus de même consécutivement ; on les guérit en effet; mais h
guérison est de peu de durée, et la récidive est rapide. Je doi
cependant dire que j'en ai opéré 2 dont la guérison se maintient^
pour Tune depuis 12 ans, et l'autre depuis 15 ans.
Je n'hésiterais donc pas à opérer cet individu, s'il ne se présen-
tait une circonstance que je regarde comme une sérieuse contre-
indication. Je veux parler du diabète. En interrogeant cet homme,
mon interne, qui a Thabitude de ces recherches, supposa la glyco-
surie ; il examina les urines et trouva 63 grammes de glycose pir
jour.
Nous admettons tous, sans conteste, qu*il existe des contre-infi*
cations évidentes*; ainsi nous n'opérons jamais un individu ayant
une tumeur cancéreuse interne, une affection du cœur, des tuber-
cules pulmonaires, mais nous sommes loin d'avoir une opinion aussi
arrêtée sut les empoisonnements du sang, tel que le diabète. Noos
avons eu souvent l'occasion d'en parler, et il a été impossiblede
donner un précepte absolu. Pour expliquer cette hésitation, on a
cité des guérisons chez des diabétiques : des guérisons de cakaïaO'
tes, de hernies étranglée, d'ablation d'hémorrhoïdes, de phegmooi
diffus largement débridés; mais pour de grandes opérations, teBe
que celle dont il s'agit chez mon malade, on n'a pas eu les mimes
succès.
Il est certain que l'on a dû opérer des diabétiques sans connaît-
sance de cause, et qui ont dû guérir ; de plus, il y a dans le rema^
^uable ouvrage de Marchai de Calvi un cas de guérison à la emle
d'une amputation d'un membre ; dans la thèse de Vincent, il y a WM
autre observation; et je connais un cas d'amputation de bref
guérie chez un diabétique.
En résumé, ce sont des faits rares, peu connus, et qu'il faut etf*
rainer.
Dans le cas actuel, il s'agit d'une grave opération dont le résul-
tat heureux est très- aléatoire ; aussi je suis d'avis que Jes chaneo*
ne sont pas égales et qu'il vaut mieux ne pas opérer.
Je crois ceoendant au'on peut modifier ce pronostic en modifla'
siÂNGB DU n JUILLET. 479
le diabète, ainsi j'ai opéré un individu le sachant diabétique, dans
ta conditions suivantes.
Ud monsieur de 45 ans^ large, solide, se présente à moi avec
une fistule anale, ou plutôt avec un phlegmon de la marge de Tanus
datant de 4 ans ; on l'avait cru guéri pendant un moment, mais
la plaie s'était réouverte, et enfin il restait une fîstuleavec indura-
tioii. Les bords étaient livides, il y avait une large induration ;
l'état général paraissait bon, malgré quelques accès de goutte,
mis, en examinant les urines, on constata 26^,50 de glycose
par litre.
En lui annnonçant cette découverte, je lui conseillai de suivre un
traitement antidiabétique, et que, suivant ce résulttat, j'aviserais.
Fischer, de Hanovre, conseille de faire prendre aux diabétiques
de l'acide phénique pour diminuer le sucre, mais je préférai le
aoomettre à l'usage de la glycérine.
En huit jours, de 26»', 80 le sucre tomba à 8«',40, puis à
!»•,».
Le malade désirait vivement être opéré, je me décidai, avec le
thermo-cautère, je fis un débridement considérable ; les suites en
forent très-simples, le sucre persista toujours dans les mêmes
proportions, 6 grammes par litre.
Une survint aucun accident, sauf une légère hémorrhagie, deux
petites cuillers de sang, qui se produisait tous les deux jours,
lorsqu'on soulevait la mousseline du pansement. Je continuai la
^cérine, avec un peu de sulfate de quiaine, et la plaie alla assez
bien pour que ce malade pût retourner dans son pays. La guérison
a'est pas encore complète, le sucre persiste ; et, lorsque le chiffre
airire vers 11 grammes, la plaie prend un mauvais aspect; quand
io encre diminue, la cicatrisation paraît prête à se faire. Je vais en-
voyer ce malade à Vichy, et je ne doute pas du succès.
J'ai recueilli une autre observation qui prouve qu'il ne faut pas
attacher une trop grande espérance à cette disparition momentanée
de la glycose. Tessier de Lyon a beaucoup insisté sur cette intermit-
toocedela glycose, et surtout sur les cas dans lesquels le sucre est
remplacé, d'un jour à l'autre, parde l'urée, par des phosphates, par
de l'acide urique ou par de l'acide oxalique, ou enfin par de Talbu-
Dïine. Le diabète est un véritable Prêtée dont les transformations
sont toujours graves.
fe fus consulté cet hiver par un homme de 45 ans, grand, fort,
d'nne belle apparence, pour une tiuneur de la région parotidienne
^Mant de longues années : la peau était livide, les douleurs étaient
^es, et je me décidai à lui conseiller de se faire opérer. Au
^Ornent où il quittait mon cabinet, il me raconta que, deux mois
'^paravant, il avait été diabétique, 30 grammes par litre, mais
480 SOGIÉTé DE CHIRUROn.
qu'à la suite d'un traitement tout avait disparu. Je priai MJ
d'examiner les urines : on ne trouva rien ; je demandai Pt
M. Richet, et nous décidâmes de Topérer.
L'opération fut longue; il fallut dénuder la gaine de la oi
dans une étendue de 2 centimètres. Le lendemain je fis (
ner les urines ; elles eontenaient beaucoup de sucre ; quarant
heures après, le sucre avait disparu et était remplacé pi
quantité considérable d'urat^ de soude.
Au 4^" jour survint un érysipèle qui fit le tour de la tète, pv
hémorrliagie consécutive ; le 6% le 7® et enfin le S* jour,
ration de la carotide, qui enleva le malade dans la soirée.
Voici donc un malade dont le sucre, disparu pendant un (
temps, revient sous TinAuence de l'opération, qui meurt le I
d'hémorrhagie consécutive.
Ce qui m'arrête chez le malade que je vous ai fait examine
la crainte de Thémorrhagie consécutive ot la crainte de 1
tomber dans le coUapsus, avec abaissement de la tempéi
dans cet état que l'on désigne, peut-être à tort aujourd'hui
le nom de choc.
M. HouEL. Je n'ai aucune expérience pour décider si les indi
vraiment diabétiques, dont on fait dimiuuer la quantité de
sont en état de supporter une grande opération, mais je va
insister sur ces faits de diminution rapide du sucre sousl'inl
d'un traitement.
J'observe un diabétique dont le sucre, de 68 grammes, a p
cendre, en quelques jours, à o, pour rester à ce chiffre p
un certain temps. Puis, ce traitement cessant, il remonti
25 grammes, pour diminuer de nouveau avec le régime da
quel on supprime principalement le pain très-torréfié.
M. Desprès. Je fais une grande différence entre les diab^
gras et les diabétiques maigres, entre les diabétiques âgés
diabétiques adultes.
J'ai soigné plusieurs diabétiques atteints d'anthrax; qui a
combé. En revanche, j'ai opéré avec succès 3 diabétique
à l'hôpital, les deux autres en ville.
Celui de l'hôpital nous apprit, par hasard, qu'il était diaU
il avait une fistule à l'anus qui guérit rapidement.
Les deuxautresde la ville : l'un avait un phimosis ; le secoi
hémorrhoïdes que j'enlevai avec l'écraseur linéaire. Ces tro
vidus étaient des diabétiques gras, avec 8 â 15 gramn
glycose.
SiANGE DU il JUILLET. 481
Il faut donc faire une distinction : les diabétiques gras peuvent
vivre longtemps sur leur graisse, les maigres meurent.
Si le malade de M. Yerneuil n'avait pas à subir un% aussi grave
opération, je l'opérerais, parce qu'il est gras et fort; mais enlever
un sarcome aussi volumineux, avec la crainte d'une hémorrhagie^
je reculerais.
M. Lucas-Chàmpionnière. Je ne crois pas que l'on puisse admet-
tre comme constante la distinction que l'on veut établir dans le
pronostic entre le diabétique gras et le diabétique maigre ; j'ai vu
un diabétique gras de 55 ans enlevé par uneangioleucite à la suite
d'une incision faite à un cor au pied.
M. Berger. Je rappellerai à M. Verneuil un cas de dénudation
de la fémorale survenue à la suite de l'application d'un compres-
seur de M. Broca pour un anévrysme du creux poplité.
La guérison fut lente, mais elle fut complète. Elle fut obtenue
par laformation de caillots fibrineux, et le sucre disparut.
M. VERNEUEi. Je pense donc que personne ne me conseillera
d'opérer.
Je ne crois pas possible d'admettre comme exacte la distinction
que veut établir, au sujet du pronostic, M. Desprès, entre les* dia-
bétiques gras et les diabétiques maigres.
Je connais un cas de mort survenu à la suite d'une fistule à
Tanus chez un diabétique gras ; j'ai vu mourir des diabétiques gras
à la suite d'une petite opération telle que l'arrachement d'un cor.
Je vois dans ce moment un malade qui, après avoir été diabéti-
que, est devenu albuminurique ; il vamourh* à la suite de l'enlève-
ment d'un œil de perdrix.
Si l'on est diabétique, il est peut-être favorable d'être gras, mais
devant les opérations tous les diabétiques se valent.
Cominnnlealion écrite.
M. T. AifGBR donne lecture de l'observation suivante :
Tamenr ipongieuie enkystée de l'aine avec grand kyste de la grande
lèvre. — Ablation. — Guérison.
Madame F..., âgée de 46 ans, me fut adressée, le 29 novembre 1877,
par un de mes amis de province. Depuis 2 ans elle voyait que la
grande lôvre du côté droit grossissait peu à peu, et lui faisait éprou-
ver des douleurs de plus en plus vives, au point de troubler son som-
meil ; à la façon dont elle dépeint ses souffrances, à sa constitution
sèche, il est facile déjuger tout d'abord que c*estune femme nerveuse,
irritable, et un peu exagérée.
482 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
t
La grande lèvre du côté droit est distendue par une tumeur pf
forme, résistante, transparente et franchement flucturante. Lapeta^
la recouvre est saine, mais fortement distendue, au point de lai«
voir par tran^arence la teinte verdâtre du liquide contenu. La tume
occupe non-seulement toute retendue de la grande lèvre, mais a
remonte supérieurement jusqu'à l'anneau inguinal externe; elle (
divisée en deux parties : l'une inférieure, de la grosseur du poia
plus molle et fluctuante ; Tautre supérieure, dure, résistante, et mai
festement adhérente a Tépine du pul)is. Ces deux parties sont «^
rées Vune de l'autre par un étranglement bien accusé, et insaffiiai
pour laisser soupçonner l'indépendance de ces deux parties.
La malade se rappelle parfaitement qu'il y a 15 ans, en 186S,el
heurta violemment le dos d'une chaise, qu'elle ressentit une vioW
douleur dans l'aine, juste au niveau de l'épine du pubis, et qu'àffl
droit frappé parut peu après une petite dureté du volume d'une la
sette qui devint le siège de douleurs assez vives, et restasurtoottréi
sensible à la pression. Le D' Brière, qui fut consulté à cette époqi
constata que cette petite grosseur, quoique implantée au nivatt i
Torifice externe du canal inguinal, n'était réductible, ni spontanéM
dans le décubitus dorsal, ni par le taxis; aucun bandage ne fut CM
seillé ni porté. Pendant de longues années, la tumeur resta statia
naire, mais toujours très-douloureuse et excessivement sensible il
pression*
Il y'a 2 ans et demi elle se mit à grossir rapidement, devint leiié|
de douleurs vives, et vraiment intolérables au dire de la malade.
La marche de cette tumeur, sa forme, son siège, sa tran^tresMil
fluctuation, etc., tous ces signes semblaient devoir se rapporter iv
hydrocèle enkystée dans un ancien sac herniaire, avec une masse éf
ploïque indurée au niveau de roriflce externe du canal inguinal. T
fut, en effet, mon diagnostic, et séance tenante je ils une ponction m
la partie inférieure la plus saillante, et évacuai 200 grammes envtî
d'un liquide clair et séreux comme celui de l'hydrocèle.
Le 6 décembre la malade revint me voir. La tumeur n'avait f
tardé à se reproduire, et la distension de la poche était telle qe0.
crus devoir pratiquer une deuxième ponction qui donna cette fo
issue à un liquide sanguinolent.
Après chacune de ces deux ponctions, il me fut facile de constah
qu'il existait au sommet de la grande lèvre, et au niveau de l'orifii
externe du canal inguiîial, une tumeur dure et solide, asseï pea flv
bile et adhérente à l'épine du pubis. Cette tumeur marronnéd ne pan*
sait envoyer aucun prolongement dans le canal inguinal, et elle éti
complètement irréductible.
Mon premier diagnostic de vieille hernie épiploïque enkystée avi
hydropisie du sac herniaire me parut dès lors moins asaoréei <
comme la tumeur était, au dire de la malade, très-douloureuse, je Cfi
devoir en proposer l'ablation.
La malade s'y décidait avec peine, et le 7 mars elle me pria detH
ter une troisième ponction qui donna issue à 250 graounes d'un liqoid
sAANOB du n JUILLET. 483
I
égirament opalescent. Après Tévacuation je pus constater que la par-
is dore et solide de la tumeur avait notablement augmenté de volume,
iC jinsistai pour faire une ablation complète.
L'opération fut exécutée le 18 mai 1878, avec Taide de mon confrère
i. Leroy et de deux de mes élèves.
Lt malade étant endormie, je fis une incision de la peau allant du
iatl inguinal à la partie inférieure de la grande lèvre. La peau était
iDement amincie au niveau du kyste que je ne pus suffisamment mé-
Nger Tenveloppe du kyste pour empocher Técoulement du liquide*
h disséquai la partie supérieure de la tumeur, qui avait des adhé-
IMes internes avec les piliers de l'anneau inguinal, et la détachai de
mit en bas.
Lt tumeur complètement extirpée, j'examinai attentivement Torifice
4 le trajet inguinal, et je m'assurai qu'il n'existait aucun prolonge-
HDt de la tumeur dans le canal inguinal. Le seul point d'adhérence
Éime de la tumeur se trouvait au niveau du pilier interne de Torifice
Igointl, jaste à son insertion du pubis. Là les fi))res tendineuses
laient à nu et disséquées comme pour une préparation anatomique.
imn prolongement ne remontait dans le canal.
L'énucléation terminée, je réunis les bords de cette longue incision
irhuit points de suture entortillée; la partie la plus déclive de la
{fiade lèvre fut seule laissée béante pour donner passage à deux
Iniii8 qui devaient permettre l'écoulement des liquides exhalés et pré-
vdr toute rétention. Les épingles furent toutes enlevées les 2* et
^ jour. Aucune complication ne vint entraver la guérison qui était
mplète le 15<» jour.
L'examen de la tumeur montre qu'elle est formée de deux parties
épurées Tune de l'autre par un léger étranglement : l'inférieure, qui
inespondait à la grande lèvre est constituée par un kyste da volume
^me poire, contenant un liquide citrin, clair, non filant, tout à fait
■tlogne à celui de l'hydrocèle. La paroi est épaisse, rouge, et son
•pect la rapproche plus des muqueuses que des séreuses. Une coupe
liaee de cette paroi montre qu'elle est formée antérieurement d'une
Mehe épaisse de tissu fibreux, et antérieurement tapissée d'une
ooehe de cellules pavimenteuses. A son extrémité supérieure, cette
oehe kystique se termine par une dépression infundibuliforme qui
WoDce au-dessous do l'autre partie de la tumeur et qui lui est tout
fait coutiguS.
Cette seconde tumeur a une texture beaucoup plus compliqpiée que
oormapartje n*ai jamais vue, et dont j'ai vainement cherché des
lemples analogues dans les auteurs. Aussi mérite-t-elle une descrip-
Mi minutieuse. Je ne saurais en donner une meilleure idée générale
^ta comparant la texture à celle d'une petite éponge pédiculée et
i^aianue dans un sac qui l'enlourait de tous côtés excepté au niveau
9 son pédicule.
lorsque j'ai ouvert ce sac, il s'est échappé environ deux cuillerées
^ liquide verdfttre, opaque, comme on en trouve dans les anciens
Nuichcmonts sanguins. Ce liquide se trouvait interposé entre la poche
484 SOCIÉTÉ DE CHIRURQIK.
1
kystique antérieure, et le champignon spongieux dont j*ai parié, il
qui constitue la partie originale et principale de cette tameur. QéW
trop tard lorsque j'ai voulu recueillir ce liquide; mais la poche l^fi^
tique a été examinée; elle se compose de tissu fibreux tapinéial^
rieurement d'épithélium.
Le champignon spongieux qui s'est développé à Tintérieur de cent
présente une texture des plus intéressantes. Au niveau de son pédh
cule, c'est un tissu fibreux, dur, résistant, au milieu duquel on ap»
çoit çà et là à l'œil nu quelques rares lacunes remplies de sérosité el-
trine et transparente.
A mesure que ce pédicule s'élève, on voit ses faisceaux se dtuo-
cier, puis se rejoindre el s*entre-croiser en formant des trabécolesà
plus en plus Anes, dont les mailles sont remplies de sérosité citriM0l
transparente. Cette disposition aréolaire et caverneuse est tout kM
comparable à celle d'une éponge.
Aussi à peine avais-je fendu la tumeur par moitié, que tout leliqnili
contenu dans les aréoles s'est écoulé, et la tumeur, qui était dure il
résistante jusque-là, s'est affaissée entre les doigts. Ce fait prem
qu'il ne s'agit point d'une tumeur kystique ordinaire ; car en sopff
sant que la coupe médiane eût ouvert un certain nombre de kjàKi
dont le contenu se serait échappé, la plupart des autres seraient rariéi
pleins. Or, je le répète, à peine la section médiane était-elle conuMfr
cée, qu'un flot de liquide s'est échappé brusquement, en môme teap
que la tumeur diminuait des deux tiers, à mon grand étonnement, Mil
dure et résistante comme un fibrome, devenait instantanément mdl
et dépressible comme une éponge.
Immédiatement après la section, la disposition aréolaire des tnbè*
cules était des plus évidentes ; depuis lors, par suite de son séjov
prolonge dans l'alcool, les trabécules se sont encore rétractées; MÎ
analysez ce retrait, vous pourrez constater nettement la dispoaitiii
aréolaire de cette tumeur, surtout sur les deux coupes que je vais ton
présenter.
Si maintenant, le microscope à la main, nous pénétrons dans l
structure interne de ce tissu caverneux, voici ce que nous constatoH
Le pédicule de la tumeur, qui déjà à l'œil nu présente l'aspeetit
tissu fibreux, est constitué presque uniquement de faisceaux de fibiB
parallèles. Çà et là, entre les faisceaux, on observe des amas de ed
Iules polyédriques à gros noyaux.
Quelques grandes lacunes existent déjà dans cette partie de 1
tumeur; mais les faisceaux de fibres qui limitent ces excavations soi
toujours tapissés par une seule couche d'épithélium pavimenteux.
A la périphérie de la tumeur, où la disposition est tout à fait aréo
laire, on constate que les trabécules sont encore constituées pard>
fibres réunies en faisceaux dans les trabécules les plus épaisses, fé
duites à quelques fibres seulement dans les trabécules les plus mioeei
Qu'ils soient minces ou épais, les faisceaux sont toujours et constat'
mont revêtus d'une seule couche d'épithélium pavimenteux, poly^
drique et à gros noyau iH)nd.
Paris. — Imprimerie Paul Dupont. 41, rue J.-J.-Rouiscnu. (CI.) (875, 6-78.} Le GirûUl: ba*^'
SÉANCE DU 17 JUILLET. 483
Ainsi, en résumé, la tumeur que je vous présente date de 15 ans.
EDe aurait pour point de départ, un coup reçu dans la région de
Fiine. Pendant de longues années, son volume est resté stationnaire et
Tédoit à la grosseur de deux poids accolés et très-durs. Mais depuis
dMx ans la tumeur a augmenté constamment de volume et elle est de-
venue le siège de douleurs vives, presque intolérables au dire de la
mltde. L'examen de la tumeur montre qu'elle est composée : i^ d'un
fnnd kyste séreux qui a envahi de haut en bas toute la grande lèvre ;
t* d'un petit kyste hématique à l'intérieur duquel a poussé, comme
QS champignon, une tumeur qui, nettement fibreuse au niveau do son
pédicule, devient aréolaire et caverneuse à sa périphérie. Les veines
■ieroscopiques démontrent que les aréoles sont formées de faisceaux
de tissus fibreux, revêtus d*un épithélium pavimenteux ; les cavités
aréolaires étaient remplies d'une sérosité citrine qui s'est brusquement
échappée au moment de Tincision de la tumeur.
CTest avec ces données, qu'il faut remonter à la pathogénie de cette
hmeur ; et ici s'ouvre le champ des hypothèses.
La première idée qu'avait éveillé Texamen de la tumeur, était celle
d*ve hydropisie d'un ancion sac herniaire avec hernie épiploïquc in-
durée et irréductible. La texture de ce produit morbide ne répond pas
I OB diagnostic. En effet, dans cette hypothèse, l'épiploon aurait dû se
irolonger dans le trajet inguinal, ce qui n'était pas. En outre, on ne
kotive dans la tumeur aucune trace de tissu adipeux, et il faudrait
•jmettre non-seulement que la graisse a disparu, mais que l'épiploon
IfiFtàé a subi une transformation aréolaire et caverneuse. Or, je ne
Nchc pas qu'on ait jamais rieu signalé de semblable dans les anciennes
On trouve dans cette région un autre organe, le ligament rond, et
wmme dépendance le canal de Nuck. Peut-on les considérer comme
Is point de départ de cette tumeur? Je no le pense pas. D'abord le
%ament rond se termine dans le trajet inguinal; il n'émerge pas de
l*opifice externe. S'il eût donné naissance à ces tumeurs, celles-ci au-
fùent remonté dans le canal, ce qui n'était pas.
Quant au canal de Nûck, son existence, comme Ta établi M. Duplay
•^ sa thèse sur les collections liquides du pli de faine^ est problé-
outique. Puis, si les vertiges de la séreuse péritonéule ont dunnc
Dtissance à des kystes, ceux-ci étaient uniloculaircs. Le tissu fibro-
^olaire dont je viens de donner la description s'éloigne trop des
kystes simples pour autoriser cette interprétation, qui dans tout les
^ resterait bien douteuse.
Dans toutes les hypothèses que je viens d'exposer, le principal argu-
B)6nt en leur faveur est la présence de l'épithélium pavimenteux à la
*^ace des tubercules. Mais je me hAte d'ajouter que, quoique se rap-
P^hant beaucoup de l'épithélium pavimenteux, les cellules qui
'^couvrent les faisceaux fibreux, n'ont pas la régularité de forme
polyédrique des cellules qui revêtent la surface péritonéale.
Il ne faudrait donc pas attacher à cette expression d'épithélium pavi-
'honteux une importance capitale, d'autant plus que l'on voit souvent
BULL. BT MÉN. UE LA SUC. DE riIlK. ^'3
4B4 SOGtlfrrÉ DE GHIRUROIE.
des cellules petites et arrondies comme celles des ganglions lymplia-
tiques, prendre, sous certaines influences pathologiques, les fonaes
pavimenteuses que Ton constate dans la tumeur en cpiestion. Ce rap-
prochement me conduit naturellement à examiner Thypothèse d'une
tumeur kysticfue ganglionnaire.
Do nombreux ganglions lympathiques existent dans la région de
l'aine. 11 serait possible qu'un de ces ganglions eût été écrasé par le
coup violent que s*est donné cette femme, et qu'il fût le point de
départ réel de la pièce que nous examinons. Je dois dire de suite que
cette opinion est celle de M. Robin, auquel j'ai montré la pièce et ses
préparations microscopiques. Ce savant maître pense que soos l'io-
fluence d'une contusion, Tun des ganglions inguinaux s* est enkysté,
puisque le tissu est devenu fibreux, en même temps que répithéliom
nucléaire s'est peu à peu transformé en cpithélium pavimenteux. La
transformation iibreuso de la trame du ganglion d'une part, de l'antre,
la transformation pavimenteuse des éléments nucléaires auraient donne
naissance à ce tissu aréolaire dont chaque trabécule est revêtu d'une
seule couche d'épithélium.
M. Robin, d'ailleurs, aurait déjà ol)servo une tumeur analogue, en^
levée par Nélaton, sur un charretier qui aurait longtemps auparavant
reçu un violent coup au niveau de la région cervicale. La tumeur lui
avait été apportée par M. Lorain, mais l'observation n'en aurait pas
été publiée .
M. Cornil, mon collègue de l'hôpital Lourcine, dont j'ai également
pris l'avis, a émis une autre supposition. Quoi qu'il n'ait jamais
observé de tumeur semblable, il pense que c'est une tumeur fibreuse,
dont les faisceaux écartés et dissociés par l'hypergenèse des cellules
plasmatiques, ont formé les aréoles de la tumeur. Les travées ainsi
isolées se seraient recouvertes d'une seule couche d'épithélium ptvi-
menteux, lequel se serait chargé de sécréter la sérosité citrine répandue
dans les interstices des travées. Malgré toute l'estime que j'ai pourlt
compétence de M. Comil, en ces matières, j'avoue que sa supposition
ne me parait pas vraisemblable. Mieux vaut s'en tenir aux faits
nettement constatés, et attendre que de nouvelles observations p6^
mettent d'élucider ce point de pathogcnie. Or, le fait évident qui se
dégage de l'examen de cette tumeur, c'est l'existence au niveau de
l'aine de collections liquides contenant ù leur intérieur une sorte de
tissu spongieux dont les travées sont formées de faisceaux fibreux
couverts d'épithélium pavimenteux; les interstices de ces IraTces
étant remplies d'une sérosité citrine qui les distend au point de Taire
prendre la tumeur pour une tumeur dure et solide.
PréfiieDlAlioii de maladeff.
M. NicAiSE présente, au nom de M. le docteur Ch. Brigham,(l^
San-Francisco, un malade auquel ont été pratiquées la resectio^^
totale de romopiale, et celle de la tôle de l'humérus.
sààlfQB DO !24 aUILLBT. 48S
L'examen de ce malade est renvoyé à une commission composée
de HH. DelenSy Farabeuf et Nicaise.
I<eet«re8.
M. Boucheron donne lecture d'un travail intitulé : Des adhéren-
tes des muscles droits de F œil avec la capsule de Tenon. Nouveau
procédé de strabotomie.
{Commision : MM. Périer, Berger, Trélat.)
La séance est levée à 5 h. 25 m.
Le Secrétaire^
HORTBLOUF.
Séance dn 24 jalUei 1878,
Présidence de M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondanee.
La con*espondance comprend :
' 1* Les journaux périodiques de la semaine.
!• Le Bulletin général de thérapeuthique.
8* Les Archives de médecine navale.
4* La Gazette médicale do Bordeaux^ le Bordeaux médical^ la
^vue médicale de FEst^ la Revue médicale de Toulouse, le Lyon
^^ical.
f^ Centralblatt Ùir GhirurgiOy la Gazette médicale Italienne^
^^mbardCy the British médical Journal.
€• Une note imprimée du D' Cecchereeil de Florence sur les
^eurvations rachitiques des os et leur traitement.
!• Une brochure du D' Abeille, intitulée : Fibromes intertitiels
b Talérua. De leur guérison au moyen de Fliystérotomie ignée
•tr les voies naturelles,
La correspondance manuscrite comprend :
!• Une lettre du D"" Briau, bibliothécaire de l'Académie de méde-
ine, demandant à faire compléter la collection des Bulletins et
Mémoires de la Société de chirurgie.
t* Une lettre du Directeur de l'administration générale de l'Assis-
Uce publique adressant à la Société V Index bibliographique des
MÊvrages^ mémoires et publications diverses de MM, les méde-
iias et chirurgiens des hôpitaux de Paris.
486 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE*
Rapport.
M. Le Dentu lit le rapport suivant, sur le travail de M. (Mot.
chef de clinique chirurgicale à Montpellier, intitulé : Observation
de trépRnation, accompagnée de considérations sur le rôle des
pieds des circonvolutions frontales, au point de vue des pbéiKh
mènes moteurs.
Messieurs,
Je suis chargé de vous rendre compte d*un travail envoyé à la
Société de chirurgie par M. Chalot, chef de clinique chirurgicale à
la faculté de Montpellier. Ce travail est intitulé :
Plaid contuse du pariétal droit par un coup de pioche. Trépanatiot.
Pas d'esquilles de la lame vitrée. Pas de convulsions ni de panijiiii
croisées, à la suite du ramollissement inflammatoire limité an pied
des deux premières circonvolutions frontales droites.
Je vais résumer en quelques mots Tobservation dont le litre
précédent indique les principales particularités.
Un militaire de 25 ans reçoit un coup de pioche, et se présente
à la clinique de M. Dubreuii avec une plaie contuse non accompa-
gnée de fracture de la table externe du pariétal. Celte dernière est
seulement un peu dénudée.
Pendant neuf jours tout va bien. Au dixième jour, se déclare un
frisson intense suivi de céphalalgie après un quart d'heure
de durée. Le faciès est animé. 11 y a 39%8 dans l'aisselle.
M. Dubreuii, en Tabsence des signes d'une complication exté-
rieure quelconque^ songe à la possibilité d'un éclatement de la
table interne, et apphque une couronne de trépan au milieu delà
plaie. La rondelle osseuse bascule pendant son ablation, et alors
on voit se produire du côté droit, c'est-à-dire du même côté que là
plaie, une contraction tonique avec flexion du bras et de la jambe.
La face reste immobile, mais le malade qui parlait alors, s'arrête
brusquement.
L'opérateur ne rencontrant pas d'esquilles, passe outre et fend
la dure-mère. Trouvant les circonvolutions intactes, il ne va pa^
plus loin.
Trois heures après Topération, frissons d'une heure avec claqu^^
ment de dents. Les signes d'une méningo-encéphalite se décla^
rent, et le malade succombe au bout de cinq jours.
L'autopsie révèle les lésions de la méningite, au niveau do ^
trois circonvolutions frontales droites à partir de la fissure qui le —
sépare de la frontale ascendante. En regard de cette dernière et d-^
la pariétale ascendante, les méninges étaient absolument ialack^
SEANCE DU 24 ariLLET. 48"
circonstance qui rapprochée de Tabsenco de tout phénomène para-
lytique a une réelle importance.
La couronne de trépan est tombée sur le tiers externe ou infé-
rteur du pied de la première frontale droite, et sur la première
moitié interne ou supérieure du pied de la deuxième frontale.
Dans ces points, la destruction de la substance grise par ramollis-
sement inflammatoire montre à nu la substance blanche. La fron-
tal ascendante ne présente aucune altération.
L'auteur, rapprochant de ce fait plusieurs observations emprun-
tées à Hughlings Jackson, en tire cette conclusion, que les lésions
des pieds des deux premières frontales ne donnent lieu ni à des
convulsions, ni à des paralysies croisées.
Cette conclusion me paraît fondée en ce qui touche les quelques
eas relatés par l'auteur ; mais j'aurais voulu le voir porter un peu
phs de réserve dans la généralisation trop hâtive qu'il a cru pou-
voir formuler. En tous cas, il y a à noter que chez le malade de
K. Dubreuil, l'intégrité des circonvolutions frontale et pariétale
Koendantes droites marchait de pair avec l'absence de toute para-
^sie.
Quant à la trépanation en tant qu'opération, que dire d'elle,
ônon qu*en dépit des assertions de M. Sédillot, de simples proba-
dités d'enfoncement de la table interne ou de début de méningite
M constituent point des indications sufTisantes ?
Le premier frisson, la fièvre ont conduit M, Dubreuil à la pen-
sée qu'il se trouvait en présence d'une complication cérébrale à
combattre au plus vite. A supposer qu'il eût raison (ce qui est
H>8sible, puisqu'aucune maladie n'est apparue chez le sujet, soit
wnc environs de la plaie, à Textérieur, soit dans un autre point),
'opérateur n'a rencontré aucune lésion ni dans les os, ni dans les
aéninges, ni à la surface du cerveau. Son opération a donc été
iHit au moins inutile.
Les adversaires passionnés de la trépanation verront peut-être
^s ce fait une occasion de triompher à leur aise ; mais quant à
BOX qui n'admettent l'intervention qu'alors que les indications sont
i^iseSy ou que les accidents à combattre comportent à peu près
^tant de risques que l'opération elle-même, cette observation ne
^t que les confirmer dans les réserves que leur a imposées une
^ie approfondie de la question.
'e propose :
t^ Des remerciements à M. Chalot.
^ Le dépôt du travail de M. Chalot aux archives.
Discussion.
If TiLLAUx. J'approuve complètement les remarques que
488 SOGI^Té D« GHIRUROnt.
M. Le Dentu a faites au sujet du travail de M. Chdoi. D n'y anï
aucune indication pour appliquer le trépan et les opérations dus
des cas semblables, ne peuvent que compromettre la trépanation.
Chez ce malade surviennent au 8° jour des frissons qui ne peaveat
en aucune façon faire supposer un abcès et on ne pouvait ries
espérer.
Je ne suis pas adversaire absolu du trépan, mais il faut, pour
rappliquer, avoir des raisons qui permettent de penser soit à uae
esquille, soit à un abcès, mais là, on ne pouvait rien supposer de
semblable. De plus, nous savons tous que rapplication du trépia
est tout à fait nuisible lorsqu'il y a une méningite.
M. Lucas-Championnière. Je partage tout à fait les opinions sou-
tenues par mes deux collègues. Dans ce cas Tapplication du trépan
ne pouvait qu'être nuisible.
M. Le Dentu. Je crois qu'il était peut être indiqué de faire me
application du trc^pan, mais lorsque le chirurgien eût trouvé k
dure-mère intacte, il aurait fallu s'arrêter et ne pas aller plusloio.
Les conclusions du rapporteur sont mises aux voix et adoptées.
L<eeturetf.
L
M. Lahqer donne lecture d'un travail intitulé : Des causes de Is
(information du moignon à la suite des amputations du pied en
générai
{Commission : MM. Desprès, Gillette et Farabeuf, rapporteur.)
11.
M. Galezowski, donne lecture d'un travail intitulé : Traiéestent
deToplitlialmie granuleuse par r excision du cuhde^sao cotyoncU^^^'
(Commissaires : MM. Giraud-Teulon, Panas, Terrier.)
Présentation d'instrument.
M. ZsiGMOi^Di, chirurgien de l'hôpital royal et impérial de Vioano*
présente une série d'atelles fabriquées en flanelle et m plâtre.
[Commission : MM. Desprès, Sée et Tillaux.)
Prënentation de pièce.
M. Le Dentu présente un calcul vésical ayant pourpoint àeàéf^
une épingle à cheveux qui eel restée cinq mois dans la vessie d^iD^
SKANGK DL- 31 4VILLV,1 . 489
S flile. La malade donnait tous les ronseignements, il n'y avait
pas de recherches diiTlciles. Je As la dilatation de Turèthre
Qd paraissait possible. Après avoir endormi la malade, je me
fi d'un dilatateur à trois branches, puis je fis un petit dcbri-
mià droite et à gauche, et je pus avec une certaine précau-
f faire parvenir mon index qui a 6 centimètres de circonfé-
calcul se présentait par la pointe de Taiguille ; je le dépla-
ît je ramenai à la partie supérieure de la vessie. Je pus,
ronglè, saisir une des branches de l'épingle et ensuite intro-
I une pince et je pus extraire ce calcul, qui présentait la forme
lOte. Les deux branchos dépassaient le calcul de 2 centi-
es, et le calcul allongé avait 5 centimètres 1/2 dans sa
e la plus évasée et 5 centimètres de long.
mrais voulu suivre cette malade et savoir s'il y aurait de Tin-
nence d'urine, mais cette femme n'est restée que cinq jours
laesi partie parce qu'elle no souffrait plus.
B'y a pas eu du tout d'inflammation de la vessie, on ne peut
pas admettre un gonflement du col ayant empêché l'incontî-
Bmême de se produire,
séance est levée à 5 h. 18 m.
Le Secrétaire^
HORTKLOUP.
Séance dn 31 Juillet 1878.
présidence de M. F. Guyon.
procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
CorrespondAnce.
correspondance comprend :
Gazelle hebdomadaire, le Progrès médical^ la Gazette mé-
? de Paris^ la Gazelle dé^s hôpitaux^ la France médicale^ le
'ement médical, VAheillo médicale, la Tribune médicale,
on médicale, le Paris médical.
Bordeaux médical, Montpellier médical, le Sud médical, le
eille médical, la Gazelle médicale de Bordeaux, Lyon médical,
Britisb médical, la Gazzelta medica ilaliana, la Gaceia
udad mililar^ de Madrid.
9 brochure intitulée : Vorlrag uher eine neue Modiûcation
i/pisverbandes^ par Adolphe Zsigmondy.
490 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Une brochure intitulée : Sobre o (jlaucoma e seu tratamenlOy
par Gregorio Rodrigues Fernandes.
M. Polaillon présente de la part de l'auteur un volume intitulé:
Traité élémentaire de chirurgie gynécologique^ par le Ik LeUond.
M. Lucas-Championnière donne lecture de l'observation sni-
vante, envoyée par M. Baudon, membre correspondant.
Blessure de Tartère mammaire interne, épanchement contidénble dni
la cavité pleurale gauche. — Résorption rapide do répanoliMBiat. -
Guérison .
M..., âgé de 2S ans, étant ivre et à la suite d*une querelle démé-
nage, se frappe d*un coup de couteau dans le côté gauche du thonx.
Au moment où je le vois, Thémorrhagie externe est arrêtée, le blanè
est exsangue, quoique la perte de sang visible ne soit pas eonsidénl^
La plaie siège au côté gauche dU sternum, à un centimètre desoa
bord, entre la quatrième et la cinquième côte, sur le trajet de la muiT
maire interne.
A Texamen du thorax, je trouve dans tout le côté gauche une matité
absolue, une grande diminution du bruit respiratoire ; la pointe do
cœur bat à droite du sternum.
Le côté gauche présente à la mensuration trois centimètres dephtf
que le côté droit.
Pas de traces de Tecchymose lombaire signalée par Valentin.
Je diagnostique une plaie de la mammaire interne, avec épancbe^
ment de sang dans la plèvre gauche.
La position de la plaie, son peu do profondeur pouvaient un instant
me laisser quelque doute sur le siège do l'épanchemont, qui aurait pa
se faire aussi bien dans le médiastin antérieur, mais le déplaeement da
cœur porté à droite, la matité étendue à tout le côté gauche, medéte^
minèrent à penser que rèpanchement avait bien pour siège la catité
pleurale gauche.
Le malade était exsangue, couvert d^une sueur froide, insensible à
toute interpellatiou. Le pouls était misérable, filiforme, il était nrgeat
de rappeler le blessé à la vie et d*empêchor que les mouvements da
thorax ne renouvelassent Thémorrhagie, qui était arrêtée.
Je fîs essuyer le blessé inondé de sueur, je le Us frotter jusqn*an
retour de la chaleur, je fermai la plaie du thorax et je l'immobilisai
au moyen d'un bandage de corps.
Comme Toppression était extrême, j'appliquai 12 ventouses séchai
sur le côté gaucho de la poitrine, application que je renouvelai les joar*
suivants.
Chaque jour, le malade reprenait un peu de force, mais ranéflUi
était profonde et l'oppression si grande que 'je craignais une idoH
subite.
SÉANCE DU 31 JUILLKT. 491
La matité était toujours absolue et le murmure vésiculaire presque
nul.
Après un mois 1 epanchement avait à peiue diminué, Toppression
était toujours très-prononcée, et le blessé, ouvrier besoi^^neux, chargé
da femille, me pressait de le débarrasser par une opération, car je lui
avais dit qu*elle était possible.
L'épanchement datait de six semaines et J'espérais que le sang serait
assez liquéfié par les sécrétions de la plèvre, lorsque j'entrepris de
faire une ponction.
Celle-ci fut faite avec mon appareil destiné à vider des cavités closes
Bans pénétration d'air ^ Prévoyant que le sang aurait quelque peine
à sortir, j'employai un gros trocart et je me proposais d'augmenter la
IKiidité du sang par des injections d'eau tiède.
Rien ne sortit par la ponction, bien que je me fusse assuré de la
pénétration du troeart et qu'avec un stylet j'eusse à plusieurs reprises
MfcoQché la canule.
Mtais forcé de retirer mon troeart, sans avoir fait sortir la plus
pmtsquantité de sang ; je trouvai seulement à l'extrémité de la canule,
Bw petite quantité de sang coagulé, poisseux, qui me prouva que
j!élai8 bien dans la cavité de la plèvre.
J'abandonnai donc la résorption aux soins de la nature, en l'aidant
i* révulsifs, de vésicatoires, etc.
Peu à peu l'épanchement diminua, Toppression disparut de jour en
^r, et deux mois après la ponction, c'est-à-dire, trois mois et demi
frès la blessure, le malade put reprendre son travail.
Le pourtour du côté gauche du thorax qui avait après l'épanché-
tteot 3 centimètres de plus que le côté droit, avait maintenant un
)Mktimètre en moins. La percussion faisait reconnaître une sonorité
^que égale à celle du côté opposé et le murmure vésiculaire se
lisait entendre dans toute l'étendue de ce côté du thorax.
Le malade que j'ai revu longtemps après, a donc pu guérir complé-
Maent sans opération.
Vbx pensé que cette observation, que j'ai recueillie en 1871, pourrait
êpondre à la question faite par M. Sée dans la séance du 29 mai der-
•fer, c'est-à-dire, qu'on peut s'abstenir de la ponction et espérer mal-
Té cela une guérison à peu près complète.
i*igoaterai, pour compléter l'histoire de ce malade, qu'il ne voulait
18 se tuer, mais seulement effrayer sa famille, en lui montrant qu'il
Wt homme à se donner un coup de couteau. Comediantc ! trage-
mte ! ! !
M. Desprès. Je ferai observer que robservalion qui vient de
^8 être communiquée, ne peut nullement être mise en parallèle
^ec les faits dont la Société s'est occupée à l'occasion du fait pu-
ié par M. Polaillon. La plaie était fermée, elle ne donne lieu à
iCttoe considération se rapprochant de plaies ouvertes ou béantes
vai on a parlé.
* Voir Journai mâd, prul,, nov. 1869. art. 7894.
i9â SOCIKTÉ DK CHIKURGIL.
M. Lucas-Championnière. Sans vouloir répondre au nom de
M. Baudon, je dirai qu'un de nos collègues, M. Sée,avait demandé
quelle était la conduite à suivre lorsqu'on se trouvait en préseace
d'un vaste épanchement pleurétique consécutif a une plaie di
poitrine. C'est pour tâcher de répondre à celte question que
M. J baudon a envoyé cette observation.
Rapport.
M, Trklat, J'ai été chargé au nom d'une commission composée
de MM. Périer, Berger et Trélat, de vous rendre compte d'un tra-
vail de M.- Boucheron, ancien interne des hôpitaux, qui est intitulé:
Des adhérences des muselés droits avec la capsule de Tenon.
Nous connaissons, tous, les adhérences des muscles moteurs de
l'œil avec la capsule de Tenon, mais nous les connaissons unpeo
vaguement et nous ignorons les détails anatomiques. M. Bouche^
ron a été guidé dans ces recherches par des circonstances de mé-
decine opératoire, qui lui ont permis de constater que les adhé^
rences des muscles n'étaient pas disposées comme on le disait
dans les livres, et ses recherches l'ont conduit à proposer une
modification opératoire de la strabotomie.
Si nous voulons nous figurer un muscle droit de l'œil» nous
disons que ce muscle est entouré par la capsule, dans une cer-
taine étendue d'où part un prolongement doublant la conjonctive.
M. Boucheron a trouvé que cette disposition de la capsule ne fo^
mait pas une simple gaine ; il constate d'abord qu'entre le muscle
et la sclérotique, il existe une petite cavité séreuse sous-muscu-
laire, que Ton peut facilement reconnaître en soulevant le musde,
Sur la partie superiicielle du muscle se trouvent des adhérences
qui forment un empâtement assez solide ; sur les bords latéraux
du muscle il existe des adhérences aponévrotiques qui se ralta»
chent à la partie de la capsule antérieure et s'étendent jusqu'aux
muscles droits voisins. Voici quels sont les résultats opératoires de
ces recherches. Lorsqu'on sectionne un muscle à son insertion i il
sclérotique, on obtient une rétraction qui ne peut être que très-
minime, car, n'ayant pas séparé les insertions des bords latéraoXf
le muscle ne peut se rétracter que très-incomplétement. Pour
parer à cet inconvénient, Liebreicht avait proposé de seotionni'
tout le tissu sous-conjonctival ; M. Boucheron propose de faire uo*
incision plus grande que celle que l'on fait dans l'opération orS-
naire, de disséquer la conjonctive dans une certaine étendue, [»•
de saisir le muscle et de l'inciser. Si la réti*action obtenue n'ai^
pas suffisante, on détruit, avec des ciseaux, les. adhéreooes mxf^
-0KANCK DU âl JUILLiKT. 493
DdelleB externes du muscle^ et si cela ne sufiit pas encore, on
ooBpe les adhérences des bords supérieurs et inférieurs. On
Dbtont ainsi un muscle parfaitement séparé de la sclérotique et
lirede ses adhérences avec la capsule de Tenon. J'ai fait faire deux
btt cette opération par M. Boucheron; les différents temps ne
Tanongent pas et Teffet est excellent.
n s'agissait d'une fillette qui, à la suite d*une plaie de l'œil, avait
sa un strabisme par défaut d'usage du muscle. Je lui iismoi-mâme
ieox tentatives de strabotomie sans bénéfice. En deux séances,
I. Boucheron obtint un véritable succès.
Discussion,
H. Tu^LAUx. J'avais cru comprendre, en entendant la lecture de
LBoucheron, que le point nouveau sur lequel on voulait appeler
'attention, consistait dans la non existence des adhérences de la
ipiule de Tenon avec la face externe des muscles droits.
M. Trelat. Je me suis fait expliquer à plusieurs reprises) par
I. Boucheron^ la disposition anatomique qu'il voulait décrire, et
dpoisafQrmer que M. Boucheron a décrit une cavité séreuse
utre le tendon et la sclérotique et ensuite a décrit des adhérences
ixistant entre la surface extérieure et les bords latéraux.
M. GmAUD-TEULON. Les adhérences des bords latéraux ne sont
418, je crois, constantes, aussi est-il nécessaire de faire la libéra-
ion du muscle petit à petit. Il faut convenir que ce temps de l'o-
lération est fait un peu à l'aveuglette et la modification de M. Bou-
heron aurait pour résultat de donner plus de précision.
Dans la pratique, il est imjiossible de pouvoir affirmer l'effet im-
médiat que l'on obtiendra à la suite de la strabotomie, aussi est-Il
•écessaire de faire plusieurs séances, et je ne vois pas qu'il en
oit bien autrement dans le procédé de M. Boucheron, puisqu'il a
lé obligé de faire une seconde opération sur la malade de M. Tré-
4 Lorsque Liebreicht voulut obtenir en une fois un résultat défi-
îtif, il tomba dans les inconvénients du procédé ancien, et, le
Wscle allant adhérer trop loin, il obtenait une inclinaison de l'axe
6 l'œil ; or, je crois que l'opération proposée par M. Boucheron
ira rinconvénient de l'opération de Liebreicht ; aussi, je ne vois
l8la nécessité de changer notre procédé, d'autant plus que nous
rivons en tâtonnant au résultat proposé par M. Boucheron.
M* Trslat. Je sais comme M. Giraud-Teulon que nous faisons
ut ce que nous conseille M. Boucheron, mais nous le faisons au
iard et sans réflexion ; Tavantage de la modifioation proposée
t de poser d^s règles fixes et précises, pour un temps non réglé
494 SOGlÉTé DR CHTRUROTE.
de ropération de la strabotomie. Lorsque Liebreicht propoc
opération, il opérait trop largement et il obtenait, en elfc
protusion de Tœil, et il enlevait les moyens de contention d(
Je crois, en résumé, que la modification proposée par M
cheron est bonne et pratique, et je vous propose les cond
suivantes :
1» De déposer le mémoire de M. Boucheron dans nos arc
2« D'adresser des remerciements à l'auteur.
Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
Ijectures.
M. ViBERT, chirurgien de Thôpital du Puy, donne leciiu
mémoire sur un nouveau procédé d'opération de la catarao
travail est renvoyé à une commission composée de MM.
Terrier et Oiraud-Teulon.
La séance est levée à 5 heures.
Lo Secrétaire,
HORTELOUP.
Séance du 7 août 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté
La correspondance comprend :
!• Les journaux périodiques de la semaine ;
2*» Les Archives générales de médecine;
3° La Gazette médicale de Strasbourg, le Journal de la <
de médecine et de pharmacie delà Haute-Vienne, V Union m
et scientifique du Nord-Est, le Lyon médical, le Bordeam
cal, le Bulletin médical du Nord, V Année médicale, jourof
Société de médecine de Caen et du Calvados ;
4° Les Mémoires couronnés de F Académie Boyàle de mé
le Bulletin de F Académie Royale de médecine de Belgiqa
Bristish médical Journal, la Gazette médicale Italienn
barde, Centralblatt fur Chirurgie, le Journal Internatm
sciences médicales de Naples ;
ô» Des causes de la mort prompte après les traumatisM
dentels et chirurgicaux^ par M, le D' François-Eugène ViB
SKANGE DU 7 AOUT. 495
H. le D' ViARD, de Montbard, membre correspondant, envoie à
t Société Tobservation suivante intitulée : Fracture des deux os
eb jambe au tiers moyen, chez un enfant de six ans ; non con-
aliiâtwn de la fracture; fausse articulation.
M. ViARD demande à la Société de vouloir bien lui donner son
vis.
Le grand-père et la grand'mère du côté paternel sont morts
MIS les deux des suites de maladies de l'estomac : gastrite chro-
ique, gastralgie, dyspepsie ; Tenfant lui-même a une constitution
oinemment lymphatique ; toutes ses dents sont noires et un
nmd nombre sont cariées.
Déjà avant l'accident qui a causé la fracture, l'enfant était atteint
e claudication du même côté : le bassin n'a subi aucune défor-
ution et son développement est normal; l'articulation coxo-
bnorale paraît saine^ il en est de même des articulations du
usin. Le membre inférieur gauche est moins volumineux que le
roit.
Le bassin a basculé un peu sur son axe antéro -postérieur de
«niera que la portion gauche est légèrement plus élevée que la
roite; dans ces conditions la claudication paraît causée par une
^pèce de faiblesse, de relâchement des ligaments lombo-sacrés,
> des nmscles du bassin et de la cuisse.
Plusieurs traitements sont commencés : bains sulfureux, hydro-
^érapie, etc., mais abandonnés par les parents.
Le 20 août 1877, l'enfant, en descendant des escaliers, se prend
( pied dans la rampe, tombe et se fracture les deux os de la
imbe; j'applique sur le membre un appareil de Scullet ordinaire
t, pendant un mois, les phases de la consolidation paraissent
opérer très- simplement; au bout de ce temps, j'enlève Tappareil
'je constate que le cal est à peu près solide, mais au bout de
9UX jours, le commencement de réparation est détruit et les
«gments sont redevenus mobiles les uns sur les autres. J'appli-
le alors un appareil inamovible au silicate de potasse ; après
) jours je l'enlève et les choses se passent de la même façon :
iparence de consolidation, mais mobilité de la fracture au bout
) deux jours, enfin nouvel appareil au silicate de potasse que
d l'intention de laisser en place beaucoup plus longtemps, mais
I parents manifestent une telle impatience mêlée d'inquiétude
Dr l'état de la jambe que, au bout d'un mois encore je l'enlève et
trouve toujours les parties dans le même état : apparence de
nsolidation de la fracture, mais destruction du cal ou plutôt
iHoOissement de la matière osseuse sécrétée et devant consti-
dr le cal ; en effet, à chaque fois que l'appareil a été enlevé,
406 SOGIBTB DE CHIRURG».
j'ai constaté qu'il existait au niveau du foyer de la fraoUirev
tuméfaction, un empâtement pareil à celui qu'on trouve daask
fractures qui se consolident mais sensiblement moins sailho
J'ajoute que depuis deux mois l'enfant prend de lasolutioid
chlorhydro-phosphate de chaux, de Thuile de foie demornai
une nourriture très-réparatrice, enfin qu'on l'expose le plus pa
sible au grand air et au soleil.
Dans ces conditions, je propose de nouveau l'appUcaticmi pu
dant cinq ou six mois, d'un appareil inamovible et la oontinuiÉ
du phosphate de chaux, de l'huile de foie de morue, etc., eie.
Comme il existe, évidemment, chez notre jeune blessé, unvf
de développement avec paralysie des nerfs vaso-moteurs qui 61
pêche la sécrétion osseuse et arrête ou retarde la solidilfil
tion de la matière sécrétée, j'espère avec une immobilité pu
longée et l'aide d*une médication et d'une hygiène suffisamiM
réparatrice, obtenir un résultat plus heureux.
D'ailleurs, l'enfant étant bien portant, on ne court aucun risqaB
faire cette nouvelle tentative, et rien ne presse de faire une 9à
intervention chirurgicale ; c'est-à-dire la suture osseuse. Mi
M™' H. . . , la mère de l'enfant, devant aller A Paris passer quelqi
jours chez ses parents^ je lui conseille d'emmener son enfaÉl-
de consulter un chirurgien, ce qui a été accepté.
Gomme je viens de le dire, la resection des surfaces ossflW
non soudées avec suture métallique s'est présentée à mon espt
et j'en ai jiarlé aux parents, mais dans ce moment elle me ptf
prématurée pour plusieurs raisons :
1® Il n'est pas prouvé qu'au bout de six mois d'application <Pi
appareil inamovible, aidé des moyens accessoires comme : pboi
phate de chaux et autres toniques, la solidification de la matiè
osseuse sécrétée ne se serait pas effectuée ; dans tous les a
c'était à tenter.
2*» La resection des fragments osseux avec suture métalli(|i
surtout sur un membre qui a deux os, est toujours une opéfttt
grave que je ne saurais admettre que comme uUima ratio^ rf«
du reste, l'opinion de A. Bérard et de Nélaton, et qui ne doit*
pratiquée que lorsque tous les autres moyens ont échoué et di
le cas particulier lorsque la constitution du petit malade aurait'
suffisamment tonifiée.
3*» Après six mois de tentatives pour amener la consolidatio
les conditions du blessé, en cas d'échec, restaient au moins tK
bonnes qu'avant pour pratiquer l'opération.
4*» Qui peut dire môme que la douleur, l'ébranlement nerveux, Ife
produits par l'opération faite trop prématurément ne contrilMie
pas pour une part à Tarrêt de développement et ne sont pas v
SÉANCE nu 1 AOUT. 497
insuccès? Pour mon compte, je pense que si en chirur-
Bs cas où l'on doit patienter et savoir attendre, celui-
ci.
*il en Boit M. le D^ Anger consulté est d*une opinion
I juge que Topération est urgente puisqu'il la pratique
médiatement.
lion des surfaces osseuses avec suture métallique a
lans les premiers jours de décembre 1877 et le !•' juillet
% 7 mois de traitement, la consolidation n'est pas plus
16 le premier jour; du reste 55 jours après Topération,
3ger a trouvé, comme moi, lorsque j'enlevais lesappa-
apparence de consolidation, qui était détruite quelque
Ô8 ; je joins ici la lettre que M. Anger a bien voulu
; où il constate lui-môme un commencement de travail
ion qui a disparu et qu'il n'a plus retrouvé six mois
ment la question qui se présente est celle-ci : Que faire?
3ns employer pour amener la sécrétion osseuse et la
on du cal ?
cas l'arrêt de dr^^veloppement est manifeste, sous l'in-
tn vice de la constitution et de la paralysie des nerfs
urs, il ne se fait pas à l'extrémité des fragments de se-
îouse nctivc; si les surfaces fracturées sécrètent encore
quantité de substance osseuse, cette substance est
j se solidifie pas, finit par être résorbée et la consolida-
s lieu. C'est ainsi que quatre fois de suite M. le D' Anjj^er
:8 avons constaté un commencement de réparation et
de 2 jours (3 fois), et de 5 à 0 mois (1 fois) il ne
3 rien.
de cette idée que la non consolidation de la fracture a
î un arrêt de dovoloppoment et la paralysie des nerfs
urs ; il est clair que toute tentative de suture osseuse
ilurément, c'est-à-dire avant que la nutrition soit rede-
male dans le tissu osseux, doit fatalement échouer; en
léments nécessaires à la solidiiication de la matière
lanquant au moment de l'opération, ce n'est pas cette
ui comblera la lacune.
3ipe, je partagcdonc entièrement l'opinion de M. Anger:
'électricité continue el induite, les frictions, les mas-
iiyections locales de teinture d'iode, puis enfin une
iuture métallique ; mais je m'en éloigne quant à l'appli-
^s divers moyens et surtout quant au moment opportun
(loyer;
onc, suivant moi, irlodifier avant tout la constitution de
498 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Tenfant par tous les moyens qui sont en notre pouvoir; faire en
quelque sorte de l'élevage : courants continus pour exciter la nu-
trition, courants induits pour stimuler les nerfs vaso-moteurs;
frictions, massages, etc., voilà pour les moyens locaux; hydrothé-
rapie, bains de sang frais et de marc de raisin en fermenta-
tion ; bains d*eau de mer, phosphate de chaux, viande crue el
cuite, etc., etc., voilà pour les moyens généraux. Continuer très-
longtemps ces moyens en les variant, 1 an, 18 mois et même
^ ans s*il est nécessaire et ne tenter le séton, les injections de
teinture d'iode dans le foyer de la fracture , Tintroduction d'ai-
guilles, et, en dernier lieu, la resection et la suture métalliqueque
lorsqu'on aura obtenu une modification avantageuse de la consti-
tution. On ne sera certainement pas encore sûr de réussir, naais
au moins on n'aura négligé aucun moyen d'assurer le succès.
Il faut bien s'avouer que toute nouvelle tentative faite aujour-
d'hui et qui échouerait encore, suivant mon opinion, nous éloigne-
rait du but et diminuerait les chances de guérison pour l'avenir.
Je serai extrêmement heureux de connaître, dans ce cas inté-
ressant à plus d'un titre, l'opinion des membres de la Société de
chirurgie ; l'opinion d'une compagnie déjà illustrée par des
savants de premier ordre et dont j'ai l'honneur d'être membre
correspondant, me guidera dans le traitement à faire à mon jeune
blessé, et sera pour moi une décision en dernier ressort.
Discussion.
M. Desprès. J'ai observé deux faits qui me permettent de pou-
voir répondre à la question de notre collègue.
Dans le premier cas, il s'agissait d'un malade dont la fracture
des deux os de la jambe, datait de 3 mois ; il avait été traitéavec des
appareils inamovibles par un ancien interne des hôpitaux, M. le
D*" Gellé, qui fut étonné de ne pas voir de consolidation après
3 mois, malgré un traitement bien fait.
C'était la première fois que j'observais une non consolidatioa
d'une fracture d'un membre ayant deux os, je n'en avais rencon-
tré qu'à l'humérus ou au fémur. N'étant pas partisan de la suture
des os lorsqu'il n'y a pas de plaie, je conseillai de continuer l'im-
mobilisation avec des appareils que l'on renouvellerait tous les
mois. Le traitement dura il mois, mais la guérison fut complète.
Le second malade était dans mon service, aussi voyant qu'a»
deuxième mois, la consolidation n'était pas commencée, j'employai
de suite les appareils inamovibles qui, en 11 mois 1/2, amendent
la consolidation.
Me basant sur ces résultats, je crois que notre collègue fer*
bien de placer, comme il le pense, son malade dans des appareils
8iAlfG£ DU 1 AOUT. 499
UHDOvibles. Chez son malade, la fracture ne dalaat que d'un an
nqu'on fit la suture des os, qui a dû avoir pour résultat de
"oduire la nécrose de quelques points osseux et de retarder le
trail de consolidation qui était sur le point de se faire. Il y a
HIC eu du temps de perdu qu'il faut ajouter au temps que demande,
) général, un traitement de ce genre.
Les pseudarthroses sont rares chez les enfants, et je crois qu'il
i eu plutôt retard dans la consolidation, qu'un * véritable exem-
le de non consolidation.
M. Terrier. Je ferai remarquer que Tenfant, qui fait le sig'et de
rtte observation, boitait depuis longtemps, que le membre était
ïophié ; il y avait donc là un trouble de nutrition qui suffit pour
cpUquer la non consolidation. Je suis disposé à faire jouer à
)tte circonstance un rôle beaucoup plus important qu'aux causes
msidérées comme produisant ordinairement cet accident Aussi
I ne suis pas partisan d'une nouvelle opération et je réap-
liquerais des appareils inamovibles, mais je n'affirmerais pas la
)Q8olidation.
M. DuPLAY. J'avais été frappé, comme M. Terrier, de l'état an-
fieur du membre, qui doit faire complètement réserver le pro-
)8tic, car je crains bien que la consolidation ne puisse pas être
)tenue et que l'on soit obligé de se servir d'un appareil prothéti-
le. De plus, le siège un peu élevé de la fracture rend déjà chez
s enfants la consolidation difficile.
En me basant sur l'état antérieur du membre, sur le siège élevé
> la fracture, je crains un mauvais résultat, et je donnerais le
nseil d'appliquer des appareils inamovibles.
M. GuYON. Je partage complètement l'opinion qui vient d'être
aise par MM. Terrier et Duplay sur Tinfluence de l'état du
Bmbre, pour expliquer le retard de la consolidation. J'ai vu un
tflune atteint de fracture de l'humérus compliquée de troubles :
sions des nerfs, paralysie du plexus brachial, la consolidation ne
it pas s'obtenir sous l'influence de ces troubles trophiques.
ie ne suis pas aussi absolu que M. Desprès au sujet de la suture
» os, qui m'a donné un très-beau succès dans une fracture de
inbe non consolidée. Il ne faudrait pas donc dire que la non con-
lidation peut tenir à cette opération, les troubles trophiques
wvent suflire pour l'expliquer.
le crois qu'il faut remettre ce membre dans un appareil inamo-
bie, mais je serais d'avis d'essayer les injections de teinture
iode dans le foyer de la fracture. Cette méthode parfaitement
tionnelle a donné de bons résultats entre les mains de M. Bour-
BULL. ET MKM. DH LA 60C. DE CHIK. 84
600 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
guet, d'Aix, et j*y ai eu recours dans trois cas de coi
retardée. J'ai vu, sous l'influence de Tirritation prodi
teinture d'iode, le travail de consolidation reprendre
grande activité. Cette méthode est tout à fait inolTeiisi*
injecter une demi-serin|,'ue ou une seringue de Pravai
quatre jours et trois injections m'ont suilTi.
Il est à craindre que l'état antérieur du membre ne
pas d'obtenir une guérison, mais je pense que l'on pi
sans danger ce procédé.
M. Despuès. Je veux simplement ajouter que je ne rej
la suture des os en thèse générale, mais je crois qu'il n
mais remployer que longtemps après une fracture (2 ou
qu'on ne doit pas l'essayer lorsque le travail du cal n'ei
tièrement terminé.
M. PoLAiLLON. Notre collègue M. Viard avait bien vu 1
conformation du membre, aussi lui attribuait-il la non <
tion qu'il expliquait par des troubles des nerfs vaso-mol
avait eu Tidée de les combattre par l'application de coui
tinus.
Je partage complètement l'opinion émise par mes <
sur la nécessité d'appliquer des appareils inamovibles
crois qu*il faut avoir soin de les faire remonter très-!
empêcher complètement le mouvement des articulations
Rapporis.
I
M. BEnoER lit le rapport suivant sur une observatioi
Extirpation de la verge, pratitjuèe par M. le U" Cabad
lence-d'Agen.
Je viens vous rendre compte d*un travail dans lequel 1
teur Cabadé relate une observation de cancer de la vei
récidivé après l'amputation partielle de cet organe et née
intervention beaucoup plus étendue. Pour enlever la t
parties malades, l'auteur de cette observation a eu rec
procédé opératoire nouveau, qu'aucun chirurgien, du m
connaissance, n'avait jusqu'à présent mis en usage, el
je veux appeler pour un instant l'attention de la Soci<
avoir sonmiairement rappelé les traits principaux du c
s'agit.
SRANGE DU 7 AOUT. TlOl
jO malade, âgé de 58 ans, portait sur le gland des végétations pa-
laires, qui avaient été dès 1878, traitées par des cautérisations à
ïide sulfurique. Malgré ce traitement le gland entier fut bientôt en-
n par la dégénérescence épithéliale, et, au mois de mars 1876, il
lut avoir recours à Tamputation de la verge à sa partie moyenne.
A plaie résultant de cette opération n*était pas cicatrisée, qu'au
itre apparaissaient de nouvelles fongosités cancéreuses. En octo-
1 1876, au moment où il vint consulter M. Cabadé, le malade se pré-
itait dans Tétat suivant :
A verge, amputée à sa partie moyenne se termine par un énoi*me
impignon de huit centimètres de diamètre, auquel des bourgeons
grosseur inégale, séparés par de profondes cavités donnent un
lect caractéristique.
Sa arrière, ce qui reste de la verge, offre une dureté ligneuse qui
continue sous Parcade pubienne sans que le doigt puisse en déter-
aer la limite : le moignon pénien présente le volume et la direc-
Q de la verge à Tétat d'érection . La peau du pénis paraît saine,
) n'adhère qu'au pourtour du champignon qui termine cet or-
16. Les bourses ne présentent rien d'anormal que Texistence
ne hernie inguinale. Les ganglions inguinaux ne paraissent pas
Rorgés.
j6 toucher rectal démontre que le corps spongieux de Turèthre est
8 en totalité, mais qu'entre la tumeur et la prostate, dont on constate
caractères normaux , il existe un espace d'un centimètre et demi
deux centimètres, correspondant à la région membraneuse de l'urè-
«, qui a certainement été respectée par Tenvahissement néoplas-
Q6.
L'extirpatioQ totale de la verge et du corps spongieux de Turè-
"e était nécessaii*e, voici comineat M. Gabadé Texécuta :
Jne sonde en gommo fut, non sans peine, introduite par Turèthre
18 la vessie. Puis, la verge étant relevée sur le ventre, une inci-
a courbe, à concavité supérieure, fut pratiquée sur le scrotum, au-
rons de la verge, embrassant, dit l'auteur, la racine des corps ca-
gneux. Partant do cette incision le chirurgien disséqua toute la face
érieure du corps spongieux jusqu'à son union avec la portion
mbraneuse de l'urèlhre.
Jne seconde incision fut alors pratiquée au-dessus de la racine de
verge, entre elle et la symphise pubienne. ;^La partie supérieure du
lis fut alors disséquée, le ligament suspcnseur sectionné, et Ton
• ainsi arriver jusqu'à la partie antérieure de la région membra-
186, en se tenant toujours à distance, dans cette dissection, des
lies atteintes par la dcgcnération.
*our terminer l'opération, M. Gabadé ponctionna d'arrière en avant,
10 un bistouri étroit la portion membraneuse de Turèthre; une
ine d'écraseur fut passée à travers la boutonnière ainsi pratiquée,
contournant la partie latérale de la sonde introduite dans Turèthre
68 deax moitiés de la circonférence de Turèthre» ainsi que les tis-
502 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
SUS qui adhéraient encore aux parties latérales du corps spongieai
du bulbe, soit à droite, soit à gauche, furent successivement sec-
tionnés par la constriction graduelle exercée par la chaîne qu'on «Tait
soin de maintenir le plus près possible de la branche ascendante de
l'ischion.
L'opération entière avait duré 40 minutes à peine. La perte de sang
fut insignifiante, quoiqu'il fut nécessaire de lier des artères en asMi
grand nombre. La lèvre inférieure de Tincision fut alors attirée n
haut et maintenue par un point de suture : la sonde qui avait été
placée dans l'urèthro avant l'opération fût maintenue à demeure. Lee
suites furent des plus simples.
L'infundibulum très-profond auquel avait donné lieu TextirpatioB
du corps spongieux de Turèthre, bulbe compris, se rétrécit peu apea
et diminua de profondeur. La miction s'effectua toujours aisément et
Turine put môme toujours être projetée à une certaine distance.
Le malade, observé plus d'un an et demi après l'opération, ne pré-
sentait pas trace de récidive; il n'y avait pas non plus de rétrécisse-
ment de l'oritice de l'urèthre, mais la peau du scrotum présentait d6
l'érythème di\ au contact des dernières gouttes d'urine qui venaient
la souiller à la fin de la miction.
L'examen histologique de la partie malade a démontré qu^ou aTait
eu affaire à un cancer alvéolaire de la verge.
L^on sait que le cancer de la verge récidive avec une grande
opiniâtreté, aussi voit-on souvent se succéder les tentatives opé-
ratoires nécessitées par cette affection ; alors Tamputation (h
gland est suivie quelques mois après d'amputation de la verge â
sa partie moyenne ou même à sa racine (Wardrop, Broca). — Nooi
ne connaissons néanmoins pas de fait où l'intervention ait été
portée aussi loin que dans le cas de M. Cabadé. Après avoir re-
levé le plus grand nombre des opérations désignées souslenoo
d'amputation totale de la verge , d'amputation delà verge à Si
racine, d'extirpation de la verge, après avoir recouru aux sources
originales et consulté les observations elles-mêmes, il m'apin»
que la section avait jusqu'à présent toujours été pratiquée sur te
corps spongieux de l'urètlire et sur la racine des corps caverneuXi
et qu'aucun chirurgien n'avait reculé les limites du terrain opéri-
toire jusqu'à la région membraneuse de l'urètlire.
Beaucoup de faits publiés sont néanmoins trop peu explicites
pour qu'il soit permis de se prononcer sur ce point d'une manière
absolue. Ainsi dans Tun des travaux des plus importants, où se
trouvent relatés tous les cas d'amputation totale ou partielle dels
verge qui furent pratiquées à Londres, pendant une période <h
plusieurs années (Report on amputations of the pénis for epitbe*
liai cancer, Med. Times and Gazet., t. II, p. 334, 1859), le siéj*
de l'opération n'est désigné que par des expressions analogues â
SÉANCE DU 1 AOUT. 503
celles-ci : The whole orgah was removed , the entire organ was
remvedy ou bien : Amputation ofthe entire organe. De même,
dans beaucoup d'observations françaises. Ton ne trouve que cette
simple mention : Fon pratiqua V amputation de la verge à sa ra-
tine, ou au ras du pubis. — En revanche dans tous les cas d'am-
putation totale où le procédé opératoire se trouve mentionné en
détails, on peut voir que le chirurgien avait laissé au moins le
bulbe, que la section avait porté plus ou moins loin sur le corps
spongieux de Turèthre, et que c'est tout au plus si dans les extir-
pations les plus complètes, comme dans un cas de Bournon, Topé-
nteur « après avoir séparé les connexions de la verge avec le
ligament triangulaire, était allé détacher d*un coup de bistouri
dirigé en arrière et en bas, Torgane qui était induré jusqu'au ni-
veau du bulbe. »
Le plan conçu et mis à exécution par M. Cabadé est plus com-
plet et mieux réglé. L'idée de faire converger deux dissections,
l*nne du plan supérieur , l'autre du plan inférieur de la tumeur
vers la région membraneuse de Turèthre et de sectionner à ce ni-
veau le canal et les tissus avoisinants, ainsi que les adhérences qui
rattachent encore les parties latérales de la tumeur aux branches
ascendantes de l'ischion avec deux chaînes d'écraseur passées sur
les côtés de la sonde par une boutonnière antéro-postérieure pra-
tiquée au travers du canal, celte idée réalise un progrès sur les
procédés d'extirpation de la verge antérieurement mis en usage'.
Mais avant de formuler sur elle un jugement , que l'exécution de
cette opération sur le vivant pourra modifier encore, j'ai voulu
du moins constater ce que cette nouvelle pratique opératoire j^eut
donner sur le cadavre. J'ai été surpris de la trouver d'une exécu-
tion beaucoup plus laboneuse que je ne m'y attendais. Les deux in-
cisions semi-elliptiques qui embrassent la racine de la verge sont
hpop étroites pour donner au chirurgien un jour suffisant ; la dis-
Beclion, celle surtout de la face inférieure de l'urèthre, se fait au
fond d'un entonnoir très -profond , puisqu'il faut suivre le canal
depuis la région sous-pubienne jusqu'en arrière du bulbe, à la ré-
gion canale. Un écoulement sanguin qui en raison des vaisseaux
pie le chirurgien est forcé d'intéiesser doit être toujours notable,
fûl-il modéré, gênerait notablement ce temps de l'opération en
JMtequant les parties, et au fond d'une plaie aussi étroite, l'hémos-
^ elle-même pourrait n'être pas facilement obtenue. La dissec-
'On de la face supérieure est moins malaisée, mais ici encore,
étroit espace que laissent entre elles les branches du pubis,
êoe les manœuvres, et même sur le cadavre, le plexus veineux
i riche, qui s'étend de la symphyse au col de la vessie, fournit
ne quantité de liquide sous lequel disparaît le champ opératoire.
504 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Enfin dans cette plaie profonde et étroite il est fort difiicile de
ponctionner d'avant en arrière le canal de l'urèthre à la région
membraneuse, et de passer au travers de cette boutonnière k
chaîne de l'écraseur.
J'ajoute que la tumeur extirpée laisse une plaie infundibuli-
forme au fond de laquelle se trouve Turèthre divisé d'où sort 11
sonde à demeure. Cette plaie en entonnoir, par sa base tournée
en avant et en bas correspond au tissu cellulaire des bourses.
Cette disposition me semble constituer pour Topéré une me-
nace constante d'infiltration d'urine, de même que s'il se produit
cet accident si redouté des anciens chirurgiens, je veux dire la
rétraction du canal de Turèthre ou la coa rotation cicatricielle de
son calibre, elle place le chirurgien et le blessé dans les conditions
les plus défavorables pour le traitement de ces complications.
Je sais bien que M. Cabadé n'a eu à regretter ni l'un ni l'autre
de ces incidents ; peut-être, néanmoins, avant d'affirmer que son
opéré n'aura ni rétraction de l'urèthre, ni rétrécissement de son
orifice, serait-il bon d'attendre encore quelques temps; Roux a vu
trois ans et demi après l'opération la coarctation se produire et
s'accompagner de rétention d'urine. —- Dans un cas relaté dans
The Lancet (en 1857), la rétraction du canal ne se prononça qu'n
bout de six ans et demi ; des abcès, des fistules urinaires s'ouvri-
rent, et nécessitèrent une incision périnéale. Quoi qu'il ensoil,
pour écarter les chances de l'infiltration urineuse, il eut peut-être
été plus sûr de suivre sur un point le conseil donné par des chi-
rurgiens de Toulouse auxquels l'opéré de M. Cabadé était allé se
présenter, et de faire précéder l'extirpation de la verge de réta-
blissement d'une boutonnière périnéale. Il eut élé plus sûr et cer-
tainement beaucoup plus commode surtout, de combiner avec leplan
d'opération suivi par l'auteur, la méthode que l'on pourrait appeler
la méthode des chiruiyiens de Montpellier. Mise en usage par Del-
pech, le premier, en 1832, puis par Lallemand, enfin employée par
Bouisson, qui en développa les principes dans un remarquable tra-
vail (De l'amputation du pénis, Gaz, méd. de Paris, 1860, p. 73Î)»
cette méthode consiste à diviser le scrotum d'avant en amèresui-
vaut le raphé,et à réunir les deux moitiés de cette enveloppe tégu-
men taire de manière à enfermer chaque testicule dans une poche
isolée. Les deux organes sont ainsi séparés par une fente au fond
de laquelle il devient facile de découvrir le corps spongieux et le
bulbe et de les extirper en quelque sorte à ciel ouvert; c'est an
fond de celte fente que vient plus tard s'ouvrir ce qui reste de
l'urèthre, et il suffit à l'opéré, pour éviter l'éry thème résultant du
contact de l'urine, d'écarter les deux moitiés des bourses ainsi di-
visées lorsqu'il veut uriner. J. Roux, qui a très-avantageusemeal
SKANGB DU 1 AOUT. 505
Bodiflé ce procédé opératoire, en a montré tous les avantages :
idiité pendant l'opération, hémostase assurée, exploration aisée
les parties malades et constatation possible de l'étendue des lé-
ions : l'écoulement du pus et de l'urine se faisant par une plaie
lédive de manière à prévenir l'infiltration du tissu cellulaire et
'inflammation phlegmoneuse ; enfin la certitude où l'on est de
oiqours pouvoir retrouver aisément ToriSce uréthral pour le
«nlériser, ou le dilater s'il en est besoin : ils sont assez évidents
Nmr qu'il soit inutile d'y revenir en détail.
Avec cette modification, en prenant donc la précaution de di-
iier d'abord d'avant en arrière le scrotum en deux moitiés ren-
Bnnant chacune une testicule, l'opération proposée et si habilement
vatiquée par M« Gabadé , m'a paru , sur le cadavre du moins,
roue exécution infiniment plus sûre et plus facile.
Considérant donc l'avantage que l'on a, dans le cancer étendu
eh verge, à enlever jusqu'aux derniers vestiges du corps spon-
lieux de l'urèthre, afin d'éviter les récidives, je crois que M. Ca-
ttrlé a fait une œuvre utile en proposant un procédé qui permît
extirpation complète de l'urèthre, en en fixant les règles, et en
Mtrant par l'opération qu'il vous a adressée, qu'elle pouvait être
léeatée.
Je crois que sa conduite trouvera des imitateurs, mais j'estime
[M ceux qui voudront à son exemple pratiquer l'extirpation com-
Ute, non pas de la verge seulement, mais du corps spongieux de
'nrèthre, feront bien de ne procéder à cette opération en suivant
es diflerents temps que lui a assignés M. Gabadé, qu*après avoir
u recours à la division médiane et antéro-postérieure des bourses
laquelle ont eu recours Delpecli, Lallemand, J. Roux et Bouis-
eu.
En conséquence, je vous propose :
1* D'adresser des remerciements à l'auteur ;
I* De déposer son intéressante observation aux archives de la
Société.
Discussion.
M. Verneuil. Je regarde ce fait comme très-intéressaiit, car je
e connais pas d'autre observation d'ablation totale de la verge.
C'est, certainement, une opération hardie, mais praticable, et
ai a été menée à bonne lin par un chirurgien habile qui a su
Hsourir à des instruments utiles; mais je crois qu'il aurait peut-
fe mieux valu agir directement par le périnée.
Un fait important, qui ressort de cette observation, a rapport à
récidive ; voilà deux ans que l'opération a été faite et il n'y a pas
\ récidive. Il est probable que ce beau succès tient a l'opération,
tr nous savons que dans les cancers de la verge, il y a souvent
506 soGiéré de ghirurqib.
des noyaux isolés dans le corps spongieux, qui deviennent le
point de départ de la récidive.
En présence de ces récidives à date si rapprochée, que l'on
observe pour la verge, comme pour la langue, on se demande s'il
ne serait pas bon d'enlever toute la verge, car je ne crois pas
qu'il soit plus dangereux d'aller sectionner la partie membraneuse
que de sectionner le bulbe. Je ne crois pas que cette opération
soit bien difficile en employant Técraseur linéaire ou le thermo-
cautère; et on peut faire une opération utile. Je crois donc qu'il
faut prendre en considération l'opération de M. Cabadé.
Avant de terminer, je désire appeler encore l'attention delà
Société sur la détestable pratique des cautérisations des épilhé-
liomas de la langue et de la verge. Lorsque nous aurons répété
souvent que rien n'est plus préjudiciable pour les malades, peut-
être flnira-t-on par Tabandonner.
M. Berger. Le malade avait eu la syphilis, aussi crut-on, au
début, à des végétations syphilitiques que Ton voulut combattre
par des cautérisations. Quant au nom à donner à cette opération,
il faut avoir soin de dire amputation de la verge et de la région
bulbaire.
(Les conclusions sont mises aux voix et adoptées.)
11
M. PoLAiLLON fait un rapport verbal sur deux observations
adressées par M. le D' Lemée, de Saint-Sever.
La première est intitulée : Relation dune série de trois accou-
chements successifs chez une femme en apparence bien confor-
mée, mais présentant un rétivcissement marqué du bassin. Accou*
cbement prématuré artificiel,
La seconde : Relation dune série de trois accouchements snc"
cessifs chez une femme présentant un rôlrécissement notable éû
bassin. Accouchement prématuré artificiel. Enfant vivant. Défor-
mation du crâne.
M. le rapporteur propose :
1" D'adresser des remerciements à l'auteur ;
2® De déposer ses observations aux archives.
Ces conclusions sont adoptées.
PrësentatioBS de malades.
1
M. BoiNET. Je présente un individu de 28 ans, maçon, qui v^^
toujours été d'une bonne santé, lorsqu'il y a 18 mois, il vit dé-
SÉANCE DU 7 AOUT. 507
buter dans la région sous-maxillaire du côté gauche, une tumeur
dont il ne peut nullement expliquer Tapparition. La tumeur a
possi graduellement et aujourd'hui elle a le volume du poing.
J*ai vu cet homme il y a quatre mois, il était gros et fort ; depuis
3ette époque, il a perdu 50 livres, et il ne peut plus avaler.
Cette tumeur ne présente aucun élancement, mais elle comprime
sertainement le paquet vasculo-nerveux, car, à gauche, les batte-
nents de la temporale sont très-diminués.
On a fait beaucoup de traitements bien inutiles, et je viens vous
lemander s'il faut recourir à une opération.
M. Verneuil. J'ai vu ce malade, il y quatre mois, à la Maison de
anlé, et j'ai dû à cette époque me prononcer déjà pour la non
nlervention. Je suis encore de cet avis. Je n'y toucherai pas,
Murce que la tumeur est une de ces tumeurs maliî^nes, encore mal
léfinies, mais qui a pour point de départ les ganglions.
Si la nature même du mal ne m'arrêtait pas, je n'opérerais pas,
^fce que ces tumeurs envahissent profondément, qu'elles en-
tent la jugulaire, la carotide, et que l'ablation en est presque
Impossible. De plus, il est presque certain qu'il y a des noyaux
Gcondaires dans les viscères, foie, poumon. Ces faits ne sont pas
ïws, car j'en ai déjà recueilli douze, mais malheureusement le
•
i&gnostic de cette généralisation est presque impossible à
ire.
U* Berger. Je ne serais peut-être pas aussi affirmatif que
• Verneuil sur le point de départ dans les ganglions. Cet homme
tme salive infecte et je serais peut-être disposé à croire que le
int de départ est un cancer du pharynx ou du larynx, et que les
Hglions n'ont été pris que secondairement. Il y a eu un mémoire,
l>lié dans les Archives de Langenbek, sur ce sujet.
f*ai introduit mon doigt, je n'ai rien senti, mais je crois que,
Ur une certitude, il faudrait faire un examen avec le miroir.
M. Desprès. Je crois que le point de départ est dans les gan-
ons, car si le cancer avait débuté par le pharynx ou le larynx, il
k^rait y avoir d'autres manifestations.
fe ne ferais rien à ce malade, car je crois qu'il doit y avoir
dlque lésion dans un des viscères.
Si. BonvET. Je remercie mes collègues qui ont confirmé mon
inion. *
II
M. Jin)ss Hue présente quatre individus auxquels a été pratiquée
Séance du 14 août 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
508 SOCIÉTÉ DE GHIRIJRGTF.
ropération du phimosis dont il a donné la description dans une ^a ui
séance précédente. ^ i«n
La séance est levée à cinq heures un quart. ^^^
Le Secrétaire^ ^' . .
HORTELOUP.
:i:ra
:julr
TLcni
Correspondance. L ^^
Elle comprend : * \l^
1® Les journaux périodiques de la semaine et le fascicule des ^j^\
Bulletins et Mémoires de la Société de chirurgie ; licf
2® La Revue mensuelle de médecine et de chirurgie; yià
3» Le Lyon médical^ V Alger médical, la Revue médicale de Iï*
TEst ; m
4® Les Leçons sur la chirurgie clinique des maladies des voies l
urinaires, par M. Paquet, professeur de médecine opératoire à l^ l ^
Faculté de médecine de Lille ; l,
5® Une brochure intitulée : Des myélites syphilitiques^ par l^ 1
D' Raymond Caizergue ; 1
6» La Gazette médicale Italienne- Lombarde, la Gazette ^^ 1
Santé militaire de Madrid^ le Centralblatt ffir ChirurgiCy Tl^^ '
British médical Journal ;
7® Studi di anatomia patologica e clinici suUe malattie dei
ossa^ per il dottore Emidio Tassi. — Degli stringimente uretra
especialmente dei mezzi piû acconci per guarirli (par le mônn- "^
auteur).
8® M, Vemeuil fait hommage à la Société, au nom de M. le D' Hcn^^*
Petit, d*une brochure intitulée : De lemploi de la compressio -^
élastique dans le traitement des anévrysmes des membres ;
9® M. Verneuil présente aussi de la part de M. le D' Bail ^
Labadie, une observation de Tétanos traumatique^ suivi de guér
son, (Commission : MM. Tillaux, Polaillon, Verneuil.)
Discussion à propos du procùs-verbal.
M. DE SAiNT-GERMAUf. Daus la dernièi*e séance, M. Dcsprès
déclaré que les fractures se consolidaient toujours chez lesenfaat-i^
i
SEANCE DU 14 AOUT. . 509
tU une assertion beaucoup trop absolue, et, pour mon compte,
ibservé jusqu'ici six exemples de pseudarthroses chez eux. Le
3 était placé quatre fois sur Thumérus et deux fois sur le
ir. Les résultats que m'a donnés la suture osseuse n*ont pas
'>atisfaisants sur deux de ces sujets, auxquels je l'ai appliquée,
l'un, elle a été suivie d'un phlegmon qui a amené la désunion,
tr l'autre le résullal a été nul. C'est alors que j'ai eu recours
autre procédé qui m'avait donné un succès des plus heureux
un jeune homme atteint de pseudarthrose de la partie
mne de l'humérus : je veux parler de Télectro-puncture. Deux
lies, enfoncées entre les deux fragments, furent placées en
Qunication avec les deux fils d'un appareil de Ruhmkorff.
ze jours après le début de ce traitement, un commencement de
)Iidation était obtenu, et la guérison fut complète au bout de
semaines.
Marjolin. m. Desprès a été beaucoup trop loin en niant les
darthroses chez les enfants. Les Bulletins de la Société de
irgie en renferment quelques exemples, et j'ai gardé le sou-
' de deux de ces cas. Elles sont la suite d'une fracture mè-
ne, et par suite non traitée ; d'un défaut de surveillance des
its, ou d'un manque de soins dans l'application des appareils.
le Président annonce que MM. Paquet et Mordret, membres
ispondants, assistent à la séance.
Ilapporl.
GuÉNiOT fait un rapport verbal sur un travail manuscrit de
D' Hubert Bocns intitulé : Cloisonnement transversal du
rès avoir donné Tanalyse de deux observations qui forment la
;ance de ce travail, M. le rapporteur fait remarquer, que ni
ni l'autre des observations ne répondent exactement au titre
«sus. Dans la première, en effet, il s'agit d'un cas d'occlusion
igin par la membrane hymen, et dans la seconde d'une élon-
D hypertrophique de la petite lèvre gauche. Quant à la théorie
piée par l'auteur, pour expliquer le cloisonnement du vagin,
nanque d'un appui suffisant et reste au moins fort contes-
■
s réserves faites, M. Guéniot constate que le travail de
oêns est rédigé avec beaucoup de soin, et que la première
"vation offre un réel intérêt. Il propose en conséquence :
idresser des remerciements à i'auteui* ; 2® de publier intégra-
510 • sociéré de chirurgie.
lement la première observation en lui donnant un titre plus appro-
prié ; 2"* euRuy de déposer le reste du manuscrit dans les archives
de la Société.
Ces conclusions sont adoptées.
Observation. — Occlusion du vagin par la membrane hymen ; incision de
cette cloison ; grossesse consécutive et accouchement heureux à
terme,
par M. le D' Boens, de Charleroy.
Madame X..., femme d'un fonctionnaire de radministration destra-
vaux publics, qui hahite un village près de Charleroy, vint me consul-
ter, en janvier 1875, pour une maladie caractérisée en apparence par des
palpitations cardiaques, un grand affaiblissement général et une teinte
cachectique spéciale de la peau. C'était une belle et forte blonde do
80 ans, mariée depuis longtemps et qui n'avait jamais eu la moindre ap>
parence de grossesse. Â partir de la puberté elle avait paru atteinte de
chlorose. La menstruation était régulière dans ses retours, mais se
bornait à un suintement sanguin insignifiant qui durait deux ou trois
jours. Les autres fonctions s'exerçaient librement, malgré l'état d*alan—
guissement, de résolution musculaire, dans lequel se trouvait tout l'or^
ganisme. Madame X... avait consulté beaucoup de médecins. On liai
avait conseillé les principaux analeptiques en vogue aujourd'hui ^
mais les traitements les plus rationnels n'étaient jamais parvenus ^
modifier avantageusement sa santé. Elle tenait beaucoup à avoir d9^
enfants ; toutefois, aucun praticien ne s'était encore enquis des caus9^
réelles de la stérilité, l'aspect chlorotique du sujet et la pénurie d^ ^
règles paraissant rendre suffisamment compte de ce fait.
Cependant, après un interrogatoire et un examen superficiels, il
sembla que l'atonie générale du système locomoteur, la décoloratio
toute spéciale des tissus cutanés et muqueux, l'éclat vitreux de Tœi^ ♦
le peu de sang perdu chaque mois, l'absence totale des flueurs blao. —
ches et la stérilité d'une part, et, de Tautre, l'intégrité de toutes l^ ^
fonctions végétatives ainsi que Tinefficacité radicale des soins thérsp
peutiques les mieux conçus, formaient un ensemble de circonstance^
que l'existence d'une simple chlorose ne pouvait convenablenien^--
expliquer.
Le cœur, les poumons, le foie, l'estomac, les intestins et les rein:
ne décelaient, en particulier, aucun phénomène insolite.
Je voulus m'assurer de Tétat de la matrice en recourant à une expia
ration locale, qui n'avait jamais été proposée. Quelle ne fut pas mi
surprise de me trouver en présence d'une femme, mariée depuis ph
de 10 années, qui n'offrait aucune apparence de vagin et qui ne sem^ ^
blait nullement s'en douter ?
Son mari, me dit-elle, se plaignait bien d'éprouver quelque résis ^^
tance, une certaine difficulté dans l'accomplissement des actes sexuel^^ '
mais ni lui ni elle ne s'en étaient jamais préoccupés.
Les grandes lèvres étaient normales, parfaitement développée^'
Elles se continuaient directement en dehors, avec la peau desf fesse^f
sf
BSi
i
SÉANCE DU 14 AOUT. 511
, avec UQ tissu culané physiologique épais, dense, élas-
lent dépressible, qui remplissait tout Tespace compris
ndes lèvres, depuis le méat urinaire jusqu'au périnée. Le
conformé occupait sa position habituelle,
tloisonnement transversal du vagin des plus complets e t
les»
état se trouvaient le vagin et Tutérus ?
* vulvaire, le doigt s'enfonce profondément vers la
refoulant la cloison transversale en arrière, à Tinstar
gant ou d'un condom ; mais il m*est impossible de cens-
existence de Tutérus. Le toucher anal au contraire, me
mseignements précis à cet égard, et me permet de croire
mation des organes génitaux internes ne laisse rien à
8*agit donc simplement d*un cloisonnement transversal
»rifîce du vagin,
lin inconnu restait encore à dégager.
.. . était réglée tous les mois, peu à peu, goutte par goutte,
lais enfin, le sang mensuel, au moins en partie, se faisait
part. Par où ? J'eus beau explorer la cloison en tous
s yeux de myope, avec le doigt, avec les stylets mousses
as, aucune dépression, aucun vide, aucun orifice ne se
e part ailleurs qu'au méat urinaire. Et cependant cette
it positivement que récoulement périodique ne provenait
point-là.
orcé de remettre à plus tard Télucidation de cette parti-
tant plus intéressante, me semblait-il, qu'elle devait me
s traces de la voie de communication qui s'était établie
^anes génitaux internes et leurs appendices extérieurs.
1 conséquence madame X... u revenir chez moi à Tépo-
«taméuial.
alors très-attentivement la cloison, et, en comprimant
» périnée, je vis sourdre une gouttelette de sang rosé,
n un point situé à un centimètre du centre de cette mem-
e côté droit.
ir répété cette manœuvre trois ou quatre fois, j'appuyai
pointe mousse d'un très-fm stylet sur le point indiqué et
usi dans une cavité, qui ne pouvait être que le vagin, et
rinstrument se promenait a Taise dans toutes les direo-
plus à hésiter.
après le dernier examen, je pratiquai l'opération en atta-
)ment le milieu de la cloison avec un bistouri. Derrière
'ci, un tissu cellulaire dense et une muqueuse doublée de
s fibrineuses formaient une paroi épaisse, un véritable
nbraneux, qui devait offrir une résistance insurmontable
kive naturelle.
T fait une première incision horizontale de 15 à 18 milli-
ire en outre, j'introduisis l'index dans le vagin que j'ex-
512 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
plorai jusqu'au col de la matrice, et je terminai l'ouverture artificielle
en fendant, verticalement cette fois, la cloison membraneuse depuis
la commissure vulvaire inférieure jusqu'à la paroi supérieure da
vagin.
Un pansement simple, consistant en un bouchon de linges fins for-
tement huilé, introduit dans le vagin et maintenu en place pendant
24 heures à l'aide de quelques tours de bande, constitue tous les
soins consécutifs. Le surlendemain de Topération, je recommandti i
madame X... de passer elle-même dans le vagin, deux ou trois fois
chaque jour, Tombout bien graissé d'une tige de spéculum. Le reste
devait aller de soi.
J*ai revu cette dame une année plus tard, en 1876. Elle jouissait
d'une santé brillante et venait d'accoucher très-heureusement d'an
gros garçon.
Discussion.
M. Lânnblongue. La première observation du travail de M. Boëns,
dans laquelle une membrane s*étend d'une grande lèvre à Tautre,
me paraît être un exemple de malformation vulvaire. La pre-
mière enfance jusqu'à lage de cinq à six ans en offre des cas
assez nombreux pour que j'aie pu en observer une douzaine au
moins, dans une période de près de trois ans. Au premier coup
d'œil, on ne découvre pas toujours le pertuis ou les pertuis que
présente la membrane qui est jetée comme un pont d'une grande
lèvre à Tautre ; un examen plus attentif fait reconnaître leur exis-
tence, soit en avant soit en en arrière vers le périnée; quand il eu
existe deux, on arrive à passer un stylet de l'un à l'autre. Cette
imperforation vulvaire est manifestement congéniale, et une simple
incision, en prenant soin d'empêcher une réunion secondaire,
suffit pour remédier à ce vice de conformation. On constate aussi,
après l'incision, que la membrane hymen est parfaitement in-
tacte.
M. Marjoun. Les injections faites, dans le but de débarrasser le
vagin des liquides qui ont pu s'y accumuler, pouvant déterminer
des accidents excessivement graves, lors même qu'elles ont été
faites avec beaucoup de soin, on ne saurait, surtout dans les cas
dont il est question, agir avec trop de prudence. J'ai entendu dire
à M. DanyaUy que plusieurs fois il avait été témoin de faits de ce
genre. Dans ces cas, il s'agissait d'injections simples ; les acci-
dents arrivèrent très-brusquement et avec un caractère vérita-
blement effrayant. Mon père qui avait eu également occasion
d'observer une ou deux fois des faits semblables, recommandaitt
dans le but de les préveniri de n'employer pour toutes les injec-
tions que des canules percées sur le côté et fermées à leur exlr^
SÉANCE nu 14 AOUT. 513
ûté. J'ajouterai, et je tiens ce détail de notre regretté confrère
ondn, que la malade dont il est publié Tobservalion et qui
icoomba dans son service, s*était cependant servie d'une canule
arcée seulement sur les côtés. D*après cela, je crois qu'il est bon
insister sur les précautions à prendre surtout dans les faits dont
est question.
M. Delens. Puisqu'il est question des vices de conformation des
irties génitales de la femme, je citerai les exemples de malfor-
ation de l'hymen que j'ai eu Foccasion d'observer sur environ
Dis cents petites filles. Sur ce nombre, j'ai rencontré quatre cas
hymen biperforé, proportion assurément considérable, puisque
. Tardieu dit n'avoir jamais vu cette disposition et qu'il paraît
oire qu'elle est due ordinairement à des brides cicatricielles.
le m'a toujours paru congénitale et, dans un cas, la bride mé-
ane ayant été excisée et examinée au microscope, on constata
i*elle était formée d*un derme et d'un épiderme absolument
mblables à ceux de la muqueuse normale; on y trouva aussi des
ipilles.
Dans un autre cas, les deuxoriHces étaient tellement petits qu'on
it pu diflicilement y introduire un mince stylet. Sur une jeune
le de quinze ans j'ai vu un hymen pourvu d'un seul orifice éga-
mentponctiforme.
Enfin, dans un autre cas, il semblait y avoir trois orifices, mais
i réalité les deux orifices supérieurs ne conduisaient que dans de
ii\a culs-de-sac peu profonds.
Les six anomalies que je viens de citer m'ont toutes paru
ngénitales.
IL PoLAiLLON. Après avoir recx)nnu la fréquence de ce vice de
mformation chez Tenfant, et sa rareté chez l'adulte, je désire
^oir un éclaircissement. Cette agglutination des bords de la
ilve correspond-elle à l'hymen ou est-ce au contraire une
thérence plus antérieure bornée aux grandes lèvres ?
U. TiLLAUx. Il importe de distinguer les adhérences externes,
perflcielles, des imperforations de l'hymen. Les premières me
^ai8sent correspondre aux petites lèvres; ce sont les petites
désunies entre elles; elles n'offrent pas de résistance et quand
E>araissent les règles, elles se détruisent. Toute autre est la phy-
^Qomie des imperforations de l'hymen. Celles-ci peuvent être
bjet de grossières méprises, ainsi que l'attestent deux récents
impies que j'ai eus sous les yeux. L*un d*eux a trait à une jeune
d de province qui me fut adressée par un de nos conArères, comme
cas de mauvaise conformation ; cette jeune fille n'avait pas eu
bl4 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
d*écoulement menstruel et ne devait jamais en avoir« (
simple examen me fit constater avec un hymen imj
utérus développé, d'un volume comparable à Tutérus i
six mois.
Le second exemple est encore plus saisissant. Une
venue à Lariboisièrenous a raconté qu'un médecin de II
déclai*é à sa mère qu'elle était enceinte. H avait constat
temps qu'une tumeur abdominale, une seconde tumei
bombée du volume d'une grosse noix. Son examen étail
il s'était mépris sur la nature de la saillie vulvaire.
Au surplus ces faits ne sont pas des exceptions; il im
de faire un examen scrupuleux lorsqu'une jeune fUle
réglée. Il est un point de pratique sur lequel je demand
mes collègues. Chez les deux malades dont je viens de
fait une incision simple sur l'hymen refoulé; puis j'ai la:
le sang, sans exercer de pression sur le ventre, en rappi
jambes des malades, et je les ai tenues au lit dans V
absolue pendant huit à dix jours. Je nie suis bien gardé
rir aux lavages que l'on a préconisés en pareille cir
Peut-être est-ce à cette conduite, que je dois de n'avoir
graves accidents qui se déclarent si souvent après l'ou'
ces vastes foyers. Pourtant je demande si une dilatati
mitante des trompes utérines ne pourrait pas expliqui
sion des accidents à la suite des injections.
M. Verneuil. Il existe en effet deux variétés bien disi
ces imperforations. La première, sur laquelle M. Bouch
Lyon, a publié un travail il y a environ trente ans, cou
une agglutination des grandes lèvres. Congénitale et q
accidentelle, elle cède aux moyens dont on a parlé, et à
tiraillements suffisent pour la détruire.
Au sujet de la seconde variété, beaucoup plus ii
M. Tillaux a soulevé une question de pratique, où il a €
principes absolument opposés aux miens. Tout le monc
les accidents formidables dus à l'entrée de l'air dans h
sanguines qui se vident mal surtout. Or dans l'espèce, c
ouvert la poche, l'air pénétrera quelle que soit l'attitude
sujet. Il trouvera dans la béanre de ce vaste foyer des
faciles pour sa pénétration.
L'utérus lentement distendu et nyant longtemps lutU
débarrasser, a ses fibres musculaires autrement orga
dans la grossesse ; dans sa cavité béante, Tair s'engoufl
est la cause de ces septicémies foudroyantes qui amène
en 84 ou 48 heures quelquefois. 11 y a déjà longtemps qu
seillé l'emploi du seigle ergoté à petites doses pour aidei
8RANGE DU 14 AOï'T. 616
des parois Utérines, et j'ajoute que la méthode antiseptique me
paraît le moyen par excellence de parer à l'explosion des accidents.
Les injections réglées, réitérées, surtout antiseptiques, employées
comme on le fait dans les rétentions suites de fausses couches,
me paraissent avoir une supériorité sur toute autre méthode. Je
me souviens d'avoir obtenu ainsi un succès à l'hôpital Lariboisière.
M. Lucas-Ghampionnière. Il existe en effet une variété d'aggluti-
nations vulvaires, ce que Ton a appelé le phimosis vulvaire, et je
me rappelle avoir entendu une leçon de M. Panas sur ce sujet.
Mais je veux m'arrêter uniquement sur la question du traitement
soulevée par M. Tillaux. Deux exemples se sont offerts à mes
soins et je les ai traités par le pansement de Lister. Dans le pre-
mier, ce pansement n'a été appliqué que pendant cinq jours, le
résultat a été heureux. Dans le second, il s'était fait une ouverture
spontanée du foyer par la grande lèvre, une heure avant mon
intervention; j'eus recours pendant le même temps et suivant les
règles ordinaires au pansement de Lister, la guérison fut aussi
obtenue. Je ne fais que signaler ici les difticultés d'application delà
mélhoile antiseptique, qui se tirent de la miction et des garde-
robes; on peut jusqu'à un certain point parer à ce dernier incon-
vénient en donnant, comme je le fais, de légères doses d*opium.
Les observations paraissent établir que les injections antiseptiques
ont de mauvais résultats au début ; mais il n'en est plus de même
«près cinq jours, lorsque l'utérus est bien revenu sur lui-même et
lue tout écoulement sanguin a cessé. A ce terme les mauvaises
[Chances ont disparu, et je crois qu*alors on peut recourir avec
avantage aux injections que conseille M. Verneuil.
H. Târnier. 11 est bien établi que la faible quantité de sang que
^ntenait la poche, se rattache à un trouble fonctionnel lié à Tétat
général de la malade et non à i'imperforation de l'hymen. Aussi ne
^em-je m'arrêter que sur cetie seconde partie de la question.
La gravité des accidents qu'entraîne i'mtervention est quelque-
bis telle que j'ai vu les malades mourir en peu de jours. Pour y
îsrer, nos collègues MM. Tillaux, Verneuil, Lucas-Championnière
proposent chacun des moyens différents, dont je ne ferai pas la
comparaison. Je ne puis dissimuler mon attrait pour la méthode
antiseptique; mais pourtant il faut reconnaître qu'ici son applica-
ion est entourée de difticultés. La miction, les garde-robes, les
lilTérents lavages nécessilent un renouvellement ti*op fréquent du
insement; aussi je me demande si, dans un cas pareil, on ne
courrait pas appliquer, Tincision faite, un caleçon en caoutchouc
oalogue à un caleçon de bain, remontant jusqu'à rombilic, dans
)quel on ferait le vide absolu.
BULL. ET MÉIf. DE LA SOC. DE CHIR. 85
'516 SOCIÉTÉ os CHIRURGIE.
M. TiLLAux. Je demande à M. Verneuil la permission de ne pas
être de son avis. Je crois qu'on se met beaucoup plus àTabride
rinfection putride, en laissant couler le sang, la malade toutà
fait au repos, qu*en pratiquant des injections immédiates. Mes
deux faits en sont la preuve. M. Verneuil fait une comparaison
erronée entre l'utérus g]*avide au moment de raccoucbement et
l'utérus distendu par le sang. Dans ce dernier cas le retrait se fait
peu à peu, lentement, au fur et A mesure de Técoulement sao-
guin. (Juand celui-ci a cessé, Tutérus est revenu sur lui-même.
Aussi je proscris toutes les manœuvres et je ne demande à faire
les choses que le plus petitement possible.
M. Lucas-Ghampionnière. En réponse à M. Tillaux, je dirai que
la situation de la femme en couches n'est pas comparable à celle
de la femme atteinte d*imperforation de Thymen. Chez cette der-
nière j'applique le pansement de Lister selon les règles ordinaires.
Soins préparatoires, incision, évacuation plus rapide que ne le
fait M. Tillaux, tout cela suit son cours. Je sonde la malade trois
fois par jour et le pansement est changé deux foisl J'ai remarqué
chez mes deux malades, qu'il n'existait aucune odeur pendant
cinq jours ; passé ce délai, l'utérus est revenu sur lui-même, mais
il existe une légère odeur dans le liquide qui s'écoule; c'est le
moment favorable pour les injections antiseptiques. Mais en termi-
nant, j'insiste de nouveau sur ce point, que pendant les cinqjours
d'application du pansement de Lister, il n'existe aucune odeur
dans les liquides sanguinolents qui s'écoulent.
M. Verneuil. L'importance du problème à résoudre, m'excusera
de prendre une troisième fois la parole ; il s'agit en effet de l'ap-
plication de la métliode antiseptique dans les plaies des cavités.
Nous sommes les maîtres de nos résultats pour les plaies exté-
rieures; il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit des blessures
des cavités, et la question a un puissant intérêt. Peu de tentatives
ont été faites encore dans ce sens ; cependant Volkmann s'est déji
occupé d'appliquer le pansement antiseptique dans les extirpalioBS
du rectum. A mon tour j'ai cherché à préparer le succès de Topé-
ration des listules vésico-vaginales, par des injections antisepti-
ques. Mais si l'on doit espérer le triomphe défmitif de la méthode
antiseptique dans cette grande classe de cas, il importe de recou-
rir à des procédés d'une exécution simple, facile ; il faut les trou-
ver. Le maintien du procédé de Lister pendant cinq jours, ooaiae
le fait M. Lucas-Championnière, est une chose déjà compliquée.
Je m'imagine que les injections antiseptiques faibles, pratiquées
dès le premier moment, peuvent réaliser les conditions de laisé-
thode. Aux deux succès de M. Tillaux, je pourrais opposer irois
SKAiNGE nu 14 AOl'T. 517
*ésultals heureux que j*ai obtenus par ce moyen. Mais il importe
l'invoquer d'autres documents pour établir une opinion. Nombre
le femmes sont mortes après Touverture du foyer, sans injections.
(. Tillaux repousse ma comparaison avec Tutérus gravide de la
Tossesse ; mais on ne peut nier les propriétés absorbantes de la
avilé utérine, et Tutérus distendu par le sang met souvent un
3mps très-long, 24, 48 heures, pour opérer son retrait. Le vagin
ai-même, considérablement agrandi, fort peu contractile, conser-
era du sang ; au second jour, le mucus vaginal abondamment
icrété, mélangé au sang et à Tair^ prendra une odeur infecte.
Pôst-ce pas une indication pressante de recourir aux injections
otiseptiques, qui ont d'ailleurs fait leurs preuves dans des cas
nalogues, dans les suites de couches par exemple ?
n est un petit point sur lequel je ne suis pas d'accord avec
[M. Lister et Lucas-Charapionnière. Mon expérience m*a appris
ne les injections à un et demi ou deux pour cent ne sont nulle-
lent irritantes.
M. TiLLAUx. Je persiste à repousser la pratique des injections,
m ce motif que les trompes utérines peuvent être très-disten-
Bes et qu'on court le risque d'envoyer le liquide dans la cavité
Mominale.
M. GuÉNioT. La question ayant un peu dévié de son objet, je
l'adresserai d*abord à son côté thérapeutique. Dans son argu-
lenlalion, M. Verneuil n'a pas eu sufiisamnient en vue la dilata-
OQ des trompes utérines dont l'existence ne saurait être révoquée
a doute. C'est à cette dilatation qu'il faut rapporter le danger du
Rasage du sang dans le péritoine, quand on ouvre le foyer. La
)ntraction utérine alors exerce une pression du côté des trompes
imëme temps qu'elle chasse le sang dans le vagin. Aussi je me
Ittache à la pratique de M. Tillaux.
Mais je crois qu'on doit pratiquer une incision très-peu étendue
In d'obtenir un écoulement ayant lieu avec lenteur. Je rejette les
jections au début, mais je les crois très-opportunes vers le cin-
lième jour. C'est le moment où la méthode antiseptique trouve
véritable application.
Dans le cours de la discussion, M. Marjolin a demandé ce que
iviennent ces imperforations chez l'adulte. Je puis répondre à
tte question par un exemple. En 1872 je fus prié par un de mes
ciens collègues, M. Lefeuvre, de voir une femme en travail de-
is douze heures.
A mon examen, je constatai un hymen imperforé ; il existait bien
haut, vers le méat urinaire, un petit cercle déprimé, mais il n'y
ait là qu'une apparence d'ouverture. Survint une contraction
518 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
utérine assez forte ; elle détermina Tirruption d'un jet de liquide
par un orifice de Thymen que nous n'avions pas découvert et que
son étroitesse nous aurait fait méconnaître.
La fécondation avait eu lieu par ce pertuis.
Communicalioii ëerile.
M. MoRDRET donne lecture du travail suivant, intitulé : Noie m
quelques cas de luxations et de fractures chez les aliénés.
Les affections chirurgicales, quand elles surviennent chez des
aliénés, ne se présentent pas toujours avec les caractères qu'elles
revêtent d'ordinaire chez les personnes saines d'esprit. Il y aurait,
je crois, un chapitre intéressant et étendu à écrire sur ce sujet en-
core assez peu exploré. Je ne saurais tenter de le faire, un tel tra-
vail ne pouvant être l'œuvre d'un seul. Je ne veux, dans cette
courte communication, que présenter quelques considérations sur
la facililé avec laquelle semblent se produire certaines luxationsou
fractures et surtout les fractures du col du fémur chez les aliénés
déments.
Les luxations et les fractures sont bien moins communes dans
les asiles qu'on ne serait tenté de le croire, ce qui tient évidem-
ment à la surveillance exercée sur les malades. Cependant, on ne
peut éviter celles qui proviennent d'une chute simple, et ce n'est,
jusqu'ici, que dans ces circonstances que j'ai vu ces lésions se
produire.
Je signalerai d'abord 3 cas de luxation de l'épaule chez des
maniaques, tous les 3 en variété sous-coracoïdienne. Deux des
malades étaient tombés de leur hauteur sur la paume de la main;
le troisième avait été légèrement soulevé de terre par un aulrt
malade (fui voulait jouer avec lui, il perdit l'équilibre et tomba éga-
lement en se recevant sur la main. Les réduclions faites immédia-
tement furent faciles, et ces malades n'ont donné lieu à aucune
observation spéciale. Tous trois voulurent bien garder une écharpô
pendant quelques jours et des compresses résolutives sur l'épaule,
la guérison s'obtint sans complications.
Voici un fait que je crois phis curieux. Une fille Gomelé était de.
puis longtemps employée aux travaux de la cuisine, il lui prit fan-
taisie de se tuer en se précipitant de la chambre oii était morte
quelques mois avant une sœur qu'elle aimait, et pas autrement-
Elle monte au second étage qui mesure 7 mètres d'élévation al
se laisse tomber par la fenêtre après s'y être suspendue par les
mains. La hauteur de la chute qui eut lieu sur le pavé fut donc en-
core de 6 mètres environ. Immédiatement relevée, je consUtti
SÉANCE DU 14 AOUT. 519
lez elle une forte entorse du pied gauche, une érosion de la peau
hdessous du genou gauche, une grosse bosse sanguine à la ré-
OQ frontale un peu à gauche. Ainsi, la malade était tombée sur
s pieds, elle s'était érodé le genou en glissant le long du mur et
inlusionné le front qui ne frappa sur le pavé que par contre-coup.
B frottement contre le mur a dû ralentir la vitesse de la chute ;
au lieu de se laisser choir, la fille Gomelé se fût jetée avec un
m d*élan, elle se fût inévitablement tuée. Quoi qu'il en soit,
le ne perdit pas même tout à fait connaissance, elle ne fut qu'é-
turdie, il n*y eut pas de commotion cérébrale vive. Je fis don-
3r le soir môme un lavement purgatif, puis prendre une potion
placée; Tentorse reçut un bandage ouaté provisoire; des com-
resses froides furent appliquées toute la nuit sur la tête. Le
aulemain, la malade avait repris toute sa connaissance, elle était
i demeura sans fièvre, aussi tout traitement général devint inu-
le. Quelques jours après, je renouvelai le bandage et le rendis
amovible par le silicate de potasse; 15 jours après, je per-
i^tais à la malade de marcher avec son bandage que par prudence
ï laissai en place près de 2 mois. Il ne lui est resté aucune
landication.
Les choses se fussent-elles passées aussi simplement chez un
Hjetsain d*esprit? Ce qui est bien certain, c'est que la folie n*a
aaété ici une cause aggravante. De plus, il est au moins permis
e supposer que Tindifférence que cette lille montrait pour la vie
ïlie ne regrettait que d'avoir manqué son suicide), que ia quiétude
eson esprit sur tout autre point, l'inconscience de la gravité de
ft chute, l'absence de toute préoccupation sur ses suites probables
D possibles, ont été de nature à lui éviter toute secousse morale.
Mile réaction nerveuse, et dès lors à éloigner toutes les compli-
Mions de cet ordre qu'on était en droit de redouter à la suite d'un
smblable accident. Aussi, ni fièvre traumatique, ni fièvre secon-
lire, ni symptômes cérébraux d'aucune sorte autre que ceux de
i folie qui s'est elle-même très-heureusement modifiée à partir
B cette époque.
A cette occasion, je ferai remarquer que les lésions traumatiques
9s aliénés guérissent d'ordinaire facilement, ou tout au moins
ins donner heu à des symptômes réactionnels graves. Je n'ai pas
d faits personnels bien concluants à citer, n'ayant jamais vu que
38 lésions traumatiques légères ou d'une gravité à peine moyenne;
tais ces faits se rencontrent assez souvent dans les ouvrages spé-
lux. Ici, c'est un lypémaniaque qui, à petits coups de ciseaux,
) désarticule successivement les doigts de la main gauche ; là,
en est un qui se fait sur les membres de profondes entailles avec
1 tranchet. J'ai dans mon service un plâtrier qui y fut amené
520 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
après s'être largement coupé le cou avec sa truelle ; gîrâce au
de tranchant de Tinstrument, il n'y eut guère que la peau d'at-
teinte. Ailleurs, c'est un jeune homme qui entre dans le foyer d'uB
calorifère pour devenir martyr ; on le retire au plus vite, mais fl
est couvert de vastes et profondes brûlures ; les chairs étaient
même en plusieurs endroits complètement carbonisées, etc., etc.,
et ces malades guérissent sans qu'il survienne aucune complica-
tion sérieuse. Dans les cas les plus graves seulement, une abon-
dante suppuration éliminatrice s'établit, mais presque sans fiè>7e,
presque sans réaction. :
Chez un grand nombre d'aliénés, la sensibilité générale est fort ]
affaiblie, il n*est môme pas rare qu'elle soit tout à fait éteinte. Cesl
à son obtusion qu'il faut, je crois, rapporter surtout l'absence à
fréquente chez eux de toute réaction à la suite d'un traumatisme.
Les malades souffrent peu, la gravité de leurs blessures ne les ;
préoccupe point, et partant, si le sujet est dans un état de santé
satisfaisant, s'il n'a point de vice constitutionnel, les réactionssonl
très-faibles, la lièvre est fort rare, nulle complication sérieuse ne
vient d'ordinaire entraver la marche de la guérison. Il faut toute*
fois reconnaître que grâce aux précautions prises dans les asiles
pour éviter les accidents, ceux qui s'y produisent ne sont presque
jamais très-graves, et que là doit être aussi l'une des causesprin-
cipales de leur heureuse et prompte terminaison. *
Je passe aux fractures. J'en ai recueilli 6 cas, dont i 4n
col de l'humérus, 5 du col du fémur. Il est assez remarquable
que je n'en aie pas observé un seul dans la continuité de l'os.
1** Un dément (Dagonneau), âgé de 73 ans, tombe de son lit le
16 mars 1873 ; on le relève impotent du bras droit ; le membre ne
présentait aucune déformation. La fracture fut immédiatement re-
connue, la crépitation étant manifeste. Une fièvre très-intense
survint le jour même et emporta le malade en moins de 48 heureç.
Il y avait une fracture comminutive ; Je col chirurgical étal
séparé en quatre fragments, non compris de petites esquilles res-
tées plus ou moins adhérentes aux gros fragments. Le plus gros
était interne, comprenait près de la moitié de l'épaisseur de Tosel
se prolongeait sur la tête dont le quart interne faisait corps arec
lui, de sorte que la tète se trouvait elle-même divisée en deux
morceaux d'inégale grosseur. La moelle était rouge, très-difflueale
et comme désorganisée par l'inflammation ; il y avait une ostéo»
myélite évidente, ayant déjà donné lieu à du pus bien formé et ei
assez grande quantité, tant dans l'articulation qu'à son pourtour.
— Forte ecchymose du bras à la partie supérieure et externe.
Celte fracture n'a point chez un vieillard le même intérêt qu'ete
eût mi chez un adulte. Il est cependant à remarquer que la cW
SKANOE DU 14 AOt T. 521
'avait eu lieu que d'une faible hauteur (60 centimètres); il a donc
lUu une bien grande friabilité de Tos pour qu'il se brisât en au-
int de morceaux, pour qu'il fût broyé en quelque sorte. La dispo-
ilioQ de l'articulation de l'épaule ne permet pas d'expliquer Técla-
ement de l'os par pénétration du fragment supérieur comme dans
3S fractures du col fémoral, alors surtout que la chute a lieu sur
ecôté. Ce mécanisme n*a du reste pu être ici celui de la fracture,
puisque la tête de l'os étaitelle-mèmelongitudinalenient divisée. —
Ifaut aussi remarquer la rapidité avec laquelle se sont développés
esaccirlents inflammatoires. — Celte friabihté extrême, cette pro-
luclion si prompte de la suppuration doivent-elles être mises uni-
piement sur le compte de l'âge du malade? ou ne convient-il pas
l'invoquer encore pour les expliquer une aptitude spéciale des
fkax déments qui, en raison des altérations qu'a subies chez eux
klongue main l'élément nerveux central, éprouveraient aussi des
éâous trophiques du tissu osseux susceptibles d'en altérer la ré-
ïislance? Je reviendrai tout à l'heure sur cette question.
C'est surtout sur mes cinq cas de fracture du col du fémur que je
lésire appeler Tattention.
1*M. Pichon, âgé de 53 ans, se précipite du haut d'un escalier
1* étage) dans le but de se tuer (30 octobre 1866). Il tombe sur
i6côté droit et se fait une fracture du col du fémur. Je ne fus
ippelé que le lendemain, n'étant alors que chirurgien de l'asile.
Le malade ne pouvait soulever le membre qui était dévié en dehors
Bl sensiblement raccourci. La tuméfaction de la cuisse et surtout
lie la région trochantérienne était considérable, pas de crépitation
bien entendu. Le volume du membre rendait toute mensuration
impossible, et je ne portai pas un diagnostic précis. Un traversin
ht placé sous le genou de manière à former une sorte de plan in-
rtiné; je n'avais pas de gouttière à ma disposition, et d'ailleurs, il
s» semblait au. moins inutile de mettre un appareil qui eût plus
lênéle malade qu'il ne lui eût rendu de services, si tant est qu'il
'eût supporté. — La fracture se C(msolida tant bien que mal, grâce
îWt-être à l'impossibilité absolue de faire exécuter aucun mouve-
ment volontaire au membre. Le malade, un peu hypochondriaque,
Stt'gnait fort la douleur ou d'aggraver son état, et se tenait aussi,
Hmr cette raison, fort tranquille dans la position horizontale,
^près environ 3 mois de séjour au lit, on lui fît faire quelques
•s, soutenu par un infirmier ; la déambulation s'améliora peu à
en. Depuis k)iigtemps, M. Pichon marche fort bien, il fait de
Migues promenades avec l'aide d'une canne, mais il boite sensi-
bment. Le raccourcissement définitif est de près de 3 centimètres;
8* Madame Brateau, àj^ée de 55 ans, grande, un peu obèse, très-
5lle constitution, tombe sur la hanche le 16 janvier 1877, en faisant
523 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
une ronde avec d'autres malades. Elle éprouve une vive dou-
leur et ne peut se relever. L'impuissance du membre est complète,
il n'y a que peu de déformation, point de mobilité anormale, les
mouvements communiqués sont conservés mais douloureux ; point
de crépitation ; le raccourcissement est nul. Décubitus dorsal
sur un lit un peu dur, aucun appareil n'est appliqué* La malade
gardera sa position, je n'en doute pas, car elle est tranquille, car
tout mouvement est très -douloureux, et sa corpulence lui rend
d'ailleurs très-difficile d'en faire. Des compresses résolutives et
froides fréquemment renouvelées, ont été simplement appliquées
sur la hanche pendant une huitaine de jours. Le lendemain de
l'accident, le raccourcissement du membre était un peu plus pro-
noncé, il augmenta les jours suivants. Plusieurs mensurations
successives donnèrent tantôt 8 centimètres, tantôt 4 centimètres,
une fois, je trouvai même 6 centimètres ; la cuisse et la jambe
étaient fortement déjetées en dehors, le talon porté en dedans; la
voussure de la région trochantérienne était manifeste.
Ce ne fut guère (ju'après 4 mois de repos absolu que la
malade se leva ; elle s'exerça d'abord à marcher à l'aide d'une
chaise qu'elle poussait devant elle, puis elle prit des béquilles. Au-
jourd'hui, elle ne se sert plus que d'un bâton. Bien que ie^accou^
cissement soit certainement minime, 1 à 2 centimètres tout au plus,
bien que la voussure soit peu appréciable, que la jambe ne soit
presque plus en dehors et qu'il se soit écoulé 18 mois, la marche
devient très-pénible et très-incomplète. La malade, qui ne croit
pas avoir eu de fracture, dit qu'il lui reste une faiblesse dans la
jambe. Pour moi, j'ai tout lieu de croire qu'il y a eu une fracture
intra-capsulaire. L'absence de raccourcissement et de déformation
du membre au moment de l'accident, puis quelques jours après un
raccourcissement subit, mais temporaire de 3, 4, 6 centimètres,
sont des signes qui ne me paraissent guère laisser.de doute sur la
nature de la lésion et la variété de la fracture. La déambulation
peut s'améliorer encore, mais la lenteur avec laquelle cette amé-
lioration progresse, ce sentiment de faiblesse qu'éprouve la ma-
lade, me semblent deux motifs de plus pour admettre un fracture
intra-capsulaire, car on sait que dans cette variété, la consolidation
ne se fait jamais bien entièrement, que la marche reste toujours
très-insufflsante et la claudication considérable, malgré le peu de
déplacement des surfaces et le peu de déformation du membre.
8« Mademoiselle Blin, âgée de32 ans, veut pousser une autre ma-
lade le 27 avril 1877, elle glisse et tombe sur la cuisse droite.Elle
ne peut se relever. Douleur vive au moment de la chute; impuis-
sance du membre qui est déjeté en dehors ; forte rotation du pied,
le talon se porte au-dessus de la maléole interne gauche; le rae-
SÉANCE DU 14 AOUT. 523
^ - _
coarcissement est de 8 à 10 centimètres ; pas de crépitation. Malgré
l'absence de ce signe, la fracture extra-capsulaire ne saurait être
douteuse ; ses trois signes caractéristiques : impotence, raccour-
cissement, rotation externe, sont en effet des plus prononcés. Dès
le lendemain, on voit poindre une ecchymose qui grandit rapide-
ment et ne tarde pas à envahir toute la région trochantérienne. La
voussure du membre est aussi très-manifeste malgré le gonflement
çui est survenu.
La malade étant fort peu docile, je ne pus songer à Tapplica-
fon d'aucun appareil. Je me suis donc borné, comme dans le cas
précédent, à l'étendre sur un lit dur et à renouveler des com-
presses résolutives sur la partie ecchymosée. La douleur que dé-
tei'naîne toute tentative de mouvement et ce sentiment intime, ins-
tinctif, qu'ont alors presque toujours les malades, de n*en pouvoir
faire aucun, sentiment que la folie n'abolit pas, me garantissaient
sofHsamment une immobilité relative. Après plus de 3 mois
de lit, je permis à cette fille d'essayer quelques pas, mais elle n'a-
vait point attendu aussi longtemps pour se lever, car plusieurs fois
jd Vavais trouvée assise sur une chaise au pied de son lit. Au-
jourd'hui, 15 mois après l'accident, elle va sautillant, s'ap-
pttyant surtout sur sa jambe gauche ; jamais je n'ai pu obtenir
<P**elle se servît ni de béquilles, ni d'une canne. J'espère qu'avec
te temps la marche deviendra moins imparfaite.
4<' Madame Brillant, 46 ans, une démente mélancolique dont la
santé était fort affaiblie par suite d'une abstinence volontaire et
prolongée, fit une chute sur le parquet de sa chambre le 11 no-
vembre 1877. Dès qu'elle fut couchée je constatai du raccour-
cissement de la jambe droite, sa rotation en dehors et l'impotence
fonctionnelle du membre. La douleur n'était pas très-vive et le
siège n'en pouvait être bien précisé par la malade qui ne paraissait
souffrir que quand on imprimait au membre des mouvements
communiqués, et surtout quand on tentait de le fléchir sur le bas-
sin. Comme dans le cas précédent, la malade fut simplement
couchée sur le dos, et comme elle était calme son immobilité fut
à peu près complète. Mais la santé générale de cette femme était
mauvaise. Le 7 décembre je trouvai une petite escharre au sa-
crum ; elle grandit rapidement et ne tarda pas à occuper toute la
région fessière. Les escharres furent lavées avec de Teau phéni-
quée alcoolisée, puis recouvertes d'épais plumasseaux de charpie
enduits de Uniment oléo-calcaire que je préfère de beaucoup au
cérat: la malade était ensuite étendue sur une couche de son
desséché au four et renouvelé chaque jour. Je ne pus limiter
la gangrène ; bientôt la diarrhée survint, le ventre se ballonna,
le sacrum se dénuda presque en entier, La peau se sphacéla sur
524 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
une étendue de 18 à 20 centimètres. Il y avait chaque soir un
redoublement de fièvre précédé d*un léger frisson que le sulfate
de quinine ne modifia point. Le 29 décembre le frisson fut pins
intense et dura 2 heures: c'était le début d'une nouvelle et dernière
complication; un épanchement purulent considérable se formait
dans la plèvre et deux jours après la malade succombait.
L'autopsie a révélé l'existence de cet épanchement, mais par
une circonstance indépendante de ma volonté et que j'ai vive-
ment regrettée, l'autopsie de la cuisse n'a pas était faite.
5" La femme Mautandouru, 66 ans, vieille maniaque, tombée
en démence depuis 12 à 14 ans, lit une chute sur la jambe gauche
le 4 juin 1878 en voulant pousser ou frapper une malade. — On la
relève, on la couche et l'on constate aussitôt les signes caracté-
ristiques de la fracture du col du fémur : douleur, impotence
fonctionnelle; rotation de la jambe en dehors avec légère flexion.
le talon s'appuyant sur la malléole du côté sain ; voussure du tiers
supérieur de la cuisse, raccourcissement de 2 à 3 centimètres. ^
Ici le diagnostic ne paraît pas un instant douteux; du reste l'âge
de la malade expUque mieux que dans les deux cas précédents la
nature de la lésion. Depuis sa chute la femme Mautandouru acte
simplement abandonnée sur son Ht, les résultats obtenus dans
plusieurs des cas précédents m'ayant démontré que cette méthode
en pouvait bien valoir une autre. Quelques jours après l'accident
il survint une forte ecchymose ; aujourd'hui, 6 semaines se sont
écoulées, la douleur a presque disparu et il est impossible d'empê-
cher cette femme de s'asseoir à moitié dans son lit et de s'y tourner
un peu, mais comme elle ne saurait encore faire de -mouvements
étendus elle ne cherche pas à le quitter.
L'intérêt do ces faits est surtout dans leur groupement, dans
Tanalogie des circonstances dans lesquelles ils se sont produits,
dans celle de leur marche ; chacun d'eux pris isolément n'en pré-
senterait que fort peu. On pourrait tout an plus contester le dia-
gnostic puisqu'il n'a pas été vérifié par l'autopsie. Je ne crois
cependant pas qu'on puisse le faire très-sérieusement, car les
trois signes typiques de la fracture (impotence, rotation en dehors,
raccourcissement) ont toujours existé et les résultats difinitifs
indiquent assez qu'elle a eu lieu. Je puis encore m'étayer ici de
l'opinion de NéLiton, qui a dit que dès qu'une fracture du col était
soupçonnée elle existait.
Ce qui frappe d'abord dans l'examen des quatre premiers faits,
j'élimine le cinquième, c'est l'âge des malades. Pas un d'eux n'est
un vieillard; deux, il est vrai, ont un peu dépassé leur cinquantième
année, époque de la vie à laquelle on commence à observer des
ffôctures du col du fémur, bien qu'elles soient encore fort rares,
SÉANCE DU 14 AOUf. 5â5
ais les deux autres malades n'avaient pas encore atteint cet
^, Tune même n'avait que 32 ans. Il y a donc lieu de se
imander si la folie quand elle dure depuis longtemps, et c'est ici
cas, ne constitue pas une prédisposition aux fractures, si elle
I pas pour résultat d'anticiper la vieillesse du squelette, de dé-
miner avant l'âge la raréfaction des os ou leur dégénérescence
lisseuse, et quant à ce qui concerne plus particulièrement le col
fémur, si celui-ci ne subit pas sous l'influence d'une démence
longée quelques modifications spéciales analogues à celles
on rencontre chez les vieillards, modifications de texture qui
ient à le rendre plus friable ; aussi bien que modifications de
ne dont Teffet serait de rendre l'angle que fait le fémur avec
coxal plus ouvert, de rendre ainsi le trochanter plus distant
bassin, comme cela semble se produire à l'âge sénilet surtout
^ les femmes qui, toutes choses égales d'ailleurs, sont, on le
> plus exposées que les hommes aux fractures du col. Ce sont là
Techerches que je n'ai pu entreprendre, aussi me garderais-je de
poser une solution. Il n'en est pas moins digne de remarque
> trois de mes malades relativement jeunes encore, se sont
i^turé le col du fémur en faisant une simple chute de leur hau-
ï et que pas un autre malade dans les mêmes circonstances ne
8t fait une autre fracture ; que le quatrième, une chute d'un lieu
Véa eu le même résultat, quand c'est le plus souvent alors une
cture du corps de l'os ou une luxation qui se produit chez un
ilte.
Cependant les déments ne sont pas tant s'en faut les malades
plus exposés aux chutes ou aux autres violences extérieures.
Iles-ci sont bien autrement fréquentes ctiez les épileptiques et
>z les maniaques. J'ai, comme tout le monde, vu nombre de fois
premiers tomber lourdement au moment de l'attaque, les
onds tomboî* dans leurs gambades, soit en courant, soit d'un
1 élevé, de dessus un banc, une chaise, etc., sans qu'aucun
lident grave s'en suivît le plus souvent. J'en ai vu 3 seule-
nt se luxer l'épaule et un certain nombre se donner des entorses
6 ou moins fortes du pied ou du poignet, mais pas un se faire
fracture. Je n'ai rencontré cette lésion que chez 6 déments et
is ont eu une' fracture de vieillard (5 fois celle du col du fémur,
rois celle du col de l'iiumérus) bien qu'aucun d'eux ne fût
ivé à la sénilité et que deux au moins fussent dans toute la
•ce de l'âge. Je ne veux pas inférer de ces faits trop peu
Dobreux que les fractures des extrémités des os soient plus
quentes chez les aliénés que celles de leur diaphyse. C'est là
e question de statistique qui peut avoir son intérêt, mais dont
; éléments font encore complètement défaut.
526 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
La question du savoir si la démence des aliénés les prédispose
aux fractures et à certaines fractures plus spécialement, ne peul
être aussi résolue que par des recherches ultérieures. Il est bon
pourtant de rappeler à ce sujet, d'une part, que la démence des
aliénés n'est au fond que la décrépitude des facultés intellectuelles,
consécutive à une lésion des centres nerveux supérieurs, et que
tout porte à croire que cette lésion est atrophique; d'autre part,
que la sénilité n'est autre chose que Tusure de tous les tissus
élémentaires de l'économie qui se rarélient et s'altèrent parce que
le travail de régénération devient (^ha^jue jour de plus en plus in-
férieur à celui de régression, et que les facultés intellectuelles
baissent alors parce ({ue les éléments nerveux n'échappent que
trop souvent à cnlte régression. Il y a donc un certain rapport de
cause à effet entre la sénilité et la démence qui la suit. Une rela-
tion semblable ne peut-elle pas être admise entre la démence pri-
mitive et la séniUté, alors surtout qu'on voit dans les asiles le plus
grand nombre des anciens aliénés porter la livrée d'une vieillesse
générale précoce?
A propos d'un cas de fracture comrainutive mortelle du corps
de l'humérus chez un paralytique général de l'asile de Mayenne,
M. Biante, interne de M. le D*" H. Bonnet, fait remarquer (^4/?. ffl('d.
psy,y 1876, t. XVI, p. 351) (jue cette fracture n'eût sans doute pis
eu lieu, ou bien eut été moins grave si le malade n'eût pas été pa-
ralytique général, se fondant, non sans raison, sur ce quels carac-
téristique de cette maladie est un travail de désassimilation auquel
le squelette participe comme le reste de l'organisme. A ce motif,
il en eût pu ajouter un autre plus décisif peut-être, c'est que chei
les paralytiques généraux les troubles de la locomotion étant très-
grands, ces malades sont plus exposés (jug d'autres à faire des
chutes et que les mouvements instinctifs de défense, de préser-
vation, ne peuvent alors se produire chez eux avec la précision
désirable, ce qui doit rendre leurs chutes plus redoutables. Je ne
veux pas nier pour cela l'action de la sclérose nerveuse sur la
dégénérescence des divers tissus et sur la désagrégation des os,
mais je crois qu'il serait exagéré d'y voir une cause trop efficace
de prédisposition aux fractures, d'autant |ue chez les paralytiques
généraux la nutrition se faisant d'ordinaire assez mal, il pourrait
y avoir plutôt là une cause d'ostéomalacie ou d'ostéoinyélilo, af-
fections qui ne se rencontrent guère que chez des sujets débilités.
Mais il ne faut pas oublier non plus que ces maladies, sans être
exclusives à la jeunesse, ne frappent pas d'ordinaire l'âge auquel
on voit se développer la paralysie générale. Du reste, de ces deux
affections la première est fort rare et ne saurait être considérée
comme prédisposant aux fractures, bien au contraire, puisqu'elle
SÉANCE DU 14 AOUT. 527
Iles OS flexibles en les privant de leurs éléments calcaires.
Qtà la seconde, qui peut s'accompagner d*abcès, de séques-
, de tubercules, etc., qui dilate les vacuoles osseuses et les
lux de Havers, qui détermine la fonte des éléments organi-
s, elle devient bien certainement une cause prédisposante de
kure quand elle a pris une certaine extension, puisque des
ides se sont alors brisé un membre en marchant («josselin),
9 soulevant dans leur lit (Lanceraux), spontanément même,
; qu'aucun mouvement ait eu lieu (obs. Fleury de Clermont ;
Société de cbir,^ 18 octobre 1876). On conçoit donc que l'une
formes de Tostéite puisse même à son origine, augmenter un
la friabilité des os, mais il resterait à démontrer que la para-
) générale conduise à Tune des formes quelconques de cette
:tion.
î ne saurais dire jusqu'à quel point la paralysie générale favo-
la production des fractures par suite des altérations qu'elle
irmine dans le tissu osseux ; je conçois que cela puisse être,
sil me semble (|ue les troubles de la motililé doivent dans cette
adie contribuer pour une large part à la production de ces ac-
mts qui sont du reste assez rares. Quant aux lésions intimes
issu osseux elles peuvent relever de deux causes distinctes,
8 signalée par M. Biante qui «erait alors spécifique à la para-
8 générale, et celle plus générale qui tiendrait à la démence,
les paralytiques généraux sont tous des déments. Mais les
lents ne sont pas tous paralytiques et aucun de mes six
lents ne Tétait. Sans doute, il peut bien y avoir eu chez eux
désorganisation, une atrophie, une nécrobie des cellules céré-
68, altérations microscopiques qu'il ne m'a pas été permis de
iercher,mais ces lésions sont précisément celles de la démence
ilOy tout aussi bien que celles de la démence consécutive à
e des formes de la folie, avec cette différence pourtant qu'elles
sont ni aussi constantes, ni aussi étendues, ni de même nature
8 la démence simple que dans la démence des aliénés. Il me
ble donc difficile, prématuré tout au moins, de les invoquer
ime un point de départ certain des modifications successives
tenues dans les éléments vaso-moteurs ou sympathiques qui
iident à la trophicité des tissus. Cette hypothèse qui pourra
litre déjà un peu hasardée quand il s'agit de la paralysie gé-
de, le serait par trop s'appliquant à la démence simple, et l'on
Murait être trop réservé dans l'admission d'une hypothèse.
ais les faits cliniques bruts que je viens de signaler ne restent
moins tout entiers, inexpUqués et inexplicables, il est vrai,
[u'ici. 6 déments, dont 1 seul avait dépassé 53 ans, se
\ fait six fractures de vieillard à la suite de chutes qui furent
528 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
sauf une, légères en apparence, et pendant le laps de temps où j'i
recueilli ces faits, je n'ai pas eu à constater d'autres fraclure«
bien qu'il y ait eu nombre déchûtes plus graves en apparence che
des aliénés non déments.
La fracture du col du fémur ne guérit point sans claudicatioi
On sait depuis les travaux de Bonnet et de son école qu'il n'e
peut être autrement puisque cette fracture s'opère le plus souvei
par écrasement et pénétration du fragment supérieur dans le tu
chanter, ce qui fait éclater celui-ci. Aussi depuis que ce méc
nisme de la fracture du col est mieux connu, se garde-t-on bû
d'exercer sur le membre des tractions douloureuses qui ne pei
vent rien réduire, ou de soumettre les malades au supplice d'apf
reils extenseurs qui ne peuvent rien étendre. On se borne àplac
le blessé dans la gouttière de Bonnet en corrigeant de son miei
la rotation externe, ou si Ton n'a pas cette gouttière, on se sert'
quelque autre appareil fort simple que l'on peut confectionn
extemporairement et qui pour être moins élégant donne à peu pr
les mêmes résultats : tels qu'une gouttière de zinc qu'on peut
procurer chez tous les ferblantiers, ou mieux une simple gouttiè
de gros carton mouillé qu'on peut imprégner d'une solution <
dextrine ou de silicate de potasse. Ce carton se modèle parfait!
ment sur le membre, devient très-dur par la dessiccation et coc
serve très-bien la forme qu'on lui a donnée. La gouttière peut d
plus être préparée en plusieurs valves qu'on maintient réunies i
moyen d'une bande roulée ou d'un bandage de scultet. On pei
toujours ainsi surveiller facilement l'état du membre firactoR
C'est cet appareil si simple et dont je n'ai encore vu la descriptio
nulle part, dont je me sers depuis de longues années en TappiQ
priant aux indications assez diverses qu'il peut être appelé à rem
plir. Il m'a surtout rendu plusieurs fois service dans le traitema
de la coxalgie chez les enfants. Toutes les fractures qui n'exiga
pas une extension continue sont parfaitement maintenues de I
sorte, et le membre qui repose sur une couche épaisse de ouil
qu'on peut au besoin renouveler, n'éprouve aucune pression. E
cas de plaies à surveiller je ménage une vulve à leur niveau.
Je n'ai pas même cru devoir me servir de ce moyen chezk
aliénés pour ne pas m'exposer à les exaspérer sans profit. Lei
indocilité ne m'eut d'ailleurs, guère permis de les maintenir imou
biles pendant la pose de l'appareil qui est assez longue et pendai
la durée de la dessiccation. Je n'ai pas à le regretter aujourd'bu
car je ne pense pas que je fusse arrivé à un meilleur résultat 6
agissant différemment que j'ai fait. En principe, je ne vois pi
qu'un appareil contenteur ait de grands avantages pour le mainti0
des fractures du col du fémur, l'immobilité des malades éUi
SÉANCE DU 14 AOIT. 5^9
presque toujours surtisaniinent assurée par la douleur ([ue leur
cause tout mouvement. De plus, chez les malades qui jouissent de
leur raison, celle-ci intervient pour les aider à garder cette immo-
bilité tant (pi'elle est rigoureusement nécessaire. Mais chez les
aliénés la pose d*un appareil quel qu'il soit, aurait dans ces cir-
constances non-seulement les inconvénients que je viens de signa-
ler, mais il deviendrait presque toujours fort diflicile alors de
donner aux malades les soins de propreté dont ils ont besoin et de
surveiller la formation des escliarres (jui ont souvent tendance à se
produu'e. Avec ces malades il faut simplifier autant qu'on le peut,
et si on veut les garder tranquilles il faut éviter de les effrayer par
le déploiement de manœuvres qu'ils ne comprennent point; il faut
éviter de les toucher, presque de les regarder. Mes cinq fracturés
du col fémoral ont été couchés sur une alèze et quand il me fallait
les examiner je les faisais rouler tout d'une pièce sur le côté sain
en relevant Talèze ; le membre malade perlait ainsi sur l'autre
membre qui lui servait en quelque sorte d'attelle, il n'y avait donc
que très-peu de déplacement.
■ Sur cinq cas, trois doivent être considérés comme guéris sans
plus de difformité que celle qui suit d'ordinaire ces sortes de
fractures; un, encore récent, est hors de cause, il pourra guérir.
Quand au cinquième qui a été suivi de mort au bout de six
semaines, un appareil, bien loin d'empêcher les compUcations qui
ont enlevé la malade, n'eût pu, par la gêne qu'il eût imposée, qu'en
favoriser le développement et hâter la terminaison funeste.
Je n'ai qu'un trop petit nombre de faits pour formuler des con-
clusions qui ne pourraient être que prématurées ; j'ai voulu seule-
ment signaler quelques points de chirurgie et surtout de l'histoire
des fractures qui me semblent être jusqu'ici restés dans Tombre.
D'autres peut-être ajouteront mes observations aux leurs et con-
Wlaut les opinions que j'ai écrites, pourront, quand ils auront
recueilli en nombre suffisant les éléments de la discussion, con-
clure avec une précision à laquelle je ne puis prétendre.
La séance est levée à 5 h, 25 m.
Le Secrétaire^
Lannelongue.
ff80 SOCIKTK DE GHIHUR6IE.
Séance da 21 août 1878.
PrésidoDce de M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
]ja correspondance comprend :
i^ Les journaux périodiques de la semaine ; les Bulletins de k
Société anatomique de Paris, la Gazette obstétricale, le Buiktk
général de thérapeutique, les Archives de la médecine nûvale^^t
Recueil dophlhalmologie ;
2® La Revue médicale de F Est, le Lyon médical ;
3*» Centralblatt fur Chirurgie, la Gazette médicale Italiemt-
Lombarde, The British médical Journal ;
i^ Observations et recherches cliniques relatives à rinûueBce
de la tension artérielle puerpérale sur la marche des maladies et
à ïétat de la circulation pendant les suites de couches, par le
D^ Léon Dumas, chef de clinique obstétricale de la Faculté deHooi-
pellier ;
5» De renlvrotomie, par M. le D' Surmay, membre correspoû-
dant de la Société de chirurgie ;
De l'occlusion des orifices auriculo-ventriculaires ;
De la fonction et du fonctionnement des valvules auriculo-rentri'
culaires;
Exposé dogmatique et critique^ par le même auteur.
M. le Président annonce que M. Longmore, chirurgien géoéisl
de Tarmée anglaise, membre associé étranger, assiste à la séance.
A Toccasion du procès- verbal, la parole est demandée par :
M. Desprès. Je regrette de n'avoir pas pu assister à la séance
précédente, car j'aurais désiré répondre à M\f. Marjolin et de
Saint-Germain, qui pensent que les pseudarlhroses chez les
enfants ne sont pas aussi rares que je Tai dit.
J'ai surtout appelé Tattention sur le nombre restreint des ob6e^
valions de pseudarlhroses recueillies chez des enfants.
Je crois qu'il serait nécessaire que nos collègues voulussentbiefl
préciser à quelle époque de la fracture ils ont observé leurs petits
malades.
Chez les rachitiques ou chez des enfants en proie à une fli^
grave, la coosolidation se fait lentement, il y a là un retard dek
8KANGB DU i21 AOI'T. 531
isolidatîon qu'il ne faut pas confondre avec une pseudarthrose ;
5Si je crois que l'on ne doit pas parler de pseudarthrose pour
s fractures qui ne datent pas au moins d'un an. Lorsqu'on nous
rie de fracture remontant seulement à 6 ou 7 mois, il n'y a là, à
oprement parler, qu'un retard de la consolidation.
M. DE Sadît-Germaln. Je puis répondre d'une façon précise à
i. Desprès pour deux de mes petits malades. Je les ai suivis pen-
ant 16 ou 18 mois soit à ma consultation soit à la consultation
'orthopédie où ils venaient chercher des appareils prothétiques.
louB savons tous combien ce genre de malades change souvent de
hinirgiens, aussi est-il difficile de pouvoir les suivre longtemps.
H. Despres. Le retard de la consolidation peut tenir à un manque
esoin des parents ou à un appareil mal appliqué, aussi suflit-ii
'arriver à un moment opportun pour obtenir la guérison.
Ce sont ces raisons qui me font admettre que les véritables pseu-
arthrosL's sont rares, mais je suis loin du les nier.
licetarefi.
I.
M. le Secrétaire général donne, au nom de M. Poinsot, de Bor-
Mux, membre correspondant, lecture d'une observation inti-
dée :
B^vrysme traamatique de Tartére occitipale.— Hémorrhagie grave con-
SécoUve à rouYertare spontanée. — Compression périphérique. —
teérison.
G..., âgé de 79 ans, fit, le 15 octobre 1816, une chute dans laquelle la
ntie postérieure de la tète porta sur Tangle très-aigu d'une marche
MKalier. Le cuir chevelu fut divisé par la violence du coup, et une
imorrhagie abondante se déclara. Le D' Durand, appelé aussitôt, eut
eours au perchloruro de fer dont il aida l'action hémostatique par
te compression vigoureuse. Sous Tinfluence de ces moyens, l'écou-
nent de sang ne tarda pas à s'arrêter et le malade put ôtre abandonné,
60 la recommandation de laisser le pansement en place pendant plu-
îure jours.
U 26 octobre, le \y Duraud, revoyant le malade, constatait, au niveau
point blessé, Texistenco d'une tumeur pulsatile, ayant le volume
lue petite noix, les battements étaient isochrones à ceux du pouls
l'auscultation faisait percevoir un bruit de souffle fort net. En pré-
ice de ce cortège de symptômes, qui ne pouvaient laisser de doute
Fia nature anévrysmale de la lésion, le D' Durand ne dissimula pas
la famille la nécessité probable d'une intervention et réclama les
aseils d'un chirurgien ; mais satisfaits du résultat obtenUf les
iULL. ET M&N. DE LA SOC. DE CHIR. 86
532 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
parents du malade n'accordèrent que peu d'importance à Favisc
leur était ainsi donné, et laissèrent G... reprendre bientôt son geon
vie habituel.
Le 8 novembre, dans la soirée, le D*" Durand était monté en Ui
hâte auprès de G. . . pour une hémorrhagie violente qui venait de
déclarer. Il apprenait alors que, depuis quelques jours, la bl6H
primitive avait paru s'enflammer; le malade avait éprouvé des d
leurs assez vives ; une suppuration légère s'était établie ; du
journée un peu de sang s'était mêlé au pus, puis, tout à coup, lui
de sang avait jailli et le malade en avait été inondé en pea d'inflta
Le D*" Durand, après avoir vainement essayé le perchlorare de te
lui avait si bien réussi dans une première occasion, exigea qu'on
adjoignît un confrère et me fit l'honneur de me désigner.
A mon arrivée, l'hémorrhagie continuait avec une grande tli
dance ; le sang s^écoulait en saccades par une plaie triangnlaire «
tant au niveau et en dehors de la protubérance occipitale extena
côté gauche, et marquant le centre d'une sorte do petite tumeur,
renseignements fournis par mon confrère établissaient évidemm
qu'il s'agissait d'une hémorrhagie consécutive a la rupture d'an i
anévrysmal, et, dans cette région, l'occipitale seule ou une de i
deux branches de terminaison pouvait avoir un volume ausceptil
d'expliquer les proportions de l'hémorrhagie.
Mon examen était ù peine terminé que le malade, demeuré assis j>
qu'à ce moment, tomba en syncope et fut agité de convulsions géi
raies. Je retendis aussitôt sur le sol et ne pus qu'à grand'peinil
faire reprendre ses sens. Mais, des le retour de ia counaiaaiM
l'hémorrhagie, qui avait paru se modérer, reprit avec une intflM
nouvelle. La compression sur le trajet de l'occipitale, c'est-à-dire m^
la plaie et l'apophyse mastoïde, parut un moment ia diminuer, bhh
résultat ne fut que momentané, et le sang se fit jour de nouveai.
Je songeai alors a exercer tout autour de la plaie une comprMi
énergique mais liiuitce; et, dans ce but, j'employai un anneau deflé
(de ceux qui servent à suspendre les rideaux de croisée). Je legaii
soigneusement avec un ruban de lil, de manière à faire dispint
l'inconvénient de bords trop tranchants. Cet anneau mesurait ^
centimètres de diamètre et comprenait exactement dans sa cirooi
rence la plaie et la tumeur qui lui servait de base. Cet anneau ail
place et maintenu par une légère pression, l'hémorrhagie s'arrêta.
La compression fut continuée pendant 48 heures par MM. Giéfl
et Peyre, internes de Ihôpilul Saint-André, se remplaçant toutes
heures. Elle était du reste aisée à maintenir exacte, car il suffisait
faire coucher le malade dans le décubitus latéral, sur le côté oon
pondant à la plaie, et le poids de la tôte fournissait la pression aéo
saire. La main de Taide ne servait plus qu'à garder en place Tanai
compresseur.
 aucun moment il u*y eut le moindre écoulement sanguin. An kl
de douze heures, j'enlevai les caillots qui obturaient la plai«etf*
plissaient la tumeur.
SKANCK DU 21 AOUT. 533
liOrsque la compression fut suspendue, toute tuméfaciion avait dis-
paru et la plaie était en grande voie de cicatrisation.
Le malade est demeuré guéri de son anévrysme ; il a succombé en
août 1811 à une pneumonie.
La rareté des anévrysmcs de Poccipitale, le résultat obtenu ù l'aide
delà compression, la simplicité du moyen mis en usage m'engagent à
pmrter cette observation devant la Société.
M. Timothy Holmes, dans l'article Aueurisine de son System of
urgery, déclare n'avoirconnaisance d'aucun cas d'anévrysme del'occi-
.pitale^. M. Broca demeure également muet sur ce point. Cependant
M* Chassaignac rapporte ^ d'après Lisfranc, deux observations em-
pruntées à Lombard et à Cisset. A ces faits il faut en joindre un troi-
sième de Giehrl, cité par Follin^. M. Le Fort ^ donne aussi une obser-
vation de Novris, relative à un anévrysme de l'occipitale ayant néces-
^ la ligature de la carotide primitive, mais Tinexactitude de l'indica-
tion bibliographique ne m'a pas permis do vérifier sur quel point de
rartère siégeait la lésion. Enlin Olivarès, de Valladolid 3, et Rizzoli,
de Bologne^, ont rapporté chacun une observalion d'anévrysme trau-
matique; même le fait du professeur italien offre avec le mien une
•xacte ressemblance, car ce fut après l'arrêt d'une hémorrhagie primi-
tive que se développa la tumeur anévrysmale.
Lombard, ayant pris l'anévrysme pour un abcès, en pratiqua Tou-
vorture, et, s*apercevant de son erreur, lia heureusement Tartère. La
nidme pratique fut suivie, et avec un succès analogue, par Olivarès :
cette fois encore, une erreur de diagnostic avait été commise et on
vnàX cru à une tumeur encéphaloïde. Cisset employa la méthode
iBcienne et obtint aussi un succès. Cette conduite parut d*abord à
Hiizoli le plus sûr moyen de guérison, mais il voulut auparavant
Oisayer de la compression directe combinée avec la compression digi-
Mo de la carotide primitive. Au bout de cinq jours, tout battement
tvait disparu dans la tumeur.
Je citerai encore, au point de vue du mode d'hémostase employé, un
Ait dans lequel Mac Haë, chirurgien de l'armée anglaise aux Indes,
Ha l'occipitale pour une hémorrhagie secondaire ayant son point de
départ dans une plaie de la région postérieure de la tête ?. Rizzoli
dlans deux cas analogues, arrêta l'hémorrhagie à Taide de Tocci-
Fesaure.
Par une bizarrerie singulière, malgré celte condition d'un plan
Instant offert par les os du crâne, condition si favorable à Tétablisse-
iBent d'une compression efficace, les chirurgiens que je viens de citer,
SiUf Rizzoli, n'ont point eu recours à ce moyen. La raison de cet
* System of aurgery, t. III, 1870, p. 591.
* Des tumeurs de la voûte du crâne, th. de coDcours, 1848, p. 121.
* Tnité élém. de patbol, externe, t. II, p. 418.
f Art. Carotide dnDict. encyclop,, Ir* sorie, t, XII, p. 677 (tableau),
* L'Impërxiêle, iO setl. 1863.
* Rizzoli, Clinique chirurgicale, appendice, p. 5.
T Th9 Lêucet, 1850, t. U, p. 649.
534 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
abandon est facile à comprendre : d'abord la compression directe ue
peut être aisément maintenue, parce que la forme arrondie de It tèttf
favorise le déplacement des appareils compresseurs, et en outre ees
appareils exercent, sur tous les points avec lesquels ils sont encoo'
tact, une pression toujours douloureuse et que le malade déclarera
souvent intolérable. Quant à la compression indirecte, la richesse de
la région en anastomoses artérielles la rend insuffisante, lorsqu'elle
s'exerce seulement sur le tronc du vaisseau. Pour que rhémostase soit
complète, Taction compressive doit s'exercer tout autour du point où
le vaisseau a été lésé, et jusqu'à présent il ne me semble pas qoe Ywbl
eût songé à employé cette compression périphérique. Il est cepeadmi
évident qu'un tel procédé est bien autrement simple que les injections
coagulantes, la suture entortillée, ou une ligature artérielle. H fli'a
même permis, chez mon malade, de vider entièrement la poche tné-
vrysmale de ses caillots et do ramener le cas à une simple plaie
d'artère.
II.
M. le Secrétaire général donne, au nom de M. Chauvel, membre
correspondant, lecture de l'obseiTation suivante :
Chute sur la paume de la main. — Luxation du coude en arrîArt,
incomplète : fracture de la trochlée ?
Le diagnostic des lésions traumatiques du coude présente biea
souvent de grandes difticultés. Le gonflement rapide et considé-'
rable de la région , rend rexploration pénible en môme temps qoe
délicate, la mensuration et le palper, avec quelque soin qu'on les
pratique, ne permettent pas toujours d'éviter les erreurs.
N'y a-t-il qu'une simple contusion ? Y a-t-il luxation ou fracture
articulaire, ou tout à la fois luxation et fracture ? Quelle est la na-
ture précise du déplacement? Autant de questions qu*il importe
de résoudre, et de résoudre le plus tôt possible, car la thérapeu-
tique en dépend.
Bien plus, il arrive parfois que môme après la disparition da
gonflement, même alors que les saillies osseuses se trouvent pla-
cées pour ainsi dire immédiatement sous les doigts, les lésions
restent encore douteuses et le diagnostic en suspens.
Dans son excellent article Coude du Dictionnaire encyclopédi'^
que des sciences médicalesj notre collègue et ami M. Fxnoand, pro*
lesseur-agrégé à l'Ecole du Val-de-Grâce, a traité d'une façon
aussi originale que magistrale, cette difiicile question des luxt*
tions du coude.
M'occupant précisément de ce sujet, je remarquai spécialement
les excellentes raisons sur lesquelles s'appuie ce chirurgien dis-
tingué, pour mettre en doute, je pourrais dire, pour nier d'ooe
manière absolue, les déplacements isolés de Textrémité supéridoi*
SÉANCE DU 21 AOLT. 535
du cubitus en arrière. Dans Tobservation que je vais rapporter en
détail, j'avais cru, justement, avoir affaire à une de ces luxations
isolées. Les complications survenues au bout de quelques jours,
m'inspiraient déjà des doutes sur la certitude de mon diagnostic.
Au moins, la lésion n'était-elle pas aussi simple que je l'avais
pensé tout d'abord. Je suis donc revenu à la charge, j'ai chaque
jour examiné l'état des parties, j'ai fait examiner le blessé par tous
©es collègues, j*ai palpé et mesuré, et malgré tout je reste en-
eore dans le doute. Les erreurs de diagnostic étant toujours profi-
tables, j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de publier le fait,
surtout en raison des résultats peu favorables qu'à donnés l'inter-
vention immédiate.
Hengrain, soldat au 4* zouaves, entre à l'hôpital militaire d'Orléa us-
ville, salle 2, n» 5, le 12 février 1878. C'est un homme de 23 ans, très-
Turtement musclé. Dans la nuit, vers 1 heure du matin, en descendant
i^pidement un escalier, les deux pieds lui manquent à la fois. Il cher-
che à se rattraper à la rampe avec la main droite, mais n*y parvient
P*8, et tombe en arrière, sur la paume de la main gauche, le bras
dans l'extension complète et Tavant-bras dans la supination forcée. Il
''esscnl un claquement dans le coude gauche, et, se relevant, constate
^*il lui est impossible de plier le bras. Violentes douleurs dans le
feste de la nuit, impuissance du membre.
Hengrain est conduit à Thôpital, 8 heures après Taccident, par le
médecin du corps, qui croit à une luxation du coude. Le bras est dans
l^^xtension incomplète, Tavant-bras en supination. Déjà le coude est
1® siège d*un gonflement considérable, tout mouvement spontané est
'•ndu impossible par la douleur.
Ce qui frappe à la vue, c'est Taugmentation du diamètre antéro-pos-
ieur de la région. Le bec de Tolécrâne fait en arrière une saillie
^nsidérable, et le triceps décrit une courbe à concavité postérieure
^ès-accentuée. En avant, la saillie de l'extrémité inférieure de l'hu-
mérus est en partie masquée par le gonflement, le pli du coude paraît
descendu. Le diamètre transversal est sensiblement le même des deux
côtés.
Tous les mouvements imprimés sont impossibles, sauf l'extension
lUe Ton peut exagérer, et la rotation dont la persistance nous frappe
^^roédiatement.
Par le palper nous constatons que l'olécrane est remonté au-dessus
'u niveau des tubérosilés humérales, et la mensuration, de l'angle
Postérieur de l'acromion au sommet de l'apophyse olécrânLenne, té-
moigne d'un raccourcissement très-léger, ne dépassant pas un centi-
^tre et demi.
L*épicondyle et l'épitrochlée nous semblent avoir conservé leurs
apports mutuels; la mensuration du sommet de ces aplophyses aux
t^physes styloïdes du radius et du cubitus, donne également un
'éger raccourcissement.
5^ SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Cependant la tète du radius ne fait en arrière aucune miUie ipprè-
ciable; en imprimant à la main des mouvements de rotatioi, oa It
sent rouler sous le doigt, à sa place habituelle, en dedans de TépicoQ-
dyle. Le fait est constaté, après nous, par plusieurs de nos coUè^aes.
Tout mouvement anoimal de latéralité est impossible, et pendant
Texamen, nécessairement assez long, aucune crépitation osseose ne
s'est fait sentir.
Le diagnostic de luxation incomplète du cubitus seul en arrière,
me paraît indiscutable. Je notai cependant que le bord interne de IV
lécrâne, paraissait un peu plus rapproché de Tépitrochlée, que eetts
apophyse était moins saillante, et je me demandai si le cubitus n'était
pas légèrement déplacé en dedans. La persistance des monvemeoti
de rotation de Tavant-bras, était moins aisée à comprendre, mais je n'y
insistai pas.
La luxation était-elle simple? L'absence de toute crépitation, de
tout mouvement anormal ne permettait pas d'en douter. Ayant mieax
étudié la question, j'aurais sans doute hésité davantage à me pronoo-
cer immédiatement, j'aurais insisté pour bien constater la hauteur do
pli du coude, la forme et la position exacte de la saillie osseuse anté-
rieure, les rapports de la tète du radius et de Tépicondyle, la lon-
gueur exacte du bord externe de l'avant-bras, Tétat du poignet, li
direction relative des axes du bras et de Tavaut-bras, etc. Ce sont là
bien des lacunes, et je m'en suis aperçu depuis.
Immédiatement je procédai à la réduction. Faisant fixer par un aide
la partie inférieure du bras, je saisis d'une main l'avant-bras du pa-
tient, pendant qu'avec les doigts de l'autre main je pressai sur Tolé-
crâne et l'attirais en bas. A dessein, j'exagérai un peu l'extension do
l'avant-bras, et tirai lentement et progressivement dans cette direc-
tion. Un soubresaut m'avertit que les surfaces articulaires étaient
remises en place, et aussitôt je portai l'avant-bras dans la flexion
complète, amenant la main au contact du moignon de l'épaule. U
déformation avait disparu, tous les mouvements imprimés s'exéca-
taient aisément et sans crépitation, les saillies osseuses avaient repris
leurs rapports. Je m'applaudis de la facilité de la réduction, quoiqoe
un peu surpris du faible effort qu'elle avait exigé. C'était ma première
luxation du coude. Je fixai l'avant -bras dans la flexion, la main enr
l'épaule saine, le membre flxé au corps par une bande et une écharpe.
Eau blanche en permanence.
26 février, — Les premiers jours je laissai le malade au repos, poi»
j'imprimais à Tarticle des mouvements que je cherchais à étendre pen
à peu. IjO treizième jour, le gonflement était encore considérable. En
dedans de la région, ecchymose très-étendue et épanchement de saiig
qui masque les saillies osseuses et ne permet pas de se rendre on
compte exact de l'état des parties. Malgré les exercices, les mouve-
ments spontanés sont très-limités, les mouvements imprimés très-
douloureux, au delà d'un certain degré de flexion ou d'extension.
2 mars, — Les mouvements sont toujours très-douloureux. L'extefi*
sien est incomplète, la flexion dépasse à peine l'angle droit, la rotalioo
SÉANCE DU 21 AOUT. 637
srtvant-bras 8*exécute seule avec facilité. Depuis quelque temps, cet
tatdu membre commençait à m'inquiéter. Je me demandais si la réduc-
OB avait été bien complète, si je n*ayais pas méconnu quelque com-
lieation. L'absence de crépitation, de mobilité anormale repoussait
«(aidée d'une fracture articulaire, au bout de 15 jours, un consoli-
ilion osseuse n'était pas chose probable. D'un autre côté, la men-
uration, la vue, le toucher, ne laissaient pas constater un déplace-
ant notable des surfaces articulaires. Le radius d'un côté, l'olécr^ne
iTautre, me semblaient bien en place. Seulement à la partie anté-
Boreet interne de la région au-dessus du pli du coude, en dedans du
Mps et sur le trajet de l'humérale, je sentais une tuméfaction nota-
•,ma] limitée; très-dure, dont je ne pouvais me rendre un compte
écis. Était-ce le résidu solide d'un épanchement de sang, une saillie
tseuae ou bien uu de ces dépôts plastiques péri-articulaires dont
ilgaigne a signalé la fréquence?
S Aars. ->- A mesure que diminue le gonflement et malgré dos exer-
ses journaliers, les mouvements spontanés et imprimés sont plus
liibles et moins étendus. L'extension, quoique douloureuse, se fait
Bez complètement. La flexion plus possible ne dépasse pas Tangle
oit A la partie antérieui*e en dedans du biceps, on sent une tumeur
re, chaque jour mieux limitée, dont la forme est celle de la trochlée
mérale. D'un autre côté, l'épitrochlée est moins saillante que norma-
Qent et l'olécrâne en semble légèrement rapproché. Cependant
|K»physe olécrânienne ne dépasse pas en hauteur les tubérosités hu-
ndes, et ne fait aucune saillie en arrière, le biceps est bien accolé
'humérus. Aucun mouvement ne détermine de crépitation. Dans ces
éditions je me décide à faire endormir le blessé. Mais Tanesthésie
rend ni l'exploration plus nette, ni les mouvements de la jointure
8 aisés. Faisant maintenir le bras par un aide je tire sur l'avant-
s en exagérant l'extension, rien ne bouge. J'essaie de la flexion
sée sur le genou, sur un corps solide placé dans le pli du coude,
plus de résultat. Je ne suis pas plus heureux, en faisant prati-
r les tractions par un aide robuste, un de mes collègues, doué d'une
Dde vigueur, pondant que je presse directement sur les os. Pour me
Ire compte de la nature delà saillie antérieure et interne, que je sup-
d être la trochlée humérale, je recours au procédé indiqué par Mal-
pie. Une épingle est enfoncée perpendiculairement danscette saillie,
y pénètre sans diflicultés. Craignant que l'épingle n'ait dévié de sa
e, je fais répéter l'exploration par le médecin du corps, le résul-
ist le môme. Le diagnostic reste douteux.
I mars. — Cependant le temps presse, il faut agii pour que l'inter-
ion ne devienne pas inutile. Mes collègues de l'armée sont cou-
lés. L'impossibilité de la flexion au delà de l'angle droit, l'absence
répitation, la présence d'une saillie arrondie d'une dureté osseuse,
partie interne et antérieure du pli du coude, au niveau et un peu
B8S0US de ce pli, les font pencher vers l'idée d'une luxation incom-
I du cubitus en arrière. Une fois de plus on s'assure que la tète du
18 roule sous le uondyle, et ne fait aucune saillie postérieure, que les
538 SOCIÉTÉ DK CHIRURGIE.
mouvements de rotation de Tavant-bras s^exécutent normalement. Une
dernière intervention est résolue.
12 mars. — Je fais de nouveau constater que Tépitrochlée ne fait
pas en dedans du bras sa saillie habituelle; qu'une épingle pénètre
facilement dans la tumeur dure que Ton suppose être la trochléebu-
mérale; que les mouvements de flexion paraissent arrêtés parle con-
tact du cubitus avec cette tumeur ; que cotte saillie est située très en
avant et presque a la même hauteur que l'apophyse éptthrochléenne.
Le malade endormi, je fixe le bras à un des montants du lit pour la
contre-extension. L'extension est faite par deux aides vigoureux à
l'aide d'un drap attaché à l'avant-bras au-dessus du poignet. Les mou-
fles ou l'appareil de Jarvis seraient préférables, mais je ne les pos-
sède pas.
Les tractions sont d'ubord pratiquées dans le sens de l'extension.
On obtient assez facilement Textension complète, mais les os restent
immobiles. Je fais tirer un peu obliquement en dehors, pour agir da-
vantage sur le cubitus, en fléchissant ce membre sur son bord externe,
pendant que je surveille et agis directement sur Tolécràne pour
l'abaisser, sur la trochlée pour la relever; aucun résultat.
Les tractions pratiquées sur la partie supérieure de ravant-bns
fléchi à angle droit et maintenu dans cette position n'ont pas plus de
succès. Enfin la flexion forcée sur le genou, sur un corps solide place
dans un pli du coude reste également inutile. Aucune crépitation n'a
été perçue pendant ces essais répétés de réduction.
30 mars. — Ces tentatives ne sont pas suivies de réaction. L'état
de la jointure reste le môme, et le massage, les frictions, les douches,
les exercices journaliers sont les seuls moyens employés josqu^aa
9 avril, où le malade est dirigé sur les eaux thermales d'Hamman.
(Rhin.)
Juin. — Après un séjour de six semaines aux eaux thermales, après
un traitement consistant e.ssentiellement en bains et en douches loca-
les, Rengrain rentre à Thôpital absolument dans le même état qu'à
son départ. De nouveau la question diagnostique demande à être élu-
cidée. Il n*y a plus ni gonflement ni douleur, la jointure est aisément
accessible, l'exploration facile. Voici le résultat de mes examen»
répétés.
Le membre pendant le long du corps, l'avant-bras forme avec le
bras un angle de i35<>. I^a main est en demi-pronation, le ponce en
avant. Déformation peu apparente en arrière ; l'olécrAne n*est pas
saillant, l'épicondyle est moins saillant, le biceps moins large que du
côté sain. Vu par sa face antérieure, la main en supination, le coude
plus déformé. En deduns du biceps, au-dessus du pli, saillie volumi'
neuse qui soulève la peau du côté interne du bras à hauteur et en avant
de l'épitrochlée.
Les mouvements spontanés sont limités, pour l'extension à ISS^t
pour la flexion à 90> environ. Les mouvements de rotation de Tavant-
bras s'exécutent normalement.
Les mouvements provoqués sont à peine plus étendus. L*extension
SÉANCE DU 21 AOUT. 539
illimitée à iS&* et produit à ce moment de la douleur au pli du
inde. La flexion peut être poussée à 85^ environ, mais plus loin elle
leasioone une douleur violente vers la région olécrânienne. Quand
ifléchit brusquement Tavant-bras, le mouvement paraît arrêté par
ehoc,la rencontre de deux corps durs, dans le pli du coude, mais on
I perçoit ni frottements ni craquements.
Le membre blessé est légèrement atrophié, comme Tiudique la men-
(ration des circonférences.
Côté saiQ.
côté malade.
0">.30
O'^.SO
O-^j^S
0"*,28
O'^.SO
0'",!28
Qm 28
0°»,27
Bras sous l'aisselle
Bras, partie moyenne .
Avant-bras, pli du coude
Avant-bras, tiers supérieur
L'ttrophie musculaire porte surtout sur le bras et plus particuUère-
BDtsur le triceps. L'avant-bras est beaucoup moins affecté.
Li force musculaire est assez grande, mais Télévation des objets
nrds un peu douloureuse. Aucune gêne dans les mouvements de la
lin et des doigts, les muscles répondent énergiquement à la faradi-
tion. La sensibilité est intacte.
Nous avons constaté que la circonférence du membre sain au niveau
: pli du coude (0*,27), était inférieure de 1 centimètre à celle du
nnbre blessé. Cependant le compas d'épaisseur donne une longeur
lile pour le diamètre antéro-postérieur, aussi bien que pour le dia-
ntre transverse des deux côtés.
Dans la position d'extension à i35<* la mensuration pratiquée avec
luban métrique donne les longueurs suivantes :
Côté sain. Côté blessé,
îords postérieurs do l'acromion à l'épitrochlée... 0",33 0",32
— à l'épicondyle . . . 0-,30 0-,30
— au sommet de l'o-
lécrâne 0%31 0-,30
)erépicondyle à l'apophyse styloïde du radius... 0-,23 0",22
)e l'épilrochlée à l'apophyse styloide du cubitus. 0«,24 0-,22
s compas d'épaisseur accuse également un raccourcissement d'en-
)Q 2 cenlimètres des apophyses styloîdes cubitale et radiale à l'épr
îhlée et à l'épicondyle du côté blessé.
lans la flexion ù angle droit, on ne constate aucune différence des
IX membres pour la distance qui sépare le bord postérieur de l'a-
mion de l'épitrochlée, de répicondyle et du sommet de rolécrâne.
18 la même position le ruban métrique accuse un raccourcissement
2 centimètres environ, pour lé bras blessé, des apophyses sty-
les radiale et cubitale au sommet de l'épicondyle et de l'épitrochlée.
pli du poignet au pli du coude, la distance est la même des deux
hs. EIn résumé : la mensuration dénote un raccourcissement de
mtimètres pour le bord interne de Tavant-bras malade, un rac-
rcissement un peu moindre pour le bord externe.
106 deux avant-bras dans la flexion à angle droit, si l'on examine le
540 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
coude par derrière, la forme de la région est la môme des deux côtés.
Au compas d'épaisseur, largeur égale. Le sommet de l'olécrAne est vn
peu au-dessous de la ligne épitrochlée-épicondilienne, sur les deax
membres. L*olécrâne n'est pas plus saillant en arrière au coude gti-
che, pas de dépression au-dessus de son bec, le doigt rencontre ia*
médiatement la face postérieure de Thumérus. Peut-être le bord interne
de l'olécrâne est-il un peu plus rapproché de Tépitrochlée, que le bord
externe ne Test de Tépicondyle, mais la différence n'est apprédabie
ni au toucher, ni à la mensuration. Mais à droite, côté sain, le doigt
porté sur le sommet de répitrochlée, puis sur le bord antérieur de
cette éminence, tombe dans une dépression profonde et 8*arrôte sorii
face antérieure de l'apophyse. A gauche, au contraire, tout près de
bord antérieur de Tépitrochlée, le doigt rencontre un véritable silloe,
puis immédiatement une partie dure lisse, saillante en dedans, anoo-
die, qui se porte directement en avant.
Si Ton examine le coude gauche par sa face antérieure, la vue oet
immédiatement frappée par cette saillie qui masque l'épitrochlée. Pleoée
en dedans du biceps, lisse et arrondie on avant, offrant en dedans aie
arête vive, qui se continue de ce côté avec une facette presque plane,
elle se prolonge en bas jusqu'au pli cutané du coude. En arrière elle
est séparée de l*épitrochlée qu'elle cache par un sillon profond, ooe
rainure où se loge la pulpe du doigt. En pressant fortement, il semble
toutefois que la continuité de l'os n'est pas complètement interros-
pue entre ces deux éminences osseuses. En haut, comme en dehors,
la saillie anormale se perd en s'arrondissant dans la profondeords
bras, sans présenter de bord net, mais sans qu'il soit possible de li
suivre jusqu'au corps de l'humérus La pression en ce point est eaeore
assez douloureuse.
Tout au coutraire, il est facile en remontant du sommet de Tépitro-
chlcele long du bord interne de l'humérus, de constater que la conti-
nuité de l'os, n'est pas interrompue de ce côté. 11 en est de même
pour le bord externe de Phumérus et de Tépicondyle.
La saillie osseuse autéro-interne est complètement indépendante par
rapport aux os de l'avant-bras. Elle reste complètement immobileduns
ses mouvements de flexion et d'extension et paraît être le centre de
ces mouvements de charnière. Au-dessus d'elle est une dépressios
profonde où le doigt n'arrive pas à sentir l'upophyse coronolde ds
cubitus.
Au côté externe de l'article, on sent tourner sous le doigt la cu-
pule du radius. Elle ne fait saillie ni en avant ni en arrière* tout ao
plus serait-elle un peu déjetée en dehors, un peu rapprochée de l'épi-
condyle.
Pas de déformation du poignet gauche. Les apophyses atyloidee
radiale et cubitale ont conservé leurs rapports, la main n'est pal
inclinée sur le bord radial.
Quelle est la lésion anatomique qui a produit une telle déformatioat
Y at-il eu luxation ? Y a-t-il eu fracture articulaire ? Ou bien y 9t4i
ou luxation et fracture en môme temps ? La difformité actuelle asNlte
SiANCE DU 21 AOUT. 541
véêolftat d'une luxation incomplètement réduite ou d'une fracture
ieîeiMemént couBolidée?
L'existence d'une luxation incomplète du coude en arrière, soit du
ibHas seul, soit des deux os à la fois, me paraît difficile à mettre en
ovte. La saillie si prononcée de l'olécrâne, la dépression profonde
ni surmontait le sommet de cette apophyse, l'impossibilité des mou-
«ments imprimés, le raccourcissement plaident en faveur de la luxa-
ion. La conservation des mouvements de rotation de la main, indique
msque avec certitude que le radius avait suivi le cubitus dans son
l^ltcement.
Mais l'état actuel des parties me paraît démontrer qu'il y a eu éga-
oment fracture articulaire, fracture que l'absence de crépitation et le
{onflement ont fait méconnaître. Les rapports anormaux de l'épitro-
ihlée et de cette saillie osseuse antéro-inteme qui ne peut être que
I troohlée humé raie, sont pour moi une preuve de fracture avec dé-
ilioement. A dire vrai, la fracture est même, aujourd'hui, le seul
lit q[ui s'impose pendant que Texistence d'une luxation est parfaite-
MQt discutable. Les résultats si peu sûrs de la mensuration, ne peu-
'Wt jamais être opposés aux déformations constatées par le toucher.
4 trochlée humérale a été séparée de l'épitrochlée en dedans,
8ll6»ci restant en continuité avec l'humérus.
L*6xi8tence d'une seconde fracture entre la trochlée et le condyle
*Mt pas démontrée par la palpation, mais le déplacement du fragment
!^Mhléen la rend à peu piès certaine. Ce fragment a subi autour de
M bord externe un mouvement de rotation qui Ta porté en avant
ur son bord interne, en -même temps qu'il était poussé en dedans et
K^aut. Nécessairement le cubitus a suivies mouvement tout en
asservant ses rapports avec le radius. De là l'élévation légère de
Bléeràne et le raccourcissement de Tavant-bras. Je nUnsiste pas sur
>tte hypothèse, je livre le fait à la discussion en appelant les édair-
^ments de plus expérimentés que moi.
Discussion.
H. Berger. Il est diflicile de pouvoir répondre à la question de
• Chauvel, puisque nous n*avons pas vu le malade, mais j*ai ob-
rvé, à la suite d'une luxation du coude, une déformation qui ne
tttinduire en erreur. Je l'ai rencontrée dans deux cas de luxation
coude observée chez des enfants.
8ur le premier, la réduction avait été suivie d'un gonflement ex-
ne. Lorsque le gonflement général disparut, je constatai au ni-
In de la trochlée une tumeur qui me fit croire à une fracture de
trochlée , méconnue au moment de la réduction. En examinant
nparativement les deux bras, je pus constater que cette tumeur
tait autre chose ({ue la trochlée devenue visible par suite de
rophie des muscles épitrochléens. Je soumis les muscles de cette
ion à des courants continus, 12 éléments Trouvé, les muscles
rirent du volume et la déformation disparut.
542 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Dans le second cas, je vis, quelque temps après la réductioD,
cette même saillie apparaître, mais, chez ce malade, l'atrophie se
produisit plus lentement.
Dans l'observation de M. Chauvel, il y a dû avoir une lésion du
squelette, puisqu'il y avait raccourcissement, mais je ne serais pas
éloigné d'admettre qu'il y eut aussi atrophie du groupe muscu-
laire qui ait augmenté la déformation.
Prësenlalion d'Instruments.
M. Tarnier présente au nom de M. Pierre Thomas, interne pro-
visoire, un embryotome.
J'ai présenté, il y a quelques mois, à la Société de chirurgie,©
nouvel embryotome, dans lequel je parvenais à sectionner le fœtus
avec une scie à chaîne, agissant de haut en bas. Cet instrumeat,
dont l'idée était bonne, avait l'inconvénient d'être un peu compli-
qué et en outre, d'être d'un prix un peu élevé.
M. Pierre Thomas, après avoir examiné le mécanisme de cet in-
strument, a cru pouvoir le modifier avantageusement, et c'est ce
nouvel embryotome que je viens vous présenter.
Il se compose de deux branches, l'une, qui est placée derrière
Tenfant, est courbe et peut s'appliquer dans la concavité du sa-
crum ; la seconde, qui est appliquée en avant, est droite.
Ces deux branches s'articulent au moyen d'une vis et, à l'extré-
mité, se trouve un fer à cheval qui réunit solidement les deux bran-
ches. Lorsque l'instrument est fermé, les extrémités supérieures
des deux branches se touchent, or comme il serait à craindre que
la peau puisse se prendre entre les branches, M. Thomas a donné
un petit mouvement latéral qui permet de chasser la peau, qm
pourrait être prise.
A la face interne des branches, se trouve un canal ouvert, dans
lequel doit être introduite la scie destinée a couper le fœtus. L'io*
troduction de la scie se fait de la manière suivante : dans la canne-
lure de la tige antérieure, on introduit une tige de baleme ; arriTée
à l'extrémité de la branche, cette tige passe dans la cannelure de It
branche postérieure et vient ressortir à l'extrémité extérieure de
la branche postérieure. On passe, dans une fenêti*e placée à Fex-
trémité de cette baleine, la scie, et, retirant la baleine en sens in-
verse, la cannelure des deux branches se trouve occupée parla
scie.
Cette scie mérite une description spéciale, car elle est tout i în^
nouvelle.
Pour pratiquer l'embryotomie, M. Pajot avait proposé d'eo-
SéAHQB DU 91 AOUT.
bM
t une ficelle que l'on nomme fouet, mais cette ficelle peut se
r, si elle rencontre un os.
Pîdire Thomas se sert aussi de fouet, mais il le recouvre par
de fer en spirale; grâce à ce recouvrement, on obtient une
I , ■ ■ 1.
analogue à une corde de piano, avec laquelle on peut dé-
r une véritable force.
3 fois le RI passé dans ce canal, il sufllt d'un mouvement de
-vient pour sectionner le fœtus de haut en bas.
ir être sûr que la baleine, après avoir traversé la cannelure
branche antérieure, s'introduit bien dans celle de la branche
e postérieure, M. Thomas place dans cette cannelure une ba-
qu'il nomme baleine de précaution; dès que la baleine s'in-
it dans la cannelure de la branche postérieure, celte baleine
écaution est repoussée en dehors.
instrument, construit avec les mêmes principes que le mien,
irtaioement un progrès. 11 est plus simple et il Buit do haut
■t ce qui vaut mieux.
GuimoT. J'adresserai i rinstrument de M. Thomas les mé-
R CHinUHOIE.
mes objecliuns que pour l'instrument de M. Taraier. La laaàe
postérieure doil se placer dans la concavité du sacnim, or, dnu
les cas où l'embryotomie devient nécessaire, le fœtus est toujHirs
au-dessus du détroit supérieur, il est donc impossible que «W
branche saisisse le foetus puisqu'elle doit être posée, au-desmn'
de lui, dans la concavité du sacrum.
Je voudrais savoir si on a fait quelques expériences avec cet i**
strument, car, s'il peut bien saisir le fœtus, mon objection toiK
théorique tomberait d'elle-même.
En outre l'enfant se trouve rarement dans une position transvtf*
sale, il est souvent obliquement : peut-on placer l'embryoloine I
U. TAHinER. Dans une position de l'épaule où la version denMt
impossible et pour laquelle le chirurgien est forcé de recowir i
rembi^olomie, il y a toujoui's ime portion du fcetus <{ui est trit*
SÉANCE DU 28 AOUT. &i5
«oendue, on pourra donc toujours saisir le fœtus. Si, au con-
iirOy l'enfant est placé au-dessus du détroit supérieur, il se peut
le rinstrument devienne tout a fait inapplicable.
Quant à savoir si cet instrument peut couper un fœtus placé
^liquement, je répondrai à M. Guéniot qu'ayant eu à pratiquer
mbryotomie dans un cas de présentation de l'épaule, j'appliquai
)Q instrument, et, lorsque je voulus extraire les deux morceaux,
m'aperçus que le fœtus avait été sectionné en long ; donc on
urra s'en servir pour une position oblique.
l«a séance est levée à 5 h. 5 m.
Le Secrétaire^
HORTELOUP.
Séance du 28 août 1878.
Présidence de M. Guyon.
--e procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
^ correspondance comprend :
L* Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin de TAca-
me de médecine, les Annales de gynécologie ;
t" La Revue médicale de Toulouse^ le Lyon médical y V Avenir
dical du nord de la France;
^ Tbe British médical Journal^ la Gazette médicale Ilalwnne^
mbardCy Contralblatt fur Chirurgie^ la Gazette internationale
ï sciences médicales de Naples;
i^ Une note de M. le D' Gaillard de Parthenay (Deux-Sèvres),
adidat au titre de membre correspondant, intitulée : De la gué-
\on spontanée de thydrocèle chez les enfants. (Commissaire :
de Saint-Germain.)
5» Une thèse de M. le D' dj La Roche, intitulée De T ischémie
irurgicale des membres ;
î» Etude physiologique et expérimentale sur Pasphyxie par
bmersiouy par le D' Houzé de l'Aulnoy.
If. le Président annonce que M. le D" Houzé de l'Âulnoy et
[. Parise, professeur à Lille, et OUier, professeur à LyoU| as-
leot â la séance de la Société de chirurgie.
546 SOGIKTK DE GHIRUROIB.
Discussion,
A l'occasion de la présentation du travail de M. de LaHochesnr
V ischémie des membres et des commentaires dont Ta fait suivre
M. Houzé de TAulnoy, M. Desprùs désire faire quelques observa-
tions sur deux points. Le premier est relatif à l'application delà
bande d'Esmarch. Est-ce bien là un vrai progrès? je ne le pense
pas. Aussi ne Tai-je jamais employée ; je m'en tiens aux vieilles
pratiques , à la compression digitale de Tartère principale da
membre.
Il me semble qu'on a pour la réglementation un enthousiasme
immérité et qu'on fait un grand abus des mathématicpies dansno^
sciences d'observation.
C'est très-bien de régler la force de la banJe en caoutchouc.
Mais est-ce que tous les membres se ressemblent? les gras et les
maigres ne supporteront pas la même pression. Ce qu'il faudrait
connaître, c'est la résistance des tissus de chaque individu. Je
laisse d'ailleurs au temps le soin d'accomplir son œuvre.
Le second point qui m'arrêtera est celui relatif à l'élévatioD des
membres, dont M. Houzé de TAulnoy n'a pas trouvé la mentioD
avant ses travaux.
J'ai vu Velpeau et Jobert de Lamballe la conseiller après l'inci-
sion des panaris, pour arrêter le sang artériel. Au surplus, c'est
une méthode hémostatique très-imparfaite à laquelle je n'ai jamais
recours. Dans les rares circonstances où je pratique l'amputalion
des doigts, je me borne aux pansements par occlusion, et je n'ai
jamais eu d'hémorrhagies. Pour les amputations de l'avant-bras,
les faits cités par M. Houzé de l'Aulnoy ne sont pas suffisants.
Déjà Koch avait pensé que la rétraction vasculaire pouvait empê-
cher l'issue du sang et il citait comme preuve le fait d'une ampo-
tation de cuisse où il n'avait pas lié les vaisseaux. Mais il fut moins
heureux plus tard.
M. Lucas-Championnièhe, après avoir rappelé que l'élévation
des membres est une pratique assez ancienne dont il se sert dans
les amputations de la main, fait remarquer qu'un certain nombrede
chirurgiens parmi lesquels se place M. Nicaise, emploient de pe-
tites bandes analogues à celles de M. Houzé de l'Aulnoy.
Incontestablement Koch a été imprudent, aussi demanderai-j^
à notre collègue quelles sont les amputations qu'il a pratiquées.
M. Houzé de l'Aulnoy. Je ne répondrai qu'un mot à M. Dfl6-
près. Que deviendrait un mécanicien sans son manomètre? Atoc
le tube d'Esmarch on exerce quelquefois une pression de 70 fr
logrammes. N'y a-t-il pas un véritable danger?
SÉANCE DU 28 AOUT. 54*7
Quant à la pratique de Télévation, ce n*est pas mon procédé ;
mais j'attire Tattention sur ce moyen que je crois appelé à faire du
chemin. Par lui, j*ai pu faire une amputation au tiers supérieur de
IVanl-bras sans ligature. Je le crois encore trôs-uliie à connaître
dans les hémorrhagies secondaires et c*est dans le but de le vul-
gariser que j'ai offert à la Société le travail de M. de La Roche,
qui contient le résultat de ma praticfue.
M. Delens dépose, pour être inséré dans les Ballelins, un ré-
sumé du travail envoyé par M. Chalot, aujourd'hui agrégé à la Fa-
culté de Montpellier, intitulé De la névralgie des moignons.
L'auteur a eu Toccasion d'observer un malade affecté de né-
vralgie du moignon, a la suite d'un amputation traumatique de la
jambe gauche. Voici, en résumé, l'histoire de ce malade :
En 1869, il eut la jambe gauche écrasée par une pit^ce de bois, et
dut subir l'amputation au lieu d'élection. Au 28« jour de l'opération,
il fit un faux pas ; c'est à cette époque que remonte le début des
douleurs névralgiques qu'il éprouve dans le moignon. Ni l'extir-
pation de la cicatrice, ni l'excision du grand nerf sciatique, ni la
resection du péroné, ni l'excision du saphène interne, ni la triso-
tomie de tous les tendons fléchisseurs du moignon, ni l'accipunc-
tare, ni l'électro-puncture, n'ont pu faire disparaître les douleurs
at les convulsions choréiformes du membre amputé ; le soulage-
ment n'a jamais été que temporaire, il a parfois été nul. 5 ans
après l'accident, le malade a de nouveau subi l'excision .du nerf
ttphène interne : la récidive a eu lieu. Un moment, la faradisation,
soitseule soit alternée avec la galvanisation, a produit de bons ré-
sultats; mais les douleurs n'ont pas tardé à reparaître, pour résister
4U)U6les traitements, tels que le vésicatoire volant, les injections
hypodermiques de morphine , de sulfate d'atropine. En dernier
feu, de désespoir, le malade a demandé une nouvelle amputation.
L'amputation a été pratiquée au tiers inférieur de la cuisse,
•vec un grand lambeau antérieur et un petit lambeau postérieur.
• Seulement, pour empêcher que les névromes consécutifs à
*ouie section, soient compris ultérieurement dans la cicatrice et
donnent lieu aux mômes accidents que ceux observés dans Tam-
P^talion de la jambe, M. Chalot a excisé 3 à 4 centimètres du grand
^ti sciatique et autant de l'accessoire du saphène interne, le sa-
phène interne ayant été déjà excisé un peu plus haut à trois re-
Pï'îses. ^
La cicatrisation du moignon a été retardée par une série d'hé-
^unrhagies profuses qui paraissaient plutôt tenir a un état dyscra-
^ique qu'à un vice d'hémostase chirurgicale ; quelques petits sé-
BULL. BT MBM. DE LA 800. DB CHIR. 37
548 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
questres ont, à leur tour, tourmenté le malade; mais, enfin, l.'!
10 mois après Tamputation, « le malade laissait pétrir son moignon Yi
sans éprouver aucune douleur névralgique. » f-a
Les renflements terminaux des nerfs du moignon, examinés
d*après les règles de la technique histologique, ne sont autre chose
que des névromes fascicules myéliniques avec leurs enroulements
si connus de tubes nerveux.
En résumé, Tamputation de la cuisse complétée par Texcisioii
des nerfs a singulièrement amélioré la situation du malade, et, bien
que les extrémités sectionnées des nerfs soient 'encore sensibles,
les douleurs ne sont nullement comparables , comme intensité,
comme irradiation, a celles qui existaient autrefois sur les né-
vromes terminaux de la jambe et qui s'accompagnaient d'une hyper—
esthiésie extrême dans toute la peau environnante.
Uauteur, après avoir rapporté Tobservation, cherche à en pré-
senter la phyéiologie pathologique ; il reconnaît l'influence des
névromes terminaux dans le développement de la névralgie dia
moignon, et considère rhyperesthésie de Taxe spiral, commets
cause fréquente des récidives après l'intervention chirurgicate-
Quant à la théorie de Weir Mitchell qui explique la récidive pt^
une sclérose des cordons nerveux , elle doit être rejetée, pari?^
qu'elle ne s'appuie sur aucun fait d'anatomie pathologique bieca^
constaté.
Dans les autres parties de son travail, l'auteur présente ranalys'0
clinique, pathologique, thérapeutique de 22 autres cas de névrai —
gies du moignon, qu'il a trouvés çà et là épars dans les mémoire^'v
recueils, journaux ou thèses; enfin, il se trouve amené à établie
les conclusions suivantes :
Les névralgies du moignon reconnaissent trois ordres de causées '
1^ les diathèses et dyscrasies ; 2'' Iks maladies cérébro-spinale» î
3<» les maladies locales. Parmi celles-ci, il ne faut pas compren
l'ostéite, la carie, la nécrose du moignon, l'ulcère de la cicatrice,
l'inflammation de quelque bourse séreuse. La névralgie du mo**
gnon proprement dite est le résultat d'une lésion irrilati^"*
ou inflammatoire des nerfs compris dans le moignon. Ces lésioC^'
elles-mêmes sont liées au processus cicatriciel de la plaie d'i
putation et à la rétraction de la cicatrice ; elles sont particulier
ment concentrées, d'abord, au niveau des névromes d'amputatia
c'est là le siège primitif de la névralgie du moignon, c'est totgou t^
aussi son siège principal. La névralgie demeure parfois localisa
à un ou deux névromes; plus souvent, elle s'étend à tous ou i
presque tous les névromes du moignon , et, de là, s'irradie nU
environs, dans toute la cicatrice, dans les muscles et dans la peio^
jusqu'à une hauteur variable.
SÉANCE DU 28 AOUT. 549
inclusion cicatricielle des névromes joue un grand rôle dans
ivralgie du moignon. Aussi, d'après les résultats de Texpé-
5e, doit-on proscrire tous les procédés qui substituent une ci-
ce à l'ancienne cicatrice : telles sont la cautérisation , Texci-
, l'incision multiple, la resection du moignon , l'amputation
lie, la désarticulation simple, c'est-à-dire sans excision des
3, à une hauteur convenable.
vaut mieux agir directement sur les nerfs malades. Mais, en-
ici, il y a un choix à faire entre les divers modes d'intervention.
teurotomie (simple section) n'a généralement qu'une efficacité
[>oraire; la ijenro/ém/e (élongation) et la neurothrysie {broie-
t, pincement) ont bien donné quelques bons résultats, mais
valeur thérapeutique n'est pas encore bien établie, pas plus
leur mode d'action intrinsèque. Il n'y a que l'excision, la neu-
omie^ qui soit véritablement le mode de traitement par excel-
e.
B neurectomie peut se pratiquer a distance ou sur l'extrémité
je du moignon, c'est-à-dire sur les névromes eux-mêmes,
s le premier cas, elle doit comprendre une longueur de 3 à
mtimètres, de manière que la continuité du nerf ne puisse se
blir; dans le second cas, elle doit non-seulement énucléer les
romes d'amputation, mais exciser les cordons nerveux corres-
lants sur une hauteur suffisante, pour que les futurs névromes,
suivront fatalement Texcision des nerfs, soient reportés au
de l'extrémité du moignon et ne risquent plus d'être englobés
} la cicatrice. Telles sont les conditions capitales de la neurec-
ie médiate et de la neurectomie immédiate.
'une manière générale, la neurectomie immédiate est préférable
neurectomie médiate.
Ile sera unique si la névralgie est mononévromatique, c'est-à-
bomée à un seul névrome,ce que le chirurgien constate par la
«lion. Elle sera multiple ou totale, si la névralgie comprend
i ou presque tous les principaux nerfs du moignon.
a neurectomie multiple^ pratiquée dans la même séance (neu-
*<omie simultanée) est préférable à la neurectomie pratiquée
rers intervalles {neurectomie successive).
'est, enfin, d'après les principes de la neurectomie qu'il faut
emporter, lorsqu'on se décide à pratiquer l'amputation d'un
gnon douloureux. Une amputation simple ne serait que la re-
luction de l'ancien moignon dans les mômes conditions fâ-
ises. Aussi faut-il y ajouter l'excision des nerfs dans la plaie,
3 l'excision totale ou du moins la plus complète possible, afin
I ne reste pas de névrôme inclus dans la future cicatrice, et que
névromes, produits inévitables de toute excision, comme il a
550 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIK.
été déjà dit, se retrouvent reportés dans les chairs à une certaine
dislance.
Mémoire.
Des vomissements opini&tres après les opérations chimrgicalei.
M. Verneuu.. Cet accident qui, sans être très-grave, incommode
beaucoup les opérés, n'a pas été suffisamment étudié jusqu'ici, bien \
qu'il ne soit pas fort rare. Les anciens chirurgiens n'en parlent
guère et les modernes Tattribuent au chloroforme, surtout lors-
qu'il est impur.
Je crois cette opinion inexacte et l'explication insuffisante; je ne
nie point que les anesthésiques puissent provoquer les vomisse
ments réitérés, mais je pense qu*ils n'agissent qu'à titre d'agents
excitants lorsqu'il existe une prédisposition.
Avant de rechercher de quelle nature est cette dernière, il faut
d'abord établir une distinction entre les variétés de vomissements
opératoires.
Â) Certains sujets ayant mangé malgré mes recommandations
rejettent les aliments pendant la chloroformisation elle-même.
B) D*autres tout à fait à jeun rendent pendant ou après la dilo-
roformisation de la salive sécrétée en grande abondance et accu-
mulée dans le pharynx, l'œsophage et même Testomac. D'abord
pure, cette salive peut être ensuite mêlée de sécrétion stomacale
et de bile.
Dans ces deux premiers cas, qu'il suffit de signaler brièvemenit
les vomissements sont passagers et cessent d*eux-mêmes, laissaat
tout au plus à leur suite un peu de malaise gastrique.
G) Quelques opérations sur la cavité ou les parois de l'abdomen
sont accompagnées ou suivies, à des époques variables, de vomis^
sements rebelles imputables le plus souvent aune péritonite qoil^
explique sans peine et à la marche de laquelle ils sont du reste
liés.
D) Enfin dans une dernière catégorie que je veux particuli^^-'
ment étudier dans cette note, les vomissements commencent pe^
de temps après l'opération, se répètent et se prolongent deux o^
trois jourg sinon davantage, et pendant cette période empèchefB^
plus ou moins complètement l'absorption des boissons et desali'^
ments ingérés.
La moindre réflexion indique pour des cas aussi variés
causes.différentes, et pourtant, faute d'attention sans doute, c'i
toujours le chloroforme qu'on accuse. Passe encore pour les
missements passagers. Les vapeurs chlorofonniques oiétf^
SÉANCE DU 28 AOUT. 551
■
assez vivement, il est vrai, la muquense bucco-pharyngienne pour
pouvoir provoquer la nausée, et augmentent assez notablement
les sécrétions muco-salivaires pour amener un encombrement de
liquide nécessitant à son tour des efforts d'expulsion. Mais outre
que ces actions sont loin d*être constantes, leur cause ne saurait
être invoquée dans les cas de vomissements persistants.
On peut d'ailleurs opposer à cet hypothèse bien d'autres argu-
ments. Si le chloroforme avait la propriété qu'on lui prête, les
vomissements rebelles devraient être fréquents, tandis qu'ils sont
assez rares. J'ai fait relever les cas soumis à mon observation
dans ces derniers temps : or j'ai recueilli annuellement à peu près
trois ou quatre exemples sur un nombre plus que centuple d*anes-
thésies. Mais, dit-on, c'est le chloroforme impur. A cela je réponds :
i'queFéther (jetions ce détail d'un chirurgien lyonnais) provoque
peut-être plus souvent encore que le chloroforme les vomisse-
ments susdits; 2^ que j'ai employé maintes fois du chloroforme
qui ne me paraissait pas de première qualité et qui, cependant, n'a
pas plus fait que les autres naître les vomissements rebelles;
3' qu'enfin dans un cas, que je rapporterai plus loin avec quelques
détails, c'est précisément après l'emploi d'un chloroforme d'une ex-
trême pureté que j'ai observé des vomissements opiniâtres pen-
dant près de cinq longs jours.
Les vétérans actuels de la chirurgie pourraient nous renseigner
sur cette action spéciale des anesthésiques s'ils nous disaient que
lesvomissements opératoires ont notablement augmenté depuis les
inhalations d'éther ou de chloroforme; mais peut-être leur atten-
tion n'a-t-elle pas été fixée sur ce point. J'ai bien assisté auxdeux
procédés : pendant mon internat j*ai vu faire les opérations sans
^oesthésie, mais depuis 30 ans la pratique contraire a bien obs-
^'ci mes souvenirs. Toutefois jadis on redoutait bien les vomis-
^nients primitifs, car on mettait les malades à la dicte le matin de
'opération et en ce temps comme au nôtre on voyait les blessures
^^identelles, plaies, fractures, luxations, etc., troubler la diges-
^'on commencée et amener des vomissements ou des selles liqui-
"®s* J'ai vu çà et là, dans la lecture d'observations anciennes, les
^^ftxissements signalés, les ophthalmologistes entre autres en
'^lent a propos de l'opération de la cataracte et des plaies de Ti-
'^- Moi-même j'ai vu ces vomissements rebelles chez des sujets
^^Vant pas été endormis. Donc le chloroforme et l'éther ne sont
P*^ les incitants uniques de cet accident et, comme je le disais en
^^^timençant, si par hasard ils le favorisent en apparence, c'est
^*^^2 les sujets en état d'idiosyncrasie.
^n prononçant ce mot commode mais qui ne vaut quelque chose
^^ lorsqu'il est traduit en langage anatomo-pathologique, je ne
552 soGiénfe de ghiruroib.
veux nullement me soustraire à Tobligation de taire cette tndno-
tion, je désire au contraire dire en quoi consiste la prédisposition
ou l'idiosyncrasie des opérés affectés de vomissements prolongés.
Quelques-uns penseront sans doute que je prends bien de la peine
pour peu de chose, puisque de mon propre aveu l'accident en
question est relativement rare et assez peu grave en lui-
même; mais j*espère que vous écouterez sans impatience les
développements dans lesquels je vais entrer : d'abord parce
que tout accident capable do déranger^ d'entraver, de retarder le
processus curatif est digne, si exceptionnel qu'il soit, d'attirer
Tattention des chirurgiens, parce qu'en substituant à une hypo-
thèse inexacte et stérile une interprétation vraie, j'ai chance de
prévoir, de prévenir et de combattre la complication susdite ; parce
qu'enfin on ne saurait regretter le temps qu'on emploie à creuser
l'étiologie et la palhogénie, ces deux districts si pauvres encorede
la pathologie.
En attendant que vous preniez connaissance des observations,
je vais donner un aperçu des allures et des inconvénients du phé-
nomène morbide.
Les vomissements peuvi^nt commencer pendant ou immédiate-
ment après Topérationet se continuer dans la suite; d'autres fois
ils débutent dans Taprrs-midi ou dans la soirée; ils sont plus ou
moins rapprochés, tantôt suivant de près l'ingestion des boissons,
auquel cas ils sont peu abondants, tantôt r^^tardés presque jusqu'à
plénitude de l'estomac qui semble se débarrasser en bloc de
son contenu. D'ordinaire il y a dans les 24 heures trois ou quatre
accès plus ou moins prolongés, suivant qu'il n'y a qu'une expul-
sion ou au contraire une série continue de nausées et de vomisse-
ments. Parfois après un malaise préalable l'évacuation a lieu et le
malade est tranquille pendant quelques heures: mais le contraire
s'observe également et l'on voit s'établir un véritable embarras
gastrique avec tout son cortège symptomatique, y compris l'élé-
vation de la température et l'accélération du pouls.
Les matières vomies sont variables : d'abord les matières ingé-
rées, puis des mucosités filantes semblables à la salive et souvent
mélangées de bile quand les elforts sont violents; d'autres fois les
matières sont fortement acides . Dans ces cas encore le pouvoir sélec-
tif de l'estomac s'exerce; une partie des matières ingérées estre-
Jetée, l'autre gardée. Cerlains sujets, malgré tout, acceptent les
boissons ot les aliments; d'autres au contraire refusent absolu*
ment jusrin'à la tisane, n'étant tranquilles que lorsque l'estomac
est tout à fait vid(\ En ce cas ils souffrent réellement de la soif?
non de la faim, car la simple vue des ahments solides leur cause
une grande répugnance.
ȃAlfGE DU 28 AOUT. 55S
Quand cet état ne dure que pendant le premier jour, il n'entraîne
8 de conséquences sérieuses, mais quand il se prolonge il jette
s opérés dans un état fâcheux de malaise, de fatigue et d'inquié-
le. Puis il y a des inconvénients secondaires plus rares, mais
dément assez fâcheux ; les vomissements nuisent au repos gé-
rai et à l'immobilité de la région opérée. Les appareils se déran-
Dt facilement. Je signale surtout un suintement sanguin à lasur-
îe des plaies, né sous Tinfluence de Teffort et imbibant les pièces
pansement.
Plusieurs de mes opérés sont morts, mais les vomissements
}Dt joué, je pense, aucun rôle direct dans la terminaison fatale,
autres lésions suffisamment graves ont été constatées à Tautop-
3; nous les signalons plus loin.
Cependant j'ai cru perdre par une sorte d'inanition deux opérées:
me après une ablation du sein, l'autre après une amputation de
jambe; au 6* jour chez la première, au 7* chez la seconde, je
ivais pas encore pu faire absorber le moindre aliment répara-
ir. Cependant le rétablissement a eu lieu à la longue.
E!t maintenant abordons Pétiologie. J'ai longtemps vu ces cas
as en deviner les causes, et comme les autres, j'ai cru à Taction
chloroforme. J'avais pourtant remarqué que les alcooliques
tient plus exposés aux vomissements post-opératoires et â l'état
Btrique concomitant.
Lorsque je me mis à étudier le traumatisme chez des sujets
eints d'altérations hépatiques, j'observai de nouveaux cas de
ïiissements rebelles. On trouvera des indices de ces constata-
is dans les thèses de deux de mes meilleurs élèves MM. Peronne
Longuet.
rfais je n'ai réellement trouvé la clé du phénomène que lorsque
s recherches ont été éclairées par une des lois les plus impor-
tes, les plus vraies et les plus simples de la traumatologie^ loi
3 je vous demande la permission de vous rappeler,
îans parler des phénomènes variés qu'il engendre au heu frappé,
rauma peut provoquer à distance, dans des organes isolés, et
©e dans l'organisme tout entier, les troubles fonctionnels et
actes morbides les plus divers.
îette diversité en vertu de laquelle les mômes blessures reten-
ent très-différemment suivant les individus, n'a point été ex-
[Uée, sinon par une idiosyncrasie dont on s'est dispensé d'in-
aer la nature et qui reste le plus souvent à l'état d^énigme.
•e problème pourtant n'est pas difilcile à résoudre ; l'idiosyncra-
n'est simplement qu*un état pathologique antérieur, latent ou
ânt, ayant pour siège ignoré ou connu l'organe, l'appareil, le
tème dans lequel éclate le trouble à distance : organe, appa-
554 soGiÉré db qhirurois.
reil ou système taré qui sous l'influence excitotrice du traama&me
joue le rôle de locus minoris resistoniise et souffre comme il a
déjà souffert ou comme il était destiné à souffrir dans la suite.
De là deux conséquences : 1» lorsqu'à la suite d*une blessure, on
voit éclater des désordres imprévus dans un point distant n'aj'Mt
avec le foyer traumatique aucune relation anatomique directe, od
peut être à peu près certain de Texistence dans le point susdild'un
état pathologique antérieur ; 2» réciproquement lorsqu'avant une
blessure ou une opération on connaît un point taré dans l'écono-
mie il faut toujours s'attendre à y voir éclater après le trauM-
tisme des troubles en rapport avec la nature de la tare.
Mes observations confirment a priori ou a posteriori les propo-
sitions précédentes.
A plusieurs reprises j'ai pu prévoir à Tavance les vomissements
opiniâtres co^me l'attestent les faits suivants.
Obs. I. — Ui\e dame de province vint me consulter l'année dernière
pour une petite tumeur au sein droit pour laquelle je crus devoir re-
commander Topération. Il n*y avait pas d'autre complication qu'un état
dyspeptique très-prononcé et de date très-ancienne. Sur la demande du
médecin ordinaire j'apportni de Paris du chloroforme de première
qualité pris chez MM. Rousseau frères. La chloroformisation fut un
peu laborieuse mais n'amena pas de vomissements immédiats.
Lorsque je fus sur le point de partir, j'annonçai aux praticiens dis-
tingués qui dovaieiit donner leurs soins à Topérée, que sans douteU
dyspepsie renaîtrait, qu'elle amènerait pendant plusieurs jours destroo-
blcs digestifs et en particulier des vomissements. En faisant devant
mes confrères mes adieux à Topéréc, je lui promis natui*eUementU
guérison sans accidents, mais je l'avertis qu'en raison de son mauvais
estomac elle aurait probablement quelques vomissements.
Elle me répondit qu'elle s'y attendait parce qu'ayant été enceinte
12 ans auparavant elle avait eu les vomissements incoercibles de la gros-
sesse et qu'atteinte de la scarlatine quelques années plus tard, elle avait
continuellement vomi pendant toute la durée de la maladie. Chez cette
malade le chloroforme et le traumatisme trouvaient la prédisposition
bien évidente dans l'état des voies digestives.
La guérison eut lieu sans autre incident qu'une série de vomisse-
ments rebelles qui se prolongèrent jusqu*au cinquième jour.
Obs. 11. — Tumeur ûbro-pî asti que do la cuisse, -r Dyspepsie anté-
rieure. — Voniissowcnts répctvs h Ja suite d'une ponction. — PJastaré,
extirpation do Ja tumeur. — lietour des vomissements. — Guérisoi'
Léontine A..., 83 ans, venue de la campagne, entre dans monse^
vice le 10 avril 1818 pour une tumeur largement ulcérée de la cuisse
gaucho, dont le début remonte à 9 ans, mais qui a, depuis 2 années,
fait de tels progrès qu'elle atteint le volume de la tête d'un adulte; elle
siège en arrière de la cuisse dont elle occupe plus de la moitié postérieoit*
SÉANGB DU 28 AOUT. 555
L... estbmnet de haute taille, bien constituée, de belle apparence ; elle
i*a jamais fait de maladie grave, elle a eu cependant des douleurs
humatismales à diverses reprises et des éruptions herpétiques assez
réqaentes, qui toutefois ne se sont pas renouvelées depuis deux ans,
l'eBt-à-dire depuis Tépoque où la tumeur a fait des progrès rapides.
)eplQ8, les digestions sont souvent difficiles, le moindre écart de ré-
gime amenant pendant deux ou trois jours des vomissements qui même
nrviennent presque toujours au moment des règles.
Lorsque la tumeur se développa, elle parut fluctuante ; aussi le môde-
in ordinaire lit avec un trocart et sans chloroforme bien entendu, une
tonetioif exploratrice. Cette légère opération fut suivie de vomisse-
Beats qui se prolongèrent pendant huit jours.
Avec de tels antécédents il n'était pas malaisé de prévoir qu'une
[rande opération réveillerait la disposition morbide. C'est ce qui eut
ieu en effet.
L'extirpation de la tumeur fut faite le 1*"^ mai sans grande difficulté
tsans perte considérable de sang. Pansement antiseptique ouvert.
Immédiatement après le réveil les vomissements commencent ; ils so
eaouvellent dans le cours de la journée. Gomme ils amènent la pros-
ration, la pâleur du visage et la petitesse du pouls, on donne du vin,
aboaillon, et une potion cordiale. Tout est rejeté. Quelques cuillerées
e Bagnols sont seules conservées. La nuit les vomissements couti-
tuent. La température est montée le soir à 39^.
2 mai. — J'ordonne la glace et la pepsine, puis du bouillon et même
es aliments si l'estomac les tolère. La journée est assez tranquille. 11
&un peu de fièvre (39^,1 le soir) mais pas de vomissements. Ceux-ci
éprennent pendant toute la nuit et fatiguent beaucoup l'opérée.
8 flM mai, — On continue la glace et la pepsine, la fièvi'e tombe
'ssque complètement ; Tappétit revient franchement ; des potages,
<8 côtelettes, Teau rougie sont très-bien tolérés.
^aai, — L'intolérance gastrique reparaît ; rien n'est supporté ce
)QMà ; le malade se plaint de gastralgie et d'entéralgie assez vives
▼ec ballonnement du ventre. Il n'y a cependant pas de fièvre, et la
bie a bel aspect. Onction avec l'huile de camomille camphrée sur le
filtre, entouré en plus d'une bonne couche d'ouate.
B mai, — Les douleurs abdominales ont cessé, mais le malaise gas-
ique et les vomissements persistent, température du soir, 38^,6.
omme il n*y a pas eu de selle depuis l'opération, malgré l'adminis-
'^tion de lavements, on ordonne un purgatif qui n'est pris que le 7 au
■fttin. Pendant toute la journée la malade vomit et le soir on note 39^.
8 mai, — Pendant la nuit ont lieu d'abondantes évacuations alvines ;
^t le signal d'une amélioration générale ; la fièvre, les vomisse-
^nts cessent complètement, et la cicatrisation marche désormais sans
^combre.
Cependant dans les derniers jours de mai les règles reviennent, un
)a en retard. Pendant 48 heures les vomissements reparaissent avec
laïques douleurs spontanées et une sensibilité manifeste au niveau
M ovaires,
I
556 SOCIÉTÉ DE GHIRURGR.
La fièvre qui s'est montrée dans les deux premiers jours est née
peut-être sous Tinfluence d'une inoculation de matière se ptique pendant
Topération, car la tumeur était largement ulcérée et exhalait une 1
odeur fétide. Dans le cas suivant néanmoins il n'existait rien de sem-
blable et pourtant il y eut une fièvi'e assez marquée à laquelle nous ne
devions pas nous attendre avec une plaie fort simple et antiseptique-
ment pansée. L'état gastrique démontré par la fétidité de Thaleine,
l'enduit de la langue, la soif, l'inappétence, me semblent ici respon-
sables d'une fièvre saburrale et non pas traumatique.
Obs. 111. — Squirrhe du sein de petit volume chez une dyspeptique.^
Opération très-simple. — Pansement antiseptique ouvert» — \omîss6'
ments opiniâtres; mouvement fébrile.
Eugénie M..., domestique, 48 an«, venant de la province, entre dans
mon service le 28 juin 1878, pour une tumeur au sein droit.
Cette femme est de petite taille mais bien bâtie et de solide appa-
rence ; elle a eu néanmoins plusieurs attaques de rhumatisme et sur-
tout do dyspepsie. Les digestions sont longues, fatigantes, et parfois
douloureuses. Certains aliments et surtout les fruits sont rarement
tolérés. Au commencement de Tannée il y a eu une crise qui a duré
deux mois et pendant laquelle les vomissements ont été presque con-
tinuels. Aujourd'hui ces désordres sont passés et l'état général est
satisfaisant.
La tumeur a débuté il y a 3 ans et s'est accrue avec beaucoup de
lenteur; son volume ne dépasse pas celui d'une grosse noix, elle a les
caractères du squirrhe atrophique. Les ganglions axillaires ne sont
point indurés. L'année dernière j'avais refusé l'opération, mais depuis
sont survenues des douleurs extrêmement vives, de sorte que, cédant
aux instances de la malade, je pratique le l*' juillet une opération qui
d'ailleurs est d'une extrême simplicité. Le chloroforme est bien sup-
porté.
La perte de substance est assez large mais tout à fait superficielle.
Pansement antiseptique ouvert.
Deux heures après l'opération les vomissements commencent et
continuent sans relâche ; la malade en compte dix jusqu'au lendemtio
matin. Le sommeil est rendu impossible et pourtant la fatigue est
extrême ; le vin, le bouillon, la tisane, la glace, tout est rejeté.
Lorsque l'opérée ne prend plus rien elle rend des matières glai'
reuses, à la longue teintes en vert par de la bile.
2 Juillet. — Haleine fétide, langue sale, soif vive, inappétence coib*
plète. Température 38° le matin, 39° le soir.
On prescrit du lait glacé et de la pepsine ; mais les vomissements
persistent toute la journée et une partie de la nuit suivante, et Topérée
préfère ne rien prendre.
S juillet. — Lassitude, faiblesse, môme état gastrique, ballonne-
ment du ventre ; mouvement fébrile manifeste ;38°,6 le matin, 39»,4 1«
soir. Comme il n'y a pas eu de selle depuis l'opéi^tion, un lavemeB^
purgatif est administré et provoque qpielques évacuations. I^es vomis-
sAamgb du 28 AOUT. 557
ments diminuent de fréquence et de quantité ; la malade refuse tou-
m les aliments. La plaie néanmoins n'a pas mauvais aspect ; elle
■menceà se déterger et n'est le siège d'aucune douleur.
U fièyre parait évidemment sous l'influence de l'état gastrique ; le
idemain 4, à la suite de nouvelles évacuations alvines, le malaise
td A disparaître ; plusieurs petits potages sont pris et conservés.
K partir de ce jour la guérison suit sa marche naturelle, la fièvre
nbe, la cicatrisation s'effectue et sauf quelques difficultés dans la
gestion, tout se passe comme dans les cas ordinaires.
Jfai pu prévoir encore les vomissements opiniâtres dans un cas
l'appareil urinaire altéré depuis longtemps était le point de dé-
rt d'accidents gastriques répétés et intenses.
)b8. IV. — Il s'agissait d'une malheureuse femme atteinte d'une
tnle vésico-vaginale large et comprenant sur ses bords les orifices
récis des uretères. Cette dernière lésion très-prononcée d'un côté
terminait de temps à autre des accès de rétention rénale et de né-
rile avec frissons, fièvre, vomissements, douleur vive à la région
nbaire, albuminurie, etc.
îe crus devoir faire une tentative pour remédier au rétrécissement
Torifice de l'uretère et faire cesser au moins les phénomènes de ré-
iion et de néphrite. Pour cela je réséquai le bord libre do la fistule,
point où s'abouchait l'uretère, espérant ainsi retrancher le bout
oinal et rétréci de ce conduit. L'essai fut couronné de succès en
i^e la fièvre, les frissons, la douleur lombaire disparurent ; seuls
vomissements survinrent et persistèrent pendant 4 ou 5 jours avec
> extrême ténacité. On n'en triompha que par l'application de ven-
tes très-superfioiellemeut scarifiées au niveau des reins et surtout
plus malade des deux.
A malade ayant succombé plus tard, Tautopsie vérifia mes suppo-
0Q8 sur l'état anatomique des reius ^
e viens de citer les faits dans lesquels j'avais pu prévoir à
ance les vomissements d'après le mauvais état connu de cer-
18 viscères et d'après l'existence antérieure de la dyspepsie ;
is je n'ai peut-être pas encore signalé tous les états morbides
disposant a la complication susdite. On me parlait dernièrement
Qe hystérique qui avait été atteinte de vomissements opiniâtres
es une opération. Je fais d'autant moins de difficultés à admettre
te prédisposition que j'en ai eu sous les yeux un bel exemple
à publié du reste in Série de 27 grandes amputations. (Arch.
I. de méd. 1878, obs. X.)
BS. V. — Un fille de 25 ans, maigre, pâle, dyspeptique, caractère
«sque, presque aliénée, i)résentait au plus haut degré tous les trou-
Celte observation sera prochainement publiée par un de mes élèves qui
M thèse sur les lésions des uretères dans les fistules vésico- vaginales.
558 SOCIÉTÉ DE GHIRUROEB.
bles propres à l'hystérie. Je lui fis une première fois pour un orteil
des os du pied, une sorte de resection. Cette opération donna lieu i
des troubles nerveux excessifs, cris continuels, vomissements opi-
niâtres, agitation incessante, insomnie, le tout sans fièvre. Ces symp-
tômes durèrent 3 ou 4 jours pendant lesquels Topérce ne pat prendre
aucun aliment solide, mais seulement un peu de bouillon» deglaeeet
de tisane ; puis tout se calma progressivement.
Une seconde opération devenant nécessaire, la désarticulation tibio-
tarsienne fut pratiquée 6 semaines après. Les phénomènes nerveu
se renouvelèrent avec la môme intensité et sous les mômes formes.
Dix mois après, il fallut amputer la jambe et nous vîmes encore re-
paraître les vomissements pendant plusieurs jours.
Dans rintervalle des opérations cette malade se plaignait toujours
du régime et réclamait chaque jour quelque aliment nouveau qu'elle
refusait le lendemain.
Plus d'une fois j'ai été conduit par les vomissements post-
opératoires rebelles à reconnaître des lésions viscérales que je
n'avais nullement soupçonnées à l'avance. L'autopsie m*a d'ailleuR
montré directement les lésions susdites dans les cas suivants qai
ont été publiés dans un autre but et dont je prendrai seulement
des extraits.
Obs. VI. — Désarticulation de la hanche; vomissements opiniâtres;
stéatose du foie et des reins. (Bull, de FAcad, de méd. 1811, p. ii76.|
Une femme de forte constitution, atteinte de tumeur fibro^plastiqœ
de la cuisse, fut opérée une première fois en janvier 1868. Les suites
de Topération furent très-simples ; la plaie pansée à plat était cie^
trisée au bout de deux mois. La récidive s'étant montrée, une nouvelle
opération dut être pratiquée à la fin de la même année. La guérison
tarda un peu plus à s'effectuer, mais ne fut accompagnée d'aucun K'
cident.
Nouvelle récidive. F^tat général moins bon qu'autrefois ; cependant
je désarticule la cuisse, le 21 avril. Perte de sang minime ; pansemen*
sans réunion avec la charpie alcoolisée.
A son réveil l'opérée est prise de vomissements incessants qu'o*
calme à peine avec la glace et le chlorhydrate de morphine en potion*
Le lendemain, 22, les vomissements continuent. C'est le seul spop-
tôme fâcheux. On prescrit la glace, le grog au rhum, la pepsine il*
dose d'un gramme dans du bouillon.
Le 23, persistance des vomissements bilieux et muqueux. Unpett<l«
ballonnement du ventre. Feu de soif, un peu d'appétit.
Le 21, les vomissements diminuent, ils ne renferment plus débile
Le 25, recrudescence des vomissements; vésicatoire sur Tépigastre.
Lavement purgatif le soir.
Le 26, les vomissements ont cessé complètement, il ne reste qu'o^
état saburral assez prononcé.
Le 8 mai, les vomissements reprennent avec d'autres symptdoicf
fâcheux; la malade s'affaiblit de plus en plus ; elle ne peut plasrifli
sAangb du 28 AOUT. 559
idre sans le vomir. Elle succombe le 18 mai, 28 jours après Topé-
m.
Fautopsie, outre les lésions des vaisseaux artériels et veineux et
régence d*abcès métastatiques dans les poumons et Tenvahissement
^glions abdominaux par le tissu morbide, on trouve pour ex-
ler les vomissements a le foie dans un état très-avancé de stéa-
. H en est de même des reins dont Tépithélium est partout infiltré
^Qulations graisseuses. »
BS. VII. — Epithêlioma du pied. Désarticulation de deux métatar-
8* Troubles gastriques et vomissements répétés. Infection puru-
e. Cirrhose méconnue. (Dubuclet. Epithêlioma du pied. Th. inaug.
l.) (Cette observation a été prise dans mon service, mais Tauteur
}as suffisamment insisté sur les phénomènes gastriques consécutifs
ipération.)
.., 47 ans, instituteur, forte constitution apparente, ni syphilis, ni
^alcooliques avoués. Cependant anémie prononcée, psoriasis an-
itdy8pepsie,enl871 accidents gastro-intestinaux intenses avecdiar-
>, vomissements, perte de Tappétit, affaiblissement notable, etc.
'epithêlioma du pied date de 1870. 11 a été traité par une foule de
fens qui n'ont fait que l'aggraver. On est obligé, pour l'enlever
plétement, de faire l'ablation des 4*' et 5^' métatarsiens avec les or-
\ correspondants. Pansement ouaté.
68 vomissements se montrent presque aussitôt après l'opération et
iontinuent toute la journée. L'opéré n'en est point alarme, il nous
mte que depuis sa maladie de 1871, il y est sujet et qu'il a souvent
latin sa pituite. Nous soupçonnons alors qu'il est moins sobre
1 ne le dit et qu'il est légèrement alcoolique.
e lendemain 1, l'état est passable; la fièvre presque nulle; toute-
tes vomissements continuent de temps à autre et empêchent l'ali-
itation.
eS, signes d'embarras gastrique, bouche amère. Inappétence com-
e; vomissements bilieux. Fièvre modérée toutefois. Un lavement
pie produisant peu d'effet, on donne le lendemain matin un pur-
f salin, les vomissements cessent et l'état gastrique s'améliore.
I survient une hémorrhagie légère, puis une pyohémie qui enlève
lalade le 19, 13 jours après Topcration.
'autopsie ne fut pas faite, on put seulement examiner l'estomac et
)ie. Le premier de ces viscères était sain, le foie était atteint de
hose au second degré.
B8. VIII. — Sarcocèle, castration ; vomissements répétés. Mort,
wnr secondaire dans T abdomen j altération du foie *.
•M, 43 ans. Cancer du testicule gauche, état général excellent, bon
&tit habituel. Castration, le 22{nars, pansement de Lister,
ans la soirée un vomissement peu abondant.
Longuet, De ï influence des maladies du foie sur la marche des trauma-
«g, tbèM inaugurale» Paria 1877. Obs. XXV, p. 46.
560 SOCIÉTÉ DE GHmUROIB.
23 mars, Yomissements le matin.
24 mars, nausées, vomissements bilieux le soir. Inappétence,
blanche.
25, le malade a encore un peu vomi le matin.
Les vomissements ne se renouvellent pas ju8qu*au 89, épwp
mort.
Autopsie.— Frè& du bile du rein gauebe, tumeur ganglioniuu
céreuso marronnée» grosse comme une orange. Diverses tumi
foie ressemblant à des angiomes. L'organe est très-voluninaa
teint de dégénérescence graisseuse.
Dans le cas suivant, neii ne faisait prévoir ni les lésions
provoqué les vomissements, ni ces vomissements euxH
Ceux-ci, pourtant, me semblent avoir eu sur la terminaisoi
une influence non équivoque. D'abord à cause de rhémo
primitive qu'ils ont certainement favorisée par une sorte i
mécani({ue, puis en inspirant à la malade une telle horrei
l'ingestion des aliments et des médicaments, qu'elle se refti
opiniâtreté à rien prendre pendant 48 heures. — Or, il s'ag
précisément d'un de ces cas où les besoins de la réparatioi
nique étaient impérieux.
Obs. IX. — Amputation de la cuisse, pansement ouvert, hémo
capillaire primitive prolongée, — Vomissements continuels, -
d'aliments, mort le quatrième jour, — Friabilité de festomt»,
générescence granulo-graisseuse du foie et des reins, (Id ^
21 grandes amputations, Obs. XXVII. Arch, génér, de méd, i
Femme, 64 ans, atteinte depuis longtemps d'une arthrite sypl
du genou avec suppuration, fistules ossifluentes, décollement
leurs très-vives, etc.
Maigreur extrême, faiblesse grande, et cependant aucune léi
terno ne paraissait contre-indiquer l'opération. Appétit peu pr
point de dégoût. Foie non douloureux, paraissant avoir son
ordinaire. Jamais de vomissements, de diarrhée, ni de conat
Abdomen indolent, point de soif, langue rose et humide. Sécré
nalo normale en quantité et qualité. Donc, rien d'apparent da
Tappareil digestif.
Amputation de la cuisse le 21 janvier. Point de réunion imoD
pansement antiseptique ouvert. Vomissements dès le retour d
phithéâtre (ce détail a été omis dans l'observation publiée, où
note le symptôme que dans le courant de la journée) et se ooi
sans relâche. La malade refuse toute nourriture et tout médici]
Une hémorrhagie capillaire, constatée deux heures après pi
terne du service est facilement arrêtée.
IjO lendemain 22, même refus opiniâtre d'aliments et de bo
continuation des nausées et des vomissements.
Le 23, la malade consent à prendre un peu de lait et de boni]
SÉANCE DU 28 AOUT. 561
lont gardés ; mais les forces déclinent rapidement, et la mort survient
e 24 au matin.
Autopsie. — Vestiges d'une ancienne gomme hépatique sur un foie
petit et en dégénérescence granule-graisseuse ; môme lésion de la sub-
stance corticale du rein.
Estomac et intestin fortement revenus sur eux-mêmes et très-fria-
bleSibien que le cadavre ne fût pas décomposé.
Repense que les observations précédentes sufliront à démontrer
Muence des états pathologiques antérieurs sur le symptôme que
i'étudie, et à prouver une fois de plus le rôle que jouent les lésions
préexistantes sur la marche anormale du processus traumatique.
uest pourquoi je me bornerai à ajouter quelques mots sur ce qu'il
îonvient de faire aux opérés tourmentés par les vomissements.
n ressort des faits mômes que j'ai rapportés qu'il ne peut y avoir
an moyen unique, puisque les causes sont variables, et qu'ici
wmme en bien d'autres cas, il faut faire de la thérapeutique en
rapport avec Tétiologie. Il est certain (jue les ventouses appliquées
Mir la région lombaire chez le malade de l'observation, n'ont rendu
service que parce qu'il s'agissait d'une affection rénale et qu'elles
îussent été vraisemblablement inutiles chez les sujets atteints de
Jléatose ou de cirrhose hépatique.
Bien que j'aie déclaré dès le commencement que les vomisse-
ûônts post-opératoires n'offraient pas beaucoup de gravité et que
6 les ai vus bien souvent cesser d'eux-mêmes le lendemain de
'opération, j'ai été conduit, dans les cas rebelles, à essayer contre
'ux plusieurs moyens. C'est le résultat de ces essais que je vais
^ous indiquer.
D'abord j'ai prescrit la glace et l'eau de seltz, puis l'éther et les
wissons stimulantes, et en particulier le grog chaud avec le
'hum ; en d'autres cas, les préparations de morphine à l'intérieur
>u en injections hypodermiques. Ces médicaments ont calmé les
louleurs de l'estomac, mais n'ont pas paru empêcher le retour des
'omissements. Une fois, j*ai fait appliquer avec quelque succès un
'éfiicatoire volant à l'épigastre; mais de tous les moyens, celui qui
û'a donné de beaucoup les meilleurs résultats est sans contredit la
^psine à la dose de 1 à 2 grammes par jour\ par paquets de
•0 centigrammes. Deux de ces paquets sufîisent quand ils ne sont
*8 rejetés par les vomissements ; on les administre le matin et le
^^» avec ou sans ahments, le plus communément avec une tasse
te bouillon. Dans un des cas presque désespérés dont j'ai parlé
'liis haut, c'est le seul moyen (jui ait réussi. Depuis cette époque,
^ y a au moins 10 ans, j'en ai tiré maintes fois bon parti ; le vin de
•©psine, plus facile à prendre, m'a paru moins efficace que la
*6psine en nature.
Plusieurs fois, j'ai vu, au bout de 2 ou 3 jours de vomissements
662 SOGIÂTÉ DE GHIRUROIE.
t
rebelles et de diète forcée consécutive, s'établir un vérili
saburral, fébrile, presque toigours compliqué de constipa
les lavements purgatifs ne sufflsent pas, il faut donner ao
salin; les évacuations alvinés abondantes font généralemen
les nausées, les vomissements et Tétat gastrique, maison
profiter de cette action que 2 ou 3 jours après l'opération.
Le point le plus intéressant de cette question est relati
gime alimentaire. Je n*ai pas besoin de dire que de nos j
ne soumet plus les opérés à la diète^ et que Ton fait pren
plupart d'entre eux, dès le premier jour, des aliments se
des boissons fortifiantes. On s'accorde à penser, et je soi
fait de cet avis, que la nourriture de bonne qualité et en
raisonnable, quand elle n'est pas formellement contre-ii
contribue notablement à la bonne évolution du processoi
et favorise évidemment la guérison.
Or, les vomissements post-opératoires, à défaut d'autre
vénients, auraient au moins celui de gêner l'administration
ments réparateurs ; donc, à ce seul point de vue, il y aurai
à les faire cesser aussi promptement que possible. En el
qu'ils durent, l'alimentation n'a guère d'utilité et fatigue ¥
sans gi'and bénéfice. Toutefois, il n'y a pas à cet égard i
absolue. Je me rappelle fort bien, il y a près de 25 ans, dam
vice de Ph. Hoyer qui, on s'en souvient, nourrissait ses»
outrance, avoir enlevé le sein à une femme qui fut prise de
sements répétés dès les premières heures et dans les dei
suivants. Or, entre ses vomissements, on lui faisait pre
potage, de la viande, du pain et du vin ; elle en gardait ux
et rejetait le reste ; alors, on recommençait l'ingestion, et
de 2 jours, l'estomac finit par regagner sa tolérance.
Depuis cette époque, j'ai changé de pratique, ou, pou
dire, je n'ai plus de parti pris ; certains malades ont bon
aliments et ne sont tranquilles que lorsque l'estomac est vid
je ne leur donne que des médicaments et de la tisane.
Chez d'autres, comme dans le cas du mal de mer, les t
sont vomis, mais leur ingestion soulage l'estomac, et d
l'appétit subsiste^ssez pour que l'alimentation soit possibi
Aussi bien l'estomac est chez ces dyspeptiques fort capi
il rejette ceci et garde cela sans qu'on puisse rien prévoir,
marqué qu'en général le vin était mal toléré, mais j'ai i
exceptions : chez d'autres le lait passe, ou le bouillon, ou q
bouchées de viande.
En somme, je consulte volontiers dans ces cas l'expér
l'instinct des malades, et j'insiste seulement pour qu'ils
l'essai de quelques aliments réputés de digestion facile.
8KANCB DU !28 AOUT. 56S
n'insiste pas s'ils sont mal tolérés ou si l'anorexie est absolue.
Bien souvent, je ne fais rien le premier jour et ne commence la
médication que le second, quand les vomissements persistent.
C*est alors que d*emblée je prescris la pepsine, mais sans trop
insister pour lui associer des substances vraiment nourrissantes.
Cartes, je ne suis point disposé à retourner de 30 ans en arrière et
à préconiser de nouveau la diète ; mais dans les opérations ordi-
naires, quand les sujets ne sont pas affaiblis outre mesure par la
maladie antérieure ou les pertes de sang pendant l'opération, je ne
crois pas indispensable de leur faire ingérer dès les premiers mo-
mentsune nourriture trop substantielle. Il y a une mesure à garder
entre les erreurs déjà oubliées de l'école physiologique et la réac-
tion un peu trop forte inaugurée par Ph. Boyer, Malgaigne, etc.
De ce qui précède je tirerai quelques conclusions :
1** On observe chez certains opérés des vomissements rebelles
qni se continuent pendant plusieurs jours après l'opération. Cet
•ocident est assez rare du reste ;
f Ces vomissements sont attribués à tort au chloroforme qui
purait agir tout au plus comme cause provocatrice ;
9^ Us reconnaissent comme causes véritables divers états patho-
logiques antérieurs : dyspepsie, lésions abdominales, hépatiques,
i^naleSy etc., créant par eux-mêmes une prédisposition aux vo-
oûssementSy que le traumatisme réveille ;
4* Ces vomissements peuvent assez souvent être prévus à
l'avance, et quand ils surviennent inattendus, ils doivent faire soup-
Oonner des lésions viscérales méconnues et latentes ;
5* Le pronostic n'est pas généralement grave, mais les vomis-
Boments qui se prolongent au delà de 48 heures fatiguent les pa-
tents, engendrent facilement un état sabi^rral quelquefois fébrile,
Bt enfin empêchent d'alimenter convenablement les opérés ;
6* Les vomissements post-opératoires cessent souvent dans le
Murant du deuxième jour ou s'espacent assez pour devenir suppor-
Mbles.Xa glace, les boissons gazeuzes, la diète, suffisent d'ordi-
ûaire pour les deux premiers jours. Plus tard, la pepsine rend de
jwinds services. A partir du troisième jour, un purgatif salin
WMavient s'il y a état saburral. Le régime mérite la plus grande
^^tention ; on multiplie les tentatives d'alimentation, mais on con-
^^ surtout l'instinct et l'expérience du malade. Enfin, on varie
^s moyens d'après la nature de l'affection préexistante qui amène
'intolérance de l'estomac.
Prë§enlation de pièces.
H. Berokr, met sous les yeux de la Société les pièces provenant
BULL. ET MÉM. DE LA 80C« ;>B CUIR. 88
aval» au avoir l'ououni a la uuaiauoii. l'enaaui quoique» jour»
pu introduire des bougies des numéros 4 et 6, puis leur inti
était devenue impossible et le malade s'était décidé à venir à
à entrer à la Charité ,
M. Gosselin, à son premier examen, porta le diagnostic < ri
ment traumatique de Turèthre paraissant très -dur et très-éir
25 juillet au 11 août, des tentatives quotidiennes furent faiiei
lui que par moi pour franchir le rétrécissement, en employi
espèce de formes de bougies, mais en vain. A partir du 10 aoû
ne coulait plus que goutte à goutte, et par regorgement, eUi
déposer une très-notable quantité de pus, et la vessie de joui
remontait plus haut au-dessus de la symphyse.
M. Gosselin, dans ces conditions, me conseilla de pratiquer 1
tomie externe sans conducteur, et j'allais procéder à cette op^
18 août au matin, quand le malade m'annonça qu'après des oi
avaient duré toute la nuit il était parvenu à passer lui-môme
gie n** â tortillée et coUodionnée, et qu'il l'avait maintenue di
trécisscment. Mon plan était dès lors changé ; je fixai à de
bougie avec laquelle le malade put uriner. Le lendemain uni
bougie filiforme de même grosseur fut passée à côté de la pn
également laissée à demeure. Le malade ce jour-là rendit no
quantité d^urine purulente.
Depuis son entrée à l'hôpital, le malade n'avait pas présenté <
les reins ne paraissaient pas sensibles à la palpation. Je n
faire aussitôt Turéthrotomie interne. Celle-ci fut pratiquée î
à 8 heures 1/2 du matin avec la lame moyenne de l'uréthroti
sonneuve. Une soude coupée du bout, n* 17, fut introduite
ouverte à demeure avant que le malade eût laissé échappei
Celle qui sortit de la sonde était trouble et un peu colorée par
elle redevmt aussitôt claire et la sonde fonctionna régulière
malade prit 0,50 centigrammes de sulfate de quinine.
Jusqu'à 6 heures tout se passa régulièrement : à partir de M
8BANCE DU 28 AOUT. 665
lelques caillots, mais qui n^est pas bouchée ; je fais administrer un
nunme de sulfate de quinine, un bain de vapeur, 40 ventouses sèches
irla région lombaire.
La nuit le malade a du délire et commence à vomir.
iîaoût. — U n'y a pas eu de nouveau frisson; le malade n'a point
nus d'urine et pourtant la vessie est vide. L'état est toujours le
lême, les vomissements continuent. La température qui, la veille au
oir, était de 40^ est tombée à d6<>,8. On renouvelle les mêmes prescrip-
lons.
tS août, — La température est de 31<>,5 et néanmoins la langue et la
len sont sèches, la soif ardente, les vomissements continuels. On
«vient aux bains de vapeur, aux ventouses, à l'alcool dilué.
Le malade meurt à 1 heures du soir ; 81 heures après l'opération.
Voici ce que nous a démontré V autopsie, faite le 25.
Il n'y avait d'autre altération viscérale qu'uu peu de congestion à la
bise des poumons ; toutes les lésions étaient concentrées dans Tappa-
nil urinaire.
Le canal de furèthre jusqu'au niveau du bulbe ne présente rien d'a-
Bormal : on peut constater quUl n'a nullement été intéressé par la lame
to Foréthrotome. Le bulbe et une partie de la région membraneuse
lont transformés en un noyau fibreux dense que la lame de i'instru-
Beat a très-nettement sectionné d'avant en arrière. L'incision n'a pas
ttpassé les limites de cette induration cicatricielle, aucun vaisseau
biportant n'a été ouvert en ce point.
Un peu au-dessus de lui, à la partie supérieure de la région mem-
bniQeuse, rurèthre,qui a repris son calibre normal, présente une sorte
do perforation conduisant dans une petite cavité grosse comme un
pois. A l'autopsie celle-ci contenait une certaine quantité d'urine puni-
bote ; cette cavité, tapissée par une membrane pyogénique bien for-
cée, prédomine du côté du plexus de Santorini; c'est un abcès urineux
on train de se former et de progresser vers Tintérieur ; la nature
Bâme de la membrane qui le tapisse démontre que sa formation est
v&térieure à l'opération.
La région prostatique est saine, la vessie n'est pas encore fort altérée,
Biis les plexus veineux prostatiques antérieurs et surtout latéral
gauche sont le siège de coagulations, d'autant plus organisées et pa-
raissant plus anciennes que Ton se rapproche davantage de l'urèthre
ot notamment de la proximité de l'abcès urineux dont ces coagulations
comblent partir.
Les veines les plus rapprochées de cette région sont remplies par
les caillots fibrineux, plus en avant et plus loin, ce sont encore des
taiUots mous, colorés. Nulle part l'intérieur des veines ne m'a paru
"enfermer de caillots en régression d'urine ou de pus.
Ce sont les reins qui présentent les lésions les plus considérables,
te paraissent constitués destries rouges et blanchâtres attenantes. Çà
t là des points miliaires, d'une coloration plus blanche encore, indicjuent
aoeamulation des globules blancs et l'apparition de la suppuration.
Sa somme, quoiqu'il n'y ait pas encore d'abcès formé, Tony rencontre
666 SOQIÂTB Dl GfiURimOIE.
les lésions d'une néphrite interstitielle suppurative, ainsi que ne Ft
du reste affirmé mon collègue M. le D' Landouzy qui a examiaè U
pièce avec le plus grand soin.
Réflexions. — J'ai rapporté cette observation et présenté cette
pièce comme un fait heureusement rare et destiné, je respère,! le
devenir davantage encore. L'indication était pressante, je me sois
entouré de toutes les précautions exigibles, abstension de toute vio-
lence dans riutroduction des instruments, choix d'un uréthrotome
et d'une sonde absolument neufs venant de chez le fabricant et
n'ayant pas séjourné dans les boites où sont renfermées les sondes
qui servent journellement au catéthérisme, recommandation bile
au malade et suivie par lui de ne point uriner avant que la sonde i
demeure n'eût été introduite ; celle-ci laissée ouverte, et son fowî-
tionnement régulier assuré aussitôt par une injection dans le bot
d'évacuer complètement et de laver la vessie, etc...
Ces précautions prises pour mettre l'opéré à l'abri des compli-
cations infectieuses qui peuvent être la suite des manœuvres instru-
mentales pratiquées sur les voies urinaires, ne l'ont pas préservé
des plus redoutables suites de l'uréthrotomie interne ; et j'ai à dis-
cuter, en présence des résultats acquis par l'autopsie, la cause de
sa mort.
On sait que pour expliquer ces accidents rapides deux explici-
tions ont cours actuellement encore. L'une, qui place leur cause
dans l'intoxication provenant du contact de la plaie uréthrale avec
une urine altérée ; l'autre qui les fait dépendre des lésions rénales
(congestion ou néphrite aiguë) qui sont la conséquence du trau-
matisme des voies urinaires.
Le résultat de cette autopsie de même que les phénomènes ob-
servés pendant les quelques jours qui ont suivi l'opération, oe
semblent venir entièrement à l'appui de la seconde de ces opinions*
Il n'existe d'abord dans le cas présent aucun indice de Tabsoip-
sion d'urines toxiques, ni même de leur contact avec la plaie dB
l'urèthre. La sonde, en eiïet, fonctionnait bien, et les urines aeaoat
supprimées dès le premier frisson. Les traces manifestes de pbK"
bite que révèle l'autopsie ne peuvent davantage être invoquées i
l'appui de la doctrine delasepticemieurineuse.il s'agit ici, en etiett
d'une thrombose plutôt que d'une phlébite, et j'ai déjà insisté surce
fait que le calibre des veines malades ne renfermait ni pus, ni
caillots en régression, ni urine, ainsi que cela a été observé dans
quelques cas. La thrombose par un siège paraît du reste bien pins
en rapport avec la production de l'abècs urineux qui existait aS"
dessus du rétrécissement. J'ajoute que la lame de i'urélhrotomei0
paraît pas avoir incisé ce dernier môme dans toute son épaigaenr*
Je ne reviendrai pas sur l'observation pour montrer queiespké*
SÉANCE DU 28 AOL T. 567
MDènes observés pendant la vie étaient ceux de la néphrite. Grand
ÎMon initial, puis vomissements continuels; douleur rénale,
Mssement de la température alternant avec des élévations ves-
inles, mais surtout la suppression complète des urines. L*autop-
iea suffisamment fait voir qu*il s'agissait, en effet, d'une néphrite
iterstitielle aiguë double que la mort rapide du malade avait seule
mp6ché d'arriver à la suppuration.
Qoelque obscure donc que soit encore la nature de cette relation
Mmlaire et nerveuse qui, à la suite d'un traumatisme de Turèthre,
ieat affecter les reins d'un individu chez lequel il ne pouvait s'être
loduit encore de lésion rénale chronique, le cas présent nous
ippelle à la réalité de son existence, et sans restreindre les indi-
rtions de Turéthrotomie interne, il doit rendre le chirurgien d'au-
mt plus ménager de son emploi que la complication dont il s'agit
6 dépend, je le crois, en aucune façon du manuel opératoire, et
ii*ane fois qu'elle s'est produite le chirurgien n'a que bien peu de
ïeonrs contre elle.
Discussion.
M. Vernbuil. L'exemple que vient de nous présenter M. Berger
it un type établissant la mort par néphrite. 11 réunit de la façon
pins complète, les conditions de la septicémie urinaire. Un
iion formidable, une anhurie presque absolue suivie de la
leation des matériaux de l'urine dans le sang, de la cyanose,
le variation considérable dans la température, ne sont-ce pas là
I phénomènes qui sont propres à cette intoxication et qui la
parent des autres variétés de pyohémie?
M. Parise. J'ai écouté avec intérêt la présentation de M. Berger,
kis il me semble qu'elle est incomplète sur quelques points.
iiae part, les lésions de la néphrite ne sont pas très-accusées ;
I reins, au lieu d*être congestionnés, paraissent pâles et sont
m petit volume. En second lieu, je demanderai à M. Berger s'il
wrivi la transmission inflammatoire depuis l'urèthre jusqu'aux
ns. Enfin, les grandes viscères, foie, poumons, ont-ils été
iminés comme cela devait avoir heu en présence d'une phlébite
r veines péri-prostatiques ?
f. Berger. Il y a d'abord un fait qui doit appeler l'attention ;
Stle temps très-court écoulé entre l'opération et l'apparition
; accidents dont l'évolution a été si rapide. Je répondrai ensuite
[. Parise que l'existence d'une néphrite, peu apparente aujour-
ui sur ces pièces qui ont macéré quelques jours, n'est nulle-
dt douteux. Les reins examinés avec soin renfermaient des
odats interstitiels. D'autre part, le foie, les poumons ne prê-
taient aucune altération. Ils ne renfermaient pas d'infarctus et
96 trouvait qu'un peu de congestion à la base des poumons.
568 SOCIÉTÉ DE CUmUROIB.
Présentation de malade.
M. Peyrot présente à la Société un malade atteint de luxitioQ
de Textrémilé inférieure du cubitus. (Commission : MM. Perler,
Berger et Lannelongue, rapporteur.)
La séance est levée à 5 h. 1/4.
Le Secrétaire,
Lânneloiioci.
Séance du 4 septembre 1878.
Présidence de M. Tarnibr.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
Correspondanee.
La correspondance comprend :
1° Les journaux périodiques de la semaine ;
2* La Gazette Italienne-Lombarde; TheBritsb médical Joïïtnti'
Rapports.
I.
M. de Saint-Germain lit le rapport suivant sur une note adressée
par M. le D' Gaillard, ayant pour titre : De la guérison sponUoi^
de Thydrocèle des jeunes enfants.
Dans une note intitulée : De la guérison spontanée de IhjiHi'
cèle des jeunes enfants, M. le D' Gaillard s'attache à démontrer
que dans le jeune âge, l'abstention doit être pratiquée.
L'opération de Thydrocèle chez les enfants rentrerait, suivatt^
lui, dans le cadre des opérations que l'on ne doit pas faire, 0^
M. Gaillard met à défendre son opinion une énergie et une fermeté
que je louerais fort si nous n'étions pas déjà tous de cet avis.
Il étabUt en effet qu'au point de vue de la curabilité spontanée,
il faut faire une grande différence entre Thydrocèle de l'adulte ei
Thydrocèle des enfants, ce qui est généralement admis, eiil
s'étonne surtout que dans les traités de chirurgie on ne donne ptf
la guérison spontanée comme la règle dans le jeune âge.
M. Gaillard a la bonté de citer à Tappui de son opinion un pas-
sage d*un assez médiocre article écrit par moi dans le Notrf&&
Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie , et dans lequel j«
déclare m'être bien trouvé des applications de solution saturée da
chlorhydrate d'ammoniaque. Il y voit un aveu constatant que ropé*
ration n'est pas toujours indispensable. Je ne sache pas de chi-
rurgien qui ait jamais émis Tavis que Thydrocèle soit imposable
à guérir sans opération.
SiANCa DU 4 SEPTEMBRE. 569
S M. Gaillard va plus loin. Puisque l'on guérit avec le chlor-
te d'ammoniaque, pourquoi ne guérirait-on pas avec rien ? Et
an certain nombre de faits dans lesquels l'abstention pure et
9 a été suivie d'un plein succès au bout de 2 ou 3 mois.
ux encore : il aurait vu guérir, en ne faisant rien, un de ses
5 parents opéré, peu de temps auparavant, par la ponction
jection.Il es^i rationnel de penser, dil-ii, que l'hydrocèle eût
u tout aussi bien la première fois sans opération. La con-
D n'est pas rigoureuse. Que l'opération donne parfois des
^s, nul ne le nie ; mais que M. Gaillard attende d'une part
de se prononcer sur la guérison de son jeune parent, et,
e part, veuille bien se demander si comme il arrive parfois,
lois ne constituent pas un si long espace de temps, Topéra-
e peut pas revendiquer une part tardive dans le succès,
rouve également que pour une affection aussi fréquente que
ocèle, les observations de M. Gaillard ne sont ni assez nom-
3S, ni assez détaillées.
tout porte sur 13 cas dont 6 ont été ponctionnés ou traités
s applications de chlorhydrate d'ammoniaque; et 7 ont été
iment livrés à eux-mêmes. De ce que ces 7 ont guéri,
illard conclut à la règle absolue de la guérison spontanée.
)arler en effet de la durée problématique d6 la guérison, ce
[ms sur 7 cas que l'on peut légiférer.
)grette que cette loi soit peu connue des jeunes praticiens,
ssant en revue les dangers que peuvent présenter les diffé-
procédés opératoires, il cite un propos de Denonvilliers qui,
s'y connaissait bien. Si j'avais à subir une opération, aurait
lustre auteur du Compendiumiy c'est surtout pour l'hydrocèle
choisirais un chirurgien habile. Franchement, c'est faire à
ocèle beaucoup d'honneur, et j'aime mieux l'appréciation de
»n, qui se plaignait un jour des émotions que pouvaient
* la plupart des opérations aux chirurgiens les plus aguerris,
reusement, ajoutait-il, que nous avons les hyJrocèles. »
rive aux conclusions de M. Gaillard La première est celle-ci :
recèle des jeunes enfants jusqu'à l'âge de 5 à 6 ans, ne doit
r âtre opérée. Si M. Gaillard pouvait suivre durant un mois
lent le service chirurgical d'un hôpital d'enfants, et Dieu
les hydrocèles y abondent, il y verrait qu'on n'opère jamais
'ant au-dessous d'un an, que passé ce terme, on emploie les
tifs, puisque les parents ont employé, sans s'en douter, le
aent négatif de M. Gaillard, et qu'il n'a pas réussi. Qu'enfin,
d'insuccès des résolutifs, et notamment du chlorydrate d'am-
que dont l'action légèrement irritante produit en général un
)lu8 efficace que nuisible ; en cas d'insuccès, dis-je, et si
510 SOCIÉTÉ DIS CBIRDROIE*
rbydrocèle prend des proportions gênantes et peut-dtre préjudi-
ciables au développement du testicule, on pratique l'opératioB,
soit par la ponction et Tinjection, soit par le procédé de Dtfer^de
Metz, acclimaté et vulgarisé par nombre de chirurgiens, notam-
ment par MM. Maisonneuve et Desormeaux.
Cette ligne de conduite, suivie depuis fort longtemps dans les
hôpitaux d'enfants, me paraît à peu près coïncider, si Ton excepte
Tintolérance peut-être un peu radicale du début, avec les proposi-
tions qui terminent la note de M. Gaillard.
En somme, comme en raison de Tintérêt qu'il présente, le tra-
vail de M. Gaillard me semble apporter un certain appoint aux
titres sérieux qu'il s'est déjà acquis à la place de membre corres-
pondant, je propose à la Société :
i'' De remercier M. Gaillard de sa communication ;
2!" De déposer son travail dans les archives de la Société.
Discussion.
M. BoiNET. Ce n'est pas la première fois que vient, devant la
Société, la question d'opportunité de l'opération de Thydrocèle
chez les jeunes enfants. Les accoucheurs ont déjà insisté sur
la guérison spontanée des hydrocèles des nouveaux -nés, et
M. Blot a rapporté plusieurs observations qui ne permettent pas
de doute à cet égard. L'opinion est donc déjà faite à ce sujet, et
M. Gaillard n'en a nullement la priorité.
Je suis d*avis qu'il faut opérer les hydrocèles congénitales vers
l'âge de 5 ou 6 ans, parce que les hydrocèles prédisposent à la
formation des hernies, lorsqu'elles persistent trop longtemps,
aussi faut-il opérer à cet âge pour éviter cet accident.
M. Desprès. Je partage complètement l'opinion de M. Gaillard,
et je trouve que l'on abuse souvent d'opérations, peut-être lucra-
tives, mais qui sont sans utilité.
Il y a des hydrocèles réductibles, sur lesquelles on obtient, par
l'application du chlorhydrate d'ammoniaque, des guérisons qui
seraient arrivées spontanément. Je n'ai jamais opéré d'hydrocèle
congénitale, et j'ai pu étudier la marche que suit cette affection
abandonnée à elle-même. J'ai opéré, ce matin, un jeune garçoa
de 16 ans, entré dans mon service pour une autre alTection ; en
examinant ce malade, mon interne découvrit une petite hydrocèle
sur laquelle le malade nous donna les renseignements suivants :
L'hydrocèle avait été à un moment plus considérable, puis elte
avait diminué, mais depuis plusieurs années, elle était statioa-
naire, aussi est-ce cette raison qui m'a décidé a l'opérer poor
éviter de lui voir prendre de l'extension.
Je voulais faire une autre remarque sur la variation de volume
8ÉANCB DU 4 SEPTEMBRE, 57f
qjue peuvent présenter des hydrocèles non réductibles. Je vois,
depuis quelque temps, un enfant de 3 ans, atteint d'hydrocèle qui a
le volume d'un gros œuf; par un temps froid, la tumeur diminue,
par on temps chaud, elle augmente; en présence de cette diminu-
tkm momentanée, je crois plus prudent d'attendre, il peut y avoir
(oérison spontanée.
M. Marjoun. Depuis longtemps on a conseillé de ne pas opérer
les hydrocèles des jeunes enfants, et les faits que j'ai pu recueillir
me confirment dans cette opinion. Je me souviens d'un jeune
eofant que j'opérai en lui passant un séton de fil de soie, le
lendemain l'enfant succombait avec une péritonite suppurée.
Si l'application de compresses, trempées dans une solution de
dilorhydrate d'ammoniaque, amène des guérisons chez des adultes,
4 plus forte raison chez les enfants.
Je rapporterai une observation d'hydrocèle, tirée de la pratique
à^ mon père, où la guérison fut obtenue par l'application du chlor-
liydrate d'ammoniaque, dans un temps assez rapide, et j'ajouterai
pe ce malade fut très^reconnaissant à l'égard de mon père qui
•vait pu le guérir sans recourir à des moyens plus énergiques.
M. Tarnibr. Les hydrocèles des nouveaux-nés ne sont pas rares,
î*e8l vers le deuxième ou troisième jour qu'on les voit apparaître.
•^8 premières que j'ai pu observer ont été traitées par des com-
>resses trempées dans du vin aromatique, j'obtenais ainsi des
piérisons, mais j'ai abandonné ensuite les hydrocèles à leur
narche naturelle et elles guérissent tout aussi bien.
Cette pratique est aujourd'hui la pratique courante de tous les
dùrurgiens et M. Gaillard ne fait que la confirmer.
Je ferai observer à M. Desprès qu'il n'est pas conséquent avec
^ principes qu'il vient d'émettre. Après avoir affirmé hautement
lu'il partage les opinions de M. Gaillard et après avoir dit que l'on
dbttsait souvent d'opérations inutiles, il nous dit qull vient d'opé-
^un jeune garçon, entré dans son service pour une autre affec-
ta, sur lequel son interne a constaté une petite hydrocèle dont
^ malade ne se plaignait nullement. Je ne vois pas trop quelles
^t les raisons qui ont pu décider M. Desprès à intervenir.
M. Desprès. I^a raison qui m'a décidé à opérer ce jeune homme,
^t bien simple ; Thydrocèle était stationnaire depuis onze ans, il
^ avait donc impossibilité d'espérer une guérison naturelle, il pou-
^t y avoir augmentation, donc l'opération était indiquée.
Je crois qu'il faut faire une distinction entre les hydrocèles des
ntiuits et les hydrocèles des adultes, aussi je n'ai jamais vu une
kyârocèle d*adulte guérir sous l'influence des applications astrin-
lontes.
578 80CIÉTB DB CHIRUROIB.
On voit souvent des hydrocèles symptomatiques d'affections du
testicule qui disparaissent avec des applications extérieures, mais
Thydrocèle idiopatique ne peut guérir que par une opération.
M. Marjolin. Je crois que M. Desprès va trop loin en disant ja-
mais, et je puis affirmer que dans robservation que je viens de
rapporter il n'y avait aucune affection du testicule.
M. DE Saint-Germain. Je ne veux ajouter qu*un mot. J'opère les
hydrocèles chez des enfants de 3 ans^ lorsqu'elles présentent le
volume d'un œuf et je n'ai jamais eu d'accidents.
Je n'emploie pas le séton qui me paraît un procédé dangereoz,
j'ai toujours recours à la ponction suivie de la cautérisation de il
poche, préconisée par M. Defer, de Metz, et que j'ai vu employer
par MM. Maisonneuve et Desormeaux^ et je n'ai jamais vu de com-
plications.
Quant à la guérison spontanée chez les vieillards j'en ai vu un
remarquable exemple chez un homme de 72 ans.
II.
M. GmAUD-TEULON, lit au nom d'une commission composée de
MM. Perier, Terrier, et Giraud-Teulon, un rapport sur une con»-
munication de M. Vibert, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu du
Puy, intitulée :
Sur un nouveau procédé d'extraction de la cataracte à l'aide d*iiB mid*
d'incision de la cornée, donnant lieu à un double lambeau, c'eit-à-4irt
à une porte à deux battants pour la sortie du cristallin.
Messieurs, la communication dont je vais discuter ici les élé-
ments principaux, est trop récente pour ne pas être encore pré-
sente au souvenir des membres de la Société qui l'ont entendue.
L'intérêt qu'a immédiatement éveillé chez chacun de nous la pré*
sentation pleine de netteté et d'humour de notre distingué confirérei
n'est certainement pas encore amorti; chacun a été immédiatemest
séduit par le caractère à la fois judicieux, réfléchi, hardi sins
témérité, des innovations de l'auteur, et convaincu d'avance de 11
sincérité de ses témoignages. Pour nous, en l'écoutant, nous nous
disions, songeant aux difficultés innombrables qui circonviennent
l'action d'un praticien livré à ses seules forces et obligé de faire
face à toutes les éventualités : Voilà un vrai chirurgien.
Ce sentiment a dû être celui de tous à l'audition de cette fiçoB
simple et facile de surprendre ses malades, de leur extraire ^
cristallin à leur insu ! Et cette profomie observation psychologique
à propos de ces opérés, qui, rendus à la lumière, ne vowût qn***
près avoir été avertis qu'ils voient en effet. Qui dit donc qu'ai
SÉANCE DU 4 8BPTBMBRE. 573
[ère de science (ou d'observation — c'est tout un), tout est
P
ais ne nous laissons pas trop entraîner aux digressions et
wons au fait chirurgical lui-même.
3 titre que je viens de vous lire et vos propres souvenirs vous
>eIleront que la méthode offerte à votre appréciation par
6 D' Vibert, consiste dans la substitution d'une porte à deux
anfts à l'ouverture rectiligne de MM. Kûchler et Notta, et pla-
aiLmême lieu que la section de ce dernier.
0118 vous rappelez que cette dernière, horizontalement dirigée,
tngente au bord supérieur de la pupille, a pour limites (ponc-
et contre-ponction) les bords mômes du cercle transparent de
ornée ; c'est la corde même de cette circonférence à la hau-
du bord pupillaire ; elle mesure de 10 à 11 millimètres à peu
I.
iiffisante pour le passage de cristallins petits et moyens, elle
parfois un peu restreinte si l'on est en présence de grosses
iUes ; et l'auteur a pu craindre les difficultés qui entraveraient
gfros accouchements. Nous ne saurions l'en blâmer, tout en
^rant qu'à ce point de vue unique, l'incision de Kûchler qui
des extrémités du cul-de-sac scléro-cornéal et offre ainsi 2 mil-
itres de plus de corde, eût paré à ces inquiétudes.
ais, comme nous le verrons, d'autres préoccupations encore
g^ent notre confrère dans ses recherches.
uoi qu'il en soit, notre confrère a transformé comme il suit le
Mé de Notta :
près avoir pris les précautions d'usage, dilatation préalable
l'atropine, maintien des paupières par l'ophthalmostat, fixa-
de l'œil, M. Vibert introduit à l'extrémité de la corde ci-dessus
nninée du cercle transparent de la cornée, un couteau plat
foii, mince, à deux tranchants, large deux fois comme celui
rraêfe et de la même longueur que lui ; il le fait ainsi glisser
dlèlement au plan de l'iris, jusqu'au lieu de la contre-ponction,
Qvre ainsi deux petites portes parallèles entre elles, de 4 milli-
res d'étendue, aux deux extrémités opposées de l'emplacement
Incision future et perpendiculaires à sa direction projetée.
3la fait, le couteau est retiré et remplacé par un couteau bou-
é de Graëfe ou de Weber qui pénètre (aisément î) dans les
srtures latérales que nous venons de décrire : ce couteau intro-
à plat est alors retourné de 90"", son tranchant dirigé en avant,
section faite, comme on peut se le représenter aisément,
) reste de l'opération est achevé comme dans la méthode de
rfo ; M. Vibert ne pratique pas l'iridectomie.
tant au pansement, il est des plus simples : c Depuis six ans,
514 SOGISTÉ DB GHIRUROIB.
dit l'auteur, je n'en fais plus ; je me borne a placer au devant des
yeux une compresse dont je fixe les deux extrémités au bonnet da
malade, au moyen de quelques épingles. Je suis très-peu sévère
pour mes opérés ; je les laisse circuler dans leur chambre ou dans
la salle dans un demi-jour, qui n*est même pas le plus souvent
exactement observé dans une salle d'hôpital. »
Nous recueillerons en passant ce témoignage; apporté par on
homme aussi soucieux des intérêts de la science que de celui de
ses malades, il nous offre une réelle importance. La question de
la brève durée du maintien des appareils après Topération deb
cataracte a été déjà introduite devant la Société et y a troavé
de sérieux appuis : M. Panas d'abord, puis M. le professeur Gayet,
de Lyon. Nous ne nous souvenons pas si nous avons en temps
et lieu soutenu avec la même énergie leur opinion, mais depuis
bon nombre d'années, nous professons cette formule moins affir-
mative peut-être que celle de nos confrères, mais peu éloignée de
la leur : d'une manière générale, le bandeau contentif peut être
maintenu sans inconvénient trois fois vingt-quatre heures ; mais
vers le 4* jour, il commence à incommoder les paupières et à
provoquer des blépharites plus ou moins fâcheuses. 11 faut donc,
pour nous déterminer à le laisser en place plus longtemps, quel-
ques indications formelles : par exemple, une cicatrisation trop
incomplète encore de la cornée chez un malade indocile ou agité ;
— ou bien encore une hernie irieone qui menace de s'exagérer.
Les compte rendus de M. Vibert, nous autoriseraient à élargir
notre formule, et à ne point même faire subir aux malades ces
trois jours d'obscurité.
Cependant tout en acceptant avec la plus entière confiance son
témoignage, comme nous devrons reconnaître plus loin qu'une
certaine idée théorique, que nous aurons a combattre, peut, en
cela aussi, dominer sa pratique, nous maintiendrons nos propres
précautions de 3 ou 4 fois vingt-quatre heures, malgré l'invite en*
courageante qui ressort de la communication de M. Vibert.
Suites de r opération.
C'est là le grand chapitre. Malheureusement notre habile et
judicieux confrère n'a pas eu encore dans son œuvre de simplifi-
cations, l'avantage de reculer sensiblement à ce point de vue les
limites dans lesquelles nous nous débattons tous. Dans ses ob86^
vations comme dans les nôtres, nous rencontrons et avec les
mômes caractères, les enclavements de FiriSf et l'influence ulté'
heure, si particulièrement nocive, des inflammations consécutives
de la capsule en contact avec des débris de substance oortîeato*
Nous remarquerons toutefois que son mémoire est muet sur an
séANGB DU 4 SEPTEMBRE. 575
[dent des plus redoutables et des plus familiers dans Textrac-
à lambeau : Vinflammation et la purulence des lèvres de la
B cornéale. Quoique les lambeaux de M. Vibert doivent, par
las grande brièveté de leur flèche, apporter moins de prédis-
itions que celui de Daviel à cette grave complication, il ne nous
ait pas qu'ils puissent en être exempts.
Jne considération pourtant nous explique jusqu'à un certain
at ie silence de notre confrère ; nous verrons en effet tout à
mre que c'est sur un certain degré de cette inflammation que le
rorgien du Puy fait reposer les avantages de sa méthode.
18 aurons à revenir sur ce point de doctrine dans un instant,
l'ophthalmite consécutive à l'extraction, et qui prend si souvent
isance dans des iritis ayant leur point de départ soit dans
3 même, soit dans des inflammations ou des enclavements de
tpsule, ou encore des procidences du vitréus, dans le gonflement
(écutif et si malsain des reliquats de substance corticale, et
moins fréquemment peut-être, dans les méthodes à lambeau,
I la plaie cornéale elle-même, cette ophthalmite, notre confrère
i assigné plus généralement sinon exclusivement, pour point
épart, l'intérieur du globe et non la porte de sortie.
BUIS cette condition d'esprit, Tobjet qui le préoccupe davantage
Léme longtemps à l'avance, trop à l'avance peut-être, c'est le
de diminuer ou de prévenir la fâcheuse influence de l'excès
Bi pression intra-oculaire. Aussi dès que cette pression paraît
csroître, n*hésite-t-il pas à rouvrir la cicatrice, il l'a fait jusqu'au
ou 20* jour après l'opération ; et cette pratique, vraiment
ijurgicale, lui a valu de nombreux succès. Nous ne nous
étonnons pas. Cependant il nous paraît que ce mode d'inter-
Uon ne doit être adopté que sous la pression d'une indication
Qelle. C'est du reste à l'intelligence exacte de la situation que
'econnaît ici le véritable chirurgien.
kCS dangers que font peser sur l'issue de l'opération les circou'
ices qui se rattachent aux lambeaux de la capsule et aux débris
a substance corticale demeurés en arrière sont, comme chacun
, après lextraction linéaire, et même souvent celle à lambeau,
grande préoccupation, même en admettant l'opération la plus
rectement exécutée. M. Vibert a rencontré comme ses prédé-
seurs, et sans doute dans les mêmes proportions, l'intervention
ce mauvais génie opératoire. Comme ses prédécesseurs aussi,
nt eu la chance trop rare d'obtenir, dans quelques cas, la
Ue du cristallin dans sa capsule intacte, il a, comme eux, envi-
é avec des yeux pleins d'espoir la transformation de ces
idents heureux en méthode.
^n sait aujourd'hui que directement cherchée, c*est-à«dire par
576 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIR*
■»
des manœuvres ayant pour objet obligé la lacération de la «mule
de Zinn, cette solution avec un certain nombre de succès, i dft
enregistrer un nombre assez intimidant de revers. Les résultats
acquis par la méthode de Pagenstecher n'ont pu ni dû la faire triom-
pher : les périls qui suivent l'introduction d'un instrument, dontle
premier effet est de lacérer et de rompre assez profondément les
premières couches du vitré, l'emportent numériquement sur les
avantages, si grands qu'ils soient, de l'issue du cristallin dansfioa
enveloppe. M. Vibert doit être sur ce point de doctrine, trèefris
de notre propre avis, si nous nous en rapportons a son opinion 8or
les tentatives d'extraction plus ou moins violentes des lambeamt
de capsule, ou encore sur les inconvénients de l'introduction des
curettes jusque dans la chambre postérieure de l'œil.
Une seule voie peut-être demeure encore à étudier dans cette
ligne. C'est la méthode de Sperino. Elle consiste, comme on sait,
à procurer préalablement à toute ouverture du globe, la rupture
de la zonule, en d'autres termes la luxation de la lentille. A.u
moyen de manœuvres douces et prolongées, consistant à malaxer
la région ciliaire avec les doigts, Sperino a réussi à mobiliser la
lentille et à la rendre toute prête à sortir, dès l'ouverture delà
cornée. Cependant l'accueil très-réservé fait à cette méthode déjà
ancienne, même par les chirurgiens italiens, doit nous imposer i
nous aussi cett^ même réserve.
Cataractes secondaires.
La conduite de notre confrère en ces cas d'opacités secondaires
progressives est celle de tous les praticiens ; il pratique la disci-
sion. Nous lui recommanderons d'ajouter à cette pratique I»
ressources offertes par l'iridectomie.
Résultats :
Les relevés statistiques apportés par l'auteur en faveur de fi<
méthode, sans être très-nombreux, portent cependant sur des
chiffres assez élevés pour fournir une base à des appréciatioDS
voisines de la vérité.
Sur 50 opérations le tableau nous présente :
47 succès.
5 demi-succès (c'est-à-dire les cas ayant nécessité la tôt*
mation ultérieure d'une pupille artificielle),
et 7 insuccès.
En centièmes, ces chiffres reviendraient à:
Succès complets 79.32
Demi-succès 8.47
Insuccès 12.21
100.00
:
«I
S^NGB DU 4 8EPTSIIBRE. 51^
Cas non triés, comprenant les sujets cachectiques;
La seule exclusion ayant porté sur les albuminuriques ou dia-
léli^es avérés.
Ces résultats doivent nous arrêter un instant.
Concernant une méthode à lambeaux, ils sont assurément en-
ourageants ; nous les rapprocherons de ceux obtenus par les
raticiens les plus experts dans la méthode a lambeau, qu'ils dé-
lasent peut-être un peu; c'est avec cette méthode d'ailleurs
1*118 doivent entrer en ligné, par la double raison que Textraction
i M. Vibert est une méthode à lambeaux, et secondement, qu'il
B point recours à Tiridectomie préalable, ni consécutive.
Ces résultats sont sans doute inférieurs à ceux fournis par les
iihodes à petit lambeau, dérivées de celles de Graëfe et que Ton
ut considérer approximativement comme linéaires; mais, comme
us le disions plus haut, c'est à celle de Daviel qu'ils doivent
re comparés.
Nous ne parlons pas de certaines statistiques trop flamboyantes
ur que rien en puisse être rapproché.
Mous venons, Messieurs, de passer en revue Texposé de lamé-
ode nouvelle communiquée par M. Vibert , la conduite de cet
inorable et habile chirurgien dans les complications qui font un
considérable chapitre de toute opération d'extraction ; nous vous
'ons fait connaître ses résultats.
Uest temps d'arriver aux principes qui l'ont guidé dans ses re*
lerches, à l'objet qu'il a eu en vue dans les modiiications qui
ïQSontété communiquées.
Ces principes, nous avons à les rechercher dans deux ordres de
onoignages : dans l'exposition des idées mêmes qui ont dirigé
lateur, en second lieu, dans les caractères incontestables de son
stion chirurgicale.
Arrêtons-nous d'abord à ces derniers : En quoi consiste le fait
3uveau? dans la substitution à la méthode de Daviel, d'une porte
Kîtangulaire a deux ventaux (exactement) ou lambeaux reclangu-
ires de 10 à il millimètres de longueur sur 2 millimètres, chacun^
^ largeur ou hauteur : voilà tout ce qui caractérise en fait la
ôthode ; et sa conséquence immédiate est une ouverture ou porte
sorlie offrant une aire de 40 à 44 iniUimètres carrés de superticie.
Comparons-la à l'aire oiïerte par 1 incision linéaire de M. Notta.
tte dernière représente une surface elliptique plus ou moins
lensible, mais dont on doit évaluer à 4 millimètres au moins le
Ut axe (épaisseur d'un cristallin normal). Si l'on suppose que ces
Klillimètres soient empruntés à la longueur de l'incision, l'ellipse
question aura au maximum pour aire wflA==8. 14x5 X2=31""*4;
étant le grand axe lors de la béauce de la plaie.
oonnaîssance du moins, ne se rencontraient que dans la n
de la pupille : rigidité, synéchies postérieures ezoei
spasmes du sphincter irien.
C'est à quelqu'une de ces circonstances que nous avoi
tribuer nos insuccès ; et dans les cas heureux, nous avons
souvent à constater des enclavements, le plus habituellen
difs, de Tiris. 11 y avait donc assurément quelque rapport, (i
n'avons pas su démêler le mécanisme, entre ces enclavei
jeu de la pupille et la position de la plaie.
Dans Texposé des suites de son opération, M. Vibert <
bref en ce qui concerne ces enclavements; voici tput ce qu*
« Les accidents qu'occasionne Tenclavement de Tiris diap
généralement au bout d'un temps plus ou moins long, i
Devons -nous interpréter cette phrase comme un iodic
de fréquence ou d'importance de ces enclavements? Goi
portance, il est vrai, Tenclavement de Tiris dans la c(
semble pas entraîner en fait tout le mal qui devrait théori
le suivre. Cependant, nous ne nous sommes jamais acoQ
le considérer comme quasi-insignifiant. Nous estimons do
notre judicieux confrère consacre si peu de lignes à cet
c'est que sa fréquence ne lui a pas forcé à cet égard
Peut-être est-ce la un des avantages de sa large ouvertiu
ventaux sur le pertuis rectiUgne de Notta ?
M. Vibert nous devra une édification ultérieure sur cei
Nous abordons maintenant la question des principes,
de vue auquel s'est mi^ l'auteur quand il a imaginé son
Ici, nous Tavouons, la route que nous avons en quelque so
en parallélisme avec lui, va plus ou moins diverger.
Admettant comme lui les avantages d'une porte de sort
SiAMCE DU 4 SEPTEMBRE. 579
C'est l'objet contraire que tend à réaliser M. Vibert. Frappé des
tristes conséquences qui résultent d'une inflammation qui survient
dans un œil fermé ; convaincu non sans raisons, mais dans les
limites expresses de la présente formule, de Tavantage que présente
une réouverture du globe quand une inflammation intérieure y a
développé un excès de tension , notre confrère devance par la
pensée l'existence de cette inflammation, et lui oppose, avant une
nanifestation qui peut-être n'aura pas lieu, le remède anticipé du
dibridement.
Dans cette vue, M. Vibert cherchera la méthode qui laissera le
pins longtemps possible le globe plus ou moins béant, qui retar-
dera le plus l'adhésion complète des lèvres de la plaie. Il s'attachera
i s'obtenir qu'une réunion plus ou moins tardive.
La largeur — que nous avons qualifiée de presque surabondante
— de la plaie est, à ce point de vue, et dans la pensée de l'auteur,
la premier élément conduisant à cette réunion tardive. Suivant lui,
phsun œil est enflammé, plus actif et plus rapide se fait au ni-
veau de la plaie cornéenne l'épanchement plastique qui en réunira
^ lèvres ; plus prompte est alors cette adhésion, plus grande est
Ntr suite la résistance de la plaie à une réouverture sous la pres-
ûoQdes liquides intérieurs.
Or, à la grande largeur de la plaie se rattachent d'abord et de
oute évidence de moindres chances de contusion et par conséquent
l'inflammation consécutive de la cornée; celle-ci sera donc
aoins sollicitée à une réunion prompte, terreur de notre confrère.
Cette proposition, dans ses prévisions, l'auteur craignait un peu
[Q*on ne la trouvât paradoxale. Nous ne saurions le blâmer de
ette anticipation de son jugement sur le nôtre.
Parmi les faits acquis sn matière de pathologie oculaire, il en
it, en effet, quelques-uns qui paraissent en pleine opposition avec
98 idées de notre confrère.
Sans doute, quand une inflammation a éclaté dans un globe clos
^ toutes parts, qu'elle y a amené une hypersécrétion qui en ac-
voît notablement la tension intérieure, le premier remède est le
Chôment de cette tension, le débridement, la paracentèse. —
bis, par contre, une absence de clôture dans le globe oculaire, une
stule permanente sclérale ou cornéenne, l'absence prolongée de
lumibre antérieure ; ne sont-ce pas là des éléments précurseurs
9 la fin atrophique de l'organe ?
Devra-t-on dès lors, dans la crainte anticipée d'un excès seule-
^nt possible de tension, aller au-devant du danger sérieux qui s'at-
Ae à un œil maintenu à l'état fistuleux, maintenu plus ou moins
htnt dans des conditions si propices à la procidence non*seule-
ent de l'iris, mais du vitré !
BULL. BT NÉll. DK LA 800. DB CHIB. S9
devait, nous semble-t-il, tenir plus de compte du danger qi
médiat et le plus grand qui menace Toeil après Textracticm
beau : à savoir la suppuration primitive de la cornée. 0
sont les débuts de cette triste scène ? Justement, la présen
petit arc de cercle plus ou moins purulent le long des bord
plaie ; la prolifération en excès des lèvres de la solution de
nuité. Et c'est là ce (\\ïi\ risque de produire par une cicati
lente, tardive, inflammatoire en un mot. Est-il donc si asi
limiter sa réunion par seconde intention à ce juste degré de
fération également distant de l'adhésion immédiate et de la
lence ?
Notre confrère ne dit mot de ces objections qu'il devt
même opposer à sa méthode, ou du moins aux principes m
quels elle s'appuie. Son unique argumentation est emprunt
résultats obtenus de certaines expériences sur les animaux.
Ces expériences ont consisté à pratiquer sur des lapins
moutons des plaies pénétrantes lacérant la cornée et l'iris.
Ces plaies qui sont si graves chez nous, se guérissent ol
animaux avec une rare promptitude. L'auteur attribue ce réfl
la facilité avec laquelle ces animaux réussissent à maiatf
globe à l'abri de tout excès de tension, par l'évacuation volt
de la chambre antérieure sous l'action de leurs muscles <
sèques.
Et il s'est convaincu de l'exactitude de cet aperçu p
contre-épreuve. Avant de pratiquer les traumatismes en qn
il sectionne les 4 muscles droits. A la suite de cette opérai»
traumatismes ci-dessus sont loin d'être aussi innocents, lai
devint opaline, et les plaies cornéennes et iriennes provoq
une inflammation qui fut d'autant plus vive que les plaJm i
plus obliques.
Nous ne saurions avoir la prétention de discuter ici ces
riences. Elles comportent trop d'éléments divers à étudier,
contrôle et leurs conséquences ressortissent aux laboratoira
physiologie expérimentale. Est-ce bien à la suppression ds
culte compressive du globe, attribut évident des muscles i
qu'il faut, avec l'auteur, attribuer la perte de rimmunité n
SEANCE DU 4 SEPTEMBRE. Ml
pour les traumatismes dont jouissent les animaux en question?
Doit-on, au contraire, comme M. Vibert Ta lui-môme soupçonné,
doit-on en chercher la raison dans la section des illets nerveux,
trophiques intéressés dans la ténotomie? Il est clair que ce ne
sont pas là des questions à trancher au pied-levé. Ce que nons
pouvons dire seulement, c'est que ce que l'on connaît des troubles
de nutrition de la cornée dans les cas dits de phlegmasie névro-pa-
nlytique donne à cette dernière supposition une réelle importance.
Laissant à la physiologie expérimentale le soin de décider cette
question incidente, nous nous bornerons à dire finalement que
i'idée fondamentale de l'auteur et qui substitue volontairement la
réunion retardée de la plaie à son adhésion immédiate, est en con-
flit absolu avec les enseignements généraux, universels peut-être,
de la clinique oculaire.
Suivant ces derniers, si le débridement d'un œil, frappé do ten-
«on en excès, est une des indications les plus formelles de la thé-
rapeutique ophthalmique, la création d'une soupape de sûreté pré-
ventive, c'est-à-dire, d'un état permanent de diminution de la pres-
sion au-dessous du taux normal, par une fistule large et enflammée,
ost par elle-même un des plus gros périls auxquels on puisse
ttposer l'organe.
Si l'auteur, par sa méthode, obtient des résultats encourageants,
il y a certainement lieu à en chercher la cause dans de tout autres
éléments. Ceux qu'il invoque nous paraissent avoir, au contraire,
W caractère entièrement négatif.
L'auteur termine son argumentation par la comparaison de la
lonne ou de la qualité de l'incision dans sa méthode et celle de de
(^fe, et cette argumentation nous remet sous les yeux les der-
oifirs mots de la citation précédente, relative aux expériences
instituées sur les animaux : « L'inflanmiation secondaire (déter-
flunée par la section des muscles droits) s'est montrée d'autant
plus vive que les incisions cornéales étaient plus obliques. »
Cette obliquité paraît en effet à M. Vibert le caractère différen-
^ le plus saillant entre les incisions de de Graëfe et la sienne.
Avant d'aller plus loin il y a Heu ici à écarter un malentendu.
L'incision de de Graëfe se prête à deux appréciations absolument
^érentes et même contraires : son incision linéaire théorique
wtune section do la cornée contenue toute entière dans un plan
ii^idien, une section plane de grand cercle, la ligne droite de la
V^ëre ; mais son incision pratique est tout autre. Il n'a pas fallu
Sf8nd temps à cet admirable observateur pour reconnaître que sa
^fiction droite, au lieu où il la plaçait forcément, voulant la faire
'^ficier des avantages nutritifs de la position sclérale, que cette
Section droite, disons-nous, offrait une porte de sortie insuffisante
588 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
pour la majorité des cristallins. Aussi, avant une année écoulée,
celte section qualifiée cependant toujours de linéaire, et partant des
mêmes points, était-elle étendue plus ou moins extérieurement
par son sommet, jusque dans la région sciérale franche, cl par
delà le canal de Fontana, dessinant ainsi un vrai lambeau à large
suface de contact : le type de ce que Ton pourrait appeler UM
incision oblique. Nulle part dans Tœil, excepté dans cette région
ciliaire, on ne pourrait trouver une place aussi bien disposée pooi
recevoir une section oblique de telle étendue. Et quand notM
confrère affirme que cette obliquité, ce biseau, offrent un graw
avantage pour Taffleurement permanent des contacts, nous m
pouvons que nous joindre à lui et accepter sa comparaison avft
les coupures obliques faites dans une outre gonflée.
Mais quand il parle d'une soudure bout à bout comme étant œil
de deGraëfe, M. Vibert désigne Tincision théorique et non celle qu
a servi aux nombreux cas composant la statistique de de Graêfe
et celles des premières séries opératoires do ses élèves. Cett(
digression était obligée pour nous tirer d'un malentendu.
Quand on cite la méthode clinique réelle de de Graëfe, au poifll
de vue de ses résultats, c'est d'une incision à longue surface obli-
que, ou mieux d'un lambeau taillé obliquement dans un tissu, et
dont les deux lèvres de contact présentent une surface relativement
très-large. Et cette section offre le double avantage de se prôtar
à un affrontement particulièrement facile et dans une région A
les réparations cicatricielles se font avec la facilité maximum.
La première conséquence de ces données est une coaptation fr
cile et la réunion par première intention. La surface oblique joœ
là un rôle différent de celui que lui assigne M. Vibert: elle 8*
prête admirablement à la réunion immédiate.
Si nous recherchons au contraire les casoùraffrontementaBw
bout à bout, pour nous servir de l'expression de M. Vibert, ilW
prendre les méthodes plus généralement adoptées aujourtflnrii
comme celles dites à petit lambeau (Lebrun, Warlomont, Lia-
briech), dérivées des idées premières de de Graëfe, et où la seclkw
est plus ou moins intérieurement portée dans la cornée elle-même;
et surtout celles de Kiichler et de Notta qui en occupent la régta
centrale. Or ces dernières se caractérisent cliniquement par u«
durée un peu i)lus lente de la cicatrisation.
C'est en effet avec ces deux dernières que M. Vibert devait étt*
blir sa comparaison, s'il faisait consister toute sa méthode di*
cet affrontement bout à bout des lèvres de la plaie ; et nonaiw
celles de la grande époque de de Graëfe où l'affrontement se W
par surfaces obliques.
Mais ce point de vue ainsi limité est au fond des plus inexacte
SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE. 583
Si rincision de M. Vibert, considérée comme telle, est parfaite-
ment linéaire et exécutée dans un grand cercle de la sphère, cette
particularité n'est qu'un détail dans la méthode. Si on veut Tenvi-
sagerdans ses qualités fondamentales, c'est àTincision de Daviel
qu'il faut la comparer. C'est une plaie à lambeaux et non à section
80it droite, soit oblique ; à deux lambeaux, il est vrai, et dans
l'espèce, un peu moins désavantageuse que le lambeau unique do
Daviel, eu égard a sa moindre mobilité.
Entre les incisions linéaires plus ou moins obliques et les inci-
sions formant lambeaux, il y a une différence radicale au point de
Tue mécanique. Dans les premières, le chirurgien se rapproche le
plus qu'il le peut des conditions de la simple incision plane, où
tout concourt à une coaptalion spontanée et permanente. Les se-
condes présentent une porte à charnière comme intentionnellement
préparée pour céder à toute dilférence de pression ; la fixité est la
qualité des premières, la mobilité, le défaut des secondes.
Quelles conditions moins favorables peut-on en effet réunir pour
une coaptalion permanente que celle offerte par le lambeau de
Daviel! Mais c'est Injustement son point faible, à cette glorieuse
méthode : à savoir la prise qu'offre à toute différence de pression
entre le dedans et le dt hors, et quel ([ue soit le sens dans lequel
s'exerce cette différence de tension, cette porte roulant sur char-
nière que représente ce lambeau semi-circulaire formé par la moi-
tié mobile de la cornée !
Cette vraie soupape faite sur le modèle d'un couvercle de taba-
tière!
Or, les mêmes conditions mécaniques partagées entre deux lam-
J^ux se retrouvent, amoindries, il est vrai, par ce partage, dans la
méthode de M. Vibert. Au lieu de cinq millimètres de flèche que
mesure au minimum le lambeau de Daviel, ceux de M. Vibert en
mesurent ensemble quatre seulement : grand avantage, puisque,
^e chaque côté, la différence de pression ne trouve pour bras de
'^vierque deux millimètres au Ueu de cinq. Mais, malgré cela,
^*ô6l toujours le même principe mécanique qui préside à l'équili-
^^^'^ C'est à la méthode Daviel que doit être comparée la méthode
® M. Vibert, et non à celle de de Graëfe, avec laquelle elle n'a point
^caniquement de rapports.
lians le cas de celte dernière, imaginons un excès de pression de
^ îans en dehors : cet excès dirigé comme dans toute enveloppe
î^^»érique suivant le rayon de la sphère, s'exerce avec une inten-
'^é théoriquement égale en tous les points de renveloi)pe : si
^Uc elle agit au centre de la plaie, de façon à en écarter les lè-
''es, cette même force, appliquée aux extrémités, tend dans une
^Maine mesure à les rapprocher, à fermer la boutonnière.
à ouvrir prédispose ipso facio^k rinflammation de Toeil, à Te
mie: à la fonte purulente de la cornée.
Nous lui demanderons pardon de cette énergique oppd
elle ne s*attaque qu'à quelques propositions doctrinales, et
berl ne devra reconnaître dans celte sévérité qu'une pn
plus de l'estime où nous tenons ses contributions au dévelop
de l'extraction de la cataracte. On ne se campe en travi
vis-à-vis les forts.
Au point de vue pratique, nous devons tous nos eno
ments à ces essais d'un réel mérite dans lesquels nous sign
cependant encore quelques desiderata.
Le premier est le regret de ne trouver aucun chiflre di
relevés, relativement au nombre de jours dont 7a réunion
ajourne la guérison. C'était un des grands avantages attacl
réunion immédiate que l'abréviation de la durée de la c»
tion. Ce n'est pas à un praticien de cette expérience qu'il fau
1er les dangers d'un séjour au lit trop prolongé chez des vi(
Il est vrai que M. Vibert laisse ses malades presque en
dans l'hôpital dès le lendemain, sinon le jour de l'opératio
qu'il en soit, la supputation de ces durées relatives est un i
de valeur dans le choix des méthodes opératoires.
En second lieu, M. Vibert nous vante la facilité de son
opératoire. Nous y trouvons cependant une sorte d'écueil
il faut remplacer le premier couteau à deux tranchants ]
couteau boutonné, la chambre antérieure est vide, ou ai
très-diminuée de capacité. Est-il alors aussi aisé que le à
confrère de pénétrer entre l'iris et la cornée et d'entr*»
porte de la contre-ponction ? Ce sont là de simples questioi
SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE. 585
rétendue de la plaie sans nuire aux succès et même en augmentant
ieor proportionnalité.
Cependant cette proportionnalité de quelque peu supérieure à
îelle de la méthode classique, demeure inférieure aux résultats
)btenus dans la méthode dite à petit lambeau et connue sous les
loms de Lebrun, Warlomont, Liebriech, et généralement, sous des
loms divers, adoptés aujourd'hui. Ce serait donc chose impru-
tenle que d'en proposer la substitution à ces dernières, d'autant
^Iq6 que si sa statistique est assurément satisfaisante, il y a lieu
'en reporter le mérite à Thabileté personnelle de son auteur et
ïns doute à quelques autres circonstances qu'il serait téméraire
^juger en l'état.
^ous avons en effet développé les motifs qui ne nous paraissent
ïnl permettre d'accréditer les principes mômes mis en avant par
ï auteur, quoique nous le félicitions de ses succès. Nous vous
•poserons donc :
* l)e donner au travail de M. Vibert place dans nos publi-
* De lui adresser nos remerciements.
Discussion.
^» Cras. Je me bornerai à une simple remarque au sujet du
ï^^ôdé opératoire préconisé par M. Vibert.
•Oinme l'a fait remarquer M. Giraud-Teulon dans son beau rap-
^ la chambre antérieure se vide après le passage du premier
^au, l'iris se rapproche des plaies d'entrée et de sortie, et
tït)duction au deuxième temps du couteau même émoussé de
Ciraëfe ne doit pas être facile sans lésion de l'iris, même pour
Opérateur exercé. On pourrait remédier à cet inconvénient en
servant pour le premier temps, d'un petit couteau à double
^chant, cannelé suivant Taxe longitudinal ; ce couteau resterait en
ûe pour Texécution du second temps, et on utiliserait la can-
tire pour la section transversale de la cornée. Mais je n'insiste
•oa question des soins consécutifs soulevée par M. Vibert me
'ait bien autrement importante.
d. Vibert ne veut pas de pansement : non-seulement il aban-
rine la plaie à elle-même, sans souci de cette cause d'irritation
•essante qu'on appelle le coup de balai des paupières ; mais au
•indre signe d'augmentation de tension oculaire, il tourmente la
ie cornéenne et en décolle les bords pour laisser échapper Thu-
nir aqueuse.
Je préférerais, pour ma part, recourir à une paracentèse de la
586 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
cornéo en un point éloigné de la plaie. 11 importe de guérir au
plus vite la plaie cornéenne, point de départ de complications re-
doutables; il faut en hâter l'opidcrmisation à tout prix; et, pour y
arriver, l'immobilisation pendant quelques jours est encore le
moyen le plus sûr.
Il y a toutefois bien des objections à faire à l'usage prolongé
du bandeau ordinaire, surtout lorsqu'on a recours à des bandes
de flanelle. Les circulaires qui passent sur l'occiput glissent faci-
lement au moindre déplacement de la tête sur l'oreiller. L'œil en
subit le contre-coup. L'opéré n'ose plus faire un mouvement;
c'est un véritable supplice dans certains cas. Je reproche en ou-
tre à ces bandeaux circulaires de comprimer les vaisseaux extra-
crâniens et d'augmenter la tension dans les vaisseaux intra-crâ-
niens. Pour remédier à cet inconvénient, j'emploie depuis deux
ans le bandage suivant, après toutes les opérations de la chirurgie
oculaire.
Je prends une bande de toile fine large de deux doigts ; à l'aide
de collodion je iixo solidement Tune des extrémités sur la face la-
térale gauche du nez (si j'ai opéré à droite); comme pour le ban-
dage ordinaire j'applique une rondelle de linge fin sur les paupières
puis la ouate ou la charpie, de manière à combler la fosse préocu-
laire. La bande est ramenée au devant de ce coussin et fixée à
l'aide du collodion sur la tempe en ayant soin de maintenir la com-
pression jusqu'à dessiccation. On peut compléter le bandage en
ajoutant une deuxième couche de ouate sur laquelle passe une
deuxième bande flxàe en haut sur le front, en bas sur la joue. L'oeil
non opéré est maintenu fermé à l'aide de bandelettes adhésives.
Ce bandage est solide et ne se dérange pas au moindre mouve-
ment sur l'oreiller, il m'a rendu de réels services.
(Les conclusions du rapport de M. Giraud-Teulon sont mises aux
voix et adoptées.)
Cloinnianieation écrite.
M. DoBONRAvow lit un travail, intitulé : Observation (rovarioto-
mie hî'Iatérale.
(Ce travail est renvoyé à une commission composée de MM. Lu-
cas-Championnière, Terrier et Perier, rapporteur.)
Commanication*
M. Ckas fait une communication intitulée ; IJe In \cécilé miklf^
raie par contusion rétro-oculairo.
SiANGB DU 4 SEPTEMBRE. 587
006 ce titre, je désigne un mode de production de cécité unila-
le dont les traités spéciaux et le livre récent de Arlt sur les
mres de Tœil ne font pas mention. Confondus avec les faits
définis de la commotion rétinienne, ces cas de cécité unilatc-
représentent pourtant un type clinique parfaitement déterminé,
en juge par les trois observations que j'ai recueillies.
BS. I. — En octobre 187a, un matelot de la Bretagne en faisant
jrcice du bâton, reçoit un coup de pointe dans le cul-de-sac palpé-
,en haut et en dehors. A son entrée à Thôpital, on constate une
ymose, rexophthalmie, la mydriase, et un léger strabisme diver-
i. La vision était complètement abolie. A Toxameu ophthalmosco-
e pratiqué 2 jours après son entrée, on constate Tintcgrité des
3UX et des membranes; on note seulement un petit extravasat san-
I an pourtour de la papille.
ilgré le traitement employé : sangsues à la tempe, applications
gérantes, calomel à Pintérieur ; plus tard : courants continus et
itions hypodermiques de strychnine, la cécité unilatérale resta dé-
ve. Les signes manifestes de l'atrophie de la papille ne se mon-
mt que 6 semaines après l'accident. La papille pendant ]>lusieurs
i resta un peu plus dilatée que du côté sain.
8. II. — En décembre 1814, un matelot du Borda, faisant des ar-
avec un fleuret boutonné, sans masque, reçoit un coup droit vers
le interne de rœil, dans le cul-de-sac palpébral inférieur; un pe-
mbeau de la paupière inférieure avait été décollé et s'était retracté
le nez. L'exorbitis est considérable^ F œil est immobile, la tension
nre est manifestement augmentée^ la papille est dilatée au maxi-
, la vision est absolument abolie do ce côté,
ixaminai le blessé 2 heures après Taccident, et apportai le plus
d soin à robservation ophthalmoscopique. Je notai la parfaite in-
lé des milieux, Pabsonco de toute déchirure des membranes; le
signe remarquable était un pouls veineux très-net,
pratiquai la réunion du lambeau à l'aide de fils d'argent et me
ai à des applications réfrigérentes. Peu à peu l'exophthaimie dis-
t, la tension du glode diminua, la papille reprit ses dimensions,
la cécité unilatérale persista, et, au bout de 4 semaines, des tra-
nanifestes d'atrophie papillaire commencèrent à paraître.
8. III. — (Juillet 1877.) Un gendarme, occupe à astiquer son
liment, avance brusquement la tôte pour voir passer une musique
aire et heurte violemment par l'angle interne de Tœil gauche la
d'un clou à demi-enfoncé. La cécité unilatérale fut produite im-
atement, et à son entrée à l'hôpital de la marine, où pendant les
iiers,jours il fut soigné par mou collègue, le professeur Auffret,
Dta : l'exophthaimie, lu mydriase, l'augmentation du globe, avec
prité des milieux et des membranes, sans plaie extérieure, sauf
légère érosion de la conjonctive. La vision resta définitivement
ie. J'ai observé ce gendarme à diverses reprises : les traces dedé-
rescence da nerf optique commencèrent à se produire au bout de
588 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.
4 à 5 semaines. Récemment j'ai pu Texaminer à nouveau : la papille
est d'un blanc nacré, avec des vaisseaux très-attënuès.
J*ai cherché à reproduire expérimentalement sur le lapin ce
mode de production de la cécité unilatérale. Les résultats ne m*onl
pas satisfait. Ce sont des expériences à refaire. Je me crois néan-
moins fondé à attrihuer les faits que je signale chez l'homme, à ia
contusion rétro-oculaire ; et ce qui le démontre, c'est l'absence de
lésions du globe de l'œil, l'exojihthalmie, le pouls veineux observé
dès les premières heures, la mydriase, constatée dans les 8 cas.
Le développement d'un épanchement sanguin dans l'arrière-ca-
vite de Torbite ne paraît pas devoir être mis en doute. Le ganglioa
ophthalmique est englobé dans Tépanchement, d'où la modification
survenue dans Tétat de la papille. L'atrophie papillaire qui n'a ja-
mais fait défaut dans les cas observés, doit être rattachée au tran-
matisme subi par le nerf optique soit par pression directe, soH
par suite du tiraillement des fibres nerveuses dans le mouvement
brusque de rotation imprimé au globe oculaire, au moment où le
corps contondant pénètre dans un des culs-de-sac.
Je terminerai par une remarque qui a son intérêt pour les mé-
decins de Tarmée ou de la marine souvent appelés à observer U
cécité unilatérale réelle ou simulée. J'ai dit que pendant plusieurs
semaines les lésions ophthalmoscopiques étaient nulles, c« qui
pourrait faire douter des assertions du blessé ; le moyen suivant
que j'ai signalé dans les Archives de médecine navale peut rendre
service dans ces cas douteux.
Soit un cas de cécité unilatérale droite : les papilles sont rede-
venues égales des deux côtés et se contractent synergiquement.
On place le blessé en face d'une fenêtre bien éclairée; les deux
papilles se contractent. On applique la main sur l'œil gauche sain,
en observant l'œil droit ; et on assiste au curieux spectacle d'une
papille qui se dilate et reste dilatée en face du soleil. Ce mouvement
de dilatation se fait lentement. Dès qu'on enlève la main, qui
servait d'écran, les deux papilles se contractent rapidement. Sie»^
appliquant la main au devant de l'œil droit, la papille gauche reslP?
immobile, on peut a fur mer que la cécité unilatérale droite est nulle ^
Je n'ai pas besoin de développer les théorèmes physiologique
sur lesquels repose Remploi de ce moyen de diagnostic.
M. Giraud-Teulon. Je serais d'avis de faire rentrer ces observa-
tions dans le grand chapitre des cas de compression ail fond àe
l'orbite avec tiraillement et déchirure du nerf optique.
On a vu des retours de la vision à la suite du tiraillement des
nerfs, mais, en général, vers la 5« semaine après l'accident» on voit
survenir la perte de la vue par guite de l'atrophie du nerf.
SiàNGV DU 11 BBPTEMBRB. 589
leerois que les faits de M. Gras rentrent dans des faits déjà
mus, sinon très-bien étudiés, soit d'épanchement dans la gaîne,
t de compression du nerf.
I. Cras. ^e crois bien comme M. Giraud-Teulon que ces cas
it assez communs, et que je n'ai certainement pas eu le rare
vilége d'observer les seuls qui se soient produits. Je ne parle
if.bien entendu, de ces cas d*amblyopie ou de cécité unilatérale
K)lue, survenus à la suite de chocs sur l'orbite et s'accompagnant
■bis de fracture du fond de Torbite. Je parle d'une cause bien
Inie, l'introduction violente d'un corps contondant peu mousse,
I Volumineux, entre le globe et l'orbite, sans désordres extérieurs
p considérables entraînant la perte subite et irrémédiable de la
Ion, sans lésion du fond de l'œil, en même temps que survien-
H Texophlbalmie, la dilatation de la papille, l'augmentation de
sion oculaire. Ces derniers signes disparaissent rapidement et
bout de quelques semaines se montre l'atrophie de la papille.
^ai voulu appeler l'attention sur ces faits car la réunion de
orbitis, de la mydriase, de l'augmentation de tension et du pouls
leux donnent un type clinique important qui mérite peut-être
pbce à part.
Présentation de malade.
- Peyrot présente un malade qui, à la suite d'une fracture de
ilvicule, a eu une atrophie des muscles du membre correspon-
» tenant à une compression du plexus brachial.
^emmissîoD : MM. Perier, Berger, Lannelongue.)
% séance est levée à 5 h. 25 m.
Le Secrétaire^
HORTELOUP.
Séance du 11 septembre 1878.
Présidence de M. Tarnier.
•e procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
A correspondance comprend :
^ Les journaux périodiques de la semaine ;
• L'Union médicale et scientiûque du Nord-Est^ la Revue mé^
590 SOCIÉTÉ I)K CHIRURGIE.
dicale de fEst, V Alger médicahXe Bulletin médical du Nor(l^\%
Lyon Médical f V Année médicale, Journal de la Société demédec'm
de Caen et du Calvados ;
3"* Les Mémoires couronnés et autres mémoires publiés pif
r Académie royale de Belgique, la Gazette médicale Italienne
Lombarde, Mémoires de chirurgie et d opérations, par le docteur
Edouard Albert, de Vienne, The British médical Journal, Tk
Practitioncr ;
4** Une lettre de M. le D»^ Poinsot, de Bordeaux, adressant à la
Société une observation intitulée : Fracture sous-trochantériem
du fémur par cause indirecte {chute) chez un enfant de dix ans, -
Retard de la consolidation par ramollissement du cal. — Scorki
local. — Immobilisation prolongée. — Guérison ;
5® Une lettre de M. le D*" Leplé, adressant à la Société, à l'appui
de sa candidature au titre de membre correspondant, une brochure
intulée : la Chirurgie d'Hippocrate.
A propos du procès- verbal la i)arole est demandée par :
M. Desprès. Dans la dernière séance, M. Tarnier m'a demandé
quelles avaient été les raisons qui m'avaient fait proposer une
opération au jeune garçon atteint d'hydrocèle congénitale, je crois
avoir répondu à sa question, mais j'ai désiré, de mon côlé, savoir
pourquoi ce malade avait accepté ma proposition et la raison est
toute simple : depuis quelque temps cet enfant souffrait lorsqu'il
faisait une marche, aussi a-t-il accepté avec empressement une
opération qui le débarrassait de cette gêne.
J'ai revu, cette semaine, l'enfant de 3 ans dont j'ai parlé et j'ai
appris de la mère que sa tumeur disparaissait complètement pen-
dant l'hiver. Je crois, en outre, avoir pu constater que Thydro-
cèle avait légèrement diminué depuis mon dernier examen, aussi
ai-je vivement engagé la mère à ne pas faire faire d'opération.
M. HouEL. J'ai eu l'occasion de pouvoir étudier et observer un
grand nombre d'hydrocùles congénitales et j'ai vu plusieurs foi&
des hydrocèles que l'on ne pouvait pas réduire et qui, cependant»
communiquaient avec la cavité péritonéale. Il ne faudrait doncpa^
affirmer l'absence de communication parce que l'on ne peut pas
obtenir de réduction.
Je me souviens d'un jeune enfant entré dans le service da
M. Gosselin, à l'hôpital chnique ; il fut impossible d'obtenir à0
réduction, on fit une ponction et une injection qui furent suivia^
d'accidents. Il y avait donc une communication et j'ai vu des cas
dans lecfquels on n'avait pas pu obtenir de réduction et qui présen-
SÉANCE DU il SEPTEMBRE. 591
it un orifice de communication avec le péritoine^ dans lequel
lupait pu faire passer un porte-plume.
)us retrouvons pour les hydrocèles ce que nous avons constaté
' les spina-bifida, aussi ne faudrait-il pas tirer une conclusion
lue de rimpossibilité d* obtenir une réduction.
.Berger. Je voulais à ce sujet rappeler une observation qui se
^e dans Touvrage de Curling. Ce chirurgien ne put obtenir un
mencement de réduction qu'après trois quarts d'heure de com-
sion.
. Lannelonoue. Je voulais, en rappelant le fait de Curling, insis-
ur le peu de certitude que pouvait donner une manœuvre de
te durée. J'ai pu observer des hydrocèles qui se réduisaient
mient dans la position horizontale et sous Tinfluence d'une
pression faite longtemps.
ne faut pas s'étonner des variations que M. Desprùs a pu
tater, suivant la saison, sur le volume de l'hydrocèle de son
B malade ; il y a longtemps que Ton sait que les hydrocèles
beaucoup plus fréquentes dans les pays chauds que dans les
froids.
Desprès. Quoique je n'ai pas pu obtenir de réduction chez mon
3 malade, je serais disposé à croire qu'il y a cependant une
nunication avec le péritoine. Il faut distinguer, chez les
its, les hydrocèles réductibles, auxquelles personne ne songe
icher, et les hydrocèles non réductibles, que l'on ne doit pas
odant opérer, car la guérison spontanée peut parfaitement s*ob-
t^oBunanicalloii éerlte.
le Secrétaire général donne lecture d'un mémoire de
avat, membre correspondant, chirurgien de l'hôpital d'Aix-les-
3, intitulée : Etude sur roblitéraiion des varices,
lecture faite à la Société de chirurgie, le 26 mai 1875, par
professeur Rigaud, sur le traitement (ju'il a innové pour
T les dilatations veineuses superficielles, a été écoutée avec
eillance et sous de pacifiques auspices, car aucune discussion
intervenue pour troubler les conclusions des observations
intées, ni pour approuver ou combattre la méthode opéraloire
»8ée.
Is l'honorable chirurgien de Nancy, malgré les faits nombreux
invoque, et les preuves multiples qu'il donne pour justifier
58fi SOCIÉTÉ DE GHIRURGIK.
de l'utilité de son procédé, a-t-il laissé dans le compétent auditoire
une conviction bien profonde sur la supériorité de cette méthode
qu*il propose, lorsqu'on la met en comparaison avec les autres
modes opératoires mis en pratique avant lui, par tous les chirur-
giens célèbres?
Je l'ignore ! !
Je me suis, comme M. Rigaud, beaucoup occupé des varices: Mes
études et travaux remontent a 1830, et m'ont valu l'honneur du titre
de membre correspondant de la Société de chirurgie ; mes résultats
sont la conséquence d'expériences physiologiques et de recherches
anatoiniqucs sur des animaux et consécutivement sur Thomme. Je
crois donc qu'il est de mon devoir d'entrer dans Tarène si paisible i
mes collègues et j'y viens aujourd'hui, très-sommairement il estvni,
mais mûri par une longue pratique, appuyé sur celle deM. Velpean
en 1836, de Breschet en 1837, de M. J. Franc, à Montpellier, de
Bonnet, de Lyon, écrivant ainsi à l'Académie des sciences, séance
du 11 avril 1836. « J'ai conçu l'idée d'implanter des aiguilla
autour de l'anneau d'après les résultats avantageux qu'on obtient
en traitant les varices des jambes par l'introduction et le séjov
des épingles dans les parois des veines. Sur onze variqueux sou-
mis à cette méthode, deux très-avancés en âge n'ont éprouvé qitt
de l'amôUoration, tous les autres ont été complètement guéris.»
Historique, — La guérison des varices a parcouru bien des éta-
pes depuis Hippocrate, de nombreux chirurgiens en ont fait le
sujet d'études sérieuses ; ils ont inventé des procédés très-va-
riés qu'ils ont mis en pratique pour atteindre ce but. Mes reche^
ches, consignées dans ma thèse en 1833, dans mon mémoire en
1836 et 1837, ont étabU expérimentalement et prouvé que tous ces
procédés nombreux, quelque différents qu'ils soient, aboutissent
tous à ce principe unique : nécessité absolue, pour la guérison des
varices, d'obtenir l'oblitération, soit l'arrêt constant delà circulation
sanguine dans une partie du canal veineux.
Or, ce principe posé, il est certain que le moyen le plus sûr,l9
plus simple et le moins dangereux qui amènera cette hémostase
permanente, sera le meilleur, et nécessairement le préférable.
Il n'est pas besoin de théories, ni d'autres justifications pour
établir cette vérité, surtout lorsqu'à l'aide de l'expérience^ ons'if
puie encore sur le terrain des faits.
Et maintenant quel est le meilleur ?
Analyse. — Je m'incline devant le résultat des opinions ex-
primées par mon savant collègue, quoique ces opérations aient été
pratiquées contre mes opinions; car cette pratique que j'ai coin*
»iAjrCB DU 11 SEPTEMBRE. 508
•^^^^ — ^^-^— ^-^— ^^— ^^■— — ^— ^— ^^^-^^— ^.i^.^«^^i^^— .^^^^™^— ^— ^^^^i«^^p— ^^™^»««™«»«^— i.— «i^»
lœ m'inspire de légitimes inquiétudes par ses témérités et
it-ôtre son audace.
Sd effet, la méthode de M. Rigaud, qu'on peut, à bon droit,
Mier la méthode de dénudation et d'isolement, n'est pas accom-
) à Taide d'une opération simple dans son exécution,
iji découverte du tronc veineux dans une étendue déterminée,
ge ime main sûre. L'isolement de la portion du canal veineux
^essairOy veut aussi des précautions pratiques pour être déta-
ie des tissus sous-jacents, surtout avec respect des anastomoses
des collatérales. La bande qu'on glisse sous ce conduit veineux
or compléter l'isolement, prolonge l'opération qui se termine
Bu par l'appUcalion d'un appareil à renouveler chaque jour.
Opération. — Tout ce travail ensemble exprime les inconvénients
cette méthode qui m'apparaît, comme manuel opératoire, d'une
ksQtion plus laborieuse plus difficile que la cautérisation de
Isa, l'excision des Arabes, l'incision de Béclard, la ligature de
nter, les pinces de Breschet, la forcipressure des modernes.
-à ne s'arrêtent pas mes remarques sur une méthode dont le
rectionnement opératoire est négatif; pourtant nous devrions la
Krer à tout autre, si les résultats qu'elle doit produire étaient
s satisfaisants que ceux obtenus par les autres procédés coa-
• Ses conséquences, mais non, d'abord les conséquences de
léthode de la dénudation, ne vont pas au delà des résultats des
^8 modes opératoires.
près les uns, comme après les autres, la circulation dans les
les s'arrête aux premières collatérales ; à quoi bon dès lors
innovation diflicile, puisque cette occlusion permanente, que
i produire et recherche M. Rigaud, peut être obtenue aussi
dément, sans perte de substance, par des procédés plus simples
[ue la statistique comparée ne dit pas plus dangereux.
Insuite, je ne sais si M. Rigaud s'est aperçu que dans son
cédé, l'oblitération débute par l'épaississement des parois
erstitiel de Hunter), épaississement qui n'oblitère qu'imparfai-
lent et redevient perméable *, de sorte qu'il est condamné à
ndonner bientôt ce mode de guérison infidèle, pour pousser
Qammation jusqu'au sphacèle du cordon découvert et que dès
I la mortification se produit, il tombe dans le domaine de l'obli-
ition par exsudation, soit adhésion des parois internes.
Toutefois, je reconnais avec bonheur que la méthode de M. Ri-
id est par hii habilement menée pour atteindre son but sans trop
revers.
jO travail de destruction du cordon mis à nu, est provoqué len-
Mémoire, p. 14, 15, 16.
594 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
teiiient, progressivement, à l'aide de Taction de Tair, d'une bande
sous la veine et de Tapplication de l'appareil de pansement ; c'est
une forcipressure modérée. Ce mode d'action continu, ménagé,
décrit dans mon mémoire ^ est sûrement l'un des points capitaux
de traitement ; il est la cause des succès, parce qu'il donne i la
veine opérée le temps nécessaire pour- être oblitérée aux bouts
sphacélés ; mais pour qu'il y ait certitude de succès, l'hémostase
doit être obtenue à l'aide d'une exsudation plastique produite par
la membrane interne déchirée ; ce qui veut dire que la méthodede
M. Rigaud ne guérit les varices pas autrement que par l'adhésion
des membranes internes de la veine ; seulement cette adhésion est
provoquée par un mécanisme grave et longtemps sérieux.
Il s'agit, en effet, d'une plaie sur laquelle opèrent pendant quin-
zaine, des agents médiats de suppuration, de virulence et de pu-
tridité, qui épouvantent ; car ils peuvent produire le poison septi-
que de MM. Robin et Verneuil. Ce poison devient néfaste si le
sphacèle du cordon se détache avant que les deux bouts de la veine
opérée ne soient fermés par l'adhésion des parois internes.
Je répète, fermés par adhésion des parois, parce que l'oblitéra-
tion par adhésion n'est pas constamment le résultat du spha-
cèle et très-souvent ce sphacèle ne produit aux deux bouts de la
veine que l'épaississement des parois et la formation d'un caillot
interne ; épaississement et caillot qui s'offacent l'un et l'autre et
laissent les veines béantes, de sorte que, dès ce moment, la gra-
vité morbide est certaine. Cette énonciation est au surplus con&^
mée par les recherches de Ashley Cowper, de Boyer, de Dupay*
tren, de Lisfranc, de Daner, de Briquet.
Ce mode de terminaison possible, consécutif aux procédés d'inci-
sion, d'excision, de compression sur les veines, a été la cause prin-
cipale de leur abandon. . . nous verrons bientôt si les décès rap-
portés par M. Rigaud ne doivent pas être classés dans cette même
catégorie.
Si j'ai bien compris le mémoire de M. Rigaud, quoique ce pro-
fesseur ue fasse pas un procès en règle aux méthodes opératoires
antérieures à la sienne, il n'en résulte j)as moins pour lui ipù
l'hémostase veineuse provoquée, soit par la compression, soit par
la piqûre des parois veineuses, est pleine de dangers, et que c'est
a ce mode d'opérer qu'il attribue les résultats malheureux qui
sont intervenus dans ses opérations.
Cette conclusion est-elle légitime ? Pour qu'elle le fût, d'abord^
il faudrait que M. Rigaud eût opéré les malades suivant les mé-
thodes proposées dans ce but. Il ne dit pas Tavoir fait. Eosmt^
« Mémoire, p. 48, 19, 20.
SÉANCE DU il SKITEMHRK. 595
1 affirmation est douteuse, d'autant plus que son procédé dé là
Diidation et de Tisolement ne fait pas autre chose que de la
mpression et de la blessure des veines, encore dans de très-
nivaises' conditions, puisqu'il est obligé de pousser rinflamma-
n jusqu'à la gangrène du cordon. Cette inflammation gangré-
086 n*est pas constamment bienveillante, ainsi que je Tai
6cédemment expliqué, je désire qu'elle le soit; mais je ne lui
lïbae pas moins les revers de mon collègue, ce que nous allons
montrer.
Les revers sont très-utiles à Tétude des méthodes chirurgi-
les. Ils en consacrent le principe. Ils illuminent le tableau de
bservation. Ils en éclairent le détail et fournissent les indica-
m propres à combattre les accidents pour assurer le succès.
Û8, pour que ces revers puissent servir à Tinstruction, il ne faut
8 les commenter à Taide d'une interprétation fausse ou même
certaine ; on doit les expliquer en tenanl compte des éléments
néraux qui ont contribué à les produire.
Certainement, si M. Rigaud se fût conformé à ce précepte, il
sût pas aftirmé que la piqûre d'une veine amène seule la phlébite
)rtelle.
Les faits contradictoires sur cette accusation sont, chaque jour
dans chaque opération chirurgicale, tellement nombreux, qa'
me paraît que nécessaire de les évoquer.
En effet, voit-on des phlébites quotidiennes après les saignées,
rts les grandes amputations, après les ténotomies profondes,
i^è8 l'extraction des séquestres ? et pourtant combien de veines
at alors piquées, ouvertes ou coupées !
Ui piqûre seule d'une veine, sa section même, n*est donc pas
& cause de mort, ni directe ni fréquente, et, ce qu'il y a de plus
gulier, c'est que les observations de décès rapportées par
Higaud contlrment ce principe.
I. Rigaud compte 3 décès sur 150 variqueux qu'il a opérés
sa méthode, et ne doute pas que ce soit a la piqûre
identelle de la veine par la pointe de son instrument qu'il faille
ibuer ces revers dont il se lait responsable, généreusement,
cette terminaison fatale n'incombe pas à la blessure du vais-^
U. Qu'il me soit permis de sauver M. Rigaud de sa responsabi-
, et de lui exposer que la piqûre de la veine, dans ces trois
ers, n'a qu'un rapport très-éloigné avec la cause des décès, et
i dette vérilé ressort de ses observations mêmes.
in effet, M. Rigaud a piqué le tronc de la veine qu'il voulait
itérer, le jour même de ses opérations. Or, notez que cette
ûre se cicatiise rapidement et que tout va bien, dit-il^ jusqu'au
izième jour, où survient une phlébite mortelle» Qu'on veuille
BULL» «T MKM. DE LA BOC. DE CHIR. 40
En eflety la niêtnocie deM.Kîgaud oDlitère la veine par
sèment et gangrène d'une portion du cordon ; mais dans le
l'hémostase déAnitive ne s^acquiert pas comme on Tobti
les artères à Taide d*un caillot qui, adhérant aux parois
du canal, forme un bouchon qui résiste à la colonne sangi
Dans les veines, ce caillot n'adhère pas. Les parois du
se rapprochent par épaississement, oblitèrent ce vaisseau.
reusement, cette oblitération n'est que temporaire, et
redevient perméable, en même temps que le caillot se di
jour même où la compression cesse d'être exercée, so
bande d'isolement, soit par le pansement externe.
Cette formation et dissolution de caillot sont manifesli
l'occlusion des vemes. Le soir de Topération, on trouve
varices des nodosités résistantes qui souvent n'y sont plu
demain, qui reparaissent au repos, s'effacent à la mi
prouvent ainsi qu'un caillot dans les veines ne peut ôtre
comme une puissance hémostatique permanente *.
Par ces causes, M. Rigaud pousse Tépaississement de
jusqu'au sphacèle de la portion de la veine dénudée. Pc
période de ce travail nécessaire, indispensable, une sup
occcupe le foyer, s'infiltre avec l'inflammation le long de
veineux, même au delà de la dénudation; alors, lorsque 11
de la veine morte se détache, si l'adhésion n'est pas prod
deux bouts séparés, l'épaississement et le caillot qui exisl
qu'à la première anastomose, s'effacent; la veine redeviea
une résorption est imminente. La phlébite naît bientôt el
pa^e par ces conditions toute spéciales*.
De la sorte, la méthode de dénudation et d'isolement n
simplifié les méthodes anciennes. Elle produit en dernière
des conséquences identiques à ses sœurs aînées, et mérite
séquentle même jugement si réellement il ne doit pas i
sévère.
t Mémoire, pages tï, 22, 23.
I Mémoire^ pagee 21, 22, ^4
SÉANCE DU 11 SEI'TKMllHK. 597
Uy a encore dans l*exposé do M. Rigaud une circonstance qui
l'éionne. M. Rigaud ne compte pas d*insuccès sur ses nombreux
ipérés. Comment s'accomplit donc la circulation sanguine dans le
^*ord ? Bonnet, de Lyon, a dû, sur Tun de ses malades, employer
loQze épingles consécutives, et pour moi, j*ai dans douze cas, été
)btigé d'appliquer de nouveaux points de suture pour détruire des
lilataiions entretenues par des anastomoses ^
II y a pourtant un point qui soude la méthode de M. Rigaud à
selle de Tadhésion des parois à Taide d'un point de suture tempo-
tire, c'est l'influence heureuse de l'arrêt circulatoire même pro-
risoire, sur la cessation de l'œdème du variqueux, sur la sponta-
néité du bourgeonnement charnu et la cicatrisation des ulcères et
les plaies. Il a une fois de plus confirmé mes recherches expri-
mées dans mon mémoire ^ et qui semblent exclure les capillaires
sanguins de l'iulluence nerveuse de l'adhésion des parois.
Je viens d'énumérer les divers procédés que je combats et d'a-
ludyser leurs conséquences. Cependant, quand on compte le nombre
les varices opérées par ces méthodes et particulièrement par
^e de M. Rigaud et la mieime, on est en droit légitime de con-
clure que les parois veineuses appartiennent à une nature de tissu
spécial et complaisant, qu'on peut rudoyer, tourmenter de bien des
liiçons, sans que pour autant il produise des réactions inflamma-
toires, ni trop fréquemment graves, ni trop souvent sérieuses, et
lue le chirui*gien, dans des cas déterminés doit forcément recourir
i l*un ou à l'autre des moyens qui mis en pratique ont guéri ou
^ulagé les malades. Quoique la blessure d'une veine soit le plus
ordinairement inoffensive, il y a pourtant certaines conditions qui
^dent cette blessure dangereuse, non par l'inflammation du tissu
i^onibraneux le plus souvent incapable de purulence interne, mais
Mr l'ouvertui'e béante des vaisseaux dans un foyer purulent qui
^t pousser son action jusque dans l'intérieur du conduit sanguin
^^ Attirer le sang par sa septicité. En cette circonstance la section
^ la veine est moins grave que la piqûre, parce qu'alors i'hémor-
^gie oblige l'opérateur à comprimer, et sous cette compres-
^On, Tadhésion oblitérante survient, tandis qu'après la piqûre, la
^traction des parois suflisant à i'écouiement sanguin, il n'y prend
^B garde, et se confle à une marche parfois trompeuse ; ces faiis
^portants posent le précepte d'activer par les moyens les plus
'Ompts la cicatrisation d'une veine ouverte dans un foyer en sup-
U^tion. Je n'ai plus, pour opérer les dilatations veineuses super-
nielles, le même enthousiasme que jadis, parce que bien souvent^
^ Mémoire j p. 50, 53, 55. Suite p. 11.
« Mémoire, p. 80 à 84. Suite, p. 11 à 16.
'598 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
le variqueux peut se [)asser d'opérations, parce (jue les varices Iie
s'améliorent en vieillissant, parce que les eaux minérales chaudes ^i
les atténuent ; mais ils est des cas hémorrhagiques où l'opératioû
est obligatoire; alors, pour moi, le traitement le plus sûr, le plus
prompt, le plus bénin, pour les améliorer et les guérir, autant que
faire se peut, consiste à oblitérer le canal dilaté, en provoquant
l'adhésion de ses membranes internes.
La section sous-cutanée, comme la section accidentelle, aidée
d'une compression suftisante sur les bouts séparés, pendant trois i
quatre jours, oblitère la veine par adhésion, ferme le canal, efface
les varices. J*ai vu plus d'un charpentier variqueux se coupant la
saphène, et un laboureur ayant la jambe déchirée par la corne
de son bœuf, guérir sans accidents. La pratique médicale journa-
lière, indiquait donc elle-même un moyen oblitérant vis-à-vis du-
quel il ne s'agissait plus que de chercher et de trouver un mofeo
similaire qu'on pût réduire en méthode.
Je me hviais donc à des expériences sur les animaux, et par
Tautopsie j'arrivais à cette triple conclusion :
i^ La compression sur les veines, amène l'épaississement des
parois et la formation de caillots, elle les oblitère temporairemeot,
l'oblitération et l'épaississement n'étant pas durables ^
2^ La compression sur les artères dont la composition anatO'
•mique est en tout opposée à celle des veines, les oblitère rapide-
ment, solidement, et en moins de quatre jours l'adhésion est assez
solide pour résister à l'impulsion *.
3"* Un point de suture temporaire sur un cordon veineux déter-
mine l'adhésion des parois internes, oblitère le conduit d'une façon
durable. La veine se transforme en un cordon fibreux, permanent
et imperméable ^.
Je ferai remarquer aux chirurgiens qui voudront employer le
procédé que je préconise, qu'il n'est pas indifférent d'employer
toute sorte d'épingles. Les épingles droites arrondies pénètrent
mal, font souffrir ; les miennes, fabriquées par Charrière, sont en
acier, à tige droite, tête en haut, recourbées en bas avec pointe
lancéolée tranchante, longueur 0,024, épaisseur 0,001.
J'ai exposé dans ma thèse * et dans un mémoire édité en 1836'^
les procédés que j'ai mis en pratique pour obtenir l'hémostase per^
manente, et quoique j'y renvoie le lecteur désireux de plus ampi^^
renseignements justifiés par l'autopsie. J'ajouterai encore que la
< Thèse, 1883, p. 15, 16. Mémoire 1836, p. 14 jusqu'à âS.
• 77iè.se, 1833, p. 15, 16. Mémoire, 1836, p. 14 jusqu'à 23.
3 Thi'se, 1833, p. 24. Mémoire, 1836, p. :24 jusqu'à 27,
4 Tiièse, 1833, p. 17 jusqu'à 23; 1830, p. 27 jusqu'à 3i.
a Mémoire, p. 24, 25, 26
SiANGIfi DU 11 SEPTEMBItE. 599
aéfthûde que j*ai préconisée, toute simple et facile qu'elle est, ré-
dame cependant une attention particulière et un mode d'opérer
spécial, car l'implantation d'une épingle arrêtée dans l'intérieur du
vaisseau, devient nécessairement un foyer d'inflammation suppu-
*ative et ichoreuse capable d'amener la mort.
Une inOdèle opération de cette sorte, fut la cause du décès d'un
iapitaine qui succomba le il* jour, notre seul revers, et qui fut par-
liiement frappé pai* une résorption purulente.
Il importe donc que les deux temps de notre manœuvre opéra-
fre soient distincts et que la première épingle transversale, porte
irieusement en arrière du canal veineux sans le blesser, et vienne
SBortir le plus près possible le long du bord opposé.
Ce premier temps toujours accompli^ il suffit de saisir les deux
iPémités de l'épingle, de les soulever afin de rendre le cordon
ineux saillant, puis d'implanter sur la partie centrale une seconde
ingle qui traverse ainsi la peau, la paroi antérieure de la veine,
paroi postérieure, arrive à l'épingle transversale, passe en
■ière d'elle à l'aide d'un léger mouvement de bascule, vient per-
■©r de nouveau la paroi antérieure et la peau. C'est le second
tips.
Ues épingles sont alors croisées, et le point de sulure est fuit
* la veine dont on rapproche les parois en assujettissant les
i^gles à l'aide d'un fil 8, légèrement comprimé.
\.insi s'exécute cette opération sans section à la peau, sans dou-
'*• proprement dite, sans trace d'écoulement sanguin, sans prê-
tée de l'air, sans obligation d'un pansement quotidien, et avec
e durée moyenne de 10 à 1 i jours de repos, pour que les résul-
B d'amélioration ou de guérison qu'on peut atteindre soient
tenus.
U est bon, pour extraire les épingles, d'attendre qu'un suintement
rer les enlace : le glissement est alors facile et l'extraction plus
EXunode.
En générai c'est du 4" au 7* jour que ce phénomène se produit;
>rs, la veine est parfaitement adhérente aux quatre points piqués
r lesquels une lymphe plastique s'est versée avec formation ifun
i^u inodulaire consécutif, et transformation de la veine en un
♦rdon réticulaire jusqu'à la première anastomose.
Cette méthode bien appliquée est réellement un moyen d'hé-
ostase assurée, et souvent de guérison pour les dilatations vei-
-uses superficielles.
Elle compte, comme je l'ai dit, 1 revers relatif aux membres
^Iviens, sur 0 succès de dilatations des veines scrotales et
^ des membres inférieurs. Je tiens donc à la divulguer de nou-
^au en faisant remarquer que dans ce travail, j'ai tâché de rame-
600 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIR.
ner le traitement qui nous occupe aux saines doctrines physiolo-
giques, et de faire comprendre que si la méthode opératoire de
M. Rigaud est complètement différente de la mienne, ses moyens
dliémostase n'en finissent pas moins par être identiques aux miens.
Il n*y a donc plus ici qu'une question de manœuvre chirurgicale
à débattre. Je suis le premier à déplorer que cette opération de
M. Rigaud ne soit pas plus simple, moins surchargée de détails,
menaçante d'accidents ; si elle avait des caractères de simplicité,
de sécurité meilleurs que les miens, je ne lui disputerais pas les
sympathies des membres de la Société de chirurgie
La question est donc pendante et j'ose espérer, pour la résoudre,
sur l'expérience, le concours, la sagesse et le jugement de nos
éminents collègues.
Coininuiiiea tion .
M. Lannelongue donne lecture d'une note sur les ganglious Ip'r-
phatiques placés entre la vessie et le rectum de V homme, sur
le trajet des uretères, suivie d'une observation de tubercuVmiku
de la prostate des deux vésicules séminales de F uretère droit et dt^
deux reins chez un enfant de 9 ans 1/2.
La pathologie fournit quelques fois l'occasion d'accroître rétcn-
due de nos connaissances sur certains points anatomiques; ileur
tour, les données anatomiques, devenues Tobjet d'une étude plu^
approfondie, et dégagée de toute influence morbide, permellenU
d'expliquer plus simplement certains actes entourés jusqu'alors-
d'une certaine obscurité, ou môme restés sans interprétation. IB-
me paraît tout à fait inutile de fournir a l'appui d'une proposition^'
aussi générale, des preuves qui trouvent leur place dans un Irès^ — -
grand nombre de circonstances spéciales, et je désire me borner*'
au sujet très-circonscrit qui a flxé mon attention. Permettez-moi^
donc de vous donner dès l'abord, la relation du fait dégagé de
accessoires.
A l'autopsie d'un garçon de 9 ans 1/2, qui avait succombé
une tuberculisation siégeant dans la prostate, les deux vésiculi
séminales, l'uretère droit et les deux reins (voir observation pi»-
loin), j'ai rencontré une série de ganglions lymphatiques, dan^
l'espace sous-péritonéal placé entre la vessie et le rectum, dans (5^
tissu, qu'on peut disséquer en membrane et que M. Denonvilliers
désignait sous le nom d'aponévrose prostato-péritbnéale. GesgaO'
glions que la pièce anatomique montre encore et dont je vous
présente les dessins, sont au nombre de six. Leur volume vane
depuis un gros pois jusqu'à une lentille. Le plus gros est accoléî
SÉANCE DU 11 SEPTEMBRE. 601
) droit, à un centimètre environ au-dessus du point où ce
s'engage dans la paroi vésicale à côté de l'extrémité ren-
a vésicule séminale; les autres sont disséminés en dehors
rière de ces vésicules, dans un tissu cellulo-graisseux et
re, qui les sépare du rectum. Ils ont un aspect rougeâtre;
u est induré. Examinés au microscope par M. DoUéris, ils
difestement le siège d'une inflammation chronique et ne
nt envahis par le tubercule. Le tissu dans lequel ils sont
n'ofTre aucune trace de suppuration, il est plus vasculaire.
a suivant les deux uretères, on trouve de chaque côté un
iglion près du point où ils croisent le détroit supérieur du
peut méconnaître la part que l'irritation a exercée sur le
)ement et sur l'état de ces ganglions ; sans nul doute la
isation des organes sus-nommés a été la cause unique de
>rgement, et il importe de remarquer que l'examen du rec-
avec le plus grand soin n'a fait découvrir aucune lésion
nuqueuse ni dans ses parois.
»sort-il pas dès lors cette conséquence que ces ganglions
t leurs vaisseaux afférents en partie, sinon en totalité, de
1 prostatique de l'urèthre, des vésicules séminales et même
•tion terminale de Turetère ?
de consigner ce fait, j'ai recherché sur un autre sujet
ans, mort de tuberculose pulmonaire, la présence de ces
ganglions dans l'espace sous-péritonéal placé entre la
le rectum. Or, la dissection de la couche celluleuse qui
lent pas au rectum et qui sépare si tunique musculaire
Dules séminales, a mis à découvert dans celte couche, une
ganglions échelonnés sur la ligne médiane et sur les
atérales, formant comme un chapelet irrégulier qui se
vers le cul-de-sac péritonéal, avec d'autres ganglions
ir les parties latérales de l'intestin. U me paraît bien pro-
e la plus grande partie de ces ganglions reçoivent leurs
K lympathiques du rectum, mais je crois aussi que certains
mx sont en connexion avec les vaisseaux lymphatiques de
te et des vésicules séminales , sans que cela me soit dé-
utrement que par le fait d'anatomie palhologique que j'ai
)rte d'ailleurs de rappeler à ce sujet l'opinion de l'auto-
us considérable en pareille matière, celle de M. Sappey.
seaux lymphatiques du rectum « vont se terminer dans une
ganghons échelonnés sur la partie postérieure du rectum,
nbre est considérable. Ils sont situés sur le trajet des
es branches des artères et veines hémorrhoïdalep supérieu-
602 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
res, depuis la base de la prostate, où se voient les plus déclives,
jusqu'au niveau de l'angle sacro-vertébral, où la chaîne qu'ilsfor-
ment se continue avec des ganglions placés au devant de li
colonne lombaire. » {Sei\)peYy Anatoniie descriptive^ 2*édition,t.lV,
p. 277.) Quant aux vaisseaux lymphatiques de la prostate et des
vésicules séminales, ils vont, d'après le même auteur, se rendre dans
deux ganglions situés, Tun sur les parties latérales et inrérieures
de l'excavation du bassin, l'autre entre le trou sous-pubien et la
partie correspondante du détroit supérieur.
En présence de ces ganglions, dont j'ai signalé l'existence en
avant du rectum, au-dessus de la base de la prostate, j'ai dû me '
demander si on ne devait pas leur accorder une part dans la pro-
duction de certains actes pathologiques environnés encore d'une
certaine obscurité. Et d'abord la réjjion (jui m'occupe, que M. Ri»
chet a désignée avec beaucoup de justesse sous le nom d'espace
pelvi-rectal supérieur, est quelquefois le siège de phlegmons el
d'abcès dont on ne connaît aucunement l'origine. Ces inflamma-
tions, sur lesquelles MM. Richet et Verneuil ont appelé Tattentloo,
à cause de leur gravité et des longs trajets fistuleux qui en sont
la suite, n'ont-elles pas pour point de départ une adénite primitive
suivie de la suppuration de la couche cclluleuse où sont plongés
les ganglions ? Je suis disposé à le croire, et il importera dès lors
de rechercher avec soin dans l'avenir, la cause de ces adénites,
dans une lésion d'un des organes d'où parlent les vaisseaux lym-
phatiques qui se rendent à ces ganglions, c'est-à-dire dans la
région prostatique de l'urèthre, dans les vésicules séminales, dans
l'extrémité inférieure du rectum. Quelque minime qu'elle soit, une
altération d'un de ces organes peut suffire.
D'autre part, ne faut-il pas rechercher la cause des accidents qui
accompagnent si communément les lésions de la dernière portion
de l'urèthre, dans ce fait de sa richesse extrême en vaisseaui
lymphatiques? Nées de ce point ou de la prostate, des angioleu-
cites peuvent se propager dans différentes directions du côté da
bassin et produire les formes des septicémies les plus graves.
ObsbrVation. — Tuberculisation de la prostate, des deux vésiôoïes
séminales, de Vuretèro droit et des deux reins,
Werner (Henri-Ancel), ûgé de 9 ans 1/2, entre à l'hôpital Sainlc-Eo-
génie, salle Napoléou, n® 1, le 27 mai 1878.
29 mai, — Antécédents. — La mère de Tenfant est morte poitrinaira
il y a 8 à 9 ans ; le père est bien portant. '■'
L'enfant a eu la rougeole il y a IJ ans, puis la petite vérole. Il est
chétif, délicat; il a eu quelques convulsions étant jeune. Le logemeii<
des parents, situé au 2« étage, n'est pas humide; l'enfant n'a pas eu de
glandes au cou ni des maux d'yeux. Le père nous raconte que cet en-
SÉANCE DU 11 SEPTEMBRE. 609
it éprouve depuis environ 6 mois des besoins plus fréquents
iiiner; il a toujours pu les satisfaire jusque il y a environ 15 jours.
lis, depuis lors il fait des efforts considérables à chaque miction
il lui arrive môme de n'émettre que quelques gouttes d'urine. —
ftlgré cela il ne parait pas éprouver de vives douleurs ; il exerce des
Mtions sur la verge toutes les fois qu*il urine. Il a uriné une ou
mx fois un liquide rougeâtre. — Enfin depuis 4 à 5 jours Tenfanl a
fièvre, il ne mange pas.
État actuel. — La vessie distendue forme une tumeur remontant
^ de l'ombilic et dont on distingue bien la forme : elle est médiane,
finétrique. L'exploration par la sonde ne m'a fait reconnaître aucun
ilcal dans la vessie. La sonde se promène dans une vaste cavité di-
tes avec des parois rigides* D'autre part, cet enfant perd continuelle-
tent Bes urines , c'est-à-dire qu'il urine par regorgement. 11 a une
urge volumineuse avec un prépuce légèrement enflammé. Rien qui
^que un mal de Pott, ni altération des mouvements des membres
ftrieurs. L'enfant a de la fièvre, le pouls au-dessus de 120. Tempè-
re 39» 1/2. Les urines retirées par la sonde sont purulentes. En
^nce de cet état je fais un lavage vésical et je recommande le ca-
^i*i8me pour le soir. L'enfant prend dans la journée 25 centi-
èmes de sulfate de quinine.
' o^m, — L'enfant a eu, hier à 4 heures du soir, une convulsion
* duré jusqu'à 8 heures; elle avait été précédée d'un étatd'agita-
•^sez vif. Ce matin je le trouve avec une vessie très-distendue et
^ oathélérisme je retire d'abord un flot de pus, puis une urine
infecte. Lavage légèrement phéniqué matin et soir,
^i. — Les urines sont beaucoup plus purulentes, teintées en
^ > l'enfant a une ftèvro violente. Température iO«. Il a vomi hier
^^ qu'il a pris.
^^Jfn, — Les urines sont de plus en plus purulentes : l'enfant a été
^>lent toute la journée d'hier; il a la fièvre, de la diarrhée.
^ au 6 juin. — L'état général de l'enfant devient très-mauvais,
^'^pérature est toujours très-élevée. Il a de la diarrhée et ne
K^ pas.
*ï^ le 7 juin.
JUiiï. — Autopsie, — Viscères j poumons, — A la coupe on trouve
commet de cet organe infiltré de granulations tuberculeuses, en
'* les points du parenchyme, et à côté des noyaux tuberculeux plus
'^Hîdérables. Les deux poumons sont pris de la môme manière:
^oie, cœur, rate. — Rien.
^iu droit. — En faisant la coupe de cet organe, on trouve le plus
^ échantillon de tuberculisation de toute la substance tuhuleuse.
aucune des pyramides consei*vant sa forme, est transformée en une
Use jaunâtre, caséeuse, ramollie, et comme purulente par places.
le est séparée de sa voisine qui a le même aspect, par les colonnes
la substance corticale.
Heia du côté gauche. — 11 a un immense volume, sa surface est ex-
«mement irrégulière, colorée inégalement, ardoisée, jaunâtre, pré-
604 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
_ _ _ ■ ■ ^m ^M-\ — ^
sentant uno multitude de noyaux jaunes, les uns du volume d*ane tèlo
d'épingle, les autres plus volumineux et formant des mameloniàU
surrace du rein. Tout le rein gauche est ainsi transformé.
Vessie et prostate, — La paroi vésicale est très-épaissie : chacQOO
des couches muqueuse et musculaire sont étroitement unies ne for-
mant plus qu'une même membrane épaisse. La surface de la moqueuse
vésicale est rouge et tomenteuse ; en certains points elle présente des
suffusions sanguines superficielles. Par une coupe du col de la vessie
faite en avant, on ouvre une cavité du volume d*une noix, creusée duxs
la dernière portion de Turèthre aux dépens de la prostate et des tissas
voisins, car le volume de la prostate à cet âge n*en saurait expliquer
la présence. La paroi de cette cavité purulente est inégale, anfrac-
tueuse et les tissus qui In foVment sont infiltrés d'une matière jaii>
nAtre analogue à celle des reins.
Vésicules séminales. — Elles sont Tune et l'autre d'un très-gros vo-
lume par rapport à l'âge de l'enfant; leur cavité est pleine de pus;
cette cavité est formée par des ampoules très- dilatées dans lesqueDes
s'ouvrent d'autres aréoles. Leurs parois incisées, on découvre aa
épaississement très-marqué et très-inégal de ces parois, avec des in-
filtrations tuberculeuses jaunes disséminées.
Uretères, — Celui du côté gauche est normal ; celui du côté droit i
un très-gros volume; il est très-dur au toucher. L'incision de ses {n*
rois montre une cavité agrandie inégale, tapissée par une concha
inégale jaunâtre. La paroi est très-épaissie et transformée presque eit
entier du côté de sa face interne en celte môme matière caséeuse d'un»
couleur franchement jaune , qui occupe toute la longueur de cet urs"
tère.
Enfin on trouve entre la vessie et le rectum une série de ganglions
indurés dont j'ai donné la description précédemment.
Discussion,
M.DuPLAY. Je ne suis pas en mesure pour résoudre les question^^
posées par notre collègue, maisje dois dire que, dans un concours- -^
ayant eu à préparer le rectum, j*ai souvent rencontré des gw— ^
glions dont vient de parler M. Lannelongue, je n'ai pas pu précise^
quels étaient les lymphatiques qui s'y rendaient, mais je croi^^
qu'ils devaient venir du rectum.
M. Lucas-Championnière. J'ai écouté avec grand plaisir la coni-'^
munication de M. Lannelongue, car elle prouve d'une façon é\'i-'
dente que des ganglions, qui passent inaperçus au scalpel d^
Tanatomiste, peuvent devenir visibles sous une influence palha'
logique. C'est une réponse à l'opinion d'un anatomiste allemaDc/
qui a soutenu que les recherches, faites sur des pièces pathol^?-
giques, ne pouvaient avoir aucune valeur.
J'ai trouvé sur des femmes , ayant succombé à des suites
SEANCE DU 11 SEPTEMBRE. 605
saches, des ganglions qu'il eut été impossible de retrouver sur
s sujets sains. Je serais disposé à admettre, dans le fait de
L««nnelongue, ce que j*ai vu sur des femmes où une lésion
îgnée avait occasionné un développement de ces ganglions, ei
^% la présence sous-péritonéale peut expliquer Torigine de péri-
ite.
f. Despres. J*ai observé un' cas d'abcès profond de la fosse
bio-rectale dont le point de départ devait avoir été dans les gan-
i«is prérectaux. Dolbeau avait souJenu que beaucoup d'abcès des
nobres avaient, pour point de départ, des adénites. Je crois avoir
»uivé ce point de départ pour un abcès prérectal. M. Lucas-
anpionnière Ta décrit pour l'utérus et M. Lannelongue vient de
en donner la preuve pour des abcès situés près de la vessie,
malade était un vieillard, atteint de rétention d'urine, chez
TJiel survinrent, après l'évacuation de l'urine, des douleurs si-
^es dans la région du rectum ; par l'examen direct je constatai,
tour du rectum, de l'empâtement qui devint le point de départ
m phlegmon.
te ne pensai pas à rapporter ce phlegmon à une aiénite, mais
crois qu'il ne peut pas y avoir de doute après la communica-
n de M. Lannelongue.
M. Lannelongue. Je pense, comme l'a dit M. Duplay, que ces
inglions doivent recevoir des lymphatiques du rectum, mais je
' mets pas en doute, d'après le cas que j'ai observé, qu'ils n'en
Çoivent aussi de Turèlhre.
Si je n'ai point cité, dans ma communication, le nom de M. Lucas-
lampionnière, j'avais cependant présentes à l'esprit ses recher-
'©8 qui prouvent que la pathologie peut donner la preuve de l'exis-
■K^de ganglions non-reconnaissables par l'examen d'un sujet
•
ui. Les enfants, chez lesquels le système lymphatique ganglion-
•
^Pe se prend si facilement, doivent être sujets à ce genre d'adé-
^s. Dolbeau avait peut-être été trop loin, en voulant admettre
^ tous les phlegmons avaient pour poiat de départ des adénites ;
^s il est certain que son idée de faire jouer un rôle prépon-
^ant aux lymphatiijues est très-rationnelle.
Prépentation de malade.
M. Berger. Je désire présenter un jeune homme atteint d'ané-
ysme artério-veineux du pU de l'aine.
Ce jeune homme, garçon boucher, dessossait un gigot qu'il tenait
ipuyé sur sa cuisse droite ; le couteau glissa et s'enfonça dans
f06 SOCIÉTK OK GHIRUROIB.
la région inguinale, au niveau de i*anneau crural, d*avaut en ar-
rière.
Lorsque je vis le blessé, Thémorrhagie élait aiTÔtée; uo méde-
cin avait pratiqué une forte compression avec de la ouate imbibée
de perchlorure de fer ; il n'y avait pas de tumeur, pas de battements
anormaux; il y avait cependant un épancbement sanguin très-
considérable. On sentait les battements dans la fémorale, dans
la tibiale postérieure, aussi en me basant sur Tobliquité da coup,
sur la conservation des battements artériels, je crus à la blessure
de la veine plutôt qu'à celle de Tartère.
J'attendis sans faire aucun traitement et je me contentai de
prendre les précautions en cas d'une hémorrhagie.
Le lendemain, il n'y avait pas eu d'hémorrhagie, mais on enten-
dait, très-manifestement, un thrill, souffle à double courant qui
s'étendait jusque dans la veine cave inférieure.
Le surlendemain , il se produisit une légère tuméfaction au ni-
veau de la tumeur; je pratiquai une légère compression, mais il se
produisit une légère éraillure de la peau qui n'est pas encore ci-
catrisée. La tuméfaction disparut au 10* jour.
Il y a aujourd'hui trois semaines que l'accident est arrivé, et
nous sommes en présence d'une phébartérie bien nette. Je serais
heureux de savoir s*il peut y avoir encore des chances pourvoir
se développer un anévrysme faux consécutif, s'il est prudent da
laisser ce jeune homme reprendre la marche, s'il faut exercer de
la compression et enfin ce qu'il faudrait faire si l'anévrysme pre-
nait du développement.
Discussion.
M. Lanwelongue. Le gonflement, (jui existe encore autour de^
vaisseaux, prouve que le travail de guérison n'est pas encore
terminé ; aussi je pense qu'en continuant encore quelque teraj^ -
la compression médiate, on pourrait obtenir une guérison. Ave^^
la compression médiate on pourrait empêcher le passage du san H
de l'artère dans la veine, ainsi que l'a obtenu M. Nélaton.
Si, malgré la compression, les choses restent dans l'état actu^^
je conseillerais de s'abstenir de toute intervention grave, car
garçon peut vivre longtemps sans aucun inconvénient.
Comme je l'ai dit, c'est la compression médiate que j'emploi
rais, car la compression faite au-dessus du siège do l'anévrysHJ^
ne peut amener aucun résultat. .
M.Desprès. Gomme mon collègue M. Lannelongue,je crois quï
existe encore de l'inflammation, aussi ne serais-je nullement dis-
posé à conseiller la compression qui pourrait bien amener des lé-
SéAlVCB DU 18 SEPTEMBRE. (VOl
(18 du côté de la peau. Je roe conlenterais d'un spica» avec de
)uate, et qui exercerait une compression insigniflante.
)'il survenait des accidents graves, de Tœdème, je crois qu'il
drait intervenir et je n'hésiterais pas à pratiquer ta ligature des
IX bouts.
il. Bbroer. Après ma tentative de compression, j'ai vu survenir
3 écorchure de la peau, aussi ai-je craint, en pratiquant une vé-
ible compression, d'obtenir un eschare. J'avais fait préparer un
idage anglais pouvant comprimer l'artère et la veine, mais je
i pas osé m*en servir.
tf. Ledentu. Je crois que nous sommes tous d'avis qu'il faut
Qplement pratiquer une légère compression, car il y a encore
l'empàtenient et il y aurait donc danger à favoriser le dévelop-
ment de Tinflammation. Aussi je crois qu'il faut encore laisser
malade au lit et ne pas encore employer de bandage.
Quant à l'œdème dont a parlé M. Desprès, c'est un accident rare,
voit souvent des varices, et rarement de l'œdème.
S'il fallait intervenir, je ne conseillerais pas de suite la ligature
B deux bouts que je regarde comme une opération très-grave.
f ai eu à donner mes soins à un individu qui avail eu Tarière
norale coupée au-dessous de l'arcade crurale. Je fis de la corn-
fission, mais, le soir, il me fallut intervenir et faire la ligalui'e
B deux bouts de l'artère. Mon blessé fut pris dlnfection putride
mourut malgré l'amputation de la cuisse.
>^e considère la ligature des deux bouts de l'artère comme une
^lion très-grave et très-difilcile.
^ séance est levée à 5 heures 1/4.
Ls Secrétaire,
HORTBLOUP.
Séance dn 18 septembre 1878.
Présidence de M. Tarnier.
'^ procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
CJorrespondanee.
La correspondance comprend :
1* Les journaux périodiques de la semaine ;
!• Le Sud Médical, le Lyon Médical;
8* La Gazette de santé militaire de Madrid^ tbe Britisb medlM
608 SOCIÉTR DE CHIRURGIR.
Journal, la Gazette médicale Italienne-Lombarde, Ceûtralbîatt tùr
Chirurgie', le Journal international des sciences médicales de
Naplos;
4° Les Annales de gynécologie, les Archives de médecine Divù^
le Bulletin général de thérapeutique ^ la Revue mensuelle de mé-
decine et de chirurgie ;
5° M. Duplay présente de la part de M. Delorme, médecin-
major de l"* classe, professeur agrégé à l'Ecole du Val-de-Gràce,
une brochure intitulée : Relation chirurgicale de Texplosion à
Mont'Valérien ;
6® Une lettre de M. le D^ Dobroravow, de Moscou, demandant
a être inscrit sur la liste des candidats au titre de membre corres-
pondant étranger.
liapporl.
M.Delens donne lecture d'un rapport sur différents mémoires
adressés par M. José-Fereira GuimaraeSy professeur suppléant i
l'école de Rio-de-Janeiro.
Dans la séance du 4 juillet 1877, j'avais eu à vous rendre compte
de 2 publications imprimées et de 3 observations inédites adres-
sées à la Société par M. José-Pereira Guimaraes, professeur
suppléant à l'école de médecine de Rio-de-Janeiro.
Depuis cette époque, M. Guimaraes nous a envoyé de nouveaux
travaux et y a joint une lettre dans laquelle il réclame contre quel-
((ues critiques que j'avais formulées à propos de ses observations,
non pour en diminuer le mérite, mais plutôt pour lui prouver l'inu
portance que nous leur reconnaissions.
Si vous vous le rappelez, M. Guimaraes a spécialement étudiât
une alfection inconnue dans nos contrées, Vaïnhum, qui affecta
spécialement la race nègre et a son siège sur les orteils, dont ell9
détermine la séparation lente par la formation d'un sillon qui le9
étrangle à leur base. L'auteur nous fait remarquer, dans sa lettre ^
que Tainhum n'est pas une momification des parties constituante^
de l'orteil, mais qu'il consiste dans une transformation régressive
du doigt qui souvent semble hypertrophié. Cet état tout spécial-
nous paraît évident, en effet, sur la pièce pathologique qui accont—
pagne l'envoi de l'auteur, et l'étude histologique de cet orteil n.^
saurait manquer d'offrir un intérêt véritable.
M. Guimaraes rappelle, en outre, qu'il est le premier à avo:S
montré que la maladie n'affectait pas exclusivement le cinquièiE^
orteil, car il l'a observée sur le quatrième.
Les observations nouvelles qu'il nous adresse sont les
vantes :
S^NCR DU 18 SEPTEMBRE. 609
Une observation d'ainhum, recueillie sur un nègre de 50 ans.
)rteil, transformé, a élé excisé par M. Saboia, et constitue la
^ jointe a Tobservation.
U. Guiinaraes s'attache à montrer comment Talnhum diffère à la
s par la marche, par la symptomatologie et par la transforma-
•ndes tissus, du cas singulier observé par M. Mirault, d'Angers,
à propos duquel M. Verneuil a publié un savant mémoire en
S2, dans la Gazette hebdomadaire.
Diaprés M. Guimaraes, les troubles trophiques que subit l'orteil
is Taïnhum seraient sous la dépendance de la circulation arté-
le et résulteraient de la contracture des fibres musculaires sous
fluence des vaso-moteurs. En effet, on voit les artères collaté-
ss diminuer de calibre» et Tune d'elles, la collatérale interne,
Il même disparaître.
-a deuxième observalion est relative à un anévrysme poplité
ixi par la compression mécanique intermittente de la fémorale
pli de l'aine. La compression fut exercée pendant 14 heures,
L6 l'espace de 3 Jours. Elle fut ensuite suspendue, et comme le
persistait et tendait à s'enk^ ster, une ponction y fut pratiquée
ïc un trocart de l'appareil Potain. L'effet de cette ponction fut
»uré par une compression sur le membre à l'aide d'un bandage,
l^a troisième ousen^ation est un nouveau cas d'anévr/sihe
^lité considérable, chez un individu alcoolique et atteint de dégé-
rescence athéromateuse de l'aorte et d'autres artères. La liga-
*e de la fémorale fut pratiquée au sommet du triangle de Scarpa.
L 22* jour, se produisit une hémorrhagie qui fut combattue par
compression directe au moyen de boulettes de charpie ; mais la
)rt survint quelques jours après, sans que la tumeur qui était
Btée molle et fluctuante eût notablement diminué.
Une extirpation denchondrome de la parotide droite fait le sujet
la quatrième observation. L'extirpation a été habilement e\é-
tée et suivie de guérison. Le fait intéressant de cette observa-
^D| c'est que l'artère carotide externe et le tronc du facial n'é-
^Dt pas contenus dans la tumeur.
Ëoilny M. Guunaiaes nous envoie la relation d'un cas de /?/er/-
^Q charnu double, externe et interne, offrant celte particularité
iiarquable que la base était tournée du côté de la cornée trans^
^nte, et le sommet vers l'angle des paupières. Ce fait, d'après
► recherches de l'auteur, serait unique; il n'en a pas trouvé d*ana-
rUe parmi les cas que relatent les traités. Il a pu, du reste, par
& cautérisations avec le sulfate de cuivre, obtenir la guérison de
tte singulière affection.
Comme vous pouvez le voir par ce rapide exposé, les commuai-
Uons faites pai* M. Guimaraes a la Société de chirurgie sont déjà
^10 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
nombreuses. Les observations qu'il nous a adressées portent sur
des cas variés et intéressants, et le soin avec lequel elles ont été
recueillies témoigne du désir d'appuyer sur des titres sérieux la
demande qu'adresse en même temps Fauteur d'être inscrit sur la
liste des candidats au titre de membre correspondant.
J'ai l'honneur de proposer, en conséquence, à la Société :
1® De publier in extenso l'observation de ptérygion double men-
tionnée ci-dessus ;
2^ De déposer les autres observations dans nos arcliives.
Les conclusions sont mises aux voix et adoptées.
Ptérygion double.
Isidore da Costa, soldat de marine, de la province de Dahia, igé
de 22 ans, de constitution régulière et d'un tempérament sangoino-
nerveux, entra dans la 2™® salle de chirurgie de l'hôpital provisoin
de Corrientes, le â mai 1861. En examinant les yeux, on observe sor
chacun une production rouge, à t'orme triangulaire, dont la base part
de la circontéreiice externe de la cornée et le sommet termine diDS
l'angle externe de l'œil.
Chacune de ces productions est constituée par un épaississemenl de
la conjonctive ; leur couleur vermeille ressemble à celle de la chair n-
vaute ; leurs bords sonl parfaitement limités et séparés brusqaemeni
du reste de la conjonctive, dont l'aspect est normal.
Les autres membranes de l'œil sont parfaites, et excepté ces lésioM»
le malade jouit de la santé la plus parfaite. Sur l'œil droit, on observi
une autre production de môme nature, qui, de la circonférence inteno
de la cornée, va terminer à quelque distance de l'angle in tei*ne de l'œiU
Elle présente la forme d'un quadrilatère, dont le bord interne serait
plus court que l'externe. En examinant ces manifestations à la loupe,
ou y voit quelques vaisseaux assez développés, au sein d'un tissa ft
aspect charnu. On remarque encore que ces productions sont mobiieft^
n'étant constituées que par la conjonctive.
Le malade raconte que la maladie lui survint il y a plus d'un an,
commençant par de petites taches qui de la cornée s'étendirent d
les angles des yeux. 11 dit que la plus petite des productions commeaç'^
par un petit point qui a augmenté progressivement et lui apparut après
les autres, dont l'évolution complète s'effectua depuis deux mois.
Il n'a jamais senti des douleurs dans les yeux, ni aucune autre l0*
sion.
Le diagnostic porté malgré l'inversion des lésions, fut de ptérygioB
double externe et de ptérygion en commencement sur i'œii droit
Le traitement ne commença que le 14. J'ai voulu essayer Tappliei*
tion du sulfate de cuivre. Je pris un crayon de cette substance et je fis
deux cautérisations, une le matin et une autre le soir. Après cheqM
«pplieation, j'eus le soin de bien laver les parties. Le 17, il y avait H
siANGB DU 18 SEPTEMBRE. 611
de changement de couleur, et le 24, des ptérygions étaient de
aur rose pâle.
L insistant sur rapplication du sulfate de cuivre, j'eus le plaisir,
juin, de voir la maladie complètement guérie.
S3 juin, le malade sortit de rhôpital.
cqu'il y a de plus intéressant dans cette observation est Tin-
on du sommet et de la base des ptérygions, qui ont toujours,
''es les descriptions des auteurs et les cas que j*ai vus, le
X3et dirigé sur la cornée, au point de troubler la vision.
y a encore à remarquer le point d'où commença l'affection,
1 été de la cornée vers Tangle des yeux.
:^ ne pouvait diagnostiquer que des ptérygions. La marche in-
nte de la maladie, le temps qu*elle mit à se développer, et en-
I la forme triangulaire des productions ne font pas hésiter un
[lent.
ette manière de penser a été partagée par MM. les D'* Garcia
tfendonça, Villaboïm et le professeur Caminhoà, qui ont vu le
lade.
^ traitement par le sulfate de cuivre en substance, ressemble
mcoup à celui qui a été conseillé par M. le D' Decoudé. Il con-
te à appliquer sur le ptérygion une couche d'acétate de plomb
stallisé, en poudre, à la retirer après quelques secondes avec
pinceau imbibé d*eau.
^8 bons résultats qu'on peut obtenir quelquefois de l'emploi
ces substances, doit les faire essayer avant d'appliquer les pro-
és de Scarpa, Meddlemove, Riberi, Desmarres, Genstechèr
l'autres.
Gtte observation peut servir pour démontrer que l'opinion de
Hognetta est trop exclusive, en ne considérant le ptérygion
Comme une transformation musculaire, une hypertrophie des
^nsions fibreuses des muscles de l'œil, parce que dans ce cas,
olution de la maladie semble indiquer plutôt qu'elle doit con-
Qr dans un épaississement de la conjonctive et non dans une
^formation musculaire.
Commanleatlon •
If. DuPLAY donne lecture d'une note iniiiixlée : Forme particu-
re d* ostéO'périostile subaiguè.
Sette forme d'ostéo-périostite, dont j'ai observé deux exemples,
, caractérisée par un gonflement considérable, survenant assez
âdement, ne s'accompagnant ni de douleurs vives, ni de phéno-
BULL. ET MBM. DE LA 800. DE CUIR. 41
612 soGiérâ DK GHiRimoie.
mènes de réaction intense, soit locale, soit ^nérale, et se tend- ■(
nant après un temps relativement assez court, par résolatioD li
complète ou presque complète, c'est-à-dire avec retour m w
dimensions à peu près normales de Fos ou des os atteints.
Dans les deux cas que j'ai observés, il s'agissait de jeunes scyeU,
et il est à remarquer que la même affection s'est reproduite i oa
court intervalle, sur des points différents du squelette.
Le premier fait m'avait tellement frappé par ses caractères inso-
lites que j'avais cru devoir le publier dans les Archives génénles
de médecine de novembre 1876, sous ce titre : Ostéite dupremkr
métatarsien, développée successivement à chaque pied, GoBte-
ment considérable do Fos, Guérison avec retour aux diaenmas
normales. Je rappellerai les points principaux de cette observa-
tion.
Le malade, âgé de 15 ans, entra au mois d*aoùt 1875 dans monier-
vice de l'hôpital Saint-Antoine, pour un gonflemant du premier méti —
tarsien du côté droit, survenu dans l'espace de sept semaines, à In-
sulte d'une contusion légère du gros orteil.
Le premier métatarsien, dont le volume égalait à peu près celn^
d*un gros œuf, paraissait comme soufflé ; la peau immédiatemeal
appliquée sur lui et glissant à sa surface, excepté en un point
limité de son bot*d interne, était sillonnée par quelques veines sapff— "^
ficielles ; il n'y avait ni empâtement, ni œdème. L'articulation meta— —
tarso-phalangienne étiiit intacte, et avait conservé tous ses mouvements-^
La limite postérieure de la tumeur était plus vague, et il était difCcil^^
d'explorer l'articulation cunéo-métatarsienne. La tuméfaction da pre —
mier métatarsien remplissait le premier espace interosseux, mais iS
était possible de s'assurer que le second métatarsien ne participas^
pas au gonflement. La surface de l'os, ainsi augmenté de volume, éltit
partout bien régulière, sans la moindre bouclure.
Quelques douleurs spontanées se montrent parfois sous forme d'é*
lancements qui parcourent la jambe et remontent jusqu'au genou. Ces
douleurs rendent la marche pénible. Tous les points de métttarsieo
sont légèrement sensibles à la pression.
Le développement rapide de cette volumineuse tumeur, l'ibsence
de phénomènes inflammatoires nettement accusés, l'intégrité des par-
ties molles, tirent soupçonner l'existence d'un ostéo-sarcome ceotnl
du premier métatarsien, mais sous l'influence du repos au lit, de
quelques fomentations avec un Uniment chloroformé et d'une coin*
pression légère, une amélioration sensible ne tarda pas à se manifei-
ter, les douleurs disparurent, la tuméfaction diminua graduellement,
et après six semaines le malade quittait l'hôpital ne coosemnt pioi
qu'un gonflement à peine appréciable du premier métatarsien.
Dix mois après environ, il revenait me trouver à l'hôpital Saint-
Louis pour une affection analogue siégeant sur Tautre pied.
Nous constatâmes alors que le pied droit était complètement golrit
SBAIfCE DU 18 SEPTEMBRE. 618
et il eut été impossible de soupçonner que le premier métatarsien
•▼ait été le siège du gonflement considérable que nous avions observé
qae]({ue8 mois auparavant.
Le malade nous apprend alors que depuis quatre mois environ, le
premier métatarsien du pied gauche a commencé à augmenter de volume
]Hir son extrémité postérieure, et que dans Fespace de quinze jours
la tuméfaction a envahi la totalité de l'os. Depuis un mois et demi
environ, des douleurs spontanées sont survenues dans la partie gon-
flée, avec irradiation dans la jambe et dans la cuisse.
L'examen local montre que la lésion, quoique très-analogue à celle
^ a existé sur Tautre pied, en diffère par une extension plus consi-
<Iénible. Le gonflement semble, en effet, envahir tout l'avant-pied
loi présente le volume du poing. Les articulations métatarso-phalan-
^nnes sont absolument saines ; les mouvements spontanés seuls sont
m peu gênés par le gonflement. En arrière les limites de la tuméfao-
ion sont vagues ; celle-ci paraît néanmoins s'arrêter au niveau de
articulation tarsienne. En dedans le gonflement qui fait corps avec
) premier métatarsien est arrondi, à surface lisse et régulière, en
^ors du premier métatarsien la limite est vague ; la tuméfaction
^mble occuper, surtout à la face dorsale, les deuxième, troisième et
Ac^ti'ième métatarsiens, mais il est à peu près impossible de décider
^^Mte tuméfaction est due a un prolongement de la tumeur du pre-
^Br métatarsien, recouvrant les os^voisins, ou si ceux-ci prennent
^^ au gonflement ; seul le cinquième métatarsien a conservé son
dépendance et son volume normal. La peau qui recouvre la tumeur
^^ intacte, mobile ; il n'y a pas d'œdème. Quelques douleurs lanci-
otites, même au repos ; sensibilité peu vive à la jjression.
I^ maladie suivit exactement la môme marche que nous avions
>Bervée sur l'autre pied. Le malade ayant été condamné au repos, et
^Umis à un traitement par i'iodure de potassium à faible dose, on
^t disparaître d'abord les douleurs, puis le gonQement diminua gra-
^ellementy quoique plus lentement que dans le premier cas.
A mesure que les parties revenaient à leur volume primitif, l'explo-
Ition isolée de chaque métatarsien devint un peu plus aisée, cepen-
^t elle ne nous permit jamais de nous assurer que le premier
étatarsien était le siège exclusif du gonflement, lequel s'étendait
irtainement aux cunéiformes et peut-être aux deuxième et troisième
léta tarsiens. Toujours est-il que le premier métatarsien seul conserve
8 traces de la maladie, en ce sens que lors de la sortie du malade,
irès un séjour de quati*e mois à l'hôpital, on remarquait sur la face
>i^ale du premier métatarsien une petite crête saillante, antéro-pos-
irieure, terminée par un bord denté très-appréciable sous la peau
; qui limitait en dehors le tendon extenseur du gros orteil. A part
)ite particularité, l'avant-pied avait à peu près repris son volume
ormal, la station et la marche s'exécutaient sans douleur.
Voici maintenant le second fait que j*ai observé plus récemment.
Il 8* agit d'un jeune garçon de 16 ans, polisseur, entré le 9 avril de
elle année dans mon service, à l'hôpital Saint-Louis. Au mois de
614 SOCSÈTÈ DE CHIRUROÏK.
janvier de la môme année, il avait fait un court séjour dans U sttte
pour des douleurs accompagnées de gonflement léger, au niveau dn
épiphyses supérieures des deux tibias, des épiphyses inférieures des
fémurs, et do Textrémité supérieure du fémur gauche. Au bout de
15 jours, ces accidents avaient disparu par le repos.
Deux mois avant sa rentrée à Thôpital, ce jeune homme fut pris de
douleurs dans les extrémités supérieures des deux os do i*avanl-bns
droit, douleurs bientôt accompagnées de gonflement et de gène dus
les mouvements du coude. Ces phénomènes augmentèrent d'intensité,
en même temps qu*il survint un peu de malaise et de fièvre.
A notre premier examen nous constatons un gonflement très-conn*
dérable de Tavant-bras droit, surtout à sa partie supérieure ; la men-
suration pratiquée à 3 travers de doigt, au-dessous du sommet de
Tolécràne, donne 25 centimètres de circonférence, tandis que TaTint-
bras gaucho ne mesure au même niveau que 19 centimètres 1/1
Cette tuméfaction qui se perd sur la face dorsale de Tavant-bras, od
peu au-dessous de sa partie moyenne, est manifestement formée par
Taugmentation de volume du radius et du cubitus dans leur moitié
supérieure. Les parties molles ne paraissent pas y contribuer; lapetD
est saine, sans rougeur, un peu chaude ; il n*y a pas d'œdèroe soos-
cutané.
On remarque seulemeut un développement des veines sous-cutauéei
qui n'existent pas de l'autre côté.
L'articulation du coude est tout à fait indemne. L*avant-bras
cependant iixé dans une position intermédiaire entre la pronation eS
la supination, et dans la demi-flexion. Lorsqu'on cherche à modifiev
cette position, on détermine de la douleur.
En môme temps que ces phénomènes locaux, on constate un léger
état fébrile, do la diminution de l'appétit, une langue saburrale. Le
petit malade quoique chétif et présentant l'aspect du tempérament
lymphathique, n'a jamais eu de manifestations scrofuleuses. 11 loge dans
un endroit humide, mais n'a pas été atteint de rhumatisme.
Traitement : Sirop d'iodure de fer, huile de foie de morue, vin de
quinquina, cataplasmes.
Dès le 20 avril c'est-à-dire onze jours après son entrée, on constata
déjà une diminution considérable dans le gonflement. L*a?ant-bra8
mesure 21 centimètres 1/2, soit une diminution de 3 centimètres 1/1
La tuméfection qui persiste, semble occuper principalement Textré-
mité supérieure du radius. Les mouvements du coude sont toujours
gônés et douloureux.
26 avril, — La circonférence de la partie supérieure de Tavant-bras
ne mesure plus que 20 centimètres. Les mouvements de flexion et
d'extension sont presque entièrement libres et s'exécutent sans dou-
leurs. La pronation et la supination sont encore gênées.
Le malade quitte l'hôpital le 17 mai pour aller en convalescence.
Les os de l'avant-bras ont à peu près complètement reprîs leur volnoe
normal. 11 n'existe plus la moindre douleur. Les mouvements de pro*
nation et surtout de supination forcée sont encore un peu gônés, ouii
SEANCE DU 18 SEPTEMBRE. 615
ut, cependant, considérablement gagné en étendue depuis quelques
ours.
Nous revoyons le malade le i*' juin et nous pouvons nous assurer
pie, sauf un léger gonflement à peine perceptible sur le bord postérieur
lu cubitus, il serait à peu près impossible de soupçonner Ténorme tumé-
action dont les deux os de Tavant-bras étaient le siège. De plus les
BOuvements de pronation et de supination ont repris toute leur
tendue.
Ainsi chez ces deux malades nous voyons se développer rapi-
>ment une tuméfaction exclusivement osseuse, sans participation
s parties molles, et qui disparaît dans un espace de temps qui a
rié de six semaines à quatre mois, ne laissant pour ainsi dire
E^une trace de son existence.
2ette résolution à peu près complète d'une tuméfaction osseuse
^ parait un fait digne de fixer l'attention et constitue une sorte
Oomalie dans l'histoire de la marche habituelle de Tostéo-périos-
^ non syphilitique, qui lorsqu'elle ne suppure pas, laisse des
tces accusées de son existence.
Sans pouvoir fournir aucun renseignement sur Tanatomie ou la
ysiologie pathologique de cette forme d'ostéo-périostite, je crois
pendant pouvoir la faire rentrer dans la classe des ostéites épi-
^^saires d'après le point de départ et le siège du gonflement
Beux et d'après l'âge des malades, qui répond précisément à
tte époque de la vie oii les extrémités épiphysaires sont par-
^lièrement exposées aux phlegmasies.
Discussion.
M. Lannelongue. Je n*ai jamais rencontré de cas analogues à
lax dont vient de nous entretenir M. Duplay, cependant je serais
sez disposé à les rapprocher de certains gonflements osseux que
d pu observer chez des jeunes sujets de 14 à 15 ans. Dans ces
8, le point, qui les sépare des faits de M. Duplay, consiste en ce
le le gonflement n'a pas disparu ; ce gonflement persiste d'une
^n assez notable pour gêner les mouvements, ainsi, sur une
une fille de 15 ans, le gonflement, qui avait atteint l'extrémité
rérieure du radius, empêche la flexion du poignet.
Dans plusieurs observations, le début des accidents avait pré-
nté des caractères différents, dans un cas ce fut par une contrac-
m musculaire. Chez tous mes malades, le gonflement a été très-
\u influencé par le repos, seul traitement possible.
Je serais heureux de savoir quelle explication M. Duplay croit
)uvoir donner de cette lésion. Le gonflement porte-t-il sur le
86U osseux du métatarsien ou bien est-ce entre la surface
sseuse et le périoste que se place ce tissu nouveau? Est-ce un
616 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
gonflement pcriostique pouvant s'accompagner de dépôts embrjon-
naires dont la résorption se serait produite rapidement ?
Chez tous mes malades, le gonflement était survenu à la suite
de fatigue ou de trop grande contraction musculaire ; chez les
malades de M. Duplay, rien de semblable n'a été observé.
M. HouEL.,Je voudrais savoir de M. Duplay si cette tuméfaction
porte toujours sur Tépiphyse, et si elle n'a été rencontrée que sur
de jeunes sujets, car je rapprochais les observations de notre
collègue de faits que j'observe fréquemment au lycée Saint-Louis.
Je vois souvent des enfants, de 14 à 15 ans, présentant un gon-
flement assez considérable de la partie supérieure du tibia. L'épine
du tibia est très-gonflée, douloureuse et, cependant, tout disparaît
avec du repos et quelques badigeonnages de teinture d'iode.
M. Lannelongue. Je voudrais faire observer qu'on se trompe
facilement sur le volume des extrémités osseuses , je me souviens
d'un malade atteint d'une tumeur blanche du genou, chez lequella
mensuration nous avait fait admettre une augmentation - notable
des condyles; l'enfant succomba, et à l'autopsie nous pûmes con-
stater que les os avaient exactement le même volume que ceux du
côté opposé.
C'est une remarque importante, car, dans les cas cités par
M. Houël, il ne faudrait peut-être pour rapporter le gonflement au
tissu osseux.
M. Marjolin. Les deux faits recueillis par M. Duplay sont très-
importants, car je ne me rappelle pas avoir vu de cas analogues
chez les enfants atteint de gonflement du corps de l'os que j'ai
observé; il y avait toujours eu une poussée inflammatoire bien nette
et bien tranchée. Dans les deux cas de M. Duplay, ce qui me frappe
particulièrement, c'est l'hypertrophie lente, revenant à son étal
normal, sauf dans un cas où il persista une petite ortiaphyte.
Je crois qu'il y a là une conclusion pratique importante à tirer,
c'est qu'il ne faut pas se hâter d'opérer puisque, dans une desob-
servations, on avait cru pouvoir penser à un osiéo-sarcome.
A ce propos je rappellerai l'observation d'un employé de chemin
de fer que j'ai présenté à la Société. Cet homme était atteint d'une
volumineuse tumeur ganglionnaire du cou sur laquelle presque
tous les membres portèrent un pronostic grave. Aujourd'hui cet
homme est complètement guéri, sans aucune intervention chirur-
gicale.
M. Duplay. Les faits dont vient de nous parler M. Houël ontété
déjà signalés, et ce siège du go.iflement, ne comprenant qu'une ex-
trémité osseuse, les éloigne complétementdes miens, où les lésions
occupent l'os entier.
SÉANCE DU 25 SEPTEMBRE. 617
Quand au processus pathologique, je ne puis en donner aucune
:plication ; chez un de mes malades, je crus à un sarcome central
rant repoussé la coque osseuse, mais la marche me prouva que
) diagnostic n'était pas soutenable.
Y a-t-il une exsudation sous-périostique ? je serais assez disposé
ladmettre puisque, dans un cas, j'ai vu persister une petite
rôle, ne pouvant s'expliquer que par l'organisation de l'exsudat.
^our moi il n*y a pas de doute que l'os et le périoste ne soient en
6u, aussi je crois qu'il faut conserver à cette lésion le nom d*ostéo-
tériostite.
Je remercie M. Maigolin d'avoir bien voulu me confirmer que les
ite dont je viens de parler sont des cas nouveaux.
Eiecturc*
4. Pozzi donne lecture d'une note intitulée : Procédé pour
OTiser la dissection et rablation totale de certains kystes à
Uenu liquide ou demi-liquide {injection de blanc de baleine soli^
^éepar la réfrigération).
^e travail est renvoyé à une commission composée de MM. Lan-
ongue, Houël et Delens.
Présentation d'instrument.
4. Bigelow, de Boston, présente un appareil destiné à extraire
fragments après la lithotritie.
2ei instrument est renvoyé à l'examen d'une commission corn-
sée de MM. Verneuil, Lannelongue et Duplay.
La séance est levée à 5 h. 10 m.
fjC SecrétairCy
HORTELOUP.
Séance du 25 septembre 1878.
Présidence do M. Tarnier.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
lia correspondance comprend :
[^ Les journaux périodiques de la semaine, la Gazette obstétri-
e.
618 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIB.
2"* L* Avenir Médical du Nord de la France^ le Lyon Méikil
la Revue Médicale de F Est,
3° La Salute, journal des sciences médicales de Gênes, Tk
British médical Journal^ la Gazette médicale Italienne-LombBrit
4" Observations cliniques sur le traitement des opbtbalmies
purulentesy la Chirurgie conservatrice. Note sur un cas dbétDh
locèle ou kystie ancienne du cordon spermaiique^ par H. le
D' Borlée, membre titulaire de l'Académie royale de Belgique.
l^ Une observation de M. le D'' Poinsot, membre correspondant,
intitulée : Sarcome généralisé j après une première opération daUnt
de 2 ans 1/2.
CommanleatUBS.
M. NicAisE communique Tobservation suivante intitulées
Tumeur fibreuse intra-pariétale de la paroi abdominale, — Abh-^
tion. Guérison.
Dans la séance du 7 novembre 1877, j*ai eu l'honneur de vou^
présenter une tumeur flbreuse de la paroi abdominale que j'avais*
enlevée le matin, je viens aujourd'hui compléter mon observation —
Madame X...., âgée de 43 ans, entre à l'hôpital Necker, en octo^
bre 1877. Elle n'a jamais été malade et a eu 6 enfants, le premiftV
il y a 25 ans.
II y a 4 ans cette malade a remarqué Texistence d'une petite tumeur
vers la partie antérieure de la crête iliaque gauche. Elle a grossi peu
à peu et avait, il y a 1 an, le volume du poing. Aujourd'hui elle tlt*
dimensions d'une tète d'adulte, et a augmenté rapidement, sortoul
depuis quelques semaines.
r4ette tumeur située dans le flanc gauche, forme une énorme saillie
au-dessus des parois abdominales ; entraînée par son poids, elle s'io-
cline en bas et recouvre la crête iliaque; en haut, elle remonte jusqu'iQ
rebord des fausses côtes ; en dedans, elle est éloignée de 12 centimè-
tres de l'ombilic. Son pourtour mesure 39 centimètres dans le seos
transversal et 41 centimètres dans le sens vertical. La peau qui li
recouvre est distendue, mais sans aucune adhérence, sans œdème.
Les veines sous-cutanées sont très-volumineuses. La tumeur est plos
chaude au toucher que les parties voisines; à la partie déclive lapeaa
est rouge.
La tumeur est globuleuse dans son ensemble, mais on distingue
nettement à sa surface 3 ou 4 mamelons volumineux. Par la palpation
on reconnaît également qu'elle fait saillie vers la cavité abdominale; !•
fosse iliaque interne est libre.
Sa consistance est inégale, elle est en général dure, fibreuse mais
dans sa partie la plus saillante; et en bas elle présente une sorte de
fluctuation.
séANCE DU 25 8EPTRUBHE. 619
Elle ne peat être entraînée en dehors, soulevée ni déplacée dans le
ne vertical; transversalement, au contraire, on peut lui imprimer des
ouvemeuts assez étendus. En faisant contracter les muscles de la
roi abdominale, la tumeur est immobilisée et de plus elle se cou-
stionne.
La malade a toujours été bien réglée jusqu'au mois de janvier 1877.
ce moment elle eut une perte qui dura 15 jours, et un léger écoule-
nt sanguin persista pendant 3 mois. Du mois de mars à la fin d*août
règles ne parurent pas; au commencement de septembre elles
luraissent pendant 1 ou 2 jours, s'arrêtent, puis reviennent le 8.
oonlement sanguin se continue jusqu'au mois d'octobre, s'arrête
idant 2 jours pour reprendre encore pendant une quinzaine,
«es organes du bassin furent examinés avec le plus grand soin, mais
ne constatai rien d'anormal, ni dans l'utérus, ni dans ses annexes ;
*y avait aucune tumeur, ni dans le bassin, ni dansles fosses iliaques.
^ diagnostic fut : tumeur fibreuse des parois abdominales adhé-
.te aux aponévroses et probablement à la crête iliaque,
«'interrogatoire de la malade m'avait fait craindre des complications
côté du bassin, mais l'examen direct me démontra que les troubles
nstraels devaient être rattachés à la ménopause ou peut-être au vol-
age d'une énorme tumeur, dont le développement rapide a coïncidé
boisement avec l'apparition des troubles menstruels,
lia malade demandait à être opérée, l'opération était en effet indiquée
r la marche rapide de la tumeur, sa tendance prochaine à Tulcéra-
n et l'impossibilité dans laquelle elle mettait la malade de vaquer
K besoins de la vie.
L'état général était bon, les viscères sains.
La tumeur était-elle adhérente au péritoine? Il était à peu près im-
ssible de répondre à cette question, aussi, dans le doute, je jugeai
lispensable de prendre toutes les mesures commandées par la pos-
ilité de ces adhérences.
1 fut décidé que la malade serait opérée à Thopital Temporaire quand
métrorrhagie aurait cessé.
^s jours suivants la tumeur fit des progrès, elle s'ulcéra à sa
"lie déclive et il s'écoula une sérosité assez abondante, mais jamais
pus. Une nouvelle perte survint à la fin d'octobre et dura 4 ou
ours.
^'opération fut faite le 7 novembre.
jSl malade est chloroformée. Une incision elliptique occupant tout
liamètre vertical de la tumeur, limite une étroite languette de peau,
nprenanl la partie ulcérée et qui devra être enlevée. Je procède
suite à la dissection de la tumeur; sa face antérieure est recouverte
r le bord postérieur du grand oblique qui est disséqué et rejeté en
Buit ; sa face profonde adhère intimement avec les parties voisines ;
0 est unie aux aponévroses du petit oblique et du transverse, non
r un simple pédicule, mais par une épaisse bandelette de tissu
reux qui occupe toute sa hauteur et s'élargit en bas où elle s'insère
r la crête iliaque. En sectionnant ces tissus fibreux on voit qu'ils
G'èO ^ SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
renferment une grande quantité de petits vaisseaux, en aucun pointil
n*y a d^artère volumineuse. La direction delà tumeur dans les piriies
profondes, fut faite avec attention, dans la crainte du péritoine; je me
servis d'un bistouri boutonné. Le péritoine ne fut pas découvert mais
seulement le fascia propria.
Je me servis pendant l'opération de pinces hémostatiques et je fis
à la fin toutes les ligatures avec le catgut. L'étendue de la plaie était
considérable, deux lambeaux cutanés la recouvraient. Je fais une
suture entrecoupée avec des fils d'argent, en laissant libre la partie
moyenne de la plaie pour permettre le passage ie deux tubes i drai-
nage. Des cylindres de ouate placés de chaque côté de la suture appli-
quent les lambeaux cutanés sur le fond de la plaie. Pansement antisep-
tique, ouate sur le ventre, bandage de corps en flanelle.
La malade fut déprimée après l'opcration, sa tenipératui*e était leo-
lement alors de 36*^,2 Je soir elle atteignait 3'7<^,2 et 89<*,d le troisième jour.
Le cinquième elle monta à 39*^,8 et à A(y* le sixième ; cette élévation
coïncida avec le développement d'une plaque d*érysipèle autour de la
plaie. Cet érysipèle pâle, bénin, ambulant, sans frisson, ni état général
grave, retarda un peu la cicatrisation; néanmoins il y eut réunion im-
médiate des lèvres de l'incision dans la plus grande partie de leur
étendue. Aucune complication ne survint du côté de Tabdomen.
On continua les pansements antiseptiques avec des solutions phéni-
quées ; le Iraitomont médical fut approprié.
La malade se leva le 30 novembre pour la première fois; le 5 dé*
cembre j'ouvris un petit adéno-phicgmon épitrochléen a gauche. Quel-
ques jours après la malade sortit complètement guérie, ayant recouvré
ses forces et sa santé habituelle, les règles vinrent le 11 noveiDbi*cei
durèrent 6 jours sans rien présenter de particulier.
La cicatrice est solide, linéaire, et il n'y a pas à craindre d'éventrt*
tion, néanmoins, pour plus de sûreté, je fais porter une ceinture tvee
pelote au niveau de la cicatrice. Depuis j'ai revu la malade, l'état local
et l'état général sont excellents.
Examen de la fumeur, — Elle est irrégulièrement lobulée et du poids
de 2,400 grammes. KUe ne renferme pas de gros vaisseaux. A sa fioe
profonde ou trouve les traces des adhérences qu'elle présentait afec
les tissus aponévrotiques, ce sont des tractus longitudinaux vohimi'
neux qui occupent toute sa hauteur et se continuent en bas avecuna
masse plus épaisse qui formait comme leur base et adhérait à la erète
iliaque.
La coupe de la tumeur présente un aspect différent vei*8 la partie
profonde et vers la partie superficielle. 11 semble qu'elle se soit déve'
loppée de dedans en dehors à la fois par l'augmeutation des lobulsft
externes et par l'addition de nouveaux lobules à sa face ]irofonde. Es
ce point en effet, la tumeur est formée de tissu fibreux blanc jatt*
nâtre, à tractus formant des réseaux très-irrégqliors, de consistanctf
ferme, élastique, très-résistant à la section et à la traction et comoa
légèrement infiltré d'une sorte de matière muqueuse ; on n'obtient riei
par le raclage
8ÉANCB DU S5 SEPTEMBRE. 631
Ha se rapprochant de la surface, le tissu fibreux est altéré ; par
068 on trouve de petites taches jaunes dues à des amas granulo-
isseux, en un point même il y a de petits dépôts calcaires. Ailleurs
issu est plus mou, rosé, friable, se rapproche de l'aspect sorcoma-
c. Il y a là une sorte d'altération secondaire, de dégénérescence du
[>ine, et cette altération se rencontre dans de nombreux points de la
le superficielle. A la partie la plus saillante se trouve un lobule
(que fluctuant et renfermant un caillot sanguin.
la portion la plus déclive, un lobule présente des altérations
Linmatoires ; il est mou, friable, grisâtre et offre à sa partie
raie une masse assez considérable, nécrobiosée et entourée de
1 très-vascularisé dans l'épaisseur do 2 a 3 millimètres, formant
me une sorte de membrane d'élimination en voie de formation et
ogue à celle qui se produit autour des séquestres. La peau qui
«livrait la portiou déclive était ulcérée et une petite portion de la
plasie faisait saillie en dehors.
xamen microscopique, — 11 est dû à l'obligeance de M. Mulassez.
I périphérie la trame est formée de tissu conjonctif et contient de
ibreuses cellules fusiformes ; dans certains points, la tumeur est
née de cellules embryonnaires rondes, avec un gros noyau. Dans la
eur, assez vasculaire d'ailleurs, les vaisseaux sont formés unique-
it par l'écartement des cellules et n'ont pas de paroi propre ; ou y
ive des coagulations sanguines.
lans la partie profonde on trouve des éléments fibreux etenfiu dans
édicule cet élément prédomine, les éléments conjonctifs sont rares,
trouve cependant là encore des éléments embryonnaires dissé-
lés.
!n résumé la tumeur présente en certains points la structure du
Dme, en d'autres celle du sarcome fascicule.
Remarques. — Il s'agit donc dans ce cas d'une tumeur fibreuse
^eloppée vers l'époque de la ménopause chez une femme ayant
des enfants et dans le côté gauche de la paroi abdominale,
une cela a été signalé dans la plupart des observations. La base
a tumeur s'insérait à la fois sur le périoste de la crête iliaque
»ur les aponévroses profondes delà paroi abdominale, en par-
lier sur celles des muscles petit oblique et transverse. Il y a
de remarquer qu'elle avait débuté près de la crête iliaque et
ce n'est que plus tard qu'elle est montée dans le flanc; on est
c en droit de supposer qu'elle a pris naissance sur le périoste
a crête iliaque au niveau des insertions aponévrotiques des
icles de l'abdomen et qu'ensuite elle a continué à se développer
suivant ces aponévroses. La tumeur était donc bien intra-parié-
, et analogue à celle que M. Guyon a décrite da^^s son récent
noire.
'ai dit que la tumeur présentait une température plus élevée
celle des parties voisines. L'élévation est dans ce cas d'au-
4
628 SOCIÉTÉ DE CHIHURGIR.
tant plus manifeste que Taccroissement de la tumeur est plus rapide,
Il ne faut pas confondre cette augmentation de température avec
celle qui se produit quand Tinflammation s'empare d'une tumeur.
Dans les faits dont nous parlons Télévation de la température est
due à Tactivité des phénomènes nutritifs qui se passent dans la
tumeur.
L'importance des changements de la température locale est con-
sidérable et donne des renseignements précieux pour le diagnostic
et le pronostic. Aussi Tattention se porte-t-elle beaucoup ence
moment vers ces recherches : outre les travaux de M. Peter, nous
avons à signaler un mémoire de M. Estlander d'Helsingfors Sorit
température des sarcomes (Nordiskt mediciniskt Arkiv,^ BandlX,
n® 4, 1877) et un autre de M. Verneuil Sur la ûèvre symptomatHpt
des néoplasmes {Revue mensuelle de méd. et de cbir., février 1818).
L'opération ch«z ma malade n'a pas présenté de grandes diffi-
cultés, mais je me suis entouré de toutes les précautions usitées
dans l'ovariotomie, d'autant plus que je pouvais être amené pendaaL
l'opération à ouvrir le péritoine dans le cas où la tumeur aurait enK.
avec lui des adhérences intimes; heureusement il n'en fut paa-
ainsi. Virchow et d'autres auteurs pensent avec raison qu'il es&
toujours nécessaire de faire une extirpation totale, dans la crainte
d'une récidive.
Un fait rapporté par Gornil * de Kiel, montre qu'en effet la réci-
dive est possible. Dans un cas dû à M. Gosselin (Th. Bodin, p. 29j
une petite portion de la tumeur laissée au fond de la plaie augmenta
de volume et dut être cautérisée. Bans une autre observation de
Gornil de Kiel, une partie de la tumeur laissée sur le péritoine n'em-
pêcha pas la cicatrisation ; mais la malade n'a pas été suivie.
Dans l'observation que je viens de vous communiquer, la tu-
meur s'insérait à la fois sur le périoste et sur les aponévroses
abdominales, mais il n*en est pas toujours ainsi. M. Depaul, après
Gruveilhier et Virchow, nous a démontré qu'elles pouvaient prendre
naissance sur le périoste seul (BuL Soc, chir., 1877, p. 74i);
elles peuvent aussi s'implanter exclusivement sur les aponévroses
d'insertion. M. Letaillieur, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu
d'Alençon, m'a fait l'honneur de m'adresser une observation inédite
dans laquelle se trouve relatée l'histoire d'une jeune femme â la-
quelle notre distingué confrère enleva avec succès une énonne
tumeur fibreuse développée sur la ligne blanche. Voici du reste
cette obsei^vation telle qu'elle m'a été adressée :
* Cornil, 1865, De nonnullis ûbromatis in teguminibus âbdomiDis siùs-
Th. Kiel.
E. Suadicani, 1875. Uber Gescbwulste in den Bâacbdâken und dertn Ett-
tirpêtion. Th. Kiel.
SÉANCE DU 25 SEPTEMBRE. 6^3
Tumeur fibreuse de la ligne blanche, opération, guérison,
par M. Letaillieur, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d*Alençon.
Dans les premiers jours de novembre iSlby je fus consulté par une
ane femme de vingt et quelques années, mère d'une fille de 4 ans,
ur une énorme tumeur située à la partie médiane et moyenne de la
roi abdominale, immédiatement au-dessous de Tombilic.
iSette tumeur, très-volumineuse, arrondie, bosselée, offrant une cer-
le mobilité, présentait deux larges ulcérations arrondies de 10 à
centimètres de diamètre chacune, résultant selon toute apparence
la destruction de la peau par la pression excentrique de la tumeur,
il n'y avait eu, parait-il, aucune application de caustiques. La
%3 était en partie adhérente.
^cn après sa couche, cette femme avait vu se développer une petite
leur indolente longtemps stationnaire, puis évoluant lentement
Igré l'emploi de toutes les pommades fondantes.
>epuis quelques mois seulement cette tumeur avait rapidement
Smenté de volume^ était devenue très-douloureuse, empochait tout
vail et s'accompagnait d'amaigrissement notable.
Jne consultation eut lieu et l'intervention fut décidée.
Te l'opérai le 22 novembre au matin, en présence de mes bienveiU
ts confrères MM. les docteurs Prévost, médecin de l'Hôtel-Dieu,
Hoc, ancien médecin de l'Âsile, et Libert.
JBL tumeur était implantée sur les plans fibreux de la ligne blan-
3 par une base assez large, la dissection en fut un peu longue et
iicate; je fus obligé de mettre à nu dans l'étendue de quelques
itimètres le feuillet externe du péritoine dont la cavité ne fut pas
?erte.
?endant l'opération, la malade perdit peu de sang, mais fut prise de
nissements. Froide, sans pouls radial, avec une respiration exces-
ement faible et rare, la malheureuse resta toute la journée dans
état do prostration extrêmement voisin de la mort, qui nous inspira
plus vives inquiétudes.
Jne réaction franche se déclara dans la seconde moitié de la nuit,
18 l'influence de potions fortement alcoolisées et rien ne vint en-
ver la cicatrisation.
aujourd'hui; lu santé est excellente, le travail facile, la joie et l'em-
ipoint revenus.
«a tumeur dont le poids approchait de 6 livres, fut examinée au
^roscope par M. le docteur Schindler, médecin-major au il* ba*
Ion de chasseurs, qui la considéra comme étant de nature exclusi-
nent fibreuse.
Discussion.
A. HouEL. Le fait qui vient de nous être communiqué est d'un
ind intérêt, car Thistoire de ces tumeurs fibreuses est encore à
:ude. L*examen de la pièce a prouvé que c'était une tumeur
62 i SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
mixte moitié fibreuse moitié sarcome, je voudrais savoir deM. Ni-
oaise si c'était la portion fibreuse qui était en rapport avec l'os
iliaque.
Le résultat a été fort heureux, mais il n*en est pas toujours de
même. J'ai vu une dame à laquelle fut pratiquée Tablation d'une tu-
meur double ; les suites immédiates furent assez bonnes pour lui
permettre de quitter Paris, mais elle succomba six mois après
Topération, sans que Ton ait pu obtenir une cicatrisation delà
plaie.
Je désirerais savoir de notre collègue, si les recherches qu'iU
faites lui ont permis de savoir ce que deviennent ces tumeurs
abandonnées à elles-mêmes ; voit-on se former, comme dans les
fibromes utérins, des dépôts crétacés, et peuvent-elles finir par
s'énucléei" spontanément ?
M. Lugas-Championniëre. M. Nicuise a pu guérir sa malade sans
éventration, pourrait-il nous dire s'il a employé une suture parti*
culière ? J'ai vu une malade qui fut opérée d'une tumeur fibreuse
de la crôte iliaque, à la suite de laquelle se produisit une éventra-
tion qui lui occasionnait plus de gêne que le poids de la tumeur.
M. NiGAiSE. Il s'agissait d'un fibrome dégénéré en certains
points ; toute la portion qui était en rapport avec l'os et l'aponé-
vrose était entièrement fibreuse. Dans les parties superficiellL-s il
y avait des dépôts créta';és, granulo-graisseux, et dans un point,
autour d'une masse nécrobiosée, se trouvait une membrane d'éli-
mination en voie de formation.
Abandonnées à elles-mêmes, ces tumeurs peuvent finir par s'ul-
cérer, comme chez ma malade. Dans le cas de M. Letaillieur, dont
j'ai parlé, il y avait également une ulcération.
J'ai pratiqué une suture exacte avec des fils d'argent et je l'ai
maintenue avec de petits cylindres de coton placés de chaque côté.
Il s'est produit, à un certain moment, une traction des lèvres de
la plaie que j'ai combattue avec une suture sèche composée de
bandes coliodionées. J'ai pu ainsi prévenir l'écartement et obtenir
une cicatrice linéaire. J'ai cependant pris la précaution de faire
porter une ceinture, et aujourd'hui cette femme est complètement
guérie.
Leetnres.
I.
M. Gritti, de Milan, fait une communication sur un nouvea
procédé de taille^ el présente en même temps un nouvenu catbéUf-
SEANCE DU 25 SEPTEMBRE. 625
Ce travail est renvoyé à une commission composée de M. Po-
laillon, Berger et Nicaise, rapporteur.
n.
M. PozUf candidat au titre de membre titulaire, donne lecture
d'un travail intitulé : Kyste de Fovaire à développement rapide.
Ovariotomie. Guérison complète en vingt-cinq jours.
Ce travail est renvoyé à une commission composée de MM. Lu-
cas-Ghampionnière, Polaillon et Terrier, rapporteur.
III.
M. Studsgaard, de Copenhague, donne lecture d'un travail inti-
tulé : Corps étrangers {verre à champignons) dans fS iliaque
extrait par la paro-entérotomie. Guérison.
Ce travail est renvoyé à une commission composée de MM. Houël,
Verneuil et Tillaux, rapporteur.
Présentations d'Instraments.
I.
M. Galli, de Lucques, présente un instrument pour Topération
de la flstule vésico-vaginale.
L'examen de cet instrument est renvoyé à une commission com-
posée de MM. Polaillon, Anger et Tillaux, rapporteur.
II.
M. Nicaise, présente une pince tire-langue.
Frappé des inconvénients que présentent la plupart des instru-
ments employés pour saisir et attirer la langue au deliors, pendant
les opérations ou Tadministration du chloroforme, instruments qui
déterminent toujours des blessures, j'ai fait construire par M. Col-
Un, il y 18 mois, une pince tive-langue à mors plats, légèrement
élastiques et recouverts d'une peau molle à surface rugueuse.
Quand on saisit la langue avec les doigts recouverts d*une com-
presse de toile à tissu assez gros, on la maintient solidement; la
6^6 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
toile dessèche la langue en s'imbibant du liquide qui la recouvre
et les deux surfaces n*ont plus de tendance à glisser Tune sur
Tautre.
La pince est basée sur ce principe. C'est une pince à anneaux,
à branches croisées, à crémaillère près des anneaux. Les mors
sont formés d'une mince lamelle d'acier de 2 centimètres de large
sur 3 environ de long et d'une lamelle de caoutchouc; le tout est
recouvert d'une sorte de gant en peau souple, à surface irrégu-
lière, rugueuse, susceptible de se laisser imbiber.
Dès que la peau est lisse et ne s'imprègne plus de liquide il faut
la changer; la pince doit être accompagnée de gants de rechange.
Discussion.
M. Verneuil. La pince que vient de nous présenter M. Nicaise
est fort ingénieuse, mais je lui ferai une petite critique. Lorsqu'on
endort un malade et qu'il devient nécessaire d'attirer la langue pour
faire cesser une asphyxie commençante, les dents sont fortement
serrées et il me paraît difficile de pouvoir introduire une pince du
volume de celle de M. Nicaise. J'ai employé la pince de trousse,
j'ai employé une pince qui a été construite par un de mes externes
et avec laquelle on peut obtenir une forte pression. Mais il arrive
souvent que l'on est obligé de recommencer cette manœuvre 8 el
10 fois pendant une opération, aussi sera-t-il difficile de la renou*
vêler aussi souvent avec un instrument dont l'introduction sera
pénible.
Pour remédier à cet inconvénient, j'ai recours depuis longtemps
à l'emploi d'une pince de Museux un peu courbe. Une fois la lan-'
gue saisie, je laisse pendre la pince et, de cette manière, je pni^
maintenir la langue sans lui faire subir une compression trop long^
temps maintenue. Les petites plaies produites par les mors de 1<
pince n*ont aucun inconvénient.
M. Berger. Depuis un an je me sers de la pince de M. Nicaise
et j'en suis fort satisfait. Il est, en effet, difficile de saisir la langue,
mais j'ai soin de me servir d'une pince ordinaire pour attirer II
langue que je saisis ensuite avec la pince de M. Nicaise. L'épais*
seur de cette pince l'empêche de rentrer dans la bouche.
M. NiGAisR. L'introduction de ma pince demande, en elTet, daas
certains cas, l'écartement des dents avec un autre instrumeot,
mais une fois en place, elle peut être laissée sans inconvénient,
tout le temps nécessaire et , grâce à sa construction, elle n'occi-
sienne aucune lésion.
SiANCB DU 25 SEPTEMBRE. 6S7
m
Cépbalotribe,
H. Tarnier. J'ai présenté à la Société, ii y a quelques mois,
Q nouveau cépbalotribe dont les branches portent des petites
rnêtres et des barres permettant l'écrasement de la tête. Grâce
cette modification, il est impossible d'adresser a ce cépbalotribe
îreprocbe qui aété fait à tous les céphalotrihes, c'est de ne pas
l'en tenir la tête et de lâcher la prise. De plus, j'ai fait subir à cet
strument une courbe périnéale^ qui permet de pratiquer des traç-
ons dans le sens du détroit supérieur.
Si je présente de nouveau ce cépbalotribe, c'est que j'ai apporté-
le nouvelle modification, qui corrige un des défauts du cépha-
tribe ordinaire. Pour rapprocher les deux branches^ on emploie
> que l'on nomme la vis de M. Blot, mais cette vis est difficile à
^crocher. J'ai modifié ce côté défectueux en plaçant sur une
)• branches du cépbalotribe un bouton et sur l'autre ime
'Urche. La branche qui doit réunir les deux branches, présente
ne ouverture analogue à celle d*un petit instrument appelé pa-
ence, le bouton entre dans la partie évasée, puis glisse dans la
Ortion étroite ; Textrémité de la tige s'applique presque seule
ans la fourche et l'on peut alors pratiquer des tractions très-éner-
iques sur cette tige transversale.
Discussion.
M. PoLAiLLON. Je crois que le cépbalotribe de M. Tarnier tombe
ms le défaut opposé à celui des autres céphalotribes. Je crains
l'iinesoit très-difficile, â cause des barres transversales, de
ire lâcher prise à rinsti*ument et de ne pas pouvoir alors re-
)rter les branches pour saisir la tôte dans une autre direction.
Je crois que l'on pourrait supprimer avec avantages les barres
ansversales qui sont à la face interne des branches.
M. TARinsa. Je crois que ce cépbalotribe est tout à fait à l'abri
BULL* ET MÉM. DE LA 800. DE CHIR. k%
6â8 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
du reproche que Ton a adressé aux autres instrumenis de ce
genre; quant au danger que signale M. Polaillon, je ne l'ai pas
encore rencontré et, si je le constatais, je m'empresserais d'ap-
porter une modification.
La séance est levée à 5 heures 20 minutes.
Le Secrétaire,
HORTSLOUP.
Séance du 2 octobre 1878.
Pivsidenco de M. Guton.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Corr«»poitdAiice*
La correspondance comprend :
l"» Les journaux périodiques de la semaine ; les Archives géo^
raies de nicdechwy le Bulletin général de thérapeutique ;
2» Le Marseille Médical^ le Lyon Médicaly le Bulletin n^dial d^
Nord ;
3** La Gazette médicale Italienne-Lombarde^ la Gazette de s^ai*
militaire de Madrid ; The Médical Times de Philadelphie^ Tl^
British médical Journal ;
4" Une lettre de M. le D"" Burggraerve, de Gand, adressantàb
Société son ouvrage intitulé : le Génie de la chirurgie conter
poraine ou la Chirurgie conservatrice ;
5° Rupture Iraumalique de r oreillette droite du cœur, par M. ^
D' Deheuue, médecin aide-major (présenté par M. Verneuil);
6® Un mot sur la mesure de la myopie ^ par M. le D' DeheoW
(présenté par M. N'enieuil) ;
7° llémoirhagie consécutive à Textraction d'une dent cba
un hémophile et ayant nécessité la hgature de la carotide pria^
tive, — Guérison. ^Présenté par M. Larrey.)
(Commission : MM. Sée, Polaillon, Farabeuf.)
M. le Président annonce que MM. Pamaiid, d'Avignon, et ThoïaS
DE Closmadeuc, de Vannes, membres correspondants, assisleolâ
la séanc(\
SKANCK DU 2 OCTOBBE. 629
M. le Secrétaire général donne lecture, au nom de M. Chauvel,
îmbre correspondant, de l'observation suivante, intitulée :
lie par instrument tranchant. — Pénétration de Tabdomen et des deux
plèvres. — Issue de l'épiploon. — Perforation de la rate. ~ Section de
la moelle épinière à sa partie inférieure. — Hémo-thorax double. —
Kort le troisième jour.
L'observation que j*ai l'honneur de communiquer à la Société
'a paru digne d*intérèt, ne fût-ce que par la multiplicité des lésions
oduites par un même coup de couteau. La plupart de ces
lions avaient été reconnues pendant la vie, quelques-unes n*a*
ientété que soupçonnées, d'autres enfin n'ont été constatées qu'à
iitopsie. Il me paraissait impossible que l'instrument eût été
lissé avec une force assez grande pour pénétrer à une telle pro-
ideur et la nécropsie seule a pu m'enlever les doutes que je con-
•vais encore.
Mabomed ben Kaddour^ Arabe dans l'âge adulte, vigoureusement
nsUtué, est apporté à l'hôpital d*Orléansvilie (Algérie) le 9 juin der-
)r, salle 12, n? 23.
Eki maraudant pendant la nuit précédente, cet homme a été frappé
deux coups de couteau, l'un à la tète, le second au côté gauche.
»ut ce que j'ai pu obtenir en fait de renseignements, c'est que Tagres-
or était un Arabe, et l'instrument dont il s'est servi, un de ces longs
Qteaux à lame solide, assez étroite, et toujours bien effilée, que les
dignes portent constamment à la ceinture, enfermés dans une gaine
» cuir. 1^ couteau ne m'a pas été apporté pour en faire l'examen,
A'ai donc pu constater jusqu'à quel point la lame était tachée de
ng, mais à en juger par la gatue qui la renfermait, la lame devait
Bsurer 40 à 45 centimètres de longueur, sur une largeur de 2 centime-
S6, largeur qui reste la même presque depuis la pointe jusqu'au
iQche.
Le malade a-t-il pu marcher après sa blessure 7 Le point n'a pu ôtre
ttement précisé, mais il résulte de ses indications qu'il serait tombé
rie coup et n aurait pu se relever. 11 est même probable que le coup
)lé porté, le blessé étant déjà par terre et couché sur le côté droit.
^U au soir, je trouve ben Kaddoar étendu dans son lit, poussant
i gémissements continuels, et sans signes d'oppression marquée,
ligure est calme, le pouls lent et plein, pas de lièvre.
>ui* le pariétal droit , au niveau de la bosse pariétale, je constate
3 plaie linéaire de 5 à 6 centimètres de longueur, à bords légèrement
;rté8 et agglutinés par du sang. Après nettoyage, le cuir chevelu
Dt seul intéressé, le péricràne et l'os sous-jacent ne présentant pas
lésion apparente, je fais raser le pourtour de la plaie, et j'en rappro-
I les bords par des bandelettes de sparadrap. Hien d'intéressant de
eAté.
dalgré un pansement provisoire, une certaine quantité de sang
langé de sérosité s'est échappé de la seconde plaie. Celle-ci &•
6S0 ÔOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
trouve du côté gauche du tronc, entre la 10* et la 9* côte gaache, en
comptant de bas en haut, et à 2 doigts en avant de la verticale dsi
cendant du creux axillaire. Sa longueur est de 2 centimètres, sa dîne*
tion à peu près transversale, avec une obliquité légère en bas et «
avant. Ses bords sont écartés, nets ; un peu de sérosité sangnisO'
lente s'en écoule, mais cet écoulement ne paraît que fort légèreaen
influencé par les mouvements respiratoires. Entre les lèvres de U plû
fait saillie une petite masse charnue pâle, rosée, graisseuse, qu'il a
aisé de reconnaître pour de l'épiploon. La pénétration de rabdoon
était ainsi démontrée.
Avec le doigt je repousse légèrement l'épiploom dans le canal dal
plaie, sans chercher à pénétrer dans l'abdomen ; je constate que la
côtes n*ont pas été intéressées, et je recouvre la solution de contiiBil
d'un pansement occlusif et compressif ù la fois.
La percussion et l'auscultation montrent que la respiraiion s exéeat
normalement du côté gauche, et malgré la situation de la plaie, ces signe
me font conclure à l'intégrité du poumon et de la plèvre gauche.
La rate a-t-elle été blessée ? L'abondance de l'écoulement saugoi
primitif et la positiou de. la blessure permettent de le soupçoona
L'abdomen est un peu gonflé, la pression de ses parois légèreaa
douloureuse, mais il n'y a ni au pourtour delà plaie, ni dans les flaia
de matité accusant un épanchement liquide.
D'un autre côté manquent les signes ordinaires d'une hémorrfaagi
interne; l'épanchement de sang, s'il existe, n'est donc pas très-coia
dérable.
L'intestin a-t-il été ouvert? L'absence de tout écoulement de mtlîè
intestinale ou stomacale par la plaie ne permettent pas de l'affînM
Puis l'état du ventre, l'absence de nausées et de vomissements, éloifi
l'idée de péritonite traumatique.
Je posai donc le diagnostic de plaie pénétrante de Tabdomen a?
issue de l'épiploon et lésion probable de la rate, et prescrivis en m
séquence le repos absolu, la morphine à haute dose, et des onelia
sur le ventre avec l'onguent napolitain.
10 Juin. — La nuit a été mauvaise, et les gémissements contiaial
mais il n'y a eu ni nausées, ni vomissements, et le malade n*a ces8é<
réclamer à manger. Pas de fièvre. Le pouls est plein, plutôt leoK,
température normale. Dans la nuit, le malade a défait son panseiMl
Par la plaie du côté, l'épiploon est sorti en assez grande quantité, IH
je constate que ni sang pur, ni matières stomacales ou intestinalati
sont issues au dehors. Sonorité normale du côté gauche du thon:
murmure vésiculaire sans râles ni bruit de frottement. Le ventral
•
plus ballonné, mais toujours peu sensible, la percussion ne seob
pas douloureuse et ne décèle aucune matité dans les flancs. Pas <
selles depuis rentrée. L'urine s'écoule involontairement, maisiaveai
n'est pas distendue, et le blessé refuse de se laisser sonder, àf^
avoir repiissé l'épiploon hernie et constaté son intégrité, je le lait
l'eau phéniquée, puis plaçant une ligature sur le pédicule au nitii
de la plaie, j^exoise toute la partie qui a subi le contact de Tair. I^
SÉANCE DU 2 OCTOBKE. 631
une goutte de sang ne 8*échappe par la section. Repoussant doucement
le viscère dans le canal de la plaie, en ayant soin de laisser pendre au
dehors les chefs de la ligature^ Je réunis par un point de suture les
lèvres de la solution de continuité pour m'opposer à un prolapsus
ultérieur.
Un pansement occlusif au diachylon, un large gAteau de charpie
imbibé d'alcool phéniqué, une feuille d'ouate et un bandage de corps
pour maintenir le tout, complètent le pansement.
Rien n'attirant mon attention du côté de la plèvre et du poumon droit,
je néglige à tort d'en pratiquer l'examen.
Pour la première fois, l'interprète arabe médit que le blessé se plaint
de souffrir beaucoup de ses jambes. Je mets à découvert les membres
inférieurs, et n'y constatant ni plaies, ni contusions, je n'insiste pas.
Même traitement, opium a haute dose, repos absolu et dicte malgré
les réclamations incessantes du patient.
La journée se passe assez bien, le blessé sommeille et gémit moins,
la respiration ne semble pas gênée, il n'y a pas de fièvre.
il juin, — La nuit a été mauvaise, les gémissements continuels, ni
ho({uets, ni vomissements. Le ventre est de plus en plus ballonné,
mais toujours peu douloureux à la pression. La vessie distendue est
vidée par le cathétérisme. J'en tire près de 2 litres d'urine claire, légè-
rement teintée en brun, mais nullement odorante. L'oppression deve-
nant plus grande, j'examine do nouveau le côté gauche de la poitrine
et je constate que la respiration se fait bien, mais je néglige de nou-
^^u également de m'assurer de l'état de la fonction du côté droit.
Un nouveau symptôme attire mon attention, c'est la paralysie des
membres inférieurs. Les membres sont inertes et n'obéissent plus à la
^lonté. Depuis quand a débuté la paraplégie? Il m'est impossible de
l'tipprendre exactement, mais le blessé affirme qu'il n'a pu remuer les
jambes depuis l'accident. Tout au contraire, il me semble que j'ai con-
^iè quelques mouvements la veille et le jour de son entrée à l'hô-
pital. De violentes douleurs se font sentir dans ces membres. La sen-
sibilité est complètement éteinte dans les pieds, les jambes et la partie
inférieure des cuisses. On peut traverser la peau avec une épingle
^ns que le blessé éprouve la moindre douleur, et ces piqûres comme
^ts excitations plus vives, ne déterminent aucun mouvement réflexe.
K la partie supérieure des cuisses, la sensibilité reparaît et se retrouve
normale au ventre et au bassin. Évidemment il y avait lésion de la
nioelle à sa partie inférieure, à hauteur de la 11* ou 10* vertèbre dor-
8ile, d'après la limite de fanesthésie. L'instrument avait-il donc péné-
tré jusqu'au rachis et traversé ou atteint le canal médullaire? Impos-
l&ble d'en douter, et plus encore, la section de la moelle, à s*en rapporter
k régale distribution de la paralysie dans les deux côtés du corps,
levait être à peu près, sinon tout à fait complète.
Dans la journée les symptômes s'aggravèrent; avec le ballonnement
la ventre augmenta la dyspnée, le soir la température s'éleva à 38o^2,
si dans la nuit le malade succomba.
Un fait à signaler. Le maiin j'avais laissé le blessé les membres
632 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
inférieurs étendus et rapprochés. A 5 heures du soir, je les trouTii
demi-fléchis, les genoux écnrtés et les cuisses dans Tabduction et li
rotation en dehors. Le malade avait-il spontanément exécuté ee mou-
vement? Voisins de salle et infirmiers se sont également défendus di
l'avoir imprimé.
Autopsie. — Le 12 juin, huit heures après la mort. (La températare
élevée de la localité oblige a pratiquer rapidement les nécropsies, la
putréfaction étant déjà presque complète au bout de vingt-quatre heures.)
Rigidité cadavérique.
La plaie de tète n'intéresse que le cuir chevelu; le péricrâne et les
os sous-jacents sont intacts.
La plaie du côté commençait à suppurer sous le pansement ocdosif.
Malgré le point de suture, ses lèvres sont légèrement écartées, le pé-
dicule de la hernie épiploïque est resté engagé dans le canal de h
plaie, maintenu par le fil de la ligature. L'épiploon est gonflé, en-
flammé, a peine suppurant, sans adhérences avec les parois de li
solution de continuité.
Abdomen énormément ballonné, sonorité tympanique dans toute son
étendue. Les parois incisées, les anses du gros intestin fortement dis*
tendues se précipitent au dehors. Leur surface est baignée parone
petite quantité de liquide louche, rougeâtre, poisseux, collant un
doigts, un peu plus abondant entre les anses et vers les flancs. Ao
reste, pas d'adhérences à la paroi, pas de fausses membranes, saafti
niveau de l'angle du côlon transverse avec le côlon descendant.
Le rectum, plein de matières fécales dures, est coupé entre den
ligatures, et je détache en remontant TS iliaque et le' côlon descendant
jusqu'à hauteur de ses adhérences.
Le côlon transverse est légèrement attiré en haut et à gauche par 1«
grand épiploon, dont la partie inférieure gauche s'est relevée poor
venir faire hernie dans la plaie.
Ainsi que je l'ai ditjl'épiploon n*a pas contracté d'adhérences intimes
avec la paroi abdominale, pas plus qu*avec le canal de la plaie. Uns
présente pas de traces d'une vive inflammation, mais à sa surface oa
rencontre également le liquide poisseux et rougeâtre dont j'ai sigoalé
la présence sur les anses intestinales.
Une légère traction suffit pour ramener l'épiploon à rintériear ^
Tabdomen. On voit alors qu'il s'est glissé entre la face externe de h
rate et la séreuse pariétale pour arriver à la plaie et au dehors.
Soulevant l'épiploon et dégageant les côlons transverses et desoea-
dants, je constate, à la face interne de la rate, à la face antérieure de
l'épiploon gastro-splénique, et sur la paroi postérieure du gros intes-
tin, une certaine quantité de liquide roussâtre comme un mélange de
pus et de sang. 11 y avait donc en co point \ine péritonite loeaKs^-
Entre les feuillets do Tépiploon gastro-splénique, une infiltratiea
sanguine légère qui ne se propage pas au loin.
J'enlève alors tout l'intestin grêle, le cœcum, le côlon ascendant it
le côlon transverse, et je m'assure que l'intestin n'a pas été bletft
qu'il n'y a pas d'épanchementde matières alimentaires dans l'abdomea.
SEANCE DU 2 OCTOBRE. 6;$3
trouve la vessie distendue par un bon litre d'urim;, limpide et
èrement brunâtre. Pas d'épanchement dans le petit bassin. Les
as, le foie, le pancréas, le duodénum, Testomac, ne présentent
sone lésion. Ce n^est pas de ce côté que s'est porté Tinstrument.
j» diaphragme est considérablement remonté des deux côtés. L'aorte,
veine cave inférieure, pas plus que les autres vaisseaux de Tabdo-
n, n'ont été atteints. Il devient évident que la lame du couteau a dû
diriger presque transversalement de gauche à droite vers la colonne
rtébrale.
Soulevant légèrement le bord antérieur de la rate, qui présente des
nensions à peu près normales, je constate à Texlrémité supérieure
viscère, .2 doigts au-dessous de sa pointe, à Tunion du bord
térieur et de la face externe, une plaie linéaire de 2 centimètres
viron d'étendue. L'organe remis en place, cette ouverture corres-
od exactement à la plaie de la paroi qui intéresse à ce niveau les
sériions costales du diaphragme.
Le doigt y pénètre facilement et se dirige en arrière et en dedans,
est en effet près du bord postérieur de la rate que se trouve Touver-
re de sortie. Autour du trajet de la plaie, dont les parois sont acco-
B8, le tissu splénique est plus noir et d'une grande dureté, et celte
duration s'élend jusqu'à 1 ou 2 doigts de distance. On dirait, pour la
Qsistance et l'aspect un potmon hépatisé. L'examen ne montre tou-
Pois aucune trace de suppuration.
Traversant de nouveau le diaphragme, l'instrument a perforé la
^vre gauche. Un peu de snng s'est épanché dans la séreuse, mais le
•amon ne s'est que peu rétracté, et ses adhérences minces, récentes,
ûlesà déchirer, maintiennent sou lobe inférieur eu contact avec la
ivre pariétale. Le poumon ne présente au reste aucune trace de blés-
res, le couteau ne Ta pas atteint.
La plèvre nettoyée, nous apercevons de suite sous le côté gauche
rachis, une plaie linéaire de i centimètre au moins de longueur,
4Sée en avant des articulations costales^ et coupant le pilier gauche
diaphragme.
\xst\q côté droit du rachis, au point presque transversalement opposé,
trouve également une plaie linéaire, un peu plus petite, intéressant
lilier droit du diaphragme à sa partie supérieure.
l\ raorte, ni la vessie cave inférieure n'ont été atteintes, la lame
int passé contre le bord droit de cette dernière, pour pénétrer dans
lièvre droite. Celle-ci est le siège d'un épanchement sanguin consi-
mble, qu'on ne peut évaluer à moins d'un litre. Le poumon refoulé
revenu sur lui-même n'a pas contracté d'adhérences avec la plèvre
létale, et l'examen le plus soigneux ne nous fait constater aucune
ion de son lobe inférieur.
*our examiner plus aisément le trajet de la plaie rachidienne, j'en-
6 tout le segment de la colonne vertébrale avec les côtes corros-
idautes. Oelles-ci sont intactes de l'un et de l'autre côté, le contenu
Misse un peu en avant de leur articulation rachidienne. Par deux
tiens obliques avec la scie, j'enlève toute la partie antérieure des
6S4 dOGlÉTÊ DE CHIRURGIE.
corps vertébraux, et mets à nu la face antérieure des méninges et de
la masse.
Il devient alors facile de voir le trajet de l'instrument. Pénétrant
dans le rachis, au niveau du trou de conjugaison, la lame obliquement
dirigée de bas eu haut et d'arrière en avant, a divisé le disque cartila-
gineux qui sépare la i^^ de la 11« vertèbre dorsale, et intéressé le corps
de cette dernière vertèbre. La section est nette dans l'os comme dans
le fibro-cartilage et sans aucun travail de réparation. Dans le canal
rachidien, un peu de sang est épanché autour des méninges, maissans
atteindre en haut la 10® vertèbre dorsale, sans descendre en bas au-
dessous de la i2^.
La moelle et ses enveloppes sont divisées un peu obliquement en
bas et en avant, par une section nette. Toute l'épaisseur de la moelle
est intéressée, à peine reste-t-il en arrière, tout contre les méninges,
une mince bandelette de tissu nerveux qui ait été respectée. Ce tissu,
du reste, ne paraît pas sensiblement altéré à la surface de la plaie.
Pas de diffluence, pas de ramollissement, à peine une teinte légère-
ment rosée, et une légère infiltration sanguine de la pie-mère rachi-
dienne. La moelle enlevée avec précaution sera soumise plus tard à
Texamen microscopique. Les méninges n'ont pas été intéressées à la
partie postérieuie.
La section de la moelle est placée à un bon centimètre au-dessus de
Torigine de la queue de cheval, origine qu'il est au reste assez difti-
cile de préciser avec exactitude.
Le cœur est sain, le ventricule gauche, revenu sur lui-même, ne con-
tient pas de sang. Dans le ventricule droit des caillots mous, noirs, et
des caillots flbrineux.
De ces lésions multiples, je n'avais reconnu pendant la vie qnela
pénétration de l'abdomen et la section de la moelle épinière. J'avaisbien
soupçonné la blessure de la rate, mais la pénétration des deux plèvres
m'avait complètement échappé. L'impossibilité d*iuteiToger directe-
ment le patient rend l'examen toujours plus diflicile, mais c*est précisé-
ment dans ces conditions qu'il faut interroger successivement tous les
organes, porter partout ses investigations, et j'ai eu le tort de ne pas
obéir à cette règle. Mon attention est restée concentrée sur les sym-
ptômes abdominaux et toute ma thérapeutique a été dirigée contre la
péritonite traumatique. Un diagnostic plus complet ne m^eûtsans
doute pas permis de sauver mon blessé, mais il m'eût fait découvrir
des indications qui m*ont complètement échappé.
M. le Secrétaire général, au nom de M. Poinsot, de Bordeaux,
membre correspondant, donne lecture de deux observations; la
première est intitulé : Fractura sous-trochaniérienne du fémur f^f
cause indJrecte{cJiulo) chez un enfant de dix ans. Retard de la cob-
solidation par ramollissement du col. Scorbut local. Immobilisa-
tion prolongée, Guérison,
La seconde est intitulée : Sarcome généralisé après une pf^
mière opération datant de 2 ans 1/2.
SEANCE DU 2 OCTOBRE. 685
«einre sons-trochantérieime du fémur par cause indirecte (chute) chez
ut enfant de 10 ans. — Retard de la consolidation par ramollissement
du col. -— Scorbut local. — Immobilisation prolongée. — Guérison.
Le 9 octobre 1874, Abel B. . . ., âgé de 10 ans, né d'un père rhuma-
lant et d'une mère diabétique, s'amusait dans l'atelier de boulangerie
16 possède son père, à simuler une boiterie, quand tout à coup, il
mba sur le côté droit, en poussant un grand cri. Los assistants,
oyant d'abord à la continuation d'une plaisanterie, ne prêtèrent au-
me attention aux plaintes de l'enfant, mais en présence de ses pleurs,
\ l'impossibilité absolue où il était de se relever, force leur fut d'ad-
ettre la réalité d'un accident.
Appelé aussitôt, je reconnus facilement une fracture du fémur droit
âgeant au-dessous du grand trochanter; le membre offrait une dé-
rmation angulaire à sommet dirigé en dehors et en avant, mais les
agxnents ne s'étaient point absolument abandonnés , et il me fut aisé
) produire une crépitation manifeste. La réduction s'obtint sans
*ands efforts, et j'appliquai immédiatement un appareil de Scultet.
il appareil ne devait toulefois être que provisoire, car j'eusse craint,
i le laissant en place, de voir la pression de l'attelle interne aug-
enter encore le déplacement en dehors, et, outre cet inconvénient, il
e paraissait certain que la contention ne serait pas suffisamment
ficace pour s'opposer à la mobilité des fragments. Aussi, le 15 oc-
bre, je remplaçait l'appareil de Scultet par un appareil modelé
i toile métallique, réalisant ce que l'on peut appeler le type de l'ap-
ireil amovo-inamovible. Cet appareil, employé également dans nos
^pitaux, pour le traitement de la coxalgie après le redressement, con-
ste en une sorte de pantalon embrassant les hanches et les deux
(11X membres inférieurs, le membre blessé dans toute sa longueur et
membre sain jusqu'au genou, et ouvert en avant pour recevoir le
ijet : cette partie antérieure est complétée par un système d'attelles
l'il suffit d'enlever pour inspecter les parties. Le tout est maintenu
r des courroies munies de boucles.
Avant son application, l'appareil fut soigneusement garni de ouate,
s points destinés à se trouver en contact avec le talon et les épines
aques antérieures furent spécialement matelassés. Les courroies
rent modérément serrés; l'épaisseur de la couche protectrice do
late était d'ailleurs telle que, même avec une constraclion plus forte,
pression n'eût pu être qu'élastique et sans danger.
Dans les premiers jours, l'enfant avait assez gaiement pris son parti
sa situation nouvelle; avec l'indocilité habituelle de son caractère, il
igitait dans son lit et prenait un malin plaisir à faire glisser l'appa-
il et à dégager la partie supérieure du membre blessé, ce à quoi il
arrivait que trop facilement. Mais, lorsqu'il se vit saisi complète-
dut, emprisonné dans cet appareil à mailles de fer, qui le contrai-
lait au repos et empêchait tout mouvement de la cuisse fracturée,
a moral s'affecta singulièrement. Ce fut d'abord comme une rage
li obligea à le surveiller attentivement, de peur qu*il ne défît son
»pareil ; puis, quand après quelque temps il comprit son impuissance
6â6 SOCIKTÈ I»E CHîniRGIE.
à se nuire, il s'abandonna à une tristesse profonde. A chaque instant
de la journée, et sans motif appréciable, ses pleurs se mettaient à
couler ; Tappétit diminua sensiblement ; les nuits mômes demeurèrent
sans repos. En vain j'examinai la cuisse soigneusement et à des in-
tervalles rapprochés, de crainte que tous ces troubles n'eussent pour
cause quelque lésion cachée par Tappareil ; en vain j'interrogeai l'en-
fant pour qu'il voulût bien m'indiquer le point de départ de ses souf-
frances. Je n'obtenais aucune réponse et ne découvrais rien.
Malgré ce contre-temps fâcheux, les choses marchèrent assez sim-
plement au début. Au bout du premier mois, la consolidation éttit
nettement commencée; la mobilité anormale ne se constatait qu'à un
faible degré. Je pouvais sentir à travers les muscles amaigris la tu-
meur formée par le cal. Le membre était dans une rectitude parfaite,
la peau sèche, écailleuse; mais le pied était amaigri et sans trace
d'œdème.
Vers la fin de novembre, je découvris, du côté droit, au nivean de
l'épine iliaque antéro- supérieure, une phlyctène contenant du sang
noirâtre ; l'enfant appela aussi mon attention sur son talon dont l'épi-
derme était soulevé par une sorte de collection sanguine. Surpris de
cet accident, que, malgré les précautions extrêmes que j'avais prises,
j'attribuai à la pression, je plaçai sur les points de l'appareil répon-
dant aux plilyctènes une épaisse couche de ouate et j'eus grand soin
de serrer très-faiblement les courroies. Cependant les phlycténes
s'ouvrirent et laissèrent une plaie étendue qui découvrit les os, mais
sans les dénuder. En môme temps apparurent sur différents points
du membre, qui n'étaient soumis à aucune pression spéciale, par
exemple sur la face externe de la jambe, à la partie antérieure de It
cuisse, des phlycténes semblables, qui laissèrent après elles des plaies
fongueuses, à bords décollés. Toute trace de consolidation avait dis-
paru : la mobilité des fragments existait de nouveau et je ne trouvais
plus traces de cal. Enfin, la jambe et le pied étaient fortement œdé*
matiés. Le membre sain présentait son aspect normal.
La santé générale était satisfaisante : l'enfant, moins irritable, com-
mençait à prendre quelque nourriture ; le sommeil était en partie re-
venu.
Je mis le petit malade au quinquina et à un régime tonique, et me
contentai de surveiller exactement le membre.
Les phénomènes locaux augmentèrent d'intensité pendant quelque
temps : les plaies s'agrandirent , au point que l'apophyse postérieure
du calcanéum et l'épine iliaque firent saillie à travei*s les parties
molles. Les fragments étaient aussi malades qu'au premier moment,
et, en tentant de soulever le membre, il me fut possible de sentir la
crépitation.
i^et état de choses persista jusqu'en lévrier i875. A cette époqoe,
l'enfant que j'avais soumis au phosphate de chaux, avait repris l'effi-
boupoint et le coloris du visage qu'il avait avant l'accident. De noo-
velles phlycténes cessèrent de se produire, et les plaies déjà existantes
offrirent les traces d'un bourgeonnement de bonne nature. I-* tmnenr
dn cal se ferma et le membre reprit sa solidité.
SÉANCE DU 2 OCTOBRE. 687
Ea avril» la consolidation était complète, et le petit malade commen-
lit à marcher avec des béquilles.'Le raccourcissement était alors d'ua
JDtimètre. Les plaies du talon et de la hanche avaient laissé des cica-
ices profondes, adhérentes à Tos. I/œdème du membre avait diminué
internent.
I/enfant marchait en juin, sans aucun secours.
Aujourd'hui la boiterie est nulle; la seule précaution que Ton ait dû
'endre est de faire garnir la bottine de l'enfant, au niveau du talon,
mr ménager la cicatrice.
Rêplexions. — La discussion qui vient d'avoir lieu devant la
iciété sur les pseudarthroses de Tenfance m'a engagé à joindre
fait au contingent d'observations fourni par nos collègues. Il
uty en effet, servir à montrer ce qu'on peut attendre de l'immo-
isalion prolongée, alors même qu'un certain nombre de mois
sont écoulés sans amener la consolidation de l'os fracturé.
La cause du retard de la consolidation est ici curieuse à noter,
s notes cliniques qui précèdent établissent clairement qu'il
isîste en une sorte de ramollissement du cal déjà formé et
ccompagne de ces phénomènes locaux que J. Cloquet a réunis
18 le nom de scorbut local.
3n est habitué, d'après les classiques, à attribuer cet état mer-
le spécial à l'abus des humectants, à la pression exagérée, ou à
>plication trop prolongée de l'appareil, et surtout d'un appareil
movible. Le chirurgien se trouve ainsi incriminé pour une part.
as le cas actuel» je puis dire qu'aucune des causes généraie-
nt admises n'a pu exercer son action. Aucun arrosage du
imbre n'a été prescrit ni pratiqué ; le membre a été visité avec
n en moyenne tous les huit jours; l'appareil, par cela même qu'il
, à mailles et seulement garni de ouate, permettant la filtration
l'air, n'enfermait pas le membre d'une manière aussi complète,
3si absolue que les appareils inamovibles en plâtre ou en sili-
^. Mais l'enfant, arraché à sa vie turbulente, tomba dans un
trême abattement ; sa nutrition générale en souffrit, et ce fut
turellement sur le membre blessé, déjà prédisposé par l'action
umatique, que se marquèrent surtout ces troubles nutritifs. Ce
t n'est pas sans précédent dans l'histoire des fractures. Marignes,
ierry ont publié chacun deux observations prouvant l'influence
3rcée sur la formation du cal par les émotions morales, obser-
ions que le grand critique Malgaigne a acceptées comme
ffisamment démonstratives. Vu fait analogue se trouve dans la
^6 soutenue en 1858 par un élève de Montpellier, M. Aubin.
La donnée étiologique que j'accepte me paraît trouver sa
iflrmation dans la suite de l'observation.
Dès que le petit malade fut revenu de sa tristesse, les accidents
6d8 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
s'amendèrent, bien que les mêmes conditions d'appareil persistas-
sent, et la guérison put être obtenue.
Sarcome généralisé après une première opération datant de 2 ani i/2.
L'avenir des opérations pratiquées pour l'ablation des tumeurs
malignes est une des questions les plus dignes d'attirer l'attention
des chirurgiens. Ne pouvant être tranchée qu'à l'aide de chiffres,
elle exige, pour recevoir quelque jour, une solution définitive, la
publication exacte des faits qui viennent à la connaissance de
chacun. C'est là le motif qui me détermine à porter devant la
Société l'observation suivante, dont la première partie a déjà été
publiée dans les Dullelins pour 1877 (p. 208).
Il s'agit d'un homme de 53 ans, que j'amputai de la cuisse
droite, en janvier 1876, pour un sarcome alvéolaire ayant débuté
dans le péroné. Après l'opération, la santé générale un peu altérée
se rétablit, et le malade put reprendre une vie active.
Au mois de juin dernier, B.... vint me demander conseil pour
une oppression qui le fatiguait beaucoup; il avait eu de petits
crachements de sang; les forces diminuaient; l'appétit était presque
nul ; le faciès était amaigri, et la peau offrait une coloratioa
jaunâtre. L*auscultation et la percussion de la poitrine, pratiquées
avec soin, me permirent seulement de constater, du côté du cœur,
une grande irrégularité des battements. En l'absence de tout
signe morbide du côté des poumons, je crus à une de ces affec-
tions cardiaques qui s'observent si fréquemment chez les amputés,
et je prescrivis simplement le vin de Trousseau et quelques laxa-
tifs légers.
Sous l'influence de ce traitement, l'état de B.... parut s'amender
et je le perdis de vue jusqu'au 10 août. Il vint alors me montrer
une tumeur siégeant à la partie postérieure du mollet gauche et
qu'il portait depuis plusieurs mois. Cette tumeur avait environ le
volume d'une petite pomme ; la peau glissait facilement à sa sur-
face, mais la tumeur suivait manifestement les mouvements du
muscle soléaire.
En présence des accidents généraux déjà existants, j'hésitai i
tenter une nouvelle opération, et, comme B... insistait vivement
pour être débarrassé de sa tumeur, je l'engageai à voir plusieurs
de mes collègues des hôpitaux. L'avis unanime fut pour une
intervention immédiate.
L'opération fut faite le 28 août, avec l'aide de M. Gregory, pre-
mier interne de l'Hôpital des Enfants.
L'insensibilité de la région fut obtenue par réthénsation locale.
SÉAN'CE OU 2 OCTOBRE. 630
L'isolement de la tumeur facile du côté de la peau, olîrit quelques
difTîcultés à la partie profonde où le tissu morbide se confondait
avec celui du muscle. La plaie, après un nettoyage minutieux avec
une solution phéniquée (20/1000) fut réunie par un double plan de
suture avec catgut très-fin.
La tumeur, examinée par M. Chambord, interne des hôpitaux et
répétiteur au Collège de France, présente les caractères du myxo-
sarcome.
La réunion se lit sans suppuration, par première intention. Au
5* jour, les sutures tombaient d*elles-mêmes.
A partir de ce moment, les accidents généraux reparurent avec
une nouvelle intensité. L'oppression devint continue et s'exagéra
au point de ne permettre aucun exercice ; l'inappétence demeura
absolue ; les crachements de sang augmentèrent de fréquence, la
peau prit la coloration jaune paille particulière aux cancéreux. En
même temps le malade appelait mon attention sur une petite
tumeur siégeant au niveau de la bosse frontale gauche et qui, en
quelques jours, avait atteint le volume d'une grosse fève.
La mort eut lieu dans une sorte d'état typhoïde le 19 septembre.
Malgré l'absence d'autopsie, je ne crois pas que la généralisation
puisse être mise en doute.
La marche rapide suivie par les accidents à partir du moment
où se produisit mon intervention, me parait fournir un argument
nouveau à l'appui de cette opinion émise par M. le professeur
Verneuil devant l'Association pour l'avancement des sciences, que
« dans certains cas, l'opération semble exercer sur les foyers secon-
daires une action excitatrice qui leur imprime une activité
polifératrice extrême. » Je dois faire remarquer aussi que, comme
dans plusieurs des faits cités par l'éminent chirurgien, la percus-
Bion et l'auscultation des poumons ne m*ont fourni que des résul-
tats négatifs.
Discussion.
M. Verneuil. J*ai écouté avec intérêt l'observation qui a été
adressée par notre collègue M. Poinsot, car elle vient confirmer une
opinion que j'ai déjà eu l'occasion d'exposer. Je veux parler de la
marche des néoplasmes viscéraux sous l'influence d'un trauma-
tisme chirurgical.
J*ai recueilli, dans ma pratique, 12 observations de sujets
atteints de néoplasmes que j'ai cru pouvoir opérer et chez lesquels
existaient, dans les viscères, des masses de même nature qui
ont entraîné la mort dans plusieurs cas. Six individus ont été pris
d*un état d*adynamie qui les a enlevés dans des conditions toutes
différentes de celles que présentent les complications ordinaires.
640 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
il faut bien faire ressortir de ces observations le mouvemeot
excitatif que les opérations développent duns la marche des néo-
plasmes des viscères. Un noyau latent, qui aurait pu rester sans
manifestation pendant de longues années, subit, sous rinfluence
d*une opération, une extension qui peut entraîner la mort.
Il est nécessaire de publier ces observations qui mettront ea
évidence celte particularité dont les livres classiques ne parlent
même pas.
Dans le cas de M. Poinsoti, il y avait quelques signes pouTant
faire soupçonner la généralisation du néoplasme, et il aurait été
préférable de ne pas opéi-er.
Les réflexions que je viens de faire en thèse générale, s'ap-
pliquent parfaitement à certaines opérations que l'on cherchée
préconiser contre les cancers des viscères, par exemple la gastro-
stomie. Ces brillantes opérations ne doivent pas être tentées lorsque
Taccident pour lequel on veut intervenir est occasionné par on
cancer, car l'opération peut suffire pour activer la marche du néo-
plasme.
Commanlcatloii orale.
Calculs de la vessie chei la femme, ayant pour point de départ l'intro-
duction d'épingles à cheveux.
M. Famard, d'Avignon. J'ai eu l'occasion de rencontrer quatre
fois des calculs vésicaux chez la femme ; ces calculs avaient tous
pour origine l'introduction d'une épingle à cheveux.
Pour extraire ces calculs, j'ai eu recours à la taille latéralisée et
je désire appeler l'atteiition sur le résultat heureux de ces opéra-
tions, puisqu'il n'y a pas eu d'incontinence d'urine.
La première de mes opérées s'est mariée et je sais qu'il n'f a
pas d'incontinence ; la seconde est une fille entretenue de Ma^
seille, qui ne doit pas avoir eu d'incontinence pour pouvoir exercer
cette profession.
Ces deux opérations n'ont rien présenté de particulier; j'ai pu,
après avoir brisé le calcul, faire basculer Tépingle et l'extraire
facilement. Les deux autres sont plus intéressantes. Dans Tune, il
s'agissait d'une jeune tille de 19 ans qui s*était servie d'une épingle
d'une très-grande flexibilité.
En introduisant mon doigt dans le vagin pour me facihter le
mouvement de bascule, je sentis qu'une des pointes de l'épingle
avait perforé la cloison vésico-vaginale ; je pus, avec une pinc^»
saisir la pointe, et la traction que je fis pour attirer l'épingle, suB*
pour briser le calcul. Pénétrant alors dans la vessie par le caoïi
SÉANCE DU 2 OCTOBRE. 641
de rurèttire, je pus extraire un volumineux calcul dont vous pouvez
juger par les fragments contenus dans cet(e boîte.
La quatrième observation a présenté quelques particularités
curieuses.
11 s'agissait d'une jeune fille de 19 ans, d'une famille très-hono-
rable.
L'introduction de l'épingle remontait à A ans ; son médecin avait
déjà fait plusieurs tentatives d'extraction lorsque je fus appelé.
En introduisant mon doigt dans le vagin, je reconnus que la
cloison vésico- vaginale était perforée et qu'une partie du calcul,
ainsi que les deux pointes de l'épingle, se trouvaient dans le vagin.
n est probable que le calcul s'était logé dans une poche surnumé-
raire et que la perforation s'était produite sous Tinfluence de l'in-
flammation produite par la pression du calcul et par la présence de
l'urine dans cette poche.
Si j'avais pu me douter de cette disposition, je me serais mimi
d'instruments nécessaires pour pratiquer la suture, immédiatement
après l'enlèvement du calcul, mais il ne m'avait pas été donné de
pouvoir examiner la malade. Je fus donc obligé <le remettre cette
opération à une autre époque.
Je la pratiquai, en effet, deux mois plus tard ; mais, malgré
toutes les précautions que je pris, le résultat fut nul, je n'obtins
pas de réunion. Je crois pouvoir rapporter cet insuccès à une dé-
plorable habitude de la malade, qui ne craignait pas de se livrer à
la masturbation avec la sonde que j'avais placée.
Ce qui me permet d'expUquer ainsi ce mauvais résultat, c'est ce
qui se passa à la seconde opération que je pratiquai un an après.
La malade fut prise, après l'opération, de douleurs dans le ventre,
et il y eut une menace de péritonite qui dura trois jours. Pendant
ces trois jours la jeune fille fut dans l'impossibilité de se livrer à la
masturbation ; le quatrième jour, les souffrances ayant disparu,
elle reprit sa déplorable habitude, et les urines commencèrent à
couler par le vagin.
Une petite fistulette persiste encore et j'espère pouvoir la guérir
avec des cautérisations.
Comniiiiiieatioii.
De la trachéotomie par le thermo- cautère.
M. Berger. A plusieurs reprises déjà, la Société de chirurgie
s'est préoccupée de l'application de l'agent thermique, galvano-
cautère ou thermo-cautère, à la pratique de la trachéotomie. Dans
les discussions qui s^ sont élevées a cet égard, la principale ob*
642 80QIBTB DB OHIRUROUB.
jection mise en avant parles adversaires du procédé opératoire en
question» était ^étend^e des eschares et des destructions locales
qui avaient succédé dans certains cas à remploi du platine incan-
descent. On aurait pu répondre, peut-être, que les eschares que
Ton obsei*vait après Tapplication du calorique ne devraient pas
lui être exclusivement imputées : que souvent, chez les en&nts
atteint de croup et trachéotomisés avec le bistouri par les
procédés anciens, le processus diphthéritique avait entraîné la
production de pertes de substances, de véritables ulcérations très-
étendues, identiques ou du moins analogues à celles que Ton re-
marque parfois lorsque Ton a divisé les parties molles du cou
avec le thermo-cautère (comme dans le fait de M. Paulet). Des
observations que J*ai sous la main en font foi.
Mais une réfutation meilleure se tire des faits eux-mêmes dans
lesquels l'emploi de Tagent thermique n'a été suivi d'aucune
eschare, d'aucune destruction étendue. Sans passer en revue tous
les faits tirés de la pratique de M. Verneuil, de M. Krishaber et
d'autres chirurgiens, je rappellerai que j'eus Toccasion de présen—
ter à la Société, l'année dernière, une femme adulte sur laquelle
j'avais pratiqué la trachéotomie pour un œdème de la glotte con-
sécutif à une nécrose du larynx. Les parties molles du cou, jusqu'^
la trachée, avaient été incisées au thermo-cautère sans écoulemeo-S
de sang notable, la trachée seule avait été ouverte au bistouri. L.1
n'y eut ni sur la plaie, ni aiix environs, aucune trace d' eschare /
la malade a guéri avec une cicatrice hnéaire, et n'a, malgré le
temps assez long où il fut nécessaire de maintenir la canule, au-
cune espèce de rétrécissement de la trachée : j'ai pu m'en assurer
encore par un examen récent.
Je mets aujourd'hui sous les yeux de la Société une pièce ana-
tomique qui me semble démontrer encore Tinnocuité de l'actioa
locale du thermo-cautère dans cette opération.
Vendi'edi dernier, j'étais appelé par mon collègue M. Dieulafoy,
pour pratiquer la trachéotomie sur une femme de la salle Sainte-
Madeleine, albuminurique avancée, qui menaçait d'être emportée
par des accès de suffocation résultant d'un œdème de la glotte.
Je trouvai une femme atteinte d'une orthopnée extrême, déjà
fort anesthésiée et refroidie ; le cou volumineux et court, se gon-
flant à chaque expiration ; on sentait au doigt que l'isthme de la
glande thyroïde formait un véritable goitre médian qui recouvrait
les anneaux supérieurs de la trachée. Je pratiquai ainsi Topé-
ration.
La peau, le tissu cellulaire sous-cutané, l'aponévrose furent lar-
gement incisés au thermo-cautère, depuis le cartilage cricouie
jusqu'à un centimètre de la fourchette sterâale. Je fus très-gini
SÉANCE DU 2 OCTOBRE. 643
ans ce temps par l'œdème du tissu cellulaire qui dérobait une
lanlité de chaleur considérable à mon couteau : celui-ci dut être
lintenu à une température relativement très-élevée (rouge cerise
môme rouge blanc).
L*aponévrose incisée, je vis distinctement les plexus thyroïdes
les deux jugulaires antérieures qui s'anastomosaient sur la ligne
»diane ; je passai deux lils de catgut sous cette anastomose et je
sectionnai entre une double ligature. Au moment où je passais
9J, une veine se rouvrit et nous inonda d'un flot de sang aussitôt
*êté parla striction du fil. J'entrepris alors de diviser au thermo-
itère l'isthme du corps thyroïde, mais je dus bientôt y renoncer
ause du temps considérable qu'aurait réclamé ce temps de l'opé-
ion. Je dégageai le bord inférieur de l'isthme, je le relevai en
ttirant fortement en haut, je mis à nu avec le thermo-cautère
ite la suiface antérieure de la trachée dans une étendue de
centimètres ; à ce moment il n'y avait pas une goutte de sang
r la plaie ; la trachée se présentait avec les caractères anatomi-
es tels qu'on les retrouve à la dissection sur le cadavre. Je l'inci-
i largement au bistouri, j'introduisis le dilatateur puis la canule
quelques secondes. Toute l'opération n'avait pas duré dix mi-
xtes.
La malade ne parut néanmoins pas soulagée, elle succomba
DU 4 heures après l'opération au progrès de l'asphyxie. L'au-
psie prouva qu'elle était due à l'existence d'un œdème pulmo-
ure des plus considérables; il y avait aussi un œdème glottiqueet
i8-giottique énorme. Je passe les autres traits, fort intéressants
fautres points de vue, de cet examen nécroscopique, pour arriver
l'examen de la plaie opératoire.
Sur cette pièce, qui a été conservée par le chloral, on peut se
avaincre que non-seulement la plaie de la trachée faite au bis-
iri est absolument nette, mais que les lèvres de l'incision cutanée
80us-cutanée, faite au thermo-cautère, ne présentent qu'une
rhare insignifiante, si l'on peut se servir de ce terme pour dési-
Br cette zone, d'un tiers de millimètre à peine, qui borde la solu-
a de continuité et qui présente une coloration grisâtre. Aux
ntours pas traces de décollement de l'épiderme, de raccourcis-
nent de la peau, ni même cette teinte livide de la peau qui indi-
3 une brûlure au premier degré. Sur Tisthme du corps thyroïde
-même qui a été*soumis le plus longtemps à l'action de la cha-
r (les bords de l'incision cutanée étaient alors rétractés et pro-
cès par des crochets) l'eschare est absolument linéaire.
Te me crois donc autorisé à dire que dans ce cas l'action du
)rmo-cautère n'avait pas produit d'eschare notable, qu'elle n'avait
i déterminé de perte de substance étendue ni de cicatrice difforme.
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 43
644 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
En effet, tout en faisant quelques rései*ve6 à cause de ralbumi-
rurie dont la malade était atteinte, on peut admettre que Tactiondu
calorique n'exerce jamais de destruction, à l'exception des points
qu'elle a primitivement atteints et de ceux qui sont frappés dans
leur vitalité par la mortification des parties voisines. Or, ici, l'ac-
tion de ragent thermique me paraît avoir été circonscrite jus-
qu'aux extrêmes limites de ce que Ton peut en attendre.
Considérant d'autre part rextrôrae facilité avec laquelle s'est
effectuée une opération qui se présentait sous un fâcheux abord,
et qui semblait devoir se faire dans les conditions les plus défavo-
rables, cou gros et court, œdème des parties molles et stase vei-
neuse, corps thyroïde très-développé, je suis de plus en plus con-
vaincu du grand avantage que l'on peut retirer de l'emploi du
thermo-cautère dans la trachéotomie chez l'adulte, pourvu que l'on
borne son usage à la section des parties molles jusqu'à la trachée
exclusivement.
Discussion,
M. Desprès. Je regrette de ne pouvoir accepter ce que vient de
dire M. Berger au sujet delà dimension de l'eschare, car, si notre
collègue veut donner un coup de bistouri transversalement, il cons-
tatera une partie japnutre qui n'est autre chose qu'une eschare qui
serait tombée vers le douzième jour. Il n'est pas douteux que l'éli-
mination de cette eschai*c n'eût été suivie d'une longue suppuration
qui aurait amené une cicatrice dure, résistante, qui sera toujours
une raison pour repousser la trachéotomie avec le thermo-
cautère.
M. VeriNeuil. Je prierai notre collègue, M. Berger, de vouloir
bien modifier un peu ce qu'il a dit de l'opération de M. Paulet. -
Il y a eu, en effet, un moment où il y eut une abondante suppura-
tion, avec une destruction considérable qui effraya beaucoup
M. Paulet et qui lui fit craindre un mauvais résultat. — Je puis
dire au contraire que le résultat a été exceUenl, j'ai vu souvent
l'enfant, et j'ai pu constater un état parfait.
M. Terrier. J'ai fait une seule fois la trachéotomie avec le
thermo-cautère et, comme M. Berger, j'ai rencontré un plexus vei-
neux considérable. Notre collègue a fait la suture des veines, moi
j'ai voulu sectionner ce plexus avec le thermo-cautère, mais j'ai eu
une telle inondation de sang que je me suis hâté de terminer
l'opération avec le bistouri.
La section de ce plexus veineux est le temps difficile de la tra*
chéotomie chez l'adulte, il faut donc savoir qu'on peut ôtre oblige
de quitter le thermo-cautère pour reprendre le bistouri.
SÉANCE DU 2 OCTOBRE. 015
M. Berger. Je remercie M. Verneuil du renseignement qu*il veut
ien me donner, mais je me souvenais des craintes de M. Paulet,
jû heureusement ne se sont pas réalisées.
Je répondrai à M. Desprôs que je n'ai pas eu la prétention de
>utenir qu'il n'y aurait pas eu de suppuration ni de perte de sub-
;ance, mais je crois pouvoir affirmer d'après la pièce que ces
hénomènes auraient été insignifiants et que, très-certainement, la
icatrice n'aurait pas été difforme.
Je crois que, si on veut sectionner le plexus veineux avec le
lermo-cautère, ainsi que Ta tenté M. Terrier, on aura une hé-
lorrhagie ; mais le thermo-cautère a le grand avantage de suppri-
ler récoulement capillaire, et il permet de voir, avec une grande
icilité, les veines que Ton veut lier. Avec le bistouri, l'écoulement,
revenant des capillaires, rend ce temps de l'opération assez
ifRcile.
M. TiLLAUx. J'ai fait deux fois la trachéotomie avec le thermo-
autèro. La première a été faite sur un vieillard sans perdre une
;outte de sang et j'avais été émerveillé du résultat, malgré un
letit phlegmon du cou qui suivit Topération.
La seconde fut moins heureuse, car, comme M. Terrier, je fus
obligé de prendre le bistouri pour terminer rapidement l'opération,
i cause d'une hémorrhagie abondante.
En présence de ces deux opérations si différentes, j'avoue que
e suis très-perplexe, aussi je crois que le résultat dépend bien
dus de la structure du malade que de l'instrument.
Si j'avais à faire une nouvelle trachéotomie, je croisque j'emploie-
ais le bistouri.
M. PoLAiLLON. J*ai fait, il y a peu de temps, une opération de
rachéotomie avec le thermo-cautère, dans le service de M. Lasè-
;ue, chez un individu atteint d'œdème de la glotte. L'incision super-
icielle fut facile, mais elle s'accompagna d'un bouillonnement de
caisse fondue assez intense. Lorsque je parvins sur le plexus vei-
leux, je le sectionnai avec le thermo-cautère que je laissai long-
emps appli({ué et je terminai l'opération par la section de la tra-
îhée avec le bistouri.
Grâce à la précaution que je pris d'aller lentement et de laisser
ongtemps le cautèi*e en contact avec le plexus veineux, j'ai pu
)viter une hémorrhagie, mais les bords de la plaie furent profon-
lément cautérisés et, si le malade avait survécu, j'aurais eu une
issez grande perte de substance.
Si j'avais à refaire une trachéotomie, je me servirais du thermo-
^utère avec lu précaution de soulever souvent l'instrument et
d'aller plus vite.
646 SOCIÉTÉ DE CHIRUR6IB..
M. SÉE. Je n'ai jamais employé le thermo-cautère pour pratiquer
la trachéotomie, mais, dans les autres opérations oii je me suis
servi de cet instrument je n'ai jamais eu de bons résultats hémos-
tatiques que lorsque j*ai eu à sectionner des petits vaisseaux. Aussi
je serais disposé à me servir du thermo-cautère pour faire la
trachéotomie chez les enfants; mais, chez les adultes, dès que je
rencontrerais de grosses veines, je ferais des ligatures et je con-
tinuerais avec le bistouri.
M. Verneuil. Mes collègues, qui viennent de prendre la parole,
ont fait peu de trachéotomies avec le thermo-cautère, mais je puis
affirmer que plus ils en feront, plus il reconnaîtront Texcellence de
la méthode. Je citerai, à lappui de cette affirmation, un de nos
confrères, M. Krishaber, qui, après avoir été un des adversaires de
la trachéotomie avec le thermo-cautère, en est devenu le par-
tisan.
J'ai fait environ 10 trachéotomies avec les instruments incandes-
cents et il ne me viendrait plus à l'esprit de me servir du bistouri;
ma dernière opération, faite sur une jeune fille, n'a pas présenté
une seule difticultée.
Il ne faut pas être exclusif et, si on se trouve en présence
d'une difficulté dont ce procédé ne peut pas triompher, il faut savoir
la tourner, c'est ce qu'à fait M. Berger, aussi a-t-il fait une excel-
lente trachéotomie. Dans les trois quarts des trachéotomies, on
fera des opérations exsangues, dans le dernier quart il faudra, par un
artifice, éviter l'hémorrhagie. De plus, je voudrais-faire remarquer
que, si M. Berger avait employé le bistouri, il n'aurait pas pu
davantage éviter la perte de sang.
M. Desprès. Depuis que Ton a préconisé le galvano-cautère ou
le thermo-cautère pour pratiquer la trachéotomie, on a bien sou-
vent modifié les temps de cette opération, aujourd'hui il semble que
l'on veuille réduire l'usage de l'instrument à l'incision de la peau,
qui ne donne jamais d'écoulement de sang.
Dans une trachéotomie l'important est, chez Tadulte, de
pouvoir éviter l'hémorrhagie veineuse, or, si le thermo-cautère ne
peut pas donner ce résultat, à quoi sert-il ?
Il n'y a pas d'opération mieux réglée que la trachéotomie, et
pour mon compte je n'ai jamais eu d'accident ; je suis loin d'être
le seul et je pourrais citer plusieurs anciens internes de l'Hôpital
des Enfants qui obtiennent d'excellents résultats avec le procédé
classique.
J'arrive avec le bistouri à un résultat aussi complet qu'avec le
thermo-cautère, et je ne puis voir dans les raisons qui engagent â
employer cet instrument, qu'une question de goût personnel. En
séANGK DU 2 OCTOBRE. 647
omme, abandonner le bistouri pour le thermo-cautère, c'est vouloir
éprendre en sens inverse la découverte d'Ambroise Paré.
M. Fârâbeuf. J'ai souvent appliqué le fer rouge sur le cadavre
our arrêter l'écoulement de mercure injecté dans les lymphatiques;
3 résultat immédiat était excellent pour ces petits vaisseaux, mais,
u bout d*un certain temps, Thumidité envahissait la cicatrice et
'écoulement se reproduisait. Pareil phénomène n'est-il pas à crain-
Ire sur le vivant ?
M. Blot. Je ne veux pas entrer dans le fond de la discussion,
nais je voudrais faire observer qu'en examinant \si pièce qui nous
i été présentée par M. Berger, il est impossible d'accepter Tob-
iervation de M. Desprès, au sujet de l'étendue de la partie cauté-
isée. L'eschare est insignifiante et les dimensions que lui assigne
tf. Desprès sont très-exagérées.
M. Desprès. Pour trancher ce différent, il suffit de demander à
!d. Berger de faire examiner au microscope les tissus qui entourent
la plaie et je suis sûr qu'il y a plus de 5 centimètres d'altérés.
Commanication orale.
De l'opportunité des opérations chez les vieillards.
M. Desprès. On a posé en principe, depuis longtemps, que les
pérations chez les vieillards ne devaient pas être tentées, et j'ai
té élevé avec l'idée que si on faisait perdre du sang à un vieillard
u même si on le laissait longtemps au lit, il succomberait rapide-
lent. M. Verneuil est venu encore insister sur la gravité des opé-
liions chez les vieillards, j'avoue que j'ai de la difficulté à
Imettre cette opinion, car je ne puis pas croire qu*un homme de
0 ans, parvenu à cet âge sans maladie, sans infirmité, ne soit pas
^s de meilleures conditions qu'un homme jeune atteint ou devant
tre atteint d'albuminurie ou de diabète. Aussi je suis d'avis qu'un
ieiilard, qui a de bons organes, est en état de soutenir une opé-
ation.
Voici l'observation de la femme de 80 ans, à laquelle j*ai enlevé
n volumineux fibrome de la paroi abdominale, et que j'ai présentée,
ans une des précédentes séances.
Fibrome de la paroi abdominale (1).
La nommée B... (Adélaïde), âgée de 80 ans et 7 mois, entre à Thùpital
:ochin le 15 mai 1818.
t Voir Uull. Soc, do cLir,, 1876, p. 475.
648 SOCIÉTÉ DE CHiRURGtiB.
Cette femme encore verte, maigre comme les vieillards des campa-
gnes, vient pour se faire débarrasser d'une tumeur de la paYk)i abdo-
minale qui existe depuis plus de 20 ans, et qui après avoir fait corps
avec la paroi a fini par pendre sur la région de Taine droite.
La tumeur est située sur le côté gauche de Tabdomen depuis le bord
interne du muscle droit jusqu'à l'épine iliaque. La tumeur tient à l'ab-
domen par un large pédicule formé de peau et de brides fibreuses
profondes au milieu desquels on sent battre quelques artères. Il existe
sur la partie saillante de cette masse qui offre le volume d*uiie tète
d'enfant de 10 ans, une ulcération résultant de l'ouverture spontanée
d'un abcès survenu il y a 3 semaines. Au palper on constate qu'en
dehors de la partie enflammée de la tumeur la masse est composée
d'un tissu dur mamelonné et présentant çà et L^des points mous ayant
la consistance du lipome. Hors le lieu où s'est produite rouvertnre de
l'abcès il n'y a aucune adhérence à la peau. Je porte le diagnostic
libromo de la paroi abdominale enflammé et en voie d'élimination.
Le trîutoment consista d'abord en cataplasmes émollients : il fallait
calmer l'inflammation. Quelques jours après la malade prit froid dans
les jardins où elle voulait toujours aller, prétextant ses habitudes de
cjimpa^narde. 11 survint une pneumonie franche qui guérit gvdce à l'ap-
plication d'un petit vésicatoire et d'un régime vineux. Enfin lorsque U
malade me parut suffisamment préparée à l'opération qu'elle désirait
d'ailleurs, le 12 juin, je procédai à l'ablation de cette tumeur.
Une incision supérieure fut faite n'intéressant que la peau du pédi-
cule de la tumeur, puis l'incision supérieure ayant été pratiquée, la dis-
section de la tumeur fut faite en haut et pinçant les vaisseaux
artériels au nombre de sept qui ont été divisés. J'avais le dessein que
la malade perdît très-peu de sang, elle en perdit au plus 100 grammes.
La réunion, par première intention, fut faite à l'aide de onze points de
suture entortillée et la plaie pansée avec des cataplasmes.
Le 13 juin les épingles sont enlevées. Pas de fièvre, appétit modéré
et sommeil.
Les jours suivants la réunion est complète, sauf en trois points,
pur des orifices où passaient les fils de ligature. Bon état général.
Le 25 juin il y a encore de la suppuration dans les trois points indi-
qués, mais elle esta peine marquée. Pansement simple.
Le !27 juin les cataplasmes sont repris. Les parties qui suppuraient
avaient été réunies superficiellement et enfermaient un peu de pus. Bon
état général.
Le l*^"" juillet la plaie était entièrement cicatrisée. En 17 jours la réu-
nion avait été obtenue.
Le 10 juillet la malade sort de l'hôpital pour aller se présenter à la
Société de chirurgie et quitter l'hôpital.
La tumeur était un fibrome calcifié, autour duquel s'était foiinf
un abcùs. Mais comme le fibrome était entouré de graisse il n'y
avait aucune trace de bourgeonnement (la pièce est déposée au
musée Dupuytren). Il n'était pas possible d'espérer une élimination
BÉAHCB DU 2 OCTOBRE. 649
surtout une réparation de la plaie, vu le grand â^e de la malade
i n'aurait certainement pas résisté à une longue suppuration.
) fibrome avec la graisse qui Tentourait et avait le caractère franc
lipome, pesait 4 kilogr. 500. Les tractus fibreux qui Tunissaient
X muscles permettent de penser que le fibrone avait été primitive-
înt intra-pariétal et qu'avec le temps il s'était pédiculisé.
J'ai fait faire le relevé des individus, âgés déplus de 75 ans, ayant
h opérés dans mon service. J'en ai trouvé 3.
Cette malade de 81 ans, dont je viens de vous parler, et qui a
léri rapidement.
Un bomme de 80 ans, opéré d'un cancer de la langue avec Técra-
ur linéaire, et qui guérit en 12 jours.
Une femme de 78 ans, qui a reçu sur la tête un liquide bouillant,
ant produit sur le pariétal et sur le frontal des brûlures au
degré. Aujourd'hui, 9 mois après l'accident, le séquestre n'est
s encore tombé et cette femme, petitOj sèche, résiste à la suppu-
tion. Mais on peut dire que cette femme ne porte pas son âge.
Ces faits me paraissent d'un certain poids.
Si je prends des opérés, un peu moins âgés, je trouve le môme
sultat.
Ainsi je pourrais citer une femme de 73 ans, à qui je fis l'abla-
Q d'une tumeur du sein et des ganglions de l'aisselle. Elle sur-
ent 4 ans.
Une autre femme, de 75 ans, opérée d'une tumeur du sein qui
>urut deux ans plus tai*d d'un érysipôle du cuir chevelu.
Je crois qu'il m'eut été facile de réunir d'autres faits venant à
ppui de mon opinion,aussi suis-je d'avis qu'il ne faut pas porter,
ur toutes les opérations pratiquées sur les vieillards, un pronostic
îheux, car le résultat dépend de l'état des opérés et les vieillards
bres et d'un tempéramment sec guériront bien.
Discussion.
M. Terrieh. J'ai été étonné d'entendre M. Desprès nous dire qu'il
ait pratiqué, chez sa malade, une réunion immédiate, car je
oyais qu'il était tout à fait opposé à cette pratique ; il reconnaît
»nc que cette manière de faire a l'avantage d'éviter la suppuration.
Le type de vieillards que notre collègue considère comme capa-
B de supporter une opération est rare. De plus, je ferai observer
l'iI est impossible de savoir si des organes, parfaitement con-
rvés, ne sont pas arrivés à la hmite de la santé, ({ue le moindre
ranlement détruira. Aussi ne peut-on pas savoir si un vieillard
ra capable de réparer les pertes de substance produites par
blation d'une tumeur.
650 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
J'ai opéré des vieillards à la Salpêtrière, mais, seulement, lors-
qu'il était impossible de ne pas intervenir. Les vieillards réparent
difficilement, aussi ne doit-on les opérer que pour des cas urgents.
M. Desphès. Je ne fais jamais de réunion par première intention,
lorsqu'il y a une perte de substance, car on peut craindre des
érysipèles.
Dans le cas particulier dont il s'agit, il n'y avait pas à tirailler la
plaie ; la tumeur avait formé un pédicule et la plaie se refermait
par le poids de ses bords.
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire^
HORTELOUP.
Séance du 9 octobre 1878.
Présidence de M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspoodanees.
La correspondance comprend :
!•* Les journaux périodiques de la semaine. — Le Bulletin de
r Académie de médecine ;
2° La Revue médicale de fEst, le Montpellier Médical, la Ga-
zette médicale de Strasbourg, le Journal de la Société de médecine
et de pharmacie de la Haute- Vienne, V Union médicale et scmii-
fique du Nord-Est, le Journal de la Société de médecine de Caefl
et du Calvados;
3** The Practilioner, Centralblatt fur Chirurgie, la Gazette mé-
dicale Italienne-Lombarde, The Britisb médical Journal.
4® Calcul vésical volumineux extrait par la dilatation brusqie
de Purèthre, par le D"" Suender, de Madrid ;
S'* De la fièvre jaune à la Martinique, par le D' Bereuger Fe-
raud, membre correspondant, présenté par M. Larrey ;
6** Les Comptes rendus de F Académie des sciences et le Bul-
letin de f Académie de médecine, pour l'année 1877. Offerts par
M. Larrey.
A l'occasion du procès- verbal, la parole est demandée par MM. de
Saint-Germain et Anger.
SÉANCE DU 9 OCTOBRE. 651
H. DE Saint-Germain. Je demande à ajouter quelques mots à la
iscussion qui 8*est élevée dans la dernière séance sur la trachéo-
)mie par le thermo-cautère ; et si je ne Tai pas fait mercredi der-
ier, c'est que je tenais à consulter mes notes et à n'avancer que
es faits rigoureusement exacts.
J'ai assisté à 5 trachéotomies pratiquées à l'aide du thermo-
autère, par M. Krishaber.
La première présentait des difficultés énormes, en raison du
olume extraordinaire du cou ; on aura une idée de ce volume
[uand je rappellerai qu'il fallut pour arriver dans la trachée une
ianule de 14 centimètres. Le thermo-cautère divisa les tissus sans
a moindre hémorrhagie, presque sur la trachée. Là, un écoule-
oent de sang se produisant en nappe fut étanché en partie à l'aide
l'éponges froides, malgré la grande indocilité du malade, et s'ar-
êla tout à fait après l'introduction de la canule.
La seconde, pratiquée pour un cancer du larynx, fut absolu-
aent exsangue ; des eschares assez volumineuses se produisirent,
t le malade ne put se considérer comme guéri de son opération
u'au bout d'environ 5 semaines.
Les trois derniers cas m'ont particulièrement frappé. Probable-
lent à cause de la modification du procédé consistant en une série
e ponctuations au lieu de raies ; les eschares ont été pour ainsi
ire nulles, et les cicatrices ont été absolument linéaires.
Quant à l'écoulement de sang, je ne l'ai jamais vu se produire
'une manière inquiétante; toujours M. Krishaber s'en est rendu
laître soit par des applications légères du thermo-cautère, soit
ar l'emploi des pinces hémostatiques.
Aussi, à la suite des tergiversations dont je vous ai fait part,
ois-je déclarer ma conversion complète, et n'hésiterai-je pas dé-
ormais à employer le thermo-cautère pour la trachéotomie de
adulte.
M. Anger. J*ai été appelé, il y a peu de temps, à l'hôpital Beau-
jn, pour une femme prise de suffocation occasionnée par un
hlegmon du cou. Je fis pratiquer la trachéoiomie avec le
hermo-cautère par Tinterne de garde.
Cette femme avait le cou très-gros, et cependant on put arriver
ur la trachée sans perdre une goutte de sang ; l'ouverture de la
rachée, faite avec le bistouri, fut suivie d'une hémorrhagie que
'attribuai à la blessure de la paroi postérieure de la trachée.
Je n'ai pas pu savoir s'il y aurait eu une vaste perte de sub-
tance, puisque la femme mourut 24 heures après l'opération ;
nais je suis persuadé que si on emploie le thermo-cautère à une
lonne température (rouge sombre), on évitera l'hémon^hagie.
65S SOGIKTB DE CHIRURGIE.
M. le Président annonce que M.Ehrmann, de Mulhouse, membre
correspondant, assiste à la séance.
Kapporis.
I.
M. TiLLAux fait un rapport verbal sur une présentation de M. Zsig-
mondi, médecin en chef de l'hôpital Impérial et Royal de Vienne,
intitulée Bandages en sac de plâtre^ nouvelle modification dç
bandage plâtré.
Après avoir indiqué le procédé employé par M. Zsigmondi pour
confectionner ces appareils, M. le Rapporteur insiste sur les ser-
vices que rend Tusage du plâtre dans le traitement des fractures
des membres, et trouvant que les appareils de M. Zsigmondi, que
Ton peut préparer d'avance, sont un véritable progrès, propose :
1** D'adresser des remerciements à l'auteur ;
2*" De publier dans les Bulletins de la Société la description de
ces nouveaux appareils et leur mode de construction.
Biscussion.
M. Terrier. Pendant la campagne de 1871, j'ai pu me rendre
compte combien il est difficile d'employer le plâtre, à cause delà
rapidité avec laquelle il s'altère. Aussi, je me demande s'il ne
serait pas nécessaire d'ajouter qu'il est indispensable d'enfermer
ces appareils dans des boîtes hermétiquement fermées, et de plus,
je crains que même avec cette précaution, ils s'altèrent si on n'en
a pas de suite l'emploi. Aussi, je serais disposé à préférer U
la manière ordinaire dont nous confectionnons nos attelles plâ-
trées.
M. Desprès. Je profiterai de cette circonstance pour m'élever
contre Tusage des bandages plâtrés circulaires, en temps àe
guerre, pour le traitement des fractures de membres. Tous les
blessés français soignés par ces appareils ont eu de la gangrène.
Les gouttières de Maisonneuve, d'Hergott, dont M. Tillaux nous a
parlé, ne sont pas plus utiles.
Les appareils do M. Zsigmondi sont ingénieux, mais je crois
qu'il ne faut pas se hâter de les déclarer supérieurs aux autres,
ainsi je ne suis pas satisfait de cette double gouttière qui forme
un appai'eil circulaire.
Je ferai, de plus, le reproche à ces appareils de n'être pas assez
solides ; avec une très-petite pression, on peut les déformer; il n'y
SÉANCE DD 9 OCTOBRE. 65S
pas assez de plâtre, et les attelles que nous construisons avec de
tarlatane sont beaucoup plus solides.
M. Larrey. Il y a 24 ans que le D' Van Loo est venu, dans
on service, préconiser les appareils plâtrés de son compatriote,
. Mathusen.
Depuis cette époque, j*ai eu Toccasion de les employer un grand
>inbredefois, et j'en ai toujours de bons résultats. Mais il est
icessaire de les surveiller avec grand soin, et je partage tout à
it Topinion de M. Desprès au sujet des dangers que peuvent occa-
onner les bandages circulaires.
Les inconvénients qui peuvent en résulter doivent imposer une
rande réserve pour les employer dans la chirurgie de guerre, car
n'est pas toujours possible de pouvoir déployer la surveillance
ècessaire.
M. TiLLAUx. L'objection adressée par M. Terrier a été fait** à
'.Zsigmondi, quiy a répondu en disant qu'il avait fait faire 9,000 ki-
•mùtres à des sacs plâtrés tout préparés, qu'il s'en est servi après
mois, et que les résultats ont été excellents. Malgré cette
ipérience, M. Zsigmondi conseille de les enfermer dans des
>îtes bien fermées, et je ne crois pas que des appareils placés
108 une boîte ouverte pendant une journée^ soient altérés.
Je répondrai à M. Desprès que, pas plus que lui, je ne suis
irtisan des appareils circulaires, mais les appareils de M. Zsig-
ondi ne sont pas des appareils circulaires, ce sont des attelles,
^ gouttières.
Les appareils de MM. Mathusen et Van Loo ne peuvent pas être
>inparés à ceux qui nous occupent, car ces appareils n'étaient
is autre chose que l'appareil de Scultet construits avec des ban-
3lettes de flanelle, imprégnées de plâtre, dans lesquels on enfer-
lait le membre. Ils étaient bien inférieurs à ceux de M. Maison-
euve.
Les sacs en plâtre de M. Zsigmondi ont le même but que les
ttelles de M. Maisonneuve ; ils sont d'une construction très-ingé-
ieuse ; de plus, ils ont le grand avantage de pouvoir ôtre em-
loyés sans salir les mains du chirurgien, et je regarde cela comme
•ès-importaiit à considér<?r.
Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.
Bandages en sac de plâtre, nouvelle modification du bandage plâtré,
w le D"^ Adoli'Hk ZSKiMONDI, médocin on chef de l'hôpital Impérial cl Royal
de Vienne.
Je prends un morceau de toile, un morceau de mousseline et
654 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
un morceau de flanelle rétrécie *, et je les fais coudre de manière
à en former un sac des dimensions et de la forme du bandage pro-
jeté, puis je remplis les deux poches de ce sac avec du plâtre pul-
vérisé, dont je prends une quantité telle qu'elle suffit pour que la
couche du plâtre ait une épaisseur de 5 à 7, môme de iO millimè-
tres, si cela est nécessaire. Après le remplissage, je fais coudre
le côté ouvert du sac, en y laissant un petit trou (d'un centimètre
environ), je répartis bien également la poudre du plâtre, et je
trempe le sac dans de Teau chaude.
L'eau, en pénétrant, chasse l'air contenu dans le plâtre pulvérisé
et fait, suivant la qualité du plâtre, plus ou moins gonfler le sac.
Afin de faire sortir Pair par le petit trou du sac^ on le presse avec
les mains, et, par cela même, le plâtre s'imbibe complètement de
Peau. Ensuite, on retire le sac de l'eau, on l'égoutte, on le met sur
une planche oblongue garnie de lisières sur les côtés pour cause
de propreté, on Taplanit et on répartit bien également le plâtre
gâché en exprimant en môme temps l'eau superflue. Puis on adapte
le sac au membre malade, de manière à ce que la flanelle soit
placée au-dessus, et on l'assujettit rapidement au moyen de quel-
ques tours d'une bande roulée. Après cette disposition provisoire
qui, au besoin, peut seule suffire, on enveloppe régulièrement le
sac avec une bande au moyen de laquelle le sac prend parfaite-
ment la forme du membre malade. Il est nécessaire de ne pas trop
serrer cette bande, afin que l'appareil n'exerce pas trop de pres-
sion sur le membre malade.
Pour confectionner des bandages articulés, on partage le sac par
une couture simple en deux coutures parallèles appliquées à Teo-
droitde l'articulation projetée; de cette manière, on peut naturel-
lement augmenter à volonté le nombre des articulations.
Si Ton a besoin d'une attelle applicable à une partie angulaire,
par exemple au talon ou au coude, on enlève, des deux côtés du
sac, deux pointes â la hauteur de la flexion, et on ferme ensuite les
parties coupées du sac en couvrant la toile avec la toile, et la fla-
nelle avec la flanelle, et en laissant la coupure du calicot intermé-
diaire ouverte. Cette couche de calicot a le seul but de faire un
réseau intermédiaire dans les mailles duquel le plâtre, en péné-
trant, empoche la fragilité des attelles.
Avec ce procédé, on obtient des bandages s'adaplant merveil-
i En raison de la propriété de la flanelle de se rétrécir par l'action de l'eau
et de perdre par là un quart environ de sa surface, il convient d'en prendre
quelques mètres, de les tremper dans de l'eau bouillante, et de les faire
sécher avant d'en couper les morceaux destinés à la confeclion des sacs. Pu*
ce procédé^ on sera mis à même de déterminer dès le premier abord les di-
mensions exactes de ces morceaux.
SéANCE DU 9 OCTOBRE. 655
isement et offrant au malade toutes les commodités possibles,
os que Ton ait besoin de recourir à une interposition quelconque,
raser les cheveux ou de huiler la peau. — Il y a lieu de constater
un fait très-remarquable : les plis durs qui se produisent par-
s à la surface de l'appareil contigu au corps, même lorsqu'ils
nt considérables, ne causent aucun inconvénient au malade, car,
fait, ce n'est que l'enfoncement entre les plis, qui ne s'adapte pas
rfaitement, tandis que la pression de l'attelle en général, est éga-
nent répartie. Par contre, la forme précise de ces appareils im-
se,lors de leur renouvellement, des précautions spéciales, attendu
'il importe de donner aux attelles leur position antérieure, ce
li quelquefois ne remplit pas parfaitement, à moins qu'on ne
irque sur la peau* à Tencre, ou avec de la teinture d'iode, ou
la pierre infernale, la position primitive, précaution qu'on ne
vpait jamais perdre de vue.
J'ai appliqué cette sorte d'appareil dans plus de 400 cas.
après cette méthode, nous avons confectionné des bottes pla-
ies, de longs étriers pour la cuisse et d'autres appareils de repos
ur toutes espèces de fractures, simples ou compliquées, pour le
dtement de la tumeur blanche et d'autres inflammations des ar-
ulations, avec ou sans suppuration, ainsi que pour des plaies
insversales à proximité des articulations.
II.
M. TiLLAUx fait un rapport verbal sur un travail de M. Studs-
ard, de Copenhague, ayant pour titre : Corps étranger (verre à
ampignon) dans FS iliaque extrait par une laparo-entérotomie,
uérison.
Après avoir fait Téloge de la portion historique par laquelle
nimence le travail de M. Studsgaard, M. Tillaux expose, en
lelques mots, les circonstances dans lesquelles l'opération a dû
re pratiquée.
M. le rapporteur partage entièrement les raisons qui ont dirigé
détermination de l'intervention chirurgicale; il rappelle, à ce
ijet, une observation qu'il a communiquée à la Société, observation
un individu qui s'était introduit une bougie dans le rectum.
ï bougie sortit sans opération, mais le malade succomba,
i heures plus tard, avec une péritonite.
M. Tillaux termine en proposant' les conclusions suivantes :
1® Adresser des remerciements à l'auteur;
2** Publier, dans les BuUclinSj le travail de M. Studsgaard.
Discussion,
H. Verneuil. Les faits de corps étrangers dans l'intestin ne sont
656 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
pas très-nombreux et il est nécessaire de bien en connaître la
gravité. La mortalité, à la suite de cet accident, est très-grande,
car sans parler des dangers que peut entraîner la migration des
corps étrangers, il faut bien savoir que la sortie d'un corps étran-
ger par les voies naturelles présente une véritable gravité, qili
tient aux plaies de Tintestin, à Temphysème, que les manœuvres
d'extraction peuvent occasionner.
Aujourd'hui que, grâce aux méthodes antiseptiques, Touverlure
de la cavité péritonéale a perdu beaucoup de sa gravité, je cro
c{u'il sera avantageux d*être plus hardi et qu'il faudra moin^
craindre de recourir à la recherche directe du corps étranger.
La taille stomacale donne des résultats favorables, j'ai fait fair^
une thèse sur ce sujet par un de mes élèves, qui a pu montrer:
que c'était une opération véritablement bénigne.
La taille intestinale a été exécutée plus rarement, mais, eaj
portant un diagnostic précis, je serais d'avis de ne pas hésiter
opérer rapidement pour extraire un corps étranger.
Je viens d'employer avec intention les expressions de tatUf
stomacale, de taille intestinale, parce que je trouve excellent
mot de taille qui a une signilication bien précise.
Je désirerais demander à M. le rapporteur si le travail de
M. Studsgaard permet de répondre à plusieurs questions intéres-
santes.
M. Studsgaard a-t-il eu recours, dans son opération de rectol^^^
mie, à la résection du coccyx, manœuvre qui donne un acci's
très-large dans la cavité du petit bassin ? La résection même
partielle permet de pénétrer sans danger.
A-t-on agité la question de faire Tentérotomie dans la fosse
iliaque gauche, qui a le grand avantage sur la rectotomie, «le ne
pas avoir à redouter le tiraillement de l'intestin ?
Enfin, un troisième point, sur lequel je serais heureux d'avoir
Tavis de M. Tillaux, est celui de savoir si, après «voir ouvert lerec-
tum, il ne serait pas plus prudent, lorsqu'il y a de la péritonite, de
pratiquer un anns artificiel plutôt que de faire des sutures.
M. Desprès. Je serais heureux d'avoir quelques renseignements
de M. le rapporteur, car je ne puis pas m'expliquer entièrement la
conduite qui a été tenue.
Il est dit que le corps étranger a été senti par le doigt introduit
dans le rectum, or je ne comprends pas comment rextraclion na
pas été tentée par cette voie, aussi je désirerais savoir quels sont
les instruments qui ont été employés pour faire cette tentative.
Je n'ai pas très-bien saisi le point oii M. Studsgaard pense que
ce corps étranger est venu se loger; on dit dans Tobsen'ation
SiANCB DU 0 OCTOBRE. 651
qu*il a fallu tirer sur Tanse intestinale ; or si c'est TS iliaque, cette
tra€3lion aurait certainement produit des désordres graves, il faut
donc que le corps étranger soit remonté jusque dans le côlon
dei=^cendant ou transverse.
Avant de recourir à Tentérotomie, je tenterais l'extraction par les
voies naturelles, dont les recueils scientifiques contiennent plu-
sieurs observations. Une pince ù mords recouverts de caoutchouc
permet de saisir avec précision les corps en verre.
M. Lucas-Champioxnière. La proposition de M. Studsgaard
n'est pas faite pour la première fois. Il a deux ans, un mémoire
américain du D' Museroft, après un momoire du D^ Paul Eve,
avait formulé nettement la môme proposition.
Il se b.asait sur des faits déjà connus dans lesquels la laparoto-
mie aurait permis d'extraire sans accidents des corps étrangers de
l'S iliaque que Ton n'avait pas pu atteindre par le rectum.
Ce mémoire cite même un cas où le chirurgien regrettait de
û*avoir pas agi ainsi ; l'homme était mort sans avoir été délivré et
«près avoir reproché à son chirurgien de ne pas lui avoir ouvert la
psroi abdominale parce qu'il sentait avec sa main parfaitement la
saillie du corps étranger.
Cette proposition est d'autant mieux justifiée que dans certains
cas de corps étrangers du rectum, l'extraction très-laborieuse
constitue une opération de haute gravité.
Depuis quelques années la laparotomie a été pratiquée avec
d'excellents résultats en Amérique, en Angleterre et en Dane-
Diapk où elle est en faveur après des travaux remarquables.
Cette opération excellente dans bien des cas perd beaucoup de
sa gravité quand elle a été faite avec des précautions antiseptiques.
La remarquable observation de M. Studsgaard est très-propre à
encourager son application à la recherche de certains corps étran-
gers de l'intestin.
M. SÉE. Je désire rappeler un fait qui prouve qu'il no faut pas
trop se hâter d'intervenir pour l'extraction de corps étrangers et
que la nature peut seule agir.
J'ai eu, dans mon service, un vieillard de 70 ans, atteint d'une
tumeur colloïde du rectum faisant un obstacle complet a la déféca-
tion. Je lui faisais introduire de grosses canules en gomme de 25 à
30 centimètres de longeur (lue je retenais à l'extérieur avec un fil.
Un jour le Ql se brisa ; en introduisant le doigt pour chercher à
retirer la canule, je no pus parvenir à la sentir. Je laissai le
malade pendant une huitaine de jours, et je pus alors sentir la
canule et l'extraire, je ne dirais pas sans grandes douleurs, mais
au moins sans accidents.
658 SOCIKTÉ DE CHIRURGIE*
M. TiLLAUx. Je répondrai à M. Verneuil que la résecUon du
coccyx n'a pas été faite. Quant à savoir pourquoi M. Studsgaard ]
n'a pas fait l'opération de Littré, la réponse se trouve dans son
mémoire. M. Studsgaard avait eu l'occasion de pratiquer, peu de
temps auparavant, un anus contre nature par cette méthode et il
avait trouvé qu'elle ne donnait pas un grand espace pour pouvoir
tenter, par cette voie, l'extraction d'un corps étranger aussi volu-
mineux.
Je (lirai à M. Desprès que l'instrument qui a été employé pour
aller à la recherche du corps étranger est certainement le meilleur»
puisque c'est la main. La main fut introduite dans le rectuici.
jusqu'au troisième sphincter, dont la contraction empêcha d^
pénétrer plus haut, il fut impossible de le dilater et M. Studsgaard
se décida à recourir à une opération.
Je ne puis accepter l'assertion de M. Desprès qui soutient qu'^n
pourra toujours extraire un corps étranger, dès que le doi^
permettra de le sentir. De plus, il ne faut pas confondre les corps
étrangers du rectum avec les corps étrangers du côlon ou de VS
iliaque, qui amèneront beaucoup plus rapidement de la perforation
et de la gangrène. Je crois qu'on ne peut pas dire que le corps
étranger n'était pas dans l'S iliaque, parce que l'on a pu attira
rintestin endehors, l'S iliaque est une des portions les plus mobiles
du gros intestin.
L'observation curieuse de M. Sce n'est pas analogue p. celle de
M. Studsgaard, car il n'y avait aucune opération à essayer.
En résumant les faits qui ont été réunis par M. Studsgaard, dans
son remarquable mémoire, je crois que l'on peut poser en Ihèse
générale, qu'il vaut mieux opérer plus tôt que tard.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
Corps étranger (verre à champignon) dans l'S iliaque extrait par U
laparo-enterotomie. Guérison, par le D' Studsgaard, de Copenhapt*
La plupart des corps étrangers du tube digestif sont introduits-
fortuitement par la bouche, ou avec les aliments, ou par inad-
vertance; souvent ils sont avalés à dessein par des escamoteurs*
des aliénés ou par des enfants. Arrivés dans l'estomac, leur sorl
futur dépend principalement de leur consistance, forme, grandeur,
et de leur poids ; le passage à travers l'anus se fera avec plus on
moins de difficulté, parfois même sera tout à fait impossible, aucas
que les malades n'auront pas la chance heureuse de s'en débarns-
ser par vomissement. Aux endroits les plus dilTérenls du ventre,
ils peuvent se faire passage après un travail d'ulcération, unepéri-
S^ANGB DU 9 OCTOBRE. 659
lite locale et la forination d'un abcès; des aiguilles se font sou-
(it jour insensiblement et se présentent dans la peau ou dans le
BU sous-cutané longtemps après avoir été avalées ; mais parfois
B opération devient urgente, quand le corps étranger reste dans
stomac, sans pouvoir être vomi, ni passer le pylore, et causant
isi une gastrite après un temps plus ou moins court. Après le
lore, le duodénum, le cœcum, le sphincter ani présentent le
ssage le plus difficile, et bon nombre de péritonites, de typhlites
de fistules recto-périnéales doivent leur origine à rirritation
oduite par un corps étranger.
Les cas les plus curieux de corps étrangers, introduits par la
(Qche dans l'estomac et les intestins, sont recueillis par A. Poland
ro/s Hospllal Reports y 1863) ; il y a en outre 5 exemples de gas-
Dtomie (ouverture de Testomac), recueillis et critiqués par Kaiser
'xernfs beitrnge ziir operativen ChirargiCy 1878), d'oui! résulte
le cette opération, jusqu'à présent, a été faite à cette fin 13 fois,
dlement avec 2 cas de mort; pourtant il faut relever qu'en 6 cas
y avait des adhérences entre Testomac et la paroi abdominale
se perforation et abcès, et que la mort s'ensuivit dans un des
as 011 les adhérences faisaient défaut, tandis que la réunion des
IX membranes n'a pas été mentionnée dans les 3 cas restants
>c un décès. Poland doute qu'on soit autorisé à faire l'opération
>st-à-dire la gastrotomio sans adhérenceâ), et il croit que l'ex-
sion du corps étranger, à en juger d'après l'issue des cas sem-
blés, pût avoir été encore possible par les voies naturelles ou
' la formation d'un abcès. La valeur de cette objection en regard
plusieurs des cas relatés se laisse à peine juger à cause de leur
àveté; mais que des phénomènes morbides, particulièrement
^ douleurs, de concert avec la durée de la maladie, puissent
>oser l'opération plutôt que la forme et la grandeur des objets
rtés, ceci me semble indubitable, sans égard à ce fait que la
lique nous donne des exemples d'expulsion, soit par les voies
^welles, soit par des abcès, de presque tous les objets possibles
i se laissent avaler. La fourchette, que Léon Labbé en 1876,
^Taya de Testomac d'un commis par la gastrolomie, avait séjourné
pendant 2 années et 10 jours, et le malade se rétablit, nonob-
ml l'absence d'adhérences, que du reste Labbé, avait vainement
sayé de provoquer par des moxas réitérés. Poland cite en outre
DS son Traité nombre de guérisons d'extractions par des abcès
la paroi abdominale, après des perforations du canal intestinal
-même en un point quelconque, tandis que des laparo-entéroto-
3S véritables pour extraire des corps étrangers avalés ne sem-
ant pas connues.
Beaucoup plus rarement que par la bouche, des corps étrangers
BUIX. RT MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. ^
600 sociinfc Ds CHmuROiE.
sont introduits dans l'intestin par Tanus, tantôl par traumitisDe,
tantôt volontairement, par des motifs différents, dont on découvrin
difficilement la nature vraie. Dans les cas traumatiques, des perfo-
rations du rectum se feront naturellement avec facilité, tandis que Id
rectum dans les autres sera plus ou moins complètement obstrué;
comme règle, il faut alors extraire l'objet par une opération quelcon-
que, s'il n'est expulsé spontanément par des contractions rectales on
entraîné avec les excréments. De temps en temps on en trouve des
relations dans la presse périodique ; ainsi, je connais 4 exempleft
d'extraction de verre d'assez grande dimension, faites par Vel*
peau, Maisonneuve, Morel-Lavallée et Nélaton. Dans la collectioa
du musée anatomo- pathologique de Copenhague, j'ai trouvé
pierre oblongue et polie d'une longueur de 17 centimètres, d*i
largeur de 6 centimètres 1/2, et d'une épaisseur de 4 à 5 cen-
timètres, pesant 900 grammes, qu*un paysan de l'île Bomholm
s'était introduite dans le rectum afin d'obvier à un prolapsus (pii
le gênait depuis longtemps ; la pierre fut extraite par un chirur*
gien, nommé Frantz Dyhr, en 1756.
Tout à fait exceptionnellement, le corps étranger peut glisser
tellement en haut qu'il se loge dans l'S iliaque ou même dans b
côlon ti'ansverse, et je me permettrai de relater les 3 seuls cas de
cette espèce, que j'ai eu la chance de trouver, en en faisant le pa-
rallèle avec un quatrième de ma pratique hospitalière.
1° Héalli opéra, en 1849, à l'hôpital d'Orviéto, un paysan, qui
neuf jours auparavant, s'était introduit un morceau de bois dans
le rectum, voulant, d'après son dire, par cette manœuvre, amasser
les aliments en les empêchant de s'échapper trop rapidement.
Douleurs violentes. En l'explorant, le doigt pouvait tout josta
atteindre la base du corps étranger, environné de la muqueuse
tuméQée dans l'excavation sacrée. Des tentatives d'extraction réité-
rées n'aboutissant à rien, Kéalli fit une incision à la région iliaque
gauche, trouva le corps étranger logé dans TS iliaque, dilatée et
déplacée vers l'ombilic, et Textraya après avoir ouvert TintestiB,
qu'il sutura d'après la méthode de Jobert. Le malade fut purgé (1),
contracta une entéro-péritonite et un abcès à l'aine, mais guérit et
fut bien portant longtemps après. Le morceau de bois était ea
châtaignier, formé comme un cône tronqué, de 25 centimètres eo
longueur, 9 à 10 centimètres en diamètre {Langenbeck% Arcbiu
vol. VUI, page 620, et Prager Vierleijahrscbrift, vol. XXM,
page 50.
2" Un petit étui avec plusieurs instruments à effraction et des
appareils de voleur très-ingénieux fut trouvé à la section d*an
homme âgé de 41 ans dans la prison de Vannes en 1861, parOos*
madeuc. Le malade était mort d'une péritonite aiguë d'une durée
8ÊANGB DU 9 OCTODRB. 661
de 7 jours; pendant sa maladie, on avait découvert dans ie côté
gfuche de Tabdomen un corps dur d'une grandeur médiocre, qu'il
disait être un morceau de bois renfermant de la monnaie et intra
diiit dans le rectum ; cependant rien n'y fut trouvé par Texplora-
tioo. A l'autopsie, on ti*ouva Tétui logé dans le côlon transverse,
k pointe dirigée vers le cœcum ; il était en fer-blanc, enveloppé
d'un morceau de fraise de mouton, pesait C50 grammes, d*une
longueur de 16 centimètres, d'une périphérie de 14 centimètres, et
eeutenait 13 pièces d'outils différents et de la monnaie. Les néccs*
sures de voleur, que les prisonniers ont coutume de cacher dans
le rectum, sont bien connus des geôliers, mais ordinairement ils
Mot introduits la base en haut, et Closmadeuc croit pouvoir expli-
quer la migration dans le cas cité par l'introduction avec la base
eo bas. {Gazette des hôpitaux, 1861, p. 247).
8* Ogle relata le cas suivant à la Société médico -chirurgicale de
Londres, 1863 : chez un jeune homme de 17 ans, il avait senti une
tumeur du volume d'un œuf de pigeon située sous les cartilages
des cotes fausses gauches; 16 jours après le malade évacuait par
l'tnus un bâton d'une longueur de 10 pouces, qu'il avouait s*être
uitroduit dans le rectum 4 mois auparavant. Des détails spéciaux
sur la forme et la largeur du b^ton font malheureusement défaut
(Lêngenbeck*s Archiv., vol. VllI, p. 620).
Comme complément, j'ajouterai un quatrième cas, que j'ai traité
4 l'hôpital de la commune, à Copenhague.
Jean F..., valet de pied, âgé de 35 ans, fut admis le 10 jan-
vier 1878, et sortit guéri le 16 avril 1878. La veille de l'entrée, il
s'était introduit un verre à champignons vide^ le goulot en haut,
dans le rectum, d'après son dire, pour remédier à une diarrhée
rebelle, et le 10 janvier dans la matinée il fut obligé d'appeler un
médecin, des douleurs aiguës s'étant manifestées dans le ventre.
[1 fut chloroformisé, mais le verre, qui avant la narcose était senti
ians le rectum, glissa en haut pendant l'administi'ation du chloro-
Torme, et le malade fut alors immédiatement transporté à l'hôpital.
[1 était épuisé par le passage et les douleurs croissantes ; vomis-
sements de mucosités. A travers la paroi abdominale un peu tendue
ie verre était palpable le long de la ligne médiane à gauche, le
Tond près de la branche horizontale du pubis. Le soir narcose pro-
fonde, rectotomie linéaire postérieure ; la main fut introduite jus-
qu'au troisième sphincter, qu'on n'osa forcer à cause de sa résis-
tance; le verre fut alors de dehors pressé en bas dans le petit
i>a68in, mais il descendait dans une anse de l'intestin en avant du
rectum. Immédiatement après, laparo-entérotomie antiseptique à
travers la ligne médiane par une incision de 10 centimètres, com-
neoçant à l'ombilic; une anse, qu'on jugea être TS iliaque, fut
66â SOCIÉTK DE GHIRUROIB.
extraite, le goulot en avant et le verre fut ensuite lentement mis i
jour par une incision de 4 centimètres sur Toriflce et la partie su*
périeure du goulot. Toute la circonférence était protégée par des
éponges et des compresses contre les matières fécales, et rinci-
sion intestinale fut fermée par iâ à 14 sutures de catgut, d*iprèi
la méthode de Lembert, la surface péritonéale ayant été lanrée
abondamment; pour plus de sûreté, les sutures furent nouées i
trois nœuds chacune, Tintestin introduit librement et la plaie abdo-
minale réunie avec 8 sutures de soie à nœuds et à huit de chiOire
(Heppner) alternativement. La durée de Topération fut d'âne
heure.
Le verre avait une longueur de 17 centimètres^ le diamètre dn
fond était de 5 centimètres, du goulotde 8 centimètres ; ForiRoe avol
une entaille évidemment de vieille date, longue d*un demi-eenti-
mètre et tout aussi large avec des bords tranchants. La guérisoD
traîna en longueur et le pronostic fut pendant longtemps incertain
à cause d'une péritonite locale avec formation d*un abcès, que j'in-
cisai et sur la ligne médiane et à travers le rectum, dont une fusée
faisait saillir h paroi postérieure. 2 jours après Topération des
gaz commencèrent à passer; dès le 9* jour il avait' des selles
spontanées, et elles étaient bien. formées, sans traces de pus;
quand il fut complètement guéri il quitta Thôpital, le 16 avriH878;
les muscles sphinctériens avaient déjà pendant longtemps fonc-
tionné normalement.
Dans la dernière relation il y a plusieurs points qui méritentnœ
discussion plus étendue, et les cas précédents semblables peuvent,
dans certains sens, en éclaircir les plus douteux. D*abord quanti
ce qui a motivé Tintroduction du corps étranger, on ne peut pK
positivement contester que le prétexte donné par le malade soit
vrai ; le verre devait alors agir comme un obturateur et peut-itn
comme une sorte de réservoir excrémentitiel. Une intention pa-
reille peut évidemment être admise, et pour le paysan de BemhobB,
qui s'introduisait une pierre pour obvier à un prolapsus ani, et pour
ritalien de Realli. Les expériences des prisons nous montrent
qu'une certaine classe d'individus aussi savent utiliser l'excavalioa
rectale comme une cachette. Il y a d'autres cas oii l'intention se
décèle plus ou moins, et d'après mon avis on est parfois autorisé i
les imputer à la luxure ; la circonférence de l'anus chez mon malade
était très-singulièrement excavée dans le petit bassin ; son maître
me l'a dépeint comme une personne un peu sombre et morose, et
il m'a paru trop intelligent pour que j'ai pu me fler sans restrie*
tion à sa déclaration par trop sotte.
Ensuite on pourrait se demander pourquoi le verre avait changé
de place, étant senti peu de temps auparavant dans le rectoo.
SÉANCE DU 9 OCTOUKE. 6dS
inoiqoe le verre, selon toute apparence, se déplaçât de bas en haut
ir les tentatives d'extraction réitérées mais inefficaces faites avant
inarcosey au lieu de descendre, je crois néanmoins pouvoir accu-
w une tout autre cause. En envisageant la forme des trois
bjets trouvés dans TS iliaque et le côlon, savoir le verre, Tétuiet
I bûchette (je regrette que les détails du cas d'Ogle soient trop
brégés pour être bien jugés), elle se trouve plus ou moins co-
iiiue, et dans les 3 cas le corps étranger fut introduit dans le
Mtum le bout efSlé en haut; je pense que voici la raison, la mi-
ration en haut serait alors faite par la contraction des flbres oircu-
dres du muscle, excitée par voie réflexe par l'objet, agissant avec
lofi de force sur sa circonférence inférieure plus grande que sur
i supérieure plus ténue, et le forçant ainsi à aller de plus en plus
B haut par un mouvement antipéristaltique continu. D'ailleurs la
mue spéciale du corps introduit et la manière dont il dilate l'in-
Mtiii prouvent le mécanisme mentionné, car cela se confirme par
M renseignements des prisons françaises ; les étuis aux instru-
lents À effraction pouvant toujours être pressés en bas et en de •
M par l'anus à la condition d'être introduits la base en haut, et,
B même temps, par le fait que la migration en haut se borne aux
W seuls cas relatés, puisque la msgorité des corps étrangers in-
"oduit^ par l'anus se logent dans l'excavation rectale, jusqu'à ce
u'ils soient expulsés ou extraits.
En dernier lieu, étais-je autorisé à opérer le malade? Selon l'opi-
ion des uns, peut-être Topération, tant en général qu'en particulier,
'était pas indiquée; d'autres voteraient pourun délai. Je remarque-
li pourtant qu'une tentative d'extraction parla méthode de Simon
itlaite, mais vainement; car il m'était impossible de faire pénétrer
'us que deux bouts de doigts dans le troisième sphincter, à la
igion du promontoire, facilement atteint après l'incision du raphé
>8qu'à la pointe du coccyx. L'assertion de Simon que 3 à 4 doigts
lissent passer par la partie supérieure du rectum dans Tanse infé-
rer de 1 S iliaque (Langenbeck's Archiv,^ vol. XV, page 101) ne
' laissera en général guère soutenir, au moins quant à moi; j'ai
& plusieurs fois obligé de m'en abstenir à cause de la grande
sistance, bien que la circonférence la plus grande de ma main
il de 2 centimètres et demi moindre que la mesure indiquée par
EKion (je pense de sa propre main), comme apte à ces explorations;
reste, je n*ai pas d'objections à faire aux avantages de la mé-
>de quant à l'exploration des organes du petit bassin. Il estpos-
^le que la résistance trouvée tenait à un spasme circulaire, qui
Bsi mettait obstacle au glissement du verre par en bas, mais
descente dans une anse au devant de ma main se laisse pout-
re aussi s'expliquer par la direction de la pression qui, du grand
664 SOCIKTB DE CHIRURGIK.
bassin^ vise plutôt en bas et en avant qu'en arrière, si tant est que
le verre fût déjà logé dans la courbure du côlon. Cette tentative
fut heureusement bientôt abandonnée, car Tentaille du goulot, qu'on
découvrit plus tard, aurait pu facilement perforer Tintestin par
une pression immodérée. Il ne lui restait alors que les chances
d'une laparo-entérotomie ou l'expectation, et les motifs suivante
me décidèrent à la première alternative : il me parut bien plus vrai-
semblable que le corps étranger causerait une péritonite avec des
symptômes d'iléus, qu'il serait expulsé par le mouvement péristal-
tique, d autant plus que je supposais qu'il était déplacé en haut par
des contractions musculaires actives, et qu'un corps d'une telle
grandeur ne puisse passer à travers la paroi abdooiinale après ue
inflammation et ulcération locales sans exposer le malade i des
dangers tout juste aussi grands qu'une incision technique; cda
était douteux, de même que c'eût été un pur hasard si la péntonito
éventuelle s'était maintenue locale. Pour ces raisons, je préférai
la laparo-entérotomie immédiate, en faisant l'incision sur la ligne
médiane comme dans l'ovariotomie, au lieu d'ouvrir au-dessus da
ligament de Poupart, et à cause de la cicatrisation facile et parée
que j'avais vu peu de temps auparavant, en faisant un anus artifi-
ciel sur rS iliaque pour obvier à un cancer du rectum, l'espace
étroit que donne rincision oblique à cause de la direction des fibres
musculaires.
. Finalement, quant au traitement de l'incision intestinale, la su-
ture de Lembert (inversion des bords avec adossement des surboes
péritonéaies) fut préférée à celle de Jobert (invagination de toute
la partie incisée de l'intestin avec sutures circulaires), parce que la
première est moins compliquée, se fait plus promptement et avec
moins de manipulations de l'intestin.
Le résultat des 4 cas de corps étrangers introduits par l'anus et
trouvés dans le côlon a été le suivant : un malade guéri spontané-
ment par expulsion à travers l'anus (Ogle), un mort de péritonite
sans opération (Closmadeuc), deux guéris par laparo-entérotomie.
(Réalii, Studsgaard.)
Mënoire.
M. Ëhrmann, de Mulhouse, donne lecture d'un mémoire intitulé:
Remarques sur un cas de ligature de favière carotide priiûitife,
Xiécessitûe par une liémorrhagie consécutive à f ouverture spontt
née d'un pJilogmon de la rcgion amygdalienne.
Les observations de ligature de la carotide primitive ne sont
plus aujourd'hui des raretés. Léon Le Fort, dans son article (]iiRO-
SÉANCE OU 9 OGTOBI^E. 666
IDE du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (i** 8é-
rie» t. XII, p. 621 et suiv.) en avait déjà, à la date de 1871, ras-
Bcmiblé 415 cas dûment contrôlés; vers la même époque, la
statistique, moins rigoureusement triée peut-être, de Pils (de
Stettin) (ArcAiv. ftir Kliniscbe chirurgie, 1868, Bd. IX, Heft 2,
p. 257) en mentionnait plus de 600, et depuis lors nos recueils pé-
riodiques en ont relaté un assez grand nombre encore.
Ce qui donc nous détermine à produire le fait qui forme la base
le la communication que nous avons Thonneur de soumettre à la
Société de chirurgie, ce ne pouvait être la vaine satisfaction d' ajou-
ter un succès de plus a tous ceux déjà publiés; c'est bien le carac^
1ère exceptionnel de l'accident qui a motivé notre intervention.
Les pathologistes ont signalé, parmi les terminaisons possibles
di Tamygdalite phlegmoneuse, Thémorrhagie par ulcération de la
otrotide interne.
Les rapports de voisinage qu'affecte l'amygdale avec le tronc
etrotidien, qui n'en est distant que d'environ 12 millimètres et
qui peut s'en rapprocher davantage dans ces cas d'anomalie assez
peu rares encore, où l'artère décrit une courbe à convexité interne
({iii confine à la .glande, expliquent comment cette complication
htale a pu devenir la conséquence de l'extension de l'inflammation
mppurative et d'un travail consécutif d'ulcération, en l'absence de
4>ate lésion Avenue de l'extérieur.
Grisolle * rapporte qu'il a été témoin une fois d'une hémorrhagie
nortelle résultant de l'ouverture spontanée d'un abcès tonsillaire.
En 1857, à l'hôpital de Metz, un abcès de l'amygdale amenait
Clément une hémorrhagie foudroyante, et Méry ^ constatait, à
l'autopsie du malade, l'ulcération de la carotide interne.
Chez un malade de Gaytan 3, homme de 38 ans, sujet aux abcès
ies amygdales et atteint depuis huit jours d'une nouvelle récidive
le cette affection, la ponction d'un abcès volumimeux de l'amyg-
dale gauche avait été décidée. Gaytan, arrivant une heure plus tard
pour y procéder, ne trouva plus qu'un cadavre. Dans l'intervalle,
l'abcès s'était ouvert, et une ulcération de la carotide interne avait
imené une hémorrhagie mortelle.
Pour un cas d'ordre analogue observé par L. Le Fort * àThôpital
oiilitaire de Lille en 1848, une hémorrhagie du même vaisseau avait
BU son point de départ dans une inflammation chronique, ulcéreuse,
de l'amygdale. On devait, à la visite, extirper une amygdale hyper-
i Grisolle, Traité de pathologie interne, 1855, 6« cdit , t. I, p. 234.
t Communication de Dauvô à la Société de chirurgie, Bulletin do la Société
it chirurgie, 1870, t. XI, p. 281.
s Cay tan, Pragrer Vierteljahrschrin,\^(S\\ Gazette bebdomad.,\^ly^,2QO.
• Le Fort, Gazette hfibdomfid., 1862, p. 300.
666 SOCIÉTÉ OB GinRunoiB.
trophiée; peu d'instants avant Tarrivée du chirurgien danslasalle^
une hémorrhagie foudroyante faisait en quelques minutes expirer
le sujet.
M. le professeur Immermann (de Baie) a bien voulu nouscom*
muniquer l'observation encore inédite d'un jeune malade dellansv
traité à sa clinique au mois de novembre 1876, et chez lequel, auB
huitième jour d'une scarlatine jusque-là normale, apparaissait dan s
la région sous-maxillaire droite, une tuméfaction douloureuse, â
développement rapide, coïncidant avec une augmentation de
fièvre et s'accompagnant d'une forte gène dans la déglutition,
surlendemain, dans la nuit, se produisait subitement une hémop—
rhagie par la bouche et par le nez, et le malade succombait en
moins de cinq minutes. L'autopsie révéla Texistence d'un abcâs
tonsillaire profond qui s'était ouvert dans Tarrière bouche et qu^
d'autre part, avait perforé la carotide. Une assez grande quantité
de sang s'était introduite dans les bronches.
Mais si, fort heureusement, la complication dont il s'agit ne s'est
présentée toujours que comme une terminaison exceplionnellemeot
rare d'une affection par elle-même si commune, il est, à coup sûr, {
presque plus rare encore que dans des cas de ce genre le chim-
gien ait eu l'heureuse fortune de pouvoir agir assez à temps pour
sauver la vie à son malade.
La ligature de la carotide primitive a été pratiquée dans cescoo-
ditions par Dunin * (1826), par Mayo« (1830), par Duncan»(lM6),
par Smith * (1865), et par Grahame •> (1870). Sauf le cas de Duffia,
sur lequel nous reviendrons plus loin et qui ne rentre pas stricte-
ment dans le cadre des faits qui nous occupent, il s'agissait cbex
tous ces malades d'hémorrhagies déterminées par le progrès, non
point d'abcès, mais d'ulcères phagédéniques ou gangreneux du
fond de la gorge. Seuls, les opérés de Mayo et de Grahame gué-
rirent.
Dans le cas dont nous allons relater l'histoire, nous nous sommes
trouvé, pour ainsi dire, témoin de l'accident, et notre intervention
a abouti à un succès.
Observation. — Phlegmon de la région amygdaline chez un sujet en
apparence Lien portant. Ouverture spontanée de l'abcès au huitième
ou au neuvième Jour. Hémorrhagie foudroyante. Ligature de la caro-
tide primitive. Gué ri son.
Il s'agit d'un jeune Italien, ûgé de 22 ans, Josei^h Gustantin, ouvrier
4 Duffln, Edinhuruh rned. and surg. Journ., 1824, vol. XXI.
« Mayo, Bulletin do Fcrussac, t. XXI (18ïU)). p. 12^.
5 Duncan, Edinburgh mcd. nnd surg Journ., vol. LXII(ia96)» p. lii
* Smith, A/ed. Tiwes and Gaz., 1805, l. I, p. 368.
? Rob. Grahame, Lancety 1870, 27 aug.
8KAni:k du 9 octobrk. 667
terrassier, de belle constitution apparente et de bonne santé habituelle;
entré à l'hôpital de Mulhouse le 28 avril 1875, dans le service de notre
collègue le D' Battenberg, pour une angine tonsillaire datant de peu
de-jours et localisée à droite. Empâtement douloureux de la région
sous-maxillaire, dysphagie et fièvre. On pense avoir affaire à une esqui-
nancie simple, et le malade est tenu, deux jours durant, aux boissons
émollientes et aux cataplasmes.
Le troisième jour de rentrée, 1^' mai, vers 6 heures du matin, après
une nuit ngitée, Pabcès s'ouvre spontanément dans la gorge; mais tout
aussitôt un flot de sang vermeil inonde la cavité buccale, et en quelques
secondes il en est rendu plus d*un demi-litre.
Quand la sœur du service arriva auprès du malade, Thémorrhagie
s'était arrêtée. Un sac de glace est néanmoins appliqué sur le côté
droit du cou, en attendant la visite.
A 9 heures et demie, nouvelle hémorrhagie aussi soudaine que la
première, mais un peu moins abondante. Le D' Battenberg réclame
notre concours pour pratiquer la ligature de la carotide, dont il consi-
dère dès à présent l'indication comme posée.
Nous trouvons le malade dans l'état suivant : grande anxiété, pâleur
considérable; sueurs froides; pouls accéléré, petit, pourtant relative-
ment encore assez résistant. Empâtement étendu, mais peu doulou*
reux, de la région sous-maxillaire. A. l'inspection de la gorge, rendu
difficile par le serrement des mâchoires : tuméfaction et rougeur œdé-
mateuse du voile du palais; un caillot frais, volumineux, masque à
droite la région des piliers et la base de la langue. A la palpation de
la tumeur; point de battements manifestes.
On nous présente dans deux cuvettes le sang qui a été rendu par le
malade : il n'y a pus à s'y méprendre, c'est bien du sang artériel.
Toutefois, la deuxième hémorrhagie ayant été moins forte que la
première, et le malade nousparaissaiU plutôt angoissé que considérable-
ment affaibli, nous pensons pouvoir temporiser encore; nous recom-
mandons l'immobilité la plus complète, la continuation de la glace, et,
en cas d'hémorrhagie nouvelle, la compression digitale sur le tuber-
cule carotidicn.
Nous étions encore en tournée dans nos salles, quand, une demi-
heure à peine plus tard, on nous rappelait en hAte. Une troisième hé-
morrhagie venait de se produire, presque aussi considérable, à elle
seule, que les deux autres réunies. Le malade était dans un état syn-
copal, très-pâle, comme exsangue: extrémités froides ; pouls filiforme.
L'hésitation n'étant plus permise, nous pratiquâmes, séance tenante,
avec l'assistance du 13' Battenberg, et tandis qu'on continuait à com-
primer le vaisseau, la ligature de la carotide primitive. En raison de
la brièveté du col et de sa tuméfaction au voisinage de la mâchoire,
Tartère dut être découverte assez bas, un peu au-dessous du muscle
omo-hyoïdien. Le vaisseau, isolé avec soin, fut coupé entre deux liga-
tures. Ainsi que nous avons coutume de le faire chaque fois qu'il 8*a-
fïi d'artères importantes, convaincu que nous sommes, avec notre
668 BOGiéri dk ghirurgis.
émineat maître, M. 8ediUot t, que celte méthode est celle qui met U
plus efficacement à l'abri des complications hémorrhagîqoes par aloé-
ration du fil.
L'écartement des deux bouts de l'artère, rétractée dans sa ^ûm,
mesurait ici plus de 15 millimètres.
Les suites de l'opération furent heureuses. On continua par préou*
tien les applications de glace durant les trois premiers jours. L*hém«>>
rhagie ne se reproduisit plus. Il y eut, jusqu'à la fin de la première
semaine, une assez forte réaclion fébrile, et, malgré l'insistance (joe
nous mtmes à favoriser l'alimentation, une inappétence à peu près
complète. Persistance, pendant plusieurs jours encore, de l'empâteaieBt
pharyngo-maxilaire. Ecoulement dans la bouche d'un pus fétide, pour
lequel durent être pratiquées régulièrement, plusieurs fois ehiqi»
jour, des irrigations phéniquées.
On ne vit se produire aucun des symptômes dits cérébraux oa ner-
veux, si fréquemment signalés dans des cas analogues ; mais il y eut
un degré prononcé d'aphonie, qui n'était point à mettre sur le eonpti
de la seule faiblesse, et qui du reste se dissipa complètement dn 9
au 4« jour.
Dès le commencement de la deuxième semaine, on voyait la flèvri
tomber, l'appétit renaître, l'influence de la région prémaxil«re n
résoudre peu à peu, et le malade, si affaibli au début, reprendre gii-
duellement ses forces. I^es fils tombèrent le 14* et le 16* jour. La éet
trisation de la plaie, retardée par la formation d'un petit abcès pré-
sternal, était complète à la fin de la cinquième semaine. Le maliée,
ouvrant facilement la bouche et avalant en toute liberté, sortait guéri
le 18 juin 1875.
RéflexioDs.
A. — Bien qu'il soit impossible, en l'absence du contrôle né-
croscopique, de préciser d'une manière absolument certaine le
point de départ de l'hémorrhagie dans des cas comme le nôtre, il
ne semble guère douteux que le vaisseau lésé n'ait été, ici,laoarch
iide interne.
La soudaineté à la fois et l'abondance de l'hémorrhagie ne pea-
vent s'expliquer que par la lésion d'une artère mcyeure. Le siège
même du phlegmon, les rapports anatomiques bien connus de li
région qu'il occupait, paraissent une présomption sufllsante ponr
que ce vaisseau n'ait été autre que la carotide elle-même.
Il est vrai que Thompson ' a vu l'excision d'une amygdale eo-
flammée produire une hémorrhagie presque foudroyante. Il se dis*
1 Sedillot, De la section des artères dans FintervaUe de deux iigitareit
comme méthode générale de traitement des bémorrhagîes et des anévrjsmeSt
Pans, 1850.
> Thompson, Medic. Times and Gaz., 1860, p. 631; de Saint-Germain, art.
Amtgdalotomib du Diction* de médecine et de chirurgie pratiques^ Ull
p. lOô.
8ÉANGK DU 9 OCTOBRE. • 669
osait à lier la carotide, quand un attouchement, auperchlorurede
ur de la surface saignante, arrêta rtiémorrhagie. Le sang était
Himi par les vaisseaux de Tamygdale, considérablement déve*
>ppé8.
Giintner ^, de son côté, a rapporté robservation d'un malade
lez lequel Fexcision de l'amygdale droite hypertrophiée avait été
livie d'hémorrhagies secondaires, assez graves pour nécessiter,
16* jour après Tessai infructueux des hémostatiques, la ligature
3 la carotide primitive. La carotide interne ne pouvait avoir été lésée
me ce cas, car la glande n'avait été excisée que partiellement;
Ais il s'agissait d'un sujet débile, hémophilique et en courb de
alternent d'une syphilis secondaire.
Il n'est point admissible que, chez le malade de notre observa-
on, l'ulcération spontanée des vaisseaux propres de l'amygdalOi
L même de l'artère pharyngienne inférieur, qui, comme on le sait,
a fournit la plupart, eût pu déterminer, d'une façon aussi brusque,
ae irruption de sang aussi considérable. Le fait de la guérison
uale n'infirme pas la thèse que nous défendons ici. 11 prouve sim-
lement que l'érosion de l'artère n'avait pas été, de prime abord,
ofBsamment étendue pour entraîner, comme dans d'autres cas
lus malheureux, la mort immédiate.
Syme ^, du reste, a vu guérir par la ligature de la carotide pr -
litive un malade pour lequel la réalité de l'ulcération de la caro -
de interne ne saurait faire doute, puisqu'elle s'était produite au
iveau du canal inilexe, par suite de carie du rocher.
Des otorrhagics répétées et une hémorrhagie par la bouche sui-
le de la formation d*une tumeur molle au fond delà gorge, avaient
uccédé, chez un jeune garçon de 9 ans, à un écoulement de pus
ar l'oreille. La ligature de la carotide primitive supprima l'otor*
liagie et fit disparaître peu à peu la tumeur pharyngienne. Il y eut
ncore quelques hémorrhagies par la gorge et par le nez, après
uoi la guérison resta définitive.
Ces ulcérations de la carotide interne dans le canal du rocher,
DUS rinfiuence de séquestre de l'os temporal, sont encore assez
■équentes : Jolly ^, dans deux mémoires publiés dans les Arcbi"
es générales de médecine, en 1866 et en 1870, en a rassemblé onze
bservations. La cause qui les fait naître place évidemment le
aisseau lésé dans des conditions de réparation particulièrement
âfavorables. Aussi ces cas se sont-ils presque invariablement ter-
I Guntner, Untcrbîndung der rechten caroUa, etc. (Oesterr, Zeitacbrift
r praktische Hcilkunde, 1872, n* 52).
« Syme, Edinburgh mcd, andsurg. Journ,^ 1833, t. XXXIV, p. 819.
» Jolly, Archives gcnéraica de médecine^ 1866, t. Il, p. 13; 1870, t. XV,
271.
670 • SUCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
minés par la mort. Broca S Baizeau*, Billroth', en liant diez
de ces malades la carotide primitive, ont été moins henreox
que ne Tavait été Syme. 11 faut dire que l'opéré de Broca ne sao-
comba qu*au 27' jour, aux progrès de la phthisie pulmonaire, et
12 jours après la dernière hémorrhagie. Mais chez celui de Billroth
la ligature successive des deux carotides n'était pas parvraue à &t-
rayer l'écoulement du sang.
Ainsi que nous Tavons dit au commencement de ce travail, des
ulcères de la gorge ont été, chez des malades observés par Hayo,
par Duncan, par Smith et par Graham, l'occasion d'hémorrhagies
qui aboutirent à la ligature de la carotide primitive.
Pour l'opéré de Duncan \ un matelot, âgé de 60 ans, qui mou-
rut au 13* jour, il est dit simplement dans Tobservation que le
sang provenait d'une ulcération phagédénique du pharynx, situé
du côté gauche.
Chez celui de Smith ^, jeune homme de 18 ans, une hémorriui-
gie soudaine s'était produite pendant un accès de toux, au nivetu
d'un ulcère du pharynx et de Tamygdale, à droite. Mort 5 heuras
après la ligature. A Tautopsie, engorgement des ganglions cervi-
caux antérieurs ; ulcération phagédénique de Tamygdale droite et
de ses abords ; perforation de 2 à 3 millimètres de diamètre sur la
carotide interne, tout près de son entrée dans le canal carotidien.
Pour le malade de Graham ^,' homme de 47 ans, atteint de
phlhisie avancée, l'ulcération qui amena l'hémorrhagie siégeait en
arrière du pilier antérieur droit, englobant les parties voisines da
pharynx et du voile du palais. Après deux hémorrhagies moins
importantes, le sujet avait perdu subitement, dans la nuit, trois
jours après, 30 à 40 onces de sang arténel ; le sang sortait touti
la fois par la bouche et par l'oreille droite, oîi Touïe se trouvait
abolie depuis quelque temps déjà. La compression, puis la liga-
ture de la carotide correspondante arrêtèrent l'hémorrhagie.
Quant au cas de Mayo '' un homme de 23 ans, selon toutes les
apparences, syphilitique, son auteur rapporte que l'amygdale droite
avait disparu entièrement sous une ulcération profonde qui 6*éteih
t Broca, Carie du rocher, ulcération de la carotide interne, etc. {BalL ^
la Soc, de cbirurg,, 1866, p. 172)'
» Baizcau, Perforation de la carotide interne; ligature delà carotide pn*
mitive (Bull, de la Soc. de chirurg., 1861, p. 430).
s Billroth, in extenso dans Pils (môm. cité, p. S99).
* Duncan, Edinburgh med. and surg, Journ,, vol. LXII, p. 125.
» Smith, Med. Times and Gazrtic, 1865, t. I, p. 858.
« Graham (Robert). Case of Elonghing phagedœna of tbroat, beatorrbagk
ligature, etc. {The Lancet^ 1870, 27 aug.).
f Mayo, Hémorrhagie provenant de l'ulcération du pharynx ; ligatare de
la carotide primitive, (Bulletin de Fôrussac, %. XXI, 183Q, p. 12?).
8KANCK DU 9 OCTOBRE. 6"!
lait également au bord postérieur du voile du palais et à la partie
oisine du pharynx, et que recouvrait en un point un lambeau
*e8chare, de couleur grise cendrée. L*hémorrhagie avait été très-
>rte, puisqu'à la deuxième qui s*était produite, le patient en quel-
ues instants avait perdu c près de 2 livres de sang ».
Si tout fait supposer que dans ces 2 cas, comme aussi dans
i fait qui nous est propre, le vaisseau lésé avait été la carotide
itemBy on devra cependant ne pas perdre de vue que des hémor-
hagies mortelles, nées d'abcès ou d'ulcères de la région de l'amyg-
ale, ont eu parfois leur point de départ dans des branches de la
arotide externe.
G^est ainsi que pour un malade de Muller S qui mourut d'hé-
norrhagie, celle-ci provenait de Touverture spontanée de la maxil-
aire externe, que l'on trouva au fond d'un abcès communiquant
ivec une collection puinilente de Tamygdale.
Mayo, dans l'observation dont il vient d'être question tout à
lieure, parle d'un cas de Watson *, pour lequel un ulcère, parti
le l'amygdale, avait causé une hémorrhagie de l'artère lingrale,
ievenue rapidement mortelle par l'irruption brusque du sang dans
0 larynx et la trachée-artère. Il se demande même si chez son
naïade l'hémorrhagie, qu'avait si bien enrayée la ligature, ne serait
}BS provenue d*une source identique.
Chez une petite fille de 4 ans, à laquelle Duflin ^ fit la ligature
le la carotide primitive pour une hémorrhagie de la bouche prove-
nant d'un abcès siégeant à gauche, sous la langue, vers 1* angle
maxillaire, Tautopsie révéla une ulcération de l'artère dentaire in*
rérieure à son point d'émergence, correspondant à une carie
osseuse.
La déduction pratique qui ressort de ces faits est celle-ci : s'il
est, en principe, rationnel de préférer avec Richet ♦, en raison de
sa nocuiké moindre, la ligature de la carotide interne à celle de la
carotide primitive pour les cas où une lésion nettement limitée au
premier de ces vaisseaux est indubitable, comme dans ceux d'une
perforation par un séquestre du rocher, ou d'un traumatisme direct
par la voie pharyngienne (on en possède un certain nombre
d'exemples : celui de Keith est le plus remarquable^), il sera toujours
t Cité par Desnos, art. Amygdale du Diction, de med, et de chir. prati"
Jues, t. Il, p. 123.
• Watson, Loii</o/i med, Gar., vol. III, p. 157, Mayo, /oc. cii.
» Dunin, Edinb med. and surg. Journ., vol. XXI, (1824, p. 240),
4 Richet, Diction, de med. et de chir. pratiq,, t. VI, p. 388, art. Carotide.
a Keith, Blessure de la carotide interne, chez une femme de 24 ans, pendant
me opération faite par la bouche pour enlever une épingle profondément
«foncée dans la gorge, derrière Tamygdale; guérison par la ligature de la
67S SOGléré DE GHIRURGIB.
plus sûr d'aborder la carotide commune, chaque fois que Voûwm
affaire à des hémorrhagies spontanées issues d'abcès ou d'uMni
de la région amygdalienne, le siège précis de la lésion arièriella
ne pouvant plus, dansées cas, être déterminé d'une manière «u«
rigoureuse.
B. ^ La bonne apparence constitutionnelle de notre opéré et
son état dosante antérieur méritent d'être relevés.
On sait combien est rare, dans les circonstances ordinaires, fai
perforation des artères de gros calibre par le pus des foyers
qu'elles traversent. Cet accident ne s'est habituellement présenté
qu'à la faveur de certaines conditions morbides générales, diathé-
sîques ou acquises.
Dans la discussion qui suivit en 1870, à la Société de chirorgie,
la communication de Dauvé S d'une observation d'adénite sup-
purée devenue mortelle par l'ulcération de la carotide primitive et
de la carotide externe, sous l'influence de la septicémie, Vemeuil a
insisté sur le rôle que joue l'influence purulente aiguë dans la pa-
thogénie des hémorrhagies secondaires spontanées.
Le cas bien connu de Liston ^, dans lequel la ponction d*im
abcès du cou fut accompagnée d'une hémorrhagie qui l'obligeai la
ligature de la carotide primitive, s'était rencontré sur un enfant
de 9 ans, maladif depuis plusieurs années et qui venait d'être atteint
de la scarlatine. L'autopsie prouva qu'il s'agissait d'un abcès scro-
fuleux qui s'était ouvert dans la carotide.
C'est également dans le cours de la scarlatine que s'était déve-
loppé l'abcès perforant qui fit mourir d'hémorrhagie le malade
carotide interne. {Archives de médecine, 4« série, Diction, 1851, t. XXV,
p. 475.)
Mayo (1829), Med, quart, Review, 1834, p. 410; Vincant (1845), Meé, chir,
Fransak, t. XXIX, p. 39; Arnott (1846), Lancet (184G), p. 135; Un (ISSI,
Lancet^ 1859, 1. 1, p. 559. Ligature de la carotide primitive (Mayo seul ifec
succès) pour des hémorrhagies provenant de blessures du fond de la gorge
occasionnées par des tuyaux de pipes.
Heiberg, cit. Pils, Zur Ligature des Arteria Carotis eommnnis ; Arekir, fit
klin, Cbirurg,, 1868. t. IX, p. 274 et 296.
Même opération sur un homme de 68 ans, pour une hémorrhagie consécu-
tive à une plaie produite par Textrémité d'un bâion enfoncé dans la gorge, lo
côté droit de la base de la langue : mort doux jours après.
Stanley, Lancet, 1859, t. II, p. 509; 1860, 1. 1, p. 35. Ligature de U earoUde
primitive chez un homme de 24 ans, pour une hémorrhagie consécutive à It
ponction d'un abcès de Tamygdale pratiquée deux jours auparavant. Mort par
accidents cérébraux {Voy, p. 15).
Chasaignac, Bulletins de la Soc, de chirurgie, t. X, p. 159 et 219, ei Gu*
des Ziop/r, 1859, p. 424. Ligature de la carotide primitive pratiquée avec succès
pour une hémorrhagie consécutive à la ponction d'une tumeur rétropharp*
gîenne {Voy, p 14).
«SANGS DU 9 OCTOBRB. 678
'Immermans '^ dont l'hisloire est rapportée aux premières pages
B œ travail.
Le 8i]y6t opéré par Graham * et chez lequel rhémorrhagie
irait été amené par un ulcère de la gorge, était phthisique.
Des tubercules pulmonaires furent constatés aussi à l'autopsie
'im malade, homme de 27 ans, auquel Mac Murdo ^ (1845) lia sans
tiooès la carotide commune pour des hémorrhagies consécutives
une adénite suppurée chronique, qui avait déterminé une perfo-»
itk>n spontanée du tronc carotidien, au niveau mâme de sa bifur-
itîon.
Une érosion de la carotide primitive, chez une femme de 42 ans,
pérée par Robinson * et qui mourut au 4* jour, avait eu son
oint de départ dans un ulcère strumeux de la région sous-maxil-
ire.
Les malades de Guntner ^ et de Mayo ^ et apparemment aussi
dui de Smith ''^ dont il a été précédemment question, étaient
ms rinfliience de la diathèse syphilitique.
Nous n'avions pas examiné, avant le moment où nous fûmes
tandé pour lui pratiquer sa ligature, le malade qui fait le sujet de
i présente obsei*vation. Ce que nous en savons, c'est qu'il n'était
>u£frant que depuis peu de jours, lors de son entrée à l'hôpital,
i que sa santé antérieure aurait toujours été satisfaisante. Rien,
i dans les données fournies par son état général, ni dans celles
rées de la marche apparente de la maladie, n'avait fait pressentir
u médecin du service la complication terrible qui, à si court
Mai, menaçait son existence.
Sans doute, l'enflure des parties molles avait été, chez ce ma-*
ide, plus étendue qu'elle n'a coutume de l'être dans l'amygdalite
rdinaire ; mais il est de ces phlegmons simples qui acquièrent,
DBune chacun le sait, un développement insolite ; et certes, ce
nd élément était loin de suffire pour, en l'absence de bruit de
onffle ou de pulsations constatés dans la tumeur, faire poser le
iagnostic de lésion ai*térielle. Or, ces pulsations et ce bruit de
Miffle qu'un examen plus minutieux eût peut-être permis de dé*
ouvrir, l'on n'avait pas eu, il faut bien le reconnaître, l'inspiration
e les rechercher ; lorsque nous-mêmes nous vîmes le malade, sa
< Immermann (Voy, p. 2).
• Graham, loc, cit.
s Mac Murdo (Saini-Thomas HospiL, 1845); E. Crisp, Krankgeiieû tr. Veriet-
wger derBIutgefazerfP»^ô; Pilz,Zur tigatur des Arteria Carotis corn mu-
'8, p. 270.
4 Bobînsoo, Load, mcd. Gaz,,L X, p. 357.
■ GuntDer, Joe. cil,
a Mayo, loc, cit,
7 Smilb, loc. cit.
674 SOCIÉTÉ DB GHIRURGIB.
tumeur venait de se vider et il se trouvait dans un état demi-
syncopal évidemment défavorable à la constatation du symptôme.
Il reste là, dans notre observation, au point de vue de l'édificatioii
d'un diagnostic différentiel, une lacune regrettable.
Mais voici deux faits qui, sous le même rapport, ne laissent pas
que d'être instructifs.
Un homme de 82 ans, atteint de catarrhe inflammatoire de 1.s
gorge, avec gonflement de Tamygdale droite, toux et fièvre, se pré-
senta à Duke (1848)^ Le gonflement augmenta peu à peu au poiixt
de rendre la déglutition presque impossible. Duke, en passant le
doigt sur la tumeur, y constata une pulsation manifeste; un sté-
thoscope placé à l'extérieur du col faisait en outre percevoir un
bruit de souffle. Il se refusa en conséquence à Touvrir. Un autre
chirurgien, qui vit le malade ensuite, ponctionna la tumeur; tout
aussitôt se déclara une hémorrhagie violente, qui se reproduisit
même après la ligature de la carotide et enleva le malade.
L'autre observation est due à Deware *; elle a trait à une femme
de 27 ans, offrant à son entrée à Thôpital un fort ptyalisme mer-
curiel, avec gonflement glandulaire et enflure considérable de
Tamygdale droite. Le chirurgien crut d'abord avoir affaire â un
abcès, mais, la tumeur augmentant, vint à saigner abondamment;
une exploration plus attentive y révéla des pulsations, et fit poser
le diagnostic de tumeur anévrysmale; la carotide primitive fat liée
et le malade guérit.
Comme contrepartie à ces données diagnostiques, nous ferons
remarquer que dans Tobservatiori de Liston, mentionnée page67i,
et pour laquelle il semble hors de doute que la perforation de U
carotide ait préexisté à la ponction de Tabcès, il est dit expressé-
ment qu'aucune trace de pulsations n*avait été constatée dans la^
tumeur : celle-ci proéminait dans la gorge et s'étendait surtout^
vers l'extérieur, au côté droit du col, au-dessous de l'angle maxil —
laire.
Cette absence des battements avait été signalée également che^
ce malade auquel Ghassaignac 3, en ponctionnant par la boudi9
une tumeur fluctuante de la base de la mâchoire du côté gaucbe^
faisant saillie sur le pharynx et qu'il pensait être un abcès rétro-
pharyngien, avait déterminé une hémorrhagie qu'il ne put arrêter
que par la ligature du tronc carotidien. Se basant sur ce faitqu^
le point où avait porté le bistouri était loin de faire prévoir la possl-
4 Duke, Tbe Lâncet, 1848, t. I, p. 233.— Cet homme avait reçu an coup de
pierre derrière l'oreille; ce qui fit penser à Duke que ranévrysmo poumil
avoir précédé la formation de l'abcès.
Deware, Med. Times and Gaz., 1860, t. I, p. 90.
5 Ghassaignac, BuUetia de la Société de cyi/rur^/c, 1860, t. X, p. 159 et 219.
SEANCE DU 9 OCTOBRE. Ô'jÔ
•
té d'une lésion de la carotide interne, Chassaignac invoqua,
ime cause probable de l'accident, une anomalie de la carotide,
serait-ce pas plutôt que, comme dans le cas de Liston, Tartère
ait pas été, ici, ouverte par le chirurgien, mais qu'elle Tétait
i par les progrès du travail inflammatoire qui avait amené la
lation de Tabcès ?
uoi qu'il en soit, le diagnostic de ces cas présentera le plus
rent des difficultés extrêmes. En Tabsence des signes caracté-
ques fournis parle toucher et par rauscultation,il peut devenir
ossible.
n'en ressort que plus impérieusement la nécessité pour le
iden d'avoir toujours présents à l'esprit les faits sur lesquels
s venons de nous étendre. Quelque exceptionnelle que soit la
plication dont il s'agit, il suffit qu'elle puisse se produire, pour
imposer la plus grande circonspection chaque fois qu'il se
Lvera en face de phlegmons amygdalicns dont le volume anor-
oula marche insolite auront frappé son attention.
aura à se rappeler aussi que les abcès même simples de
iygdale ne doivent être ouverts qu'avec précaution, et que, faute
roir été traités en conformité de ces principes, des malades ont
I subir la ligature de l'artère cai*otide. Tel est le cas relaté par
oley I, où une ponction maladroite d'un abcès de l'amygdale,
kiquée par un médecin, avait été suivie, au bout de peu de jours,
Smorrhagies devenues rapidement foudroyantes et indiquant
1 que la pointe de l'instrument avait entamé la carotide interne,
nley lia la carotide primitive, mais des accidents encéphaliques
lifis enlevèrent le malade.
i. — Nous ne ferons que mentionner, sans nous y arrêter, l'ab-
ice complète, après la ligature, des phénomènes cérébraux chez
naïade de notre observation. Ces troubles nerveux sont, comme
le sait, une des complications les plus redoutables dues à Tin-
Puption de la circulation dans les artères du cou.
'6 n'est point ici le lieu de discuter les hypothèses diverses
cessivement mises en avant pour en expliquer la production,
ui, après MM. Bérard^, Norman Ghevert 3, Norris *, Erichsen î»,
loir^, Broca"' et nous-môme **, ont été l'objet d'études cri-
SUnley, Tho Lancet, 1859, t. II, p. 509 ; id., ISGO, t. I, p. 35.
Bérard, Diction, en trente vo/umcif, arl. Carotide.
Norman Chevert, Rewarks on the Effecta of Oblitération ot the Carotid
\ry upon cérébral circulation (London Med, Gaz., t. I, ocl. 18i3, p.lHO).
Vorris, On tying the Carotid Arteries [Amer. Journ., 1867, t. XIV, p. i4i.
Erichsen, Science and art of Surgery.
Lenoir, Diction, des Etudes médicales^ art. Carotide.
Broca, Des anévrysmes et de leur traitement^ 1856, p. 504.
J. ËhrmanD, Des effets produits sur fencéphalc par foblitiTation des
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 45
676 SOCIÉTÉ DE GHIRURGIB.
tiques approfondies de la part de Hichet, dans le Dictionnain de
médecine et de chirurgie pratiques^ à Tarticle Garotiob (t. VI»
p. 402, 1867), et de Léon Le Fort, à l'article Cahotidei égal«iieii.t
du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (t XU,
p. 662, 1871).
Quant à l*aphonie présentée par notre malade durâni les premiei-»
jours qui suivirent l'opération, c'est là» il est presque inutile de le
rappeler, un symptôme d'un ordre tout différent et sans relaticMi
aucune avec l'interruption partielle du cours du sang dans Tem»^
phale.
Tous les chirurgiens aujourd'hui) avec Robert *, Giraldès*, Ri-
chet^, Droca*, Ghassaignac^, Bertherand **» Léon Le Fort^ i rat-
tachent ce trouble fonctionnel à une lésion directe, contusion,
comprassion par un exsudât ou par une infiltration sangaine^
irritation de voisinage produite par le séjour du fil des nerfê
incitateurs de l'organe de la voix, soit ded gros troncs nerveaz
eux-mêmes satellites de l'artère, pneumogastrique ou grand sjm-
pathique^ soit des filets anastomatiques qui forment au devant du
vaisseau et du côté du larynx le plexus préoarotidien décrit par Hu-
guier. L'hypothèse de la contusion rend plus aisément compte de
l'instantanéité du phénomène, inscrite dans un certain nombre de
cas, et s'accorde mieux ensuite avec sa rareté relalive, qui ea bit
bien dès lors, comme ce doit être, un accident opératoire.
Sa durée habituellement éphémère (nous ne parlons ici que des
cas d'aphonie temporaii'e) indique d'ailleurs que la constrictioû de
la ligature n'a rien à voir dans l'interprétation physiologique de ce
symptôme, ainsi que l'avait prouvé déjà un fait de Robert où Tipho*
nie s'était produite d'une manière subite, au moment du passage
(le l'aiguille de Gooper et avant que le fil n'eût été serré, et qttel^
met plus directement encore en lumière Une obsei^vation qui nouSP
est personnelle, que nous avons publiée en 1866 dans notre mé-
moire intitulé : « De f aphonie consécutive à la ligature de fari^t^
carotide. Paris, 1866 », et dang laquelle une ligature d'attente que
vaisseaux artoriels qui s'y disiriba^nt, Paris, 1860. Ce mémoire a éipenl86l
l'uLget d'un rapport de Giraldès à la Société de chirurgie, séance du 9 octobn
[Gaz. des hop., 1861, p. 491).
* Robert, Gaz. des hôpit., 1849, p. 421, et 1851, p. 88.
« Giraldès. Gaz. des liôpit., 1857, p. 128.
5 I^ichet. Gaz. des hôpit.y 1859, p. 424, et Diction, de méd. et de chir.prt
tiques, 1867, t. VI, art. CAROXibE, p. 414.
* Uroca, Des anévrysmes, 1869, p. 481.
5 Chassaignac, Gaz. des hôpit., 1859, p. 424.
« Bertherand, Gaz. mêd. de P Algérie, 1857, p. 5» pi.
^ L. Le Fort, Dictioa, eacyclopédique de mvd., 1871, l. XII, p. 866, art.
Carotidi.
SiANCfi DU 9 OCTOBRE. 677
; avions placée sous la carotide primitive pour nous mettre à
ï de l'hémorrhagrie dans Textirpatiou d'un cancer parotidien,
déterminé une aphonie de plusieurs jours, bien que le fil, que
n'avions pas eu besoin d'utiliser, eût été retiré de la plaie
5 l'opération *.
Conclusions.
— Les phlegmons de l'amygdale peuvent êtreroccasion d'hé-
iiagies spontanées qui, au moment de Touverture du foyer,
mnent foudroyantes.
même accident a été parfois le résultat d'ulcères profonds,
réneux ou autres, de la région amygdalienne.
— Ces hémorrhagies ont pour origine le plus souvent la per-
ion de l'artère carotide interne. Dans 3 autopsies toutefois
ie Watson, de Millier et de Duffin) le point de départ de Thé-
hagie avait été une des branches de la carodide externe.
. — Si dans la presque universalité des cas, l'ulcération arté-
paraît avoir procédé de conditions morbides générales, telles
)yoémie, scarlatine, scrofule, tuberculose, syphilis, il semble,
juger par le fait qui nous est propre, que cette circonstance
»rait pas indispensable à sa production.
. — Le diagnostic précis de cette complication, perforation de
re avant l'ouverture du foyer au dehors, sera toiyours parti-
:«ment délicat. Si l'existence des signes caractéristiques
is par le toucher et par l'auscultation a pu dans certains cas,
le dans ceux de Duke et de Deware, détourner le bistouri du
rgien, on ne saurait oublier qu'il est advenu à des opérateurs
/aient nom Liston et Chassaignac, de se trouver après la ponc-
d'abcès du col ou de la gorge, en face d'hémorrhagies qui
«itèrent la ligature de la carotide primitive.
— Le seul traitement rationnel de ces hémorrhagies est la li-
6 de l'artère carotide. Pour les raisons développées au cours
mémoire, c'est de préférence îà la carotide primitive plutôt
la carotide interne que Ton devra s'adresser.
Discussion.
TiLLàux. Je partage un peu les réserves que M. Ëhrmann a
) malade mourut après 47 jours. Malgré ce laps de temps prolongé,
>6ie permit de constater encore au côté interne du nerf pneumogastrique
^, mais intact, une traînée sanguine, trace d'un épanchement qui avait
a considérable. Une rainure transversale bien accusée y marquait le
;e du fil, dont le séjour avait été pourtant si éphémère. Ce point était
port immédiat avec le nerf, qui presque inévitablement avait dû être
par la sonde, soit pendant l'isolement des vaisseaux, soit au moment
gagement du fil {Mcm. cil,, p. 16).
678 SOCIKTK DE CHIRURGIB.
faites sur la source des hémorrhagies qui peuvent survenir dans
la région amygdalienne, car on voit souvent, à la suite de Tablatioa
des amygdales, des hémorrhagies d'une violence tellement consi-
dérable, qu'on a le droit de se demander si la blessure d'une artère
de l'amygdale est suffisante pour l'occasionner.
Je pourrai rappeler l'observation d'un élève de mon service, qui
vint un jour me demander de lui enlever une amygdale ; je lui re-
fusai parce qu'il venait d'avoir une violente amygdalite. Malgré
mon opinion, ce jeune homme rentrant chez lui,' se plaça devant
une glace et enleva son amygdale ; cette opération fut suivie
d'une hémorrhagie abondante qui ne put être arrêtée que grâce à
la forcipressure qui fut pratiquée par M. Verneuil. Malgré l'abon-
dance du sang je ne crois pas qu'on puisse admettre une blessure
de la carotide interne.
Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est le fait qui a été cité
par M. Ehrmann, dans lequel la ligature de la carotide primitive
n'empêcha pas Thémorrhagie de se reproduire.
Il y a là un point très-important de diagnostic, car la ligature de
la carotide primitive, à cause de ses nombreuses anastomoses, ne
mettra pas à l'abri d'une récidive, tandis que la ligature de la caro-
tide externe, peut-être plus difficile, aura un résultat plus certain.
Une des raisons qui me fait admettre que dans les hémorrhagies,
suite de l'ablation des amygdales, l'origine provient d'un vaisseaiL
de l'amygdale, c'est que la carotide primitive, quoique très-rappro—
chée, est protégée par une gaine fibreuse.
Pour expliquer la blessure de la carotide primitive dans l'ouver-
ture d'un abcès du pharynx, il faut se rappeler que des abcès ayant
pour point de départ les ganglions du cou, peuvent repousser
l'amygdale et faire saillie dans le pharynx : ils déplacent donc le
paquet vasculo-nerveux et qui peut être atteint par le bistouri.
Mais pour les abcès dont le point de départ se trouve dans
l'amygdale, dont l'ouverture a été suivie d'hémorrhagie, j'atten-
drai une autopsie pour admettre la blessure de l'artère carotide.
M. Ehrmann. Les réserves formulées par M. Tillaux se résumeni
en deux points. Se basant sur les rapports anatomiques de l'amyg-
dale, sur l'existence de l'aponévrose qui sépare en dehors cette
glande de la carotide interne, M. Tillaux émet des doutes sur la
possibilité de l'ulcération du vaisseau, en tant que le phlegmon
aurait eu son point de départ dans Tamygdale elle-même. Il rappelle
ensuite que des hémorrhagies aussi graves peut-être que celle qui
s'est rencontrée chez notre malade ont eu pour source les vais-
seaux propres de l'amygdale, et il se demande si dans ce cas,
comme dans tous ceux où le point d'origine de l'hémorrhagie se
SÉANCE DU 9 OCTOBRE. 679
uve dans une des branches de la carotide externe, ce n'est pas
igature de la carotide externe qui devra être préférée, cette liga-
3 étant à la fois plus innocente et plus efficace que celle de la
rtide primitive.
ur le premier point, et sans contester la justesse des considé-
JUS anatomiques invoquées par M. Tillaux, je répondrai par les
iltats publiés des autopsies, où, concurremment avec des abcès
bnds de la région amygdalienne, a été constatée la perforation
91 carotide interne. L'ulcération des aponévroses est assurément
Tait rare ; aussi ces cas ne se sont-ils présentés que très-
»ptionnellement.
uant au deuxième point de Targumentation de M. Tillaux, je
ïais avoir prévenu Tobjection qu'il comporte, en insistant,
me je l'ai fait, sur la soudaineté à la fois et sur l'abondance de
morrhagie. J'ai moi-même fait ressortir dans mon travail la
nté de certaines hémorrhagies parties des vaisseaux propres
l'amygdale, mais je conteste qu'une hémorrhagie ayant cette
"ine, puisse, en quelques secondes seulement, amener, comme
5 mon malade, près d'un litre de sang. J'accepterai bien plutôt
le phlegmon, disséquant les anfractuosités de la fosse zygo-
îque, aurait pu ulcérer une des grosses branches de la caro-
externe. Mais en tout état de causes, je n'admettrai que bien
cilement que dans un cas d'urgence où l'intervention doit être
lédiate et rapide, il y ait indication à tenter la ligature inilui-
it plus laborieuse de la carotide externe, alors qu'il existe des
tes fondés sur la localisation de la lésion artérielle à la carodide
ime ou à la carotide interne.
PrésenlalioB de pièee.
. Vedrenne présente une pièce de luxation de l'épaule, avec
nervation du malade, qui a été recueillie par M. Martel, aide-
ir cette pièce il fait remarquer :
La déchirure de la capsule à son insertion sur le bord inlerno
i cavité glénoïde et le décollement du prriostc dans une éten^
de deux centimètres environ. Il existe toutefois encore adhé-
un très -petit faisceau de libres un peu au-dessous de la partie
enne de ce bord ;
Une fracture du sommet du trocbiter^ mais sans déplace-
t;
]J intégrité de la longue portion du biceps dans sa gaine.
680 SOCIÉTÉ DE CHIRURGU&.
Il ajoute eaiia que celte luxation a été le résultat de la chute du
blessé sur le coude au moment de Taccident, ce qui est indiqué
par la plaie contuse existant en dedans du coude. et TabductiOQ
instinctive où devait se trouver le bras pendanl la chuta de àmû
que cet homme a faite.
Salle 12, lit 37. — Bon (Jérémie), 22 ans, 2« soldat au 28« régiment
de ligne. Ce jeune soldat, ordonnance d'un officier, fait une chute de
cheval le 2 octobre 1878 à 3 heures 1/2 de Taprès-midi. Relevé sins
connaissance il est apporté à Thôpital où Ton constate ce qui soit:
Décubitus dorsal, coma profond, respiration stertoreuse; deux
plaies linéaires à la région sourcilière gauche donnant peu de sang;
un peu d'écoulement de sang par la narine droite. Légères éraillures
sur le dos du nez, au menton, h la face dorsale des mains, Plaii
linéaire n'intéressant que les parties molles à Tépitrochlôe gauehe.
Le bras gauche est écarté du corps, Tavant-bras dana rextenaion,
Tabduction et la demi-pronation. Aplatissement de la région del-
toïdienne ; soulèvement des parties molles au-dessous de Tapophyse
coracoïde et en dehors du sillon qui sépare le grand pectoral du
deltoïde : on constate le déplacement de la tête humérale.
Cotte luxation qui est sous-coracotdienne est réduite le lendemiii
sans grands efforts par i*extension parallèle et la rotation en dehors.
Le malade no reprend pas connaissance et meurt le 5 oetobre à une
heure du matin.
i octobre. — Soir, temp.. 38<> Pouls.. 120 Respiration..
(matin....... 37,4 100 3!
(soir 38,i
_ (matin 37,8 120
(soir 40,8 200 •.,. 74
Autopsie^ faite 30 heures après la mort. Au crAnc, fracture de la
voûte orbitaire et de l'ethmoïde.
A l'épaule gauche ; le deltoïde ne présente rien de particulier; le
nerf circonflexe, les vaisseaux sont sains. Ecchymose considérable et
caillots sanguins en avant de Tarticulation. Cet épanchement sanguin
a fusé en dedans sur les deux faces du muscle sous-scapulaire jusqu'à
ses attaches au bord spinal de Tomoplate. Ce muscle présente nne
teinte noirâtre et une friabilité très-grande dans toute son épaisseur.
Néanmoins on ne constate aucune rupture de faisceaux musculaires.
L'épanchement de sang peut encore être suivi au-dessous et en arrière
du muscle sous-clavier jusqu'à 1 centimètre du sternum.
En dedans et en arrière, l'ecchymose a fusé sous l'aponévrose super-
ficielle des muscles sus-épineux et sous-épineux.
En bas l'épanchement sanguin a fusé le long de la gaîne des vais-
seaux jusqu'à la partie moyenne de la portion interne du triceps où
elle s'étale largement. Quelques caillots sanguins autour du tendon à»
la longue portion du triceps. Le coraco-brachial et la courte portioD
du biceps sont fortement ecchymoses : à la coupe ces muscles préaet*
teut dana leur partie supérieure le même aspect que le muscle soas*
sAaNCB du 16 OCTOBRE. 68)
MpaUire. Le tendon de la longue portion da biceps est sain et en
aœ dans sa coulisse.
Li capsule ^rtici^laire présente de petites eQcliymqs^s 9\i niveau de
grosse tubérosité.
Le prolongeipeAt de la sypoviale qui entoure la longue portion du
çeps est plein d*unsang noir (|u*on peut faire refluer par la pression
rec le doigt dans la grande synoviale articulaire. I^a Course séreuse
tromio-coracoïdienne est indemne sauf une petite ecchymose.
Toute la bourse séreuse située en arrière du tendon du sous-scapu>
ire est pleine d'uu sang noirâtre*
(Section par la scie de l'articulation sc^pulo-humérale: le trait de
ie passe par le tendon du sus-épineux et va diviser la cavité glé-
•îde en deux parties égales. Tune antérieure, Tautre postérieure.)
Partie postérieure. La section passp ep avant du tendop du sus-
ineux qui ^st intact. La grosse tubérosité est arrachée, mais sans
placement. Le périoste est intact ainsi que la capsule articulaire à
3 insertions à Thumérus et à la cavité glénoïde.
Partie aatérioure. On constate le môuie ^rrachem^uï de }^ tubéro-
é : le tendon dq biceps repose sur la tissure Antérieure. L^ capsule
ticulaire est arrachée complètement dans toute la moitié antérieure
ses insertions à la oavité glénoïde. Les bords de I9 solution de la
atinuité de la capsule sont légèreipent ecchymose^; les tissus ^itués
-dessus 4p cette capsule 80u( noirâtres : il y avfijt peu de sang dans
synoviale articulaire.
Ua séanca est levée ^ 5 h. 20 m.
Le Secrétaire,
HORTBLOUP.
Séance du 16 octobre 1878.
Prôsidonce de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
OorraspondiiBee.
La correspopdauce in^pripiée comprend :
4« Les journaux français suivants : Le Bulletin de P Académie
médecine; la Gazette des hôpitaux ; Y Union médicale; V Abeille
idicale; la Gazette médicale de Paris ; la Gazette hebdomadaire;
France médicale ; le Progrès médical; la Tribune médicale ;
\ Annales de gynécologie; Paris médical; le Journal de méde^
le et de chirurgie pratiques; la Revue mensuelle de médecine et
chirurgie; le Lyon médical;
682 SOCIÉTÉ DE CHIRUH6UB.
2** Les journaux étrangers suivants : La Gaceta de Sanitadmi-
lilav de Madrid; Centralblatt fur Chirurgie; British meëtû
Journal; Giornale internazionale délie scienze medicbe ; Cromn
modicO'Chirùrffica de la Habana ;
3** Des brochures : Observations de clinique chirurgicale^ par
le D' F. Gross, 2* fascicule ; Gipsverband und Tricot^GipsYeT-
band^ par le D' Van de Loo ; la Doctrine physiologique modem,
par le D' Mourgue ;
M. Larrey dépose les deux brochures suivantes : Leçons sur les
centres nerveux^ par le D*^ Fort ; Traitement du spina biSda^ par
la méthode nouvelle de James Morton.
M. Verneuil dépose la brochure suivante: Faits pour venir i
r histoire de la trachéotomie par le thermo-cautère chez Tentmiy
par le D^ J. Bœckel.
M. Marjolin offre à la Société un travail intitulé : De tétat ac-
tuel de r assistance des épileptiques, par le D' A. Lacour, de Lyon.
M. Marjolin expose la nécessité de s'occuper des épileptiques et
de remédier à Tabandon si regrettable dont les épileptiques ont
été jusqu'ici Tobjet. Il partage complètement les opinions dfr
M. Lacour, qui conseille le ti'aitement externe ou la colonisation»,
la campagne. — Si le traitement pharmaceutique est d'une grande
importance, il est nécessaire de soumettre les épileptiques à une
sorte d'entraînement moral et physique, qui change les conditions
de leur existence.
Rapport.
M. HoRTELOUP. Je viens vous rendre compte, au nom d'une com-
mission composée de MM. Tillaux, Polaillon et Horteloup, d'un
travail qui vous a été communiqué par M. Judes Hue, de Rouen.
Cette communication avait pour objet de faire connaître un nou-
veau procédé d'opération du phimosis.
Rappelant, avec raison, combien on recule souvent devant une
opération sanglante, notre confrère a cherché un procédé qui mît
à l'abri de tous les inconvénients que l'on peut reprocher aux
procédés ordinaires, tels que d'exiger une main chirurgicale et
l'usage du chloroforme nécessité par la douleur, de laisser souvent
subsister l'œdcine du prépuce et du fourreau de la verge, d'être
suivi, lorsque la réunion par première intention a manqué, d'oo
bourrelet cicatriciel qui viendra pour longtemps entraver les rap-
ports sexuels.
aéilNCE DU 16 OCTOBBE. 688
ivant d'examiner si ces objections sont bien sérieuses, per-
Uez-moi de vous décrire le procédé, proposé par M. Hue.
3e procédé n'est autre que Tincision médiane dorsale, mais au
i de faire cette incision instantanément avec le bistouri ou les
îaux, notre confrère obtient cette incision au moyen d'un fil en
utchouc.
es instruments nécessaires sont une aiguille enfilée d'un fil de
itchouc et boutonnée de cire vierge, une pince à pression con-
e et un bout de fil ciré.
* opération peut se diviser en cinq temps, qui ne sont, dit
rîue, presque que des mouvements : 1® marquer à Ten^Te,
la partie supérieure et médiane du prépuce le point où doit
rger l'aiguille; 2" introduire, jusqu'au point correspondant, l'ai-
le sous le prépuce et tranfixer celui-ci ; 3° saisir rextréinitc
11 de caoutchouc venu à la suite de l'aiguille sur la face cutanée
Drépuce et retirer Paiguille ; 4® réunir en avant les deux extré-
§8 du fil de caoutchouc en exerçant sur elles une légère et
venable traction ; 5** fixer la tension de l'anse élastique ainsi
Bsée à l'aide d'une pince à pression continue qu'on remplace de
:e par une ligature avec le fil ciré.
s tout s'accomplit, ajoute M. Hue, en quelques minutes, la
le partie douloureuse de l'opération, la transfixion du prépuce,
l'affaire d'un instant. En 10 à 14 jours, l'anse élastique
be, et 10 à 20 jours après, la cicatrisation est complète, sans
le sujet ait eu d'autres précautions à prendre que quelques
is de propreté et de protéger la ligature par un tour de bande.
btre confrère a pratiqué, depuis 3 ans, une trentaine de fois
e opération ; plusieurs de nos confrères de l'armée, M. le
3hambé; M. Debout, M. du Cazal, l'ont employé 29 fois;
3elot, chirurgien en chef de l'hospice général de Rouen, a
îuté 12 fois cette opération sans aucun inconvénient.
ucun des opérés adultes n'a perdu un jour de travail. Chez
K opérés, il y eut une légère tuméfaction qui disparut avec un
• de repos. Aussi, M. Hue termine-t-il son travail en disant :
•ésultat définitif est élégant, bien supérieur à celui de la circon-
)n, qui est d'une dénudation disgracieuse, à celui de l'incision
Srieure ou inférieure, qui laisse de chaque côté du gland deux
jants de peau qu'on a comparés à des oreilles. Avec le procédé
îonisé par M. Hue, le gland se présente, dit l'auteur, dans une
grture ovalaire à bords bien tenus et au point de vue de
)rme, les opérés ne le cèdent en rien à ceux dont le prépuce
nalement conformé n'a point subi d'intervention chirurgicale.
our appuyer son opinion, M. Hue m'a remis des dessins qu i
084 SOOlÉTé DB GHIRUROm.
nous montrent des résultats remarquables ; de plus, notre oonbère
a fait passer devant les yeux de la Société 4 jeunes soldats,
opérés par M. Chambie, médecin-major. De ces 4 jeunes gens,
1 semblait n* avoir pas été opéré, tant son prépuce était régulier
et normal, les 3 autres présentaient une disposition sur laquelle
je reviendrai plus loin et qui était loin d'être aussi élégante.
Il est certain, ainsi que le dit M. Hue, qu*il y aurait avantagea
pratiquer Topération du phimosis plus souvent qu'on qe le fait, car
lorsqu'on voit le triste résultat que donnent pour la contagioudes
maladies vénériennes ces longs prépuces qui viennent former un
prolongement au delà du gland, on ne peut s'empêcher de re-
gretter les craintes qui engagent parents ou adultes à ne pas (aire
faire une opération qui mettrait à Tabri de bien des ennuis. Mal-
heureusement, ce mot opération effraye toujours, et il faut souvent
un accident pour s'y décider. M. Nélaton avait cherché à éviter
Topéralion, pour remédier à l'étroitesse du prépuce, en construi-
sant une pince dilatatrice, mais cette dilatation, qui est assez dou-
loureuse et souvent suivie de récidive, ne peut être d'aucunes
ressource contre les longs prépuces ou contre les phimosis inflam —
matoires. Aussi, la dilatation du prépuce a-t-elle été un peuabao —
donnée et a-t-on été obligé de revenir à l'instrument tranchant.
Je ne rappellerai pas les différents procédés qui sont présents à
mémoire de tous, mais je me permettrai de faire remarquer quel
résultats sont loin d'être touj ours três-élégants, suivant l'expression
employée par M. Hue. Sans parler des incisions dorsales ou io —
férieures, je dirai que je rencontre, à la consultation de TH^--
pital du Midi, des individus ayant été circoncis avec peu de succès^
j'ai, dans ce moment, un jeune homme dont la portion supérieure
est très-régulière, mais à la portion inférieure, au niveau du frein,
il existe un jabot de plus de 2 centimètres. Après avoir essaya
presqtie tous les procédés qui ont été proposés, je suis arrivé à
penser que vouloir sectionner peau et muqueuse en un seul coop
de bistouri, à la dimension voulue, était peu avantageux pour le
résultat. On laisse souvent trop de muqueuse, ce qui peutocea-
sionner, comme je l'ai vu, des récidives, si on n'a pas soin de dé-
couvrir le gland pendant la cicatrisation, mais on a alors l'inconvé-
nient de voir se former derrière le gland un énorme bourrelet
inflammatoire qui exige un temps assez long pour disparaître.
Ces raisons m'ont fait, depuis plusieurs années, pratiquer l'opé-
ration du phimosis en trois temps * je sectionne la peau au point
qui me paraît convenable, j'incise ensuite la muqueuse à la partie
dorsale, et je coupe la muqueuse à un demi^centimètre du gland.
J'ai fait construire une pince qui me permet de pratiquer cette seo-
tion avec une très-grande régularité. Je place en tout six serres-
fl^NCE DU 16 OCTOBRE. 685
fines, et j'obtiens ainsi des résultats qui ont le droit de satisfaire
le chirurgien et Topérô.
Mais ce procédé a, comme tous les procédés de circoncision, Tin-
oonvénient d'être long et assez douloureux pour exiger souvent
l'emploi du chloroforme, aussi avais-je été très-satisfait en enten-
dant M. Hue proposer un nouveau procédé facile, non douloureux,
et donnant un résultat élégant ; considération importante lorsqu'il
s'agit d'un organe à la forme duquel on attache, au moins pendant
m certain temps de l'existence, une véritable importance.
Aussi, pour pouvoir juger des avantages du nouveau procéd(^,
Wprié M. Judes Hue de vouloir bien l'exécuter dans mon service
l'Hôpital du Midi.
Notre confrère a opéré 5 individus, 3 avaient des phimosis con-
î'ïitaux très-étroits ; sur ces 8 individus, 2 avaient le prépuce
is^loqg, les S autres étaient des sujets syphilitiques avec des
imosis inflammatoires exigeant un débridement.
I-'opération, faite avec adresse, a été presque indolore, mais
' ii^alades se sont plaints de douleurs assez vives pendant les
premières heures. Tous ont eu une inflammation assez notable
•
i ne leur aurait pas permis de travailler.
Qhez 8 malades la ligature est tombée le 10" jour ; chez les
lutres le 14® et 15® jour; une fois il fallut resserrer le lil.
Si je vous avais rendu compte des résultats de suite après l'o-
Jî^tion, il m*eijt été impossible d'accepter les conclusions de
• Hue, car il est difficile de voir de plus tristes résultats que
eux que nous avons obtenus. De petites fenêtres à bords inégaux
permettent à peine le passage du gland, et je dois dire que chez
lû des individus, ayant un prépuce très-long, l'ouverture était
tellement insignifiante que M. Hue, qui vit le malade, se décida à
rofaire une nouvelle ligature, mais sans beaucoup plus de succès.
J'étais, je l'avoue, peu disposé à renouveler l'opération du phi-
llosis par la ligature élastique, mais M. Hue me pria de vouloir
iien attendre avant de formuler une opinion, m'affirmant que cela
^'arrangerait au bout de quelques mois.
S des opérés quittèrent le service le 30 juin ; 1 autre ne
oulut pas sortir dans l'état où il était, et il exigea que je lui fis se la
irconcision; le cinquième, (|ui avait un phimosis inflammatoire,
uîte d'accidents secondaires, resta dans le service pendant deux
lois, sans la moindre amélioration, et me demanda à être opéré
ar le procédé ordinaire. J'ai revu dans le mois d'octobre les
opérés qui sortirent démon service le 30 juin, et je dois dire que
'ai pu constater que les espérances de M. Hue s'étaient réalisées.
686 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Ces individus se trouvent exactement dans les conditions des
jeunes soldats que M, Hue nous a présentés.
Le gland est parfaitement découvert, la cicatrice est insigni-
fiante, et, d'après les renseignements qui me sont donnés, il doivenl
être très-contents.
Un, cependant, dont le prépuce était très-long, présente aui:
extrémités de la section deux petits mamelons saillants qui sont
peu gracieux.
D'après ces observations, le résultat annoncé par M. Hue est
vrai quant aux fonctions de Torgane, mais je ne partage pas tout
à fait son avis quant à la forme. Chez 1 de mes opérés à prépuce
très-long, existent, comme je Tai dit, deux petites saillies assez
disgracieuses ; chez les 2 autres, lorsqu'on attire le prépuce-^
en avant pour recouvrir le gland, on voit bien qu'il ya eu une sec^ —
tion faite à la partie médiane. J'ai fait la même remarque suer-
3 des soldats qui nous ont été montrés ; le quatrième, en revanche,^
ne présentait pas cette disposition.
En résumé, le procédé qui a été décrit par M. Hue est simple,
moins douloureux et moins long que les autres procédés san-
glants ; il permet de bien découvrir le gland, mais je crois qu*îl
doit être surtout employé chez les enfants dont le prépuce estra-
rement très-long, et quant aux adultes, il ne. faut pas l'employer
pour des phimosis inflammatoires, ni pour remédier à des pré-
puces très-longs, que l'ouverture soit large ou étroite.
Votre commission vous propose :
1** D'adresser des remerciements à M. Judes Hue,
2** De déposer son manuscrit dans les archives.
Discussion,
M. Verneuil. Je crois que la dilatation du prépuce n'est pw
aussi abandonnée que semble le croire M, le rapporteur. Pour
mon compte, je n'emploie presque que ce procédé pour remédierau
phimosis des enfants au-dessous de 10 ans. Enj prenant certaines
petites précautions on obtient d'excellents résultats.
Il est indispensable de distinguer les phimosis avec un petit
prépuce et les phimosis avec hypertrophie du prépuce. Pour celte
dernière catégorie, il est certain que tous les procédés consistant
dans l'incision médiaire sont mauvais, et je crois pouvoir affirmer
qu'un des individus opérés par le procédé de M. Hue, dont on nous
a fait passer le dessin représentant le prépuce avec le fil ea
caoutchouc, ne pourra pas avoir évité un mauvais résultat.
M. Marjolin. Je partage tout à fait l'opinion de M. Verneuil; la
séANCB DU 16 OCTOBRE. 687
*btaUon donne d'excellents résultats pour les petits prépuces à
^^ces étroits. Je n'emploie plus d'autre procédé chez les
-«. D VPLAY. Je désire faire observer que souvent le phimosis
iccaxxipagne d'adhérence du prépuce avec le {^'land, et, dans ce
^ tous les procédés qui ne permettent pas de mettre le gland
'^'"^«lent à nu donneront de mauvais résultats. Je partage Topi-
' «^ ^ M. Horteloup, qui conseille de ne pas chercher à inciser
temps la peau et la muqueuse.
NGEK. J'emploie la dilatation du prépuce avec succès, mais
LUt l'employer que pour des prépuces fins et élastiques.
3 le cas de brièveté du frein, j'ai obtenu d'excellents ré-
^^^^ en le sectionnant avec un fil en caoutchouc.
81
Dt:.
ORTELoup. Je répondraià M. Verneuilque j'ai surtout blâmé
« de la dilatation pour remédier au phimosis des adultes
de longs prépuces.
B conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
Coamiaiiicatioii .
*^^^1 daDsla prostate.— Rétrécissement de rurèthre.— Taille prérectale
sans cathéter.— Guérison.
^. Desprks. Le fait sur lequel j'appelle l'attention de la Société
^^ paraît intéressant à un double point de vue ; le développement
*^ Calcul dans l'urèthre seulement, sans calculs dans la vessie, et
®s diflicultés de Topération, L'histoire du malade offre peut-être
^'^ssi un certain intérêt à cause des résultats qui ont suivi des
opérations dont la valeur a encore besoin d'être discutée, je veux
i^ler de l'uréthrotomie.
M.X...,âgé de 50 ans, est venu à Paris au mois de juillet dernier
*^e consulter pour un rétrécissement de l'urèthe compliqué de
Utules urinaires. Depuis vingt ans il souffrait d'accidents du côté
les voies urinaires.
A 20 ans, il souffrait d'une blennorrhagie qui avait duré 5 à 6
lois et n'avait pas été traitée par les injections.
A 30 ans, quelques années après son mariage, M. X... constata
a rétrécissement de l'urèthre i\m a été traité pendant deux ou
ois mois par la dilatation simple. Des accès de fièvre ont été ob-
n-vés pendant la dilatation (Le malade très-soigneux et très-
itelligent expliquait très-bien ses antécédents). Le rétablissement
j cours de l'urine a été incomplet.
688 SOCIÉTÉ DE GttmUtlDIB.
' A 45 ans, le malade eut une rechute, c'est-à-dire que lettrine ne
coulait plus que goutte à goutte. L'uréthrotoinie interne fut prati-
quée par Isnard, de Metz, qui lit une incision d'avant en arrièrepar
le procédé de M. Maisonneuve, et la dilatation immédiate. Le ma-
lade eut des accès de Hevre assez forts. Le rétablissement fut
incomplet. Quatre ans après, il y eu de nouveau une rechute, et
Isnard cautérisa le rétrécissement avec le porte-caustique de Lalle-
mand. Depuis ce moment les choses allèrent de mal en pis.De&
abcès menacèrent sans doute, carie chirurgien fit, à quelquesmois
de distance, appliquer des sangsues au périnée. Néanmoins, l'an-
née dernière, le malade eut sur le scrotum du côté gaucl|e, près
du raphé, un abcès qui s'ouvrit seul et à la suite duquel une tMt
persista. Trois mois après, le malade eut un second abcès etun^
seconde fistule. Tels étaient les antécédents, et il n'y a à ^'tmter
que deux renseignements qui ont leur importance : le malade ai
rendu en urinant, à une époque qu'il ne peut préciser, un petit gn—
vier de la grosseur d'une tête d'épingle, et depuis un an il aies
souffrances les plus vives au fondement, dit-il, et comme la senst—
tion d'une écorchure à la vessie. Le malade avait le sentiment qu'i-1
portait une pierre.
A l'examen local, on constatait : i°une tuméfaction inflammatoire
franche du scrotum tout autour des deux fistules : il était clair que^
le voyage (le malade venait de Metz) avait causé cette irritation : l*
tuméfaction s'étendait profondément jusqu'au bulbe ; 2** il y avait à
l'anus des hémorroïdes congestionnées.
L'urèthe exploré présentait un rétrécissement au lieu d'électioo
un peu en avant du collet du bulbe, une bougie n® 7 de la filière
Charrière passa avec peine et conduisit sur un autre rétrécisse^
ment en arrière du bulbe, et enfin vint heurter contre un corps diH^
qui donna la sensation d'un calcul. Le doigt introduit dans le rec-
tum sentit le calcul dans la région de la prostate, dont le voiuni^
cependant ne semblait pas Irès-augmenté, mais qui offrait une du-
reté caractéristique.
Les fistules urinaires étaient très-sinueuses et ne permettaient
pas l'introduction d'un stylet pour pénétrer dans l'urèUire.
Je diagnostiquai une pierre dans la prostate, deux rétrécisse-
ments de l'urèthre en avant de la pierre et des fistules urinaires
scrotales enflammées. Les urines examinées ne contenaient paôtte
pus floconneux, il n'y avait pas de cystite, les reins étaient insen-
sibles, la pression n'y provoquait aucune douleur, les reins étaient
donc sains, au moins en apparence.
Il fallait d'abord calmer l'inflammation du scrotum avant de re-
courir à une opération pour débarrasser le malade de sa pierre-
Une incision fut pratiquée le 10 juillet sur le raphé du scrotum, el
SâAlICE DIT 16 OCTO&RK. ^80
)nna issue au pus d'un abcès du volume d'une noisette, le repos
( lit et les cataplasmes sur le scrotum complétèrent le traitement.
)lidant 20 jours le malade continua de la sorte, et durant ce temps
Mayai, sans y compter beaucoup, la dilatation du rétrécissement,
cpôrience m'ayant appris que les rétrécissements traités par
éthrotomie interne, lorsqu'ils récidivent, résistent plus que tous
autres à la dilatation. Cette raison môme, à défaut d'autre, m'a
(condamner pour toujours Turéthrotomie. L'urèthre n'admet
tine bougie plus forte que le n^ 9. Aucun coude métallique
*iyG ne put passer , et dès ce moment je jugeai que je serais
{^ de faire la taille au cathéter.
> S5 juillet je procédai à l'extraction de la pierre. J'avais le
eiti de feire pui^ment et simplement la taille de Celse, et je
3^iB pris avec moi qu'un de mes internes. Je ne tardai pas a
»^rcevoir que je ne pouvais mobiliser la prostate avec le calcul:
làVait tout autour de la prostate des indurations dues aux in-
n^ations antérieures. Alors prenant séance tenante un nouveau
^> je fis la taille prérectale. Je passai la bougie no 7 dans la
ie, puis je ils l'incision classique à i centimètre en avant de
^f^ (Le malade, n'étant pas chloroformé, était attaché suivant
*Àgle(t anciennes, les mains flxées aux pieds à Taide de bandes),
dis difficultés commencèrent : impossible de sentir la sonde dans
^^hre. L'incision profonde des tissus Ait faite pendant que l'in-
t^ur de ma main gauohe> placée dans le rectum, suivait les pro-
> du bistouri. J'arrivai ainsi sur un tissu blanc qu'a sa résis-
^ je jugeais être la pointe de la prostate ou le commencement
^ portion membraneuse de l'urèthre ; l'épaisseur de cette partie
^ assez considérable, et il était impossible de sentir la bougie
le au travers. Cependant avec le doigt il était aisé de sentir les
Ubs du conduit qui donnait la sensation d'un tendon. Je dois
itev que le bulbe et ses artères étaient parfaitement évités, et
le fond de la plaie ne donnait presque pas de sang. Les yeux
eiient plus toutefois d'aucune utilité ; à force de faire aller et
tir la sonde dans l'urèthre, je pendus vaguement une sensation
k*ottement éloigné. Laissant alors mon doigt au lieu où cette
option avait été constatée , je fis une incision oblique sur le
idroil du ruban fibreux que je tenais toujours sous la pulpe de
^ indicateur gauche ; l'incision avait à peu près 5 ou 6 milli-
1198 d'étendue, et le bistouri ayant traversé l'urèthre, qui cria
B la lame comme du tissu fibreux dense, toucha la bougie qui y
I placée. Mon interne, M. Boudet, qui m'aida avec beaucoup
telligence, ressentit le contact : nous étions maîtres des difti-»
es principales. L'incision pratiquée, j'écartai la plaie et vis au
1 la couleur noire de la bougie. Une sonde cannelée ordinaire
690 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
fut ensuite introduite dans cette ouverture, et là il y eut une autre |^^
difficulté , le bec de la sonde heurtait la pierre et n'entrait pas
assez ; ce ne fut qu'après des tâtonnements ménagés que la soude
passa dans la vessie, et que nous vîmes sortir quelques gouttes
d'urine. Je lis alors un débridement en haut, je retournai ensuite
la sonde cannelée^ et fis un débridement en bas : je ne voulais pis
faire une grande ouverture, et surtout je ne voulais pas inciser la
totalité de l'urèthre, car ainsi que j'ai pu m'en assurer plustuti
nous étions sur la portion membranevise de Turèthre ; il ne fallait
pas en effet faire une section capable de causer plus tard un nou-
veau rétrécissement. L'ouverture était juste capable de laisser
passer le mors d'une pince à polype de 8 millimètres de largeur et
d'épaisseur. Lorsque la pince a été placée, j'en écartais les mors-
de façon à dilater mon ouverture pour extraire le calcul, dont te
volume me paraissait être celui d'une grosse noisette. Ici, je doi^
le dire, j*ai obéi au désir d'avoir le calcul entier pour enrichir \i^
musée Dupuytren; j'aurais pu briser le calcul avec la pince et e&
extraire les fragments. Plus tard je me suis loué de cette conduite»
car les examens dans la loge où se trouve le calcul ont tougour^
provoqué un mouvement fébrile, et si j'avais contusionné lapros—
tate en brisant le calcul, je n'aurais peut-être pasobtenuun résulta.^
aussi bon que celui que j'ai obtenu. Après la dilatation avec L^
pince, je pus saisir du premier coup le calcul et l'amener au dehors
intact et tel que vous le voyez. La portion de la sonde qui était
dans la vessie fut amené dans la plaie, puis au dehors.
Le doigt indicateur pénétrant dans la cavité qui loge le calcul
constate que le col vésical ferme au-dessus et est très-sensible au
toucher, et que la loge qui renferme le calcul est séparée du rec-
tum par une faible épaisseur des tissus.
L'opération avait durée 3/4 d'heure ; injection d'eau tiède dan»
la plaie qui est ensuite lavée avec un peu d'alcool camphré, hd
bec et le pavillon de la sonde sont liés ensemble, de sorte que je
laisse une sonde à demeure dans l'urèthre pour maintenir l'urè-
thre dilaté. Des cataplasmes restent en permanence sur la plaie,
les jambes sont maintenues demi-fléchies sur les cuisses, les
cuisses demi-iléchies sur le bassin à l'aide d'un oreiller placé sous
les cuisses. Le malade prit préventivement 60 centigrammes de
sulfate de quinine.
A partir de Topération qui lit éprouver au malade un soulage-
ment immédiat, les choses se passèrent avec toute la régulante
désirable. L'appétit vint progressivement et je citerai à leur date
les événements principaux.
Le 11* jour, élimination de quelques minces couches de tissu
sphacelé et bourgeonnement de la plaie. Le 16* jour, le malade
SÉANCE DU 1(> OGTOiiHl!:. 691
qui urinait par sa plaie commence à uriner par la verge. Issue
de pus bien lié et mêlé à de Turine par la plaie et par les fis-
tules scrotales. Le 18*' jour j'essaye de passer une sonde par
la plaie dans la vessie.
Le soir, un accès de lièvre pour lequel je donne 60 centi-
grammes de sulfate de quinine. Le 20^ jour, les fistules scrotales
paraissant un peu enflammées, je supprime la sonde placée dans
Turèthre et je place une sonde de caoutchouc n"" 14 de la filière
Charrière, munie d'un mandrin de fil de fer très-fin et à laquelle
j'avais donné la forme de la courbure normale de lurèthre.
Cette sonde passa dans la vessie en suivant la paroi supérieure
de Turèthre sans difficulté. La bougie, laissée en permanence
dans Turèthre pendant 20, jours avait dilaté jusqu'à ce point
l'urèthre, mais je dois dire que j'ai eu quelque peine à franchir le
rétrécissement. C'était alors le 9 août.
Celte sonde resta en place 8 jours, elle était bouchée avec ua
fosset et le malade vidait sa vessie toutes les 4 heures. La plaie
se referma rapidement, sauf en un point central qui donna
de l'urine 2 jours, puis se ferma et se rouvrit le 7® jour. Le
18 août, la sonde paraissant être une cause d'irritation, est sup-
primée.
Du 18 août au 25 août le malade, en bon état, marche rapide*
ment vers la convalescence, malgré une indigestion d'une demi«
journée à cause d'un bain pris trop tôt après le déjeuner.
Le 26 août la plaie, qui n'est pas encore fermée tout à fait, a
donné un peu de pus, et l'urine a coulé à chaque miction plein
un dé chaque fois. La sonde est replacée 48 heures. Cautérisation
de la plaie avec la pointe du crayon du nitrate d'argent.
Le 30 août tous les sondages sont suspendus, seulement le
malade passe tous les jours une bougie pleine, qu'il garde une
demi*heure pour maintenir son rétrécissement dilaté.
Le 3 septembie le malade fait sa première sortie au Luxem-
bourg. Même quand le malade sortait, le même pansement était
continué, les cataplasmes.
Le 18 septembre il part dans son pays.
Voici quel était alors son état 55 jours après l'opération. La
plaie était cicatrisée dans presque toute son étendue, il restait
seulement un petit pertuis capable de loger la pointe d'une ai-
guille à tapisserie. Quand le malade urinait, il coulait au début
de la miction une très-petite gouttelette de pus et quelques gouttes
d'urine un peu trouble. Je n'hésitai pas à dire au malade que cet
état persisterait jusqu'à ce que la loge où était contenu son calcul
serait bien revenue sur elle-même. L'urèthre était dilaté au point
de laisser passer une bougie du n*" 12 de la filière, mais cette
BULL. ET MEM. DB LA SOC. DE CHIR. 46
69â SOCIKTÉ DE CHlRUtlGtB.
bougie ne pouvait pas arriver dans la vessie, elle heurtait toujours
au fond de la loge où était placé le calcul. Le jet de Turine est
fort mais un peu tortillé et en éventail. Il n*y a aucun dépôt dans
l'urine.
L'une des deux fistules scrotales est entièrement cicatrisée,
l'autre Tétait à peu près, le scrotum était souple et avait repris la
forme et le volume normaux.
Le malade doit se passer tous les jours sa bougie, prendre tm
bain par semaine et n'avoir qu'une préoccupation, tenir son létit-
cissement dilaté.
Aux diernières nouvelles, 9 octobre, 1q malade a été fatigué parle
voyage en chemin de fer et avait dû garder le lit quelques jours,
Depuis, grâce au repos, le malade avait repris ses fonctions, Hué
perdait pas d'urine par le pertuis demeuré au milieu de la plaie
cicatrisée toutes les fois qu'il urinait, et voici les termes même de
sa lettre : c Je perds trois ou quatre fois par jour en urinant, six
à huit gouttes d'urine, t J'ai répondu au malade que le pertnis se
fermerait avec le temps.
L'observation que je viens de vous communiquer se passade
commentaires. Cependant, je voudrais faire cette seule remarque,
que, la dilatation permanente de Turèthre pour maintenir le canal
libre depuis lopération jusqu'à la période de réparation de la plaie
nous a été d*une très-grande utilité et il faut ajouter quelle a été
très-bien supportée par le malade. Je voudrais sgouter encore que
la difficulté d'obtenir rapidement la cicatrisation de la plaie tenait
exclusivement au siège du calcul. Celui-ci, en effet, occupait une
dilatation de l'urèthre dans la prostate (\m ne pouvait se combla
rapidement, Turine séjournait après chaque mictioii et en empS*
cliait le retrait et ce qui sortait sous nos yeux au début de là mic-
tion c'était Turine accumulée après la miction précédente. Lagtié-
rison déflnitive de la plaie n'aura lieu que quand cette partie se sers
suillsammcnt rétrécie. Quant au calcul, peut-être d'origine tenace,
car je ne l'ai point fendu, j'ai laissé ce soin à M. Houel, auquel je
donne ce calcul. Peut-être est-il formé autour de quelque écaille de
sonde. Mais ce qui est positif, c'est qu'il a été arrêté par le rétrécis-
sement et qu'il s'est lixé dans la portion la plus large du canal. 11
s'est accru sur place, et ce qui le prouve, ce sont des sillons mé-
dians dont l'un correspond exactement à la saillie du veru moD-
tanaum. Ce calcul a le volume d'une petite châtaigne, il pèse
(Le calcul est déposé au musée Dupuytrén.)
L'examen du calcul a été fait pai* M. Hoael,
Le poids du calcul est de 8^%20 ; il est composé par du phoa*
phate ammoniaco -magnésien, et Ton trouve à la coupe deux
SÉANCE DU 23 OCTODHË. 693
ipyau^ d*ij|n assez gros volume, réunis par un magma. Cette 4is-
K>8ition de deux noyaux est assez fréquente dans leç calculs cqm-
>08és avec du phosphate ammoniaco-magnésien.
Ces noyaux, qui ont d*abord séjourné dans la vessie, sont venus
« placer dansTuràthre, où lis ont été le point de départ de ce voju-
^ii\eux calcul.
M. GuYON. Je ne veux pas entrer dans la discussion de la com-
nunication de M. Desprès, je veux simplement faire remarquer que
es faits^ qui se passent dans mon service, sont tout à fait en dé-
saccord avec Topinion soutenue par M. Desprès, au sujet de l'im-
M>6sibilité de dilater les rétrécissements qui ont étéuréthrotomisés.
Il y a des rétrécissements qui ne peuvent pas se laisser dilater,
notais quant aux rétrécissements qui ont été uréthrotomisés, je
soutiens qu'ils peuvent subir facilement la dilatation.
M. Desprès. Je regrette de ne pas être de Tavis de M. Guyon,
bous les rétrécissements que j'ai pu rencontrer, après avoir suivi
l*uréthrotomie, ont été rebelles à la dilatation.
Leelare.
M. Terrillon lit une observation intitulée : Extraction (Tune
belle de revolver^ située profondément dans le rocher, où elle se-
journait depuis quatre mois et demi sans provoquer d'accidents,
mais entretenant une ûstule à écoulement fétide. — Guérison,
{Commission : MM. Desprès, Horteloup, Le Dentu.)
La séance est levée à 5 h. 20 m.
Le Secrétaire^
Horteloup.
Séance du 23 octobre 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondiifiee.
La correspondance comprend :
!• Les journaux périodiques de lasemaino, le Bulletin de F Aca-
démie de médecine y les Archives de médecine navale f le Bulletin
général de thérapeutique ;
694 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
2® La Revue médicale de Toulouse^ la Revue médicale de lE&t,
le Lyon Médical^ \q Journal de médecine de F Ouest, Y Avenir m-
dical du Nord de la France ;
8" La Chronique médico-chirurgicale de la Havane, la Gateile
médicale Italienne-Lombarde, The Brilish médical Journal ;
4° Une série de publications de M. le D' Gallez, membre de
l'Académie de Belgique (présentées par M. Boinet). — Deuius
de luxation fort rare. — Décollement et expulsion d'une poiiioa
considérable delà muqueuse de l'intestin (frêle, etc., etc., etc.
M. le Président annonce que M. Vast, de Vitry, membre corres —
pondant, assiste à la séance.
M. le Président annonce à la Société la perte qu'elle vienl d^
faire en la personne de M. Ciniselii, de Crémone, membre assocL^
étranger.
Eieelare»
M. MouROUEs lit un travail intitulé : Traitement de la mélror-
rhagie grave.
(Commission : MM. Polaillon, Lucas-Championnière et Guéoiot.)
Commoiileatloii erale.
Ou manuel opératoire de certaines résectioiis.
M. Verneuil. Je désire appeler Tattention de mes collègues sur
un point du manuel opératoire de certaines résections.
En règle générale, il est très-impoi*tant, dans toutes les résec-
tions, de conserver intacts les muscles et les tendons, car, grâce à
cette précaution, nous parvenons dans certains cas à rétablir les
mouvements d'une façon notable et, dans d'autres, nous évitons li
production des attitudes vicieuses.
Je ne veux pas m'occuper de toutes les résections, et je désire
seulement insister sur l'importance considérable que possède par-
ticulièrement cette règle pour les résections du cou-de-pied et du
poignet, segments mobiles pouvant être facilement entraînés dans
un sens ou dans l'autre. En effet, si, dans une résection du poi-
gnet, les extenseurs étaient coupés, on laisserait aux fléchisseurs,
tout pouvoir pour entraîner la main dans la flexion.
M. Ollier a beaucoup insisté sur la nécessité de conserver le
périoste, les muscles environnants, et j'attache une grande impor-
tance à cette pratique qui m'a donné d'excellents résultats, parti-
culièrement [)our l'articulation tibio-tarsienne.
SÉANCE DU 23 OCTOBRE. 695
Ainsi, je voyais, hier, dans mon service, un homme auquel j'ai
pratiqué cette résection pour un écrasement du pied ; cet homme
fort^ vigoureux, se broya le pied en tombant, je fus obligé de lui
enlever les deux malléoles, l'astragale et une portion de calcaneum ;
j'eus soin de conserver tous les tendons et j'ai obtenu un excellent
résultai.
Sur une femme, à laquelle je fus obligé de pratiquer une résec-
tion tardive, l'enlèvement de Tastragale, je conservai tous les ten-
dons et je pus, sauf un peu d'équinisme, obtenir un bon résultat.
Dans ces cas, dont je suis disposé à faire une première catégorie,
les tendons sont intacts, lorsque le chirurgien est obligé d'inter-
venir; mais il peut se présenter une seconde catégorie de faits,
dans lesquels il ne dépend plus du chirurgien de conserver tous
les tendons. Ce sont les cas dans lesquels les tendons ont été dé-
chirés, broyés par le traumatisme.
Dans une fracture de l'extrémité inférieure de la jambe, avec
luxation complète du pied, il existe presque toujours forcément une
déchirure d'un des groupes des muscles ou des tendons, car sans
cela la luxation n'aurait pas pu se produire.
Dans cette seconde catégorie, le résultat est beaucoup moins bon,
ainsi que j'ai pu le constater.
Dans un cas de luxation du pied, où tous les tendons, de la région
externe furent déchirés, j'enlevai l'astragale; mais il se produisit
une adduction très-accentuée.
Dans un autre fait, fracture avec luxation, où j'enlevai l'astra-
gale, les muscles étaient déchirés et je ne pus éviter une déviation
notable.
Dans un troisième cas, fracture avec issue du fragment supé-
rieur et luxation du pied, je vis se produire dans le courant du
2* mois, malgré une gouttière, une déviation en dehors du pied. Je
crus d'abord que cette déviation tenait à un manque de soins,
mais, malgré la plus grande surveillance, je vis la luxation se
reproduire et il me fut impossible de m'y opposer.
Le malade marche, mais avec une déformation. On ne peut donc
pas se défendre d'un certain désappointement, en voyant obtenir
d'excellents résultats, dans une première série de cas, où le déla-
brement avait été considérable, puisque j'avais été obligé de résé-
quer l'extrémité des os de la jambe et l'astragale, mais où tous les
tendons avaient été conservés ; tandis que, dans une deuxième
série, où le délabrement avait été moins étendu, je vis survenir,
lentement, une déviation que je crus pouvoir attribuer à une absence
de surveillance, tandis que cette déviation tenait à l'action des mus-
cles conservés.
696 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Il y a là une question qui se rapproche un peu de celle dont nous
nous sommes occupés dans une précédente séance : ce que de-
viennent les tendons après les résections. Ce qui m'engage à faire
ce rapprochement, c'est la déformation qup j'ai pu observer i la
suite de la résection radio-carpienne et qui dépend de l'action
des muscles.
Je n'ai fait que deux résections radio-carpiennes ; c'est une opé-
ration rare, car, avec de l'immobilité longtemps prolongée, la com-
pression^ les pointes de feu, on obtient souvent de beaux succès,
mais, cependant, on peut être obligé d'intervenir, ainsi que cela
m'est arrivé dans deux cas.
Mon premier malade était un vieillard, à qui j'enlevai tous les os
du carpe et une portion des os de l'ayant-bras. La guérison parais-
sait assurée, lorsque le siège survint et cet opéré succomba, par
suite des privations. Je fis la dissection du poignet et je puscoos-
tater qu*il y aurait eu adduction forcée, grâce à l'action du cubital
antérieur.
L'autre opéré a guéri ; chez cet homme, j'enlevai le carpe et l'ex-
trémité des métacarpiens. Le résultat est bon, puisqu'il peut se
servir de sa main pour faire le métier d*ajusteur, mais, nialheu-
sement, la main est encore dans l'adduction, et je n'hésite pas i
rapporter cette déviation au muscle cubital antérieur.
Pour l'articulation tibio-tarsienne, la résection est une opération
qui se présente beaucoup plus fréquemment; j'en ai fait 6, et 6 avec
guérisons. Quant aux résultats que nous devons chercher pour le
fonctionnement de cette articulation, ils sont tous différents decdui
de la résection du poif^net. Pour les mouvements du pied sur la
jambe, il est avantageux de Tespérer par un agrandissement du
mouvement des articulations voisines, mais quant à l'articulation
tibiotarsienne, il est préférable de chercher à obtenir une soudure
osseuse et par conséquent une ankylose; aussi le rôle des muscles
jambiers et péroniers est-il bien diminué, puisqu'on ne doit MS
chercher à se servir de leurs forces.
Lorsque les muscles, qui environnent l'articulation, sont intacts,
leur action se balance; mais^ si un des groupes musculaires est
déchiré par le traumatisme, les muscles conservés ne trouvant
pas d'antagonisme, sufQsent pour produire une déviation du pied;
aussi pour la même raison que, dans une résection tibio-^arsienne,
on ne conserverait pas une seule malléole, je suis tout disposé,
lorsqu'un des groupes musculaires aura été déchiré, à sectionna
les muscles que la violence extérieure aura ménagé.
Pour la résection du poignet, j'irais môme plus loin, car, enme
basant sur les deux observations dont je viens de vous parler, je
SEANCE OU 2d ocTOBine. 697
dirèis disposé à sectionner toujours le muscle cubital antérieur,
ont l'action sufAt pour produire une déformation.
Pour résumer cette communication, je dirai que je considère,
>i]jours, comme principe général dans les résections, de conser-
0r intacts muscles et tendons environnants, mais je propose d'dd-
lettre deux petites exceptions a cette règle.
La première pour l'articulation tibio-tàrsienne, lorsqu'un des
roupes musculaires aura été détruit par le traumatisme, je con-
Bille de sectionner les muscles antagonismes.
La seconde pour le poignet, sectionner le tendon du muscle eu-
ital antérieur pour éviter Tadduction de la main que j'ai observée
eux fois à la suite de cette résection.
Discussion.
H. Desprës. Je suis heureux de pouvoir faire ressortir, de Tin-
àressante communication de M. Verneuil, deux propositions aux-
[uelles j'attache une grande importance : l"* les excellents résul-
Ats que l'on peut obtenir, par la conservation ; 2"" les avantages
considérables que le makde relire, grâce à la conservation, de
iembres qu'on n'aurait pas hésité à sacrifier.
A la suite d*une fracture grave de la jambe, même parfaitement
oignée, on voit toujours se pro luire de Téquinisme; celte défor-
lation se produit, sous nos yeux, pendant la convalescence^ le pied
"incline et lorsque la guérison est définitive, au bout de 3 mois,
éqoinisme est produit.
Dans les fractures comphquées de jambe, on voit souvent sur-
enir, à un moindre degré que Téquinisme, une déviation soit en
ehors soit en dedans, qui m'a toujours préoccupé-
U y a peu de temps, M. Larget est venu lire un mémoire sur la
éformation des moignons, qu*ii attribue à l'atrophie musculaire,
ussi je me suis demandé si féquinisme que l'on observe fatale-
lent, dans les fractures compliquées de jambe, ne dépendait pas
6 l'atrophie des muscles. J'ai employé les courants électriques
lais sans aucun résultat.
Je crois donc que la déformation du pied est due à une attitude
îcieuse. Le pied, d*abord placé à angle droit, s'incline par défaut
'équilibre et finit par prendre la position d'un pied équin, avec
okylose fibreuse.
Pour expliquer l'adduction que prend la main dans les résections
u poignet, on peut penser que le poids de la main est cause de
e. déplacement.
Malgré les déformations que nous voyons survenir à la suite
[e fractures graves de la jambe, il est nécessaire de dire que les
098 SOUÉTÉ DE CUIRURGIË.
malades préfèrent de beaucoup, à des appareils prothétiques, leurs
membres déformés et même présentant dts fistules.
M. Le Dentu. J'ai eu Toccasion de faire deux fois la résection
tibio-tarsienne.
La première fut pratiquée sur un sujet scrofuleux, qui était dans
un déplorable état général.
Un traitement tonique amena de l'amélioration et je me décidaià
l'opérer.
Je fis la résection du tibia et du péroné, ainsi que d'une poriioii
de calcanéum.
Le traitement dura 5 mois, et je vis malgré les plus grandes
précautions, avec les appareils plâtrés, se produire une déviation
du pied en dedans.
Malgré cette déviation, le pied se pose bien à plat sur le sol,
aussi cet homme peut-il marcher avec un brodequin.
Dans cette opération, je conservai intacts tous les tendons.
La deuxième opération fut laite sur une femme, qui, à la suite
d'une chute du haut d'une échelle, se fractura l'extrémité inférieure
de la jambe avec issue du fragment supérieur. Lorsque j'ouvris
l'articulation, je fus tellement effrayé du délabrement que je fus
sur le point d'amputer, je fis la résection de 7 centimètres dutibi
et du péroné, l'astragale était intact, les muscles étaient meurtris,
mais il y avait une plaie très-longue de la peau.
La malade succomba au troisième mois, mais il n*y eut pas de
déplacement du pied, ce que j'attribue à la grande étendue de Im
plaie qui empêchait l'action des muscles. 11 y aurait peut*ètre ev
une déviation secondaire, mais je ne vis pas se produire la dévia-
tion dont nous parlons.
Je n'avais cependant ni coupé les tendons ni fait la suture des
os, mais je n'hésiterais pas à l'avenir à pratiquer une de ces deux
opérations ; nous ne cherchons pas un pied avec des mouvemeots,
mais un pied soUde, aussi je serais disposé à sectionner les ten-
dons qui fiottent autour de l'articulation.
Comme mes collègues j'ai vu souvent survenir réquinisme.mais
je crois que cette déformation n'est pas en rapport avec rinflam-
mation traumatique du voisinage, car on la voit survenir non pts
seulement à la suite des lésions du pied et de la jambe, mais
encore à la suite de fracture de cuisse.
Je crois que cette déformation dépend de l'attitude vicieuse qud
prend le pied, et même, dans la gouttière métaUique, le pied touche
mal le fond et finit par tomber.
M. Farabeuf. Pour remédier à l'équinisme, j'ai eu souvent
recours à l'usage d'une attelle antérieure plâtrée que j'appliquais
Ptri».— Imprimerie r«ul Uuponi. 41,rue J.-J.-Hoawcatt. (Ci.)(ta^ il-78.J i# CérMi:
SÉANCE DU 2â OCTOBRE. 699
" la jambe et sur le pied. Grâce à cette attelle qui prend un
ot d'appui sur le cou-de-pied, on rend impossible tout mouvement
flexion.
A. AlNOer. J'ai fait plusieurs résections tibio- tarsiennes avec
:^s, et dans un cas j'enlevai 9 centimètres du tibia.
Te serais peu partisan de la résection des tendons, dans une
ie en voie de suppuration, car on pourrait craindre de voir sur-
air, ainsi que je Tai observé, une fusée purulente produite par
rétraction du tendon.
représenterai, dans la prochaine séance, un beau résultat de
»«ction pai*tielle.
W. GuYON. Comme MM. FarabeufetLe Dentu, j'attribue l'équi-
ame à l'attitude vicieuse que prend le pied, lorsqu'on ne lutte
inlà l'avance contre cette disposition. C'est grâce aux appareils
ïtrésqueje parviens, chez les malades de mon service, à éviter
position vicieuse du pied qui amène une rigidité de l'articulation,
je donne la préférence à l'attelle postérieure.
La pathogénie de cette déformation est celle que l'on rencontre
iir toutes les articulations, qui prennent toujours la position
immobilité instinctive lorsque le chirurgien ne les place pas dans
position physiologique qui réalise le repos des articulations
tiis une position utile pour le présent et l'avenir. Mal soutenu
i abandonné à lui-même, le pied va pousser à l'extrême la posi-
>n ou il pourra s'immobiliser, et cette position instinctive aboutit
l'équinisme.
Si- dès le début du traitement, on a soin de placer à angle droit
pied dans la position de repos, on évitera cette déformation et
Q évitera également la raideur articulaire.
L'appareil de Scultet et la gouttière sont insufiisants pour sou-
lir le pied, aussi faut-il prévoir cette difformité qui ne dépend
5 de l'atrophie musculaire, mais simplement d'une position
ieuse.
lie plâtre, disposé en appareils moulés, est le meilleur moyen.
if. Verneuil. Je n'ai pas eu l'intention de m'occuper de l'équi-
me, ainsi ne répondrai-je qu'à MM. Le Dentu et Anger.
La malade de M. Le Dentu ayant succombé, nous ne pouvons
VOIT ce qui serait survenu, mais il est probable que le sacriHce
1 centimètres du squelette aurait contre-balancé l'action des
isoles, qui seraient devenus muscles neutres.
le suis étonné que la déviation se soit produite dans son pre-
er cas, où les tendons étaient tous conservés ; il faut donc y
re attention.
Je dirai à M. Ânger que je n'ai fait alkision qu'aux résections
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. 47
700 SOCIÉTÉ UK GHIRURGIC.
récentes; mais si j'avais affaire à une résection tardive je n'hési-
terais pas, si cela était nécessaire, à sectionner un tendon dans une
plaie en voie de suppuration, car on ouvre si largement la ré^on
qu'une section d'un tendon n'augmenterait pas la gravité.
Mais je ferai observer que je n'ai pas eu l'intention de proposer
la section de tous les tendons qui entourent une articulation résé-
quée ; j'ai eu en vue, dans ma communication, de parler du cas
tout spécial où un groupe musculaire étant déchiré ne peut contre-
balancer l'action des muscles antagonistes, et j'ai proposé pour
éviter une déformation produite par la contraction de ces musdes
d'en faire la section; vous voyez donc que je ne propose cette sec-
tion que dans un cas spécial, et nullement comme une règle géné-
rale.
Grâce à cette opération, nous pai'viendi'ons peut-être à éviter
cette déformation qui est si pénible après la guérison, et je oe
conseillerais pas, pour la combattre, de faire la suture osseuse
dont le résultat est très-douteux dans les résections.
Prësentatlen de plëee.
M. Motte, de Dinant (Belgique), présente une pièce de hernie
ombilicale congénitale, avec fistule stercorale produite par la
ligature du cordon,
(Commission : MM. De Saint- Germain, Farabeuf, Desprès.)
La séance est levée à 5 h. 1/4.
Le Secrétaire^
HORTILODP.
Séance du 30 octobre 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
CJorrespendanee.
La correspondance comprend :
l*» Les journaux périodiques de la semaine ;
2*» La Revue se ientiBqae de la France et de F Étranger; \e Bul-
letin de F Académie de médecine ; le Bulletin des Travaux de U
Société médico'pratique ; F Hôpital des cliniques de la Faculté *
médecine de Paris, par M. le D' Corlieu ;
3* Le Lyon médical; le Montpellier médical; le Bulletin^ h
Société des sciences médicales^ de Gannat ;
8ÉANCS DU SO OCTOBRE. TQl
4* La Gazette de santé militaire de Madrid; la Gazette médicale
? Turin; la Gazette médicale Italienne- Lombarde ; the Brilisb
edical Journal; \e Bulletin de F Académie royale de Belgique;
Chronique médicale de Valence; Centralblatt fur Chirurgie;
b^Etude clinique et expérimentale sur V étranglement herniaire^
ir le D' Motte, de Dinant (Belgique) ;
6* Le Mécanisme de la luxation de la hanche et de ses fractures,
ir le D' Henry Bigelow, de Philadelphie. — Litholapaxy ou Lb-
loiritie rapide avec évacuation, par le môme auteur (présenté
ir M. Verneuil) ;
?• Une lettre de M. le D' Moucques, demandant à être inscrit sur
liste des candidats au titre de membre correspondant national ;
8* Une observation de M, le D' Paquet, de Lille, membre corres
mdant, intitulée : Sarcome fascicule de la paume de la main
mche. Extirpation. Guérison;
9« Un mémoire pour le concours du prix Laborie, intitulé : De
Uaxie locomotrice dans ses rapports avec le traumatisme. (Sans
ngraphe.)
A Toccasion du procès-verbal, la parole est demandée par :
M. Anger. Je désire présenter à la Société le malade auquel j*ai
ilevé 9 centimètres du tibia. Cet homme, apporté dans mon ser-
ce, avait une fracture des deux jambes. A droite, il y avait luxa-
m du tibia en avant, avec issue de 9 centimètres de l'extrémité
rérieure. Voici l'observation :
Le 9 mars 1876, Chevalier (Charles], 42 ans, descendait un tonneau
Tin dans la cave ; celui-ci lui échappa, le renversa et lui tomba sur
i deux jambes. Transporté immédiatement à Tinfirmerie de Bicêtre,
Lie Saint- Victor, on le trouve dans Tétat suivant :
ILu niveau &e la partie moyenue de la iam])e gauche, on trouve un
nflement considérable, mi-sanguin, mi-empbysémateux. Mobilité
ormale ; crépitation diffuse. On sent facilement la présence de plu-
iurs fragments, et on a la sensation du sac de noix. Donc : fracture
mminutive, mais sans plaie extérieure.
k droite, un peu au-dessus de la malléole externe, on voit une plaie
éaire de 2 centimètres environ. Â son niveau existe une fracture
ec le foyer de laquelle la plaie paraît communiquer. Autour de cette
lie, et en remontant presque jusqu'au genou, on perçoit avec les
îgts une crépitation emphysémateuse des plus manifestes.
Au-dessous de la plaie, sur la face antéro- externe de la région tibio-
?8ienne, existe une saillie qui, par son volume et sa position, semble
premier abord être l'astragale luxé en avant. Sur cette saillie, les
702 SOGIËTK DE GUIRURUIIS.
téguments sont très-tendus, et il est facile de prévoir qu'ils devrout
se sphacéler. Le pied est dévié considérablement eu dedans.
En dedans, on peut constater Texistence d*une dépression coosidé-
rable sur la face interne du tibia qui est brisé au-dessus de la malléole.
Nous avons déjà dit que le péroné était également bri^é au-dessus de
la malléole.
Du côté droit, le pied est presque insensible. D'ailleurs, le maltde
est plongé dans une espèce de torpeur telle qu'il n'accuse aucune souf-
france dans les manœuvres nécessaires à l'exploration de ses frac-
tures.
9 mars, — M. Le Dentu, en l'absence de M. Anger, visite le mtlide
quelques heures après Taccident. En présence de répanchemenl saa-
guin et de l'emphysème qui remontait jusqu'au genou et qui annit
nécessité l'amputation de la cuisse ; en présence surtout de l'état de
stupeur du malade, il se décida pour la non-interveution, tout en an-
nonçant que la saillie osseuse qu'on prenait pour l'astragale détermi-
nerait la gangrène des téguments et s'éliminerait spontanément On.
maintient les deux jambes dans une gouttière, avec compresses d'eaa
blanche. Potion de Tood.
Les 10, 11, 13 et 13 mars, la température varie entre â7»,8 et88»,5.
Le pouls est entre 90 et 105. Le malade n'accuse toujours aucune doo-
leur.
Du 14 au 20, la température atteint 39», S9^5. et le pouls 110, 115.
Le gonflement de la jambe gauche disparaît notablement. Sur la jambe
droite, la tuméfaction, l'épanchement sanguin et l'emphysème dimi-
nuent aussi, en même temps que des phénomènes de mortificatioi
commencent à apparaître sur la saillie du cou-de-pied : enfin, il j i
une certaine sensibilité dans la région.
Du 20 au 26 mars, la température reste à 37^5 ou 38, le pools àM:
enfin, à partir du 26, elle restée peu près normale.
30 mars, — On applique un appareil plâtré sur la jambe gauche.
31 mars, — La saillie osseuse du cou-de-pied est complètement àdé-
couvert; l'os est de couleur noirâtre et paraît complètement mortifié;
il jouit d'une très-grande mobilité. En explorant cetfe saillie avec le
doigt, on reconnaît qu'on a affaire à rextrémité articuTaire du tilûa.
On en pratique l'extraction avec une pince; on retire un fragment d'os
de 9 centimètres de longueur un peu taillé en biseau à son extrémité
supérieure, mais qui comprend en bas toute répaisseur du tibia et
toute la surface articulaire, sauf la malléole interne.
|er Qyril, — Lc malade souffre dans les mouvements qu'on imprime
au pied pour les pansements ; on lui applique un appareil plâtré de ce
c6té, qui laisse â découvert toute la partie antérieure de la jambe et la
plaie.
A partir de ce moment, Tétat général est excellent, l'appétit est com-
plètement revenu ; il n'y a plus de fièvre.
27 mai, — La plaie est complètement cicatrisée : l'os s'est reformé
à la place de l'extrémité du tibia enlevée, et la jambe est complétemeit
SÉANCE DU 30 OCTOBRE. 703
olide. Quelques jours après, le 3 juin, on enlève l'appareil plâtré de
I jambe droite.
A gauche, la consolidation n'est pas encore complète ; on est obligé
l'appliquer un nouvel appareil qui n'est enlevé que le l*' juillet : à ce
iDoment, il n'y a plus de mobilité anormale.
La mensuration, pratiquée sur les deux jambes, donne un raccour-
ûflaement de S centimètres i/2 sur la jambe droite. Le tibia se con-
linae jusqu'au niveau de l'interligne articulaire. Cette extrémité de
nouvelle formation est très-solide et au moins aussi volumineuse que
le tibia normal, et tout à fait en bas on remarque une sorte de saillie
^ni simule une malléole interne. Enfîn, en prenant le pied d*une main
Bt fixant la jambe de l'autFe, on peut imprimer au pied quelques légers
mouvements d extension et de flexion au niveau du cou-de-pied.
A l'état de repos au lit, le piiBd avait de la tendance à se mettre dans
fextension exagérée, entraîné par son propre poids. M. Anger fit alors
appliquer sous le pied une bande de caoutchouc dont Fanse embrassait
ift plante du pied, et dont les extrémités étaient fixées à une ceinture.
De cette façon, le pied se trouvait relevé sur la jambe.
Nous avons dit que la plaie articulaire s'était cicatrisée à la fin de
iDti. Depuis ce moment, le malade a eu assez souvent à l'extrémité in-
^eare de la jambe une ou deux petites ulcérations épidermiques qui
^ sont plusieurs fois fermées, mais qui se reproduisaient avec facilité.
'^ petites ulcérations n'entravent d'ailleurs en rien les fonctions du
leiobre, et quand le malade sort de l'infirmerie, le 23 août, ses mem-
1^ inférieurs sont assez solides pour lui permettre de marcher en
appuyant sur une chaise qu'il pousse devant lui, ou dans un charriot
ataxique.
Remarques. — Le malade se sent plus fort de la jambe droite que
) la jambe gauche, et c'est sur la jambe droite qu'il prend de
éférence son point d'appui.
A la fin du mois d'octobre, le malade marche avec la seule assis*
ice d'une canne.
Je ne désire ajouter que quelques mots à cette observation, qui
rapportent aux faits dont M. Verneuil nous a parlé dans la séance
^cédante.
Le pied avait une tendance manifeste à Téquinisme, et j'ai pu,
appliquant une bande en caoutchouc, relever le pied et empê-
er cette déformation d'arriver à un degré très-avancé.
n a fallu continuer avec persévérance l'emploi de ce procédé
UT guérir mon malade qui présente, aujourd'hui, une ankylose
l'articulation tibio tarsienne, mais les mouvements, survenus
ns les articulations voisines, suppléent au jeu de cette articula-
Je crois que remploi de la bande en caoutchouc suffirait pour
rriger cette déformation et permettrait d'éviter la section des
ndons que propose M. Verneuil. Je suis peu disposé à faire la
704 SOCIÉTÉ DIS CHIRURGIE.
section des tendons, car, ainsi que je Tai dit, je craindrais de voir
survenir des phlegmons ; mais, de plus, ne pourrait-il pas y avoir
de Tatrophie musculaire, ainsi que nous le voyons dans le pied bot,
après la section du tendon d'Achille.
M. Verneuil. Le fait de M. Anger n'a aucun rapport avec caix
dont j*ai parlé ; je n'ai nullement proposé de sectionner les fléchis-
seurs et les extenseurs ; j'ai parlé de sectionner les muscles laté-
raux, lorsque les muscles antagonistes étaient déchirés.
Je ne crois pas que le caoutchouc puisse avoir une action suffi-
sante pour empêcher la déformation en dedans ou en dehors, et,
en admettant même qu'on obtienne un résultat, il faudrait le conti-
nuer pendant un temps fort long, car j'ai un malade opéré depuis
un an, dont la déviation fait encore des progrès.
Je répondrai à M. Anger que la section d*un tendon ne peut nul-
lement amener un phlegmon, qui serait beaucoup plus à craindre
par le dégât qu'occasionne la résection. Quant à l'atrophie muscu-
laire qui se constate dans les pieds bots opérés, elle existe tou-
jours avant la section.
Le fait de M. Anger prouve seulement que lorsque tous les ten-
dons sont conservés, il n'y a pas de déviation latérale, et que l'ac-
tion du caoutchouc est suffisante pour lutter contre l'équinisme.
M. Desprès. Je ferai observer que le malade de M. Anger pré-
sente un certain degré d'équinisme qu'il contrebalance par une lé-
gère flexion de la jambe. Ce fait prouve, ainsi que je l'ai dit, que,
dans toute fracture grave de jambe, il y a forcément de l'équi-
nisme.
M. Anger. S'il y a de i'équinisme chez mon opéré, il existe i on
degré bien faible, car cet homme peut poser le pied à plat et porter
un poids très-lourd.
M. le Président annonce que M. le professeur Michelt de Nancy,
et M. le D'' Drouineau, de La Rochelle, membres correspondants,
assistent à la séance.
CeHÉinniilcalleii mannserite.
M. le Secrétaire général donne lecture, au nom de M. Paquet, de
Lille, membre correspondant, d'une observation intitulée :
SÉAIfGE DU âO OCTOBRE. 705
Sttroome fatcionlé de la panme de la main gauche. — Extirpation. —
Guérison.
Les tumeurs originaires des parties molles de la région pal-
aaire sont rares ; le diagnostic en est parfois très-dificile ; le
raitement donne lieu à des indications variées,suivant les condi-
ions d'origine de la production morbide , et les rapports qu'elle
Recte avec les vaisseaux, les nerfs et les tendons.
Les tumeurs sarcomateuses, en particulier, offrent des variétés
ntéressantes : on leur assigne pour point de départ le derme, le
issu cellulaire sous-cutané, et le tissu profond des gaines inter-
tiusculaires et des espaces interosseux (Polaillon» Dict. encycL,
irticle Main, p. 131). — Mais, dans les observations publiées, il
i*est pas fait mention de l'aponévrose palmaire moyenne comme
K>iat de départ exclusif de la tumeur : à cet égard, comme à quel-
pies autres points de vue, l'histoire clinique que je vais rapporter
oe parait offrir de l'intérêt.
Observation. — Le 22 septembre dernier, madame Césarine Tous-
AÎnt» Agée de 28*aiis, domiciliée à Lille, rue Charles-Quint, n» 22,
int me consulter pour une tumeur de la région palmaire gauche, dont
ille faisait remonter le début à Tâge de 12 ans. Sans cause connue,
He vit apparaître à cette époque, au milieu de l'espace compris entre
ea lignes supérieure et moyenne de l'M palmaire, une grosseur qui
irit peu à peu le volume d*un petit pois, mobile, indolente par elle-
QÔme, mais devenant sous Tinfluence d'une pression un peu forte, le
lége de douleur obtuse accompagnée d'engourdissement des doigts.
)epuis 2 ans la tumeur subit un accroissement graduel ; elle a main-
Bnant le volume d'une grosse noix ; sa forme est celle d'un ovoïde
m peu applati ; elle mesure d'avant en arrière, en suivant sa con-
vexité, 5 centimètres, et 4 cent. 1/2 dans le sens transversal. Elle
8t sous cutanée, la peau qui la recouvre est lisse, amincie par dis-
)ii8ion, et offre un développement veineux assez prononcé : elle
glisse parfaitement sur la tumeur. Cette dernière est uniformément
rrondie, légèrement bosselée, d'une dureté élastique, ne présentant
ucun point fluctuant ; la pression n'y détermine pas de douleur, mais
ien des sensations pénibles d'engourdissement qui se propage dans
(Insieurs doigts, et notamment dans le médius. La gêne des mouve-
tients produits par cet engourdissement est assez prononcée pour
[ue la malade ait dû cesser son métier de fileuse de lin, et même tout
ravail de ménage. Les tendons glissent parfaitement sous la tumeur,
i dans les mouvements que l'on fait effectuer aux doigts, celle-ci
este parfaitement immobile.
Ces caractères concord aient avec l'existence d'une tumeur solide
léveloppée dans les couches superficielles des parties molles de la
Mtume de la main ; mais aucun d'eux n'était assez tranché pour dén-
ier une appréciation vraie de la texture de la tumeur ; l'enchondrome
706 SOCIÉTÉ DE CHIRTJRGIE.
paraissait devoir ôtre écarté, non-seulement par les caractères exté-
rieurs de la tumeur, mais eucore à cause de son siège ; il ue poavail
ôlre question d'un lipome, puisque la peau avait subi des modifica-
tions d'aspect, que la tumeur était très-dure et ne présentait en aacan
point ni fausse fluctuatiou, ni cette forme particulière de crépitation
qui a été signalée dans plusieurs cas de lipome de la paume de la
main. D'autre part, la lenteur de la marche et la mobilité de la peaa
faisaient exclure i*idée d'un cancer : dès lors, il ne me restait à hési-
ter qu'entre une tumeur fibreuse, et l'une des variétés de tumeurs
sarcomateuses et fibropl astiques. Restreint dans ces limites, le dia-
gnostic me paraissait suffisamment établi, pour guider l'intervention
chirurgicale : Fextirpation était indiquée ; je la pratiquai le 26 sep-
tembre.
La peau de la région palmaire fut insensibilisée avec uu mélange
réfrigérant : une incision elliptique à grand axe autéro-postériettr,
comprenant entre ses branches le tiers de la peau qui recouvrait la
tumeur, divisa la peau et le tissu cellulaire sous-cutané ; au-dessous,
je rencontrai une capsule fibreuse qui entourait la tumeur : celle-ei
fut énucléée avec la spatule et les doigts de toute part, sauf en un
point qui occupait le centre de la face profonde ; là, se trouvait one
sorte de pédicule très-court, prenant point d'implantation sur l'apo-
névrose palmaire moyenne ; une ligature fut placée sur ce pédicule et
j'enlevai la tumeur. Un léger écoulement de sang en nappe fut arrêté
par une compression de quelques instants avec une éponge imbibée
d'eau glacée. J'aperçus alors dans, le fond de la plaie, tout autour do
pédicule, la surface nacrée de l'aponévrose palmaire moyenne ; pour
m'assurer si le pédicule ne plongeait pas dans les parties soos-ja-
centes, je fis pénétrer sous l'aponévrose un stylet fin, que je pus faire
circuler librement contre la face profonde de l'aponévrose, au-dessous
du point d'implantation du pédicule : il était dès lurs évident que
l'origine de la tumeur était bien dans le tissu même de l'aponévrose.
Pour me mettre plus sûrement à l'abri d'une récidive, je disséquai le
pédicule, en enlevant à son niveau la plus grande partie de l'épais-
seur de l'aponévrose : une artériole sectionnée fut tordue, et je rap-
prochai les lèvres de l'incision cutanée avec trois petites bandelettes
agglutinatives.
J'avais eu le soin, avant l'opération, de mouler la main avec use
plaque de gutta-percha ; sur ce moule qui accompagne l'observation,
apparaissait en saillie la tumeur ; en retranchant avec un canif toute
cette saillie et les points environnants dans l'étendue de 2 centimètres
environ, j'obtins un appareil amovo-inamovible fenêtre, pouvant sop*
primer tous les mouvements des articulations du poignet et des
doigts. De la charpie imbibée d'une solution phéniquée alcoolisée fot
placée dans la fenêtre de la gouttière moulée, et le tout fut assi:gelti
par une bande : ce pansement fut renouvelé 4 fois, et 15 jours après
l'opération, la cicatrisation était parfaite.
Examen de la tumeur, — La tumeur pèse 22 grammes à l'état frais:
son diamètre longitudinal est de 4 centimètres, et le diamètre trans-
SÉANCE DU 30 OCTOBRK. 707
mal de S cent, i/2 ; elle a la forme d*un ovoïde un peu applati à
. face inférieure ; elle est recouverte par une capsule fibreuse, in-
itie dans tous ses points, sauf à Tendroit qui correspondait au pédi-*
lie. Sa coupe est mamelonnée, comme si la tumeur se composait de
otites masses isolées, réunies entre elles par des tractus d'apparence
)reuse. Au microscope, la tumeur se résout en tissu sarcomateux à
fférents degrés de développement : la périphérie des petites masses
it formée par du tissu embryonnaire ; partout ailleurs, on voit des
»rp8 fusiformes ou cellules fibro-plastiques, qui sont beaucoup plus
'ands et disposés en traînées fasciculées autour des petites masses
int l'ensemble constitue la tumeur. Dans les points où le tissu est
icore à Tétat embryonnaire, on remarque un certain nombre de pla-
ies à noyaux multiples, cellules gigantesques ou myélopiaxes ; la
ésence de ces éléments est loin d*ètre caractéristique dans une tu-
eur ; on sait que le myéloplaxe se retrouve comme élément acces-
ire dans un grand nombre de tissus normaux et pathologiques.
Les vaisseaux de la tumeur, assez nombreux, offrent une paroi mince
il présente, dans un grand nombre de points, des dilatations ou
tasies, notamment à la périphérie des masses lobulées.
En résumé, la tumeur doit être rangée parmi celles que Ton a dési-
lées sous le nom de sarcome fascicule.
Les suites de Topération furent très-simples : absence totale de
action générale et locale; 15 jours après l'opération, la malade re-
tenait les travaux du ménage.
RéOexions, — Je ne retracerai pas l'abrégé des observations
res de tumeurs sarcomateuses des parties molles de la paume
) la main ; je ferai seulement remarquer que dans Taperçu qa*en
mnent M. Polaillon (loco citato) et M. Gross, de Nancy {Société
i cbirurgie, séance du 17 avril 1878), il n'est pas fait mention de
meurs semblables ayant leur origine dans l'épaisseur de Tapo-
)vrose palmaire moyenne.
J'attribue la guérison rapide à Timmobilisation parfaite de la
ain dans une gouttière moulée, et au pansement antiseptique.
La gouttière moulée me paraît être le meilleur moyen d'immo-
liser d'une manière absolue les articulations du poignet et des
>igts ; dans toutes les opérations que Ton pratique sur la main,
m emploi est indiqué ; il en est de même dans le traitement des
aies artérielles de cette région, et je crois que les insuccès de
compression et la fréquence des hémorrhagies consécutives
miraient être en grande partie évités par une immobilisation
irfaite. i^a large fenêtre que Ton retrouve sur un des moules qui
icompagnent cette observation, nous a permis de renouveler le
msement avec la plus grande facilité, et sans imprimer le moin-
'e mouvement à la plaie ou aux parties voisines.
Qu'adviendra-t-il de la malade ? La récidive se produira-t-elle ?
708 SOCII^TÊ DE CHIRURGIE.
A cet égard, il est impossible de rien affirmer ; je ferai seulement
remarquer que j*ai pris toutes les précautions pour me mettre a
Tabri de la récidive, et qu'après la dissection du point d'implanta-
tion, la surface m*a paru parfaitement nette. J'ai d'ailleurs noté,
dans le cours de Tobservation, que la face profonde de l'aponé-
vrose palmaire moyenne était complètement libre, et qu'un stylet
avait été promené sous cette face, sans donner l'indice de la
moindre inégalité. On m'objectera peut-être que cette manœuvre
était téméraire, et que je m'exposais ainsi à provoquer le déve-
loppement d'un phlegmon sous-aponévrotique : mais j'ai une si
grande confiance dans les effets préventifs et curatifs de l'immo-
bilisation par moulage combiné avec l'emploi des antiseptiques,
que je n*ai pas hésité à recourir à cette manœuvre du stylet en
présence du grand avantage que me donnait la certitude du dia-
gnostic du point d'implantation de la tumeur.
Rapport.
M. Le Dentu fait un rapport verbal sur une observation qui a été
lue par M. Terrillon, candidat à une place de membre titulaire.
Cette observation porte le titre de : Extraction d*une balle à
revolverj située profondément dans le rocher où elle s^oarnait
depuis A moisi/2 sans provoquer d accidents^ mais entretenant am
fistule à écoulement fétide. — Guérison.
Après avoir signalé le service que l'exploration électrique a
rendu dans ce cas, puisqu'elle a permis de préciser la position du
projectile, situé très-profondément, et les difficultés que l'extrac-
tion de la balle a présenté, M. le Rapporteur propose :
!• De remercier M. Terrillon ;
2^ De publier un résumé de l'observation.
Discussion,
M. Desprès. a propos de l'intéressante observation de H. Ter-
rillon, je désirerais poser une question à mes collègues. On trouve
émise, dans tous les traités de chirurgie, l'opinion qu'une balle
peut ressortir par l'orifice d*entrée. Je voudrais demander à mes
collègues s'ils croient que ce fait se représente souvent. Pour
moi je ne le crois pas ; j'ai vu ce résultat pour des balles entrées
superficiellement avec un tout petit trajet oblique, mais pour une
balle entrée directement et assez profondément je ne puis pas
l'admettre.
Je me souviens que cette opinion avait été soutenue au moment
de la blessure de Gai*ibaldi, où l'on croyait, parce qu'on ne sentait
8KANCK DU 30 OCTOBRE. 109
pas la balle, qu'elle avait dû ressortir par le seul orifice que l'on
constatait.
M. Le Dbntu. Je crois pouvoir répondre à M. Desprès que ces
faits doivent être rares mais que je ne les crois pas impossibles^
ainsi que j'ai pu le constater. A la fin de la guerre, je fus appelé
auprès d'un blessé qui avait reçu un coup de feu dans l'épaule
droite. Il existait un vaste foyer de suppuration que. je crus néces-
saire d'inciser. Il n'y avait qu'un trou ; aussi, ayant la même opi-
mon que M. Desprès, je croyais que la balle devait être logée dans
un des points du foyer de suppuration, je fis une large incision
et, malgré une recherche attentive, je ne pus découvrir le pro-
jectile.
M. TiLLAUX. Je dirai à M. Desprès que j'ai observé deux faits qui
ne me permettent pas de douter qu'une balle, même entrée profon-
dément, ne puisse ressortir par l'orifice d'entrée.
Dans le premier cas, le blessé avait reçu la balle dans la cuisse,
j^explorai avec soin le trajet et je ne pus rien découvrir ; je fis
ipporter le pantalon et je pus constater qu'il n'y avait pas de trou
Em pantalon, il n'est donc pas douteux qu'on avait fait sortir la balle
m rétirant le pantalon qui s'était laissé déprimer en doigt de gant.
Dans le deuxième cas, que j'ai observé avec un de nos confrères,
le D' Témoin, je vis le blessé un mois après l'accident. La blessure
siégeait à Tépaule. Je crus nécessaire de faire la résection de la
tête humérale, sur laquelle j'arrivai par une incision verticale pra-
tiquée au niveau de la seule plaie qui existait à la région externe.
J'étais tellement persuadé que je devais trouver la balle dans la
tête humérale, qu'avant de panser le blessé, je fis la coupe de
l'humérus. A mon grand étonnement je ne trouvai rien ; je fis
ilors, avec le doigt, l'exploration de toute la cavité et je ne pus
rien découvrir.
Le malade guérit parfaitement, il se sert de son bras.
Il n'y avait encore qu'un seul orifice et, après l'exploration atten-
tive que je fis de la région, je suis persuadé que la balle avait dû
sortir par l'orifice d'entrée, grâce au mécanisme dont j'ai parlé.
M. Desprès. Je suis disposé à ne considérer, comme hors de
loute, que le premier fait de M. Tillaux ; et je crois que lorsqu'une
baUe a pénétré directement et assez profondément pour atteindre
m osy elle ne peut pas ressortir directement et que, si on ne peut
pas reconnaître sa présence, cela tient à ce qu'elle a été se loger
trop profondément.
J'ai vu, â Sedan, un soldat atteint par une balle à deux travers de
îoigt au-dessus de la fourchette sternale. Il n'y avait qu'un trou
710 éOClÉTÈ DE CHIRURGIE.
et Vexamen, fait avec grand soin, ne permit pas de découvrir
la balle ; aussi crut-on qu'elle était sortie par son orifice d'entrée.
9 jours après, le malade sentit un corps dur au niveau de Tapo-
physe X'phoïde, c'était la balle qui, ayant traversé l'aponévrose
cervicale, avait glissé derrière le sternum.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
OBSERVATION.
M. X..., âgé de 32 ans, vint me consulter le 21 septembre, me de-
mandant de le débarrasser d'une fistule qu'il avait depuis 4 moisl/S
à l'entrée du conduit auditif. Cette fistule était entretenue, disait-il,
par la présence d'une balle qui avait pénétré dans le rocher et n'avait
pas été extraite.
Voici du reste les renseignements qu'il me donna sur cette accident:
11 avait reçu, le 24 avril 1818, 4 mois 1/2 auparavant, une ballade
revolver de poche de 6 millimètres environ, presque à^ bout portant, le
canon de l'arme était dirigé vers l'ouverture de l'oreille.
La douleur fut très-vive, l'hémorragie assez abondante ; mais il ne
perdit pas connaissance.
Les jours suivants survint un gonflement considérable de la région
de l'oreille et des régions voisines ; les phénomènes inflammatoires
furent assez violents, mais sans s'accompagner de phénomènes céré-
braux appréciables.
Bientôt, tout se calma et il ne lui restait, comme phénomènes spé-
ciaux et appréciables, que la présence d'une fistule à l'entrée du con-
duit auditif, du côté droit, donnant abondamment du pus séreux et
fétide, et une surdité absolue de ce côté.
Incommodé par ces deux symptômes, et craignant l'apparition d'ac-
cidents plus graves dont on l'avait prévenu, il désirait ôtre débarrtaaé
de cette balle s'il était possible.
Voici les détails de l'examen que je fis lors de sa première visite :
La fistule occupait la partie supérieure de l'entrée du conduit auditif
externe, elle était masquée par la présence d'un ou deux bourgeons
saillants. La pression dans son voisinage faisait sortir quelques
gouttes de pus séreux, odorant.
Le gonflement qui existait autour de l'orifice empêchait d'explorer le
conduit auditif et la membrane du tympan.
La région mastoïdienne paraissait absolument intacte quel que fût le
mode d'epcploration. On provoquait une légère douleur par une forte
pression, dans le sillon qui séparait cette région du pavillon de
l'oreille.
L'exploration de l'ouîe faite avec soin au moyen de la montre indi-
quait l'abolition presque absolue de ce sens, môme en appliquant la
montre sur le crâne, ou du moins la perception était-elle doulourense.
J'explorai avec un stylet l'orifice de la fistule, mais sans pénétrer!
plus de un centimètre, craignant en allant profondément de produire
quelque désordre. J'espérais obtenir les renseignements sur la pré-
SEANCE DU 30 OGIOBRE. IH
t
sence et la position du projectile avec un instrument agissant d'une
façon plus précise , c'est-à-dire avec l'explorateur électrique de
M. Trouvé.
J'introduisis le stylet creux, muni de son mandrin mousse, dans la
fistule et sans exercer de pression, je m'arrêtai sur la première partie
dure que je rencontrai. L'explorateur électrique ayant ensuite remplacé
le mandrin, nous pûmes constater que nous avions atteint une partie
osseuse, dénudée, rugueuse, car la sonnerie électrique ne donnait aucun
signe.
Ayant fait une, puis deux tentatives analogues, j'eus la satisfaction
de constater nettement, au moyen de la sonnerie; la présence de la
l)alle.
Elle était située plus profondément que la partie osseuse dure, pri«
mitivement constatée.
La profondeur à laquelle se trouvait la balle était de 2 centimètres 1/2
à partir de l'orifice de la fistule. En comptant un peu plus d'un centi-
mètre pour l'épaisseur des parties molles tuméfiées à ce niveau, je
pensai que la baiie se trouvait à 12 millimètres environ de la surface
osseuse,
Il était certain à priori, que la position de la balle était telle que sa
partie postérieure était bien voisine de la surface osseuse limitant en
dedans le temporal. L'exploration ainsi faite m'avait indiqué non-seule-
ment la profondeur à laquelle était la balle, mais aussi sa direction.
Celle-ci était telle qu'une tige passant par l'orifîce de la fistule aurait
perforé le crâne en arrière du pavillon de Toreille du côté opposé et à
deux travers de doigts environ au-dessus du plan horizontal passant
par l'orifice fistuleux.
Le trajet était donc oblique en arrière et en haut.
En examinant sur un rocher préparé la disposition probable de la
^tule osseuse, je pensai que la balle devait être située en arrière mais
ians le voisinage du limaçon, très-près de la lame osseuse interne, et
très-près aussi du sinus latéral vertical.
Tout ceci étant bien reconnu, je me proposai de faire une tentative
l'extraction au moyen d'appareils spéciaux pouvant fixer le projectile
ï coup sûr, sans exercer sur lui aucune pression. Jugeant alors du degré
le mobilité delà balle, j'avais Tintention de l'enlever par ce moyen, s'il
^tait possible, ou de faire une opération spéciale, consistant dans
'élargissement de la fistule osseuse.
22 septembre. — Je pus fixer la balle au moyen d'un instrument
spécial inventé par M. Trouvé. Cet instrument muni d'un double pas
le vis fixé à l'extrémité d'une tige, peut être introduit à la place du
itylet électrique et pénètre facilement dans le plomb.
Une première, puis une seconde tentative, nous montra que l'instru-
nent solidement fixé dans la balle n'imprimait à cette dernière aucun
Qouvement. Le projectile était donc tellement fixé que l'emploi du
répan était indispensable pour l'extraire.
L'opération fut pratiquée le 27 septembre avec le concours obligeant
le mon collègue le D"^ Terrier et de M. Trouvé.
712 SOCIKTK nR CHlMURGnC.
Le malade fut chloroformé. Je fis alors une incision dans le sillon
qui sépare le pavillon de Toreilledela région mastoïdienne, et décollai,
de façon à rabattre Toreille en avant, le périoste au niveau de l'orifiei
osseux, de façon à mettre ce dernier largement à nu.
Ayant ainsi sous les yeu;c l'orifice osseux, nous pûmes au moyen de
l'appareil électrique vérifier la profondeur exacte de la balle ; elle était
située à 12 millimétrés de profondeur.
J'avais eu soin de me munir d'un rocher préparé. Il nous fut facile en
comparant la direction et la profondeur à laquelle se trouvait le pro-
jectile, de prévoir à peu près la place occupée par ce dernier. Il devait
se trouver au niveau de la partie supérieure du limaçon et très-préi
de la lamelle osseuse qui forme la limite interne de la boite crânieone.
Il était donc possible d'aller à la recherche de la balle en respectant la
partie supérieure du trajet, et aussi la partie supérieure et intérieure, à
cause du voisinage de la dure-mère et des sinus.
J'essayai d'abord d'agrandir Torifice externe de la fistule osseuse
avec un instrument coupant, mais Tos à ce niveau eot d'une résistance
telle, qu'il me fut impossible de l'entamer.
J'appliquai donc deux petites couronnes de trépan empiétant sur l'ori-
fice un peu en arrière et en bas.
La partie osseuse la plus dure était ainsi enlevée. Il fut facile d'a-
grandir l'orifice en gi^attant de proche en proche et d'arriver ainsi an
fond de l'entonnoir ainsi disposé jusque sur la balle que nous pûmee
bientôt distinguer facilement.
Plusieurs fois nous essayftmes de la saisir avec des pinces, ce qoi
était facile grâce à une dépression creusée à son centre par les fixa-
teurs de M. Trouve. Mais chaque fois nous pûmes constater que la
balle, solidement fixée, semblait faire corps avec l'os et ne subissait
aucun déplacement.
Continuant donc delà dégager, j'arrivai bientôt jusqu'à Téquateorde
cette petite masse de plomb; la saisissant alors avec un tire-balle solide
et l'ébranlant légèrement, elle fut extirpée en totalité.
En regardant cette balle dont la surface est couverte d'aspérités qoi
devaient être incrustées dans des dépressions analogues de l'os, on
comprend pourquoi elle était fixée si solidement et résistait à mes
efforts.
La fond do la plaie osseuse était située à 15 ou 16 millimètres de
l'orifice, on pouvait donc affirmer qu'une pellicule osseuse extrême
ment mince la séparait de la dure-mère. Cette couche existait réelle*
ment, d'après la constation que je pus faire avec un stylet, mais en
employant la plus grande douceur.
L'opération était donc terminée selon nos désirs, elle avait durépi^
de 2 heures.
Depuis ce jour le malade n'a éprouvé ni douleur de tête, ni sympt^
mes dignes d'être notés.
1 novembre. — La plaie extérieure est cicatrisée.
La fistule qui donnait dans le conduit auditif est oblitérée.
L'ouïe n'a pas reparu, et le bruit de la montre appliquée sur la région
8BANCB DU 80 OCTOBRE. T{3
même, n'est pas perçu ou du moins très-faiblement et par intervalles.
Aussi je crois que le malade entend surtout par l'autre oreille, car il
ne peut affirmer que c'est Toreille malade qui perçoit les bruits.
Le malade a quitté Paris pour retourner en province.
Plusieui*8 raisons principales m'ont encouragé à vous présenter cette
observation :
1** Malgré l'absence d'accidents cérébraux immédiats, je n'ai pas
hésité à pratiquer l'ablation de ce projectile. La présence d'une fistule
permanente et fétide constituait pour moi le meilleur signe pour le
pronostic. Elle indiquait que le rocher était le siège d'une altération
continue qui devait fatalement amener une lésion plus profonde capa-
ble d'atteindre les méninges.
Or, toutes les observations que j'ai pu recueillir sur ce sujet indi-
quent nettement que toujours la présence d'un projectile dans l'épais-
seur du rocher, entretenant une fistule permanente, a été une cause de
mort.
La méningite, la méningo-encéphalite par propagation, les abcès du
cervelet, survenant ici comme dans le cas de caries communes du
rocher, telles ont été les causes de la mort.
Aussi tous les auteurs qui se sont occupés de cette question :Larrey,
Dupuytren ont toujours conseillé l'opération qui seule a pu sauver les
malades. En effet, l'ablation du projectile pratiquée avant l'apparition
des phénomènes cérébraux a presque toujours réussi. M. le D*" BouUet,
dans une thèse récente (Plaies et fractures de la portion mastoïdienne
du temporal^ 1878) est arrivé aux mêmes conclusions.
2o Le long espace de temps écoulé depuis Taccident n'était pas une
contre-indication, car les accidents mortels ont pu survenir quelques
semaines au moins et môme uue année après l'entrée du projectile.
Le pronostic était donc très- grave.
9* Je signalerai aussi ce fait intéressant, que dans aucune des obser-
vations que j'ai examinées, je n'ai trouvé signalée, une aussi grande
profondeur pour le siège de projectile, au moins pour les balles. Il est
vrai que la balle avait pénétré au niveau de la partie la plus épaisse
du rocher ; mais cependant la profondeur était telle qu'on pouvait crain-
dre de perforer le crâne, ou d'atteindre la dure-iuèreou un des sinus en
allant à la recherche du projectile. Ce n'est donc qu'après avoir exa-
miné avec soin la position probable de la balle et les chances de réus-
site que donnait cette position, que j'ai entrepris de l'enlever.
4** Enfin, je ferai remarquer combien l'instrument de M. Trouvé est
utile dans ces cas pour reconnaître exactement la direction et la pro-
fondeur de la balle, le simple stylet ne servant nullement à cette re-
cherche, car la sensation d'une partie osseuse dénudée est la môme ou
à peu près, que celle donnée par la balle ; aussi l'erreur est toujours
faite, ainsi que le prouvent les explorations que j'ai indiquées. Le fixa-
teur lui-môme peut être très-utile, quand la balle est mobile et peut
ôtre extraite directement.
# *
714 SOCIETE DE CHIRURGIE.
Lieetares.
P
M. PiLATE, d'Orléans, lit une observation intitulée : Calcul vési-
cal. Taille vésicco-vaginale. Suture immédiate, Guérison.
(Commission : MM . Lucas-Championnière, Lannelongue et Delens,
rapporteur.)
Il»
M. Semée, de Saint- Sever, lit une observation intitulée : Eirên-
glement partiel de F intestin. — Présence d'un ganglion au devant
du sac. — Kélotomie. — Guérison.
(Commission : MM.Trélat, Panas, Anger, rapporteur.)
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire,
HORTBLOUP.
Séance du 6 novembre.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1** Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin de TA"
cadémie de médecine, le Bulletin général de thérapeutique^ les
Archives générales de médecine^ les Bulletins de la Société (fe
chirurgie pour les mois d'août, septembre et octobre.
2° V Union médicale duNord-Est^ la Gazette médicale de Stris-
bourg y le Lyon médical, la Revue scientifique de la France et de
r Étranger t le Marseille médical, le Journal des sciences médicales
deLille^ le Journal de médecine de Caen et du Calvados..
3® Centralhlatt fur Chirurgie^ la Gazette médicale Jtalwnne-
Lombarde, the British médical Journal.
4** Etude historique et clinique sur la trépanation du crâne, par
M. Lucas-Championnière.
Rapiiort.
M. Delens fait un rapport verbal sur une observation présentée
par M. Pozzi, chirurgien des hôpitaux, et intitulée : Procédé pour
S^NCS DU 6 NOVKMBrtR. 715
avoriserla dissection et l'ablation totale de certains kystes à con^
enu liquide ou demi-liquide.
Après avoir exposé le manuel opératoire, M. Delens fait observer
[ue ce procédé ne peut être considéré que comme un procédé
l'exception, mais qui peut rendre service dans quelques cas par-
iculiers, aussi M. le Rapporteur propose-t-il :
1° D'adresser des remerciements à M. Pozzi,
2« De publier son observation.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
OBSERVATION.
L'ablation totale d'une poche kystique paraît souvent nécessaire au
ibirurgien : il est môme des cas où ce traitement est le seul rationnel,
)ar exemple dans les kystes dermoïdos, où on sait combien il est
lifilcile de mener à bien une pareille dissection sans qu'une piqûre ou
in éraillure de la poche ne permette à son contenu fluide de s'écouler.
LU lieu d'une masse résistante offrant de la prise au scalpel et à la
ince, Topérateur se trouve alors en présence d'une membrane flas-
ue qu'il ne peut séparer des parties voisines qu'au prix de la plus
linutieuse attention. Bienheureux lorsqu'il n'en laisse pas quelques
arcelles qui deviennent l'origine d'une suppuration éliminatrice très-
>ngue ou môme d'une fistule interminable (kystes dermoïdes).
Déjà M. Gh. Sarrazin, pour faciliter la dissection de certains trajets
iStuleux a employé une bougie emplastique dont la résistance peut
ervir de guide. (Article Cou du Dictionnaire de médecine et de chi-
rurgie pratique ^\, IX, p. 662. — 1869.)
Le procédé que je propose pour l'ablation complète de certains
rystes, peut être rapproché du précédent : Tidée qui les a fait naître
ous deux est assurément la môme.
Qu'il me soit permis, avant d'aller plus loin, de faire une remar(|ue.
le n'entends nullement aborder la question générale du traitement des
tcystes et rechercher si l'extirpation totale ne peut pas ordinairement
)tre évitée.
Il ne me paraît pas douteux que les cas où l'extirpation de la poche
loit être préférée à de simples tentatives de modification de ses parois,
sont des cas exceptionnels. Mais ceux-ci se présentent encore assez
souvent pour qu'un procédé simple et commode ne soit pas, me
semble-t-il, à dédaigner. En un mot, je ne traite nullement des indi-
cations, mais seulement du manuel opératoire.
Voici le procédé que je recommande :
!• Ponction de la poche. — Evacuation du contenu liquide ou demi-
liquide.
2« Injection de blanc de haleine fondu au bain-marie. — Cette sub-
stance qu'on est obligé de porter à environ 50° pour la fondre complè-
tement reste ensuite liquide jusqu'à 41». A cette température on peut
en supporter le contact sans la moindre douleur. Du reste, pour abais-
ser le point de fusion (ce que je crois inutile) on n'aurait qu'à y ajou-
BULL. ET MÉM. DF LA 90C.. DK CHIR. 48
716 SOCIÉTÉ DE CMIRUR6IK.
ter une très-petite quantité de suif, ce qui altère à peine sa consistance.
3° Application sur la région pendant quelques minutes (5 à 10) d'a-
bord de glace pilée, puis de glace pilée mélangée à du sel marin
(parties égales).
4o Cette petite opération préliminaire effectuée (elle durera ioujoare
moins d*un quart d'heure) on procède a la dissection du kyste, dont
la poche exactement distendue fait corps avec le blanc de baleine. Le
tout est transformé en une masse parfaitement dure et résistante dont
rénucléation se fait très-facilement partout où le kyste n'offre pas
d'adhérences fibrillaires avec les parties voisines. Or sa face profonde,
dans la plupart des cas, en sera dépourvue. Du reste, dans les points
où ces adhérences existent, la dissection n^offre plus de difficalté
véritable. On est assuré de faire Tablation rapide et totale, et sans
pour cela avoir augmente les douleurs du patient. En effet, Tinjectioa
de liquide à 44 ou 45o est absolument indolore. Mais il y a plus, la ré-
frigération qui est nécessaire pour amener sa coagulation procure da
môme coup l'anesthésie des téguments. Enfîn l'opération étant beau-
coup plus facile se fait beaucoup plus rapidement.
J'ai passé sous silence certaines particularités sur lesquelles je crois
à peine utile de revenir : telle est la nécessité de faire préalablement
passer dans la seringue de l'eau chaude afin d'éviter que le blanc de
baleine ne s'y coagule ; l'utilité de se servir d'un troeart à robinet
comme le sont la plupart des trocarts à hydrocèles (on peut laisser
le troeart en place jusqu'après l'ablation du kyste) ; l'avantage de gra-
duer l'intensité de la réfrigération pour que son action puisse être
un peu plus longtemps continuée et agisse par suite plus profondé-
ment, etc.
Je ne saurais non plus essayer de désigner les cas où ee procédé
sera particulièrement applicable. Il va sans dire qu'il s'adresse à pH
près exclusivement aux kystes de petit volume et superficiels. A ee
titre les kystes dermoïdes, certains hygromas chroniques, les kystes
récidivants des grandes lèvres, de la mamelle, etc., se présentent oiti-
rellement à l'esprit.
Jusqu'à ce jour je ne Taimis en usage qu'une fois, pour un hygroisa
prérotulien chronique. Je place la pièce sous les yeux de la Société;
on peut voir que la poche a été enlevée en totalité avec la matière
solide qui la distend et sur laquelle elle est étalée.
Voici l'observation, sommairement rédigée, car tous les détails de
quelque intérêt pour le procédé ont déjà été exposés.
Obs. — Brûlé (Clémence), âgée de 22 ans, domestique, entre le
10 août 1878 dans la salle Sainte- Jeanne, n^ 14, hôpital Lariboisière,
service de M. Labbé suppléé par M. Pozzi.
11 y a 4 mois qu'elle s'est aperçue de la tuméfaction de son genon
gauche. Aucun symptôme inflammatoire, mais accroissement progres-
sif, malgré des applications répétées de teinture d'iode et de pom*
made iodurée.
La tumeur, grosse comme une orange^ est manifestement un hygrooi
prérotulien. Elle est résistante au toucher, n'offre pas de tran8p^
SKAXCR DU 6 NOVEMBnR 717
rence et, en somme, paraît constituée par une poche, assez épaisse.
IjC 16 août, je procède à l'opération suivant le mode qui vient d'être
décrit. T/injection de blanc de baleine liquide ne provoque aucune
douleur (on pouvait du reste y maintenir le doigt sans en être incom-
modé). L'application de la glace pilée est faite pendant 3 minutes,
celle du mélange de glace et de sel pendant 5 minutes. Au bout de
ce temps la peau est blanche, exsangue et tout à fait anesthésiée.
Incision cruciale. La dissection du tégument est faite au bistouri. La
tumeur est ensuite détachée des plans profonds avec la spatule ; toute
l'opération est remarquablement rapide et facile ; la malade ne souffre
que trés-modérément, vers la fin.
Les lambeaux de peau sont juxtaposés le plus exactement qu'on peut
le faire sans le secours de suture, et le pansement consiste simple-
ment dans l'application d'un gros tampon de ouate perméable phéni-
quée et d'une bande un peu serrée.
Rien de particulier à noter. Sauf un peu de malaise le lendemain de
Fopération, tout a marché régulièrement. Actuellement, un mois après
l'opération, il ne reste plus qu'une petite plaie médiocre, tout à fait
superficielle et qui sera fermée dans quelques jours.
La Société procède à la nomination des commissions pour le
prix Laborie et le prix Duval .
Sont nommés :
Pour le prix Laborie : MM. Verneuil, Giraud-Teulon, Tillaux,
Farabeuf et Terrier.
Pour le prix Duval : MM. Marjolin, Delens, M. Sée, Lucas-
Oiampionnière et Gillette.
Communication.
M. Verneuil communique une observation intitulée :
Corps étranger du genou. — Taille articulaire. — Pansement antiseptique
ouaté. — Guérison avec conservation des mouvements.
Le traitement opératoire des corps étrangers du genou constituait
encore il y a 10 ans à peine, un des prol)lèmes les plus épineux de la
thérapeutique chirurgicale.
On redoutait avec raison l'extraction directe à ciel ouvert, c'est-à-
dire ce qu'on pourrait appeler la taille articulaire; on se défiait à bon
droit des procédés plus doux de la méthode sous-cutanée, à cause des
difficultés d'exécution souvent extrêmes.
Aussi se contentait-on du traitement palliatif, c'est-à-din» des révul-
sifs aidés de la compression et de l'immobilisation avec des appareils
divers.
La méthode antiseptique dans ces derniers temps a tout changé dans
1o sens le plus favorable, et, entre nuiros bienfails, permis de revenir
718 SOCIÉTÉ liB CHIRURGIE.
à peu près impunément à Textraction directe, qui est sans contredit la
plus facile et la plus expéditive de toutes les méthodes. C'est à l'étran-
ger surtout que Ton a suivi la voie nouvelle et vous n'avez pas oublié
la communication qui vous a été faite sur ce sujet par un chirurgien
distingué de Copenhague, M. le professeur Saxtorph, partisan décidé
du pansement de Lister.
J'avais fait écrire à un de mes élèves une thèse sur ce sujet, et
montré par là combien les essais nouveaux étaient encourageants*;
mais je n'avais pas encore eu l'occasion de faire la taille articulaire,
lorsque dans le courant de cette année se présenta à moi le sujet de
Tobservation que je vais avoir Thonneur de vous communiquer. Après
avoir examiné très-attentivement le /cas, pesé le pour et le contre et
discuté avec soin les différents moyens curatifs, je me décidai pour
Topération radicale.
Seulement au lieu d'employer le pansement type de Lister, j'eus re-
cours aux précautions antiseptiques pendant l'acte opératoire loi*
môme, et au simple pansement ouaté dans la suite. J'ai pris sur moi
cette modification parce que je considère le pansement ouaté addi-
tionné de certaines manœuvres comme aussi efficace que le célèbre pan-
sement listérien et certainement plus accessible à la grande majorité
des praticiens.
Observation. — Urbain B..., 31 ans, employé de bureau, entre à la
Pitié, salle Saint-Louis, n'^ 19, le 17 mai 1878. C'est un garçon détaille
élevée, assez bien musclé, très-impressionnable, mais jouissant géné-
ralement d'une bonne santé, sauf qu'il est arthritique comme du reste
tous les sujets jeunes ou vieux que j'ai vu jusqu'à ce jour atteints de
corps étrangers articulaires.
Sa mère a été affectée, il y a 10 ans, d'une attaque de rhumatisme
aigu, et lui-même après la guerre do 1871 a souffert d'une arthrite
rhumatismale du cou-dè-pied qui heureusement a bien guéri.
En décembre 1877, des douleui-s survinrent dans le genou droit,
d'abord vagues et fugaces, puis plus durables et plus intenses, de fa-
çon à rendre de temps en temps la marche impossible.
Plusieurs fois, dans le cours d'une promenade, B... ressentait une
souffrance très-vive qui le forçait à s'arrêter. Au reste peu ou pas de
gonflement articulaire. En janvier, le patient reconnut lui*mômeli
présence de deux petits corps étrangers ; il continua cependant ses
occupations, mais au mois de mai, les douleurs s'aggravant, il entrai
l'hôpital.
Le genou n'est point déformé ni douloureux au toucher, ni enflammé,
ni hydropique. La première exploration fait reconnaître à la partie
supérieure et interne une petite tumeur quadrangulaire, lisse, du Yolame
d'une amande sèche, glissant sous la peau et sous les parties profon-
des, mais sans s'éloigner beaucoup du cul-de-sac de la synoviale. Sons
l'influence de certains mouvements que le malade sait exécuter, on
> Bernard, Etude sur les corps étrangers articulaires : application à Iw
^aiteuient du pansement ouaté et de la méthode antiseptique. Thèse de Pans»
1877, no 52;2.
SÉANCE DU 6 NOVEMBRE. 719
autre corps, ayant le môme caractère que le premier, mais de dimen-
sions plus petites et d'une mobilité plus grande, apparaît à la partie ex-
terne et un peu au-dessus du diamètre transversal de la rotule ; ces
deux corps sont tout à fait indolents.
Le diagnostic n*offre aucune difficulté ; le traitement seul peut faire
naître quelques hésitations. Cependant, considérant Tûge du sujet,
rétat de la santé générale, la situation facilement accessible des corps
étrangers qui permet une extraction aisée, et confiant surtout dans la
puissance de la méthode antiseptique, je me décide pour Touverture
franche de Tarticle, et, après les précautions d'usage (bain, purgatif
salin, etc.), je me mets en devoir d'y procéder le 22 mai.
Le malade est couché sur le lit d'opération ; je fixe les deux corps
étrangers dans des anneaux de clé et je commence la chloroformisa-
tion. A ce moment le patient fait un mouvement un peu brusque ; le
corps étranger externe disparaît et rentre dans l'articulation. Vaine-
ment nous essayons de le faire revenir sous la peau, nous devons y
renoncer, et comme je veux faire le tout en une seule séance, je ren-
voie le malade à son lit.
Pendant 5 jours, impossible de retrouver le corps étranger externe
(l^inteme n'avait jamais bougé) qui enfin réapparaît le 27. 2 jours
après nous renouvelions notre tentative qui, cette fois, est couronnée
de succès.
Pour éviter une nouvelle disparition, nous prenons soin, avant que
le malade soit endormi, de fixer les deux corps étrangers avec une
forte et longue aiguille à acupuncture que nous introduisons perpen-
diculairement dans la peau de façon à pénétrer dans le corps mobile.
Le sommeil obtenu, nous faisons d'abord à la face externe du genou,
près de sa jonction avec la face postérieure, une incision de 3 centi-
mètres parallèle à l'axe du membre et qui répond plus au fémur qu'au
tibia. Après avoir divisé la peau, l'aponévrose, et une membrane qui
semble être la synoviale, on aperçoit au fond de la plaie un corps dur,
blanc, nacré, à surface lisse, que tous les assistants voisins prennent,
comme nous-même, pour le corps étranger. J'y implante un tenaculum
et tente de l'extraire, mais sans succès. Je cherche également en vain
à le dégager en passant autour de lui un instrument mousse. Il n'y
avait pas cependant à accuser les adhérences ni le pédicule puisque ce
corps était extrêmement mobile et voyageait encore 2 jours avant à
travers la jointure. N'arrivant à rien je me décidai à inciser avec la
pointe du bistouri la masse blanche en question. A peine l'ouverture
eut-elle 1 centimètre que le corps étranger, le vrai cette fois, s'échappa
comme un noyau de cerise chassé entre les doigts. Le pseudo-corps
n^était autre que la synoviale indurée en un point circonscrit, métamor-
phosée en tissu fibreux et ayant acquis plus d'un millimètre d'épaisseur.
Je passe alors à l'extraction du corps interne, a l'aide d'une incision
un peu plus longue, mesurant 4 centimètres. Nous retrouvons là très-
exactement la particularité signalée plus haut : apparition au fond de
la plaie cutanée d'une surface blanche, lisse et dure, dont l'incision
faite cette fois sans hésiter laissa également s'échapper le corps que je
720 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
croyais encore adhérent par un pédicule parce qu'il n'était jamais
sorti de sa place.
Je cite ces petits détails pour ceux qui, comme moi, aborderont leur
première taille articulaire. Je ne sais si l'induration de la synoviale an
niveau du corps étranger est commune ou rare, mais j*af[irme qu'elle
est extrêmement trompeuse et que plusieurs personnes, y compm
deux chirurgiens de profession qui étaient à mes côtés, ont pris la
change.
Je me suis encore mépris sur les moyens de fixité du corps étran-
ger le plus volumineux; je le croyais muni d'un pédicule tandis qu'il
était entièrement libre.
Enfin j'avais cru encore m'ôtre mis à l'abri de la migration des corps
en les transfixant avec une aiguille à acupuncture. Or, la pointe des
susdites aiguilles s'était arrêtée dans la synoviale épaissie et n'avait
nullement embroché les corps étrangers : d'où résulte que c'est par
bonheur que je n'ai pas perdu le corps externe qui était si dispose à
fuir.
Ces deux corps sont blancs, lisses, aplatis, semblables à des frag-
ments de savon polis par le frottement. Le plus volumineux est trapé-
zoïde et présente 14 millimètres dans son plus grand diamètre, sur
une épaisseur do 4 millimètres. Le corps étranger externe, de forme
irrégulière, n'a que 10 millimètres de long sur 4 d'épaisseur.
L'examen histologique fait par M. le D' Nepveu, démontra que ces
corps étaient formés de cartilage pur.
Avant d'inciser la peau, j'avais soigneusement lavé le membre avec
la solution thymoléeà 5 pour 100. Pendant toute l'opération deux pul-
vérisateurs avaient couvert la région opérée de vapeur thymolée plus
faible (2 pour 100). Aussitôt l'ablation faite et le sang arrêté (^hémo^
rhagie fut insignifiante), je recouvris les petites plaies, que je me ga^
dai bien de réunir, avec un carré de tarlatane trempé dans Teau thy-
molée, puis j'appliquai le pansement ouaté depuis la racine des orteils
jusqu'au voisinage du pli inguinal. Après avoir mis le coton en place,
je confiai à un de mes aides le soin de rouler les bandes, ce qu*il fit, je
crois, avec un peu trop de vigueur, car dans la soirée le malade se
plaignit fortement d'avoir le genou trop serré.
Le lendemain 30, au matin, les douleurs locales continuent sons
forme d'élancements dans le genou ; l'appétit est presq[ue nul ; la nuit
a été presque complètement sans sommeil.
Ces troubles ne m'inspirent point d'inquiétude, car la température
n'indique aucune fièvre. Le thermomètre qui avant l'opération marquait
37o,2 monte le soir à 37<',8 ; le second jour, résultat fort analof^e : 87*|4
le matin, 37^,9 le soir.
Cependant je prescris quelques centigrammes d'opium pour la nuit.
Le troisième jour la douleur existant encore, je coupe quelques toursde
bande, ce qui amène un soulagement notable. Pour combattre un cet-
tain état saburral, j'ordonne un purgatif qui n'est administré qoele
lendemain dès la première heure et provoque dès évacuations abon-
dantes.
SÉANCE DU 6 NOVEMBRE. 7^1
A partir de ce moment les souffrances, d'ailleurs fort supportables»
cessent pour ne plus revenir. Les jours suivants se passent avec la
plus remarquable innocuité et la plus constante uniformité ; le thermo-*
mètre oscille sans exception entre 31 et 3>,8 ; l'appétit, le sommeil,
les évacuations, l'état général ne laissent rien à désirer.
Le 18 juin, au vingtième jour, sur les instances du malade, on retire
l'appareil. On constate que les plaies ont fort peu suppuré, car à peine
l'ouate est-elle souillée dans l'étendue de quelques centimètres. L'in-
cision externe est complètement cicatrisée ; l'interne est encore ou-
verte, mais comblée par des bourgeons charnus de bolle apparence.
L'appareil est réappliqué et laissé encore 20 jours ; quand il est re-
levé de nouveau, la plaie est si près d'être fermée qu'on se contente
de la panser avec un peu de mousseline imbibée d'eau thymolée ;
quelques jours plus tard tout est fini.
Le 10 juillet, le malade se lève avec un bandage roulé et commence
à marcher dans la salle ; le genou est raide et n'exécute que de légers
mouvements, mais il n'est ni gonflé ni douloureux ; il n'y a pas trace
d'hydarthrose.
Le 22 août, 6... quitte l'hôpital en très-bon état et marchant avec
assez d'aisance. Nous le revoyons le 22 octobre et nous constatons
Tamélioration progressive des mouvements.
M. Verneuil présente alors le malade. Les deux corps étrangers
sont également mis sous les yeux des membres de la Société, ainsi
que le très-remarquable tracé thermométri(|ue pris régulièrement
pendant 20 jours et qui atteste Tapyrexie la plus complète après
comme avant ropération.
Discussion,
M. Lucâs-Championnikre. J'ai écouté avec un grand intérêt la
communication de M. Verneuil qui montre les résultats que Ton
peut obtenir par l'arthrotomie antiseptique dans le traitement si
embarrassant et si délicat des corps étrangers articulaires.
Nous sommes loin de ropinion que soutenait Bell en disant que
Textraction des corps étrangers articulaires était plus dangereuse
que l'amputation de la cuisse au tiers supérieur.
J'ai enlevé un corps étranger articulaire par la paroi externe du
creux poplité ; au neuvième jour la plaie était fermée, et le malade
marchait au bout de 3 semaines. Le premier jour il y eut une
légère élévation de température, ainsi qu'on le voit lorsqu'on a
employé une grande quantité d'acide phénique; ce fut le seul phé-
nomène morbide à noter.
Peu de temps après, je me disposais à opérer une vieille hydar-
throse, par le même procédé, dans le service de M. Panas, mais
l'opération fut faite par M. Panas avec succès.
Dans un' autre cas d'extraction de corps étranger articulaire, Is^
«
722 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
guérison se fit dans d'excellentes conditions, car 2 mois 1/2 après
le malade pouvait venir à pied de Grenelle à Paris.
Le malade que j'ai opéré avait un corps articulaire du volume
d'une amande, il présentait des craquements dans toutes les arti-
culations, mais il avait de violentes douleurs, qui me décidèrent à
l'opérer.
Je fis l'opération avec de grandes précautions et j'obtins, sauf
les craquements qui persistèrent, une guérison complète.
M. Verneuil redoute la suture de la plaie ; je crois, au contraire,
qu'elle est avantageuse avec le pansement antiseptique, aussi
ai-je appliqué trois points de suture chez mon opéré.
Je crois, en outre, qu'il y a avantage à ne pas immobiliser com-
plètement l'articulation, aussi avais-je soin de retirer, les jours de
pansement, le membre de la gouttière.
Il y a eu, cependant, malgré le pansement antiseptique, des cas
de mort. M. Saxtorph, de Copenhague, a perdu, d*infection puru-
lente, un opéré qui avait défait son pansement. M. Bœckel a perdu
un autre opéré, mais peut-être à cause d'une petite faute opéra-
toire : fermeture complète de l'articula tion.
Si on exécute avec toutes les précautions voulues Tarthrotomie
antiseptique, on obtiendra d'excellents résultats, et à Londres, où
M. Lister en a pratiqué un grand nombre, l'opinion est tellement
favorable à cette opération, que j'ai vu un jeune interne qui l'avait
subie pour une hydarthrose chronique, et, 2 mois après, il mar-
chait et pouvait plier le genou.
Aussi je préfère de beaucoup ce pansement au pansement ouaté
qui a donné lieu à plusieurs accidents.
Un point important de l'arthrotomie antiseptique consiste à évi-
ter avec soin la tension du liquide dans l'articulation ; chez le pre-
mier malade que j'ai vu opérer par M. Lister, il survint au troisième
jour une fièvre intense; je crus à une arthrite suppurée, mais
M. Lister pensa que cette fièvre intense tenait à une ouverture in-
suffisante. Il défit le pansement et débrida la partie inférieure de la
plaie. La guérison fut complète.
Comme je l'ai déjà dit, je crois qu'il est préférable de suturer
une partie la plaie, on évite ainsi les guérisons longues et par
conséquent le raideurs articulaires.
J'ai opéré, dans le service de notre collègue M. Tamier, une
femme atteinte d'arthrite suppurée. La malade avait une fièvre in-
tense, je fis un large débridement, j'appliquai cinq points de suture
profonde et deux superficielle, je plaçai deux drains bout à bout.
Tous les accidents cessèrent dès le lendemain et , au bout de
2 mois, elle peut remuer la jambe.
En résumé, avec l'arthrotomie antiseptique, on se place, à mon
SÉANCE DU 6 NOVEMBRE. 723
m
•oint de vue, dans de bien meilleures conditions qu'avec la mé-
[lode mixte employée par M. Verneuil. J'insiste enfin sur les
vantages que Ton peut retirer de la non-immobilisation.
M. Gillette. J'ai opéré, il y a2 ans, à rhôpilal Temporaire, un
ncien soldat, âgé de 28 ans.
Le corps étranger, qui datait de 3 ans, avait la forme d'une pè-
te rotule et le volume d'une pièce de 2 francs.
Je fis l'extraction directe que je préfère de beaucoup à l'opération
e M. Goyrand, d'Aix, que je regarde comme très-difficile.
J'opérai mon malade, le genou étendu, en ayant soin de faire
3nir bien exactement le corps étranger ; j'incisai directement la
eau et je pus avec une pince à griffe extraire rapidement le corps
rticulaire.
Je réunis la plaie avec des bandes coUodionées et je plaçai le
nombre dans un pansement ouaté, qui resta 3 semaines. Le
ôeultat fut excellent : pas un jour de fièvre; le malade put se lever
3 vingt-troisième jour, la réunion par première intention était ob-
3nue, et le malade put sortir peu de temps après.
Pour pratiquer l'extraction directe, il faut avoir d'excellents
ides pour bien maintenir le corps étranger, éviter avec grand soin
'introduction de Tair, et appliquer avec soin le pansement ouaté.
M. Desprès. Les cas de corps étrangers articulaires sont assez
ares ; je n'ai eu Toccasion que d'assister à deux opérations d'ex-
•action, et les corps articulaires que j'ai rencontrés, appartenaient
des arthrites sèches, aussi n'ai -je pas voulu les opérer.
Les deux cas que j'ai vu o{)érer ont subi avec succès l'opération
u docteur Goyrand, d'Aix, que je regarde comme une bonne mé-
lode. Je crois que les insuccès tiennent beaucoup de l'opérateur.
Je suis tout disposé à applaudir au beau succès que M. Verneuil
obtenu, mais je tiens à prendre la parole pour protester contre
(6 éloges, que je crois exagérés, de l'arthrotomie à ciel ouvert
atiseptique.
U ne faut pas dire que les résultats sont tellement surprenants,
sir nous avons tous vu d'excellents résultats avec des procédés
eaucoup plus simples. Je me souviens d'un zouave qui avait reçu
ne balle dans l'articulation du genou et fixée dans le fémur \ il fut
ris de variole, l'articulation du genou s'enflamma, et, au dixième
)ur, le pus sortit par l'ouverture de la balle; la guérison s'effectua
imirablement et le malade a retrouvé tous les mouvements.
J'ai lu plusieurs observations de M. Lister, que l'on intitulait
ydarthrose chronique, la moitié était des observations de tumeurs
lanches avec abcès, l'ouverture faite amenait la guérison.
L'année dernière on apportait, dans mon service, un maçon qui,
7l34 SOGIffiTÉ DE CHIRUROIB
en tombant, s'était ouvert la face externe de rarticulaiion du ge-
nou; il y avait une plaie de 3 centimètres d'étendue. Je le mis dans
un appareil inamovible ouaté, en ayant soin .de laisser à jour la
plaie que je recouvris avec des cataplasmes. La guérison fut com-
plète.
Avec de Timmobilité, des pansements humides, on obtiendra
d'excellents résultats, qui ne le cèdent en rien aux résultats que
peut donner le pansement antiseptique dont on fait une méthode
extraordinaire.
M. Trelat. Je ne veux pas entrer dans la discussion du procédé
opératoire, car il y a là une question qui ne pourra se résoudre que
par des statistiques bien faites. Autrefois l'extraction des corps
articulaires donnait 1 mort sur 4 opérations, lorsqu'on aura réussi
100, 150 opérations pratiquées par telle ou telle méthode, on
pourra alors tirer des conclusions.
Mais je tiens à appeler l'attention sur Tanatomie patholo^que.
Le cas de M. Verneuil est particulièrement intéressant, car le
corps étranger qui vient de nous être présenté, s'éloigne complè-
tement des corps étrangers articulaires que Ton rencontre ordi-
nairement.
Sans vouloir rappeler les origines attribuées à ces corps articu-
laires, je dirai qu'aujourd'hui on les rattache au rhumatisme chro-
nique. Ces corps étrangers sont rugueux, analogues à des grains
riziformes ou composés de tissu fibreux , tandis que celui de
M. Verneuil est lisse, uni et composé de vrai cartilage.
Il est presque impossible de pouvoir expliquer la production de
ce vrai cartilage, aussi je crois nécessaire d'appeler l'attention sur
cette éternelle question d'étiologie qui est loin d'être tranchée.
La suite de la discussion est renvoyée à la séance précédente.
La séance est levée à 5 heures 25 minutes.
Le Secrétaire ,
HORTELOUP.
A la séance du 11 septembre, page 588, rectifier la fin de la commo-
nicàtion de M. C^as, de la façon suivante :
c Soit un cas de cécité unilatérale droite : les pupilles sont redeve-
nucs égales des deux côtés et se contractent synergiquement. On place
le blessé en face d'une fenêtre bien éclairée : les deux pupilles se con-
tractent, on applique la main sur Tœil gauche sain, en observant rœil
droit, et on assiste au curieux spectacle d'une pupille qui se dflate et
reste dilatée en face du soleil. Ce mouvement de dilatation se fait len-
tement : dès qu'on enlève la main, qui servait d*écran, les deux papilles
SÉANCE DU iâ NOVEMBRE. 1^5
86 contractent rapidement. Si, en appliquant la main au devant de l'œil
droit, la papille gauche reste immobile, on peut afârmer que la cécité
unilatérale droite est réelle.
c Je n'ai pas besoin de développer les théorèmes physiologiques
sur lesquels repose l'emploi de ce moyen de diagnostic. »
Séance du 13 novembre 1878.
Présidence do M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Coppespondanee.
La correspondance comprend :
1"* Les journaux périodiques delà semaine, le Recueil dophlbal-
mologie, le Bulletin de t Académie de médecine^ le Journal de thé-
rapeuiique^ la Revue mensuelle de médecine et de chirurgie ;
2* V Alger médical, le Bulletin médical du Nord^ le Journal de
la Société de médecine de la Haute-Vienne^ le Lyon Médical^ Isl
Revue médicale de l'Est;
8** Tbe Practitioner, leçons de chirurgie et d^opération^ par le
D' Edward Albert, de Vienne ; les Archives de dermatologie^ de
New- York; Tbe British médical Journal; la Gazette médicale Ita^
lienn e-Lombarde ;
4® Une lettre de M. Judes Hue, secrétaire de la Société de méde-
cine de Rouen, adressant à la Société trois années du journal de la
Société ;
5* Deuxième observation d'opération césarienne^ suivie de Tam-
putation ovariquO; et description d'un nouveau constricteur, par
Ad. Wasseige, professeur à TUniversité de Liège ;
6** Tumeurs cancéreuses à la région épigastrique et à la région
ombilicale. Cancer du pylore concomitant^ opération de la tumeur
épigastrique, mort par cancer du pylore, par le D' Vauthier.
{Commissaire : M. Verneuil.)
M. le Secrétaire général donne lecture, au nom de M. Hergott,
de Nancy, membre correspondant, de la note suivante, en réponse
à la discussion qui a suivi le rapport de M. Tillaux sur les appa-
reils plâtrés de M. Zsigmondy, de Vienne.
Le Bulletin de la Société de chirurgie que je viens de recevoir
7:26 SOCIETE DB CHIRURGIE
me fait connaître la discussion à laquelle a donné lieu le rapport
que M. Tillauxafait, dans la séance du 9 octobre sur une nouvdle
modification du bandage plâtré par le D' Zsigmondy. J*y trouve,
page 652, une appréciation de M. Desprès formulée en ces termes:
c Je profiterai de cette circonstance pourm'élever contre Tusage
c des bandages plâtrés circulaires, en temps de guerre, pour le
c traitement des fractures des membres. Tous les blessés français
c soignés par cet appareil ont eu de la gangrène. Les gouttières
c de MM. Maisonneuve» Hergott, dont M. Tillaux nous a parlé, ne
c sont pas plus utiles. »
Je croiS; comme l'habile chirurgien de Gochin, qu'il est dange-
reux d'emprisonner un membre fracturé et surtout un membre
atteint de fracture comminutive dans un appareil plein, solidifié,
quel qu'il soit; mais il est incontestable qu'il est avantageux de
rimmobiliser dans un appareil qui, en le maintenant aussi exacte-
ment que possible, ne l'étrangle pas et permet à l'épanouissement
inflammatoire de se produire, et pour le chirurgien, la surveillance
la plus entière. Il y a une différence totale entre l'appareil plein etia
gouttière, entre l'appareil de M Maisonneuve et le mien.
Les attelles plâtrées de M. Maisonneuve pour maintenir le membre
exigent qu'elles soient fixées par une bande circulaire. Ha gout-
tière se moule sur le membre placé sur un coussin, contient le
membre sans bande et laisse libre le tiers de la circonférence du
membre ; ainsi, application et mode de contension sont différents.
Quant aux accidents, je n'en ai jamais vu entre mes mains dans
la clinique de Strasbourg et dans mes ambulances pendant la
guerre, oii j'ai eu occasion de les appliquer bien souvent, ni entre
les mains de mes collègues de Strasbourg et de Nancy qui les em-
ploient journellementr
Ce que j'ai observé constamment c'est : une sédation immédiate
de la douleur, du gonflement et des accidents inflammatoires, si
bien qu'au bout de peu de jours, quelquefois, le renouvellement
de l'appareil, pour insuffisance de contension pai* suite du retrait
du gonflement, a été nécessaire. Nous sommes loin, comme on
voit, des accidents formidables dont il a été parlé.
La dernière fois que j'ai eu l'avantage de voir Dolbeau, dansson
service à Beaujon, il m'a dit : « Depuis que j'emploie la gouttière
c plâtrée, je n'ai* plus été obligé de faire d'amputation de jambe
€ pour accidents traumatiques.» Moi-tnême j'ai conservé ainsi des
membres à des blesaés envoyés à l'hôpital pour y subir Tampu-
tation.
Je ne suis pas en situation de juger la valeur de la nouvelle mo-
dification de l'appareil plâtré proposée par le chirurgien autrichien
mais je puis dire qu'avec un peu de plâtre et un lambeau de vieux
SEANCE DU iS IfOVSMHRK. IST
^g^9 qu'on peut tailler de grandeur en une minute, on confectionne
on excellent appareil qu'on applique sans déranger le membre,
appareil qui contient très-bien et ne cause pas les accidents qu*on
lui a reprochés.
M. Desprès. Je désire répondre quelques mots à la note de
II. Hergott et dire pour quelles raisons j'ai critiqué sa gouttière.
Toutes les fois que j'ai vu appliquer ce mode de pansement, j'ai
trouvé que cette attelle postérieure était bien inférieure aux attelles
latérales.
Cette gouttière enveloppe toute la moitié postérieure du membre;
mais, le lendemain, par la seule position élevée que l'on donne au
membre, le gonflement diminue et il se forme entre la gouttière et
le membre un petit espace vide; la jambe ne se trouve plus sou-
tenue et il se produit une incurvation des fragments. Pour remé-
dier à cet inconvénient, certains chirurgiens placent, dès le lende-
main, un peu de coton entre la jambe et la gouttière, ou, vers le
8* jour, change la gouttière, mais cette manière de faire a l'incon-
vénient de faire exécuter des mouvements au membre fracturé.
Avec les attelles de M. Maisonneuve,il n'y a pas cet inconvénient
à redouter; elles enveloppent exactement les membres dans le
sens de la longueur, et en ayant soin, avec trois cordons élastiques
de les maintenir au contact de la peau, il n'y aura aucune modifi-
cation à foire dans l'appareil.
M. Panas. Je suis grand partisan des gouttières plâtrées, aussi,
depuis 10 ou 12 ans, je ne soigne pas les fractures compliquées
par un autre procédé. Je n'hésite pas à considérer Tintroduction de
la gouttière dans la pratique chirurgicale comme une véritable
révolution.
Avec la gouttière, on obtient une parfaife contension des frag-
ments et une complète immobilité. Les attelles de M. Maisonneuve
étaient déjà un excellent procédé, mais la gouttière a été un vrai
progrès, cai*, avec des attelles, on maintient moins bien les frag-
ments.
Avec la gouttière, on obtient une excellente position du pied à
angle droit, qui empêche la production de raideur articulaire, même
lorsqu'il y a fracture pénétrant dans l'articulation.
Je trouve que la gouttière est plus solide que les attelles et qu'elle
empêche le chevauchement et le raccourcissement.
Avec l'usage de la gouttière, on n'a plus besoin de recourir à
la pointe de Malgaigne, car il suffit de placer sur le fragment supé-
rieur une attelle rembouia:ée, maintenue avec une bande de diachy-
lon, pour obtenir une pression suffisante.
728 SOCIKIK DE CHIRimOlK.
Depuis qu'on emploie les gouttières plâtrées, Famputation des
membres fracturés est devenue une opération rare.
M. TiLLAUx. Je désire faire remarquer que M. Zsigmondy n'i
nullement eu Tintention de faire une comparaison entre ses appa-
reils et ceux de MM. Maisonneuve et Hergott ; il a seulement pré-
senté des appareils destinés à la chirurgie militaire, appareils que
Ton peut préparer d'avance ; c'est la même méthode que celles
les deux chirurgiens français, mais ses appareils sont d*un manie-
ment plus facile.
Je ne comprend pas beaucoup la distinction qui vient d'être faite
par M. Panas entre les attelles de M. Maisonneuve et la gouttière
de M. Hergott ; pour moi il n'y a pas de différence, et je trouve qnc
tous les avantages que notre collègue reconnaît à la gouttière,
peuvent être accordés aux attelles latérales.
Ces attelles latérales se touchent et forment une véritable gout-
tière : on arrive au môme résultat par un procédé différent.
Gomme établissement de l'appareil, je préfère les attelles i b
gouttière, surtout dans le cas de fracture avec plaie, car il est
beaucoup plus facile de faire des pansements.
 mon sens, ces divers procédés forment une seule et même
méthode dont il faut bien séparer les appareils circulaires dont les
résultats sont bien différents.
M. Panas. M. Maisonneuve n'appliquait nullement ses attelles
comme vient de le dire M. Tillaux ; il laissait un intervalle et ses
attelles ne formaient nullement une gouttière. Ses attelles sou-
tiennent mieux le pied et ne réclament nullement des bandes cir-
culaires.
M. DE Saint- Germain. J'ai suivi longtemps le service de M. Mai-
sonneuve, et ce chirurgien, qui ne mettait jamais de bande circu-
laire, plaçait les attelles tellement rapprochées qu'il formait une
véritable gouttière.
Suite de la discussion sur le traitement des corps étrangers
articulaires.
M. le Secrétaire général donne lecture, au nomde M. Paquet, de
Lille, de la lettre suivante :
Dans la dernière séance de la Société de chirurgie, notre excel-
lent maître, le professeur Verneuil, a présenté une obser\'ation de
corps étranger tlu genou extrait par l'incision directe, avec emploi
de l'antiseptie par Tacide thymique. Gette présentation me suggère
quelques réflexions, que je vous prie de vouloir bien transmettre
à mes honorables coUogues.
SKANGE DU Î9 NOVEMBRF.. 1^
J'ai eu deux fois Toccasion d'extraire des corps étrangers du
genou : dans les deux cas^ il n'y avait aucun signe d'arthrite
sèche; dans l'un d'eux, on pouvait constater l'existence d'une
petite quantité de liquide articulaire.
1® J*opérai en juillet 1810, dans le service de la clinique chirurgi-
cale, à l'hôpital Saint-Sauveur, le nommé Rogier, âgé de 18 ans,
compositeur à l'imprimerie L. Danel : ce jeune homme faisait remonter
les accidents, qu'il éprouvait au genou, à l'âge de 12 ans, et voulait à
tout prix être débarrassé d*un corps étranger du volume d'une amande,
dont la mobilité avait triomphé de tous les moyens de fixation. Je
Toperai par l'incision directe de tous les tissus jusqu'au corps étran-
ger, qui s'échappa par une sorte d'énucléation. Pas une bulle d'air ne
pénétra dans la jointure. La plaie, après avoir été lavée avec la sola-
tion d'acide thymique, fut fermée par des bandelettes de taffetas, le
genou fut recouvert par une compresse imbibée de la solution, par des
couches de ouate, et, après compression, placé dans un gouttière en
fil de fer. Le 15* jour l'appareil fut levé : la plaie était cicatrisée. Tout
semblait annoncer un succès, lorsque le 22«jour, apparut un phlegmon
di^us du mollet, qui marcha avec une très-grande rapidité ; des décol-
lements très-étendus et un phlegmon sous-aponévrotique envahirent
toute la jambe : l'article du genou fut respecté, et bien certainement le
point de départ ne fut pas la plaie de l'opération, qui resta cicatrisée,
et dont les parties voisines ne furent pas atteintes par le phlegmon.
Le malade voulut sortir de l'hôpital, et mourut chez lui, 3 semaines
après, épuisé par l'abondance de la suppuration. L'article du genou
était complètement sain.
fi» Dans le second cas, il s'agit d'un ouvrier terrassier, âgé de Bl ans,
nommé Deneulin, travaillant aux travaux de terrassement du chemin
de fer.
Il fut opéré chez lui, en mars 1873, par le môme procédé. Il avait
2 corps étrangers, l'un du volume d'une amande, l'autre un peu plus
petit, qui sortirent successivement, avec une certaine quantité de
liquide articulaire ; pas de pénétration de Tair dans la jointure ; même
pansement que dans le cas précédent, immobilisation dans une
gouttière en gutta-percha comprenant les 3/4 de la circonférence du
membre, et que j'avais moulée avant l'opération. Levée de l'appareil
le 15« jour : cicatrisation parfaite. Mouvements de la jointure le
22* jour, reprise des travaux le 35*. La guérison s'est maintenue. J'ai
revu plusieurs fois l'opéré, qui né s'est jamais plus plaint de son
genou.
Dans ces deux cas, l'opération a été pratiquée au côté externe
de l'articulation, par le procédé de l'incision directe, occlusion de
la plaie, application de compresses antiseptiques-, compression
ouatée et immobilisation de l'article, cette dernière plus parfaite
dans le second cas. Le succès aurait été complet si le premier de
mes opérés n'avait été atteint d'un phlegmon diffus, dont le point
TSO^ socnM db gbiritiioib.
de départ n^était certainement pas la plaie de l'opération. Je dois
ajouter que, 5 jours avant l'apparition de ce phlegmon, étaient
entrés dans mes salles 2 malades atteints de phlegmons difius,
l'un du bras succédant à une chute, Tautre de la jambe, occa-
sionné par un écrasement par une voiture.
Un mot, pour terminer, sur l'emploi de Tacide thymique. Cet
antiseptique, que je crois avoir préconisé le premier [Voir Sodélé
anatomique, décembre 1867 et Bulletin général de thérapeutique^
juin 1868 et juillet 1869; Bulletin médical du Nord^ De la réunion
par première intention combinée avec le drainage, 1868) se troure
actuellement assez employé en Allemagne et dans quelques hôpi*
taux de Paris. Mes premières recherches sur Tactioade ce carbure
oxygéné, furent faites avec de Tacide thymique fabriqué par
M. Bouilhon, avec lequel je travaillais en 1867 dans le laboratoire
du baron Thénard.
Cet acide a une action plus puissante que celle de l'acide phé-
nique^ et son odeur est moins désagréable et moins persistante
que celle de ce dernier ; au point de vue de Tantiseptie, ils se valent,
et à moins de circonstances particulières tenant surtout au désir da
malade, je me sers indifféremment de Tun ou de Tautre. ^Je dois
egouter cependant, que lorsqu'on se sert d'acide thymique, la
solution doit forcément être légèrement alcoolisée pour obtenir U
dissolution parfaite, et que cet alcool peut et doit être considéré
comme ayant son rôle dans les résultats obtenus.
M. le Secrétaire général donne lecture au nom de M. Cîhipaull,
d'Orléans, membre correspondant, de l'observation suivante :
Corps mobile du genou droit à la suite d'une chute sur le côté intani
de l'articulation. Opération par la méthode sous-cutanée, le 28 aTril iSH;
insuccès. Un mois après, nouvelle opération par l'incision directe; «•
traction du corps étranger constitué par une portion du condyle inUm
du fémur. Pansement ouaté. Guérison.
Gouchault, Agé de 20 ans, jardinier à Orléans, tombe le 10 mars 18TÎ
sur le côté interne du genou droit, la jambe se trouvant en abductios
forcée. Cette chute est accompagnée d'une douleur si violente qu'il eit
impossible au blessé de se relever; il est défaillant; on est obligé de
le porter chez ses parents. Dans la soirée môme, le genou devient
volumineux.
L'application de compresses résolutives calme le gonflement et li
douleur.
5 jours après Taccident, Gouchault s'aperçoit qu'une boule remue
dans l'articulation; il applique une bande roulée et essaye de marcher,
mais il ne le peut faire qu'avec difficulté et encore à la condition de
tenir la jambe malade dans Textension. Pendant un mois il va et vieni,
SÉANGB DU 13 NOYBMBIUB. 791
t beaucoup; c'est alors qu'il me fait demander, 6 semaines
iprès la chute.
miière visite a lieu le 18 avril ; après avoir constaté cpie
U est d'une très-bonne constitution, j'examine le genou droit
dent. Il est volumineux, distendu par une grande quantité de
a milieu duquel il m*est facile de sentir un corps, mobile dans
sens, de la grosseur d'un noyau d'abricot légèrement aplati,
le ses faces. Le cul-de-sac latéral interne est son séjour d'é-
mais par la pression on le conduit facilement de ce point dans
sac latéral externe, en lui faisant contourner la rotule par le
10 antérieur, son volume ne lui permettant pas de passer sous
as de douleur à la pression; marche pénible; elle n'est pos-
I la jambe dans l'extension ; en dedans du genou je constate
in vide qui 8*est fait au niveau du condyle interne du fémur,
^ostic ne pouvait être douteux. Il s'agissait bien d'un corps
, sans nul doute constitué par une portion du condyle interne
L'extraction était le seul moyen de guérison qui d'ailleurs fut
mssitôt que proposé.
ation fut fixée au 28 avril; j'eus recours à l'incision sous-
le corps mobile étant très-solidement maintenu ; mais à peine
terminé la boutonnière de la synoviale que le corps étranger
a brusquement pour venir se placer sous le tendon rotulien,
Q qu'il me fut absolument impossible de le déloger, malgré
mouvements que je fis exécuter au membre inférieur.
ation était manquée. Il me fallut attendre pour la recommencer
irps étranger reprît sa mobilité. Il resta sous le tendon rotu-
lant 3 semaines, sans que la douleur de la jointure fût plus
Gouchault pouvait progresser comme avant l'incision sous-
avec cette différence q[u'il marchait la jambe à demi- fléchie,
ais pouvoir l'étendre.
mai, 23 jours après l'incision de Goyrand, le corps étranger
logé sous-tendineuse et reparaît dans le cul-de-sao latéral
ivec sa mobilité antérieure.
ation est de nouveau résolue ; mais, cette fois, je prends le
l'attaquer directement et de faire le pansement ouaté.
mai, après avoir refoulé en haut, le plus possible, la peau
) entre le bord interne de la rotule et le condyle interne du
) fais une incision profonde portant directement sur le corps
laintenu solidement ; après l'avoir saisi rapidement avec une
l'extrais sans difficulté. Quelques gouttes de sang et un peu
le accompagnent l'extraction.
>ux lèvres de la plaie sont réunies par un bandeau de bau-
ollodionnée, et' j'applique autour du genou ainsi qu'autour de
I de la jambe et de la moitié de la cuisse un matelas d'ouate et
le exerçant une compression suffisante.
ites de l'opération sont des plus simples ; pas de fièvre, pas
ur. J'enlève le pansement ouaté le 10 juin, 11 jours après
, ET MÉM. DE LA SOC. DE GHIR. 4
IM 80CISTÉ DE GHIRUROIB.
l'opératioi), et encore je laisse toute la ooate adhérente à la plaie rt je
refais uq pansement ouaté analogue au premier.
Le 16 juin, j'enlève de nouveau le pansement; il existe ane petite
plaie d'un centimètre de long et de 2 millimètres de Urgeur. Gautéii*
sation au nitrate d'argent. Pansement ouaté.
Le S5 juin, la cicatrice est complète. Gouohault exéeote facilement
ses mouvements; il peut marcher; la jointure est encore gonflée; js
maintiens une bande roulée autour du genou recouvert de ouate.
ïje 16 juillet tout pansement disparaît; Oouchault marche fociiemeot.
Guérison absolue.
Aujourd'hui 10 novembre 1878, je revois mon opéré ; il t repfit
depuis longtemps tous ses travaux de chaque jour; les deaz génois
ont le même volume. Pas la moindre douleur en marohant. Étatliéi^
satisfaisant.
L'examen du corps étranger m'a permis de constater qu'il est ooas*
titu é par une portion d'os recouvert de cartilage. Cette messe aaiid*
présente une surface convexe lisse, blanchâtre, cartilagineuse, et ane
surface aplatie mais légèrement rugueuse et recouverte de trtetni
formés par le tissu spongieux déchiré. La coupe fait mieux encore
distinguer la couleur blanchâtre du cartilage de la coloration roogeitre
du tissu spongieux. Le corps mobile mesure 2 centimètres de largtir
et 1 centimètre d'épaisseur en son point central.
Conclusions de r observation :
1® Les corps étrangers articulaires ne peuvent pas toiyours être
extraits par la méthode sous-cutanée.
2*" L'incision directe a donné un très«bon résultat*
8® La guérison s'est effectuée rapidement, sans le moindre
accident, grâce à l'emploi du pansement ouaté.
4® Une chute violente sur le côté interne du genou, a pu déii^
cher une portion du condyle interne fémoral, laquelle portée diDS
la jointure est devenue un corps mobile.
M. Vermeuil. Les corps étrangers que j'ai présentés ont ét£
e}^aminés par M. Nepveu et voici le résultat : au centre on troure
du cartilage hyalin très-net, sa substance fondamentale est trèS'
fine, les cellules sont rangées en séries ou groupées en îlote ; pis
d'emboîtement de plusieurs cellules. A la périphérie, la substance
présente un fin granulé ; les cavités cartilagineuses sont spadeusae,
mais à l'intérieur de ces chondroplastes, les cellules devienoeoi
étoilées, fusiformes ; sur le bord, la substance fondamentale forme
des dentelures. A la superficie du cartilage, les cellules cartibfi-
neuses ont éclaté et se sont ouvertes du côté d'une couche de liM
conjonctif très-épaisse. Cette couche n'a pas plus de 2 millUnètrei
d'épaisseur. Fus de traces d'ossification, de oalcificatioa; pasde M-
vêtemeat épitliélial à leur surface.
H. TiLLAUX. Je ne parlerai pas de l'ouvertare dés articdlilioài
SÂANCS OU 13 NOVEMBRE. 133
ea général, et je me renfermerai dans la question soulevée par
IL Verneuil, de Textraction des corps étrangers ai'ticulaires.
Je crois, avant toute chose, qu*il est nécessaire de se demander
dans quelles conditions on doit opérer. Lorsque le corps étranger
D*est pas flottant, lorsque le malade n*éprouve qu*une gène mo-
dérée, il ne faut pas opérer.
On doit être sobre de ce genre d'opérations et, lorsqu'on se d^
cide à y recourir, il ne faut le faire qu'à la demande, expresse du
malade, qui doit savoir que c'est une opération sérieuse.
Une fois l'opération décidée, quelle est la méthode que l'on doit
Binployer ?
Est-ce la méthode de l'ouverture à ciel ouvert, ou est-ce la
métljode de M. Goyrand, d*Aix, méthode sous-cutanée.
J'ai fait deux opérations : une en 1870, à Saint- Antoine, l'autre
BU 1872, à Saint-Louis.
Mon premier opéré était un marchand de vins ; je voulais faire
le délogement, opération de M. Goyrand, je ne pus y parvenir; je
fis l'incision à ciel ouvert, j'appliquai un appareil ouaté. La guér
rison fut complète, car j'ai revu ce malade, 6 ans après, et il
marchait très-bien.
Mon second opéré était un cuirassier qui avait deux corps étran-
gers. Je pus, chez lui, pratiquer le délogement, et 12 jours
après je fls l'extraction; le malade guérit rapidement.
J'ai donc obtenu deux succès dans mes deux opérations; mais je
déclare que je ne pratiquerai jamais l'ouverture sans avoir essayé
la méthode sous-cutanée.
Malgré les garanties que peuvent donner les antiseptiques, je
crois que l'on doit toujours éviter d'ouvrir un^ articulation ; aussi,
avant d'en arriver là, j'essayerais toujours la méthode de M. Goy-
nmd, d'Aix.
M. Desprâs. Je serais désireux de voir mentionner, dans les ob-
servations d'extraction de corps étrangers, si on avait affaire à un
Borps étranger unique ou à des corps étrangers tenant à des ar-
thrites sèches.
Ce qui me fait insister sur cette distinction, c'est que je consi-
lère comme d'un pronostic bien différent les opérations que Ton
pratique sur une articulation saine ou sur une articulation malade.
Il y a peu de temps, un de mes collègues de Cochin pratiqua
une ponction avec injection iodée dans une hydarthrose chronique;
le malade, sorti en bon état, rentra, peu de temps après, avec une
réeidive compliquée de suppuration de l'articulation.
. Le malade guérit, mais je suis persuadé que l'ai^thrite suppurée
autaiiété beaucoup plus grave si l'articulation avait été saine.
734 SOCIÉTÉ DE CHIRUROIB.
M. Lugas-Champjonnière. On nous objecte que nous avons cité,
principalement, les faits heureux d'arthrotomie, mais je pourrais
répondre que les faits d'ouverture d'articulations que Ton nous i
opposés sont aussi des faits exceptionnels.
Je crois que les craintes de M. Tillaux sont exagérées, car,
grâce à la méthode antiseptique, l'arthrotomie a fait de grands pro-
grès, et cette opération est moins difficile que l'opération soos-
cutanée de M. Goyrand, qui échoue souvent.
M. Desprès a parlé de la ponction simple de l'articulation; je re-
garde cette ponction comme très-grave, et je trouve qu'il faut être
plus hardi pour ponctionner une articulation que pour l'ouvrir lar-
gement. Je me souviens d'un grave accident survenu entre les
mains d'un de mes maîtres. La ponction a ses indications, mais
c'est une opération grave.
Pour revenir à la question des corps étrangers articulaires, je
dirai qu'il est évident qu'on ne doit pas opérer un corps étranger
qui ne fait pas souffrir; mais, lorsque Tintervention est nécessaire,
l'emploi des antiseptiques diminue de beaucoup la gravité.
M. Desprès. Je veux simplement rappeler que j'ai blâaié la ponc-
tion capillaire des articulations dans un rapport fait à la Sociélé,
où je l'ai condamnée d'une façon absolue.
M. GuYON. Je désire montrer à mes collègues un volumineux
corps étranger articulaire que j'ai enlevé par la méthode de M. Go;-
rand. Le succès a été complet, mais je n'ai réussi qu'à une troi*
sième tentative.
Dans les deux premières, il me fut impossible de faire passer le
corps étranger à travers l'ouverture de la synoviale.
Malgré ces deux insuccès, le malade ne se découragea pas eft
désira subir une troisième opération.
Le succès fut complet; mais j'apportai une petite modificatioo
que plusieurs chirurgiens ont aussi proposée : je commençai par
creuser, dans le tissu cellulaire, une loge, puis j'ouvris la syno-
viale et je fis passer le corps étranger dans cette petite cavité, eC
je le conduisis jusqu*au milieu de la face interne du tibia, dont il
fut extrait 15 jours après.
Tous les chirurgiens qui ont pratiqué l'opération de M. Goyrand
sont d'accord pour la regarder conune peu offensive, mais d'une
exécution très-difficile ; aussi ne peut-on que bien accueillir un
procédé plus simple.
Il serait peut-être imprudent de vouloir juger d^nitivonttit
l'arthrotomie antiseptique, mais on ne peut se dissimuler que les
faits sont favorables à ce procédé. Dans la thèse de M. Benard,
SÉANCE DU 18 NOVEMBRE. 735
citée par M. Verneuil, il y a eu une réunion de 27 opérations avec
£5 succès.
L'insuccès de M. Bœckel a tenu à l'absence du drainage, car il
vaut mieux ne pas fermer la plaie que de la suturer complètement;
de plus il y a eu, pendant cette opération, une blessure d une ar-
tère articulaire qui avait produit un épanchement sanguin dans
Tarticulation.
Dans la thèse de M. Bernard, il y a deux statistiques dues à
M. Larrey, qui prouvent d'une façon évidente que la méthode sous-
cutanée a considérablement diminué la mortalité dans Textraction
des corps articulaires, mais qu'en revanche la proportion des in-
succès a beaucoup augmenté, car siu* 39 opérations, iô fois il fut
impossible de déloger le corps étranger.
On peut donc mettre en parallèle Topération sous-cutanée, qui
est difficile et qui a donné quelques cas de mort, avec la méthode
antiseptique qui a donné jusqu'à présent d'excellents résultats.
Je désire faire observer que la distinction que M. Desprès veut
établir entre la blessure des articulations saines et des articulations
malades ne peut être acceptée, car, grâce aux méthodes antisep-
tiques^ le pronostic des plaies des articulations saines est devenu
beaucoup plus favorable.
Je recevais, il y a peu de temps, dans mon sei*vice, un homme
atteint de fracture de l'olécrâne avec plaie articulaire. Traité par
les antiseptiques, cet homme fut complètement guéri, en 2 mois,
sans raideur articulaire.
Il est impossible, en présence de faits semblables, de ne pas ad*
mettre que les plaies des articulations saines se comportent tout
différemment sous l'influence des antiseptiques qu'avec les émol-
lients.
M. Verneuil. Je n'ai pas eu l'intention de parler des plaies arti^
culaires en général, aussi, je limiterai ma réponse à la question de
Textraction des corps étrangers articulaires.
M. Tillaux pense qu'il ne faut opérer que lorsque le corps
étranger occasionne soit des accidents, soit une douleur vive,
c'est parfaitement juste; mais il est certain que si la thérapeutique
donne un procédé facile et innocent, on aura le droit d'opérer plus
souvent.
Nous sommes en présence de deux méthodes : la méthode à ciel
ouvert et la méthode sous-cutanée.
L'innocuité à ciel ouvert est démontrée; nous possédons un assez
grand nombre de documents pour affirmer que la taille articulaire
est bien préférable à la méthode sous-cutanée, qui a donné de9
morts.
7d6 SOCIETE DE CHIRURGIE.
J*ai fait deux fois Topération de M. Goyrand, j'ai eu deux in- .
succès.
Si nous comparons les statistiques, voici ce que nous trouvons:
Pour la méthode sous-cutanée, il faut faire trois colonnes : in-
succès, succès et mort.
Dans une première statistique de M Larrey, nous avons, «or
89 opérés :
19 succès ; proportion 48,7 0/0.
5 morts; — 12,8 O/O.
15 insuccès ; — 88,4 0/D.
Dans une seconde statistique de M. Bendos, nous avons sur
51 opérés :
29 succès rapides 56,8 0/0.
5 succès avec accidents 9,8 0/0.
5 morts 9,9 0/0.
12 insuccès 28,5 0/0.
Pour la méthode à ciel ouvert, avec les antiseptiques, la statis*
tique recueillie par M. Bernard donne, sur 27 opérations :
25 succès,
2 morts.
Pas d'insuccès.
Avec Tarthrotomie à ciel ouvert, il n'y a donc pas cette perspec-
tive de l'insuccès.
Quant au choix de la méthode antiseptique, je ne dissimulerai
pas ma préférence pour le pansement ouaté, dont je crois l'emploi
plus facile, plus à la portée de tous.
Les résultats sont en outre très -favorables à ce procédé, ainsi:
M. Guérin a obtenu 1 succès, avec la suture.
M. Gillette — 1 succès, avec des bandelettes collodionnées.
Moi| j'ai obtenu 1 succès, sans réunion.
M. Paquet a obtenu 2 succès.
M. Tillaux — 1 succès.
M. Ghipault — 1 succès.
•
M. Lucas-Ghampionnière a critiqué le procédé que j'ai employé,
et il croit que Ton peut obtenir une guérison plus rapide et «les
mouvements meilleurs avec le pansement de Lister.
Je répondrai qu'il vaut mieux aller moins vite, mais sûremeai;
en employant la ouate et les antiseptiques, j'étais presque sûr d'ob-
tenir une guérison sans accidents.
SÉANCE DU 18 NOVEMBRE. 787
■ ■ .a
En outre, je pense qu'une plaie non fermée guérit plus sûre-
ment; oependant, le fait de M. Gillette m'engagerait peutrêtre à
fermer les plaies avec des bandes coUodionnées, quoique Barwell
ait montré que Tocclusion donnait d'assez mauvais résultats.
Quaùt à la rapidité de la guérison, je suis très-satisfait du ré-
sultat que j'ai obtenu, car je trouve <]u'une guérison d*une plaie
articulaire en 2 mois est un très-beau résultat.
Je résumerai ma communication en disant qu'en présence d'un
corps étranger articulaire mobile, situé en haut et en dedans, je
serais disposé à essayer le procédé de M. Goyrand; mais si
j^éçbouais, je ft'hésiterais pas î pratiquer l'extraction à ciel ouvert
et antiseptique.
H. Trjêlat. Ainsi que je l'ai dit dans la dernière séance, je crois
qu'il est nécessaire de recueillir de bonnes statistiques pour pou-
voir juger comparativement les diverses méthodes.
Je suis tout à fait d'avis que l'opération de M. Goyrand n'est pas
innocente; je l'ai vue échouer entre les mains d'un.de mes maîtres,.
dt dans un autre cas, opéré avec succès, j'ai vu des accidents in-
flammatoires.
Je désire faire observer que les procédés d'extraction à ciel ou-
irert, dont on nous a entretenus, ne sont pas autre chose que la
i^éthode ancienne combinée avec les pansements antiseptiques.
Prësenlation de piëee.
m
M. Tillaux présente, au nom de M. Henriet, prosecteur des hô«
rilanni, une pièce de luxation du fémur.
Cette pièce, qui a été trouvée à ramphithéâtre,.8ur un sujet
Penviron KO ans, représente une luxation iliaque de date an-
donne.
H. Tillaux fait observer que l'on trouve le ligament de Bertin
ntact. Aussi, cette pièce .vient-elle à l'appui de l'ppinion qu'il a
MNitenue sur la détermination des luxations.
Pour M. Tillaux, le genre de luxation ne dépend pas, comme le
>ensait Malgaigne, des muscles, mais bien de la déchirure de la
iapsule. . .
Dans les luxations iliaques, le faisceau antérieur de la capsule
loit être conservé ; dans les luxations ischiatiques, le faisceau su-
>érieur est intact.
Cette pièce vient confirmer cette opinion.
La séance est levée à 5 heures 10 minutes.
Le Secrétaire^
HORTBLÔUP.
738 SOCIÉTÉ DE GHIRUROn.
Séance du 20 noTembre 1878.
Présidence de M. P. Guton.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
OrrespoBdUuiee»
La correspondance comprend :
1« Les journaux périodiques de la semaine; le BuUeiin de
f Académie de médecine^ les Archives de médecine naFflJs, les
Annales de gynécologie, le Bulletin général de thérapeutique;
2*» Le Lyon médical;
3"" Centralblatt fur Chirurgie^ le Journal international det
sciences médicales de Naples^ la Gazette de santé militaire de
Madrid, la Gazette médicale Italienne-Lombarde^ The BrUiseh
médical Journal;
4'' Une lettre de M. le D' Kœberlé, adressant à la Société
plusieurs ouvrages intitulés :
1" De r hémostase déûnitive par compression excessive;
2' De la réunion des plaies;
3"* Épilogue de F hémostase déânitive:Des maladies des ovaires
et de i*ovariotomie.
■4*» Notice sur le professeur Ehrmann;
&* Coup de feu à la région temporo-faciale gauche. Perforation
des lobes antérieurs et du lobe postérieur droit du cerveau. Horl
au bout de 6 jours, par M. le D' Fleury, de Glermont, memlm
correspondant.
G^" Deux observations de M. le D' Turgis, intitulées : Corps
étrangers du rectum. Fractures multiples et compliquées des
membres inférieurs.
{Commission : MM. Tiliaux, Labbé et Anger, rapporteur.)
7* Chirurgie de guerre^ par le D' Esmarch, traduit par M. la
D* Rougé, de Lausanne.
 l'occasion du procès- verbal, M. le Secrétaire général donne
lecture d^une observation de M. Ehrmann, de Mulhouse, membre
correspondant, intitulée :
Corps étranger libre (balle de plomb) dans l'articulation dn ganea.
Arthrotomie antiseptique.
La récente communication de M. Verneuil à la Société de chi-
rurgie (Séance du 6 novembre) touchant l'application de la
SiÀNGB DU 20 NOVBICBRE. 7S9
méthode antiseptique à Textraotion des corps mobiles artioulaires,
donne un certain intérêt à l'observation suivante, oii l'emploi d'un
mode opératoire identique nous a procuré un succès analogue, et
qui, à un autre point de vue encore, celui de la nature du corps
étranger et de la rareté relative de cette étiologie, nous paraît mé-
riter une mention particulière.
Les corps étrangers libres que l'on rencontre dans les articu-
lations sont très-généralement, comme on le sait, des productions
organiques.
Les observations de corps étrangers venus du dehors ayant
Bé(joumé librement, durant un temps plus ou moins prolongé, dans
les cavités synoviales sans y déterminer des accidents sérieux,
sont des faits qui ne se sont présentés que fort rarement.
Percy, cité par Legouest {Traité de chirurgie éP armée ^ 1863,
p. 627), rapporte que Framboisier a vu une balle rester impunémedt
dans le genou, et, longtemps après la cicatrisation de la plaie, se
montrer sous la peau, d'où il fut aisé de la faire sortir.
Morel-Lavallée, dans sa thèse de concours (Sur les corps étraD"
jers articulaires, Paris, 1853, p. 43), a relaté l'histoire d'un
malade opéré par Velpeau, et chez lequel une balle de calibre avait
séjourné dans l'articulation du genou, sans provoquer d'accidents
[>endant 28 jours; 6 mois seulement avant son entrée à l'hôpital,
1 était survenu du gonflement articulaire, avec gêne des mouve-
ments; l'extraction du projectile, qui était libre et allait dans
livers points du cul-de-sac de la synoviale, fut faite par la méthode
sôus-cutanée; le malade guérit parfaitement au bout d'une
loozaine de jours après l'opération.
Dans le cas que nous avons eu l'occasion d'observer, le séjour
ntra-articulaire du corps étranger, sans avoir été aussi prolongé,
'a été suffisamment pour nous permettre de suivre dans ses phases
liverses la symptomatologie de cette intéressante lésion.
Observation. — Jules Sohmesber, de Mulhouse, jeune homme de
18 ans, de haute taille et robuste constitution,, cherchait à sortir avec
in poinçon d*acier, du tonnerre d'un revolver américain, ui^e balle
jm a'y trouvait forcée, quand le coup partit, et lui lança le projectile
i bout portant dans la cuisse gauche, contre laquelle Tarme se trou-
vait appuyée. L'orifice d'entrée se voyait à 18 centimètres au-dessus
ia bord supérieur de la rotule, à la partie antérieure, un peu en dehors
ie la ligne médiane.
L'accident avait eu lieu le 28 avril 1877. Les recherches faites sitôt
iprès, et répétées quelques heures plus tard, après dilatation au laml-
laria de la partie abordable du trajet, nous conduisirent, à travers les
nasses musculaires du triceps, jusqu'au voisinage Immédiat du
imar, dans la direction du condylé externe, mais sans nous permettre
rarriver sur le projectile. Dans ces conditions et vu Tabsenoe de
740 SOCIÉTÉ DB CHIRUROn.
lésion d*un organe important, nous jugeâmes prudent de ne pas
insister davantage snr les tentatives d'extraction; el noaa soos
bornÂmes à maintenir, plusieurs joura durant, le repos absolu et las
applications de glace.
Au bout de 3 semaines, la cicatrice était opérée; un mois plus tard
il ne restait plus dans le membrCi ni sensibilité, ni gène; seul, on
noyau d'induration profonde, situé un peu au-dessus du condyle fémo-
ral, à la limite externe du tendon du triceps, accusait à ce niveau k.
présence d'un corps étranger.
Le ô septembre 1877, 4 mois après l'accident, tandis qu'il gravissiit,
sans effort, une marche d'escalier, le sujet est pris subitement dans
le genou, d'une douleur aiguë, excessive, qui le fait tomber en sji-
cope. On le couche sur un lit, le membre placé dans la demi-flexion,
le genou couvert de compresses froides ; les douleurs se modèrent,
mais continuent néanmoins assez intenses, durant plusieurs heures
encore.
Le lendemain, léger empâtement péri«artioulaire ; faible degré
d'hydarthrose ; pas de réaction générale ; les douleurs spontanées ont
presque disparu; sensibilité assez notable à la pression. On constate
au côté interne du genou, une saillie dure, dont la palpation détemine
de la douleur ; par contre, le point induré, qui marquait, au-dessus da
condyle externe du fémur, la présence du projeefile, a dispanu II est
manifeste que la balle a pénétré dans lu synoviale, en rnloérant, et^
son apparition brusque dans l'articulation a été la cause des aoeideiiili
violents de la veille.
Repos absolu ; glace.
Les jours suivants, les phénomènes inflammatoires s'amendeat a«fli
rapidement ; l'enflure se résout, les douleurs cessent. La saillie de It
balle se dessine plus nettement, au côté de l'interligne; la pression
directe tend à l'effacer, mais elle se reproduit sitôt après.
Le 8* jour, le malade se lève et s'essaie à marcher.
Dans le cours de la semaine suivante, les progrès s*acoentuént. Le
malade sort, mais il est obligé d'user, dans la marche, de grandes
précautions. Il lui arrive fréquemment, tantôt tous les 2 ou S jours
seulement, d'autres fois à plusieurs reprises danë la même jooniée,
d'être arrêté brusquement par une douleur subite dans le genoo,
douleur qui se prpduit également la nuit, pendant le sommeil, alors
que, par suite de mouvements involontaires du membre, le balle s
quitté sa loge habituelle au côté interne de l'articulation, pour s'insi-
nuer entre les surfaces épiphysaires, ou dans l'intervalle des ligaoïenis
profonds. Le malade en est arrivé instinctivement^ pour faire cesser
ses douleurs, à une manœuvre fort simple, qui consiste à frapper, de
la main, sur le côté opposé du genou, quelques ooops seee qui
déplacent le corps étranger et lé ramènent à sa placé d'étoctioB.
D'autres fois, mais pins rarement, o'eet au oêté eztefroe, seuarei^iaB-
sion de la patte d'oie, que le corps étranger vient se faire joer. 0
circule doae librement dans la synoviale, où il paraît s'être, es spemae,
assez bien âodlimatê. Les inoonvéniente de sa préêeioe ne se frsdsi-
SÉANCE DU 20 NOVEMBRE. 7 il
sent que par son interposition fréquente entre les surfaces articulaires
el par les pincements caractéristiques qui en résultent.
Après un mois d'expectation, nous nous décidons, à la den^ande
instante du malade et de sa famille, à pratiquer Textraction. Nous y
procédons le 8 octobre 1877, avec l'assistance de M. le D' KioBchlin,
qui précédemment déjà avait vu avec nous le blessé, en consultation;
Bien que le milieu dans lequel nous allions opérer, se présentât
dans les meilleures conditions hygiéniques, nous avions résolu, afin
de mettre de notre côté toutes les chances favorables, de nous confor-
mer scrupuleusement, pour T ouverture de Tarticulation, aux principes
de la méthode antiseptique. La peau de la région, les instruments, les
éponges, les mains du chirurgien et des aides furent donc lavées
à la solution phéniquée, et le spray maintenu durant tout le temps des
manœuvres.
Le malade est chloroformé. Une incision directe, de 4 centimètreSi
est pratiquée le long du côté interne du genou; puis, le corps étranger
ayant été fixé au moyen d'une pince de Museux qui le saisit à travers
la synoviale, cette membrane est incisée, et la balle, mise à nu, est
extraite sans difficulté. Écoulement d'une petite quantité de synovie,
transparente, visqueuse, sans trace de flocons fibrineux. Une légère
hèmorrhagie, provenant d'une artériole, est arrêtée par l'application,
dorant quelques instants, d'une pince hémostatique.
La plaie, après un nouveau lavage, est fermée par trois points de
sutare ; on petit drain est maintenu dans son angle inférieur.
On applique enfin, depuis les orteils jusqu'au sommet de la cuisse,
on bandage d'ouale plâtré, qui assure Timmobilité absolue du membre.
Le projectile extrait était une balle de plomb, mesurant en diamètre
7b»,5, en longueur 10 millimètres ; elle avait été originairement ronde»
mais on l'avait martelée pour la rendre cylindrique, ce qui avait pro-
doit à sa surface des saillies anguleuses.
Les suites de l'opération furent extraordinairement bénignes. Il n'y
eut que des douleurs insignifiantes. La température n'atteignit 88® que
le soir des deux premiers jours.
Le 10* jour, on ouvrit Tappareil plâtré, sous le brouillard phéniqué.
I^ réunion était parfaite ; il n*y avait autour du drain que de la séro-
sité sanguinolente desséchée, pas de suppuration. Les tubes et les fils
forent enlevés, et l'appareil, refermé, fut maintenu serré au moyen
d*une bande.
Le 25* jour, on l'enleva définitivement et on commença à imprimer
à Tarticulation des mouvements modérés.
L'opéré se leva à la fin de la ô* semaine. Nous Favons revu plu<f
sieurs fois depuis Tannée dernière ; la guérison est parfaite ; les mou«
vements du genou sont absolument libres.
L'observation qu'on vient de lire confirme ce que déjà oa savait
de la tolérance des cavités articulaires à l'égard de certains corps
étrangers venus de l'extérieur.
Dans ce cas particulier, la nature, en réalisant, lor3 de la péné*
742 SOCIÉTÉ OB CHIRURGIE.
tratioa du projectile dans la synoviale, les conditions protectrices
de la méthode sous-cutanée avait aidé éminemment à cette immu-
nité ; aussi voyons-nous le corps étranger se comporter ici i la
manière des arthrophytes et autres corps mobiles organiques.
Le liquide qui s'était écoulé de la synoviale au moment de son
incision n'avait en rien l'aspect d'un liquide inflammatoire. Si chei
notre malade la présence de la balle s'est montrée plus gênante
que chez certains autres, que chez celui, par exemple, dont parle
Morel-Lavallée, c'est que sans doute son petit volume se prêtait
plus aisément à son interposition entre les extrémités osseuses, et
que d'autre part les rugosités de sa surface contribuaient aussi à
en rendre les contacts plus douloureux.
Nous ne voulons pas exagérer la part qui, dans la réussite de
Topération, est à mettre sur le compte de l'emploi des procédés
antiseptiques. L'immobilité absolue et la compression égale, assu-
rées par l'appareil ouaté, sont, dans le problème qui nous occupe,
des facteurs dont l'importance ne saurait être négligée. On sa^
d'autre part, que des corps étrangers articulaires ont pu être opérés
sans accidents par l'extraction à ciel ouvert. Il n'en est pas moins
certain que les faits, nombreux déjà, publiés dans ces derniers
temps par Albert ^ E. Bœckel *, Scriba ^, Voikmann *, Stiriing,
Lichtenberg ^, Lucas-Championnière ®, Barwell '', Saxtorph ^, BÔ-
nard ^, Panas ^o, etc., et relatifs, tant à des corps articulaires ex-
traits antiseptiquement qu'à des hydarthroses chroniques et à des
arthrites suppurées graves, traitées avec succès par Tincisioa di-
recte sous l'égide de la méthode Listérienne, semblent établir dès
avgourd'hui, d'une façon non douteuse, les avantages de cette
méthode dans les cas d'ouverture des séreuses articulaires.
Il s'agit ici d'une question encore à l'étude, et que seule poom
résoudre déflnitivement l'observation des faits. Mais, en présenoe
1 Albert, Uberdie Arthroiomie (Wiener mediciniscbe Presse^ 1876, ïï^fO
à 37).
* E. Bœckel, Nombreux corps libres dans râriicalstion méiacwrpopbikÊ'
gienne du médius, etc. {Gàxeite des bôpitàox, 1876, p. IIS.)
Ibid., De Paribrotomie antiseptique et de ses mdicêtiona. (CrëM, méi*àt
Strssbourg, 1877, no 10.)
» Scriba, Berlin» Wocbenscbritt, 1877, »• 32, p. 460.
« Voikmann, Ein sntiseptiscb bebàndeitu und obne Ankyloae gebeUt^
Kniescbup {Verbàndlungen der deustcb. Gesellscb. fiir Chirurgie. $* Cob-
gress., I, p. 32, 1877.)
s Lichtenberg, Brit. med. Journ.^ 1874, janv. 10.
0 Lueas-Champlonnière, cfourii. de méd, et de chir, pratique, août 1877.
T Barwell, Brit. med, Journ,, 1876, feb. 12, mars 11 et apr. 1.
e Saxtorph, dans Bernard, Etude sur les corps étrangers êriieulëires. Thèse
de Paris, 1877.
9 Bernard, loc. cit,
10 Panas, Du pansement antiseptique de Liatsr^ Paris, 1878, p. t6.
SÉANCE DU 20 NOVKMBRB. US
des résultats statistiques malheureux fournis, dans le traitement
des corps mobiles articulaires, par la méthode ancienne d'extrac-
tion à ciel ouvert (sur 135 opérations réunies par M. Larrey *, il y
a 80 morts, soit 22 0/0), si l'on tient compte en outre des difRcul-
lés d'exécution qu'a présentées dans nombre de cas le procédé par
incision sous-cutanée de Goyrand, on ne peut guère ne point
admettre que l'application du pansement antiseptique à l'arthro-
lomie constitue un progrès et offre au chirurgien une garantie dont
il aurait mauvaise grâce de s'affranchir.
€3omniiinieatiaB.
M. le Secrétaire général donne lecture, au nom de M. le D' Fau-
con, d'Amiens, membre correspondant, d'une note intitulée : Nou-
veau procédé de réduction des luxations du pouce en arrière.
Les luxations du pouce en arrière comportent toujours, ainsi que
le professait Nélaton, im pronostic sérieux, et Malgaigne pourrait
encore peut-être écrire aujourd'hui qu' c il n'y en a aucune qui ait
été trouvée si souvent irréductible. >
Outre les difRcultés que présente trop souvent la réduction de
ce déplacement, il faut encore tenir compte des dangers auxquels
exposent parfois des tentatives mal combinées. Aux faits rapportés
par les auteurs, je puis ajouter un cas de gangrène qu'il m'a été
donné d'observer à Strasbourg en 1862. Â la suite de manœuvres
répétées et prolongées' sans succès pour réduire une de ces luxa-
tionsi le pouce se sphacéla : il était sec et noir au bout de quelques
jours ; il s'élimina totalement, et si mes souvenirs ne me trompent
pas, le blessé finit par succomber à l'infection purulente.
Dans un remarquable travail présenté à la Société de chirurgie
en janvier 1876, M. Farabeuf a essayé d'établir la théorie des
difficultés que rencontre la réduction et fait connaître un nouveau
procédé qui lui a donné plusieurs succès.
Avec Pailloux, M. Farabeuf admet que l'obstacle à la réduction
provient de l'interposition du ligament glénoïdien : mais il dénie
à la pression atmosphérique l'influence que lui a attribuée sur cette
interposition mon excellent maître, M. Michel, de Nancy. J'ai répété
sur le cadavre les expériences de M. Farabeuf, et, comme lui, j'ai
vu rintei*position se produire dans des conditions où la pression
atmosphérique ne saurait être invoquée.
M. Farabeuf attribue, avec juste raison, ce me semble, cette
interposition à une double cause : à des tractions mal dirigées et
à la contractilité musculaire.
i H. Larrey, Extraction des corps étrangers articulaires, (Bulletin de la S<h
éiété de chirurgie. Paris, 1861, p. 534.)
744 * SOCIÉTK OB CHIRURGIE.
L'interposition ne se produit pas lorsqu'on essaie de réduire li
phalange renversée en ariière. D*autre part» en expérimentant sur
le cadavre, on est tout étonné de voir combien est facile la réduc-
tion de cette luxation, combien au contraire il faut s'étudier pour
rendre ce déplacement irréductible.
M. Farabeuf a doxmé, sur ce point, des détails très-précis et
trèsTOxacts. On a nié, dit-il, Tinterposition, parce qu'on n'a pas su
la produire. Il faut pour cela rendre une certaine tension au musck
court fléchisseur. < On y arrive : 1^ en le remplaçant par un petit
fil élastique ; 2"* en immergeant la pièce dans Teau chaude ou dans
un acide ; 3® et c'est le moyen le plus simple, en portant le méta-
carpien dans l'abduction pendant qu'on rabat et qu'on tire sur la
plialange. »
Ce déboîtement n'échappe donc pas à la loi générale qui attribue
à l'action des muscles Tobstacle le plus considérable à la réduction
de la plupart des luxations ; seulement, pour le cas particulier,
M. Farabeuf explique cette action par le renversement de l'os sésa-
moïde externe. C'est cet os qui, lorsqu'on rabat la phalange rea-
versée, est retenu par la tension des fibres sésamoïdiennes du court
fléchisseur, et en .se retournant produit l'interposition.
Malgré les arguments produits en sa faveur, cette dernière expli-
cation ne me paraît devoir être admise que sous bénéfice d^inven-
taire : mids je ne veux pas discuter ce point spécial avant d'avoir
poursuivi mes recherches. Il me sulfit d'avoir rappelé le rôle de
l'interposition et celui de la contractilité musculaire.
Tout procédé qui luttera avec avantage contre ces deux causef
d'irréductibilité est assuré du succès.
Voilà qui explique les bons résultats obtenus par riii2/>iiysÂ>ii avec
ûexion en arrière entre les mains de Bell,'PaiUoux, Lawrie, Sédil-
lot, etc., au moyen de manœuvres diverses.
L'impulsion ne réussissant pas toujours, en raison de l'insuffi-
sance des forces appliquées, M. Farabeuf l'a remplacée par k
traction^ qu'il exerce, la phalange renversée, soit avec la main,soil
avec la pince dont il est l'inventeur.
A défaut d'une description magistrale, voici comment j*ai compris
son procédé, d'après divers fragments de son mémoire que j'ai
rapprochés :
L'avant-bras du blessé solidement immobilisé par un aide, le
chirurgien fait pratiquer par un autre assistant, auquel il recom-
mande de tenir le métacarpien dans l'opposition pour relâcher les
muscles, une vigoureuse coaptalion qui s'opère, le pouce refoulant
la phalange en avant, l'index la tête du métacarpien en arrière.
Cela fait, l'opérateur redresse la phalange, la saisit, la phalan-
gette fléchie, soit avec la main, soit avec la pince, et la fait glisser,
SÉANCE OU 20 NOVEMBRE. 74&
ainsi redressée, de haut en bas et grattant Vos, sur lé métacarpien
fixé comme une table.
' La phalange, ainsi conduite, pousse devant elle Vos sésamoîde
externe et le ligament glénoïdien ; quand elle les a c pas à pas »
et c laborieusement » refoulés jusqu'au cartilage, elle les jette par-
dessus bord et les suit instantanément dans la flexion.
M. Farabeuf donne quelque part à ce procédé le nom de : Trao
iioo sur la phalange redressée.
On peut adresser quelques objections à cette manière* de faire.
La main ne saisit pas très-solidement le pouce, et tout le monde
ne peut avoir à sa disposition la pinoe Farabeuf.
Le procédé dont j'ai l'honneur d'adresser la description à la So-
dété, avec une observation à l'appui, échappe à ces inconvénients.
n repose sur le même principe que celui de M. Farabeuf, c'est-à*
dire qu'il substitue la traction à Vlmpulsion sur la phalange re-
dressée, les muscles étant relâchés ; il en est la simplification, en
ce qu'il ne nécessite pas d'instrument spécial. Le doigt recourbé
Bd crochet, un lac, une compresse piiée en plusieurs doubles, voilà
oe qui s'offre au choix du chirurgien selon les cas et qui est suffi-
sant pour obtenir la réduction.
' L'observation que j'ai l'honneur d'envoyer à la Société présente
ane physionomie absolument classique; aussi ai-je cru pouvoir
me borner à transcrire dans cette note les détails importants. Si
sela était nécessaire on trouverait le reste dans le petit appendice
lui l'aceompagne.
Obssrvation. — Le nommé N. . . (François), garçon tailleur, âgé de
ES ans, entre à l'hôpital Sainte-Eugénie dans la uuit du dimanche
y ootobre 1878 à 3 heures du matin.
Il nous raconte, au moment de la visite, que dans une rixe au cabaret,
la recula veille à 11 du soir un coup de pied qui lui a débotté le
K)uce droit.
Il ne peut nous donner d^autres renseignements sur le mécanisme
le Tacoident, ce qui s'explique par Tétat d'ébriété où il se^ trouvait
|Qand la luxation s'est produite.
li fot successivement trouver trois médecins : deux d'entre eux sou-
nirent le pouce à des tentatives prolongées, sans parvenir â obtenir
1 réduction.
Le déplacement se présente sous la forme d'une luxation complète
lu pouce ea arrière ; la phalange est en- môme temps un peu déjetéé
m dedans. En raison des tentatives inutiles qu'il a subies, le blessé,
Taignant de ne plus pouvoir continuer sa profession, est au déses*
»oir.
Après avoir indiqué aux élèves du service les raisons qui rendent
il infructueuse la traction sur la phalange fléchie, j'essayai V impulsion
yec redressement de la phalange.
146 SOGléri DB GUIRURGIB.
Ne pouvant arriver à réduire par cette manœuvre» j'employai le
procédé suivant :
Le blessé est assis sur une chaise, Tavant-bras dirigé verticalement,
la main placée de champ.
Un aide est chargé de maintenir solidement le poignet et d'opérer
la contre-extension.
Un autre doit aider à la coaptation, en refoulant avec le pouce la
tête du métacarpien en arrière, pendant qu'il maintient cet os dans
l'opposition, en étreignant la main du blessé.
Ces dispositions prises, je saisis de la main gauche l'extrémité da
pouce luxé que je renverse fortement en arrière un peu au delà de
l'angle droit. J.e pouce, ainsi maintenu solidement, est accroché par
sa face doraale, au niveau de la phalange, avec mon index droit plié
en crochet, et j'opère de toutes mes forces, perpendiculairement à la
phalange, une traction qui ramène injmédiatement cette dernière vers
la tète du métacarpien ; mais je ne parviens pas à la remettre en place.
Jugeant que la force ainsi déployée n'est pas suffisante, je remplace
mon doigt par une compresse pliée en plusieurs doubles. Le plein de
ce lac est appliqué sur la face dorsale de la phalange près de sa jone-
tion avec le métacarpien : les deux chefs sont ramenés en avant ^ je
tire fortement sur la phalange dans la même direction qu'avec l'index.
Du premier coup je sens un soubresaut, la phalange se flédiit, la ré-
duction est opérée. 11 faut avoir soin de suivre avec la main gauche le
pouce dans son mouvement de translation tout en le maintenant
redressé.
Je propose de donner à ce procédé le nom de Réduction pu
traction perpendiculaire sur le pouce renversé en arrière.
J'ignore s'il n'a pas déjà été employé : il est si simple et si bien
adapté aux indications que je ne serais nullement étonné que Tidée
en fût venue à d'autres avant moi; je n'ai pas eu le loisir de me
livrer à de longues recherches, pour éclaircir ce point. Tout œ
que je puis dire, c'est que ce procédé n'est pas classique : je crois
qu'il mérite de le devenir, et voilà pourquoi je le livre à la publi*
cité dans les Bulletins si répandus de la Société de chirurgie.
Nota.* Voici quels étaient les symptômes de la luxation :
Le pouce et le métacarpien ailectent la forme dite improprement
en Z. La première phalange est déplacée et transférée sur la faoe
dorsale du métacarpien : elle est redressée de manière à former
avec cet os un angle obtus ouvert en arrière : la phalangette est
fléchie, mais à angle obtus.
La tête du métacarpien fait une saillie très-superûcielle et très-
nette à l'extrémité inférieure de l'éminence thénar: au-dessus
d'elle existe un enfoncement visible et surtout très-perceptible tu
doigt.
L'extrémité postérieure de la phalange se trouve a t centi-
mètres en arrière de cette saillie et incline un peu en dedans.
SÉANCE DU 20 NOVEMBRE. 747
La phalange est très-mobile en tout sens : on peut facilement
exagérer le renversement en arrière : on peut la fléchir de manière
à ce que son axe devienne parallèle à celui du métacarpien. On
peut lui faire subir des mouvements de latérahté assez étendus ;
bref, il semble qu'il n'y ait qu'à pousser pour réduire.
Peu de gonflement, pas d'ecchymose. La douleur est modérée :
elle s'exaspère sous l'influence des manœuvres que je viens de
décrire.
Discussion,
M. Farabeuf. Il n'y a pas de procédé nouveau à inventer pour
pratiquer la réduction des luxations du pouce, on peut dire que
tous ont été inventés, et le procédé avec le doigt en crochet, dont
parle la note de M. Faucon, a été proposé et décrit avec un très-
grand soin par Huguier. Si c'est la réduction, au moyen d'un
lac, ce procédé est encore plus ancien, il date de 1820, et si ce
procédé n'est pas resté dans la pratique, c'est que l'on ne compre-
nait pas trop comment il agissait.
L'observation de M. Faucon manque de détails, mais il est
presque certain que notre collègue a eu affaire à une luxation
simple en arrière.
Dans le mémoire que j'ai lu à la Société de chirurgie, j'ai donné
la description de plusieurs espèces de luxations en arrière.
La description de la luxation complète que j'ai donnée, avait
pour base le résultat d'un grand nombre d'expériences sur le ca-
davre ; et, sur 100 expériences, 95 m'avaient donné les lésions
que j'ai indiquées; dans 5 cas la disposition anatomique avait été
différente, mais j'avais cru pouvoir la passer sous silence, atten-
dant que de nouvelles recherches vinssent me|livrer la clef de cette
disposition que j'avais cru pouvoir attribuer à une erreur.
Je viens d'avoir l'occasion d'examiner deux malades, l'un dans
le service de M. Védrenes, l'autre dans celui de M. Verneuil,
chez lesquels les luxations dataient de 13 et de 24 jours.
Au lieu de présenter, comme je l'ai indiqué, le tendon du long
fléchisseur du pouce en dedans, ces deux malades avaient le ten-
don du long fléchisseur placé en dehors du métacarpien, et la tête
du métacarpien était engagée entre l'adducteur et le fléchisseur
qui était enroulé autour du métacarpien.
Cette disposition, que j'avais produite plusieurs fois dans mes
esqpériences, existe donc sur le vivant et permet de décrire une
seconde espèce de luxation complète du pouce en arrière, dont la
réduction est excessivement difficile.
Je serais très-heureux que de nouvelles recherches cliniques
vinssent confirmer cette opinion, et je fais appel à l'obligeance de
BULL. ET MBM. DB LA SOC. DE CHIR. 50
^748 sociéré de chirurgie.
mes collègues pour bien rechercher le sens dans lequel se trouve
le tendon du long fléchisseur.
Rapport.
M. NicAisE lit un rapport sur un travail de M. Krishaber^, inti-
tulé : De la laryngoiomie-inter-cricO' thyroïdienne au thermo-
cautère^ avec application de la canule à bec.
Au mois de juillet de cette année, M. Krishaber a fait à la So-
ciété une communication sur la laryngotomie intercrico-lhyroî-
dienne pratiquée au moyen du thermo-cautère^ avec applicatm
de la canule à bec.
Il s'agit d'une femme de 48 ans, atteinte d*un c carcinome des
cordes vocales » qui nécessita Touverture des voies aériennes
pour éviter la suffocation. La malade ayant un goitre, M. Krishaber
se décida à inciser le Hgament crico-thyroïdien. Il fît l'opération
avec le thermo-cautère, au moyen de ponctions successives,
10 ou 12 pour chaque tissu, afin d'éviter les eschares. Il rencontra
une artériole qui donna lieu à une hémon hagie, laquelle fut arrêtée
par une pince hémostatique laissée en place. M. Krishaber fit en-
suite une incision verticale sur le ligament crico- thyroïdien et
prolongea l'incision sur la partie inférieure du cai'tilage thyroïde,
dans la crainte de n'avoir pas assez de place pour introduire la
canule à bec. Celle-ci fut placée sans le secours d'un dilatateur.
La canule est toujours en place et la malade va bien.
M. Krishaber s'appuie sur cette observation pour chercher â
réhabiliter la laryngotomie crico-thyroïdienne, qu'il désigne d'une
façon plus précise sous le non de laryngotomie inter-crico-thyroî-
dienne^ et à montrer les avantages qu'elle présente sur la trachéo-
tomie. Il insiste, en outre, sur l'emploi du thermo-cautère et delà
canule à bec.
Nous allons examiner successivement ces trois questions.
La laryngotomie crico-thyroïdienne proposée par Vicq-d'Azyr*
a été adoptée par Fourcroy ^ qui s'en est approprié la découverte,
puis par Desault ♦ et Bichat. Roux * l'aurait pratiquée trois fois,
d'après Malgaigne. Je n'ai pu retrouver que deux observations,
t Le travail de M. Krishaber a été publié dans les Annales des ailadies
de Poreille et du larynx^ 1878, p. 140, 156, et dans Thèse Choukry, 1878,
p. 82.
« Vicq-d'Azir, 1776, Histoire de la Soc. royale de médecine, l. I.
3 Fourcroy, 1779, De nova laryngotomies methodo. ïh. Paris.
4 Desault, 1813, Œuvres cbir.^ t. II, p. 276.
» Roux, 1831, Arcb. méd., 1" s., t. XXVII, p. 545.
SiANGE DU 27 NOVEMBRE. 749
lesquelles sont trop incomplètes pour pouvoir ôtre utilisées. Blan-
din *, Lenoir * ont recommandé cette opération ; Blandin Ta pra-
tiquée pour un cas d'angine laryngée commune chez un petit ma-
lade, qui est mort le 3* jour ; l'observation manque également de
détails. Bourguet^, d'Aix, dans sa thèse inaugurale, s'en montre le
défenseur ardent; il dit qu'elle a été pratiquée deux fois avec
succès à Marseille en 1843. Sestier*, dans un excellent travail
sur Tangine œdémateuse, cite sept faits dans lesquels on s'est ou-
vert un passage par le ligament crico-thyroïdien. Malgaigne^ croit
que par cet espace on peut faire pénétrer une canule ordinaire.
Roser^ est également grand partisan de cette opération. Enfin
Je citerai la thèse de M. Ghoukry *'.
La section du ligament crico-thyroï'lien a été encore pratiquée,
non plus pour donner entrée à l'air, mais pour permettre de por-
ter des instruments dans le larynx, en particulier pour, extirper
les tumeurs de cet organe. A ce genre d'opération se rattachent
les noms de Czermak, des deux Burow, Bosc, Mackensie et
Bruns.
B. Bell aurait proposé la section du ligament crico-thyroïdien
comme opération préliminaire dans l'ablation des polypes du
pharynx.
Ces derniers points ne doivent pas nous arrêter.
Ainsi donc, depuis Vicq-d'Azyr, depuis un siècle, bien des chi-
rurgiens ont recommandé la section de l'espace crico-thyroïdien
pour créer à l'air une voie artificielle ; cependant cette opération
n'a pas été acceptée. Elle n'a été exécutée qu'un très-petit nombre .
de fois (16 fois). Dans quelques-uns des faits signalés il est per-
mis de supposer que le cartilage thyroïde, ou le cricoïde, surtout, ont
été intéressés en même temps que le ligament crico-thyroïdien.
Le discrédit dans lequel est toujours restée cette opération peut
être attribué au défaut de notions anatomiques précises sur la
région. La plupart des auteurs ont déclaré que l'espace crico-
thyroïdien était trop étroit pour Lisser passer une canule.
Une première question se présente donc tout d'abord : quelles
sont les dimensions de l'espace crico-thyroïdien?
4 Ëlandin, 1834, Traité d'anat. topographique ^ p. 200,
« Lenoir, 1841, Sur la bronchotomic.
5 Bourguet, 1844, Sur la bronchotomie. Th. Montpellier.
* Seslier, 1850, Dq la bronchotomie dans le cas d*angine laryngée œdéma-
teuse. (Arch. méd.)
5 Malgaigne, Le Fort, 1877. Méd. opér,, t. II, p. 291.
6 Roser, 1870, Patb. chir., p. 201.
7 Choukry, 1878, De la tracbéotomie et de la laryngotomie inter-crico-tby
roïdienne au moyen des instruments incandescnets. Th. Paris.
750 SOCIÉTÉ UE CHIRURGIE.
Des mensurations répétées, faites sur Tadulte, le larynx étant
dans sa position normale, montrent que les dimensions de l'espace
crico-thyroïdien varient dans d'assez grandes proportions selon
les individus. J'ai trouvé chez la femme, comme hauteur minimum,
7 millimètres i/2; maximum, 13 millimètres; en moyenne, 8 à
10 m llimèlres.
Chez l'homme, la hauteur de l'espace crico-thyroïdien est de 9 à
11 millimètres environ. ^
Il est donc possible d'introduire une canule dans cet espace,
d'autant plus que le cartilage thyroïde jouit d'une certaine mobilité
sur le cricoïde. Mais je me hâte d'ajouter qu'il ne faut pas cx>rapter
sur cette mobilité pour introduire des canules aussi volumineuses
que celles qui servent parfois à la trachéotomie. Il faut que l'instru-
ment entre facilement sans exercer de compression sur les par-
ties voisines.
C'est pour répondre à ces conditions, sans doute, que Vicq-
d'Azyr et Fourcroy conseillaient d'introduire dans le larynx, après
l'incision de la peau, un bronchotome aplati, et que Bichat recom-
mandait aussi l'emploi d'une canule d'argent aplatie, longue de
3 centimètres. Blandin pensait qu'il y aurait avantage à faire la
ponction du ligament crico-thyroïdien avec un trocart. Ce précepte
a été suivi dans un cas par Bourguet. Se trouvant auprès d'un
malade menacé de suffocation immédiate, il plongea un trocart à
hydrocèle dans l'espace crico-thyroïdien : la respiration se rétablit:
Bourguet laissa le malade respirer pendant 10 minutes par la ca-
nule du trocart, puis avec un bistouri il agrandit l'ouverture au-
dessus et au-dessous, sans intéresser les cartilages, et introduisit
une canule de Bretonneau. Celle-ci ayant un diamètre vertical
plus grand que son diamètre transversal ne doit pas être em-
ployée dans celte variété de laryngotomie.
Chez la malade de M. Krishaber, la canule employée était cylin-
dro-conique, et mesurait 11 millimètres à son orilice inférieur,
le plus étroit diamètre, trop considérable chez la femme en parti-
culier et qui expose à des accidents, ainsi que l'établissent les
expériences faites sur le cadavre.
Celles-ci démontrent en effet que, si la canule est trop volumi-
neuse, il se produit des décollements et des déchirures de la mu-
queuse, surtout si l'on n'a fait qu'une incision verticale du liga-
ment; en outre, on peut observer une fracture du cartilage
cricoïde à la partie antérieure,[parliculièrementchez les sujets déjà
avancés en âge. Si le cricoïde a été entamé par le bistouri, la
fracture se fera sur la ligne médiane, au niveau du point lésé.
Cette lésion du cricoïde peut s'exphquer par sa disposition ana-
tomique : tandis qu0 le diamètre antéro -postérieur de cet anneau
SÉANCE DU 20 NOVEMBRE. 751
'este à peu près le même dans toute sa hauteur, le diamètre trans-
versal va en diminuant de bas en haut, et il est plus étroit vers
'arc postérieur que vers Tare antérieur ; il en résulte que la canule
i* applique derrière l'arc antérieur, qu'elle comprime latéralement
a muqueuse et tend à faire éclater Tanneau si elle est trop volu-
nineuse et qu'on emploie quelque violence pour son introduction.
La laryngotomie crico-lhyroïdienne est d*une exécution simple,
a région est superficielle, les points de repère sont des plus fa-
ciles à reconnaître et Ton n'a nullement à craindre de blesser des
)rganes importants.
Assez souvent on rencontre un prolongement médian du corps
hyroïde (pyramide de Lalouette) qui recouvre le ligament crico-
•hyroïdien et que Ton écarte facilement de côté. Derrière Tapo-
lévrose cervicale se trouve un plexus veineux d'assez faible
^libre formé par Tanostomose des veines crico-thyroïdiennes,
)uis des rameaux de l'artère laryngée inférieure ou crico-thyroï-
iienne. La lésion de ces vaisseaux, si elle avait lieu, ne présente-
rait aucun langer. Nous voyons dans l'observation de M. Krisha-
ber qu'il a ouvert une artériole et que l'hémorrhagie a été arrêtée
par une pince hémostatique ; c'est là un excellent procédé d'hé-
mostase pendant ropération de la trachéotomie, Je Tai employé
plusieurs fois avec avantage.
A la section verticale du ligament on ajoutera, de chaque côté,
une incision tranversale de 2 millimètres environ, un peu au-des-
sous de la partie moyenne, puis on introduira une canule.
M. Krishaber propose d'employer une canule (Soc. cbiv,^ 1877,
p. 463) double dont le cylindre interne est terminé par un embout
perforé, qui est destiné à faciliter l'inlroduclion de Tinstru-
ment et à permettre à l'air de pénétrer dans la trachée dès ce temps
le l'opération. La canule à bec rappelle la sonde en gomme que
[iuersant plaçait dans la canule, et aussi la canule à mandrin per-
bré de M. Péan. Cet instrument pénètre assez facilement dans
/espace crico-thyroïdien, mais seulement après une section cru-
Maie. On pourrait aussi se servir de la canule dont l'extrémité est
caillée obliquement aux dépens de sa face intérieure, et que l'on
fait pénétrer facilement après avoir dilaté l'incision avec l'extré-
mité du petit doigt.
D'après ce que nous avons dit plus haut, la canule devrait avoir,
chez la femme, 8 à 10 millimètres de diamètre extérieur, et 9 à 11
chez l'homme ; mais il ne faut pas oublier que les dimensions
de l'espace crico-thyroïdien varient selon les individus et qu'alors
le chirurgien doit avoir à sa disposition des canules de diamètre
différent.
Il me reste à pai*ler de l'emploi du thermo-cautère dans celte
752 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
opération ; je serai bref sur ce sujet qui a déjà été traité plusieurs
fois devant la Société.
Je dirai seulement que l'emploi du thermo-cautère augmente la
durée de Topération, et qu'on ne se met pas sûrement par ce
moyen à l'abri des hémorrhagies, soit veineuses, soit artérielles.
Dans l'observation de M. Krishaber, qui fait Tobjet de ce rapport,
il se produisit une hémorrhagio qui fut arrêtée par une pince hé-
mostatique.
Il résulte pour moi, de mes observations cliniques et d'expé-
riences faites sur les animaux, que le couteau de platine chauffé,
même seulement jusqu'au gris rougeâtre, ne peut sectionner sans
hémorrhagie que des artères n'ayant pas plus de 1°^ 1/2 de diamètre
environ ; pour les veines, le diamètre peut être un peu plus consi-
dérable.
Lorsque le couteau de platine est porté sur un vaisseau dépas-
sant les diamètres que j'ai indiqués plus haut, il l'ouvre avant
d'avoir atteint la paroi opposée ; le sang s'écoule alors.
Si l'anse galvanique est un meilleur hémostatique que le couteau
de platine, ainsi que cela ressort des expériences de M. E. Bœckel,
cela tient à ce que lorsque l'anse coupe un vaisseau, celui-ci fôl
déjà préalablement comprimé, il est vide de sang, et l'anse coupe
à la fois toute sa circonférence et agglutine entre elles les lèvres
de la section. On peut en partie réaliser ces conrlitioqs avec le
thermo-cautère ; mais ceci n'est pas applicable à l'opération en
discussion.
En résumé, je crois, avec M. Krishaber, que la lai*yngotomie
inter-crico-lliyroïdienne mérite d'entrer dans la pratique chirurgi-
cale, d'où elle a été exclue jusqu'aujourd'hui, malgré les avis fa-
vorables de Vicq-d'Azyr, Fourcroy, Desault, Bichat, Blandin, Le-
noir, Bourguet, Malgaigne, Roser ; seulement, cette opération doil
être soumise à des règles plus précises, et je ne crois pas que
l'on puisse employer des canules aussi volumineuses que celles
qui ont été mises en usage par M. Krishaber.
Quant à établir une comparaison entre cette opération et la tra-
chéotomie, l'absence d'observations ne le permet pas. On peut
craindre que le voisinage de la canule n'altère les cordes vocales,
et aussi qu'il ne reste une fistule de l'espace crico-thyroïdien.
Sur une pièce qui m'a été montrée pai» M. Krishaber, il n'y avait
aucune altération des cordes vocales, ni de la muqueuse sous-glot-
tique, quoique la canule fût restée en place pendant 34 jours.
Quoi qu'il en soit, on devra se souvenir de la possibilité de cette
opération quand la trachéotomie paraîtra difficile, quand la trachée
sera recouverte par des vaisseaux volumineux, ou pai* une hyper-
trophie du corps thyroïde dont la section paraîtrait dangereuse.
SÉANCE DU 20 NOVKMBRE. 753
Elle conviendra également chez les individus dont le cou est très-
cx)UTi ; chez certains, il n*y a que 3 à 4 centimètres de distance entre
le bord inférieur du cartilage cricoïde et la fourchette du sternum.
J'ajouterai que cette opération paraît surtout devoir convenir aux
cas où l'obstacle à la respiration siège au niveau ou au-dessus des
cordes vocales.
J'ai rhonneur de proposer à la Société d'adresser des remercî-
ments à l'auteur.
Discussion.
M. Desprès. Je regrette de n'avoir pas entendu mentionner une
observation de M. Nélaton que j'ai publiée en 1861. M. Nélaton
n'admettait pas la laryngotomie crico-thyroïdienne, il la modifiait en
réséquant une portion de l'anneau du cricoïde.
L'opération de M. Nélaton fut faite pour une laryngite œdéma-
teuse chez une femme enceinte ; elle fut d'une grande simplicité :
après être arrivé sur le cartilage cricoïde, M. Nélaton réséqua une
portion de l'anneau, incisa la muqueuse et plaça la canule. La
guérison fut obtenue en 6 semaines.
Presque tous les chirurgiens ont abandonné la laryngotomie de
Vicq-d'Azir ou l'ont modifiée, car il est indispensable d'obtenir
une assez grande étendue pour permettre à la canule d'être mo-
bile. Or, avec le procédé de M. Krishaber, il est certain que cette
condition ne peut pas se rencontrer, la canule doit être fixe et pro-
duire ainsi des ulcérations de la partie postérieure.
Une opération n'est pas suffisante pour faire accepter un nou-
veau procédé opératoire.
M. Farabeuf. J'ai assisté aux expériences que M. Krishaber a
faites sur le cadavre et je dois déclarer que l'ouverture, indiquée
par M. Krishaber, possède une dimension suffisante pour per-
mettre l'introduction chez l'adulte d'une canule suffisante.
La cricotomie avec résection permet l'introduction d'une canule,
mais l'incision simple de l'anneau du cricoïde ne permet même pas
de faire passer le dos d'un bistouri.
M. Desprès. Si l'on place la tête dans l'extension on pourra peut-
être trouver un passage suffisant pour la canule, mais dès que la
tète reprendra sa position ordinaire, la canule sera serrée et ne
pourra plus se mouvoir.
M. Farabeuf. Pour obtenir un espace suffisant, il n'y a qu'à
abaisser le cricoïde avec le doigt.
M. Nicaise. Dans le mémoire de M. Krishaber se trouve l'obser-
754 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
vation de M. Nélaton, mais elle s*éloigne de la laryngotomie ch-
co-thyroïdienne. J'ai répété un grand nombre de fois, sur le cadavre,
la laryngotomie crico-thyroïdienne ; c'est une opération facile.
Les mouvements du thyroïde sur le cricoïde sont fort peu
étendus, et je n'ai pas eu besoin de les augmenter. Quand la
canule n'est pas trop volumineuse, il n'y a pas de déplacement.
J'ai f^it la cricotomie et j'ai pu constater qu'il est impossible de
laisser à demeure une canule entre les lèvres de l'incision ; la
canule se place toujours dans l'incision faite au-dessus ou au-des-
sous ; l'incision du cartilage cricoïde peut donc être utile au mo-
ment de l'opération, mais elle ne peut pas servir pour placer la
canule.
Quant aux craintes exprimées par M. Desprès, je puis les dis-
siper, car j'ai vu une pièce sur laquelle te canule était restée en
place pendant 34 jours, il n'y avait aucune lésion des cordes
vocales.
D'un autre côté, j'ai introduit une canule de 10 millimètres de
diamètre, et j'ai pu constater qu'elle ne touchait pas la face pos-
térieure du larynx et de la trachée.
L'opération proposée par M. Ki ishaber est facile, elle donne
de bons résultats, il est donc intéressant de la connaître dans le
cas où l'on ne pourrait opérer sur la trachée.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
M. MoNOD, chirurgien des hôpitaux, donne lecture d'une obser-
vation intitulée: Cancer bémaiode (sarcome angioplasiique) du
lesticuley généralisation^ remarques sur le varicocèle douloureux
symptomatique et sur les tumeurs à myéîoplaxis,
(Commission : MM. Périer, Farabeuf et Terrier, rapporteur.)
Présentation de piëee.
M. TiLLALx présente au nom de M. Schwartz, prosecteur des
hôpitaux, un kyste de la paume de la main.
Les kystes synoviaux se présentent, le plus généralement, à la
face dorsale et ont pour point de départ Tarticulalion médio-car-
pienne, à la partie supérieure du grand os.
La pièce de M. Schwartz présente un kyste à la région pal-
maire; ce kyste siège dans l'articulation carpo-métacarpienne, il
est encore en rapport avec le grand os, mais à sa partie infé-
rieure.
SÉANCE DU 27 NOVEMBRE. 755
Ce kyste aurait certainement été d*un diagnostic très-diflicile
sur le vivant.
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire^
HORTBLOUP.
Séance du 27 novembre 4878.
Présidence de M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Corrcspondane^.
La correspondance comprend :
1® Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin de F Aca-
démie de médecine^ Bulletins et Mémoires de la Société médicale
des hôpitaux de Paris, FAnatomie et la Physiologie dAristote,
par le D' Jules Geoffroy ;
2<» Le Lyon Médical, la Revue Médicale de FEst, la Revue
Médicale de Toulouse;
3® The British médical journal, la Gazette Médicale Italientie^
Lombarde, une Observation de hernie obturatrice étranglée^
opérée avec succès, par le D' Zsigmondy, de Vienne, le Bulletin
de F Académie royale de Belgique, le Journal mensuel médical de
Virginie, un Recueil des discours prononcés sur la tombe de
Cinisellif ainsi qu'un résumé de ses travaux;
4® Une lettre du D^ Lizé, du Mans, adressant à la Société un
travail intitulé : Note relative au traitement des luxations et des
écrasements du pied,
5* Un envoi de la collection de V Alger Médical, avec demande
du Bulletin de la Société de chirurgie, en échange.
Commniiieatioii .
M. Théophile Anger donne lecture d'une observation intitulée :
Tubercule de la choroïde s^étant généralisé aux viscères de l'abdomen
chez une jeune fille de 18 ans.
Le 10 novembre 1877, est entrée dans mon service de Lourcine
une jeune fille de 18 ans, née en Seine-et-Oise, de parents actuel-
lement bien portants, non phthisiques, et n'ayant elle-même jamais
présenté d'indices d'un tempérament scrofuleux.
756 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Les règles apparurent chez elle vere l'âge de 13 ans, mais se
montrèrent irrégulièrement depuis, surtout pendant Thiver. Elle
n*a jamais eu d'enfants ni fait de fausses couches. A 17 ans elle
eut une légère variole et vers la même époque s'aperçut d'un
écoulement jaunâtre et tachant la chemise.
A mon premier examen, le 13 novembre, je constatai : 1® sur
la grande lèvre du côté droit l'existence d'une cicatrice récente,
encore indurée ; 2° dans le vagin de larges exulcérations de la
muqueuse et une atrésie telle de Torifice du col utérin que l'on ne
peut y faire pénétrer qu'un stylet de trousse ; 3® dans Faine la
présence de quelques petites glandes engorgées et isolées. Cet
examen me permit de porter immédiatement le diagnostic de vaginite
et de syphilis. L'écoulement verdàtre au vagin fut modifié avec des
tampons d'ouate imprégnés d*iodoforme et à l'intérieur on pres-
crivit des pilules de proto-iodure.
A la visite suivante du 23 novembre, l'état du vagin ne s'étanl
pas modifié et restant très-douloureux» on continua la poudre
d^odoforme et, en outre, il fallut cautériser des plaques muqueuses
de la vulve avec une solution au 30* de nitrate d'argent.
Malgré le traitement local et général, on vit apparaître chez la
malade, le 21 décembre 1877, une roséole parfaitement caractéris-
tique et en outre, une irido-choroïdite paraissant des plus maoi-
festes : œil gauche rouge, larmoyant, cercle périkératique ; tension
du globe oculaire ; douleurs péri-orbitaire ; rétrécissement et iné-
galité de la pupille, diminution rapide de la vision.
Impossible d'éclairer le fond de Tœil avec le miroir réflecteur;
à l'éclairage oblique on apercevait dans le corps vitré des opacités
grisâtres, comme si des dépôts plastiques remplissaient le corps
vitré et empêchaient de voir la rétine. Des instillations répétées
d'atropine amenèrent peu à peu une dilatation de l'orifice pupillaire
qni resta inégal et festonné.
Les plaques muqueuses de la vulve qui étaient plates jusque-là,
devinrent végétantes malgré des cautérisations répétées avec le
nitrate d'argent.
Le 11 janvier, l'éruption papuleuse de la peau entra en desqua-
mation.
Quelques jours après, le 16 janvier apparurent de viw s douleurs
dans le genou gauche qui cédèrent rapidement à des applications
d'alcool.
Le 18 janvier, les plaques muqueuses végétantes furent cauté-
risées avec l'acide chromique. Une nouvelle poussée d'irido-cho-
roïdite se manifesta et fut combattue par des vésicatoires volants,
La vue s'était complètement abolie, sans que l'examen ophthalmos-
copique en rendit compte.
SÉANCE DU 27 NOVEUBRE. 157
Pendant les mois de février et mars, les végétations furent cau-
térisées avec l'acide chromique, et l'écoulement vaginal céda peu
à peu à des tampons imbibés d'iodoforme.
L'œil gauche, dont la vue restait complètement abolie, devint
le siège de plusieurs poussées glaucoraateuses caractérisées par
une tension notable du globe oculafre et par des douleurs péri-
orbitaires que les vésicatoires et les injections de morphine
modifiaient à peine.
J'avoue qu'à cette époque le diagnostic de irido-choroïdite syphi-
litique avec exsudats plastiques dans le corps vitré était le seul
auquel j'eusse songé, quoique la marche de l'affection oculaire
m'eût paru singulière et tout à fait anormale, mais au mois de mars
la malade avait conservé toutes les apparences d'une santé si non
tout à fait satisfaisante, au moins en rapport avec son affection
syphilitique.
Mais au commencement d'avril, l'état général se mit à décliner
sensiblement. La malade commença presque en même temps à
tousser et à vomir. En outre des sueurs nocturnes apparurent, et
des craquements furent perçus au sommet du poumon droit. Les
phénomènes inflammatoires et glaucomateux du côté de l'œil
s'amendèrent en même temps, et c'est seulement alors que je crus
devoir modifier le diagnostic d*irido-choroïdite syphilitique et que
je fus amené à soupçonner la vraie cause de la perte de la vue et
à songer à la possibilité d'un tubercule de l'œil.
L'examen ne fournissait toujours aucun renseignement sur la
cause de cette cécité absolue; mais à l'éclairage oblique, je cons-
tatai dans le corps vitré, en arrière du cristallin, la présence de
deux replis grisâtres, parcourus par des lignes rouges qui ne
pouvaient s'expliquer que par un décollement de la rétine. C'est
seulement vers la fin d'avril, alors que la malade était franchement
sous le coup d'une tuberculisation pulmonaire, que je considérai
l'affection oculaire comme étant de nature tuberculeuse.
La malade toussait incessamment, et expectorait abondamment
des crachats épais, jamais sanguinolents. L'amaigrissement faisait
des progrès d'autant plus rapides que l'estomac ne pouvait sup-
porter aucun aliment, ni le lait, ni la viande crue, ni la bière ; vers
la fin de mai, alors que les poussées glaucomateuses devenaient de
plus en plus faibles, à la toux, aux craquements et aux vomisse-
ments s'ajoutèrent la diarrhée, mais sans douleurs abdominales ni
ballonnement du ventre.
Les règles qui étaient déjà irrégulières avant l'entrée de la ma-
lade à l'hôpital ne parurent pas pendant son séjour dans nos salles.
Dès le mois de mai l'écoulement blennorrhagique avait cessé et
les plaques muqueuses végétantes disparurent \ leur tour.
758 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Ce n'est qu*au commencement de mai; en voyant la malade tous-
ser, vomir et dépérir avec rapidité, que je songeai, je le répète, à
la possibilité de tubercules de la choroïde, et c'est à ce point de
vue que je pratiquai le dernier examen des deux yeux.
L'œil droit était parfaitement intact ; l'acuité était normale, il
n'existait aucun signe extérieur d'inflammation des membranes
profondes et l'examen ophthalmoscopique ne révélait aucune altéra-
tion de la rétine, ni de la choroïde, ni de l'iris.
Du côté gauche, au contraire, la vue était absolument abolie.
L'œil paraissait un peu plus saillant. Il y avait une légère injeclion
de la conjonctive, et l'anneau périkératique était vascularisé. La
pression sur un point quelconque du globe oculaire ne provoquait
aucun phosphène, mais déterminait une sensation pénible.
L'iris était modérément dilaté; l'ouverture pupillaire, quoique un
peu inégale et ayant laissé à la surface du cristallin quelques tractus
d'uvée, était largement suffisante pour permettre de constater Im-
tégrité du cristallin; mais en arrière de la lentille on constatait
aisément à l'éclairage oblique un voile grisâtre, déprimé à son
centre comme un entonnoir, du centre duquel partaient des lignes
divergentes rougeâtres qui n'étaient autres que des vaisseaux
rétiniens.
Cet aspect du fond de l'œil ne me laissa plus aucun doute sur
l'existence d'un décollement de la rétine, décollement qui parais-
sait plus complet en dehors et en haut qu'en dedans et en bas.
L'examen avec l'ophthalmoscope ne donnait aucun résultat ; on n'a-
percevait rien du fond de l'œil ; quelques dépôts pigmentaires à la
surface antérieure du cristallin étaient seuls plus visibles.
En présence de ces constatations, le diagnostic primitif d'irido-
choroïdite syphilitique n'était plus possible; la syphilis en effet ne
pouvait rendre compte ni de la perte rapide et absolue de la vue,
ni du décollement de la rétine.
L'hypothèse au contraire de dépôts tuberculeux de la choroïde
ayant amené un décollement rétinien et par suite une cécité abso-
lue s'accordait facilement avec les craquements et les gargouille-
ments des sommets des poumons, avec l'amaigrissement et l'état
cachectique de la malade. Seuls les vomissements et la diarrhée
sans météorisme ni tumeurs appréciables de l'abdomen restaient
inexplicables pour moi, mais dès ce moment l'idée d'une tubercu-
lose primitive de l'œil, suivie de généralisation dans les poumons
et peut-être les viscères abdominaux, fut franchement admise et
partagée par les élèves du service.
Pendant tout le mois de juin les phénomènes oculaires restè-
rent stationnaires ; mais l'affaiblissement et la cachexie tubercu-
leuse firent des pr(fgrès incessants et d'autant plus rapides que les
SÉANCE DU 'El NOVEMBRE. 759
vomissements et la diarrhée rendaient impossible toute espèee d'a-
limentation. La malade tout à fait épuisée mourut le 2 juillet sans
avoir présenté aucun phénomène morbide du côté de Tencéphale.
A l'ouverture de l'abdomen on trouve toute la surface du feuillet
pariétal du péritoine criblée de nodus tuberculeux dont le volume
varie de la grosseur d'un grain de millet à celle d'un noyau de
cerise.
Ce ne sont pas seulement des granulations, mais de vrais tuber-
cules crus d'un blanc cendré, qui sont semés par centaines sur
toute l'étendue du péritoine pariétal et même viscéral. La cavité'
péritonéale elle-même ne contient pas une goutte de liquide épan-
ché, mais les anses intestinales sont accolées les unes aux autres
par un exsudât poisseux qui n'empêche pas de dérouler Tinlestin.
L'estomac est assez difficile à isoler, parce qu'il est accolé aux
organes voisins et à des masses ganglionnaires tuberculeuses. On
remarque à sa face interne, surtout au niveau de la grande cour-
bure, un piqueté hémorrhagique et dans le voisinage du pylore
plusieurs ulcérations isolées qui correspondent à des indurations
tuberculeuses de sa paroi. Dans l'intestin, surtout vers l'iléon, se
voient de nombreuses mais petites ulcérations qui correspondent à
deux nodus tuberculeux qui font saillie sur la surface péritonéale.
Le foie très-volumineux remplit la partie supérieure de l'abdomen.
La surface est lisse et n'est parsemée d'aucun nodule tuberculeux ;
son tissu est gris jaunâtre, très-friable, mais il n'existe aucun
dépôt tuberculeux ni à sa surface, ni dans son épaisseur.
Au niveau du petit bassin, le péritoine qui recouvre la vessie
offre çà et là des masses tuberculeuses, qui ne pénètrent pas jus-
qu'à la muqueuse et qui n'ont ameno aucune ulcération de la mu-
queuse. On rencontre de mémo de nombreux petits nodules sur la
surface péritonéale de l'utérus, mais rien sur sa muqueuse, ni dans
son épaisseur.
Les trompes et les ovaires sont non-seulement recouverts de
dépôts tuberculeux^ mais ils en sont pour ainsi dire farcis, au
point que les trompes ont acquis la grosseur du petit doigt. La
surface muqueuse en est absolument infiltrée.
La rate est volumineuse, congestionnée et friable ; mais ne pré-
sente aucun tubercule.
Les organes du thorax sont relativement bien moins envahis que
ceux de l'abdomen par les dépôts tuberculeux. Les sommets des
poumons ont contracté des adhérences très-étendues et très -so-
lides avec les parois thoraciques. A la base du poumon droit existe
en outre un peu de liquide épanché. Le sommet de ce poumon
droit est creusé d'une caverne à parois indurées et infiltrées de
760 SOClÉTi DS GHinUROIB.
masses tuberculeuses. A gauche et au sommet existent quelques
petites cavernules isolées.
Le cœur est mou et de volume normal.
Le cerveau est sain, d'une consistance normale ; on ne trouve ni
dans les méninges, ni dans l'épaisseur de l'encéphale aucune trace
de tubercule.
L*œil droit qui, pendant la vie, n'avait présenté aucune altération
fonctionnelle ou physique, est parfaitement indemne de tubercule.
Toutes les membranes internes, iris, choroïde, rétine sont parfai-
tement normales.
Sur l'œil gauche, on constate d'abord sur la face antérieure da
cristallin des petits tractus de pigment irien, abandonnés par Tirisau
moment do sa dilatation sous Tinfluence des instillations d*atropine.
Le cristallin est transparent et intact.
Le globe oculaire lui-même ne semble avoir subi aucune défor-
mation extérieure. La sclérotique est seulement amincie et bleuâtre
au côté externe.
Après avoir enlevé avec précaution et sous l'eau le segment an-
térieur de l'œil, on aperçoit le décollement de la rétine qui est par-
tout décollée excepté au niveau de la tumeur, çur laquelle elle
passe en se modelant, et à laquelle elle est légèrement adhérente,
de sorte qu'on peut dire que la rétine était partout détachée de la
choroïde excepté au niveau du tubercule. Ce tubercule est situé
au côté externe du globe oculaire. Son aspect est blanc jaunâtre,
sa consistance assez ferme. Il offre environ le volume et la forme
d'un gros noyau de cerise. A son niveau, la choroïde cesse d'appa-
raître comme membrane distincte. Il s'est manifestement déve-
loppé aux dépens de la choroïde, mais a déjà envahi la scléro-
tique dans une grande partie de son épaisseur. La rétine elle-même
passe sur le tubercule et est reconnaissable,. quoiqu'il soit impos-
sible de l'en détacher sans la déchirer. Ainsi, le tubercule déve-
loppé aux dépens de la choroïde a contracté des adhérences,
d'une part avec la sclérotique, et de l'autre, avec la rétine, sans
avoir encore détruit complètement ni l'un ni l'autre. Dans tout le
reste de l'étendue de la choroïde, cette membrane est saisie
et ne présente aucune granulation tuberculeuse. Dans l'épais-
seur de la rétine décollée existent disséminés çà et là 5 ou 6 gra-
nulations tuberculeuses du volume d'un grain de millet.
L'examen microscopique de l'œil et des lésions du péritoine a
été fait dans le laboratoire de M. Robin, et je vais mettre sous vos
yeux quelques-unes des coupes du tubercule de l'œil et des tuber-
cules de l'estomac.
Sur ces coupes, faites au niveau de la rétine, on retrouve les élé-
ments de la rétine, et spécialement les fibres de Miiller. Les cônes
SiANGB DU 2*7 NOYSIIBRB. loi
et les bâtonnets ont disparu ; à la surface externe de la rétine est
accolée une couche de fibres élastiques encore aisément recon-
naissables. Mais les cellules pigmentaires ont disparu au voisinage
du produit tuberculeux. Celui-ci apparaît sous forme de très-pe-
tites cellules analogues à celles de la lymphe et plongées dans un
réticulum extrêmement fin. En outre, de nombreuses granula-
tions graisseuses se voient dans les préparations. A la périphérie
du tubercule, on retrouve çà et là, dans Tépaisseur de la choroïde,
de tous petits noyaux tuberculeux isolés de la masse générale.
Les coupes faites au niveau de la sclérotique nous montrent les
éléments internes de cette membrane déjà envahis et remplacés
par des granulations tuberculeuses.
Les coujies faites au niveau des tubercules de l'estomac nous
montrent les granulations tuberculeuses ayant envahi toute l'épais-
seur des tuniques, et quelques-unes sont déjà ulcérées.
Pour me mettre à l'abri de toute erreur d'interprétation, j'ai
comparé les coupes minces de ces tubercules d'une part, avec des
ganglions tuberculeux pris sur d'autres sujets phthisiques, et d'au-
tre pai*t, avec un glyo-sarcome de la rétine que j'ai eu l'occasion
d'enlever sur un jeune enfant de 2 ans. Ces examens comparatifs
ne laissent aucun doute dans l'esprit sur l'origine tuberculeuse de
ces produits, dont je soumets du reste plusieurs préparations à
votre examen.
Le fait que je viens de vous exposer pourrait se prêter à des
considérations très-variées, dont je ne ferai ressortir que deux ou
trois qui me semblent d'un plus grand intérêt.
Il y a d'abord le côté clinique, et par là j'entends la question du
diagnostic.
Voilà une jeune fille atteinte de syphilis qui est prise sous nos
yeux d'une inflammation des membranes profondes d'un seul œil,
qui malgré un traitement énergique perd complètement la vue sans
que tout d'abord l'examen ophthalmoscopique le plus consciencieux
puisse rendre compte de cette cécité complète et absolue. Était-il
possible, au début, de diagnostiquer la nature de son affection ?
Était^il possible de distinguer chez elle rirido-choroïdite tubercu-
leuse de l'irido-choroïdite syphilitique? Quels senties signes diffé-
rentiels de ces deux affections qui, dès le début, auraient pu me
conduire au vrai diagnostic?
Une première considération à relever est l'époque du début de
l'affection. L'iritis syphilitique est considérée par la plupart des
syphihographes comme un phénomène de transition, qui apparaî-
trait entre les accidents secondaires et tertiaires. Chez notre ma-
lade, c'est en pleine évolution des accidents secondaires, au moment
cil presque toute la surface de la peau est couverte de roséole,
762 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
qu'éclatent les premiers signes de la tuberculose oculaire. Je sais
qu'il y a des irido-choroïdites syphilitiques prématurées; mais
elles sont certainement exceptionnelles, et leur rareté doit dès lors
éveiller Tattention du chirurgien sur la possibilité d*une inflamma-
tion d'une autre nature.
En second lieu, il faut signaler la marche de Tune et Taotre
aiTections. L'iritis syphilitiqueest ordinairement insidieuse; elle a
une marche lente, elle est peu douloureuse ; ses adhérences au
cristallin existent déjà lorsqu'éclatent les phénomènes inflamma-
toires ; aussi les instillations d*atropine dilatent-elles lentement,
inégalement Toriflce pupillaire. Chez notre jeune fille les phénomè-
nes inflammatoii*es se sont montrés brusquement, avant que Tiris
n'ait contracté des adhérences solides avec le cristallin, aussi la
dilatation pupillaire a-t-elle été plus facile et rapide qu'on ne
l'observe généraleine.itdans l'iritis spéciflque.
La douleur, la dureté du globe oculaire ont été également beau-
coup plus marquées qu'elles ne le sont dans les inflammations
spéciflques.
Enfln et surtout le signe capital qui différencie les deux affec-
tions l'une de l'autre, c'est la rapidité de la cécité qui a été immé-
diate, presque instantanée chez notre malade, alors que dans l'iri-
do-choroïdite syphilitique, la cécité absolue et rapide est toute
fait exceptionnelle.
L'examen ophthalmoscopique de l'œil n*a donné que des résul-
tais négatifs dans les trois ou quatre premiers mois. Dès les pre-
miers jours et malgré la dilatation insuffisante de la pupille, malgré
la transparence du cristallin, il était impossible de rien distinguer
du fond de Toeil, et bien que surpris de cette rare disposition, nous
crûmes que la rétine nous était cachée par des dépôts plastiques
du corps vitré. Ce n'est que p)us tard, lorsque je soupçonnais la
nature tuberculeuse de Taffection oculaire que je reconnus clai-
rement un décollement de la rétine dans ces dépôts soi-disant
syphilitiques.
Vous voyez, messieurs, que les signes différentiels des deux
affections oculaires ne manquaient pas chez notre malade : mais
vous avouerez qu'il était diflicile de ne pas s'y tromper en présence,
d'une part, d'une syphilis certaine, et de l'autre, d*un svget qui
paraissait jouir d'une santé florissante. 11 n*a fallu rien moins que
l'apparition de la toux et des craquements au sommet du poumon
pom' m'ouvrir les yeux. Je crois fort, d'ailleurs, que de plus habiles
que moi s'y seraient trompés. Ainsi Mackensie, dans les trois
observations qu'il rapporte de tubercules de l'œil, ne paraît pas
avoir porté un diagostic certain avant la mort de ses malades.
Paris. — Imp. Ptol Dupont, rae J.-J.-Roasseao, 41. (tG92, lS-7«.) Le Gérmu : G.
SÉANCE DU 27 NOVEMBRE. 768
Jacobs égaleineut parie des difficultés qu'il y a a distinguer les
tubercules de Tœil de Tiritis syphilitique.
L*apparition même des cratiuements et des gargouillements au
sommet des poumons ne constituerait pas, d'après une leçon
récente de M. Fournier, un signe caractéristique des tubercules,
car il décrit une phthsie syphilitique dont les symptômes ne sont
pas sans analogie avec la tuberculisation pulmonaire vraie.
Au point de vue de la pathogénie, il n'est pas sans intérêt de
signaler Tanalogie que la tuberculose de F œil a présentée chez notre
jeune fille avec les affections malignes de la choroïde et de la
rétine, telles que le sarcome et le glyôme.
A ce point de vue, on est frappé de l'identité dans la marche de
ces différentes affections. L'observation de notre malade démon-
tre que le tubercule, comme le sarcome de la choroïde, a une
grande tendance à la généralisation, principalement dans les vis-
cères abdominaux. Il y a eu cependant cette différence que le foie
était indemne de tubercules chez noire malade, tandis qu'il est le
lieu d'élection du sarcome de la choroïde qui s*est généralisé.
Dans le cas actuel, c'est spécialement sur toute la surface séreuse
du péritoine qu'il s'est développé de préférence, les autres viscè-
res comme l'estomac, Tintestin et les organes génitaux, n*ayant
été envabis que secondairement et par voisinage. N'est-il pas sur-
prenant que les milliers de tubercules dont celte séreuse était cri-
blée n'aient déterminé d'autre trace de péritonite qu'un état pois-
seux de la surface péritonéale ?
Reste la question du traitement à examiner :
Etant admis qu'un tubercule de la choroïde est susceptible de se
généraliser à la laçon du sarcome en un mélano-sarcome, quelle
doit être la conduite du chirurgien en présence d'un cas de ce
genre ?
Telle est la question que je suis naturellement amené à soulever
devant la Société.
Pour la résoudre, je rappellerai que le tubercule de l'œil chez la
malade qui fait le sujet de cette communication est resté près de
4 mois localisé au globe oculaire. Prise en décembre, cette jeune
fille a conservé une santé aussi satisfaisante que le comportait sa
syphilis, jusqu'au mois d'avril. Alors, seulement, elle a commencé
à tousser, puis à vomir, et, à partir de ce moment, elle est allée dé-
clinant et dépérissant à vue d'œil, jusqu'au moment de sa mort,
quia eu lieu le 2 juillet.
Il me paraît donc certain que l'affection tuberculeuse est restée
confinée dans Tœil pendant 4 mois environ; et ce qui me con-
firme dans cette opinion, c'est la cessation presque complète
des phénomènes inflammatoires dans l'œil dès que la toux et les
BULL. ET MÉM. DE LA SOC. DE CHIR. T)!
«ÎW 80*:iÉTK DE CHini'RaiE.
vomissements, indices de la généralisation, se sont manifestés.
L'ablation du globe oculaire, alors qu'il est permis desupposerqoe
lui seul est aft'ecté, aurait-elle prévenu la généralisation de raiïec-
lion tuberculeuse?
Pour ma part, je crois la chose possible, et si mon diagmostic
eût été arrêté pendant cette période d*état, je n'eusse pas hésité à
faire l'extirpation d*un œil complètement perdu pour la vision.
Pourquoi, en effet, ne pas agir vis-à-vis du tubercule comme ^is-
à-vis du sarcome de la choroïde, puisque les deux produits saot
assimilables au point de vue de leur malignité ?
Cette pratique me semble tellement rationnelle que je n'hésita
pas à la proposer comme la conclusion logique du fait que je viens
d'exposer devant la Société.
Discussion.
M. Tkrrier. J*ai écoulé avec intérêt la comniuBication àe
M. Anger, mais je ne puis accepter la thérai>eulique qu'il propese
pour combattre le tubercule oculaire.
Je ne puis pas d'abord admettre qu'il n'exista pas de tubercyles
ailleurs que dans Tœil, mais, en admettant même cette lecalisatioo.
je ne crois pas que Ténucléation de Toeil eût pu empêcher latv-
berculisation de se généraliser. Sur quels faits peut-on s'appayer?
Je comprends que pour une tumeur de mauvaise nature, on |mis9t
recourir à celte opération, mais pour un tubercule, je n'en voisp«6
la nécessité. ,
M. Angeh. Mon collègue, M. Terrier, m'objecte que la femme
devait être tuberculeuse. J'avoue que je ne sais sur quels signes
on aurait pu se fonder pour porter ce diagnostic, car cette femme
ne toussait pas, n'avait pas de sueurs nocturnes, et elle est restée
4 mois dans mon service sans présenter de signes de tubercules
pulmonaires.
Notre collègue me dit aussi qu'on n'arrêtera pas la tuberculisa-
tion en enlevant l'œil ; je suis de cet avis, s'il y avait déjà eu des
symptômes de tuberculisation, mais, dans ce cas, je suis persuadé
que la tuberculisation a eu pour point de départ le tubercule
oculaire. Je me suis donc comporté comme pour te sarcome; s'il
y avait eu signe de généralisation, je n'aurais pas opéré.
M. GniAUD-TsuLON. En se basant sur ])resque tous les faits conaub,
je crois qu'il n'aurait pas fallu considérer le tubercule de la clio-
roïJe comme devant être le point de départ de la tuberculisation
gsnérale, mais bien comme le signe de la tuberculose généralisée.
M. Akger. Je sais parfaitement que la tuberculose de Toni n'i
èié observée qu'à la période ultime, mais 1h iait dooi je viens de
SKANCE DU 2T N'OVKMURK. 765
VOUS entretenir nfa paru digne d'intérêt, parce que la marche des
tubercules a été complètement anormale.
Presque toujours on n'a observé de tubercule de Tœil qu'avec
une tuberculose générale, et encore ne Ta-t-ôn souvent découvert
que toute fait par hasard.
Je rapprocherais volontiers Thistoire de ma malade de celle des
tubercules de la prostate et du testicule. C'est un fait tout à fait
exceptionnel, quoique, cependant, on puisse trouver dans Macken-
sie 3 observations qui pourraient être rapprochées de la mienne.
II s'agit de trois jeunes filles de 17 à 20 ans, qui présentaient de
'petites tumeurs de la sclérotique près de la tempe. Mackensie ne
porta pas de diagnostic, mais il dut soupçonner la nature tubercu-
leuse, car il vit mourir ces jeunes llUes avec des tubercules pulmo-
naires.
Dans Jacobs, on trouve un chapitre où on Iraiie le diagnostic de
riritis syphilitique et de Tiritis tuberculeux.
M. Panas. Partageant l'avis de MM. Terrier et Giraud-Teulon,
je crois que le tubercule de la choroïde est presque toujours secon-
daire. Ce genre de production se développe le plus souvent sans
accident, aussi ne Ta-l-on souvent trouvé sur des yeux que l'on ne
soupçonnait pas malades.
Le tubercule peut-il se développer primitivement dans l'œil? Les
faits connus ne permettaient pas de donner une réponse affirma-
tive; cependant je crois que ces faits existent, et, pour mon compte,
j'ai recueilli 2 ot)servations dans lesquelles j*afiirme que le pou-
mon était parfaitement sain, lorsque je reconnus le tubercule de
l'œil; je puis cependant dire que ces deux sujets appartenaient à
des familles de tuberculeux.
Le premier cas est celui d'un enfant de 17 ans, qui vint dans
mon service pour une masse purulente siégeant au niveau du
tendon du droit supérieur. Je ils l'énucléation, et je pus constater
que la choroïde était parsemée de tubercules disséminées.
Le second cas était celui d une jeune fille de 18 ans, qui se pré-
fieiiia avec unliypopion et un bourgeon purulent; elle était très-
maigre, n'était pas réglée. Je portai le diagnostic de tubercules,
et je trouvai en effet des granulations tuberculeuses.
Lorsque je vis ces deux malades, il me fut impossible de trouver
des signes d'accidents pulmonaires.
Je crois donc, d'après ces deux iaits, que, contrairement à ce qui
se trouve dans les auteurs, le tubercule de l'œil peut ouvrir la
marche de tuberculose.
M. Terrier. J'accepte parfaitement que la tuberculose puisse
766 SOCIKTK DE CHIRIIROIB.
commencer par l'œil, mais je n'accepte pas que Ténucléation
puisse enrayer la marche de la tuberculisation.
M. Lucas-Championnibre. Les tubercules oculaires rentrent dans
la classe de tuberculose à forme externe : tubercules de la lanpie,
de la conjonctive, de la marge de l'anus, qui débutent avant la tu-
berculose générale. Je rappellerai, à ce sujet, l'observation d'ul-
cère tuberculeux de la langue, observée par M. Trélat» dans
laquelle le malade ne présenta d'accidents généraux que 2 ans
plus tard.
Mais cette apparition hâtive ne peut pas autoriser Fablation des
parties malades, car on n'arrêtera pas la marche générale.
M. Anger. Je suis très-heureux de connaître les deux cas de
M. Panas, car ils viennent sanctionner la conduite que j*ai cru
pouvoir proposer.
On me dit : A quoi bon enlever l'œil ? vous n'arrêterez pas U
tuberculose. Je répondrai que l'on ne peut pas savoir quand les
signes généraux des tubercules apparaîtront, et que le tubercule
de Tœil pouvant se ranger dans la catégorie des tubercules ext^
nés, je crois que l'on peut suivre une conduite analogue à celle
que l'on suit pour le testicule.
M.Ybrnbuil. La question qui vient d'âtre soulevée, présente
deux points tout à fait différents, un d'anatomie pathologique,
l'autre de médecine opératoire.
Le premier n'est pas douteux, ce malade avait bien un tubercule
de la choroïde.
Le second est plus discutale. M. Panas a opéré ces deux ma-
lades parce qu'ils étaient atteints d'accidents douloureux qui ont
forcé la main du chirurgien.
Le fait de M: Aiiger est tout autre; la malade ne souffrait pas,
elle ne se plaignait que de la perte de la vue. L'opération aurait-
elle pu être de quelque utilité à la malade ? Je ne le crois pas.
Lorsqu'une tumeur de nature tuberculeuse n'occasionne pas
d'accidents, il ne faut pas opérer. Ne voyons- nous pas tous les
jours des individus atteints de testicules tuberculeux vivre parfai-
tement sans opération; de plus nous savons tous, depuis la thèse
de Dufour, quels tristes résultats donne la castration dans le cas
de tuberculisation du testicule.
Pour mon compte, je ne touche jamais à un foyer tuberculeux qui
n'occasionne pas de graves accidents, et même dans le cas d'acci-
dents inflammatoires, je préfère ne pas faire l'ablation; aussi suis-je
d'avis qu'il ne faut pas opérer un œil tuberculeux qui n'est pas le
siège d'inflammation.
SEANCE DU âl NOVKMKRE. 767
M. Trélat. J'appuie ce que vient de dire M. Verneuil. En fait
de tumeur tuberculeuse, il n'y a pas avantage à opérer.
Enlever une joue, une langue, un rectum tuberculeux, c'est
parfaitement inutile au point de vue pratique* Mais je répéterai ce
que j'ai dit pour la tufierculisation de la langue : certains individus
ont des douleurs vives, d'autres ne souffrent pas. Opérez ceux qui
souffrent, débarrassez-les de leur foyer tuberculeux douloureux.
En un mot, opérez les complications, mais sans cela ne touchez
pas aux masses tuberculeuses; pour le tubercule de l'œil, il y au-
rait peut-être une distinction à faire; le plus grand nombre de
tubercules existe dans l'hémisphère postérieur, mais si les tuber-
cules de l'hémisphère antérieur pouvaient développer des ophthal-
mies réflexes, craintes que des recherches ultérieures pourront
seules confirmer, on aurait peut-être le droit d'intervenir ; mais
tant que la science ne sera pas fixée sur ce point, il ne faudra pas
opérer.
M. Giraud-Teulon. Puisqu'il est prouvé qu'il peut exister des
tubercules choroïdiens antérieurement à une tuberculisation gé-
nérale. Je serais assez disposé à opérer, s'il y avait des indices
d'ophthalmie réflexe.
M. Anger. Je ferai observer à M. Verneuil qu'en opérant j'au-
rais suivi, complètement, les indications qu'il vient de donner,
car ma malade présentait des douleurs très-vives.
Je répondrai à M. Giraud-Teulon que le diagnostic sera certai-
nement très-difficile, mais qu'il faut agir pour un œil tuberculeux
comme on le ferait pour le sarcome.
E<eelare«
M. Judes Hue, de Rouen, donne lecture d'une observation inti-
tulée : Contribution à Pétade du traitement de Tinversion totale
de Putérus. — Ligature élastique. — Guérison.
{Commission : MM. Blot, Delens, Guéniot.)
Frësentalion d'instruments.
I.
M. Neel, aumônier honoraire de la marine, présente de nou-
veaux appareils de bras et d'avant-bras artificiels et un nouvel
appareil pour les fractures non consolidées de la rotule.
{Commissaire : M. Farabeuf.)
768 SOCIÊTK DK OHIHrRGlE.
II.
M. Poulet, aide-major de 1" classe, surveillant à l'école du Val-
de-Gràce, présente un modèle de trépan.
(Commissah^ : M. Le Denlu.)
La séance est levée à 5 heures 1/4.
Le Secrétaire^
HORTELOUP.
Séance du 4 décembre 1878.
Présidence de M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1® Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin de TA'
cadcmie de médecine^ le Bulletin tjêncral de thérapeuthique^ les
Archives générales de médecine^ la Revue scientifique de la France
et de r Etranger ;
2** Le Montpellier médical, le L^on médical^ le Marseille médi-
cal. Deux observations de malformations congénitales du membre
thoracique. Brachydactylie et heptadactylie, par le D<^ Manoavriflz,
de Valenciennes.
3** Un cas d*occlusion intestinale, note clinique par le D*^ Andréa
Cucherelli, The British médical Journal y la Gazette médink
de Bahia Indépendant ^ la Gazette médicale de Turin ^ le Compen-
dium de pathologie^ chirurgicale élémentaire du D' Domingo Carlos
de Bahia, la Gazette de santé militante de Madrid.
Rapports.
1.
M. Terkiek donne lecture d'un rapport sur un travail de M. Ga-
lezowski, intitulé : Traitement de rophthalmie granuleuse par
r incision du cul- de-sac conjonctival.
Il y a déjà quelque temps, M. X. Galezovvski vous a lu son
court travail, et voici en résumé ce que propose Tauteur de cette
communication :
A l'aide d'une double pince à griffes, on saisit le cul-ile-sac con-
jonctival supérieur ou inférieur, et on l'attire en avant ; ceci fait,
SKANCK UV 4 DKCKMHHK. 7^
on incise d'abord la conjonctive le long du cukle-sac, le plus loin
possible de la cornée, puis une deuxième incision est faite paral-
lèlement à la première, à la limite du bord supérieur ou inférieur
du cartilage tarse. De cette façon on peut détacher la conjonctive
du cul-de-sac, sans intéresser soit la conjonctive oculaire, soit
la conjonctive palpébrale au niveau des tarses.
Les suites de cette opération seraient des plus simples, d'après
l'auteur, tantôt il n'y a qu'une très-légère inflammation, tantôt, au
contraire, on observe une suppuration abondante avec gonflement
considérable des paupières, ce qui n'est pas aussi simple qu'on
veut bien le dire. Toutefois ces phénomènes cèdent aux cautérisa-
tions qu'on recommence dès le troisième jour pour les suspendre
ott les interrompre dès que cesse la suppuration.
Dans quelques cas, les accidents sont plus graves, et M. Ga-
lezowski avoue avoir perdu deux yeux à la suite de cette inter-
vention. Cela tient, dit-il, à ce que la cornée de l'œil opéré n'était
pas assez vascularisée ; il faut donc qu'il y ait un pannus granu-
leux pour faire l'opération qu'il propose ; encore, n'est-ce pas une
raison suffisante pour mettre à l'abri des accidents, puisque chez
un malade qui se trouvait dans ces conditions, l'opération n'a pas
empêché la suppuration de la cornée et la perte de l'organe.
Parmi les objections qui ont été faites à cette méthode, on a
pensé que l'excision des culs-de-sac pouvait déterminer, ulté-
rieurement, une élévation des cartilages tarses, de l'entropion ou
do l'ectropion. Or, l'auteur affirme d'une manière absolue (sic) que
pratiquée selon ses indiciitions, il n'y a rien à craindre de ce
côté. Nous avouons que cette assurance catégorique ne nous satis-
fait que médiocrement. Il résulte, en effet, des recherches les plus
récentes sur les granulations néoplasiques *, que celles-ci se
cicatrisent, c'est-à-dire que la conjonctive tend à se retracter, à
se transformer en tissu de cicatrice, dans les points où primitive-
ment elle présentait des granulations. Or, l'excision des culs-de-
sacs ne fait qu'ajouter à cette tendance à la rétraction cicatricielle,
réXraction qui se traduit presque toujours par un épaississement,
une déviation des cartilages tarses.
Empressons-nous d'ajouter que, par cette excision des culs-de-
sac, M. Galezowski ne peut prétendre enlever toutes les granula-
tions, celles-ci, en effet, sont disséminées en d'autres points, plu^
particulièrement sur la conjonctive des tarses, que précisément il
respecte avec soin. Dailleurs son opération faite, il est souvent
obligé de continuer les cautérisations soit à l'azotate d'argent, soit
au sulfate de cuivre.
i Saemi!^c!l, t. IV, p. 3U.
T70 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Dans quelques cas, dit-il, ropéralion suffit pour la guérison,mais
dans combien de cas ? S'il est obligé de continuer les cautérisa-
tions, pendant combien de temps doit-il encore traiter ses Doala-
des ? Ces questions ne sont pas résolues dans la note qui vous a
été lue par l'auteur ; il dit cependant que cette guérison a pu se
faire attendre depuis 3 mois jusqu'à 2 ans.
M. Galezowski affirme avoir pratiqué 227 fois cette opération ;
2 fois il y eut perte de Tœil consécutive, 7 fois l'affection gra-
nuleuse n'a pas été modifiée, enfin, 5 fois il n*a pu suivre ses
malades.
Si donc, dit-il; on voulait considérer ces 14 cas comme des
insuccès, cela ferait 213 guérisons sur 227 malades. Ces résultats
sont-ils immédiats, faut-il attendre 2 mois, voire même 2 ans, pour
les constater ? l'auteur ne s'explique pas sur ce point litigieux.
Mais il est un fait sur lequel je désire attirer votre attention,
c'est que le traitement que je vous ai exposé, a été préconisé par
M. Galezowski, depuis plusieurs années. En janvier 1874, c'est-à-
dire il y a près de 5 ans, l'auteur publiait ses vues sur l'excision
chez les granuleux et disait :
c L'excision du cul-de-sac conjonctival supérieur seul, ou du
« supérieur et inférieur en même temps (s/e), est la méthode que
€ j'emploie depuis plus de 4 anSy et qui m'a donné d'excellents ré-
c sultats sur plus de 200 malades, chez lesquels toutes les autres
« méthodes de traitement sont restées sans résultats '. »
De 1870 à 1874, M. Galezowski guérit plus do 200 malades, soil
201 par exemple, et il n'a pas eu d'accidents *; puis de 1874 à
1878, sa statistique s'augmente de 27 malades, sur lesquels 2 per-
dent l'œil, 7 n'ont rien gagné, 5 ont été perdus de vue, en tout 14,
reste 13 malades.
Pourquoi en 4 ans M. Galezowski a-t-il eu 200 succès tandis
qu'il n'en aurait eu que 13 en quatre autres années ? Nous ne nous
expliquons pas ce fait étrange qui résulte des assertions mêmes de
l'auteur.
Notons que M. Galezowski rapporte 30 observations à Tappui de
son traitement. Dans la première, la guérison se serait faite en
8 mois, dans la deuxième, le malade est presque complétemenl
guéri au bout d'un an. Quant à la troisième observation, elle t
trait à un malade qui vous fut présenté par l'auteur : cette jeune
femme a subi l'excision des culs-de-sac supéneurs ; or, ajoute
M. Galezowski, les paupières supérieures sont guéries, tandis que
les inférieures sont encore malades malgré les cautérisations faites
* Recueil d'opluhalmologie, û^ série, janvier 1874, p. i\S,
* Recueil (Tophlhalmologie, 2« gérie, janvier 1874, p. 148.
SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE. T7i
deux fois par jour (sic). Notons que la malade de M. Galezowski
n*avait pas de pannus, lorsqu'il l'a opérée, et qu'en fait, elle n'est
nullement guérie, quoi qu'il en dise.
Gomment agit l'excision des culs-de-sac? Telle est la question
que se pose l'auteur et qu'il résout avec une élonnante facilité.
Les granulations pénètrent dans les glandes des culs-de-sac, et
impriment un caractère infectant à leur sécrétion ; on enlève les
culs-de-sac et leurs glandes, donc on supprime la cause de la
maladie.
Nous ne croyons pas devoir discuter cette théorie fantaisiste: il
est vrai que l'auteur a aussi écrit que les granulations devaient
provenir soit d'un parasite végétal, soit d'un animacule quel-
conque *.
M. Terrier termme en proposant :
!• De remercier l'auteur ;
2* De déposer son mémoire aux archives.
Discussion.
M. Després. J'ai été très-heureux d'entendre M. Terrier adres-
ser de sérieuses critiques au procédé proposé par M. Galezowski,
car je partage entièrement son opinion.
Le fait anatomiquc sur lequel se base M. Galezowski est connu
depuis longtemps, sans ({ue je sache exactement quel est l'auteur
qui l'a indiqué le premier : je veux parler de la persistance avec
laquelle les granulations résistent dans les culs-de-sac de la con-
jonctive. Il y a, dans cette affection, quelque chose d'analogue à
ce que Ton rencontre dans les vaginites; après avoir vu disparaître
l'inflammation de tout le vagin, on trouve dans les culs-de-sac vagi-
naux des granulatons qui sont souvent le point de départ de récidive.
De même pour les granulations de la conjonctive : les paupières
8ont complètement guéries que l'on trouve encore des granula-
tions dans les culs-de-sac, aussi ai-je toujours soin de passer le
crayon dans celte région, pendant une quinzaine de jours, après
la guérison apparente de la conjonctivite.
Mais de là à conseiller l'opération de M. Galezowski, il y a une
grande différence, d'autant plus que les résultats publiés par
M. Galezowski sont de date récente et qu'il est nécessaire de suivre
longtemps les malades pour affirmer des guérisons dui*ables.
M. Panas. J'approuve complètement les conclusions très-sages
et très-justes de M. Terrier.
Dans la guérison de la conjonctivite granuleuse, il faut toujours
« TratUé des maladies des yeux, U* partie, p. Î17, 1870.
772 SOCIBTK I)K C.HIHURC.IK.
redouter le rétrécissement qui tient à la longueur de la maladie,
et aussi à une disposition particulière inhérente au malade. Cette
raison me fait donc repousser Texcision de la conjonctive qui a
des chances pour devenir trop étroite. Je ne comprends pas trop le
mécanisme du procédé de M. Galezowski, car il parle d'incision
de glandes dont l'histoire physiologique est encore à faire.
Sans entrer dans les détails de cette question, je crois cependant
que Ton peut peut-être expliquer comment M. Galezowski a pu
guérir des malades en pratiquant cette incision en pleine granula-
tion.
Tout travail suppuratif amène, en effet, la résolution des granu-
lations, c'est ainsi qu'agit Tinoculation blennorrhagique, dont je
vous ai montré un beau résultat; les caustiques amènent une in-
flammation résolutive, et il est probable que Tincislon se comporte
de la même façon, mais je ne puis pas regarder comme un progrès
l'excision du cul-de-sac conjonctival, car, si elle donne un résultat,
elle ne le donne qu'en développant un travail suppuratif.
M. GmAUD-TEULON. Je crois que M. Panas a été trop loin en
admettant que l'excision de Ig conjonctive amènera forcément une
rélTAciion; je suis loin de nier la rétraction cicatricielle de la con-
jonctive, mais je crois qu'elle est moins à craindre pour la conjonc-
tive que pour les autres régions du corps.
Aônçi, nous obtenons d'excellents résultats, par l*excision, dans
l'hypertrophie de la conjonctive ou encore dans le prolapsus delà
conjonctive qui accompagne quelquefois la ténotomie.
Les résultats obtenus avec l'excision, dans ces cas, prouvent
que la rétraction cicatricielle est moins à redouter pour la muqueuse
conjonctivale que partout ailleurs. *
Je voudrais faire observer à M. Desprèsque les granulations des
culs-de-sac sont toutes spéciales et qu'elles diffèrent beaucoup des
granulations de la portion palpébrale de la conjonctive; dans cette
région ou rencontre des granulations désignées sous le nom de
trachomes, qui forment des grains durs, raboteux, très-tenaces;
aussi guérit-on quelquefois les culs-de-sac sans pouvoir mediUer
le reste de la conjonctive.
M. Panas. Je désire répondre à M. Giraud-Teulon que je ne
redoute pas les rétractions cicatricielles de la conjonctive, mais que
je trouve tout à fait inutile, dans le cours d'une maladie qui a ééfi
une disposition à rétrécir les tissus, d'enlever un morceau de ce
tissu.
M. Terrier. J^'histoire histologique des granulations est loin
d'être nette, et il est difticile de déterminer, par l'anatomie patho-
logique, quelle est leur nature cUnique.
SÉANCE DU 4 DKCKMimE. 77,i
Saemisch a décrit deux espèces de granulations : l*une qui siège
dans le cul-de-sac, serait une hypertrophie des glandes iymphoïdes
de la conjonctive, l'autre, diffuse dans la conjonctive, siégeant
pnncipalement au niveau des cartilages tarses dont elle amenait
ultérieurement Taltération.
En attaquant les culs-de-sac, on ne loucherait qu'à une seule
espèce de granulations ot on n'agirait pas sur les granulations qui
siègent sur les cartilages tarses.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
II.
M. DuPLAY, au nom d'une commission composée de MM. Delens,
Périer et Duplay, lit un rapport sur une observation de M. Blum,
intitulée :
Paralysie du nerf radial, consécutive à une plaie de Pavant"
bras; troubles dans la zone d'innervation du médian, Elongation
du nerf radial et du médian ; suivi d'une observation personnelle
de compression du nerf cubital par un fibrome cicatriciel, guéri
par F ablation du nodus cicatriciel et f elongation du nerfy par le
D' Duplay.
Messieurs,
 la fin de Tannée dernière, M. Blum lisait à la Société une
observation de paralysie traumatique des nerfs médian et radial,
guérie par l'élongation de ces troncs nerveux, et vous m'aviez
chargé, au nom d'une commission composée de MM. Delens,
Périer et Duplay, de vous rendre compte de ce travail.
C'était à la fin de Tannée, époque où nos séances sont remplies
par les élections de nombreuses commissions, et il m'a été impos-
sible de vous communiquer mon rapport avant la publication, dans
les Archives de janvier 1878, d'un mémoire de M. Blum renfermant
le fait en question.
Si je vous demande la [permission de contrevenir au règlement
en communiquant aujourd'hui mon rapport, c'est, d'une part, parce
que le fait de M. Blum offre un réel intérêt, et, d'autre part, parce
que ce rapport me fournit Toccasion de porter à votre connaissance
une observation personnelle qui présente quelques points d'analo-
gie avec celle de M. Blum, et qui me paraît mériter votre attention.
Voici d'abord, en résumé, le fait de M. Blum.
Il s'agit d'un jeune homme de â9 ans qui, ï^ mois auparavant,
s'était blessé avec un couteau pointu et tranchant, lequel pénétra
obliquement de dedans en dehors et, un peu de haut en bas, dans
la partie supérieui*e de Tavant-bras droit.
114 SOCIÉTÉ DE GHIRIIRGIK.
10 jours après, la blessure était complétemeat cicatrisée, mais
le malade ne put reprendre ses occupations à cause de la faiblesse
de son bras, qui devenait le siège d'un gonflement qui remontait
Jusqu'au creux de Taisselle, dès qu*il tentait de s'en servir.
A l'enlrée du malade à l'Hôtel-Dieu, M. Blumconstaterexistence
d'une cicatrice longue de 3 centimètres 1/2, située à 3 centimètres
au-dessous du pli du coude, dont l'extrémité interne répond tu
trajet du médian et l'externe à celui du radial. Cette cicatrice est
rouge, légèrement élevée au-dessus de la peau, et très-sensible
au contact le plus léger. La peau de l'avant-bras, et surtout de h
main, est rouge, luisante, comme marbrée. Les masses musculaires
de Tavant-bras ont diminué de volume. Les muscles innervés par
le radial (sauf les supinateurs) ont perdu une partie de leur puis-
sance contractile. Il en est de même des muscles fléchisseurs
superficiel et profond. Les muscles de la paume de la main
paraissent intacts.
On constate, en outre, quelques troubles de la sensibilité : l*des
douleurs lancinantes mal délimitées le long de Tavant-bras; 2" une
plaque d'hyperesthésie, large comme une pièce de 5 francs,
située en debors de la cicatrice, sur le trajet du nerf radial; 8* une
douleur à la pression du médian, au niveau du pli du coude ; 4® une
anesthésie complète dans le tiers externe de la partie inférieure et
postérieure de l'avant-bras et la face dorsale du pouce, de l'indei,
de la moitié externe du médius ; 5° une analgésie et une perte de
la sensibilité à la température dans les mèines régions.
Malgré l'emploi des courants électriques, les troubles fonction-
nels augmentant, M. Blum se décide à intervenir. Après avoir
chloroformé le malade et appliqué la bande d'Esmarck, le chirur-
gien fait une incision sur le bord interne du long supinateur, an
niveau de l'extrémité externe de la cicatrice, et met à nu le nerf
radial. Il s'assure que ce nerf n'est le siège d'aucun névrome et
qu'il n'est pas comprimé par du tissu cicatriciel. Il en est de
môme du nerf médian. On constate seulement que le nerf radial
présente une coloration rouge très-manifeste comparativement
au médian, qui offre son aspect nacré habituel, M. Blum exerce
alors sur le nerf radial un certain degré de traction en insi-
nuant au-dessous de lui une sonde cannelée à laquelle il imprime
une série de mouvements de va-et-vient, de l'angle supérieur à
l'angle inférieur de la plaie. La même opération est pratiquée sur
le médian.
Dès le soir même on constatait le retour de la sensibilité dans la
sphère du radial, et le lendemain, dans les doigts paralysés.
En même temps, la contractibilité des muscles se réveilla grt*
duellement.
SKANXK DU 4 DÛCEWBRR. 775
• - ■" -
Eafin, lorsque les plaies furent à peu près cicatrisées, on put
Dnstater que, sauf la persistance de la paralysie des extenseurs,
)s muscles autrefois paralysés avaient recouvré leur contractibi-
lé ; de même la sensibilité au tact, à la douleur et à la température,
tait revenue dans toutes les parties paralysées, excepté à la région
orsale du pouce et du premier métacarpien.
Depuis que Bilroth a signalé les effets thérapeuthiques, de
élongation du nerf, les exemples dans lesquels on a eu recours à
ette opération se sont multipliés, surtout à l'étranger. M. Blum,
ans son mémoire (Archives générales de médeciûe, janvier et
ivrier 1878) en a rassemblé 18 observations, auxquelles on
ourrait ajouter quelques faits publiés depuis dans les recueils
ériodiques. Dans tous les cas, Télongation du nerf a été pratiquée
Dur combattre des névralgies ou des spasmes musculaires, et
Btte élongation a toujours été violente, dans le but de diminuer ou
'abolir Texcitabililé exagérée du nerf. Car il résulte des expé-
iences de Tutscbek, de Conrad et de Scblich qu'une forte disten-*
ion d*un nerf abaisse son excitabilité.
Se fondant sur les expériences de cet auteur, M. Blum a pensé
u'en pratiquant une distension légère sur un nerf dont l'excita-
ilité est diminuée, il était possible de rétablir lés fonctions de ce
^erf, et le fait que je viens de rapporter semble lui donner raison,
uisque Télongation du nerf radial et du nerf médian pratiquée
our arrêter une névrite radiale, qui avait de la tendance à se pro-
a^r à d'autres branches nerveuses, a été suivie non-seulement
.6 la guérison des accidents dépendant de cette névrite, mais
Qcore de la disparition des troubles fonctionnels observés dans
I sphère du médian.
J'ai observé récemment un fait qui diffère, à certains égards, du
irécédent et dans lequel réioiigation légère du nerf cubital a sem-
lié agir en rétabhssant en partie l'excitabilité du nerf.
Un homme de 26 ans entre, le 6 avril 1878, dans mon service de
hôpital Sainl-Louis, pour des troubles de la sensibilité et de la
Qotilité du côté de la main droite.
Il y a 10 semaines environ, il s'est fait, avec un instrument
ranchant, une petite plaie à la partie inférieure et au côté interne
le Tavant-bras droit, presque immédiatement au-dessous du pist-
onne.
U n'y eut pas d'hémorrhagie ; mais les jours suivants il survint
me inflammation violente, accompagnée d'un gonflement considé-
able ayant envahi toute la main. Au bout de 5 semaines tout
»tait terminé ; la gontlement phlegmoneux avait disparu sans qu'il
^e formât d'abcès et la plaie de l'avant-bras était cicatrisée.
Un mois avant son entrée à Thôpital, le malade ayant voulu tra-
776 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
vailler, s*aperçut que son marteau teurnait dans sa main et qu'il lui
était impossible de s^en servir ; puis bientôt duranrent quelques
phénomènes douloureux du côté de la main et des doigts.
A nôtre-premier examen, nous constatons l'existenoe, à i centi-
mètre au-dessus du pisiforme, d'une pettte 'Cioalrice, enfonoée,
inégale, violacée, dont 1-extrémité inférieure se termine par use
tumeur arrondie, grosse comme une petite noieetie, adhérente i la
peau, mobile latéralement, d'une consietanoe dure et comme fi-
breuse. Cette petite tumeur 'est le siège d^unc sensibtlilé toute spé-
ciale ; le moindre attouchement provoque une sensaCion de four-
millement dans le petit doigt et dans le côté ioateroe de r«iio-
laii*e.
Immédiatement au-dessus de la cicatrice, on trouve une pelito
plaque indurée sans adhérence à la peau, légèrement mobile lité^
ralement, et paraissant se confondre avec le muscle enbital aaté-
^ieur, car elle devient plus saillante et plus dure dans la ooaftnc-
iàùti de ce dernier. Cette plaque indurée n'est ie siège d'aueone
sensibilité, et, contrairement à ce qiae Ton observe pour ta petàe
tumeur placée au bas de la cicatrice, la |)ression qu'on exerce sur
^Ue ne détermine aucune sensation douloureuse, ni dans la main,
ni <lans les doigts.
Outre les douleurs provoquées dans le petit doigt et l'ànnuitire
par la pression île la petite tumeur adhérente au bas de ladcatrioei
ie malade accuse quelques rares fourmillements spontanés dans les
mêmes points, et un peu de douleur remoatani jusqu'au cooie.
En outre, il signale un abaissement de la texnpéMture dans la an
malade, et il est facile de constater la réalité du fiait. A i'explan*
tion de la main et des doigts, on ne constate ai hypéi>e(>théiia, ai
aneslhésie ; il existe seulement sur réminence hypoihénar ane
petite zone d*analgésie.
Les mouvements de la main sont pavement compromis. La bm-
lade peut à peine tenir et serrer un objet. Sans parler d'une fkaaon
du petit doigt dans la paume de la main, qui existe depoMs^plusiaorB .
années, et qui est consécutive à une blessure, on constate queTia-
nulaire a une légère tendance à se fléchir dans la paume ds U
main. A la vue, on constate d'ailleurs immédiatement une atraptae
considérable des interosseux et des muscles de réminence hypo-
tliénar. Les mouvements d'abduction et d'adduction des doigts
sont abolis, et rélectrisation des interosseux reste sans efieU U
rétraction ancienne du petit doigt ne permet pas d*étttdier la qob-
tractilité de réminence h^pothénar.
Pour nous rendre compte des rapporte de i'iaducaUon ibiew
placée au-dessus de la cicatrice, aussi bien que de ia petite taoïiv
adhérente à celle-ci et placée à la partie iniërieni^y je pratiqafli li
SKAxr.K nr 4 DKCEsimRK. 7T
ftiradisation du cubital antérieur. La petite tumeur inférieure et adhé-
rente resta immobile pendant la contraction énergique du muscle
cubital, tandis que la plaque indurée supérieure, qui paraît d'ail-
leurs indépendante de la cicatrice cutanée, devint saillante et
plus dure, comme cela s'observait pendant la contraction volontaire
du muscle.
Le diagnostic porté fut : plaque fibreuse cicatricielle du muscle
cubital (pour la partie supérieure) ; névrome traumatique du nerf
cubital (pour la petite tumeur inféneure, siège de douleurs); enfin,
atrophie consécutive des interosseux et des muscles de Téminence
hypothénar.
Après avoir essayé pendant quelque temps, et sans aucun ré-
sultat, Tapplication de l'électricité, je me décide, sur les instances
du malade, à intervenir.
l^e 9 mai, après anesthésie et application préalable de la bande
d'Esmarck, une incision longitudinale est faite sur la cicatrice, i^
manière à mettre à nu le prétendu névrome. Pratiquant des ooupes
successives de la tumeur, qui offre l'aspect du tissu tendineux,
j'arnve A enlever complètement la tumeur et à mettre à nu le nerf
cubitaiy dont il est facile de constater l'indépendance complète, en
même temps que Ton peut se convaincre que ce tibrone prenait
son origine sur le tendon du cubital antérieur. Le nerf cubital pa-
raissait d'ailleurs absolument sain; en raison de l'ischémie pro-
duite par la bande élastique, on ne put savoir s'il était injecté; il
nous semble peut-être un peu moins gros qu'à l'état normal.
Quoi qu'il en soit, désireux de tenter les effets de l'élongation
légère sur le retour de Texcilabilité nerveuse, je soulevai le nerf
cubital complètement isolé à l'aide d'une sonde cannelée, et j'in^
sinuai même au-dessous une petite épingle que je laissai en place
pendant 4 heures.
Le malade accusa dans l'avant-bras, la main, et surtout le petit
doigt, des douleurs assez vives, qui cessèrent dès que l'épingle
eût été retirée.
Dès le lendemain, les mouvements d'adduction et d'abduction
des doigts (|ui, avant Topération, étaient nuls, sont devenus très-
sensibles, quoique limités encore. L'amélioration se prononça gra-
duellement, et, au bout de 10 jours, la plaie de l'opération étant
complètement cicatrisée, on commença à appliquer Tèlectricité sur
les muscles interosseux, qui se contractèrent sous l'action du cou-
rant. L'amélioration s'accentuait de jour en jour, et nous pouvions
espérer un retour complet des mouvements, lorsque, malgré nos
instances, le malade, satisfait du résultat, voulut a toute force
quitter l'hôpital. Nous l'avons revu depuis. Les mouvements des
-doigts, quoique toujours imparfaits, étaient néanmoins suffisants
lis SOCIÉTÉ DR CHIRURGIE.
pour permettre au malade d'exercer sa profession ; il existait encore
une atrophie notable des interosseux, qui aurait certainement dis*
paru sous Taction de Télectricité, mais le malade ne voulut pas
consentir à son application. Toute sensation douloureuse avait
d ailleurs disparu.
Je désire appeler votre attention à Toccasion de ce fait sur les
points suivants :
En premier lieu, je rappelle l'erreur commise et d*après laquelle
j*ai considéré la petite tumeur faisant partie de la cicatrice comme
un morceau du nerf cubital, erreur qui paraissait justifiée par la
sensibilité toute spéciale de cette tumeur, et par son iadépendance
apparente du muscle cubital antérieur.
En second lieu, je ne pense pas que Ton puisse admettre qa'il
s'agissait à proprement parler dans ce cas d*une compression du
nerfcubitaly par cette petite tumeur fibreuse ; celle-ci me parait
plutôt avoir joué le rôle d'un agent d'irritation et avoir déterminé
une névrite.
Entln, l'opération que j'ai pratiquée est complexe en* ce sens
qu'elle comprend d'une part, l'ablation d'une tumeur qui compri-
mait peut-être le nerf cubital, mais agissait sur lui certainemeot à
la façon d'une cause d'irritation, et d'autre part,rélongation légère
du nerf cubital.
Aussi ne crois-je pas que l'on doive la rapprocher immédiate-
ment de celle de M. Blum, dont elle diffère à certains égards.
Néanmoins Tamélioration très-rapide constatée après l'opératiGO
du côté des fonctions sécrétives et motrices, me paraît indiquer
que l'élongation légère a pu agir comme dans le fait de M. Blaffl
en réveillant l'excitabilité du nerf cubital.
En terminant, Messieurs, j'ai l'honneur de vous proposer:
1^ D'adresser des remerciements à M. Blum pour sa corama«
nication ;
2<* De déposer cette observation dans les archives de la Société.
(Les conclusions du rapport, mises aux voix, sont adoptées.)
MoBiiBatioii de cemniMleBs.
Sont nommés membres de la commission pour le choix des can-
didats au titre de membres correspondants nationaux : MM. Hooelt
Lucas-Ghampionnière, Marjolin, Giraud-Teulon et Magitot.
Sont nommés membres de la commission pour le choix des
candidats au titre dt; correspondants étrangers et pour la présen*
SÉANCE OU 4 DKCEMBRK. 179
Intion d'associés étrangers : MM. Venieuil, Panas, Trélat, Temer
et Periep.
C#BiBiaiii«atio n .
M. le SeciFétaire général donne lecture, au nom de M. Lizé, du
Mans, membre correspondant, d'une
Note relative au traitement des luxations et des écrasements du pied.
i I". — • Le traitement des luxations libio-tarsiennes varie avec
leur gravité; ainsi, quand la luxation est complète mais simpfé,
c'est-à-dire sans fracture des malléoles et avec intégrité des tégu-
menls, on doit s'applirjuer A conserver le membre par la réduction
et un traitement convenable; au contraire, s'il y a plaie avec issue
du tibia et du péroné, ou plaie avec fracture des os de la jambe
et du pied, les dissentiments s'élèvent et la même règle ne s'im-
pose pas aux chirurgiens.
Les uns, tels que Syms, Baudens, J. Houx, amputent la jambe
dans l'articulation tibio-tarsienne ou bien à son tiers inférieur ou
au lieu d'élection.
Les autres, avec Sedillot, enlèvent une portion des surfaces arti-
culaires du tibia et du péroné. Enfin quelques-uns réduisent la
luxation et la traitent, en même temps que la fracture de l'une ou
des deux malléoles, par l'occlusion et l'immobilité.
J'ai l'honneur de présenter à la Société de chirurgie deux ob^
servations de luxations du pied, avec ouverture de l'articulation
tibio-tarsienne, et dont Tune est compliquée de fracture des os de
la jambe.
Obs. 1. — Luxation en dedans du pied droite avec ouverture de Par^
ticulation tibio-tarsienne et saillie considérable au dehors do la mal-
léole interne.
Le 8 mai 1810, M. Auguste Petit, de Bouloire,51 ans, à la suite d'une
chute violente, se luxa le pied droit en dedans, au point d'occasionner
les désordres suivants :
A la fnce interne de la région tibio-tarsienne droite existe une plaie
de 8 centimètres de hauteur sur 6 de largeur, au travers de laquelle
s'échappe le tibia dont la surface articulaire est mise entièrement i
découvert. Au-dessous d'elle se trouve l'astragale dont la face supé-
rieure est portée eu dedans ; le dos du pied regarde ce côté, la plante
au contraire est dirigée en dehors, avec le bord interne en bas et l'ex*
terne en haut.
Rupture complète du ligament latéral interne sur lequel la force de
la chute s'était épuisée.
Le D' Napoléon Januzewski, jugeant le cas très-grave, m'appelle
de suite à Bouloire.
BULL. IT MKM. DK LA «OC. DE CHIR.
780 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
*4j ' = ■ : : t-i-j —
Après Texamen sérieux du blessé, je me décide à réséquer l'extré-
mité artic^âli^ da'libia et à remettre en placé là poulie ■rSculâfi^de
rnstragale. Puis, au moyen d*un appareil spécial le pied est mtinleira
dans sa rectitude naturelle. Des irrigations d'eau froide sont faites
pendant 5 jours; ensuite, lorsque les symptômes inflammatoires
deviennent moins intenses^ un pansement à l'alcool camphré est appli-
qué sur la plaie. Vers la fin de juin la cicatrisation était achevée et aa
*bout<)e 3' mots le 'pied avait repris une grande solidHé.* GépéndaDt il
faut ajouter que M. Petit ne put marcher librement qU'one année tprés
Taccident dont il fut victime.
.1 J « . « . 4.- .
i
Je ne puis détailler ici toutes les phases de cette gu.éhson,
attendu que 36 kilomètres me séparaient du blessé que je n*ai pas
revu depuis ma première visite. L'observation abrégée que j'offre
à la Société de chirurgie est composée avec les reAseignements
très-brefs donnés par mon confrère. Quoi qu*il en soit, eUe pourra
servir plus tard à établir une conclusion pratique.
Obs. ÏI. — Luxation en avant du pied gauche compliquée d^ùoe frac-
ture de ros de la jambe et d'une large plaie au liiveàà de fartîûhiatkn
ti'biO'tarsie/iiie, ' -
!• >Le 4 avril 1869, M. Guillaumin, 35 ans, employé au chemin de fer
de rOuest, était précipité d'une certaine hauteur par deux Télocipé-
(Mstes lancés sur lui gi*ande vitesse. Il fut relevé et conduit destiitc
chez lui, rue Verte, où je me transportai à la hâte.
Etal du membre. — Au devant de l'articulation tibio-tarsienae une
large plaie laisse apercevoir les tendons extenseurs des orteils sou-
levés par la poulie de Tastragale. L'avant-pied est allongé. Le tibia et
le péroné sont fracturés au tiers inférieur; gonflement notable du pied
et de la jambe. L'astragale une fois remis en contact avec le tibia et
le péroné, la plaie est fermée par 3 points de suture. Un appareil i
fracture est appliqué ensuite et le membre reçoit pendant '4 jimrs
des irrigations d'eau froide.
Le 8' avril, l'inflammation parait décroître; un bandage inamovible
emprisonne le membre et une fenêtre est ménagée au niveau de hi
pli^e soigneusement pansée avec charpie imbibée d'aieool camphré.
Ilatelas de ouate par-dessus. Grâce à ces pansements joumellemeot
renouvelés, les symptômes inflammatoires flnirent par tomber gra-
duellement, la plaie se ferma et la consolidation de la fracluro était dé-
finitive'le 2 juin. Enfln le 8 juillet,- M. Guillaumin pouvait marcher
avec des béquilles dans sa chambre.
Réflexions. — Ces deux observations démontrent clairement
i[ue dans lés luxations tibîo-tarsiennes sMi y à'pïaie avec issiîé^dles
08 dé la jambe, ou plaie avec fracture concomitante àè ces os,
l'amputation n'est pas obligatoire et que l'ensemble peut être con-
servé grâce à des pansements appropriés. Ainsi, 'd*une partit
résection des surfaces articulaires tibiale et péronière semUe
ÀÉANGE'BU '4 DÉCKlrïmE. 781
indiquée, quand la luxation ne peut pas être réduite, et d'autre
part, si cette réduction peut s'effectuer, Timmobilité du membre
fracturé dans un appareil inamovible, des pansements à Talcool et
l'occlusion de la plaie sous la ouate peuvent conduire à des résul-
tats favorables.
g U. — Après le traitement des luxations compliquées de ptoië,
•qu'il me soit permis d'effleurer celui qui concerne les écraKemertts
du pied. Au sujet de ces lésions, il y a une question de pratique
qui se pose tous les jours et qui n'est pas encore résolue. L'ampu-
tation s'offre d*abord à la pensée, mais je croîs qu*il est bon de ne
pas oublier là mise en œuvre des moyens conservateurs, tels que
l'extirpation des os luxés et l'extraction des fragments mobiles.
Pendant longtemps, et jusqu'à A. Cooper, Tusage traditionnel
adoptait l'amputation dans les luxations compliquées et les écrase-
ments du pied. En 1B25, ayant rassemblé beaucoup de 'faits heu-
reux dans les cas où le membre avait été conservé, 6e ohinirgicfri
-«'empressa de poser en principe que l'amputation devait être aban-
donnée. Cette pratique, depuis lors, a été acceptée, parce qu'afu^
jeux de certains chirtn*giens, comme M. le ptofefe^eur Broca,
les amputations, pour cause traumatique, sont toujours gravés, et
que, dans les écrasements du pied, notamment, l'expectatîon n^est
pas plus grave que Tamputation. Les partisans de l'intervention
active, ct)mme M. le professeur Verneuil, trouveront peut-êtr.;
cette manière de voir trop absolue, et conséquemment s'empres-
seront de faire des réserves.
Quoi qu'il en soit, loin de vouloir épuiser un sujet aussi com-
pliqué, je me borne à joindre ma pierre à Tédiflce, en attendant
qu'une solution définitive soit donnée à la question en litige.
0
Observation. — Ecrasement de T avant-pied droit; ablation du cu-
boldo en partie sorti ; suture de la plaie ; irrigations continues d'eau
ftoide et immobilisation du pied dans un appareil inamovible, Gaè»
ri son.
Le l** septembre 1877, je suis appelé par le D» Chancerel, dàtië Ik
commune de Connorré, près de ^f. Yvon, Agé de 62 ans, d'une vigdti-
reuse constitution, qui venait d'être victime d'un accident grave.
Cet homme avait reçu la veille, sur le pied droit, la roue d'une ifroase
charielte, où se trouvaient trois personnes.
État actuel. — L'articulation médio-tarsienne est ouverte; une plaie
transversale envahit le dos du pied droit, d'un bord à l'autre, un peu
en arrière des métatarsiens. Violemment coutasôS, lea deux lèvres
sont séparées par un intervalle de 2 centimètres, au fond duquel dû
aperçoit les muscles et les tendons déchirés, les os cunéiformes et la
tdte du cinquième métatarsien fracturés. Crépitation à leur niveau. 11
faut noter au bord interne la saillie considérable du coboïde aux trois
quarts mis à nu.
782 SOCIKTK DE CHIRURGIE.
InfiUration sanguine dans les parties contusionnées. Le sang coule
en nappe de toute la surface de la plaie, mais il n'est pas fourni par
de« vaisseaux importants.
lùî présence de ces graves lésions, le D'^Chancerel etmoidélibéroLs
sur le meilleur parti à prendre.
L*accident étant arrivé depuis 20 heures environ, était-il encoK
temps de bénéficier des avantages que peut offrir l'amputation immé-
diate, sans faire courir au malade les risques d'une amputation trau-
matique secondaire ? En un mot, valait-il mieux tenter la conservation
de son pied, dont la plante était intacte? Sans doute, en tenant com{)te
de cette dernière considération, l'amputation de Chopart était indiquée,
ou bien a cause de la gône qui entrave la marche après la désarticu-
lation sous-astragalienne, on pouvait préférer l'amputation libio-tar-
sienne, mais la robuste constitution du sujet, son séjour à la cam-
pagne dans un air pur, les longues heures écoulées depuis raccidcnt.
nous firent pencher tous les deux pour la conservation du pied qui
était d'ailleurs intacte à la face plantaire. I^e cuboïdc fut donc enlevé
tout entier, les lèvres de la plaie furent rapprochées par i poiots
de suture, et le pied reçut pendant 5 jours des irrigations contiunes
d'eau froide. Au bout de ce temps, un appareil inamovible maintient le
pied dans sa position normale, et une fenêtre est laissée au niveau de
la plaie. Celle-ci est pansée matin et soir avec de la charpie impré^'oée
d'alcool, et un matelas de ouate recouvre le tout. En semblable occur-
rence, du pus se forme et stagne avec la sérosité et le sang dans les
cavités articulaires, de là, nécessité d'introduire un drain pour sou-
tirer les liquides, autrement, ceux-ci s'altèrent, s'infiltrent et amènent
des suppurations diffuses. Aussi, la précaution du drainage ne fut pas
oubliée.
Comme je ne retournai pas à Connerré, voici ce que le H'Chan-
cerel m'écrivit à la date du 24 septembre :
a Mon cher confrère,
€ Notre malade va très-bien ; la plaie est déjà en grande parlie
guérie, surtout du côté externe. Quant au côté interne, qui est
celui où vous avez pratiqué l'ablation du cuboïde, la plaie étant
plus profonde, mettra beaucoup plus de temps à se refermer. Les
chairs bourgeonnent. Bref, le malade va très-bien ; le pied n'est
presque plus tuméfié.
€ Nous aurons un succès complet, j'y compte.
€ Agréez, etc. »
En effet, à la fin d'octobre, le malade était tout à fait guéri.
Inutile d'ajouter qu'il ne put marcher librement avant le mois de
février, c'est-à-dire 8 mois après la cicatrisation de la plaie.
/?6'/7ex/o/7s.— Pour expliquer ce succès il faut adopter pleinement
les réflexions (jue M. Verneuil faisait le 6 octobre 1875 à la Sociélé
de chirurgie, à propos du travail du professeur Saxtorph : c'est
SÉAnCR DU 4 DÉCEMBRE. 783
que les lésions Irnumatiques comptent parmi leurs caractères fon-
damentaux la tendance naturelle à la guérison spontanée. Seule-
ment, il est nécessaire d'admettre, avec notre éminent collègue, la
restriction suivante : c'est que cette tendance peut être entravée,
contrariée, détruite par des accidents ayant trois origines distinctes,
telles que la blessure elle-même, la constitution du blessé, et enfin,
le milieu ambiant. Or, si de ces trois sources, les deux dernières
offraient ici des chances favorables *, il n'est pas surprenant que
la première qui résidait dans la blessure ait amené des résultats sa-
tisfaisants. En effet, parles pansements alcoolisés et Tocclusion, il a
été possible d*empêchcr le foyer traumatique d'engendrer, de re-
cevoir et d'absorber Tagentseptique. On n'a pas appliqué ici le ban-
dage ouaté de A. Guérin, ni le pansement antiseptique de Lister,
mais de préférence, le pansement alcoolique journellement renou-
vel('», parce qu'il est d'une exéculicm plus facile, surtout à la cam-
pagne où les malades sont très-loin du médecin et ont besoin d'être
pansés par des personnes étrangères à notre art. Dans le cas si
gprave dont je viens de relater l'histoire, j'avais bien d'abord l'idée
Tentreprcndre une amputation sous-astragalienne, et d'adapter
ensuite le pied rond à la Beauforl, mais j'ai définitivement préféré
tenter les chances offertes par la chirurgie conservatrice.
Cette détermination a été couronnée de succès, et maintenant,
3n serait en droit d'admettre que ïnmputation immédiate ne doit
DÛS être la rrglc exclusive dans las écrasements du pied^ qu'elle
peut, au contraire être avantageusement remplacée par les soins
éclairés de la chirurgie conservatrice.
C'est au moins un sujet qui prête à l'examen et à la discussion :
ad hue su h judico.
l*réi«eDt«tlon de malade.
M. Gaujot présente un malade atteint à la partie supérieure de
la cuisse gauche, d'une tumeur dont le diagnostic offre quelque
intérêt : voici Tobservation :
Le malade est un artilleur âgé de 19 ans, d'une bonne consti-
tution^ d'un tempérament lyniplialiqui», sans antécédents mor-
bides; au service depuis 9 mois.
L'apparition de la tumeur a eu lieu 3 mois après l'incorporation,
1 la suite de fatigues occasionnées i)ar les efforts de l'équi-
ation.
* Les statistiques ont démontré l'innocuitû relative des blessés à la cam-
pagne.
784 SOCIÉTÉ DE CUmURQIE.
Le début de la tumeur a été tout à fait indolent et insidieux. Le
malade ne 6*est aperçu de la grosseur, que par hasard, à la suite
d'un marche. Depuis 6 mois que cette tumeur s'e^t développée,
elle est restée. absolument stationnaire et tout à fait indolente. Elle
occupe la partie supérieure et interne du triangle de Scarpa, au-
dessous du pli de l'aine gauche. Son. volume est celui d'un œuf
de dinde, sa forme est à peu près elliptique, à grand diamètre
parallèle à l'arcade de Fallope.
Elle n'augmente pas de volume pendant la toux ou Texpiralion.
Elle parait limitée en dedans par le bord interne du moyen adduc-
teur; en dehors, ses hmites ne s'étendent pas jusqu'aux fémo-
raux ,^ et en bas, à plus de 3 travers de doigt au-dessous du pli
de raine«
Cette tumeur fait une saillie de 2 centimètres quand les cuisses
sont parallèles et au repos; elle devient au contraire plus saillante
quand le malade fait des efforts d'adduction. La peau qui la
recouvre est saine, libre d'adhérences. Le tissu cellulaire est
intact.;
La cuisse étant au repos, la tumeur estrénitente, d'une consis-
tance analogue à celle du tissu musculaii*e, un peu plus dure dans
quelques points. Elle parait faire corps avec le second adducteur,
ou tout au moins avec la gaine aponévrotique de ce muscle.
Lorsqu'on fait contracter les adducteurs, on délimite mieux la
tumeur. Elle devient plus dure et présente des irrégularités, de
petites saillies dirigées parallèlement à son grand axe. On ne
trouve aucun pédicule remontant vers le canal crural; mais en
haut, la tumeur envoie un prolongement bien sensible qui remonte
jusqu'à l'attache de la gaine aponévrotique nu pubis. A sa partie
inférieure, la tumeur paraît moins adhérente que supérieurement.
Quand la cuisse est fléchie sur le bassin, et que les adducteurs
sont vigoureusement contractes, on peut imprimer à la grosseur
quelques mouvements.
Cette tumenr est irréductible. Elle n'est ni pulsatile, ni expan-
sible. La cuisse gauche, du côté où siège la tumeur, est légère-
ment atrophiée. Elle mesure 2 centimètres de moins que du côté
sain.
Indolente à la pression, la tumeur détermine, pendant la marche,
une sensation pénible de lourdeur dans le membre. Aucun engor-
gement des ganglions de l'aine, pas d'œdème, pas de gonflement
du pied ou de la jambe.
Le début et la marche de l'affection , l'absence de tout engor-
gement ganglionnaire doivent faire éloigner l'idée d'une tumeur
maligne.
On ne peut non plus songer à une tumeur ganglionnaire,
■,.;■ 11 |i 'i'<. i -fit
SÉANCE DU 4 DÉGElfBRE. 785
puisque la production morbide n'occupe pas le siège habituel des
ganglions. ,. . . , . . .. ,. , . .
Uidée d'une l\eraie mu^qulaire est celle qui se présente le plus
naturellen^ept,^ V^.^P^^^* Cependant, la tumeur n'est pas réductible
et ne s'affaisse pas complètement pendant le relâchement.
Est-ce un fibrome de la gaîne aponévro tique? La consistance
rénitente et à peu près égale de la tumeur, l'absence de bosse-
lures, semblent contre4ire.ee (}iagnos|HC I -j
Reste l'idée d'un fibro-lipome : mais Tadh^rençe de la tumei^'
à Taponévrose, et la laxité de la peau, ne sont guère favorables à
celte supposition.
Somme toute, les caractères les plus saillants de la tumeur se
rapportent à la hernie musculaire.
Discussion,-
M. Desprès. Après avoir examiné attentivement Je^^^adg. pr^-Ç'
sente par M. Gaujot, je suis disposé à admettre une herxiie'mi|9<^ '
culaire; cependant j^ crois que s'il y avait à faire une réserve
ce ne pourrait être que pour un kyste hydatique,
• ■
m!* Trélat. Je pajrtage entièrement le diagnostic posé par.
M. Gaujot et je repousse bien loin l'idée que j*ai eu un instant d'ad-
mettre une tumeur maligne des ganglions.
Je croîs qu'il est impossible de penser à une hernie d'autre,
nature, ou à un kyste hydatique car, lorsque les musclçs se con-
tractent, la tumeur devient très-dure. Comme M. Gaujot, je ne
crois pas qu'il faille intervenir chirurgicalement, .mais je serais
d'avis de faire porter à cet homme un caleçon avec une pelote
spéciale.
M. Vehneuil. J'ai vu une fois une hernie musculaire, produite
dans ifh rapprochement des cuisses, et je ne doute pas que le
malade de M. Gaujot ne soit porteur d'une tumeur de même nature.
■! l
M. Farabeuf. Je me suis occupé, de la, hernie musculaire et jew-
demande à dire un mot sur le mode de production de ce genre de
lésion.
Lorsqu'on incise, pendant ujia. opération, une aponévrose, le
muscle ne fait pas hernie, de même lorsqu'un muscle se contracte,
il n'a aucune tendance à faire hernie ; il faut donc admettre pour
expliquer la hernie musculaire qu'il s'est produit en même temps
une rupture des insertions.
M, GuYON. Pour établir catégoriquemont le diagnostic, je crois
78G SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
qu'il serait utile de faire passer un courant électrique, qui amène-
rait une contraction de la tumeur.
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire,
HORTELOUP.
Séance du 11 décembre 1878.
Présidence de M. F. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondance.
La correspondance comprend :
1« Les journaux périodiques de la semaine, le Bulletin de PA-
cadémie de médecine, le n" 9 du tome II des Bulletins et Mémoires
de la Société de chirurgie, la Revue scientifique do la France elde
r Etranger;
2® Le Journal de la Sociéié de médecine et do pharmacie de h
Haute-Vienne^ le Lyon médical, le Journal des sciences médicales
de Lille, la Revue médicale de PEst, l'Année médicale, le Journal
delà Société de médecine de Caen et du Calvad)s,V Union médicale
et scientifique du Nord-Est, la Gazette médicale de Strasbourg ;
3^ Une lettre de M. le D^ Larger, se portant candidat au litre de
membre correspondant national ;
4** Une lettre de M. le D»" Vibert, se portant candidat au litre de
membre correspondant nalional;
5® The Pracfitioner, la Gazette médicale Italienne-Lowbai'de,
the British médical Journal;
6° Relation des néoplasmes avec F arthrite, par M. Namin; pré-
senté par M. Verneuil;
1^ Des corps étrangers du rectum : leur migration dans 'F in-
testin et leur histoire, par le D' Gérard ;
8"* Une lettre de M. le D*^ Sarrazin, adressant à la" Société une
double observation de taille périnéale.
Itapports.
I.
M. J. Anger donne lecture du rapport suivant, sur deux obser-
vations adressées par M. Turgis, de Kalaisc. Ces deux obsei*vation5
sont intitulées :
SÉANCE DU il DÉCEMBRE. 787
1° Fractures multiples et complùpiôes des membres Inférieurs ;
résection des extrémités inférieures du tibia et du péroné du côté
gauche ;
2° Corps étranger du rectum.
Ferraettez-mci d'attirer brièvement votre attention sur ces deux
faits presque aussi intéressants l'un que l'autre.
Le premier est relatif à une résection des extrémités inférieures
du tibia et du péroné, qui fut pratiquée, il y a 12 ans, dans les
circonstances suivantes. Un enfant, âgé de 10 ans, d'une constitu-
tion chétive, se trouvant dans un moulin, saisit pour s'amuser un
arbre vertical et se laissa entraîner dans le mouvement de rotation
dont cet arbre était animé. Malheureusement ses jambes rencon-
trèrent une rainure assez profonde dans laquelle elles s'engagèrent
et se fixèrent, de sorte que tout son corps obéissant au mouvement
se trouva pour ainsi dire instantanément enroulé autour de Tai'bre.
M. le D' Turgis, appelé quelques heures après l'accident, trouva
le blessé dans un état de faiblesse extrême, la face pâle et recou-
verte d'une sueur froide, le pouls petit et très-fréquent.
Les membres supérieurs et la poitrine explorés avec soin
étaient indemnes et ne paraissaient pas être atteint^ d'aucune
lésion. Le ventre était très-douloureux spontanément et à la pres-
sion, mais sans lésion viscérale appréciable.
Le traumatisme avait porté surtout atteinte aux deux membres
inférieurs. Le droit présentait une tuméfaction considérable due
à de vastes épanchements sanguins et, en outre, une double frac-
ture, dont Tune siégeait à la partie inférieure du fémur, au-dessus
du condyle, et l'autre au-dessous de la grosse tubérosité du tibia.
Ces deux fractures semblaient être par leur siège, voisines de
l'articulation du genou, des décollements épiphysaires.
Les fragments du tibia avaient conservé leur rapport, mais ceux
du fémur chevauchaient l'un sur l'autre de sorte que la cuisse offrit
un raccourcissement de 3 centimètres.
Du côté gauche, les lésions n'étaient pas aussi multiples, mais
étaient plus graves. Le pied était presque détaché de la jambe, et
une vaste plaie confuse, assez régulièrement circulaire, existait à
3 centimètres environ au-dessus de l'articulation tibio-tarsienne.
Elle entourait les deux tiers antéro-internes de la circonférence de
la jambe qui ne tenait au pied que par son tiers postéro-externe.
Entre les lèvres de cette vaste déchirure, le tibia et le péroné
faisaient une saillie de 5 centimètres et leurs surfaces dénudées
de périoste, s'étaient fait jour à travers les tendons extenseurs. Le
péroné, un peu moins saillant, avait été nettement rompu à
3 centimètres au-dessus de la malléole externe, tandis que l'extré-
788 sociéTi db chirurgie.
mité dtf fragment tibiâVlfegè'elutoW;étàa'^^^ au nïveiu da
cartilage épJphysàîre:
L'épiphyse articulaire du tibia et la malléole externe aVàienr
d'ailleurs conservé leurs rapports noi^miiùi'avecVaàtftigaVé?
Aussi les mouvements du pied élaient-ils possibles et peu dou-
loul^ëux;'
Le pied était chaud 'etsérisiby^Ml' étiîtdèô'ldrs' certain qde'les"
vaisseaux et les tierfe'avaiébt' 'écîhajipfe au ti'aùrnàtismé.
Ne pouvant ptfrveûir à réduire les fraglneùls, M'.' Tùr^sse'
décïdirà k^éséqilfef lés 5 cèritihièti'es de'iibîaet \èsS céiiiiihitrès'dé'
pétoné qiH'formâienl sâiïliè à l'èxtényùr.' Cette rèèècti'on lui' permit'
de'Tédiiîre le pied iqui fiit ensuite rriàîniefiii et'ïmmobllisé par un'"
bandage approprié.
La plaie fut pansée avec ràlcodl camphré. QùariC' ati'mèmbre
drbll fr'dcturé âû-d^fi'sils et àu-dèssou^ dti gèïibu,' ilTut pfacë'' diuîis"
une gouttière .
L*ehfant guérit assez ï»rfpidehient)'et' 8 hiôïs après Vaccidént il
coïïitneriça à se levéïf; puis à marcher.
Cet enfant Ijûi est devenu' ùrijeuftèlWmmé^ 'dé 24 kiis, a été'revu
pai^'bénséquent toiit récemment, au bout'de 14 'anè, par MJ Tur-
gis, qûî a jeint à sôïi observation la' nble'compferfiéritaî're sui-
vante :
Le jeune homme étant déshaëillé et plëlî'é' debout, ne pi^'eote
aufeunb déViatlon, ni înidlincii^bn 'du bassin.
Le voltime defe' deux merhbrèy ihï*éHeiiï*è é^t le m'^hib à dfôïteël'
à gâbcheî*
Là cuisse gauche (côté de ïa résection du toiigi)"ést phis loh'giK *
de 3 centimëti'ès envirôti que celle dû eôté piipofeé,' qui, comAieH
a été dit, aVait été fracturée à la îJartié'inPértèUre.
La jambe gauche préisehte une déviation légèrement àii^tii'âifey
à concavité intet'ne au nivèaij de la ré'séction, 'et àa longueur est
mdhidt'ede 5 centimètres que celle du côté opposé" Mais sur la
fracture du fémur du côté oppoôé, la mensuratiofa des déiïi^ mèra-"
brés'dans toute' leur lohgueur ne jprésenté qu'une diffBi-énce 'de
2 centfïriètt'es : auè'éi*la'*b(ntérlë est-élle însi^niftàMé et'la maf-'
chetelfemenffacîlë'què cet'îndividu fait' souvéh't plus Hé 80 kilo-"
métrés à' pied. '
Quoique les itioUvèihehf^ de rarlicUlàtfbïi* tibio-térëiéhViè soient
corisiè^é's, il jette en màréhatil'le ' pied gafuche en avant, ' comme
s'il voulait suppléer â la fiifbîélslse 'des muscles jèimLiers anléKeiirs
et èxtetiseuï'S des orteils.
Tel est' te résùm'é'dfe'la prëinièicè obàéfvaCion de M. Turgîé. La
condUfté"tenue par le't5hirut»gien dan!é cette"circonstahce grUvè^"
mérite ra|3probati^.' Eri effet, dèë'Iorg qùô leô lèUtàlivbà'ae ^ûo
SÉANGE DU li OBCEVBRB. 789'^
tiondes fragments du tibia et du péroné avaient éirUoué, il fallait bien
se résoudre à réséquer des os qui, étant d'ailleurs dépouillés de''
leur périoste, se fussentprobablementnécrosés,enpartiedu môinà
Il est à remarquer que le raecourcissement de la jambe' a été de'
5 centimètres, d'une longueur égale, par conôéquent,' à la par-
tie du tibia qui a été réséquée. Cependant le périoste inte'nné-^
diaire à la diaphyse et à l'épiphyse avait été respecté pendant*
Topération. Aussi peut-on se demander tout d'abord pourquoi un
raccourcissement si considérable avec un périoste intact ? Je crois '
que la raison de cette exception à la loi générale dés résections '
sous-périostées provient de ce que les deux os de la jambe avaient •
été fracturés et réséqués au mâme niveau, de sorte que le frag-»
ment inférieur devait' être fatalement rapproché du supérieur par
la rétraction des muscles de la jambe. J'ai remarqué plusieulre*
fois et je pense que beaucoup de mes collègues sont dans le même
cas, j'ai remarqué, dis-je, que la reproduction des fragments du •
tibia réséqués ne se faisait dans toute leur étendue que lorsque
le péroné était intact. Dans ces cas, le péroné sert d'attelle à la*
jambe et il sufBt pour lutter contre la rétractilité musculaire.
Peut-être un bon bandage plâtré appliqué sur le membre aussi-"
tôt après l'opération, pourrait -il obvier à cet inconvénient. Mais -
lorsque de vastes plaies s'opposent à l'emploi -de ces bandages •
inamovibles, il est presque impossible d'éviter le raccourcisse-
ment du membre. Je sais qu'à la campagne, il n'est pas toujours
facile de se procurer du plâtre fin ; et M. Turgis est pour cette
raison bien excusable de n'avoir pas employé ce moyen si pré*
cieux de contraction sans lequel il est difficile, sinon impossible,
d'obtenir une reproduction osseuse dans toute l'étendue 'du frag-^-'
ment réséqué.
La seconde observation de M. Turgis est relative à un corps t
étranger du rectum. La Société a eu cette année plusieurs fois l'oc-
casion de s'occuper de cas de ce genre. Aussi ne vous donnerais^
je qu'une simple analyse du fait, si M. Turgis n'avait été amené à >
pratiquer la rectotomie pour extraire ce corps étranger. Or^ je ne
sache pas que la rectotomie ait été encore utilisée pour l'extrac^
tion des corps étrangers du rectum : c'est ce qui me décide à vous <
demander la permission de lire en entier l'observation deM.Turgis;'
Corps étranger du rectum.
A la fin du mois d'août dernier, un de mes confrères vint me :
confier la situation très-grave dans laquelle se trouvait un de ses
clients : il s'agissait d'une tasse à chocolat que ce client, 4 jours
auparavant, s'était introduite dans le rectum.
Le premier et le second Jour le malade lui-même essaya bien
790 SOCIÉTÉ DB CRiRUnOIE.
inutilement de se débarrasser de l'hôte incommode qu'il avait logé
chez hii.
Le troisième jour mon confrère fit à son tour de vains efforts, il
ne parvint qu'à briser en deux endroits le rebord de la tasse et à
se déchirer très-malheureusement les doigts.
Ce n'est donc que dans la soirée du quatrième jour que je vis le
malade.
Je m'étais muni des instruments dont je pouvais avoir besoin
pour mettre à exécution un procédé opératoire qui, depuis long-
temps déjà, s'était présenté à mon esprit comme pouvant être
appliqué en pareil cas.
Je trouvai le malade d'une forte et belle constitution extrême-
ment affaibli par la souffrance et les pertes considérables de saog
qu'il avait faites.
La face était irès-altérée, grippée, le pouls petit et fréquent,
peu de chaleur à la peau, soif assez vive, la région hypogastrique
légèrement douloureuse ; les fonctions urinaires n'avaient subi
aucun trouble.
Je Ils placer le malade à genoux sur son lit et les cuisses écar-
tées autant que possible, le corps fléchi en avant et reposant sur
les coudes. L'anus laissait écouler un liquide sunieux abondant el
très-fétide. Je l'explorai avec soin, je trouvai d'abord un boursou-
flement énorme delà muqueuse rectale qui coiffait tout le contour
de l'ouverture de la tasse dont je ne pus atteindre que difficile-
ment le fond.
• Je pus constater que le rebord de l'ouverture de la tasse qui
correspondait à la région ano-périnéale postérieure était intact,
mais que celui qui correspondait à la région ano -périnéale anté-
rieure avait été, dans les tentatives d'extraction, brisé en deux
endroits. Il en résultait non-seulement un rebord coupant, mais
encore deux angles saillants et aigus qui s'étaient profondément
enfoncés dans les tissus, l'un sur le côté latéral gauche de la pros-
tate, et l'autre au-dessus du côté latéral droit du même organe.
La tasse était si solidement enclavée, qu'il me fut impossible
d'introduire mon doigt entre la muqueuse et la tusse même dans
la partie non brisée et de lui imprimer le moindre mouvement en
quelque sens que ce fut...
Après cette exploration, je fis part de mes intentions à mon
confrère et déclarai au malade que j'allais immédiatement prati-
quer une opération qui seule pouvait le sauver.
L'attitude que j'ai indiquée, et que je voulais conserver pendant
l'opération, rendant impossible l'administration du chloroforme,
j'opérai donc sans anesthésic.
Je pris un gros trocart courbe que j'introduisis dans le rectum
SÉANCE DU 11 DÉCEMBRK. 791
et le dirigeant sur mon doigt vers le coccyx, je le fis sortir ù en-
viron 5 millimètres de la pointe de cet os et sur sa partie latérale
gauche.
Je passai ensuite une chaîne d'écraseur et sectionnai lentement
toute la région ano-périnéale postérieure. Je dois ajouter que
pour éviter toute chance de briser mon instrument dans le section-
nement de la peau, toujours très-difficile, je Tincisai (la peau)
légèrement sur le trajet de la ligne de section.
Il ne s*écoula pas même (fuelques gouttes de sang.
J'explorai de nouveau, et je trouvai, comme je Tai dit, la tasse
fortement enclavée; je la saisis facilement avec la main dans la
partie non brisée qui justement correspondait à Touverture que
je venais de pratiquer, et j*eus l'extrême surprise de ne pouvoir lui
imprimer le moindre mouvement pour la dégager.
Je pris alors le levier qui sert dans Taccouchement, dont je
m'étais muni, j'introduisis ce levier en arrière de la tasse, et,
prenant un solide point d'appui sur la partie postérieure du bassin,
j'appuyai lentement et vigoureusement (je souligne à dessein le
mot vi;»(^uitîusenu:i.t).; je ne pus enlever la tasse directement, je
parviiib r^^idfMfient à la désenclaver en lui imprimant un mouve-
ment qui la plaça transversalement dans Taxe du rectum.
Je la saisis de nouveau à l'aide de la main et, pour l'enlever, il
me fallut encore faire un certain effort.
Je fis immédiatement une irrigation d'eau froide et prescrivis
une potion calmante.
Le lendemain le malale souffrait peu: état général sensiblement
meilleur.
Prescription. — Un bain de siég* le malin, 2 fuis par jour
irrigations dans le rectum avec la solution suivante :
Eau 1,000 grammes
Acide phénique 5 —
Régime* — Bouillon, consommé, lait coupé, eau panée et vinée.
Dans les jours qui suivent, l'état général s'améliore d'une façon
continue; pas la moindre complication, excepté vers le 8* jour, où
Turination présente un peu de difficulté. Cette difficulté, due sans
doute à une lésion du lobe gauche de la prostate dans lequel un
des angles de la tasse s'était un peu engagé, disparait au bout de
2 jours sans traitement particulier.
Par la disposition anatomique de la région et l'attitude sur le
décubitus dorsal que le malade a longtemps conservé, les lèvres
de la plaie étant toujours en contact, aucun pansement particulier
n'a été fait. Le 6* jour la plaie a le plus bel aspect.
Au 10*^ jour l'écoulement sanieux et fétide a disparu.
•792 ^Cfàté DE GHIRURGIB.
La cicatrisation.a marché lentement. Les lèvres de laplaies'écar-
.tant chaq.ue fois que la défécation se produisait, les bourgeons
charnus finissaient néanmoins par se souder et prendre la forme
dCfAls irès-fios et allongés^ de. tractus plus courts et plus épais,
de petites lamelles ti^ès-minces, tout cela donnant au fond de la
plaie Ta^pect d'un tissu aréol^ire, disparaissant peu à peu par le
travail de cicatrisation, à mesure qu'un tissu semblable et plus
superficiel apparaissait»
Aujourd'hui, la cicatrisation est complète, aucun écoulement
.par Tanus n'existe. La défécation se prodjiit sans douleur et
,comme dans l'état physiologique.
Le .malade, dont .les forces. s!étaient rapidement relevées, peut
jceprendre ses occupations habituelles. Il est parfaitement guéri.
L'intérêt de ce fait réside bien moins dans la nature du corps
étranger que dans la façon dont M. Turgis a su si heureusement
tiTiompher des difficultés en face desquelles ^il s'est trouvé. Les
^u,v^ages classiques et les BijiUetUès de la Société de chirurgie 80Qt
lâches en descriptions de procédés mis en œ^vre pour extraire les
corps étrangers du rectum, mais.c'est la première fois, je croi&j que
la rectotomie linéaire a été utilisée dans ces circonstances. L'idée
d'ios^rer le sphincter pour dégager et extrai;*^ ies corps étrangers
du rectum s'était présentée à l'écrit des chirurgiens, ei Royer, no-
lAmment^ avait entrevu cette nécessité. Mais de la conception d'un
procédé opératoire a son exécution, il y a une açsez grande dis-
tance pour que celui qui la franchit ne soit pa$ sans mérite.
Il n'était donc pas sans importance de montrer que la recioto-
n^e lii}éaire qui depuis les travaux de M. le professeur Verneuil, a
été si heureuseptient appliquée aux rétréci^semei^ du rectum,
pouvait également donner de beaux succès dans l'extraction des
corps étrangers du rectum.
Cette conduite me semble bien préférable à celle qui consiste à
vouloir briser quand même les corpç étrangers pour retirer un à un
tou^ les fragments. Nous savons qye des chirurgiens, et des plus
|;^(^bile3, ont vu survenir à la suite de ces tentatives de broiement des
ç^cciderUs rapidement mortels chez leurs opérés, ces faits démontrent
Péremptoirement les dangers auxquels on expose les malades eo
^'ach^rnant à vouloir broyer les corps étrangers qui sont endavés
dans le bassin. Pour ma part, je crois que ces manœuvres exposeat
t^eaucoup plus l'opéré que la rectotonaie linéaire, et si j'avais à
extraire un de ces corps étrangers, gros, volumineux, susceptible,
pq se brisant, de déchirer ou de contondre les organes, d'autant
plus faciles à en-tamer qu'ils sont généralement enflammées, je
n'hésiterais pas à suivre l'exemple donné par M. Turgis^
SÉANCE DU 11 DECEMBRE, , |293
• • t
.Je propose à. la Société :
1** De déposer dans nos archives. la première observation .d.e
M.. Jurgis dont j'ai donné une analyse;
2® D'insérer in extenso dans nos Bulletins la seconde observa-
lion relative à Textraction d'un corps étranger du rectum.
3° D'adresser une lettre de remerciements à Tauleur.
Discussion.
M. Verneuil. J'ai été très-heureux d'entendre la lecture de
l'intéressante observation de M. le D' Turgis, car elle montre le
Don résultat que 1 on peut retirer de l'incision du rectum. Ce prp-
cédé a été rtiis en usage pour la première fois, en .1860, p^a^
jii.paffy, de Puymirol, pour extraire lin corps étrangjer ^u reqtuxp
au qix-huitième jour.
Il s'agissait d'un individu présentant depuis 1^ jours epvirpn,
des hémorrhagies anales mt ermittentes qui seraient,cl'après le récit
du malade, survenues à la suite d*un effort. Quand M. Raljfy le vit,
vhémorrhagié continuait très-abondante, le malade était dans un
état d'anémié extrême et éprouvait les plus violentes douleurs à
Vanus et dans le rectum. Il niait résolument avoir avalé ou intfp-
yiiit àans le rectum un corps étranger. Le sphincter anal était ft)r-
tement contracté! toutefois Je doigt puf pénétrer dans le rectum
et y Rencontra Un corpô fort dur et allongé. La contraction (Jij
sphincter faisait échouer toutes les tentatives d extraction.
M. Raffy fendit alors le sphincter par un coup de bistouri et le
doigt put alors pénétrer complètement dans le rectum. On trouva
un corps dur allonge, a surface dépolie, qui paraissait imjilpntg
dans un des replis du rectum. Ce nb fut pa i sans éf ovt au'à l'aide
de deux doigts on amena au dehors une tige ligneuse de la gros-
seur du petit doigt qu il fut impossible d amener à plus d un cen-
timètre en dehors de rarius. Cette extréniiité étant fixéç par un
aidë,^jA.' ftaïjfy suivît la iigè avec rindicaleur et iârrîya à là ren-
contre d'une nouvelle lige qui paraissait articulée avec la première
à' angle aigu. Il fallut beaucoup de peine pour la d^ga^er e); l*ftniè-
ner dans l'axe du'rectiiin.'ïiapprochant les deux branchés, on retira
une Véritable fourche en bois parfaitement intacte. Les deux bran-
chés de fa grosseur du petit doi^t mesuraient un écartement d^
7 centimètres et une longueur pour l'une de 8 centimètres et pQur
rautre de 7 centimètres.
La convalescence ^ut assez longue.
bette observation se trouve dans la thèse que je viens de dépo-
ser, sur le bureau de la Société, de la part (}e M. le Py Gerar4.
"'' fcomme'le prouve cette thèse, l'extraction directe dés corps étran-
gers du rectum est un long martyrologe dont la cause se frp\iyç
794 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
dans la contusion, la déchirure et les hémorrhagies qui accompa-
gnent les manœuvres d'extraction.
(Les conclusions duRapporteur sont mises aux voix et adoptées.)
II.
M. FÉRiER, au nom d'une commission composée de MM. Lucas-
Championnière, Terrier et Périer, lit un rapport sur une obser-
vation d'ovarioloDiie bilatérale suivie de guorison^ présentée par
le D*^ DoBRONRAvow, de l'université de Moscou.
L'auteur a pensé avec juste raison que la Société de chirurgie
de Paris, apprendrait avec intérêt comment se pratiquent les opé-
rations dans le nord de l'Europe et en particulier dans l'ancienne
capitale de la Russie, aussi dôvons-nous lui savoir gré des minu-
tieux détails dans lesquels il n'a pas craint d'entrer en nous don-
nant l'histoire de son opérée.
Il s'agit d'une femme de 35 ans, ayant eu deux enfants.
Depuis un an elle souffrait d'une tumeur qui s'était montrée au
côté gauche du bas-ventre, et s'était constamment accrue, au
point d'influencer la nutrition générale et de donner lieu à des
phénomi^nes de compression se traduisant par l'œdème des pieds,
des palpitations, de la dyspnée. M. Dobronravow l'examina pour
la première fois en mai 1877, diagnostiqua un kyste ovarique el
proposa l'ovariotomie.
Le 3 septembre, la malade ayant vu sa tumeur doubler de vo-
lume, et ses souffrances ayant augmenté, consentit à subir une
ponction, qui donna issue à 12 livres d'un liquide épais, verdâtre
au début, blanchâtre, colloïde à la fin.
La densité des premières parties évacuées était de 1014, celle
des dernières de 1021. Ce liquide contenait de la paralbumine
et le microscope y révéla des globules colloïdes.
Cet examen du hquide, et la palpation du ventre après la ponc-
tion confirment le diagnostic de kyste ovarique et permettent d'éli-
miner la péritonite enkystée, l'hydronéphrose, le cancer et le
cysto-sarcome, auxquels notre confrère avait songé.
Le toucher vaginal fit voir que l'utérus avait été entraîné par la
tumeur et qu'il lui était relié par un court pédicule. L'exploration
bi-manuelle fit reconnaître à côté de Tutérus une tumeur élas-
tique à contenu hquide, grosse comme une tête d'adulte, à hraites
mal circonscrites, et dont la surface antérieure donnait à la luain
une sensation de crépitation. Peut-être faut-il donner ici au mol
crépitation le sens de frottement ?
Le diagnostic porté fut : kyste multiloculaire de l'ovaire avec
adhérences récentes à sa face antérieure, et sans adhérences dans
le petit bassin.
SÉANCE DIT il DÉCEMBRE. *795
Après la ponction il n'y eut aucune réaction du côté du péritoine
la respiration redevint normale.
L'opération décidée en principe et acceptée sans hésitation par la
malade, fut pratiquée le 23 septembre 1877 quinze jours après la
ponction, alors que le kyste était à moitié rempli.
Les précautions furent prises avec un véritable luxe. La malade
reçue dansThôpital du prince Galitzine, fut placée dans un pavillon
à part ; sa chambre bien isolée fut ventilée pendant plusieurs jours,
chauffée pendant les 48 dernières heures, les murs furent soumis
à une pulvérisation d'acide salicylique. Les personnes au nombre
de douze qui assistèrent à Topération étaient revêtues d*habits
tout à fait neufs, et personne ne pénétra dans la chambre non-
seulement le jour de l'opération mais encore les jours suivants
sans s'être au préalable lavé les mains avec une solution de chlo-
rure de potassium.
L'inhalation du chloroforme fut suivie de l'injection hypoder-
mique d'un sixième de grain d'acétate de morphine, mais l'anes-
thésie ne fut pas régulière ; des vomissements et des réveils fré-
quents prolongèrent l'opération.
Une incision de 6 centimètres, qu'il fallut agrandir plus tard fut
pratiquée sur le trajet de la ligne blanche. L'ouverture du péri-
toine mit à nu une rangée de kystes à parois minces qui se rom-
pirent dès que la main fut introduite dans la cavité péritonéale.
Les adhérences à la paroi antérieure étaient nombreuses ; la plu-
part furent facilement détruites avec la main, pour quelques-unes
il fallut recourir au couteau.
Pendant ces manœuvres il y eut encore rupture d'un certain
nombre de petits kystes avec épanchement de leur contenu dans
le péritoine qui chaque fois fut soigneusement essuyé. L'opérateur
reconnut alors qu'il avait affaire à deux masses kystiques répondant
chacune à un ovaire, légèrement adhérentes en haut, mais étroite*
ment liées entre elles et avec la matrice par leur partie inférieure.
Celle du côté droit était plus volumineuse que l'autre. Le trocart
ne pouvant parvenir à réduire suffisamment les tumeurs il fallut
agrandir par en haut d'un centimètre et demi l'incision de la pa-
roi abdominale en contournant à gauche Tombilic. Il fut très-difft-
cile d'isoler les pédicules des deux ovaires ; après application d'un
clamp de Spencer Wells sur chacun d'eux, il restait une bande vas-
culaire de 2 centimètres de large, implantée sur l'utérus'; cette
bande fut fragmentée et reçut 5 ligatures. Puis la tumeur incisée
il y eut encore 10 ligatures à appliquer sur les points de la cavité
abdominale où les adhérences rompues pouvaient faire craindre
l'écoulement du sang. Ces 15 ligatures furent faites avec de la soie
carbolisée non poreuse, les bouts des 5 ligatures appliquées
BULL. ET MEM. DE LA SOC. DE CHIR. 53
79$ SOCIÉTÉ DE CH1BUROIE.
entre les 2 pédicules furent amenés au dehors, les antres fils
furent abandonnés. La toilette du péritoine dura une demi-heure,
f.a plaie fut réunie par 5 points de suture en soie carbolisée
non poreuse, 4 au-dessus des clamps et 1 au-dessous. Les
clamps étaient séparés par un intervalle de 1 centimètre, dans
lequel il fallut placer une éponge pour maintenir leur écartement
et les empêcher de rentrer dans la cavité péritonéale. Le ventre
fut serré par des rubans d*emplâtre adhésif, par-dessus on mit une
demi-livre d'ouate, et le tout fut sohdement bandé avec de la
flanelle.
La malade fut maintenue dans de bonnes conditions de tempé-
rature, on lui plaqua un suppositoire contenant un grain d'opium,
qui fut renouvelé tous les soirs pendant quinze jours. Le premier
jour une cuillerée toutes les demi-heures d'un mélange de café
noir et d'eau-de-vie, remplacé le lendemain par le vin de Porto,
une cuillerée toutes les 2 heures, i gramme de sulfate de quinine
en lavement pendant 5 jours. Cathétérisme toutes les 6 heures.
Il y eut des vomissements pendant 3 jours. Une seule fois la
température monta au-dessus de 38*» et encore ne dépassa-t-elle ce
chiffre que de i/iO de degré, cela était du à la rétention du pus
sous les clamps.
Les sutures furent enlevées le huitième jour, le clamp gauche
était déjà détaché. A partir de ce jour la plaie fut laissée libre
sous une voûte en toile, la malade étant couchée sur le côté atin
que le pus puisse s'écouler dans un vase (selon les exigences
d'un principe que l'auteur appelle principe de l'hermétisme aéré
de la Société de chirurgie de Moscou).
Le onzième jour le second clamp est devenu libre à son tour, la
plaie marche régulièrement vers la guérison, et le 27*" jour la ma-
lade peut être présentée complètement guérie à la Société de chi-
rurgie de Moscou.
Dans le cours de son observation M. Dobronravow a soulevé
quelques questions de doctrine que j'ai passées sous silence pour
y revenir ici en peu de mots.
Tout d'abord il pose la question d'opportunité de l'opération.
Doit-on, Tovariotomie étant indiquée, opérer immédiatement ou
attendre que la malade n'ait plus en apparence que quelques
semaines à vivre, dans la crainte d'avoir abrégé ses jours si l'opé-
ration n'était pas suivie de succès? Il y répond en faisant remar-
quer avec juste raison que, vu le développement rapide de la
tumeur, les conditions eussent été moins favorables, si Ton eiit
attendu davantage et que les risques 'eussent été plus grands.
Cette réponse peut être généralisée, et l'auteur aurait pu affirmer
sans crainte que l'ovariotoniie étant indiquée il faut la pratiquer le
SKANCB DU 11 DECEMBRE. 791
plus loi poB&ibie, bou6 peiae de voir surgir plus lard des contre-
iadicûlions formelles.
Nous avons vu que Tanesthésie n'avait pas été régulière* que
des vomissements répétés ont ti'oublé Topération. Cet accident,
M. Dobronravow l'attribue au cbloroforme, ne devrait-il pas com-
prendre dans cette accusation et pour une large part, Tinjeclion
hypodermique de morphine qui a suivi Tadministration du chloro-
forme. Cependant on ne saurait nier la fâcheuse influence de ce
dernier agent, notre confrère a peut-être raison de vouloir lui sub-
stituer à Tavenir le chlorométhyle, qu*il a vu employer à Londres
avec avantage, et dont M. Spencer Wells recommande exclusive-
ment remploi.
Nous avons pris l'habitude de condamner tout agent anesthési-
que dont Tadministration nécessite un appareil spécial, suscep-
tible de se déranger ou de se briser et qu'on n'a pas toujours sous
la main.
Ce motif acceptable dans la chirurgie journalière, ne me semble
pas suffisant lorsqu'il s'agit d'une opération de longue durée
comme l'ovariotomie; et si le chlorométyle possède l'avantage
de provoquer si rarement les vomissements, ce n'est pas l'adjonc-
tion d'un appareil comme celui de Junker, aux nombreux instru-
ments qu'il faut préparer, qui devrait en faire rejeter l'emploi.
En troisième lieu, à propos du pédicule, Fauteur s'est demandé
s'il y avait lieu de l'abandonner dans l'abdomen; il y a applique
i clamps et 5 ligatures et a laissé le tout au dehors ; il nous
semble qu'il a fort bien fait en raison de la longueur du pédicule
qui lui a permis de l'amener au dehors. Cette méthode de l'a-
bandon du pédicule est surtout préconisée pour les cas où le
pédicule trop court ne saurait subir sans danger des tractions
énergiques.
En terminant, Tauteur attribue son succès aux minutieuses
précautions qu'il a prises; heureusement elles ne sont pas indis-
pensables, sans quoi il ne serait pas donné à toutes les malades
de pouvoir jouir des bienfaits de l'ovariotomie. M. Dobronravow
est d'ailleurs persuadé qu*il eut aussi brillamment réussi en ayant
recours à la méthode de Lister et sans avoir placé sa malade dans
des conditions de milieu extérieur aussi exceptionnelles.
Votre commission vous propose :
1® D'adresser des remerciements à Tauteur ;
2^ De déposer son travail dans nos archives.
Discussion.
M. LucAS-GHAMPiONMiEiue. Dans son rapport, M. Périer a appuyé
la proposition de Tauteur au sujet de l'emploi du bichlorure de
19% SOCléTK DK CHIRURGIE.
méihylène, je serais heureux de savoir si notre collègue s'en est
servi et ce qu'il en pense. Spencer Wells en fait un grand usage
et soutient qu'il évite les vomissements qu'occasionne souvent
l'usage du chloroforme. D'autres chirurgiens ont, au contraire,
très- vivement repoussé son emploi. Je n'ai pas encore pu m'en
procurer, uîais je ferai remarquer que très-souvent Tadmiaistra-
tration du chloroforme n'occasionne pas de vomissements et qu'en
outre l'administration du bichlorure de méthylène exige l'usage
d'un appareil spécial.
M. PÉRiER. Je n'ai aucune expérience personnelle sur cet nnes-
Ihésique, et je m'en suis rapporté à l'assertion de Spencer Wells,
mais je crois qu'il serait bon d'en faire l'expérimentation.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
Leetnre.
M. PiLATE, d'Orléans, candidat au titre de membre correspon-
dant, donne lecture d'une observation intitulée :
Kysle multiloculaire complexe de la région axtllaire chez un
enfant de 2 ans i/2 , extirpation.
Communication.
M. le Secrétaire générale donne lecture au nom de M. Fleurt,
de Clermont, membre correspondant, de l'observation suivante,
intitulée :
Coup de feu à la région temporo -faciale gauche. — Perforation dot lobei
antérieurs et du lobe postérieur droit du cerveau. — Mort au boBt di
6 jours.
Le 25 octobre dernier, on transporta à l'Hôtel-Dieu de Clermont
un jeune homme âgé de 24 ans qui, à la suite d'une discussion
avec son directeur, s'était tiré un coup de revolver à la tempe
gauche (il est gaucher).
La détonation de Tçirme n'avait pas été entendue, mais une per-
sonne qui passait par hasard près de la pièce où il se trouvait,
entendit des cris plaintifs et trouva ce malheureux jeune homme
assis sur le plancher. et la figure couverte de sang.
Les traces laissées dans la poussière indiquaient qu'il avait dû
se traîner à 2 ou 3 mètres de l'endroit où il avait déchargé son
arme.
Un médecin qui avait été appelé crut que le projectile n'avait
fait qu'effleurer les téguments, mais j'eus bientôt la preuve du con-
SÉANCE DU 11 DÉCEMimE. 7D9
traire, une sonde, introduite dans l'ouverture que Ton voit au
niveau de la suture fronto-pariétale gauche, pénètre à une assez
çfrande profondeur dans le cerveau, ce qui indique que le projec-
tile a dû en traverser les deux lobes antérieurs comme le prouvent
du reste les lésions fonctionnelles que Ton observe.
La personne qui a relevé le blessé assure qu'il a pu faire quel-
ques pas en s'appuyant sur son bras, il existe cependant une para-
lysie de tout le côté correspondant à la plaie, ce qui doit faire sup-
poser que le projectile est arrivé au lobe droit du cerveau et que,-
parvenu à la fin de sa course, il a exécuté comme toujours tin
mouvement de rotation sur lui-même qui a détruit les fractions de
la substance cérébrale avec laquelle il a été en contact.
L'autopsie nous a démontré que les désordres étaient plus pro-
noncés que nous le pensions.
La sensibilité était conservée dans le bras paralysé, car, si on
pinçait les doigts, sa main droite venait écarter la main de l'obser-
vateur.
Du côté opposé, au contraire, il existait une hypéresthésie assez
remarquable. Les membres supérieurs et inférieurs étaient animés
de mouvements cloniques, la jambe était alternativement allongée
et fléchie, le pied exécutait une série d'oscillations analogues à
celles que l'on observe dans certaines variétés de paralysie, agi-
tant la main, tour à tour ouverte ou fermée, imprimait des mou-
vements de torsion aux objets qu'elle saisissait.
A cette période d'excitation pendant laquelle le malade poussait
des cris plaintifs succédait une période de calme. La durée de cha-
cune de ces crises était d'une à deux minutes. Elles ont persisté
toute la nuit et une partie de la journée du lendemain.
Le côté gauche de la face et du cou a été le premier jour d'une
sensibilité tellement vive, que le blessé poussait des cris pour peu
qu'une goutte d'eau touchât la plaie ou qu'on imprimât à la tête
quelques mouvements pour changer les pièces d'appareil.
Le malade ne prononce aucune parole, il semble cependant
qu'il voudrait faire quelques efforts pour parler, ses amis assurent
qu'il ouvre les yeux lorsqu'on l'appelle; ce qu'il y a de certain
c'est qu'il prend de la main droite le verre qu'on lui offre, et qu'il
s'essuie après avoir bu.
Cet état a persisté sans changement notable pendant 3 jours,
la respiration est restée calme, le pouls assez plein a oscillé entre
50 ou 60 pulsations, le blessé paraissait endormi. La température
était de 37 à 38^
C'est le troisième jour seulement qu'elle s'est élevée à 40*, et
que 100 pulsations accompagnées d'in*égularités se sont mani-
800 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
festées au pouls. Le cuir chevelu qui recouvre le côté gauche de
la tête s'est tuméfié au niveau de la plaie.
Le 5* jour la respiration est devenue stertoreuse, et le 6* il a
succombé.
L'autopsie a été pratiquée avec le plus grand soin afin de bien
déterminer quelle était la direction et le chemin qu'avait dû par-
courir le projectile.
Une infiltration purulente a décollé le cuir chevelu dans une
assez grande étendue.
Une ouverture de 5 millimètres, ayant la forme d'un ovale dont
les bords seraient éraillés, existe à un centimètre au devant de U
suture fronto-pariétale gauche, au niveau du tiers postérieur de U
fosse temporale.
Le projectile a traversé les deux hémisphères du cerveau, en y
creusant un sillon dans lequel on pourrait introduire le doigt ; son
trajet oblique de gauche à droite, d'avant en arrière, est situé à
2 millimètres au-dessus du corps calleux.
Dans le trajet qu'a parcouru la balle, on trouve du sang, du pus
et quelques esquilles, les parois de ce sillon sont ramoUies et
converties en un détritus mutrilagineux.
Je m'attendais à trouver la balle au fond de la gouttière qu'elle
s'était creusée: elle n'y était plus, mais on remarquait sur la paroi
concave du crâne, correspondant à l'extrémité du sillon, une légère
empreinte qu'elle avait produite en se réfléchissant pour y gagner
le lobe postérieur droit du cerveau où nous l'avons trouvée.
Les vaisseaux de l'encéphale étaient très-congestionnés, leur
déchirure avait déterminé un épanchement de sang assez abondant
pour comprimer le lobe cérébral correspondant droit.
Nous trouvions dans ces désordres, l'explication de Thémiplégie
du même côté que la plaie d'entrée.
Le trajet des projectiles lancés par des armes à feu, est telle-
ment extraordinaire que nous n'avons pas été trop étonnés da
chemin que celui-ci a parcouru.
La mort était inévitable, il était donc bien inutile de tourmenter
le malade et de le soumettre à une médication énergique.
Cette observation pouvait-elle servir a éclaircir la localisation de
quelques-unes des fonctions du cerveau, question qui est à Tordre
du jour ?
Les désordres étaient trop considérables pour qu'on pût en tirer
parti.
Nous avons vu que pendant 3 jours, le blessé avait été dans
un état presque complet de somnolence. Nous ne pouvons certai-
nement pas invoquer l'anémie cérébrale comme la cause de ce
SÉANCE OU 11 DECEMBRE. 801
sommeil, les lésioas indiquaient une congestion et une infinm^-
mation, terminée par suppuration.
Il y a3 ans, je reçus dans mon service un jeune homme qui
s'était tiré un coup de pistolet dans Toreille droite, la balle était si
solidement implantée dans le conduit auditif, qu'il me fut impossible
de Textraire. Au bout de 2 jours il survint une hémiplégie du côté
opposé.
Le blessé vécut dans cet état pendant 2 mois, mais il succomba
AUX abcès qui se formèrent à la cuisse à la suite d'une phlébite
de la veine crurale.
A Tautopsie, nous trouvâmes une induration des couches super-
ficielles de l'hémisphère droit du cerveau.
Le projectile avait soulevé la paroi supérieure du rocher et dé-
terminé une encéphale qui s'était terminée par seléroma.
Paiboffénie dei rétrécisiements du rectum.
M. L^NNBLONGUE. Vous savoz combien est obscure la pathogé-
Die des rétrécissements du rectum. Si pour quelques-unes de
ces coarctations on peut trouver dans une cause spécifique ou
dans on état organique de F intestin l'origine évidente du rétrécis-
sement, par contre, dans un très-grand nombre de cas, on reste
dans l'incertitude et sans données exactes sur cette origine. Au^i
convient-il de mettre en lumière tous les faits qui mettent en évi-
dence les points obscurs qui s'attachent à une aussi importante
question.
Deux fois, dans le cours d*une année, j'ai constaté l'influence
d'une cause nouvelle et qui n'a rien de surprenant. Le rétrécisse-
ment a été consécutif à une chute du rectum. Je me hâte d'ajouter
que je crois ces faits exceptionnels dans l'histoire des chutes du
rectum, et que, par conséquent, le rétrécissement n'est nullement
la suite obligée du prolapsus rectal. Il ne se produit qu'à la faveur
de comphcations d'inflammation plastique ou ulcéreuse d'une cer-
taine intensité. A ce titre on voit combien il importe de ne pas lais-
ser durer trop longtemps le prolapsus dont les suites peuvent de-
venir aussi fâcheuses.
9 novembre. — Une femme est venue à la consultation, conduisant
son petit garçon, Frédéric Biscop, ftgé de SI mois, atteint d'une chute
du rectum. Elle nous raconte que la veille de la Toussaint, l'enfant
étant sur le pot, il apparut, à la suite d'efforts violents, une tumeur à
la soHie de l'anus. Mais auparavant, et déjà depuis un^certain temps,
80â SOCIÉTÉ DE GHIRUROIE.
la mère avait remarqué qu'il se présentait à Tanas quelc|ue cbose de
rouge qui plus tard est sorti brusqpiement mais sans atteindre le vo-
lume actuel qui ne s'est produit que peu à peu.
Cette femme nous a montré le 5 novembre Tenfant dont la tumeur
présentait l'aspect suivant :
Tumeur arrondie du volume d'une pomme d*api, légèrement aplatie
sur ses deux faces, rouge, ayant à son centre un orifice et parfaite-
ment distincte de Tanus qui n'offre avec elle aucune espèce de conti-
nuité. La surface est légèrement exulcérée et quand on met le doigt
dans le cylindre, on trouve le canal de Tintestin au niveau delà
tumeur rétrécie par des parois indurées. Le canal rétréci a environ
î centimètres de longueur au-dessus de lui, on est entré dans la
portion libre de l'intestin.
J'ai réduit cette tumeur et j'ai recommandé à la mère de la mainte-
nir réduite par le procédé le plus simple, c'est-à-dire en la contenant
avec la main. Dans les premiers temps, l'écoulement qui se faisait par
Tauus était un mélange de sang et de pus. Depuis quelque jours, c'est
un écoulement purulent dont on retrouve des traces en écartant les
fesses.
10 novembre. — Le toucher rectal fait constater à environ plus d'un
pouce au-dessus de l'anus, par conséquent au-dessus du sphincter, on
point rétréci dans lequel T'extrémité du doigt s'engage dans ane
étendue de 1 à 2 centimètres. En môme temps, dans cette région, on
perçoit un état granuleux assez accusé, de petites saillies de la dimen-
sion d'une lentille se détachant de la surface et la paroi est légè-
rement indurée. L'écoulement qui se fait autour est muco-purulent,
La mère raconte que depuis qu'elle réduit la tumeur et la tient ré-
duite par le rapprochement des fesses la tumeur ne sort plus. Ainsi
l'enfant a passé 24 heures, et cela quoiqu'il soit allé à la garde-robe,
sans que l'accident ail persisté.
14 novembre. — L'enfant est venu aujourd'hui, il ne perd plus son
fondement quand il va à la garde-robe. Une fait plus de sang, plus de
matières, encore un peu de diarrhée cependant.
L'examen par le doigt fait encore sentir à 5 centimètres un anneau
rétréci, un peu induré, encore ulcéré, mais n'ayant plus les granula-
tions de l'autre jour.
25 novembre, — La chute de l'intestin ne s'est plus reproduite depuis
trois jours dans les efforts de la défécation. 11 s'écoule encore un peo
de pus, chaque jour, qui tache un peu la chemise de l'enfant. Le tou-
cher rectal fait reconnaître à 5 centimètres de l'anus, la présence d'nn
anneau cicatriciel assez peu résistant, formant comme une valvule an-
nulaire dans la lumière de l'intestin,
8 décembre. — Il n'y a plus d'écoulement anal depuis près de quinie
jours. Les gardes-robes de l'enfant sont solides, mais la mère are-
marqué qu'elles ont un aplatissement assez grand. L'exploration de
l'intestin fait reconnaître le même état qu'au dernier examen, c'est-à-
dire l'existence d'une valvule circonférencielle à bords minces, mem-
braneuse et n'offrant pas une grande résistance à la pression du
SfUnCR du il DÉCEMBRE. dOS
doigt. Cette valvule est pleine dans la partie de l'intestin correspon-
dant à l'ampoule rectale, à 2 ou 3 centimètres au-dessus de la portion
sphinctérienne du rectum.
2* OBS. — Elle se borne à des données fort incomplètes au sujet de
l'origine du rectum et à sa durée. C'était le garçon de 4 ans qui
nous fut présenté à la consultation de Thôpital Sainte-Eugénie, en
1877, au mois de novembre.
La chute du rectum était complète et formait une tumeur du volume
du poing avec inflammation et induration des parois de Tinteslin
autour de l'orifice placé sur la tumeur. Après 3 mois de soins,
l^enfant étant définitivement guéri, je fus surpris de trouver à l'examen
direct, par le doigt, un demi-anneau induré occupant la partie posté-
rieure do l'intestin à 4 ou 5 centimètres de l'anus. Cette induration
était assez rigide et n'était accompagnée d'aucune complication. J'ai
revu Tenfant plusieurs fois, il est resté dans cet état.
Discussion.
M. Desprês. L'histoire des rétrécissements du rectum est incom-
plète. Je demande la permission de faire quelques remarques à
ppopos des faits présentés par notre collègue, et de donner ici un
aperçu d'un travail que je prépare sur le sujet. J'ai observé chez
un malade âgé de 51 ans un rétrécissement qu'il n'avait pas con-
staté et qui offrait un caractère entièrement différent des rétrécis-
sements connus. Je diagnostiquai un rétrécissement congénital.
Le rétrécissement congénital du rectum est un vice de dévelop-
pement du même ordre que les imperlorations. Entre Tabsence
d'anus et de rectum et la conformation normale du rectum, il y a
des intermédiaires, et Tétat le moins éloigné de l'état normal est
un défaut de fusion complète do l'intestin avec le cul-de-sac qui
part du périnée et doit former l'anus. Le rétrécissement congénital
du rectum, interprété comme je le fais, comble donc une lacune
de l'histoire des cas de développement de l'anus et du rectum,
car le défaut de fusion complète n'est et ne peut être constitué que
par une valvule qui diminue le calibre de l'intestin ; ce n'est pas
encore l'inporforation, mais ce n'est plus l'intestin normal : c'est un
intestin rétréci.
Ce rétrécissement siège toujours à une hauteur déterminée de
3 à 5 centimètres au-dessus du niveaude l'anus, et je lui ai trouvé
un caractère qui permet de le reconnaître facilement en même
temps qu'il indique son origine congénitale.
En effet, l'on sait que les soudures des fentes du premier âge
pendant la vie intra-utérine ne se réunissent pas par un tissu de
cicatrice ; qu'au niveau des soudures, la peau et les muqueuses se
réunissent intimement et sans adhérer aux parties profondes :
ainsi la soudure des bourgeons céphaliques, des lèvres et de la
804 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
voûte palatine. Il en est de même dans l'intestin. La muqueuse des
deux bouts qui se fusionnent s*unit sans cicatrice et il en résulte
que la muqueuse intestinale est intacte au niveau de la bride et
qu'elle glisse facilement sur elle. C'est à ces signes que l'on peut
suivant moi diagnostiquer un rétrécissement congénital du rectum,
et dire qu'il est dû à un vice du développemeut npraial de la par-
tie inférieure du tube digestif.
Pour ce qui est des deux malades de M. Lannelongue, je pense
qu'il s'agissait de rétrécissements congénitaux, et je renverserais
volontiers sa proposition. Je dirai que les petits malades avaient
eu un prolapsus du rectum parce qu'ils avaient un rétrécissement
congénital du rectum qui y prédisposait.
M. Lannelongue. Je crois que le mode de formation des rétré-
cissements congénitaux du rectum est beaucoup mieux connu que
ne semble le croire M. Desprès, et je crois que Ton pourrait en
trouver la description dans les livres classiques. Je ne vois donc
pas de fait nouveau dans ce qui vient de nous être dit. Je désire
faire observer que jamais la portion inférieure qui va à la rencootre
du cul-de-sac rectal, n*a la longueur que j'ai constatée sur mon petit
malade ; j'ai l'occasion d'en voir souvent à l'hôpital Sainte-Eugénie
«t jamais il n'y a cette étendue. S'il y avait eu une valvule, je Tau-
rais sentie, et je dirai que la lecture de l'ob^^vation réfute les ob-
jections de M. Desprès.
Pour moi, je n'hésite pas à admettre que la hauteur à laquelle se
trouve le rétrécissement est une preuve suffisante pour admettre
la relation du rétrécissement du rectum avec la chute du rectum.
M. Fara3euf. La dépression anale qui va à la reiuconlre de
l'ampoule rectale n'a jamais la profondeur dont parle M. Desprès.
La portion supérieure du rectum se développe jusqu'au niveau
de la portion membraneuse de l'urèthre, puisque souvent on trouve
l'insertion des fibres du rectum avec celles de la portion mem-
braneuse.
r/est donc entre la prostate et le bulbe que se fait la soudure, or
le rétrécissement que nous montre M. Lannelongue, siège à 6 cen-
timètres de l'anus, il est donc impossible d'admettre le nécanisme
soutenu par M. Desprès.
On trouve encore sur le rectum de l'adulte les traces de cette
soudure qui ne dépasse jamais la distance d'nqe phalange.
M. DispRÂs. Je me réserve de montrer dans la séance pro-
chaine que la pathogénie des rétrécissements congénitaux est loin
d'être aussi connu que veut bien le dire M. Lannelongue.
Dans presque toutes les observations, on voit que pour aller à
SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE. 805
la recherche de Tampoule rectale, il a fallu enfoncer souvent le
petit doigt. Sur Tenfant sain, il est possible que la suture se soit
hite à la hauteur indiquée par M. Farabeuf, mais sur Tenfant
atteint de malformation, c'est tout différent.
M. Trélat. Les rétrécissements congénitaux ne sont peut-être
pas aussi connus que l'on pourrait le désirer, mais leur histoire
n'est plus à faire de toute pièce.
Bourgeois, de Montpellier, en 1846, en a publié deux observa-
tions; M. Buisson, une; Âug, Berard en a aussi publié; enfin, U
y a peu de temps, M. Reynier a fait paraître sous les inspiration^
de son maître, M. Tillaux, un travail sur ce sujet.
Les rétrécissements congénitaux ont été observés, le scalpel i
la main, par des anatomistes, ce sont les cas de Bourgeois, de
M. Buisson, ou bien par des chirurgiens dont Texamen a été pro*
voqué par des troubles survenus du côté de la défécation.
Les chirurgiens les ont rencontrés sur des individus de 16, 19,
22 anS; jamais sur des enfants.
 Tintroduction du doigt, on trouve un petit rétrécissement val-
vulaire souple, tranchant, d*une sensation bien différente de
celle que donnent les rétrécissements néoplasiques. Si on voulait
chercher une comparaison anatomique, on pourrait la trouver avec
le pylore.
On connaît 7 à 8 observations de rétrécissements congénitaux du
rectum et je ne doute pas que le dépouillement des recueils étran-
gers n'en donne un plus gi'and nombre.
L'examen de la pièce que vient de nous soumettre M. Lan-
nelongue me fait complètement repousser l'idée d'une malfor-
mation congénitale, car le rétrécissement est beaucoup trop
haut, et je suis disposé à admettre l'éfiologie proposée par
notre collègue, car nous la retrouvons pour les rétrécissements du
vagin.
M. Desprès nous a dit qu'il fallait souvent aller chercher très-
haut l'ampoule rectale, mais je ferai remarquer que rien n'est plus
variable et cela pour les raisons suivantes.
Dans certains cas, les deux ampoules se touchent, d*autres fois
il y a des trousseaux musculaires, réunissant les deux ampoules;
enfin, dans d'autres cas, l'ampoule rectale est située à une dis-
tance considérable, mais il faut se rappeler que le rectum peut
manquer, ainsi que l'S iliaque, le côlon descendant, le côlon trans-
verse, aussi lorsque l'ampoule rectale se rencontre très-haut, doit-
on admettre qu'il manque une portion du rectum.
M. LANNELOifouE. J'ai vu beaucoup de vices de conformation du
806
SOCIETE DE CHIRURGIE.
rectum et jamais ju n'ai pu faire péaétrer une sonde dans la dépres-
sion anale, à une distance de plus de 8 à 3 centimètres.
Je ne veux pas faire de théories et je désire m'en tenir aux faits
quej*ai observés jour par jour et je crois que Tétiologie que j'ai
donnée du rétrécissement est la véritable.
PrégentatioB d'Instriimenl.
M. HoRTELOUP. Je présente une pince destinée à faciliter la sec-
tion régulière de la muqueuse préputiale dans l'opération du phi-
mosis.
Dans le rapport que j'ai lu, il y a quelque temps, sur un procédé
de l'opération du phimosis, proposé par M. Hue, je faisais remar-
quer que malgré tous les instruments proposés, il était impossible
de sectionner en un seul coup la peau et la muqueuse, et que le
plus souvent on laissait trop de muqueuse, ce qui avait de graves
inconvénients.
Aussi, pour éviter cet inconvénient, je disais que depuis long-
temps j'ai pris l'habitude de faire l'opération du phimosis en trois
temps : 1° je sectionne la peau au point voulu ; 2** j'incise la mu-
queuse par une incision dorsale, 3^ je résèque la muqueuse en
la sectionnant tout autour du gland. Ce dernier temps de l'opéra-
B
lion n*est pas toujours facile avec des ciseaux. Il est assez long et
douloureux, et la pince que je vous présente a pour but de le faci-
liter.
Cette pince que j'ai fait construire par MM. Mathieu, a 1 demi-cen-
SifeANCE DU 11 DÉCEMBRE. Bffl
tîmètre d'épaisseur et a la forme d'un demi-cercle de la dimension
d'un gland dont les extrémités sont inclinées pour suivre la forme de
la muqueuse au niveau du frein. Je fais tendre, avec deux pinces,
la portion de muqueuse, et je place la branche femelle A en dehors
de la muqueuse, la branche mâle vient se placer d'elle-même entre
le gland et la muqueuse ; un petit ressort permet de fermer
exactement la pince, et d'un coup de bistouri, qui rase la pince,
j'enlève toute la muqueuse.
La section faite, j'ouvre la pince et je la place du côté opposé ;
la disposition permet de s'en servir pour les deux côtés.
Je vous soumets deux modèles de pince, un pour l'adulte, un
pour l'enfant.
Présentation de pièce.
M. Prestat, membre correspondant, présente un enfant atteint
de plusieurs vices de conformation, dont voici la description.
L'enfant dont je présente le corps à la Société est né il y a envi-
ron 15 jours à THôtel-Dieu de Pontoise.
La mère avait déjà eu deux enfants bien confoinmés. La troisième
grossesse a été régulière jusqu'au commencement du neuvième
mois où le petites pertes, occasionnées par l'insertion du placen-
ta, près de l'orifice utérin, forcèrent la mère à entrer à l'Hôtel-
Dieu. Le repos absolu au lit fit cesser cette complication et l'ac-
couchement se fît à terme très-facilement.
L'enfant bien que présentant plusieurs vices de conformation
vécut 8 jours et succomba, la mère ayant refusé de le nourrir
au sein, à un manque de nutrition.
Les vices de conformation sont au nombre de quatre :
l® Un spina-bifîda surmonté d'une vaste poche remplie de sé-
rosité cérébro-spinale;
2° Une anomalie du rectum, de la vessie et de l'anus ;
3® La jambe droite s'arrêtant aux épiphyses supérieures du
tibia et du péroné et simulant un moignon d'amputation ;
4** Une malformation de la jambe gauche divisée en deux par la
séparation du tibia et du péroné jusqu'auprès du genou.
Je n'insisterai pas sur le spina-bifîda qui n'offre rien de parti-
culier.
Le haut du corps de l'enfant jusques et y compris l'ombilic est
bien conformé, à 4 millimètres de l'ombilic commence une fîssure
allant jusqu'au pubis, dont le tégument, semblable à un tissu ci-
catriciel descend jusqu'au pubis. Les parois de cette fissure, s'a-
dossent à la faconde la poche abdominale du marsupiau. Au devant
808 SOCIÉTK DE CHIRURGIE.
d*elle se trouve une portion intestinale longue de 6 centimètres
environ, couchée sur la paroi abdominale, remontant jusqu'à rom-
bilic où elle se termine par une petite ouverture qui rappelle la
bouche d'une sangsue. Pendant la vie, j'ai vu sortir par cette
ouverture du mœconium. C'est le rectum dévié et situé au dehors
de Tabdomen.
La vessie, au-dessous de cette déviation intestinale, est complè-
tement ouverte dans sa paroi antérieure , on aperçoit rouverlure
des uretères pai* lesquels l'urine sortait tantôt d'une façon insen-
sible, tantôt par petits jets.
Plus bas existe un raphé qui s'étend du pubis au sacrum et sur
lequel la place de l'anus est indiquée par un petit enfoncement.
 droite et à gauche de la partie antérieure du raphé sont deux
replis cutanés analogues aux grandes lèvres. N'ayant pas ouvert
l'abdomen, j'ignore le sexe de l'enfant.
Le membre mférieur droit se termine au-dessous du condyle du
tibia et le cartilage épiphysaire est mobile sur le fémur. On dirait
une amputation sous-épiphysaire.
La jambe gauche est divisée en long depuis le6 épiphyses supé-
rieures jusqu'au bout du pied. Ces deux parties, à leur partie
moyenne présentent une mobilité due à l'articulation de chacun
des 08 de la jambe, avec le côté du tarse correspondant. La po^
tion tibiale se termine par un appendice digital, tandis que It
portion première en présente deux.
Discussion.
M.HouEL. Le sujet que vient de nous présenter M. Prestat a
besoin d'une dissection complète pour que Ton puisse bien l'étudier.
Je voudrais faire observer que c'est un fait unique, jamais je
n'ai encore vu de disposition d'un tibia séparé du péroné. Ce n'est
pas la pince de homard, c'est tout différent ; nous avons ici deux
doigts articulés avec le tibia et deux doigts avec le péroné.
M. Trélat. Je voudrais faire remarquer que la pièce que nous
présente notre collègue, vient à Tappui de ce que je disais tout i
l'heure. Cet enfant a un anus allantoïdien, l'intestin et la vessie
communiquent largement et ils présentent au-dessous de l'ombilic
un reste de cloaque; il n'y a donc ni S iliaque ni rectum.
PréseBlati^B de aialAëe.
M. Trblat présente un malade atteint de granulations anciennes
SÉANCE DU 18 DéCEMBRE. 809
de la conjonctive, qui ont été considérablement améliorées par
Tirrigation d*eau fraîche combinée avec un traitement approprié.
La séance est levée à 5 heures 85 minutes.
Le Secrétaire,
HORTELOUP.
Séance dm 18 décembre 1878.
Présidence de M. Guton.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Correspondanee.
La correspondance comprend :
lo Les journaux périodiques de la semaine; le Journal de théra-
peutique, la Gazette obstétricale^ le Bulletin général de thérapeu-
tique, les Archives de médecine navale, le Bulletin de l'Académie
de médecine, les Annales de gynécologie ;
2** Le Lyon médical, V Alger médical ;
3® Centralblatt fur Chirurgie, la Gazette de santé militaire de
Madrid, la Gazette médicale Italienne- Lombarde^ The British
médical Journal;
4** Une lettre du D' Poncet, membre correspondant de la So-
ciété, qui adresse une observation de blessure de guerre et un
dessin histologique explicatif dune cicatrice de T estomac.
A propos du procès-verbal, M. D^sprès donne lecture de l'ob-
servation suivante :
Rétrécissements congénitaux du rectum.
M. Desprès. Rien dans les livres classiques, dans les chapitres
relatés, n'établit la réalité et Torigine positive des rétrécissements
congénitaux du rectum. Si Ton trouve quelque chose qui se rap-
proche du sujet, c'est dans le chapitre relatif aux imperforatious
du rectum, et ce qui le prouve, c'est que l'article Anus du Diction"
naire encyclopédique, dû à la plume de M. Trélat, ne consacre aux
rétrécissements congénitaux de l'anus que quelques lignes. L'ar-
ticle Anus de Giraldes dans le Dictionnaire de médecine et de
chirurgie pratique est exactement dans le même cas. M. Terrier
dans le Manuel de pathologie chirurgicale de Jamain, Paris
1870 S est un peu plus étendu et parle des rétrécissements con-
< Terrier et Jamain, Path, chir,^ t. II, p. 629.
810 SOCIÉTÉ DE CHIRURC^IÈ.
génitaux valvulaires du rectum comme d'une lésion parfaitement
connue, mais il ne donne à ce sujet aucun détail précis. Sans
doute c*étaient les deux faits de Benoit de Montpellier qui avaient
inspiré M. Terrier. En effet Benoit avait vu sur deux pièces des
rétrécissements valvulaires qu'il avait déclaré être des rétrécis-
sements congénitaux. La thèse de concours de M. Bouissonel
divers autres articles ont reproduit depuis les mêmes allégations.
Mais tous les auteurs sans exception ont répété la mention de
Nélaton relative aux brides congénitales du rectum. Le plus sou-
vent, disait Nélaton, « ces cloisons sont constituées par un repli de
la muqueuse » *.
Dans les chapitres qui ont trait aux rétrécissements du rectum,
il n'y a pas un mot du rétrécissement congénital. Sans doute cela
tient à ce que Ton ne possédait pas de signes diagnostiques
capables de faire reconnaître ce rétrécissement. C'est pour c^la
que je trouvais matière à faire un travail sur les rétrécissements
congénitaux qui doivent à mon sens être plus fréquents que Ton
ne pense ; mais, et je dois rajouter, ce n'est pas la muqueuse
seule qui les constitue, ainsi que tout le monde Ta répété jus-
qu'ici.
Il n'y a rien dans les livres étrangers ; la récente monographie
de M. Allingham, ne dit pas un mot des rétrécissements congéni-
taux, et l'annotateur du livre traduit, M. Poinsot, est également
muet sur cette lésion.
Dans son mémoire sur les rétrécissements valvulaires congé-
nitaux du rectum M. Reynier *, reprenant l'historique des faits
antérieurs, constate, comme je l'avais fait, que les rétrécissemenU
congénitaux du rectum avaient été admis théoriquement, parce
que Ton ne trouvait point d'autre cause pour expliquer un rétré-
cissement valvulaire existant chez un adulte : une fille vierge, par
exemple, ou un homme de 18 à 40 ans. On admettait un rétrécis-
sement congénital du rectum comme on admettait un rétrécisse-
ment des autres conduits muqueux, sans en donner les caractères
et sans rattacher directement le rétrécissement aux vices de con-
formation du rectum.
M. Reynier n'avait pss eu connaissance de la leçon que j'ai
faite en mai 1877 à l'hôpital Cochin sur le sujet, lorsqu'il a exposé
la théorie de la formation des rétrécissements congénitaux que
je vous ai donnée ici. M. Reynier a bien dit en effet que pendant
la période de formation du rectum, a si la continuité de l'intestin
ne se fait pas, on aura une cloison située à 1 ou 2 centimètres de
i Nélaton, path, chir., t. v, p. 2.
* Gaz, bob., 29 novcrabro 1878,
sAaNGK du 18 DÉCEMBRE. 811
l'anus, ou si elle a lieu incomplètement, on aura un rétrécissement
en forme d'hymen ». Enfin, il ajoute comme conclusion que les
rétrécissements situés à 8 centimètres de Tanus sont dus à un
arrêt de développement. La théorie et la conclusion sont exacte-
ment celles que j*ai produites dans une leçon faite à Thôpital
Cochin à la fin de mai 1877. J'y avais ajouté seulement que ces
rétrécissements avaient un caractère spécial qui les faisait recon-
naître, qu'ils n'avaient pas le caractère d'une cicatrice et que la
muqueuse glissait sur le point resserré comme la muqueuse
glisse sur les éperons fibreux du gros intestin. J'avais enfin,
comme M. Le Dentu, remarqué que quelques-uns de ces rétrécis-
sements étaient méconnus par le malade et que c'était tout à fait
accidentellement qu'on les diagnostiquait.
Je n'ajouterai plus rien, je me bornerai à donner à la Société
l'observation du malade qui a été l'objet de la leçon de 1877 et
qui a été signalé dans la Chronique du Progrès médical. Cette
observation a été recueillie par M. Beurrier, mon interne pour
l'année 1877. Le mémoire que je voulais faire est fait depuis
15 jours. L'observation que je donne ici permettra seulement de
le compléter en établissant le signe diagnostic à l'aide duquel le
rétrécissement congénital peut être reconnu chez l'adulte : je
veux parler de l'intégrité de la muqueuse sur le rétrécissement
et la facilité de son glissement sur la valvule fibreuse qui forme
réellement le rétrécissement.
Observation. — Le nommé Sagot (Gustave), ûgé de 51 ans, exerçant
la profession de cocher, entre à Thùpital Cochin le 2 mai 1877, salle
Saint-Jacques, lit n® 6, dans le service de M. le D' Desprès, pour une
dyssenterie dont le début remonte au mois d'avril de rnnnée 1876. Il
s'agit d*un homme vigoureux et qui jusque-là s'était toujours très-bien
porté, lorsqu'à cette époque, après une première atteinte de bronchite
aiguë qui dura une quinzaine de jours environ, cet homme fut pris de
tous les symptômes d'une dyssenterie parfaitement caractérisée : selles
diarrhéiques d'abord, puis bientôt mucoso-sanguinolentes, de 20 à 30
dans les 21 heures, accompagnées d'épreintes, de ténesme aaal et
vésical, sans grandes coli([ues néanmoins ; les choses se maintiennent
en cet état pendant 6 mois, sans amélioration bien notable, à en croire
le malade ; à certain moment cependant, le sang disparaissait, et les
matières redevenaient simplement diarrhéiques ; jamais de sang pur
n'était rendu dans l'intervalle des selles.
Comme d'ailleurs l'état général était resté assez bon, que l'appétit
était conservé, le malade continue de vaquer à ses occupations, ne se
soignant que peu ou mal, et sans appeler un médecin, lorsque tout
d'un coup survient une 'hémoptysie ; le malade rejette, à la suite d'une
quinte de toux, un verre environ de sang pur, rutilant; l'hémoptysie
se reproduit à 3 reprises différentes dans les 24 heures, et continue
BULL. BT MKM. DE LA SOC. OE CUIR. 54
812 SOCIÉTÉ DE CniRUROIE.
ainsi pendant il jours; elle ne s^accompagne d'ailleurs d*aucan autre
symptôme et laisse seulement à sa suite un peu de fatigue et d'abat-
tement. A ce moment^ les symptômes dyssentériques s'étaient calmés;
le sang avait peu à peu disparu dans les selles ; le ténesme anal et vé-
sical existaient encore, mais beaucoup moins prononcés ; la diarrhée
continuait néanmoins ; 7^ 8 selles dans les 24 heures ; mais celles-ci
prenaient déjà un peu plus de consistance, et de temps en temps même
devenaient demi> solides, et il semblait alors au malade que ses ma-
tières étaient effilées, minces, aplaties; puis, la diarrhée recommen-
çait; à aucun moment donc, on n'observait ici les alternatives de
constipation opiniâtre et de diarrhée abondante (débâcle) qui se pro-
duisent ordinairement dans les cas de rétrécissement du rectum. —
Les choses restant dans cet état, et le malade ne voyant survenir
aucune amélioration, se décide alors à consulter un médecin qui le
traite pendant quelque temps sans succès, et enfin il entre à l'hôpital
Gochin le 2 mai 1877,
Telle est en deux mots Thistoire de ce malade, depuis le début de
son affection actuelle; si maintenant, nous recherchons avec soin ses
antécédents pathologiques, nous no trouvons à noter qu'une blennor-
rhagie a l'âge de 20 ans, ayant laissé à sa suite un peu de cystite,
une variole contractée en 1870 et paraissant avoir été très-bénigne,
enfin la bronchite que nous avons déjà signalée comme ayant précédé
d'une quinzaine de jours environ, l'apparition des premiers phéno-
mènes dyssentériqnes pour lesquels le malade entre aujourd'hui à
l'hôpital, bronchite qui du reste, n'a jamais été complètement gaérie,
et dont nous retrouverons tout à l'heure les traces à rausculiation ; il
nous resterait encore à noter que le malade a eu, vers l'âge de 29 ans,
une diarrhée qui a duré 3 semaines, mais c'était à la fin d'un été très*
chaud, et il y avait à ce moment une épidémie de cholérine dans le
pays qu'habitait notre malade.
Sous tous les autres chefs, l'interrogatoire ne nous apprend rien,
le malade affirme n'avoir jamais rien eu du côté de l'anus, ni chancres,
ni hémorrhoïdes, et ne se rappelle pas avoir dans son enfance sabi
aucune opération de ce côté, jusqu'à l'époque où pour la première fois
il fut pris de symptômes dyssentériques, l'état de ses fonctions diges-
tives et intestinales était resté excellent. En un mot, le malade s'était
toujours très-bien porté jusqu'en avril 1876, date de l'invasion de la
maladie actuelle. Nous appellerons seulement l'attention sur un fait
qui nous est signalé par le malade, en raison de la valeur qu'il peut
avoir dans le cas actuel ; cet homme nous dit avoir remarqué lui-
môme, qu'à aucune époque de son existence les matières n'avaient
jamais été très-grosses; elles lui semblaient plus minces, plus ef&lées
qu'elles ne doivent être normalement chez la plupart des individus.
Mais comme d'ailleurs il n'était nullement gêné pour aller à la garde-
robe, et qu'il s'agissait pour lui d'un fait normal, habituel, il ne s'en
était pas autrement préoccupé.
Examiné le lendemain de son entrée à l'hôpital, voici ce que le ma-
lade présente : l'inspection de la région anale montre immédiatement
SÉAKGK DU d8 DÉCEMBRE. 8iS
en avant de Tanus une sorte de tissu blanchâtre qui n*est en réalité
qu^un élargissement du raphé périnéal, c'est-à-dire une marque d'une
ébauche de vice de conformation ; en arrière, on trouve une petite
masse charnue du volume d'une petite noisette, de couleur gris rosé,
de consistance assez ferme pour nôtre autre chose qu^une hémorrhoïde
desséchée ; par le doigt introduit dans le rectum, on sent immédiate-
ment au-dessus de Thémorrhoïde flétrie que nous venons de signaler
par conséquent sur la face postérieure du rectum et à rentrée, une
petite ulcération, très-superficielle, puis à 3 centimètres environ au-
dessus on constate la présence d'un rétrécissement où pénètre parfai-
tement l'index, formé par une simple bride circulaire, au niveau de
laquelle la muqueuse est parfaitement intacte, lisse, sans aucune trace
d'ulcération; elle glisse même sur les parties sous- jacentes au-dessus
comme au-dessous de cette bride, du reste, la muqueuse a conservé
toute son intégrité ; nous sommes donc ici en présence d'un rétrécis-
sement fibreux du rectum p lacé à 5 centimètres environ de l'anus.
Tel est l'état local ; quant à l'état général, il est resté assez bon ; le
malade a conservé son appétit; il est seulement un peu amaigri, et le
faciès est pâle.
Cependant, il est encore quelques signes sur lesquels nous devons
appeler l'attention ; le malade tousse, et si nous auscultons la poitrine,
nous trouvons en effet, en arrière et dans toute l'étendue du poumon,
des restes de bronchite; la respiration est un peu rude et comme
humée ; rien de particulier aux sommets, ni à la percussion, ni à
l'auscultation. En avant, rien sous la clavicule gauche, rien à droite,
un peu de submatité a la percussion ; et a l'auscultation, la respiration
un peu rude; l'inspiration est saccadée; l'expectoration assez abon-
dante ; crachats de bronchite muooso-purulents.
Appareil circulatoire sain.
Appareil urinaire : un peu de catarrhe vésical.
10 mai. — Depuis que le malade est entré à l'hôpital, la diarrhée a
complètement disparu ; il ne peut même aller à la selle sans lave-
ments ; ceux-ci n'occasionnent aucune douleur, passent très-bien, et
sont conservés une dizaine de minutes environ, les matières rendues
ont pris de la consistance ; elles sont suffisamment dures, mais très-
minces, effilées; pas de trace d'écoulement sanguin. Rien autre de
modifié, ni dans l'état local, ni dans l'état général.
M. Desprès conseille au malade de prendre des lavements fréquents
pour éviter la constipation.
Rapport
M. Delens, au nom d'une commission composée de MM. Lucas-
Championnièro, Lannelongue et Delens, fait un rapport verbal sur
deux observations adressées par M. Pilale, d'Orléans.
Ces deux observations sont intitulées :
814 SOCHKTK DB CHIRUROÏK.
1° Kysle multiloculaire complexe de la région axillaire^ enlevé
chez un enfant de 2 ans 1/2 ;
2° Taille vésico-vaginale suivie de la suture immédiate.
Après avoir donné un résumé de ces deux observations, M. le
rapporteur propose les conclusions suivantes :
!• Adresser des remerciements à Tauteur ;
2® Publier les deux observations.
Discussion,
M. Panas. J*ai présenté, il y a quelques années, une tumeur
coccygienne ayant la même constitution que celle dont vient de
nous parler M. PUate, et que j'avais considérée comme un germe
avorté. Je serais disposé à rapprocher la tumeur de M. Pilate de
celle-ci et d'admettre une sorte de production hétérotopique remoo*
tant à la formation de Tembryon. II faudrait donc éloigner l'idée de
maUgnité.
Il a été publié, en Italie, une observation de tumeur du coccyx
dans laquelle on avait trouvé des épithéliums à cils vibratiles,
Tauteur avait admis, comme point de départ, des germes greffés
sur un autre individu.
M. Delens. Dans l'examen fait par M. Pilate il n'a pas été trouvé
d'épithéliums à cils vibratiles.
M. GuYON. Je profite de la présentation de M. Pilate, pour faire
connaître une opération de taille vésico-vaginale suivie de réunion
immédiate que j'ai pratiquée, il y a peu de temps, dans des condi-
tions analogues à celles de l'opération de M. Pilate.
Il s'agissait d'une dame d'un certain âge que l'on soignait
depuis longtemps pour une affection utérine; d'après les symp-
tômes indiqués par la malade, je pensai à la présence d'un calcul
vésical. L'examen me fit reconnaître, en effet, un volumineux calcul
avec inflammation concomitante de la vessie ; cette exploration fut
suivie de fièvre, qui persista pendant une huitaine de jours, aussi
je résolus d'enlever ce calcul par la taille.
J'ai suivi exactement le procédé indiqué par notre confrère
d'Orléans, je ponctionnai la cloison vésico-vaginale, puis avec un
lithotome simple très-peu ouvert, je fis une incision longitudinale
de 5 centimètres.
Après avoir extrait le calcul, j'abrasai avec des ciseaux la mu-
queuse vaginale des lèvres de l'incision et je réunis avec 9 points
de suture passés au-dessous de la muqueuse. La vessie rouge,
violacée, ardoisée, couverte de jaunes membranes, présentait,
comme je l'ai dit, les signes d'une violente inflammation, aussi je
séAKCe DU 18 m^CRMBRB. 815
ne laissai la sonde à demeure que S jours et la miction se fit
seule.
Il n'y eut aucune réaction ; le 11* jour, j'enlevai les 9 fils, tout
était cicatrisé, il n'y avait pas le moindre écoulement. Cette malade
fut donc guérie do sa pierre et de sa cystite ; ce résultat heureux
me paraît fort important à noter, car je ne crois pas qu'on eut pu
l'obtenir avec la lithotritie.
(Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.)
1* Kyste moltiloculaira complexe de la région azillaire, enlevé chei on
enfant de 2 ans 1/2.
L'enfant qui fait le sujet de cette observation est d'ua lempéra-
ment lymphatique et fut atteint d'un léger degré de rachitisme.
Dans sa première année , la nourrice qui relevait avait remarqué
sous le bras gauche une petite tumeur qui devint grosse comme
une noix, dura ainsi plusieurs semaines, puis diminua de manière
que personne n*y fit plus attention dans la suite.
Quand il fut rendu à ses parents, ceux-ci, peu observateurs,
oublièrent ce fait; et ils furent ensuite étonnés de trouver au mois
de mai 1878, alors que l'enfant avait 2 ans et 4 mois, une tumeur
siégeant dans l'aisselle gauche, offrant déjà à cette époque le
volume d'un petit œuf de poule et complètement indolente. Ils con-
sultèrent alors un médecin qui nous dit depuis avoir vu en effet
cette tumeur semblable, par sa forme et sa consistance, à un
lipome ou à un abcès froid.
Jusqu'au mois de septembre l'état resta tel. A ce moment la
tumeur prit en quelques jours un développement très-rapide, et
les parents effrayés consultèrent un autre médecin qui constata
dans Taisselle la présence d'une grosse tumeur bosselée, fluctuante,
ne gênant l'enfant que quand on faisait subir à son bras des mou-
vements trop étendus, ou quand on le prenait sous les aisselles
pour l'enlever, mais n'ayant troublé ni le sommeil, ni l'appétit, ni
les jeux du petit patient.
Pendant les trois premières semaines du mois de septembre le
développement atteint des proportions considérables, et quand on
nous fait voir l'enfant, nous remarquons les phénomènes suivants :
Le bras est écarté du corps par la tumeur qui est grosse comme
une tète de nouveau-né, remplit tout le creux axillaire, descend en
bas sur la moitié de la paroi thoracique , refoule en avant les
muscles pectoraux pour atteindre jusqu'à la ciaviculo, et occupe
en arrière presque toute la fosse sous-scapulaire. La forme est à
peu près arrondie, avec quelques bosselures. La peau qui la
recouvre est très-distendue, sans lui être adhérente. La cousis-
816 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
tance est fluctuante dans la plus grande partie, dure dans quelques
points seulement.
Le 18 septembre nous faisons deux ponctions exploratrices en
deux endroits fluctuants de la tumeur, ce qui donne lieu à Técou*
lement d'un verre de liquide séreux très-coloré par du sang. La
tumeur se trouve alors réduite aux deux tiers de ce qu'elle était,
et le palper, rendu plus facile, permet de constater qu'elle est
composée de plusieurs kystes de grosseur variable, avec quelques
parties dures, et qu'elle n*a contracté d'adhérence ni avec la paroi
thoracique, ni avec les parties constituantes de Fépaule. Elle siège
donc dans le tissu cellulaire de l'aisselle et n'a envahi les régions
voisines qu*en écartant les espaces celluleux intermusculaires.
Le liquide se reproduit les jours suivants, et le volume redevient
ce qu'il était avant la ponction exploratrice.
Bien que la santé de l'enfant ne soit pas actuellement troublée
et qu'il n'y ait pas de douleur, l'ablation de la tumeur est jugée
nécessaire à cause de sa nature présumée maligne et de son déve-
loppement rapide; elle semble praticable en raison du siège de la
tumeur dans le tissu cellulaire, sans adhérences avec les organes
avoisinants.
Nous faisons cette opération le 24 septembre» avec rassistaooe
de MM. Arqué et Bezard, après avoir soumis Kenfant à l'action da
chloroforme. La peau est incisée verticalement, depuis le point le
plus élevé du creux axillaire jusqu'au bas de la tumeur, c'est-à-
dire vers le milieu de la hauteur de la paroi thoracique. La tumeur
est ainsi découverte, et nous ponctionnons quelques-uns des
kystes, pour réduire son volume et faciliter son dégagement. Dans
ses parties superficielles elle est disséquée avec le bistouri, et dans
ses parties profondes elle est énucléée avec les ongles, travail
assez laborieux et minutieux, dans le creux sous-claviculaire et
au voisinage des vaisseaux et nerfs axillaires. La veine axillaire
se trouve accolée à la tumeur. Aussi pour éviter la blessure ou le
tiraillement de ce vaisseau, nous faisons par l'énucléation au moyen
de la sonde cannelée une sorte de pédicule artificiel celluleux entre
la veine et la tumeur, et nous jetons sur ce court pédicule un gros
fil au-dessous duquel nous achevons la section.
L'opération terminée^ on aperçoit le fond de la vaste plaie qui en
résulte, formé par le creux sous-claviculaire, la clavicule, l'articu-
lation scapulo-humérale longée par le paquet vasculo-nerveux de
l'aisselle, la fosse sous-scapulaire presque tout entière, enfin le
muscle grand dentelé dont le nerf est mis à nu. On ne trouve
aucune trace de ganglions axillaires.
Le premier pansement est fait avec de la charpie sèche intro-
SéilNGE DU 18 oéCBMBRE. 817
duite dans la plaie. On maintient le bras immobilisé le long du
thorax par un bandage.
La réaction générale fut presque nulle. L'appétit, le sommeil, la
gaieté reparurent trois jours après l'opération. Il y eut à peine
un peu d'œdèrae du membre pendant les quatre premiers jours. La
suppuration s'établit et se continua sans accidents. On vit les
anfractuosités de la plaie se combler peu à peu. Enfin la cicatrisa-
tion fut complète six semaines après Topération. Le pansement
employé a toujours été la charpie imprégnée d'eau alcoolisée ; des
lavages quotidiens furent faits dans le fond de la plaie.
Examen de la tumeur, — Elle est constituée par l'agglomération
d'une très-grande quantité de kystes dont Tensemble forme une
masse arrondie, dépourvue de membrane commune enveloppante,
très-bosselée à cause de la saillie des kystes superficiels.
Le volume des kystes est très-variable. Il en est qui se trouvent,
pour ainsi dire, à Fétat naissant, à peine gros comme une tête
d'épingle , et à partir de là on en voit de toutes les grosseurs
jusqu'à celle d'une noix, d'un œuf de poule et même davantage.
Les moins volumineux sont parfaitement transparents, offrent une
paroi très-mince et contiennent un liquide jaune clair entièrement
semblable à celui des hydrocèles. Les autres ont une paroi
d'autant plus épaisse qu'ils sont plus volumineux. Ceux qui
dépassent la grosseur d'une noix contiennent une sérosité plus ou
moins colorée par du sang. Quelques-uns même renferment des
débris fibrineux d'anciens caillots sanguins. Chacun de ces kystes
a sa paroi propre, mais ils sont tous intimement accolés et ne
sauraient être isolés les uns des autres.
Dans l'intérieur de la tumeur on remarque que plusieurs des
cloisons interkystiques sont très-épaisses , et dans un point se
trouve une masse solide, dure au toucher, de la grosseur d'un
petit œuf, représentant en volume à peine la vmgtième partie de
la tumeur. L'examen histologique fut fait par M. A. Gombault,
sous-directeur du laboratoire d'anatomie pathologique à la Faculté,
qui trouva dans cette masse solide une substance fondamentale
formée par du tissu fibreux et renfermant de très-nombreuses
cellules cartilagineuses, les unes arrondies, oblongues ou polyé-
driques , les autres ramifiées. La plupart de ces cellules sont
réunies en îlots et accolées les unes aux autres; d'autres sont
séparées par la substance fibreuse intermédiaire. Ce tissu flbro-
cartilagineux est parcouru par de nombreux vaisseaux et se trouve
mêlé d'une assez grande quantité de tissu adipeux.
L'examen histologique n'enlève pas à cette tumeur son carac-
tère proprement kystique. Les éléments cartilagineux doivent être
considérés comme la partie accessoire et les kystes comme la
8i8 SOCIÉTÉ DB CHIRURGIE.
partie principale. D'abord, par rapport à la masse totale de la
tumeur, la portion solide où se trouve le fîbro-cartilage n'en repré-
sente que le vingtième ou même la trentième partie. De plus, tous
les kystes, grands et petits, ont chacun leur paroi propre, comme
cela s'observe dans les tumeurs polykystiques, et c*est au milieu
de ces kystes que se trouve englobée la portion fibro-cartilagi-
neuse. Tandis que dans les enchondromes devenus kystiques on
observe des cavités plus ou moins anfractueuses englobées dans
la masse cartilagineuse. H faut donc ranger notre tumeur dans les
kystes multiloculaires complexes avec éléments étrangers accès*
soires, comme cela s'observe si souvent dans les kystes multilo-
culaires de l'ovaire.
Cette tumeur, par son aspect et sa constitution, est entièrement
semblable à ce qu'on a décrit sous le nom de kystes multiloculaires
congénitaux du cou, tumeurs siégeant dans le tissu cellulaire et
formées par une grande quantité de kystes dont la grosseur est
très-variable et dont le liquide est dans les uns clair, dans les
autres plus ou moins coloré par du sang. La description qui en est
donnée dans la remarquable thèse de M. P. Boucher (Etude sur les
kystes congénitaux du cou, thèse de Paris, 1868), dans le traité
des tumeurs de M. Broca et dans les observations relatées par
diverses publications périodiques, se rapporte identiquement à ce
que nous venons de dire de notre tumeur.
Mais cette dernière est-elle congénitale, comme les kystes do
cou? Sans en avoir la démonstration complète, il n'est pas invTai-
semblable de le supposer, puisque Tenfant n'était âgé que de 2 ans
et 4 mois quand ses parents ont aperçu la tumeur déjà grosse
comme un œuf, et qu'il avait été observé dans la première année
une petite tumeur occupant la même place et ensuite perdue de
vue.
Le siège de ces kystes congénitaux n'est pas exclusivement le
cou. En effet, M. Broca cite une de ces tumeurs enlevée par
Guersant, en 1854, sur la paroi thoracique, une autre située sur le
côté d'un enfant et opérée par M. Lawrence, une troisième enlevée
par M. Déguise fils, en 1858, sur la paroi abdominale. Morel-
Lavallée observa, en 1859, dans une autopsie, un kyste multilo-
culaire congénital siégeant sur l'épaule droite {Soc. de chirurg.,
23 novembre 1859). Birkett signale la présence de ces kystes dans
raisselle. Holmes dit qu'on en a trouvé dans le dos, à l'orbite, à U
langue.
Quel que soit l'endroit oii l'on rencontre ces tumeurs, elles
occupent toujours le tissu cellulaire et offrent entre elles la simi-
litude la plus parfaite. Cependant elles renferment, quelquefois,
comme parties accessoires des masses solides dont les éléments
SÉANCE DU 18 DÊGEMBRK. 819
sont de nature variable. Wemher pensait que les parois de ces
kystes pouvaient devenir cartilagineuses, osseuées ou s'infiltrer de
matières calcaires. Holmes, sans donner de détails précis signale,
dans une tumeur kystique congénitale du cou a un si grand
nombre de cellules diversement figurées que cela pouvait faire
soupçonner qu'elle était de nature maligne, b La tumeur* enlevée
par M. Déguise {Soc, de chirurg,^ 1858), fut examinée par
M. Houel qui trouva entre les kystes des éléments fibreux et des
éléments fibro-plastiques. Géraldès signale, dans une tumeur
kystique du cou, la présence de cellules cartilagineuses avec
({uelques ostéoplastes {Gaz. des bôpiL, 1860). M. P. Boucher
décrit, dans sa thèse, un kyste du cou présentant au milieu des
cloisons quelques parties solides formées par du tissu embi*yon-
naire dans lequel se trouvaient des îlots de cartilage fœtal hyalin,
quelques fibres musculaires striées embryonnaires', de rares cavités
remplies d'épithélium pavimeuteux et plusieurs points de dégéné-
rescence muqueuse et pigmen taire.
Presque toutes les autres tumeurs kystiques du tissu cellulaire
sont décrites sans qu'il soit fait mention d'éléments étrangers
accessoires.
Le rapprochement de ces quelques faits montre que, si la plupart
de ces tumeurs ont paru bénignes, et si quelques-unes ont pu
être guéries par les injections iodées, d'autres renferment des
éléments qui peuvent les faire rentrer dans la classe des tumeurs
malignes, et alors elles doivent être enlevées.
2* Taille vésico-vaginale suivie de la sature immédiate,
par le D' E. Pilate, d'Orléans.
M. Guyon communiquait à la Société de chii*urgie, dans la
séance du 6 juin 1877, un cas de taille vésico-vaginale, il termi-
nait la discussion qui eut lieu à ce sujet, en disant, sous forme de
conclusion, que c la taille vaginale avec suture immédiate est
l'opération qui offre les plus grandes conditions d*innocuité, si le
calcul a un certain volume. » Le fait suivant vient confirmer d'une
manière complète cette proposition.
Madame J..., âgée de 68 ans, demeurant auprès de Meung-sur-Loire,
d*une santé habituellement bonne, d*une constitution solide et d'un
caractère énergique, souffrait déjà depuis plusieurs années dans le
bas- ventre, sans être arrêtée dans son travail de vigneronne. Au
commencement de l'année 1877, elle rend par Turèthre un calcul gros
comme une noisette, d'une très-grande dureté. Elle n'est cependant
point soulagée par cette émission. Enfin dans l'année 1878 elle souffre
davantage et se décide à appeler son médecin pour se faire examiner.
820 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIB.
M. Hybord, pèi^, constate dans la yessie la présence d'un ^ros calcul
donnant par le choc de la sonde la résonnanoe d'an soa sec.
Au mois de juin il survient un peu de fièvre, la douleur du bas-
ventre est très-grande, la malade reste alitée, et la vessie commence à
ne plus pouvoir conserver Turine qui 8*éohappe involontairement mai^:
reste toujours claire. Un traitement antiphlogistique fait cesser cet
état au Lout de quelques jours.
Le 27 juin Topération chirurgicale est jugée opportune. MM. Hy-
bord, père et fils, nous confient le soin d*une opération, en nous prê-
tant leur concours éclairé. L*intolérance de la vessie, la grosseur et
la dureté du calcul, dont on a pu se rendre compte par le cathétérisme
combiné avec le toucher vaginal, font rejeter la lithotritie qpie l'on
juge ou bien impossible, ou bien exigeant des séances trop molti-
pliées pour la sensibilité de la vessie. La taille vaginale est choisie.
Nous faisons placer la malade dans le décubitus dorsal, comme pour
la taille chez Thomme. Après une injection d'eau qui ne peut être con-
servée, un cathéter cannelé est introduit dans la vessie pour faire
saillir la cloison vésico- vaginale. Cette cloison est ponctionnée à on
centimètre environ en arrière du col de la vessie, avec un bistouri
qui vient toucher la cannelure du cathéter. Cette ponction sert à intro-
duire dans la vessie un lithotome simple. On retire le cathéter, et le
lithotome ouvert de 3 centimètres fait IHncision de la cloison vé-
sico-vaginale suivant la ligne médiane. Le calcul est saisi avec des
tenettes, mais comme il est trop gros pour pouvoir ôtre extrait, on
agrandit Tincision en arrière, d'environ 1 centimètre, au moyen d'un
bistouri boutonné. Le calcul est alors retiré, piesurant 5 centimètres
de longueur, 4 do largeur et 3 d*épaisseur.
(Ce calcul, analysé ultérieurement, offre une très-grande dureté et
n'a pu être scié qu'avec une certaine difficulté. On n'y trouve pas trace
d'acide urique. 11 est formé par de nombreuses couches de phosphate
amnioniaco-magnésien. Son poids, à sec, est de 55 grammes.)
lia taille terminée, nous procédons de suite à la réparation par le
même procédé que pour l'opération de la fistule vésico-vaginale. La
femme est couchée sur le côté gauche, la jambe droite plus pliée que
la gauche, le bras gauche passant sous le thorax pour venir derrière
le dos. Afin d'augmenter les chances de la réunion immédiate, la sui^
face saignante de l'incision est agrandie par une abrasion de la mu-
queuse vaginale dont on enlève une largeur de près d*un centimètre
sur chacun des deux bords et aux deux angles de la plaie. Les deux
surfaces que Ton doit affronter m*esurent donc un centimètre et demi
de largeur. Il est posé cinq points de suture métallique, au moyen de
raiguille chasse-fil.
La malade est reportée dans son lit, garde le décubitus dorsal d'une
manière permanente et conserve à demeure dans la vessie une sonde
en S. On lui recommande la plus grande immobilité ; sa docilité est
d'ailleurs parfaite ; elle évite toute garde-robe.
IjC 7 juillet, 10 jours entiers après l'opération, on enlève tons les
fils. Quelques-uns d'eux commençaient à couper les tissus mais la
SRANfOE Oa 18 DECEMBRE. 821
cicatrisation est parfaite dans tous les points. Pour s'assurer qu'il ne
reste aucun pertuis par où puisse passer Turine, on fait une forte in-
jection de lait dans la vessie et Ton ne voit sourdre aucune trace de
liquide dans le vagin. La sonde n est ensuite replacée dans la vessie
que de temps en temps, pour éviter une trop grande accumulation
d'urine. Enfin, on laisse la malade uriner seule et se lever le 12^ jour.
S mois après, les nouvelles que nous transmet M. Hybord con-
firment la persistance de Tétat parfaitement bon de Topérée.
Nous devons dire un mot des motifs qui nous ont fait choisir la
taille vaginale. Nous avons déjà signalé la sensibilité extrême de
la vessie, son incapacité de retenir Turine et par conséquent les
liquides ipjectés, enfin l'état fébrile antérieur à l'opération, toutes
raisons qui, avec la dureté du calcul, faisaient rejeter la lithotritie.
Le volume du calcul excluait de même la dilatation du col de la
vessie et de Tm^èthre.
Restaient donc la taille uréthrale et la taille vésico-vaginale»
Mais les inconvénients d'une incontinence d'urine à la suite de la
taille uréthrale, signalés comme assez fréquents dans l'excellente
thèse de Paul Hybord, ne pouvaient pas entrer en balance avec
les chances presque certaines d'une guérison complète par la taille
vaginale suivie de la suture immédiate. Chez une femme adulte et
non vierge, comme l'a fait remarquer M. Guyon, les conditions ne
sont plus les mômes que chez l'enfant ou la jeune fille vierge.
Aussi n'avons-nous eu aucune hésitation pour choisir une opéra-
tion innocente après laquelle la réparation pouvait se faire immédia-
tement. Si l'on a cité des cas de mort à la suite de sutures vagi-
nales, on peut répondre que ces cas exceptionnels se rapportent
pour la plupart à des malades ayant eu antérieurement des acci-
dents inflammatoires pelviens ou portant actuellement des lésions
rénales. Notre malade ne présentant aucune particularité ; tous les
avantages étaient en faveur de la méthode que nous avons mise en
pratique.
Quant au procédé opératoire employé dans le cas présent, quoi-
qu'il ne présente rien de nouveau, quelques points cependant doi-
vent être notés. D'abord l'emploi du lithotome pour faire Tincision
de la cloison vésico-vaginale n'a été indiqué par aucun chirurgien
avant M. Vallet, d'Orléans, et l'exemple de ce dernier ne semble
pas avoir été suivi par d'autres. Cependant il suffit d'inciser la
cloison avec le bistouri, pour se rendre compte que les tissus
mous et mal soutenus, fuient devant l'instrument, et qu'on ne se
rend pas un compte exact de la longueur donnée à l'incision. Tan-
dis que le lithotome, outre qu'il s'ouvre d'un écartement déter-
miné, tend de lui-même les tissus et rend l'incision facile, nette et
de la plus grande précision. On peut objecter la nécessité d'une
822 BOCléTé DB GRTRtmOR.
double manœuvre: ponction, puis introduetion du lithotome;
mais le chirurgien ne regrettera jamais la peine qu'il aura prise
de changer d'instrument^ quand il verra combien est facilitée son
incision par cette pratique.
M. Vailet fait cette incision en travers du vagin. Nous n'avons
pas suivi cet exemple, dans la crainte de rencontrer les plexu8
veineux latéraux signalés par M. Tiilaux. De plus, on court, par ce
procédé, le risque de couper les uretères, ce qui compromettrait
singulièrement le succès de la suture et constituerai! de graves
dangers déjà connus dans l'opération de la fistule vésico-vaginale.
M. ValIct voulait, en faisant l'incision transversale le plus pro-
fondément possible, atteindre l'endroit le plus épais de la cloison
et augmenter les chances de réunion immédiate de la plaie suturée.
Mais une pareille précaution n'est point nécessaire si Ton prend le
soin d'agrandir les surfaces saignantes en abrasant une partie de
la muqueuse vaginale, de la même manière qu'on avive les bords
d'une fistule vésico-vaginale. C'est ce que nous avons fait, et c'est
peut-être pour avoir négligé d'agir ainsi, que les premiers chi^u^
giens qui ont tenté la suture immédiate, comme M. Vailet (1851),
Fergusson (1862) et Lane, n'ont pas toujours eu des réunions
complètes et se sont trouvés quelquefois dans la nécessité de faire
une seconde opération réparatrice. En agrandissant les surfaces
de la plaie opératoire, celle-ci se trouve préparée dans d'excel-
lentes conditions pour une réunion immédiate, conditions d'autant
meilleures que la plaie est faite ici dans des tissus sains, tandis
que pour les fistules vesico-vaginales les avivements portent sur
des tissus en partie formés de cicatrices.
CoBtmnnleatloii .
M. TERRrER. J'ai l'honneur de vous communiquer, au nom de
M. le D>^ Pozzi et au mien, l'observation suivante, digne de quelque
intérêt clinique :
Tumeur solide (épithélioma myzolde) des deux ovaires. — Double oft-
riatomie, abandon des deux pédicules dans rabdoman. — Drainage di
cul-de-sac recto-vaginal. — Guérison.
Marie B..., 25 ans, jeune ûllo vigoureusement constituée, a été ré-
glée à 14 ans, -mais d'une façon très-irrégulière ; elle fut atteinte de
chloro-anémie, etc., à 19 ans, aménorrhée complète qui dura 4 ans.
Eu avril 1816, survinrent des doulours abdominales, qui durèrent
3 semaines : il y eut du ballonnement du ventre, de la fièvre et on
crut à une péritonite. Après cette crise violente, le ventre resta volu-
mineux, et môme commença à s*accroître, sans douleurs toutefois.
SÂANCB DU 18 DBGSMBRE. 82S
L'aménorrhée persista jusqu'en janvier 1877; à cette époque les
règles reparurent et restèrent régulières jusqu'à maintenant.
Le 31 août 1876, on fit une première ponction qui donna issue a
10 litres de liquide citrin. Le 28 novembre, deuxième ponction, évacua-
tion de 12 litres du même liquide, injection de 100 grammes de tein-
ture d'iode, bien que le diagnostic formulé par le médecin traitant fut
ascite. A la suite de cette opération survinrent des douleurs vives, de
la fièvre, du ballonnement du ventre, ces accidents durèrent 1 jour
et demi. En somme, il y eut une légère péritonite.
Le liquide se reproduisit rapidement, mais avec moins d'abondance ;
une troisième ponction fut faite le 14 juin 1877, et donna issue à
13 litres de liquide. Nouvelle injection iodée de 150 grammes, suivie
d'une péritonite violente qui dura 15 jours. 3 semaines après , le
ventre était aussi gros qu'auparavant.
La malade se mit alors entre les mains d'empiriques, et fut soumise
à des pur gâtions répétées ; quoi qu'il en soit, Tascite diminua notable-
ment et demeura stationnaire pendant 8 mois.
Le â mars 1878, quatrième ponction, évacuant 16 litres de liquide ;
l'épanchement ne se reproduisit qu'au bout de 7 semaines.
Le 2f^Juin, cinquième ponction, 14 litres de liquide sont retirés.
Ce fut à la fin d'août 1878 que la malade fut adressée à M. le
D' Pozzi,
Le ventre offrait le volume qu'il présente au terme de la grossesse,
fluctuation très-superficielle uniformément transmise dans toutes les
directions. La sonorité est localisée au niveau de Tépigastre, les
changements de position de la malade ne la font pas se déplacer.
Par le toucher vaginal, on n'atteint que très-difficilement le col et on
ne peut rien sentir dans les culs-de-sac. L'état général est excellent,
sauf des digestions un peu laborieuses et une constipation opiniâtre,
qui oblige la malade à user de pilules purgatives. La marche est ren-
due pénible par le poids de Tabdomeu, aucun travail n'est possible,
aussi mademoiselle B... réclamo-t-elle avec insistance une opération.
Pour faciliter l'exploration de Tabdomen et formuler un diagnostic,
M. Pozzi, fait une nouvelle ponction (6«), qui permit d'évacuer
14 litres d'un liquide citrin parfaitement fluide, légèrement mousseux.
Le D' Mehu, qui voulut bien se charger de Texamen chimique de ce
liquide, « le considère comme un liquide d'ascite, probablement pro-
duit par la présence d'une tumeur solide (utérine?). Ce liquide con-
tient d'assez nombreux leucocytes pour justifier la présence de
quelques flocons d'albumine. Le liquide a laissé 51 grammes de
matières fixes par kilogramme. »
M. Chambord, préparateur au laboratoire d'histologie du collège
de France, a étudié le même liquide, au point de vue micrographique.
c Le liquide, dit-il, est fortement chargé de mucine ; il ne contient,
comme éléments figurés, que d'assez nombreuses cellules lympa-
thiques gonflées par la transformation muqueuse de leur protoplasma,
et très-analogues aux cellules dites salivaires ; on y trouve aussi
quelques hématies et de rares lamelles de cholestérine. L'examen
8:^ SOCIÉTÉ I»K CHIRURCIIB.
le plus plus attentif n*a pas permis d'y découvrir aucune cellole
épithéliale. »
Après cet(o ponction, le palper abdominal permit au D' Pozzi de
sentir très-nettement une tumeur dans le flanc gauche. Cette turoeor
paraissait avoir le volume d'une tôte de fœtus à terme^ sa consistaoce
était élastique, ses connexions avec l'utérus paraissaient intimes, ctr
les mouvements imprimés à la masse morbide se transmettaient n
col, exploré par le toucher vaginal. La mobilité de la tumeur était
très-nette mais peu étendue. A droite, la tumeur déborde sensible-
ment la ligne médiane, mais parait s'enfoncer dans le petit bassin, où
on la suit difficilement.
Je fus appelé à voir la malade quelques jours après la ponction,
alors que du liquide s'était déjà reproduit dans Tabdomen. Le dia-
gnostic posé après une étude attentive des antécédents et de Pétat ac-
tuel, fut : Tumeur solide de l'ovaire gauche avec un grand kyste, oa
bien plutôt avec une ascite symptomatique. L'intervention chirurgi-
cale fut jugée possible, bien que les connexions étroites de la tumeur
avec Tutérus fassent présager de grandes difficultés opératoires.
L'opération fut pratiquée le jeudi 26 septembre 18*78, par le EK Poixi,
avec ma coopération et avec l'assistance des D'* Charles Monod, de
Sinéty, Le Blond et Schwartz.
Incision de 8 centimètres sur la ligne blanche, au-dessous de Vom-
bilic; grande vascularité des parois abdominales, nécessitant l'appli-
cation de nombreuses pinces hémostatiques. L'ouverture du péritoine
donne issue à une grande quantité de liquide ascitique : on aperçoit
alors une masse mamelonnée en chou-fleur qui remplit toute It
cavité pelvienne et remonte jusqu'à l'hypogastre. Cette masse, qm
paraît formée par une multitude de petits kystes agglomérés, offre le
volume d'une tète de fœtus a terme. En passant la main autour d'elle,
on constate qu'elle est libre dans toute son étendue, sauf au niveau da
ligament large et de l'utérus, qu'elle coiffe pour ainsi dire et avec lequel
elle paraît faire corps.
L'inoision abdominale, jugée insufflsantô pour extirper cette tumeur,
fut prolongée à gaucho, en contournant l'ombilic et dans une étendoe
de 4 centimètres.
Passant alors ma main en arrière delà massepolykystique,jeparyins
à la séparer en deux parties et à la circonscrire à droite en la déga-
geant, du cul-de-sac recto-vaginal où elle était un peu enfoncée. Une
broche et une anse de fil de fer furent placés à la base de ce segment
gauche de la tumeur sur le pédicule de l'ovaire gauche, près de l'ongle
gauche de l'utérus qu'on a pu découvrir entre les deux principanx
lobes de la masse polykystique. Le serre-nœud étant placé, le pédicule
de la tumeur fut solidement étreint, puis sa section fut faite à l'aide
d'un couteau à amputation, la ligature et la section comprenaient la
trompe gauche ; il en résulta une sorte de moignon épais et presque
sessile.
La même opération fut faite pour le lobe droit; toutefois, ce lobe
plongeant jusqu'au fond de l'excavation pelvienne, dans le cul-de-sie
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE. 825
reeto-vaginal, il fut très-difficile de le £aire basculer en avant, de ma-
nière à rattirer au dehors. Une broche et une première ligature en fil
de fer furent aussi placées sur le pédicule qui n'était autre que la
trompe gauche.
Les deux tumeurs polykystiques ainsi enlevées, on se trouvait en
présence de deux pédicules qyi, beaucoup trop courts, ne pouvaient
être fixés au dehors. Il fut donc résolu de substituer aux deux liga-
tures métalliques des ligatures de catgut, de manière à laisser les
deux pédicules dans Tabdomen. Deux ligatures furent appliquées à
gauche, trois autres du côté droit. Cette partie de Topération a été la
plus longue et la plus laborieuse. Il fallut ensuite nettoyer avec soin
le petit bassin, souillé par du sang et de nombreux débris de la tumeur,
qui s*est pour ainsi dire émiettée partiellement, sous forme do frag-
ments ayant Taspect d'hydatides.
La cavité abdominale offrait alors un aspect très-singulier : le péri-
toine pariétal présentnit une rougeur lie de vin, indice d'une vascu-
larisation exagérée, à laquelle, comme on Ta vu, les parois abdominales
avaient elles-mêmes participé.
Les intestins, réunis en un paquet volumineux, étaient parfaitement
maintenus par des adhérences, et n'avaient aucune tendance soit à
faire hernie hors de la plaie, soit môme à descendre dans le petit
bassin.
Ces deux particularités : la vascularisation anormale du péritoine et
l'agglutination complète des anses intestinales, sont évidemment lus
résultats de la double injection iodée, suivie de péritonite, qu*a subi la
malade. L'enkystement de Tascite explique les incertitudes du dia-
gnostic formulé plus haut, la collection liquide ayant la plupart des
caractères d'un grand kyste ovariquo.
Par suite de cette disposition, la place occupée par la tumeur n'avait
aucune chance d'Ôtre remplie par le déplacement des anses intesti-
nales, et en particulier le cul-de-sac recto-vaginal demeurait largement
béant. En présence de ce fait, M. le D>^ Pozzi insista pour qu'un tube à
drainage fût placé dans cet espace vide, où devait forcément^ lui sem-
blait-il, se faire une exhalation séro-sanguine. Â ce moment surgit une
nouvelle difficulté, le fabricant d'instruments de chirurgie, présent à
l'opération, n'avait pas apporté de trocart. On se passa de cet instru-
ment en faisant, à l'aide de ciseaux et par l'intérieur de l'abdomen, une
incision sur le cul-de-sac recto-vaginal, soulevé sur l'iudex introduit
dans le vagin. Le tube fut ensuite entraîné avec des pinces.
L'utérus, offrant de chaque côté la section des pédicules des tumeurs
ovariques, reste isolé à la partie antérieure du petit bassin ; il est for-
tement porté en avant.
La toilette de l'excavation pelvienne achevée, le ventre fut fermé par
huit points de suture profonds de fil d'argent et deux sutures superfi'
cielles. On laissait dans le ventre 5 ligatures de catgut, et l'anse du
tube à drainage, dont une extrémité sortait par le vagin, l'autre au-
dessus du pubis.
L'opération, le pansement compris, avait duré en tout 1 heui'e 1/2.
826 sociÊrJc o£ giurur6ik.
Le D' Pozzi fut seul à donner des soins à la malade ; dans les deax
premiers jours qui suivirent l'opération la malade eut une fièvre asseï
vive, â9o,5 ; du reste, pas de vomissements, pas de nausées, un pea de
sensibilité du ventre, seulement du côté gauche et à la pression. 11 se
produisit un abondant écoulement de liquide séro«sanguinolent par le
drain ; des lavages à l'eau phéniquée, puis à l'eau alcoolisée et phéoi-
quée, furent fait&dans le vagin et dans le drain. La malade fut sondée
régulièrement.
Le 3« jour (29 septembre), la température baissa un peu (â8®,2)» l'état
général paraissait meilleur, les douleurs provoquées par la pression da
ventre étaient disparues.
La suppuration apparaissant au niveau du drain et dans le vagin, la
température s'éleva les jours suivants et atteignit 39^8 le 7* joor (jni
suivit l'opération : toutefois, vu Tabsence de tout accident du côté des
voies digestives et du péritoine, la malade pouvait déjà s'alimenter on
peu.
Les points de suture furent enlevés très-rapidement, 6 (4 profonds
et 2 superficiels) le 4* jour, et les 4 autres profonds le 7* jour.
A partir du 1* jour {S octobre 1878), l'état fébrile persista pendant
encore une dizaine de jours, tout en diminuant peu à peu; en effet la
température oscilla entre 39^,8 (le 6 octobre) et d8«,5 (le 12 octobre).
Le 7, une traction est faite sur le tube à drainage, de manière a oe
qu'il cesse de passer au-dessus du pubis ; du reste, un fil relie ses deux
extrémités, dont la supérieure plonge ainsi directement dans le petit
bassin, tandis que l'inférieure continue à sortir par le vagin. C'est on
premier pas de fait vers l'ablation du tube.
On continue les injections par le drain et par rorifice abdominal
occupé précédemment par le tube à drainage.
Le 9 octobre, le toucher vaginal permet de reconnaître que le tnbe
est tombé dans le vagin, le fil qui réunit ses deux extrémités libres fait
seul séton. L'orifice sus-pubien est encore béant et les injections faites
par le vagin viennent y sourdre lentement.
Le 10, la suppuration est à peine sensible. L'injection (1 litre 1/2
environ) sort avec une légère teinte opaline ; le bas-ventre commence
à se déprimer, comme pour combler la cavité qu'y a laissé l'ablation de
la tumeur.
Le 11, le tube et le fil sont retirés. L'injection faite par l'ouverture
sus-pubienne ne pénètre plus; celle qu'on fait par le vagin vient encore
sourdre par l'orifice sus-pubien.
Le 12, la malade urine seule pour la première fois et depuis on ne
l'a plus sondée. Une légère purgation provoque quelques troubles
digestifs et un vomissement, le seul qu'ait jamais eu la malade.
A partir de ce jour, malgré une élévation persistante de la tempéra-
ture, la convalescence commence ; la suppuration vaginale cesse et
l'orifice sus-pubien s'oblitère peu à peu, ce qui amène quelques aœi-
dents de rétention les 18, 19 et 20 octobre. Ce dernier jour, au moment
où on faisait l injection, il s'écoula environ 2 grandes cuillerées de
pus ri émeux par Torifice sus-pubien ; une exploration faite avec une
SSàNQB MI 18 DéOBMBRB. M3
sonde en gomme permet de constater que celle-ci pénètre facilement à
âO centimèti^es de profondeui*. 11 existe un peu d'empâtement à la partie
inférieure de la cicatrice.
Le 22 octobre^ ouverture spontanée d'un petit abcès, au niveau de la
partie inférieure de la cicatrice, à 2 centimètres au-dessus de Torifice
du drain ; il s'en écoule environ ^ cuillerées de pus.
A partir de ce moment, la guérison a marché avec tant de rapidité et
si régulièrement, que M. le D' Pozzi n'a plus jugé utile de rédiger
Fobservation jour par jour.
Les orifices sus-pubiens du drain et de Fabcès se sont fermés promp-
tement.
La malade, toujours un peu tourmentée par des digestions difficiles,
i-epart pour son pays à la fin de novembre ; elle était entièrement
guérie.
Fait curieux à signaler et que je vous ai déjà mentionné à propos
d^une double ovariotomie pratiquée par M. le professeur Verneuil : la
malade de M. le D' Pozzi a eu ses règles à la fin d'octobre et à la fin
de novembre. Cette persistance de la menstruation, malgré l'abli^tion
des deux ovaires, ne serait d'ailleurs pas très-exceptionnelle, au dire
de quelques ovariotomistes.
L'examen histologique de la tumeur, fait au laboratoire d'histologie
du Collège de France, par M. Chambard, permit de reconnaître qu'on
avait affaire à un kyste proUgène de l'ovaire, à un épithôUoma mucoïde
de M. Malassez.
Discussion.
M. Lucas-Championnière. J*ai vu opérer, par Spencer Wells, un
kyste analogue à celui dont M. Terrier vient de nous parler. Les
intestins étaient agglutinés et il y avait des adhérences dans une
grande étendue. Spencer Wells les déchira presque brutale-
ment, fît des ligatures avec des fils de soie et plaça, à la partie
inférieure de la plaie, un tube de verre par lequel le liquide accu-
mulé pouvait s'écouler et par lequel on faisait des injections d*eau
phéniquée; la guérison fut complète.
Le drainage fait de cette manière, qui présente de grands avan-
tages, est très-employé en Angleterre et M. Spencer Wells le pré-
fère au drainage par le vagin, qui entraîne souvent des suppura-
tions très-longues.
M. Panas. J*ai pratiqué une ovariotomie en ville, en employant
la méthode antiseptique. Le pédicule était très-court, aussi je ne
fis pas une suture complète et je laissai un orifice dans lequel je
plaçai un tube de 2 pouces de longueur. Je fis des injections d'eau
phéniquée par ce drain qui permettait l'écoulement des liquides.
Je pense que ce drainage est très-utile, car la mort tient beau-
BULL. ET MKM. OB LA SOC. OB CHIB. &&
^8 'SOCIÉTÉ DE CHIRUROIB.
coup à la présence des licjuides putrides, aussi est-il plus grave
de fermer une plaie que de laisser une ouverture par laquelle
peut se faire un écoulement des liquides de la plaie.
Le drainage de bas en haut est très-sufiisant, et je le préfère au
drainage par le vagin dans lequel il peut se faire une accumula-
tion de liquide qui peut être cause d'accidents.
M. BoiNET. Je crois qu'on ne peut pas poser en principe que le
drainage doive toujours être pratiqué. Dans le cas de tumeur
avec adhérences, le drainage est excellent, mais, dans les cas
simples, il est tout à fait inutile.
Je désirerais savoir de M. Terrier si la malade a été suivie pen-
dant longtemps, car c'est très-important pour pouvoir affirmer
une guérison définitive. Dans des cas de tumeur charnue, comme
celle dont vient de nous parler M. Terrier, j'ai vu souvent des ré-
•cidives, après 15 ou 18 mois, avec des accidents cancéreux.
Je voudrais demander à M. Terrier, dans quel point ont été
faites les 5 ou 6 ponctions, car Tenkystement, qui a été trouvé, peut
tenir a ces ponctions.
M. Lucas-Championnière. Spencer Wells et Kess ne font le drai-
nage que dans les cas compliqués, et de plus on introduit dans le
tube de verre un tube en caoutchouc pour extraire le liquide accu-
mulé et faire des injections.
M. Terrier. Je partage complètement l'avis de MM. Boinet et
Lucas-Championnière, le drainage ne doit être employé que pour
des cas particuliers ; mais d'après les indications que j'ai don-
nées de Tétat dans lequel se présentait le kyste de notre malade,
je crois que ce drainage était parfaitement indiqué. M. Pozzi in-
sista particulièrement sur la nécessité de faire le drainage, mais
nous n'avions pas de tube de verre et il fallut recourir à la ponc-
tion vaginale.
Quant aux points où furent pratiquées les ponctions, je dirai que
c*est au point clinique.
B^eetorefi.
I
Au nom de M. Poncet, de Cluny, M. le Secrétaire général donne
lecture de l'observation suivante :
Coup de feu à Tappendice zyphoîde par deux petits projectiles. — Perfo-
ration de l'estomac et du péricarde; sillon dans le coeur. Cicatrisa-
8ÉANCB DU 18 DéCEUBRB. 829
tion de ces blessures. — Épanchement purulent dans la poitrine. —
Mort trois mois après l'accident. — Histologie de la cicatrice de l'es-
tomac.
Ambroise Paré nous a transmis l'observation d'un capitaine
nominé d'Alon, qui reçut au siège de La Rochelle une balle près
de Tappendice xyphoïde. Le projectile traversa le diaphragme et
sortit entre la cinquième et la sixième côte gauche. Le blessé sur-
vécut huit mois et mourut d'une colique.
Ce fait, relevé par Legouest dans son Traité classique des'bles-
sures de guerre, nous a engagé à publier l'observation suivante,
analogue à celle d'Ambroise Paré, mais assurément plus grave par
les circonstances qui l'accompagnent.
Déjà en 1877 nous avons présenté à la Société de chirurgie,
(t. m, p. 431) le fait d'un soldat qui, ayant eu la poitrine, le dia-
phragme, l'estomac perforés par une balle de revolver logée pro-
fondément dans la 12« vertèbre dorsale, ne mourut que plusieurs
jours après l'accident, sans offrir les symptômes généralement
attendus dans les blessures de ce genre. Chaque jour, les recueils
scientifiques contiennent des faits curieux relatifs au séjour des
petits projectiles dans des organes importants. Rossi a publié
récemment {in Annali universaïi medicina; Milan, décembre 1877)
l'observation d'un coup de revolver dont la balle s'est enkystée
dans le cerveau après issue de la matière cérébrale.
C'est aussi l'innocuité relative, immédiate des blessures par
petits projectiles que nous plaidons en rapportant l'observation
suivante : elle contient un exemple très-rare de la cicatrisation
spontanée de deux blessures réputées mortelles; une perforation
de l'estomac, un sillon dans le cœur, par coup de feu.
Aïssa-ben-Amar, Arabe, âgé de 30 ans, tempérament nerveux,
maigre, bien portant antérieurement, marchand à Philippeville, est
apporté le 9 août 1818 à l'hôpital Militaire, salle n** 1. Cet homme vient
de recevoir ù deux pas de distance un coup de pistolet chargé de deux
balles. Les deux projectiles ont pénétré immédiatement au voisinage
do l'appendice xyphoiVle du sternum. Les orifices d'entrée (il n'y en a
pas de sortie) sont arrondis, à bords noirAtres, circulaires, et de 6 mil-
limètres de diamètre : le premier est situé juste sur la ligne médiane,
à un travers de doigt au-dessous de l'extrémité de Tappendice xy-
phoïde; le deuxième, placé plus à gauche et à un centimètre au-des-
sous du premier, rase exactement le cartilage des fausses côtes.
Voici ce qui s'est passé : Aissa avait laissé sur son comptoir un
pistolet damasquiné, à long canon: il dormait étendu, légèrement
plié sur une table voisine, quand un jeune Ai'abe, entrant, saisit le
pistolet, l'examina, fit jouer le chien, qui s'abattit involontairement.
Âïssa reçut le coup de feu à li»,50 a peu près, le tronc un peu fléchi
6U1' le ventre, la ligure tournée vers le ciel. La direction du canon do
gâO SOaÉTB DE CHIRURGIE.
rarme, disait le blessé, faisait uq angle très-aigu avec Taxe da corps
qui était horizontal. La ligne du trajet allant d'avant en arrière, un
peu à gauche, de l'appendice xyphoïde à la hauteur de l'omopUte.
L'arme était chargée de 2e%50 de poudre, et de deux balles rondes
de 8 à 9 millimètres de diamètre.
Le blessé venait de manger une pastèque et s'était endormi : il bondit
sous le coup, se redressa, puis tomba, sans toutefois perdre cooDais-
sance. Il ne vomit ni aliments, ni sang. Un médecin amené sur le
champ prescrivit une potion dont les premières cuillerées amenèrent
des vomissements; ces matières rejetées ne contenaient pas de sang.
A ce moment, Aïssa rendit quelques crachats colorés, mais aucune
hémorrhagie n*eut lieu par la bouche.
A rentrée du malade dans mon service, les symptômes généraux
sont graves. Le visage est pâle, la peau froide, le pouls petit» fré-
quent ; Une sueur visqueuse couvre le front, la parole est impossible,
les gémissements sont continuels, la moindre exploration de l'épi-
gastre arrache des cris. L'état du blessé ne permet pas un examen
très-approfondi ; cependant je constate que les balles n'ont pas traversé
le corps; elles ne font pas saillie à la partie postérieure, ni dans IV
moplate, ni dans les gouttières, ni entre les côtes. Le malade ne
signale du reste aucun point douloureux dans la région dorsale. Le
cœur est reporté à droite, ses bruits quoique faibles sont parfaitement
réguliers et normaux. Toute la région précordiale est d'une sonorité
exagérée, et cotte résonnance gagne jusqu'à 3 (centimètres au delà da
bord droit sternal. J'entends la respiration en avant et en arrière dans
toute la hauteur du poumon ; elle est obscure seulement en arrière,
mais très-nette encore.
Les deux petites ouvertures des projectiles sont obturées avec du
coton collodionné et une forte couche de coUodion est aussi étendue
sur tout l'abdomen. Diète absolue de liqpiides et d'aliments; potion
avec chlorhydrate de morphine, â centigrammes, à prendre par petites
cuillerées.
Le soir à la contre-visite : T. 37'>,5 ; P. 84.
10 août. — Le blessé a passé la nuit sans dormir. Le ventre n*est
pas ballonné; pas de hoquet; pas de vomissements. Aucun symptôme
de paralysie dans les membres supérieurs ou inférieurs. Le bras gau-
che est cependant un peu engourdi. Le malade a uriné et est allé à h
selle. Pas trace de sang dans les urines, ni dans les matières fécales.
La respiration est normale à droite; à gauche, bien qu'un peu éloi-
gnée, elle est perceptible dans toute la hauteur du poumon en arrière.
Percussion douloureuse, mais démontrant une résonnance normale à
la partie postérieure. En avant, le cœur est rejeté à droite ; ses bruits
sont normaux.
La région précorJiale est lympanique. L'auscultation révèle à chaque
mouvement du cœur, ou respiratoire, l'existence de gros râles humides
en bas et en avant. Aîssa se plaint d'une vive douleur à la clavicule
ganche. Toute la région stomacale est d'une sensibilité extrême. La
dyspnée est considérable; 39 respirations par miante; les jugulaires
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE. 69i
sont distendues. Pas d'hémorrhagie par la bouche. Diète absolue. Pas .
de météorisrae. T. matin : 37'>,5 ; P. 100. — T. soir : 38», 5; P. 100.—
Potion avec chlorhydrate de morphine, 8 centigrammes.
11 août (2® jour). — Nuit assez bonne ; sous la clavicule, respiration
faible et rAles muqueux très-gros. Sonorité toujours exagérée à la ré-
gion du cœur. Frottements pleuraux à la pointe du cœur^ douleur très-
vive à l'épaule gauche. Diète absolue. — T. matin : 38»; P. 100. —
T. soir : 38°,4; P. 120. — Potion avec chlorhydrate de morphine,
8 centigrammes. — Pilules de glace.
12 août (3« jour). — Le ventre se dilate dans la respiration; il est
évident que le diaphragme reprend ses fonctions. Le nombre des in-
spirations est de 28 par minute. La douleur de l'épaule diminue, mats
Aïssa se plaint d'un fort point de côté en bas et à gauche; quelques
crachats sanguinolents ont été expectorés.
En avant : sonorité exagérée; en haut : gros râles muqueux; eh bas,
en arrière : la respiration est très-faible jusqu'au milieu de la poitrine. A
ce niveau, souffle très-prononcé; au-dessous de ce point, matité ab-
solue, absence de bruit respiratoire. Le côté gauche parait se dilater.
Une pleuro-pneumonie se produit do ce côté; cependant en avant et en
bas la sonorité persiste. Diète absolue. — T. matin : 37» ; P. 96. —
T. soir: 38**, 4; P. 116. — Potion avec chlorhydrate de morphine.
Pilules de glace.
13 aodf (4« jour). — Langue sèche et rouge; le malade expectore
des crachats visqueux et rougefttres. Quelques bouffées de râles cré-
pitants au miliei> de la poitrine. Matité et silence absolu en bas. Soif
inextinguible, chaque cuillerée de potion amène des douleurs atroces
pour la déglutition ; abdomen rétracté, mais non douloureux. Epui-
sement extrême.
Je permets au malade un peu de limonade glacée et du lait, un œuf.
—T. matin : Sl\ 5; P. 110. — Soir : 380,4 ; P. 120.
14 août (5« jour;. — Les aliments ont été bien supportés. Aucune
douleur abdominale, môme dans la région des ouvertures de balles,
où aucune réaction ne s'est produite sous le pansement collodionné.
La soif est extrême; la déglutition difficile. Aïssa est découragé, re-
fuse toute boisson, et s'introduit le doigt dans la bouche pour se
débarrasser d'un obstacle qui le gêne à la gorge. Il arrive à faire des
efforts de vomissements sans se plaindre du ventre.
Crachats spumeux et sanguinolents. En avant, la respiration s'en-
tend sans aucun râle jusqu'à 2 centimètres au-dessus du mamelon.
Toute la région précordiale et au-dessous, reste d'une sonorité exa-
gérée. En arrière, matité absolue dans la moitié de la poitrine. Souffle
en haut; pas d'égophonie. Le côté gauche se dilate à la base; légère
teinte ictérique, pas de douleur au côté droit. Le malade a vomi ses
aliments : lait et tisane. — T. matin : 37o,i; P. 00. — Soir : 37o,5.
15 août (6® jour). — Aïssa est abattu, très-faible, rire sardonique;
pouls petit, miséi able, vomissements, ventre rétracte non douloureux à
la pression, même à droite, malgré la teinte ictérique qui est très-nettel
La matité gagne en avant vers l'aisselle. Une ponction est faite avec
8M SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
l'aspirateur Potain un peu en aiTÎère de la ligne axillaire, dans le sep-
tième espace intercostal. Elle donne issue à 150 grammes d'un pas
sanguinolent. Le soir, crachats pneumoniques, pouls petit, faciès
grippé, abattement considérable. — T. matin : 37**,2; soir, T. 8'«.—
Lait. — Bouillon.
16 août (1^ jour). — Vomissements de bile, constriction extrême à
la gorge, langue sèche, brûlée, une selle normale. — T. matin : 37<»,6;
soir : 37°.
n août (8* jour). — Toute la partie antérieure de la poitrine reste
sonore, la respiration s'y entend. Même état de la roatité en arrière;
^elle gagne cependant en avant près de Taisselle. T. matin : ^'î^8;
P. 120. Soir : T. 38°,8; P. 136.
18 août (9* jour). — Môme état de la poitrine, faiblesse extrême.
T. matin : 37°,7; P. 130. — «Euf, lait, thé alcoolisé.— Suif, quinine.-
Soir : T. 390; P. 142.
22 août (13® jour). — Je pratique une ponction entre la septième et
la huitième côte, sur la ligne axillaire : 800 grammes d*un liquide
sanguinolent sont retirés. Le microscope y révèle quelques globales
rouges, mais en immense majorité des leucocytes à noyaux multiples,
à vésicule colloïde. L'analyse chimique n'y retrouve aucune trace
d'aliments ni de boissons : elle y révèle des traces de morphine. —
T. 36^8; P. 120. — Soir : T. 370/2; P. 116.
23 août (14* jour). — Deuxième ponction faite dans le voisinage de
la première : issue do 900 grammes de liquide analogue à celui d'hier.
— T. 37^6; P. 123. — Soir : T. 37o,l ; P. 112. — Acyès de toux pen-
dant la ponction : diarrhée. Le malade a mangé un peu mieux. L'ictère
a disparu.
25 août (16® jour). — Etat général meilleur; la langue se déterge;
Aïssa se nourrit, l'appétit revient. En avant de la poitrine, la sonorité
est tympauique, à la partie inférieure, mais la respiration s'entend .
très-nettement en haut, sans râles. En arrière, respiration amphori-
que au milieu de la poitrine. Matité inférieure. C'est seulement le long
de la ligne axillaire que la matité a rétrocédé, elle suit le bord po^i-
térieur de l'aisselle. La position du malade ne change rien aux lignes
de matité et de résonnance qui sont tracées en avant et en arrière.
— Les deux ouvertures des balles sont parfaitement cicatrisées. Les
sclérotiques sont blanches, pas do douleur à Thypochondre droit,
non plus qu'à l'épigastre. — T. 36°,6; P 112. — Soir: T. 38^4;
P. 116.
Le 25 août, je quittais le service, et le malade fut soigné par mon
collègue et ami M. le médecin-major Goguet, qui m'a donné les ren*
seignements suivants : du 26 août au 5 octobre, Aïssa a subi des alter-
natives do haut et de bas qui ont fait craindre souvent pour sa vie.
Vers le 10 septembre, il eut une abondante expectoration purulente
qui dura deux jours; à lu suite de cette expectoration, un mieux
sensible se manifesta. Le 20 septembre, indigestion avec symptômes
de péritonite. Aïssa a mangé des dattes et des galettes arabes passées
en cachette. Le ventre reste ballonné et douloureux plusieurs jours.
SÉANGK DU 18 DÉCEMBRE. SSft
Diarrhée, vomissements, pouls petit et fréquent; froid des extré-
mités.
8 octobre (60« jour)* — Je reprends le service le 8 octobre. L'état
rrÂïssa s'est beaucoup amélioré, il se lève, se promène, mange une
portion, boit quatre rations de lait. Naturellement très-maigre, il est
revenu à Tétat qu'il avait avant la blessure; la figure est gaie^ Les
fonctions, à Texception de celles du poumon, s'exercent régulière-
ment.— T.. 31°,6; P. \10 le soir.
En avant de la poitrine, la percussion, douloureuse, laisse: con-
stater la persistance de la sonorité exagérée, mais la respiration s'enr-
tend jusqu'au mamelon ; quelques râles muqueux. En arrière, au
sommet, respiration avec râles muqueux. Absence du bruit respira-^
toire dans la moitié inférieure, chevrotement de la voix à la partie
moyenne, matité jusqu'à l'omoplate. Le cœur a repris sa position, ses
bruits sont normaux. Âïssa veut sortir do Thôpital.
12 octobre (64<> jour). — Etat général s'améliorant : le malade,
pressé par ses amis, inquiet de ses intérêts, veut rentrer chez lui
malgré mes observations.
14 octobre, — Je dois signer l'exeat d'Aïssa, qui ne veut plus rester
dans nos salles; il déclare qu'il guérira seul en reprenant ses occupa-
tions, pour lesquelles il se sent assez fort. Je constate l'état suivant à
sa sortie : dans la région des cicatrices, aucune douleur ni dans le
foie à droite, ni dans la région abdominale. I^es sclérotiques sont
blanches. Les selles régulières, l'appétit assez bon. Pour la poitrine ,
en avant et à gauche, sonorité et respiration normales jusqu'au ma-
melon et en dehors de la ligne axillaire.
Matité et bruits du cœur absolument normaux. jLa paiiie inférieure
du thorax permet de délimiter une sonorité stomacale variable. En ar-
rière, matité absolue depuis la pointe de l'omoplate jusqu'à la base.
Quelques râles muqueux à l'inspiration. Ni égophonie, ni chevrote-
ment de la voix.
6 novembre (3 mois après l'accident). — J'ai revu Aïssa chez lui, il
s'occupe à son commerce de nattes, mange et se trouve assez bien^ U
no veut pas rentrer à Thôpital, bien qu'il ne soit pas guéri, car j'ai
constaté la même matité postérieure de la poitrine.
Il crache peu, et les crachats sont^'spumeux, non purulents ni co-
lorés. Mais il a la fièvre le soir; cependant l'état général n^est pas
alarmant, et Aïssa cherche ses balles qu'il ne sent pas à la partie *pos«
térieure, où aucune rougeur ne les annonce. La présence de deux
ArabeS; lisant les versets du Coran, m'a fait comprendre que mon
intervention serait désormais inutile. '
âO novembre. — Aïssa a passé chez lui près d'un mois; il rentre à
l'hôpital le 20 novembre. Dans cette période, il a eu constamment de
la fièvre le soir et quelquefois des frissons. Il présente aujourd'hui
une matité complète dans toute la partie postérieure et inférieure de
la poitrine.
Le bruit respiratoire ne s'étend pas dans cette région; ni aouCQe, ni
râles, silence absolu.
At4 soGiéti DB CHmuRaïK.
' En avant, résonnance normale, respiration un peu obacure, mais
très-perceptible.
Les limites et les bruits du cœur sont à l'état normal.
L'abdomen, la région épigastrique, le foie, sont douloureux. La
température, à certains moments, descend au-dessous de la nor-
male, 85^,6; le pouls est petit et fréquent; une sueur visqueuse
couvre de temps en temps le front, — diarrhée profuse, — frissons,
— vomissements. La matité hépatique est augmentée dans tous les
sens : le diagnostic porté fat épanohement pleurétique et abcès du foie
avec un doute sur l'origine du foyer purulent.
25 novembre. — Aïssa meurt avec les symptômes d'une péritonite
(i08 jours après avoir reçu le coup de pistolet).
Autopsie. — En renversant la paroi abdominale pour retrouver
le passage des deux projectiles près de Tappendice xyphoïde, nous
voyons que l'un d'eux, celui de gauche, a brisé le cartilage costal
en se dirigeant vers le cœur; Tautre n'a pas laissé de cicatrice
visible.
La cavité de l'abdomen contient un liquide séro-purulent qui
8*écoule en assez grande quantité : tout le péritoine est couvert de
fausses membranes jaunâtres ; le foie et Festomac sont revêtus
de ce même exsudât purulent. Nous examinons attentivement la
position des organes pour retrouver le trajet des projectiles.
La face convexe du foie s'étend à gauche jusqu'au bord de la
rate; elle descend jusqu'au côlon transverse qu'elle recouvre,
laissant à peine visible le bord inférieur et gauche de la grande
courbure de l'estomac. Ce dernier est donc à peu près caché sous
le lobe gauche qui s'avance bien au delà de l'appendice xyphoïde.
Malgré la plus grande attention, nous ne trouvons plus dans Fad-
domen aucune trace du passage des projectiles. Sur Testomac,
près de la grande courbure, nous apercevons cependant un petit
point noir circulaire de 4 millimètres de diamètre. Disons de suite
que ce point déprimé correspond à une cicatrice froncée de h
muqueuse : mais nous ne voyons qu'une seule ouverture d'en-
trée.
En rejetant avec précaution l'estomac sur le côté droit, à sa face
postérieure, au-dessus du pancréas et sur Taorte, nous sentons
un petit projectile enkysté dans du tissu cellulaire. C'est en effet
une balle ronde de 9 millimètres de diamètre.
Ainsi cette balle se trouve logée derrière l'estomac ; et si on
réunit par une ligne l'ouverture d'entrée et sa place actuelle, il
faut traverser le foie dans toute l'épaisseur du lobe gauche, puis
les deux parois stomacales, et cependant nous ne retrouvons
qu'une seule cicatrice apparente à la paroi antérieure de l'es-
tomac.
8BANGK DU 18 DÉCBMBIIB. 885
Le sternum renversé sur la poitrine, nous ne constatons rien
sur la face antérieure des organes thoraciques. Le péricarde ne
contient pas de liquide, mais en plusieurs points les deux feuillets
sont adhérents.
Sur plusieurs parties de sa surface, le cœur a un aspect villeux,
iioement tomenteux, rouge. A la face postérieure du péricarde
apparaît une ouverture ovalaire, à Temporte-pièce, à peine garnie
d'une légère toile exsudative ; puis, en regard de cette ouverture,
longue de 1 centimètre, large de 4 millimètres, commence à la
pointe du cœur un sillon qui, creusé dans la substance musculaire
de l'organe, parcourt tout le ventricule gauche de bas en haut et
de droite à gauche.
Le sillon, large de 7 à 8 millimètres, à bords mousses, faciles à
$:entir sous le doigt, est entièrement cicatrisé et recouvert d'une
séreuse à villosités, à bourgeons minces, analogue à celle du pé*
ricarde.
Le projectile qui a tracé cette gouttière a coupé des branches
importantes de l'artère coronaire.
Le doigt, introduit par Toreillette dans le ventricule gauche, re-
connaît très-bien cette perte de substance qui n'établit néanmoins
aucune communication de la cavité avec la péricarde.
La balle continuant son trajet est allée se loger dans le poumon
gauche. Cependant toute la partie antérieure de ce poumon, crépite
aujourd'hui, est perméable, fonctionne, en un mot. Dans cette ré«
gion il n'y a plus le moindre noyau pneumonique.
Au niveau des points où nous avons pratiqué les ponctions
existent des adhérences très-solides, mais toute la partie po<;té-
rieure de la poitrine forme une cavité limitée en bas par le dia-
phragme, en arrière par les côtes et la plèvre, en avant par le pou-
mon, cavité contenant au moins 800 grammes d'un pus gélatineux;
en épaisseur, cette loge, parfaitement close, n'occupait pas plus du
quart de diamètre antéro-postérieur de la cavité ; en hauteur, elle
atteignait le quart supérieur. Nous avons cherché si le projectile
ne serait pas tombé dans le sinus inférieur, et, en effet, nous avons
retrouvé au fond de la plèvre un lingot de plomb de 8 millimètres
de diamètre sur 12 de haut.
C'est celui qui avait labouré la face postéi'ieure du cœur. La face
supérieure du diaphragme était épaissie, indurée, anfractueuse, et
le pus semblait fuser vers le pilier gauche du muscle.
Le foie, pesant 1,540 grammes, était farci d'abcès métastiques
récents, du volume d'un pois à celui d'un œuf. Ils étaient çà et
là en voie de formation avec leur auréole injectée.
La rate était énorme et notablement ramollie.
Les reins étaient de volume normal, mais tràs-congestioiuiéa*
836 SOCIBTé DE CHIRURGIE.
Examen bistologique de la cicatrice do Veslomac, — Le point
noir circulaire de 4 millimètres de diamètre trouvé à la ^ande
courbure de l'estomac ayant été séparé de l'orgaiie, puis traité par
l'alcool pur, la gomme et l'alcool, nous avons pu examiner les
coupes de celte partie et constater sa nature réellement cicatri-
cielle.
Les examens de ce genre étant assez rares, nous pensons pou-
voir les rapporter en détail.
Sur des sections comprenant toute l'épaisseur de Testomac et
portant un pou au delà de la cicatrice, on reniar(|uait en allant de
la surface péritonéale à la muqueuse les dispositions suivantes,
après coloration au picro-carminate : sur tonte la longueur du
point noir, le péritoine manque ; ce filet, riche en fibrilles élasti-
ques, vivement coloré en rose par le réactif, fait absolument dé-
faut, et a sa place nous rencontrons immédiatement un tissu cica-
triciel, conjonctif, d'une structure spéciale. De môme à ce niveau,
et dans toute l'épaisseur de l'estomac, manquaient aussi les gros
trousseaux de fibres musculaires latéraux coupés, les uns trans-
versalement, les autres suivant leur longueur, ailleurs suivant des
angles différents. Ils sont remplacés par le tissu de cicatrice. En-
fin, près des glandes, nous constatons Tabsence sur une assez
grande surface des fibres nmsculaires lisses qui sous- tendaient la
couche muqueuse: là encore, un tissu nouveau de cicatrice, moins
avancé néanmoins dans son évolution que dans les couches les plus
externes, ou supérieures, a remplacé la petite couche musculaire
muqueuse.
A la surface même des glandes tubuleuses de restomac, existe
une large lacune, remphe par des débris de glandes, et çà et là
même absolument fibreuse.
Telle est, à un faible grossissement (1/32), ce qui résulte de
l'examen de cette cicatrice. Cet examen démontre qu'il y a bien
eu destruction complète de la paroi stomacale par la balle de
pistolet.
Mais il existe dans cette cicatrice, vue à un plus fort grossisse-
ment, d'autres détails intéressants. Immédiatement à la face ex-
terne, au niveau de la lacune péritonéale, le tissu cicatriciel esl
mélangé d'un certain nombre de fibres musculaires groupés en
tout petits faisceaux : au milieu d'elles, se trouvent d'autres fibril-
les absolument réfringentes et non colorées sur les préparations
fraîches; elles présentent une espèce de canal centra^ et se dé-
composent en fibrilles beaucoup plus fines ; quelques-unes émer-
gent même de la cicatrice et font issue hors de la tunicjue, ayant
leur extrémité libre. Elles mesurent de 15 à 20 (x en diamètre et
3 dixièmes de millimètre en longueur. Ce sont simplement des
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE. 831
iibrilles de coton entraînées par la ballo qui a traversé la chemise
de notre Arabe et qui sont restées enclavées dans la cicatrice.
Elles sont très-nombreuses dans toute cette partie interne, à la-
quelle elles donnent un aspect en désaccord avec toute organisation
normale des tissus. Chaque fibrille de coton est entourée d'une
petite zone de noyaux embryonnaires immédiatement appliqués sur
ce petit corps étranger.
Au-dessous de la zone des brins de coton, commence le tissu
conjonctif cicatriciel véritable. Il est complètement organisé en
faisceaux réguliers, denses, et parcouru par un grand nombre de
gros vaisseaux : artères et vessies. Presque tous ces vaisseaux
sont en voie d'atrophie : ainsi, les artères n'offrent plus de tunique
externe appréciable; celle-ci est confondue avec le tissu conjonctif
voisin ; il ne reste que la fibreuse interne élastique qui est épais-
sie, granuleuse. EnHn, le calibre du vaisseau est altéré par une
masse embryonnaire composée de noyaux et de fibrilles; entre ce
bouchon interne et la paroi fibreuse dégénérée, se montrent de
rares globules sanguins. Les veines sont affaissées, irrégulières et
de calibre comprimé.
Des îlots de vésicules graisseuses peu nombreuses, peu volu-
mineuses, séparent les faisceaux conjonctifs. Toute cette région
cicatricielle, jusqu'à la face externe, est fortement pigmentée par
des reliquats d'anciennes hémorrhagies. Granulations ocre jaune,
de petit volume, logées entre le faisceau du tissu fibreux, qui
contribuaient à donner au point examiné sa coloration noire, visible
à Tœil nu.
La couche musculau*e sous-muqueuse n'existe plus au centre de
la cicatrice. Néanmoins, çà et là, ccunme dans la couche muscu-
laire supérieure, il est possible de reconnaître quelques fibrilles
musculaires lissées disposées, soit en long, soit à noyaux excen-
triques, quand elles sont sectionnées perpendiculairement. A celte
profondeur, nous retrouvons encore plusieurs fibrilles de coton,
comme si les couches musculaires avaient retenu plus facilement
ces petits corps étrangers. Autour d'elles, le tissu conjonctif est
resté e.nbryonnaire et forme des îlots très-dislincts.
Les glandes tubuleuses de l'estomac, prises quelques heures
après la mort, étaient assez conservées pour faire ressortir la dif-
férence des parties saines et de la cicatrice. Sur les côtés, les
glan«les sont belles, leur ouverture laige offre des cellules cubi-
ques, à contenu transparent, rangées régulièrement en calice; au-
dessus, le mucus et ses globules teinis en rouge ont conservé leur
position après le dégommage des préparations. Entre les glandes,
à la base, peu de tissu conjonctif. A mesure que nous nous rap-
prochons de la cicatrice, la hauteur do la rangée des tubes glan-
898 socnferÉ de chirurgie.
duleux diminue, le calice collecteur disparaît. Les glandes perdent
ensuite toute disposition régulière, et flnissent par être tout à fait
absentes, sur une petite surface où le tissu coujunctif était en con-
tact avec le suc gastrique. '
L'altération des glandes et du tissu interstitiel était variable :
c'est ainsi que certains tubes avaient acquis la disposition kysti-
que, globulaire, à paroi interne, garnie d'un épithélium cubique;
des portions de tube étaient restées isolées au milieu d'un tissu
embryonnaire intestinal, de nouvelle formation; enfin quelques
traînées épithéliales étaient comprises dans la profondeur môme de
la cicatrice. Ailleurs un énorme bourgeon embryonnaire venant
des couches externes dissociait la base des glandes, non proté-
gées par la couche muqueuse musculaire. Partout répithélium
profond, quoique recueilli sur un cadavre, était bien conservé.
Remarques, — Immédiatement après l'accident, il fallut établir
le diagnostic des lésions probables pour instituer le traitement.
Etant donnée la position du malade, au moment où il reçut le coup
de feu, la charge de l'arme, la grosseur et le nombre des projec-
tiles, il était permis de penser à une lésion du foie dans son lobe
gauche, à une perforation de Testomac, du diaphragme et du
poumon.
Des expériences répétées sur le cadavre avec la même arme,
nous avaient montré que les projectiles passant en arrière du
cœur perforaient le foie, l'estomac et les poumons, pour aller se
loger dans la colonne vertébrale ; et comme Aïssa ne se plaignait
d'aucune douleur aux côtes, nous avions jugé les projectiles encas-
trés dans le corps des vertèbres.
L'autopsie démontra le contraire; la quantité de poudre avait été
moins forte en réalité que celle indiquée par l'Arabe qui avait lui-
même chargé le pistolet.
Quoi qu'il en soit, nous avions jugé nécessaires les lésions du foie
et de l'estomac; celle de la poitrine était évidente ; quant à celle du
cœur, nous ne l'avions pas admise sans possibilité d'une mort
immédiate.
Quels ont été les symptômes du côté des organes de l'abdomen!
nuls. A peine un seul vomissement au début; aucune suppuration
des 2 trajets dans les parois abdominales, réunion par première
intention sous le pansement collodionné, sans la moindi'e menace
de péritonite.
Nous avons signalé pendant quelques jours une teinte ictérique,
puis tout a été terminé.
Le malade commençait à manger le A^ jour, sans éprouver
d'accidents. Et il en a été ainsi jusqu'au 14 octobre, c*e&t-à-dire
pendant plus de 2 mois.
BSAIIQK DU 18 DioUIBIIB. 98M
L'état du foie» farci d*abcès métastatiques ne noua a paa permis
de reconnaître le^ cicatrices de cet organe. Celle de l'estomac étail
petite, froncée à lamuqueuse» et aurait facilement échappé àl'atten*
tion si on ne l'avait recherchée.
Dans les expériences que nous avons répétées sur le cadavre,
les ouvertures produites par des balles de 8 millimètres étaient
énormes. La fibreuse et la musculaire restluent béantes en donnant
issue aux liquides intérieurs : sur le vivant, il n*en est pas ainsi, et
il nous souvient d'avoir vu des plaies de ce genre où l'ouverture
du projectile était représentée par un véritable bourgeon muqueux
rouge, d'aspect charnu. C'est qu'en effet la tunique muqueuse de
l'estomac fait alors immédiatement hernie entre les fibres muscu-
laires qui l'étranglent à sa base et s'opposent d'emblée à la sortie
des matières alimentaires.
C'est là le secret de cette guérison silencieuse. La muqueuse ne
s'accole pas à elle-même, mais la constriction du cercle de l'ou-
verture sera suffisante jusqu'au bourgeonnement des tissus pour
empêcher toute extravasation et la péritonite. C'est assurément ce
qui a eu lieu chez notre malade, dont l'estomac perforé par une
balle reprenait ses fonctions après 4 jours, et présentait line cica«-
trice parfaite.
La lésion la plus importante, celle que nous avons le moins
soupçonnée, à cause de sa gravité ordinairement mortelle, c'est
la blessure du cœur.
Le 2* projectile cylindrique a passé juste dans les insertions
antérieures musculaires du diaphragme et a tracé, après ouvertare
du périoatxie, un sillon profond dans tout le Tentricule giuche.
Or, notre attention avait été immédiatement attirée sur ce point :
de suite, après l'accident, les battements étaient normaux^ les
bruits sont toujours restés réguliers, sans inteimittenoe ; il li'y à
eu aucune syncope. A peine avons-nous retrouvé quelques râles
muqueux, isochrones aux pulsations; quelques frottements à la
pointe, phénomènes passagers qui, en Tabsence de tout bruit stable,
ne nous ont point indiqué la péricardite, ni la grave blessure du
coeur retrouvée à l'autopsie.
L'affection thoracique, reconnue pendant la vie, et bien amélio-
rée par les différentes fonctions qui avaient évacué le liquide sanguin
purulent, se serait terminée favorablement si Aïssa était resté à
l'hôpital. Nous aurions probablement, en suivant journellement ie
malade, été amené à ouvrir la poitrine, à installer des lavages et
l'infection purulente à laquelle a succombé Aïssa eût été évitée ;
car il faut bien le reconnaître, ce malade n'est pas mort du fait
des lésions les plus menaçantes, le foie, l'estomac, le péritoine, au
début n'ont donné aucun signe de réaction. Le péricarde, le coqur
840 • SOCIBTlft Dl CHIRURGIE.
lui-même étaient guéris, et de tous côtés, à l'exoeption de la poitrine,
le danger était éloigné. Le séjour du pus dans la plèvre a causé
rinfection purulente, les abcès métastatiques du foie et la pénto-
nile mortelle. Or, celte affection thoracique dans des circonstances
autres que celle où s'était impérieusement placé le malade, pouvait
guérir. Il en résulte donc pour les blessures primitives que nous
avons décrites une innocuité remarquable et nous ne pouvons
l'attribuer qu'à la petite dimension des projectiles.
C'est grâce au petit calibre du projectile de l'abdomen que le
trajet dans les parois musculaires n'a pas suppuré; que le foie a
pu être traversé sans qu'on sache même retrouver la cicatrice du
trajet, que l'estomac n'a plus présenté qu'une petite dépression
cicatricielle et qu'enfm le projectile a pu séjourner jusque sur
l'aorte abdominale.
La 2* balle était cylindrique : mais elle n'a pas basculé; elle a
produit des lésions analogues à celle d'une balle ronde de 9 milli-
mètres. C'est grâce à ce petit diamètre que les insertions diaphrag-
maliques traversées se sont rapprochées, que le péricarde s'est
obturé, que le cœur lui-même a supporté sans réagir une perle
de substance assez considérable, et s'est cicatrisé.
II
Au nom de M. Sarazin, M. le Secrétaire général donne lecture
de l'observation suivante :
Calculs vésicauz, vessie bilobée, deux opérations de taille en un an ches
un homme qui a subi antérieurement trois opérations de lithotritie. -
. Guérison.
M. B... de Saint- Léger (Nièvre), est un homme de 60 ans, d'an
tempérament sanguin, d'une constitution qui a bien résisté à de
sérieux accidents pathologiques. Ses 2 frères sont morts de la pierre :
l'aîné, médecin à la Charité, après avoir subi la lithotritie perinéale
par Doibcau ; le cadet, sans avoir été opéré. M. B... a eu plusieurs
coliques néphrétiques en 1811 et 1872; il a rendu quelques graviers
de petites dimensions à Contrexeville où il est allé en 187^, et chez lui
pendant l'hiver de 18T2 à 1873. En 1874. présentant tous les signes
d'un calcul vésical, il se rendit à Paris, se confia aux soins de Dolbeau,
subit la lithotritie, et revint chez lui, au bout de 6 semaines, ayant
beaucoup souffert et souffrant beaucoup. Les accidents vésicaux per-
sistant sans amélioration notable, il retourna à Paris en 1875 et y subit
une nouvelle série de lithotrities. L'hiver de 1875 à 1876 se passa
assez bien, mais dès le début du printemps, les accidents de la pierre
revenant avec intensité, M. B..., alla pour la troisième fois se sou-
mettre au lithotriteur de Dolbeau.
Il y serait retourné en 1877, avec une fidélité digne d'un meilleur
sort, sans la mort de son chirurgien.
6BÀMGB DU 18 OÉGBMBRK. 841
Il vint à Bourges : je constatai facilemeut la présence d'une pierre
ou tout au moins d'un gros fragment dans le voisinage du col, et me
fondant sur l'insuccès réitéré de la lithotritie et sur la dureté des
fragments anguleux qui m'étaient présentés, je proposai à M. B... de
le tailler. Il accepta et il fut convenu que j'irais l'opérer chez lui.
L'opération fut faite le 6 juin 1811, avec l'aide des D» Raillard et
Mathieu de la Charité, du D»" Boucher de Sancergues et de son fils
étudiant en médecine. .
La présence de la pierre dans la vessie étant constatée par tous les
assistants, le malade fut soumis au chloroforme, les pieds fixés dans
les mains par mes appareils bouclés, et les cuisses fléchies sur l'ab-
domen et maintenues parallèles par "1 aides. Suivant en tous points
mon procédé qui m'a déjà donné 11 succès sur 19 opérations, 2 coups
de bistouri conduisent mon lithrotome double dans la vessie; il est retiré
ouvert à 4 centimètres 1/2 et remplacé successivement par le doigt, le
gorgeret et les tenettes droites.
Longtemps les tenettes cherchent le calcul sans le rencontrer. J'ai
beau les incliner dans tous les sens, les pousser très-loin, ou les ra-
mener vers le col, rien Soupçonnant que le calcul est logé derrière
la prostate, et abrité par elle, je remplace les tenettes droites par des
tenettes courbes ; ces dernières ouvertes transversalement sont rame-
nées vers le col, le bec dirigé vers le bas-foud, le manche fortement
relevé... rien.... J'introduis dans la vessie la curette^ le bouton con-
ducteur: rien... Une bougie d'étain à petite courbure conduite par la
plaie dans la vessie arrive enfin a toucher le calcul; elle sert de, con-
ducteur aux tenettes droites qui réussissent à le saisir, pas loin du
col ; c'est tout ce que je puis dire de positif sur son siège. Il me semble
encore à l'heure qu'il est que 20 fois je l'avais cherché, sans le trou-
ver, à l'endroit même où je l'ai enfin saisi.
Le calcul se brise dans les tenettes au moment où il franchit le col
vésical. Les quelques fragments restés dans la plaie et reconnus avec
le doigt sont extraits avec une pince à pansements. Les tenettes et la
curette portées dans la vessie ramènent encore quelques fragments.
Des injections à grande eau sont faites dans la vessie ; le tamponne-
ment est pratiqué au moyen de la canule à chemise et le malade re-
porté à son lit.
L'opération avait duré près d'une heure au lieu des 5 ou 6 minutes
qu'il me faut d'habitude.
Ce n'est pas sans raison, comme nous le verrons plus loin^ que j'ai
insisté sur la longueur et la multiplicité des recherches et des ma-
nœuvres intra-vésicales. Elles avaient absorbé à elles seules une cin-
quantaine de minutes.
A la suite de Topération, les douleurs sont très- vives; le malade est
très-abattu, son faciès est inquiétant, les extrémités sont froides. Petit
à petit le pouls se relève, la chaleur revient aux extrémités et une in-
jection de 2 centigrammes de morphine amène un peu do calme et.de
somnolence.
9 juin, — Je revois le malade 3 jours après l'opération. La fièvre est
842
modérée, mais ii te plaint de beaucoup souffrir. Les injections de
morphine amènent seules un peu de calme et de sommeil. L* urine qui
coule par la pkie a une odeur très-forte. J'enlèvo la canule à chemise.
Le périnée et les bords de la plaie sont assez souples. Je prescris an
malade un peu de quinine et d'acide benzoïque, de Teau de lin comme
boisson, une alimentation légère; on continuera les injections de
morphine.
iSjuîn. — L'état s'est petit à petit un peu amélioré. On me montre
quelques petits fragments que le malade, qui peut garder son urine
une heure environ, a rendus par la plaie. L'urine est muco-purulente,
roussàtre, très-odorante, son émission s'accompagne encore d'an
violent ténesme et d'un sentiment de brûlure qui se propage jusqu'au
bout du gland et dure plusieurs minutes. La nuit, le malade dort dans
l'intervalle des crises ; son appétit s^est relevé. — On cherchera à dimi-
nuer le nombre des injections de morphine, régime plus substantiel.
1 litre 1/2 à 2 litres d'eau de Contrexeville en 24 heures.
20 juillet, — La plaie n'est pas encore cicatrisée, mais il n'en sort
plus que quelques gouttes d'urine au moment de la miction. La cystite
présente toujours la môme intensité. Depuis 8 jours environ, la région
hypogastrique et inguino-crurale, à gauche, sont le siège d*an empâ-
tement profond et douloureux; la fièvre a reparu ; l'appétit 8*est perdo.
Malgré l'absence de fluctuation, l'évidence d'un phlegmon pelvien déjà
en voie de suppuration, me laisse assez perplexe. Sur les iastanoesda
malade je renonce à intervenir immédiatement. Le flanc gauche sera
couvert de cataplasmes, et le I^ Raillard qui voit le malade tous les
f jonrs, incisera l'abcès dès que la Huetuation sera manifeste.
fil juillet, — J'apprends par une lettre de mon confrère, qne l'aboès
a été ouvert le 26, un peu au-dessus et en dehors de l'épine pubienoe.
Un flot de pus phlegmoneux s'écoula par Tiacision. La sappuration,
très-abondante pendant quelques jours, diminua asses rapidement. Au
bout de S semaines/ Tabcès était cicatrisé sans avoir à aucun moaent
donné issue à de l'urine.
A quoi devons'-nous rattacher cet abcès? Nous avons «apposé an
phlegmon péri-vésical se développant sous le péritoine ans voisisage
du col sous l'influence de la cystite.
A la fin de juillet, la plaie périnéale était cicatrisée.
La cystite persiste avee des alternatives de mieux et d'aggravation
pendant les mois d'août, do septembre et d'octobre. En novembre le
malade vint à Bourges dans un état relativement satisfaisant, suppor-
tant assez bien la voiture et le chemin de fer. fl y a encore un certain
degré de cystite.
En mars, un fragment assez volumineux s'arrête dans la fosse navi-
culaire et nécessite l'intervention du D' Raillard.
Le 2 juin, M. B.... vient à Bourges ; il m'annonce que sa pierre ett
revenue, et en effet je constate avec une petite bougie d'étain, la pré-
sence d'un calcul dans la vessie. Il est situé à droite ei assez facile-
ment accessible.
Persuadé que j*ai affaire à un fragment qui s'est encroûté dé phos-
SÉANCE DU 18 DKCRMERE. 843
phate de chaux, j'explique à M. B..., qu'il me sera facile de broyer
cette petite pierre avec un lithotriteur, et qu'en 1 ou 2 séances il sera
débarrassé. M. B... se fixe dans un hôtel à Bourges, et le 4 au matin
je vais pour Topérer.
Le malade est couché, le bassin fortement soulevé ; il est soumis au
chloroforme sur sa demande ; j'introduis sans difficulté un petit litho-
triteur dans la vessie, et je saisis bientôt entre ses mors, un calcul qui
mesure plus de 4 centimètres de diamètre, et qui après avoir résisté
un moment a la pression de mon écrou brisé, échappe- à Tinstrument
que je retire immédiatement de la vessie. Mon lithotriteur n'était pas
de taille en effet ù poursuivre le morcellement d'un pareil calcul; d'un
autre côté je n'étais pas décidé dans les circonstances actuelles à
m'adresser à la lithotritie. Un cas aussi imprévu demandait réflexion;
je voulais aussi prévenir le malade.
Cette intervention chirurgicale fut suivie d'une recrudescence de
cystite qui mit quelques jours à se calmer. M. B..., au fait de sa situa-
tion, rejeta la lithotritie d'une façon absolue et demanda à être taillé.
L'opération fut pratiquée le 12 juin.
La cicatrice périnéale relativement récente n'amena aucune difficulté,
la vessie fut facilement et rapidement ouverte. Me rappelant les longues,
et laborieuses recherches de l'année précédente, je glisse d'abord sur
le gorgeret mon cathéter à petite courbure ; je recannais, à droite, la
présence du calcul, et conduisant les tenettes qui remplacent le gor-
geret sur le cathéter, j'arrive sur le calcul et je le saisis sans difû-
culté.
Au moment de franchir le col qui a été incisé à 4 centimètres 1/2, je
sens de la résistance. Lâchant les tenettes d'une main et soutenant de
l'autre l'abaissement du calcul, l'index droit est porté dans la plaie pour
reconnaître la nature de l'obstacle, modifier s'il y a lieu la présenta-
tion du calcul et au besoin guider le débridement multiple. Je recon-
nais alors que j'ai saisi en môme temps que le calcul, une membrane
épaisse, un véritable septum vésical ; toute traction exercée sur la
tenette lui communique une tension correspondante ; elle est située à
gauche du calcul, Tindex peut la suivre au-dessus et au-dessous de
la tenette, elle forme une cloison à peu près antéro-postérieure. Je ne
trouve rien à droite.
Je lâche le calcul bien à regret, me demandant s'il me sera facile
de le retrouver ; je porte les mors de mes tenettes d'abord en haut,
puis à droite pour franchir l'obstacle que j'ai reconnu, je lâche le cal-
cul, je le saisis et j'en opère Textraction.
La vessie largement in*iguée d'eau froide, le tamponnement de la
plaie est pratiqué et le malade reporté à son lit. L'opération, sans le
pansement, a duré 12 minutes.
Le calcul extrait a 0,049«^ de long. 0,02i7°^™ de large, 0,024°^ d'épais-
seur, il a la forme d'une savonnette irrégulièrement mamelonné ; sous
une couche d'un gris jaunâtre assez mince qui l'encroûte, on reconnaît
son noyau brun rouge d'acide urique. On voit sur sa surface les mar-
ques assez fraîches dé mon lithotriteur, celles des tenettes, et en
DULL. ET MÉM. DE LA HOC DE CHIB. 50
8ii SOCIKTK DK CHIRURGIE.
plusieurs endroits des dépressions légères recouvertes de la croûte
phosphatique, correspondant très-bien à la forme et bux dimensions
des mors d'un lilhotrileur, sont pour moi les traces laissées sur le
calcul par le lithotritcur de Doibeau. Le poids de cette pierre avant
dessiccation est de 59 grammes.
Les suites de l'opération ne présentent pas grand intérêt et je me
contenterai de les résumer en quelques mots. La cystite augmenta
sans mettre la vie du malade en danger. Elle s'améliora lentement. La
fièvre ne fut pas forte, mais tenace; les douleurs furent très-modérées;
la plaie resta pendant 15 jours ulcéreuse, pultacée, sensible au passage
de Turine, sans tendance vers la cicatrisation qui marcha ensuite len-
tement mais régulièrement. Au- commencement de juillet seulement
Tnrine recommença à passer par le canal ; le â6 juillet elle cessa de
passer par la plaie. M. B.-., impatient de rentrer chez lui, quitta
Bourges le 29. A ce moment, la plaie périnéale n'est pas encore com-
plètement cicatrisée, mais la miction^ qui n'est plus douloureuse, se
fait toute entière par le canal ; elle est encore assez fréquente etTurine
un peu trouble au moment de l'émission, forme dand le vase un léger
dépôt muco-purulent. Le malade est un peu affaibli, mais en me quit-
.tant il me dit : « Cette fois, cher docteur, je suis bien gttéri. »
M. H... m'a envoyé de mois eu mois de ses nouvelles; rien n'est
venu jusqu'ici compromettre une guérison si chèrement payée, mais
de temps en temps la cystite reparaît un peu et les urines deviennent
louches pendant quelques jours.' M. 13... affirme de plus en plus sa
guérison.
(^et te double opération m'a semblé présenter quelque intérêt au point
de vue du parallèle à établir entre la taille et la lithotritie et au point
de vue des difficultés que l'on peut rencontrer dans la recherche des
calculs vésicaux, alors m(>me que la vessie a été ouverte par la taille.
Ne semble-t-il pas évident que si, au lieu de m'adresser à la taille,
j'avais eu recours à la lithotritie, j'aurais rencontré la première cïomme
la seconde fois le môme insuccès que Doibeau ? Pourquoi Fauteur de
la lithotritie périnéale a-t-il chez M. B... renoncé à sa méthode favo-
rite ? Pourquoi trois fois de suite a-t-il fait la lithotritie proprement
dite? Ce n'est pas à cause de la facilité de fopération chez ce malade,
car j'ai appris depuis que les séances étaient assez longues, très-dou-
loureuses, suivies d'écoulement de sang assez considérable par
rurèthre,etque bien souvent le chirurgien n'avait pas pu saisir le cal-
cul snns pouvoir en indiquer la raison. Le premier calcul que j'ai
extrait et qui s'est brisé en plusieurs gros fragments dans mes tenettes,
m'a semblé avoir été largement entamé par la lithotritie. Ses débris,
réunis aussi exactement que possible, pesaient 27 grammes et por-
taient par places des tiaces assez nettes de lithotriteurs ; ils ressem-
blaient très-exactement comme aspect et comme consistance a ceux que
le malade avait rendus à Paris.
On peut me reprocher, ayant ouvert la vessie par la taille en 18"1,
de ne pas avoir su en extraire le calcul que j'y ai trouvé en 18"8, et
qui bien certainement y séjournait déjà depuis plusieurs années. Je ne
SKANCR DU 18 DÉCEMBRE. 815
Tni pas renconlré, et j'étais bien loin de soupçonner sa présence, ayant
fait des recherches très-prolongées et longtemps infructueuses. C/était
la première fois que la recherche d*un calcul me présentait d'aussi sé-
rieuses difficultés, et la première opération terminée, J'aurais affirmé
que je n'avais pas laissé un seul point de la vessie inexploré.
La présence d'une cloison au moins, dans la vessie, me semble assez
bien démontrée dans le cas de M. B... Je ne saurais m' expliquer au-
trement ce sceptum membraneux que j'avais saisi en même temps que
le calcul, lors de la seconde opération, et que j'ai touché du doigt,
grâce à l'abaissement produit par la traction que j'exerçais. Une autre
raison qui milite en faveur de cette opinion, c'est l'absence de facettes
du frottement sur le calcul enlevé le dernier. S'il n'avait pas été con-
tenu dans une loge à part, cette facette n'aurait pas manqué. Enfin, y
a-l-il plus de doux loges dans cette vessie? je serais porté à Tad-
mettre : ainsi s^cxpliquorait facilement la longueur de mes recherches
infructueuses lors de la premiùre opération et les difficultés qu'a ren-
contrées Dolbeau dans ses opérations de lithotritie. Quand nous ne
trouvions rien, nous étions, lui et moi, dans une loge où il n'y avait
rien.
10 décembre, — Le malade sort de chez moi. Il se considère cette fois
comme absolument et radicalement guéri. Jamais, dit-il, il ne s'est
mieux porté. Toute trace de cystite a disparu, la miction se fait nor-
malement.
Présentation de pièce.
M. TiLLAUx présente le membre inférieur d'un jeune garçon
ampute de la cuisse pour une ostéomyélite.
Ce jeune homme, quelques jours avant son entrée, avait été mal-
traité par ses camarades qui lui avaient jeté un marteau sur la
malléole externe. Malgré des incisions profondes, le mal 8*aggrava,
Tarticulation tibiotarsienne, le genou se prirent et il fut nécessaii*e
de recourir à l'amputation de la cuisse.
Le tibia était rempli de pus, mais, cliose importante à noter, les
épiphyses étaient peu malades ; le point de départ n'avait donc
point été épiphysaire.
Présentations d^instraments.
M. GuvoN présente au nom de M. Collin trois instruments des-
tinés à rexlraction des corps étrangers de la vessie.
Le premier,qui a la forme d'un lithotriteur, est destiné à la recher-
che; au moyen d'un ressort de montre placé dans le corps de l'instru-
ment, un bruit semblable à une sonnerie électriiiuc se fait entendre
quand les deux branches saisissent un corps quelconque.
846 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE,
Le second, destiné à l'extraction, permet, grâce à un petit
refouloir, de diriger le corps étranger jusqu'à Textrémité de l'ins-
trument et de l'empêcher de faire saillie du côté du talon.
. Le troisième, construit pour extraire les corps étrangers de la
vessie chez la femme, a pour avantage de permettre de le saisir
toujours dans son axe.
M. Farabeuf donne lecture, au nom de la commission chargée de
l'examen des travaux envoyés pour le prix Laborie, du rapport
suivant.
Rapport sur le prix liaborie.
Je viens vous faire connaître le rapport délibéré par la commis-
sion composée de MM. Verneuil, Giraud-Teulon, Tillaux, Terrier
et Farabeuf, et chargée d'examiner les deux mémoires qui ont été
envoyés à la Société pour le prix Laborie.
L'un de ces mémoires porte sur un sujet précis et bien limité :
la pneumocèlo trauinatique. C'est un travail assez bien composé,
qui se ht facilement et dont Tauteur tire de sages conclusions d'ob-
servations malheureusement peu nombreuses et déjà connues. Une
seule lui serait personhelle s*il n'avait omis à dessein de la pubher
de peur de se faire connaître. Nous ne devons pas trop regretter
cette lacune, car vraisemblablement Tautem* a dit tout ce qu'il
avait à dire de son blessé observé tardivement en faisant connaître
le traitement employé et ses résultats.
Les conclusions de ce travail son étayées sur 15 observa-
tions, dont la plupart manquent des détails indispensables, ce qui
n'est pas la faute de l'auteur. Mais toutes sont empruntées à des
auteurs ou compilateurs français. G*est dire que la httérature chi-
rurgicale étrangère moderne n'a pas été mise à contribution; car,
il n'est pas admissible que l'ayant été elle n'ait rien fourni.
Les expériences sur les animaux auraient pu compenser en quel-
que sorte la rareté des cas de pneumocèle chez l'homme. L'auteur
dit en avoir Tait beaucoup et n'en parle guère autrement. C'est évi-
demment regrettable.
Néanmoins, ce travail est assez bien fait pour mériter que votre
attention soit attirée sur quelques points.
La pneumocèle se produit toujours en avant et généralement du
côté de gauche. Ce serait le bord libre et tranchant du poumon qui
s'engagerait presque toujours dans la plaie thoracique, sous Tin-
fluence d'un effort expiratoire plus ou moins violent pendant lequel
SÉANCK DU 18 DÉCKMBRE. 8i7
la tension de l'air intra-pulmonaire est augmentée. Ce dernier
point ne fait plus de doute.
Immédiatement après sa production, la hernie pulmonaire se
présente avec des caractères qu'elle perdra bientôt. Le poumon a
conservé sa couleur, sa* souplesse d'édredon ; il crépite, se' gonfle
davantage si des expirations forcées et brusques se produisent ;
s'affaisse quelquefois au contraire partiellement pendant l'inspi-
ration. Des bruits aériens peuvent donc s'y faire entendre, mais
l'auteur qui veut qu'on ausculte les pneumocèles pour y rechercher
le murmure vésiculaire et qui décrit des symptômes d'ausculta-
tion comme si le stéthoscope avait été déjà mis en œuvre, l'auteur,
dis- je, néglige d'exposer que Tair ne peut circuler dans une pneu-
mocèle comme dans un poumon. Ainsi, il est évident que si la
hernie pulmonaire récente peut recevoir de l'air, ce ne doit être
que pendant l'expiration et, ajoutons-le, exceptionnellement.
Les syjnptômes de la lésion ont été étudiés avec soin ; et pour-
tant, pour arriver à cette conclusion, qu'il n'est pas toujours facile
de distinguer une pneumocèle d'une épiplocèle.
L'auteur insiste beaucoup sur la bénignité relative du pronostic.
Avec une large plaie thoracique, une complication étant pour ainsi
dire inévitable, mieux vaut une pneumocèle qui exclut le pneumo-
thorax, l'hémothorax et l'emphysème que l'une ou l'autre de ces
dernières complications qui loin de s'exclure l'une l'autre se
montrent si fréquemment réunies.
Déjà Guthrie, si je ne me trompe, avait fait remarquer l'utilité de
laisser en place le bouchon d'une pneumocèle pour éviter les épan-
chements pleuraux.
D'après l'auteur, il ne faut pas réduire les hernies du poumon
même récentes, non pas par crainte d'une inflammation qui pour lui
n'est pas en rapport avec la durée de l'exposition de l'organe à
l'air, mais parce qu'il semble démontré qu'il est de beaucoup pré-
férable d'abandonner le poumon hernie dans la plaie, comme on y
abandonne généralement l'épiploon. C'était déjà, M. Duplay vous
l'a fait connaître, au commencement de cette année, la conclusion
d'un travail de M. Cauvy de Béziers.
L'auteur du mémoire dont j'ai l'honnaur de vous entretenir pro-
pose donc : 1"* d'attendre quelques jours sans toucher à la hernie
(à moins qu'elle ne saigne) afin de donner le temps au pédicule de
se souder à l'orifice ; 2** de lier ce pédicule, d'exciser l'excédant, de
cautériser la surface de section et de panser avec des désinfec-
tants jusqu'à la chute de Teschare. C'est ainsi qu'il a soigné le
blessé dont la guérison a été rapide et sans entraves.
Votre commission a remarqué dans ce travail un certain mérite
et si vous pensez avec|elle que le traitement de la pneumocèle qui
848 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
s'y trouve indiqué est rationnel et recommandable, vous voudrez
sans doute, pour le sanctionnement de votre haute approbation, en
récompenser Fauteur.
Le second mémoire est intitulé :
De talaxic locomotrice dans ses rapports avec le traumatisme.
L'auteur débute ainsi : « Nous nous sommes proposé de recher-
cher si le traumatisme pouvait engendrer Tataxie ou quelqu'un «le
ses principaux symptômes; et réciproquement, si l'ataxie. pouvait
imprimer une marche particuliùre aux lésions traumatiques. >
Ces premières lignes vous indiquent qu'il va être question «le
pathologie générale chirurgicale, et votre rapporteur ne peul
s'empêcher de constater avec l'auteur lui-môme que l'idée première
du mémoire soumis à votre jugement a dii être puisée dans les le-
çons du professeur Verneuil. Mais en pareille matière l'idée n'est
pas tout, il faut des documents en grand nombre. L'auteur ne s'est
pas fait faute de recourir à toutes les sources, peut-être nnêmen'a-
t-il pas su se borner et a-t-il rapporté avec une complaisaoce
égale, quelques observations décisives et un grand nombre d'insi-
gnifiantes et d'équivoques. Mais quelle que soit la valeur des obser-
vations mises en œuvre et des conclusions qui en ont été tirées, il
est bon de vous dire que ces observations ont été empruntées de
première main aux mémoires originaux. Sous le rapport de l'exac-
titude bibliographique, notre auteur ne transige pas : en plus d*iin
point il nous en fournit la preuve. C'est un mérite.
Les documents utilisés sont rangés sous trois chefs de manière
à élucider successivement : l'action des traumatismes sur la produc-
tion et l'aggravation de l'ataxie et l'action de l'ataxie préétablie
sur les traumatismes. Ce serait trop beau si l'auteur, qui évidem-
ment a voulu faire un travail chirurgical, avait trouvé les moyens
de remphr le cadre qu'il s'est tracé.
Malheureusement, à cote des faits chirurgicaux nous trouvons
un trop grand nombre de faits médicaux, pour que nous ne puis-
sions pas déclarer qu'évidemment l'auteur n'a pas trouvé les faits
qu'il espérait rencontrer quand il a choisi son sujet. C'est ainsi
que dans les observationa destinées à montrer rinfluence causale
des traumatismes sur l'ataxie nous voyons une quantité de sup-
pressions de sueurs des pieds, d'bémorrhoïdes et d'éruptions
cutanées. Il y est donc question d'affections de toutes sortes qui
produisent, on peut le dire, des ataxies de toute catégorie, la vraie
et les fausses, des spasmes et des paralysies plus ou moins fugaces.
L'auteur cependant ne confond pas ces choses dissemblables et
termine honnêtement et modestement de la façon suivante son
>KANCE DU 18 DÉCEMBRE. 819
premier chapitre : c Des traumaiismes notés dans les antécédents
(les sujets ataxiques ont été dans certains cas de simples coïnci-
dences ; dans d'autres ils paraissent avoir déterminé ou si Ton
veut avancé l'apparition de Tataxie ; dans d'autres encore, ils ont
provoqué la localisation de Tataxie sur certains organes ou dans
certaines régions. »
Le second chapitre prêterait à des conclusions moins vagues et
réduit à sa première partie aurait une tournure exclusivement chi-
rurgicale. Il s'agit de traumatismes accidentels ou opératoires
chez des ataxiques avérés. Et, pour une urélhrotomie et une frac-
ture du péroné qui n'influencent en rien la marche de la maladie
médullaire, nous voyons un bien plus grand nombre de trauma-
tismes analogues donner un véritable coup de fouet à l'ataxie.
Mais après cette première partie nous retombons encore dans les
rapports de l'ataxie avec diverses affections intercurrentes médi-
cales : pleurésie, érysipèle, troubles menstruels, etc. L'auleur sent
bien qu'il ne justifie pas complètement son titre et nous dit avec
sincérité, parlant de l'aggravation de l'ataxie par les affections in-
tercurrentes : « Que l'agent provocateur soit un traumatisme, une
affection fébrile, une perturbation de certaines fonctions, de la
peau ou d'un autre appareil, peu importe : le résultat est le môme
pour le locus minoris resistentia?. »
De sorte que le vrai titre de son travail aurait pu être : De Tin-
fluence des irritations ou des perturbations périphériques internes
ou externes sur l'ataxie.
Le troisième el dernier chapitre est consacré à l'influence de
l'ataxie sur la marche des lésions traumatiques. Là, A côté de frac-
tures qui se consolident fort vite, nous en voyons d'autres ainsi que
des contusions qui se terminent par de vastes phlegmons et la mort.
En résumé, et d'après l'auteur, il n'est pas étabU qu'un trauma-
tisme agissant loin de la colonne vertébrale ait jusqu'ici été la
cause réelle de l'ataxie ; mais, un tel traumatisme a pu maintes fois
activer ou réveiller la marche de la sclérose des cordons posté-
rieurs.
Messieurs, quand un chercheur aborde pour la première fois un
sujet inexploré avant lui, il n'y a rien d'étonnant à ce que son travail
soit passible de critiques et vous avez vu (ju'elles n'ont pas été
épargnées. Mais si ce travail est néanmoins une œuvre utile faite
avec conscience, un premier aperçu d'une question obscure, une
première collecte toujours difficile à faire de matériaux tout pré-
parés pour les travailleurs à venir, nous pensons. Messieurs, qu'il
y a lieu de le récompenser. Tel est justement le cas du mémoire dont
vous venez d'entendre parler.
C'est pourquoi votre commission vous propose de partager le
850
SOCIETE DE GHIIIURGIE.
prix Laborie et d'en remettre une moitié à chacun des auteurs des
mémoires dont je viens d'avoir l'honneur de vous entretenir.
La Société se forme en conseil secret.
La séance est levée à 5 h, 3/i.
Le Secrétaire^
. HORTELOUP.
Séance du 26 décembre i&78,
Présidence do M. Guyon.
Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
La correspondance comprend :
i9 Les journeaux périodiques de la s'ei^aine» le DfilJetin de AU
cadémiede médecine, la Revue mensuelle" *^ médecine et de chi-
rurgie^ la lievue des sciences médicales, Hh '^^^''^ clinique d*un
ûbrome utérin de 150 grammes, par le D'' Ph. 'l»PPeaux, Rapport
sur un cas d'ostéo-périostite aigu'c polyrégioiihi ''^» P^^ ^^ ^' ^^
Beauvais ;
^ Les Mémoires et Bulletins de la Société de m.^^^^^'"^ ^' <^^
chirurgie de Bordeaux, la Revue médicale de Touloitse^ . *® Bulletin
médical du Nordy le Lyon médical, la Revue médicale de i ^^^ »
3** Le journal international des sciences médicales de Nfii^^'^'^^ ^^
Gazette médicale de Turin, la Gazette Italienne-Lombarde^ Cen-
tralblatt fur Chirurgie, The British médical Journal.
A propos du procès-verbal, M. Tillaux donne lecturs^de l'obser-
vation de Tenrant dont il a présenté les pièces dans ki séance
précédente.
Périostite phlegmoneuse. -* Ostéo-myélite aigad diffuse du tibia*
chez un adolescent.
J'ai eu le bonheur de mettre sous vos yeux les pièces provenant
d'un jeune garçon de 15 ans auquel j'ai pratiqué ramputation àç la
cuisse gauche. Le tibia était dénudé sur presque toute son étendue ;
un grand nombre d'ostéophytes était développé à la face profonde
dupérioste. Après avoir scié le tibia suivant sa longueur, on constate
que le tissu compacte présente une teinte légèrement rosée. Quant
au tissu spongieux, il est complètement infiltré de pus. La moelle
SÉANCE DU !26 DÉCEMBRE. 851
a presque disparu, surtout vers la partie moyenne du canal médul-
laire. Les épiphyses supérieures et inférieures du tibia sont elles-
mêmes infiltrées de pus, mais on peut constater que les cartilages
de conjugaison sont à peu près intacts et que Tincision des épi-
physes à la diaphyse est intime.
L'articulation du genou était remplie de pus. Vous voyez que le
cartilage d'encroûtement du tibia a disparu sur une certaine éten-
due. L'articulation tibio-tarsienne renfermait également du pus,
et l'affection paraît plus avancée de ce côté, car les surfaces arti-
culaires sont complètement dépouillées de leurs cartilages d'en-
croûtement.
Ces pièces proviennent d'un jeune garçon de 15 ans, apprenti
mécanicien à Saint-Ouen. Le 3 octobre dernier, des camarades
après l'avoir fortement effrayé en l'enfermant dans une cave, lui
lancèrent dans les jambes un marteau qui atteignit la malléole
externe gauche. Le coup n'empêcha cependant pas ce garçon de
continuer son travail pendant 48 heures. Il est difficile de ne pas
voir une certaine relation entre les mauvais traitements qu'a subi
le blessé et son affection, mais il faut reconnaître l'existence d'une
prédisposition, car la cause a été relativement légère.
Je vis le malade pour la première fois le 18 octobre avec mou
confrère le D' Thobois, de Saint-Ouen. L'enfant présentait une
grande prostration, souffrait beaucoup, et je constatai l'existence
d'un vaste abcès occupant la moitié inférieure et interne (le coup
avait porté sur le côté externe) de la jambe gauche. L'abcès fut
largement ouvert et je trouvai le tibia dénudé. Une amélioration
notable succéda à cette incision, mais les accidents reparurent et
l'enfant fut amené à Beaujon le 5 novembre. Un nouvel abcès sur-
vint à la moitié supérieure et externe de la jambe et fut largement
ouvert le 10 novembre. Le tibia était à nu dans toute l'étendue du
foyer. J'espérais pouvoir faire la résection de la totalité du tibia,
ainsi que Ta pratiquée notre confrère M. Duplay dans un cas ana-
logue, mais les articulations adjacentes, genou et cou-de-pied,
furent envahies et l'amputation de la cuisse devint indispensable.
Elle fut pratiquée le 15 novembre, le jeune garçon n'a pas encore
repris complètement ses forces, mais il peut être considéré actuel-
lement comme guéri.
Le malade a été atteint d'une ostéo-myélite aiguë et d'une pé-
riostite phlegmoneuse diffuse ainsi que le prouve l'examen des
pièces. Mais l'une de ces deux affections a-t-elle été primitive, ou
bien ne constituent-elles toutes deux qu'une seule et même mala-
die ? Il me semble impossible de se prononcer en s'en rapportant
uniquement aux pièces anatomiques. Je ne puis toutefois accepter
852 SOCIKTK DE CHIMLIUHE.
q^lQ point de départait été épiphysaire puisque les deux carlila-
ges de conjugaison étaient la partie la moins altérée de Tos.
Jejpejase, avec M. Ghassaignac, qu'il y a lieu de distinguer clini-
quementrostéo-myélite et la périostite phlegmoneuse. Ce ne sont
pas à mon avis deux degrés d'une même affection. Sans doute
l'ostéo-myélite s'accompagne fatalement de décollement du périoste,
de nécrose de Tos et de la production d^osthéophytes, mais la réci-
proque n*est pas vraie, c'est-à-dire qu'il existe des périostites
phlegmoneuses diffuses sans osléo-myélite.
M. Terrier. D'après les recherches de M. Ranvier, on sait qu'il
est difficile que le périoste puisse se prendre seul sans que la moelle
ne soit envahie ; aussi a-t-on bien fait de considérer ces deux
lésions comme une seule lésion pouvant prendre naissance dans
deux points différents : la région sous-périostée et la moelie.
M. Tillaux a fait remarquer avec raison que le phlegmon sous-
périoste naît le plus souvent au niveau des cartilages épipbysaires,
ceia tient à l'activité plus grande de la nuti-ition en ce point.
M. Marjolin. Je crois qu'il faut faire une distinction bien nette
entre les affections périostiques de la portion épiphysaire.
Si l'inflammation de la moelle était aussi fréquente qu*on semble
vouloir l'admettre, l'amputation serait très-fréquente. J'ai vu sou-
vent des périostites superficielles avec nécrose de l'os. Ces affec-
tions sont la cause fréquente d'erreur de diagnostic : on croit
souvent au début à du rhumatisme et si on ne débride pas, il y a
souvent des foyers purulents dont le pronostic est très-grave.
Quant à l'ostéo-périostite avec suppuration niéduUaire, c'est
beaucoup plus grave.
L'étiologie de la périostite est très-obscure, on rencontre sou-
vent cette affection chez des enfants surmenés ; mais il faut mettre
une certaine prudence à admettre comme étiologie le traumatisme,
car cela entraînerait une grande responsabilité.
M. de Beauvais, médecin de Mazas, fut consulté pour un jeune
apprenti atteint de coxalgie, dont la cause tenait manifestement à ce
que cet enfant avait été obligé par son patron de nettoyer un bouil-
leur encore chaud. La position très-gênante que l'enfant avait été
obligé de garder très-longtemps avait eu vers les os un retentis-
sement qui avait produit la coxalgie. — Le rapport très-net et très-
positif a entraîné la condamnation du patron.
H ne faut donc admettre le traumatisme qu'avec une certaine
réserve.
Je me résunie en disant que vers l'âge de 12 ans, il y a chez les
enfants deux alTections osseuses bien distinctes ; une suppuration
SEANCE DU 26 UÉCEUBRE. 853
superficielle sous le périoste, et une seconde où Tinflammation
anvaliit la moelle, Tostéo-pénostite.
M. Desprès. En examinant la pièce présentée par M. Tillaux, j*ai
été frappé de la présence d'ostéophytes qui indiquent une affec-
tion ancienne.
Or, les lésions médullaires paraissaient récentes ; il y a donc eu
trcs-probablement une périostite et une ostéo-myélite consécutive.
Pour moi, je pense que Tostéo-myélite de l'enfance débute par le
cartilage épiphysaire, à la suite de fatigue ou de fièvre typhoïde.
On voit alors se former des abcès aux extrémités des os, abcès
décrits par M. Josselin ; mais pour les cas dont parle M. Marjolin,
périostites superficielles, en dehors des points normaux, il faut
admettre comme principale origine un traumatisme.
M. Blot. Je voudrais poser une question à mes collègues; je
viens d'entendre surtout dire que Tostéo-myélite arrivait vers l'ado-
lescence.
Or, j'ai observé» il y a peu de temps, un enfant de 12 jours chez
lequel survint, sans cause appréciable, un gonflement d*une extré-
mité osseuse. MM. Bergeron et Lannelongue, n*hésitèrent pas à
diagnostiquer une ostéo-myélite. Malgré une large incision, Tenfant
fut enlevé en quelques jours.
Je serais heureux de savoir si nos collègues ont vu souvent se
développer à cet âge de semblables affections.
M. Panas. On connaît quelques exemples d'ostéo-myéUte chez les
nouveau-nés, mais il faut toujours penser à la syphiHs, car les
travaux de M. Parrot ont bien mis en lumière Tinfluence de la
syphilis.
J'ai examiné avec soin les pièces présentées par M. Tillaux ;
quoique ces pièces aient macéré longtemps dans l'alcool, je serais
très -disposé à admettre que le point de départ a été l'épiphysô et
que la diaphyse n'a été prise que secondairement. La raison (jui
me fait admettre cette étiologie, c'est que Tes m'a paru surtout
infiltré depuis sa partie supérieure.
Si, à l'état frais, on a vu une lésion de Tos tout entier, c'est
différent, mais l'examen de la pièce macérée ferait plutôt admettre
un point de départ limité à Tépiphyse.
M. Perrin. Je regrette de ne pouvoir partager l'opinion de
M. Panas, car je n'hésite pas à considérer cette pièce comme une
périostite diffuse ayant envahi de dehors en dedans l'os et la
moelle.
M. Desprès nous a dit qu'il y avait souvent dans les ostéo-myélites
de la diaphyse, traumatisme et hématome. Je no sais si cela es(
exact, car j'ai rarement vu signaler ce (raumatisine,
854 SOCIKTK DE CHIRURGIE.
Pour moi, je considère que ces troubles nutritifs tiennent à la
constitution qui peut seule donner et expliquer la mai'che et le
développement.
M. GuÉNiOT. Je mets sous les yeux de la Société des pièces
relatives à un cas d'ostéite suppurée des extrémités diaphysaires
des os d*un nouveau-né. Je donnerai, dans la prochaine séance,
des détails cliniques et anatomiques afférents à cette présentation.
Elections.
Nomination du Président. — 25 votants.
M. Tamier obtient 23 voix. — En conséquence, M. Tarnier est
proclamé Président, pour Tannée 1879.
Nomination du Vice-Président. — 25 votants.
Après deux tours de scrutin, M. Tillaux obtient 16 voix.
M. Tillaux est proclamé Vice-Président pour l'année 18711.
Nommation des deux Secrétaires annuels.
M. Lannelongue est nommé premier Secrétaire annuel.
M. Polaillon est nommé second Secrétaire annuel.
Nomination du Tivsorier.
M. Berger est nommé Trésorier, en remplacement de M. Ni-
caise.
Par acclamation, M. Terrier est continué dans ses fonctions d'Ar-
chiviste.
A 5 h. 1/2, la Société se forme en comité secret.
La séance est levée à 6 heures.
Le Secrétaire^
HORTELOUP.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE toUB QUATRIÈUK
BULLETINS ET MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Abdomen [Tumeur ûbreuse de Fabdomen), par M. Desprès, 475.
— et des deux plèvres {Plaie par instrument tranchant de /*), par
M. Chauvel, 029.
Accès d asthme avec orthopnée succédant à une fracture de Favant-bras chez
un asthmatique^ par M. VEDRfeNES. — Rapport de M. Vbrnbuil, 76.
Adhôreuces [des] des muscles droits avec la capsule de Tenon. — Mémoire
de M. Boucheron. — Rapport de M. Trélat, 492.
Allocution de M. Guyon, prenant le fauteuil de la présidence, 62.
Anévrysme artério-veineux du pli de Vaine, par M. Berger, 605.
— de la carotide interne, par M. Cazin, 64, 871.
— ûfe la souS'Claviôrey par M. Desprès» 156.
— traumalique de Vartère occipitale, par M. Poinsot, 531.
Antiseptique {Pansemenl)^ par M. ListeR/421.
Artère fémorale {Ligature de D, par M. Farabeuf, 405.
— — — par M. Trélat, 407.
— — — par M. TiLLAUX, 408.
— mammaire interne [Blessure de /'), épanchement considérable. — Gué-
rison, par M. Baudon, 490.
Arthrite tuberculeuse {Forme de f) ou synovite granuleuse^ par M. Lanne-
LONOUE, 295.
— — . par M. Terrier, 801.
Ataxic locomotrice consécutive à la ligature de deux petites hémorrhoïdes,
par M. Vedrènes. — Rapport de M. Verneuil, 76.
Atrophie ancienne du membre supérieur droit. — Développement relatif
moindre de la circonvolution pariétale ascendante gauche, par M. Sée, 834.
Attaque de rhumatisme articulaire à la suite de l'introduction d*une sonde
cannelée dans une fistule anale chez un sujet arthritique, par M. Vedrènes.
^ Rapport de M. Verneuil, 76.
B
Balle de plomb dans le genou, par M, Eurmann, 738.
— de revolver ^Extirpation d'une) située dans le rocher, par M. Ter-
RiLLON. — Rapport de M. Le Dentu, 70d.
806 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Bandage en sac de plùtrfi. — Nouvelle modificalion du bandage plâtré, par
M. ZsiGMONDi. — Rapport de M. Tillaux, Gôl
— — — par M, Hergott, 725.
Bec-de-lil-vre complique de saillie des os ÎDlermaxillaires. — Division de
la voûte palatine et ovale du palais, par M. Le Dentu, 388.
Blessure de l'artère mammaire interne^ par M. Baudon, 390.
Bras artificiel s f 342.
— — 435.
Calcul de cystioe, taille, guérison, par M. Gaujot, 177.
— du conduit de Wharton, par MM. de Labolrdette cl Bertin. — Rapport
de M. Desprks, 84.
— de la prostate, lailloy M. Desprès, 687.
— vésical formé autour d'une alone de cordonnier. — Cystotomie bih-
téraïe. — Guérison, par M. Fleury, de Clcrmont, 394.
— vésical formé autour d'une épingle à cheveux, par M. Le Demi:, W
Calculs vésicaux chez la femme ayant pour point de départ des épingles *
cheveux, par M. Pamard, 640.
Calculs vésicaux, — Deux opérations de taille en \ au. ^ Guérison, par
M, Sarrazin, 840.
Cataracte {Nouveau procédé pour f extraction de la), par M. V'ibert, du Puy.
— Rapport de M. Giraud-Teulon, 572.
Cécité [de la) unilatérale par tontusion rétrO'Oculairc, par M. Gras, 586-724.
Céphalotribe, par M. Tarnier, 627.
Choroïde {Tubercule de la), par M. Anger, 755.
Cloisonnement transversal du vagin, par M. Hubert-Boe.vs. — Rapport de
M. GuÉNioT, 509.
Corps étranger du genou. — Taille articulaire. — Pansement antiseptique.
— GuérisoB, par M. Verneuil, 787-735.
— — — par M. Paquet, 729.
— — — par M. Chipault, 780.
— — — par M. GuYON, 734.
— {Balle de plomb), par M. Ehrmann, 738.
Corps étranger du rectum , par M, Turjib. — Rapport de M. T. Anger. 7^.
Corps étranger de fS iliaque. — Laparo-entérotomie, par M. Studsgaard. —
Rapport de M. Tillaux, 655.
Coude {Luxation du) en arrière incomplète. — Fracture de la trochlée, par
M. Chauvel, 534.
Coup de feu dans faisselle. — Ilémorrbagie. — Suppression du pouls raditl.
— Guérison, par M. SE e, 317.
— à la région temporo- faciale, par M. Fleury, 798.
— h l'appendice xyphoïde par deux petits projectiles, par M. PoNCET,de
Cluny, 828.
Crâne (Fracture du) par contre-coup ^ par M. Perrin, 128.
Dangers du tatouage de la cornée, par M. Pavas, 86.
Désarticulation du fémur, par M. Desprès, 99.
TAIiLK DES MATIKRES. 85'
Drsarticitlation du fémur, par M. Karabœuk, i80-19i.
— par M. GuYON, 100
— — par M. Perrin, 103.
— par M. TiLLAUx, 97.
— — par M. Verneuil, 107-191.
Discours de M. Panas, président, 32.
Dissection et ablation (Procédé pour favoriser la) de certains kystes à
contenu liquide ou demi^liquide, par M. Pozzi. — Rapport de M. Db-
LENS, 715.
Dystocie par allongement et tuméfaction des lèvres du col. — Forceps, par
M. Mandillon. — Rapport de M. Guéniot, 155.
Écarteur des paupières, 91.
ICctroméliens (Description d*un vice de conformation de la famille dos), par
M. RiBEIRO DE SOUSAPONTES. — RappOft dO M. liOUEL, 38â.
Electiony Nomination de M. Berger, 388.
— Nomination du bureau, 854.
Eloge de Dcmarquay, par M. de Saint-Germain, 58.
Embolie pulmonaire [Mort rapide par), par M. Azam, 94.
Embryolome, de M. Pierre Thomas, 542.
Enchondrome du testicule, par M. Anoer, 235.
Engorgement chronique des membres inférieurs^ par M. Chauvel, 350,
Epauchements du genou {Pathogénie des), dans les fractures de cuisse, par
M. Lannelongue, g.
— — par M. Berger. — Rapport de M. Lannelon-
GUK, 830.
Exosloso diffuse du maxillaire supérieur, par M. Baudon, 192.
Extirpation d'une balle de revolver dans le rocher par M. Terrillon. —
Rapport de M, Le Dentu, 708.
— de la verge, par M. Cabadie. — Rapport de M Berger, 500.
Exlmction de la cataracte, par M. Virert. — Rapport de M. Giraiid-TEi:LON,
Fémur (Désarticulation du). Voir Désarticulation,
Fibreuse (Tumeur) intrapariétale de fabdomcn, par M. Nxaise, C18.
Fibrome de la paroi abdominale, par M. Desprks, 617.
Fourche fixatrice des kystes du sourcil, par M. Duplouy, 293.
Fracture intra-utérine de l'extrémité supérieure du fémur, par M. Anger,
243-2W.
— — (Syphilis héréditaire), par M. Lannelôngue, 249.
— des deux os de h Jambe,— Fausse articulation, par M. Viard, 495.
_ — — — par M. i)E Saint-
Germain, TiOS.
— ^ _ -. fiéscclion de 9 rcntimltros du Tibia,
par M. Anger, 701.
858 SOCIETE DE CHIRURGIE.
Fracture compliquée des jambes, par M. Boinet, 152.
— — — par M. Desprks, 149.
— — des membres inférieurs^ par M. Turois. — Rapport de
Anger, 787.
— sous-trochantérienoe du fémur. —Scorbut locsl^ par M. Poircsor,
634.
Ganglions lymphatiques {Note sur les] placés entre la vessie et le rectum de
fbommej par M. Lannelongue, 600.
Genou {Corps étranger du). Voir Corps étranger.
Gingivite saturnine, par M. Cras, 144.
Guérison spontanée de rhydrocèle des jeunes enfants^, par M. Gaillard. —
Rapport de M. de Saint-Germain, 568.
H
Hématocèle du scrotum, par M. Poinsot, ï^.
Hernie musculaire, par M. Gaujot, 788.
— traumatique du poumon, par M. Cauvy, de Béziers. — Rapport de
M. DUPLAY, 108.
— ventrale étranglée. — Gastrotomie. — Méthodf! de Lister. — Ga^'
rison, par M. Terrier, S67.
Humérus [Luxation sous-acromiale incomplète de /*), par M. Périer,
112-126.
Hydartbrose {Double) intermittente des 'genoux, par M. Panas, âôO, S5S,
401.
— -^ — par M. Le Dentu, 242-255.
Inclusion péritesticulaire, par M. Bœckel, — Rapport de M. Verneuil,
302.
Jambe {Fracture compliquée de la)^ par Desprès, 149.
— — par M. Boinet, 152.
— {Fracture des deux os de la), par M. Axger, 501.
— — — — Fausse articulation, par M. Vuro, de
Montbard, 495.*
TAULE DKS UATIKRES. ><.'>*»
K
Kéràtocone {du), par M. Panas, 373.
Kyste du cou à contenu huileux. — Guêrisony par M. Malhehbks, de Nantes,
557.
— de la mêrhoire infvrieurey par M. Herbet. d'Amiens. — Rapport de
Magitot, 410.
— (Pntbogcnie)t par Magitot, 407.
— — — — par M. Verneuil, 442.
— — — — pnr M FoRGET,443.
- de l'ovairo uniloculaire iris-volumineux, — (hariotomie, — Mort, par
M. bupLOUY, :225.
— mnJtHocuJaire de ïaissoUey par M. Pilate. — Rapport de M. De-
I.EN?, 815.
Kystes à contenu liquide ou demi liquide [Procédé pour in dissection totale
des), par M. Pozzr. — Rapport de M. Oelen?, 71 'i.
Larymjotomie inter-rriro-tiiyritidienne au tiiermo-cauthre, par Krishaber.
— Rapport de M. Nicaise, 748.
Lésions rénales consécutives aux fistules vésico-vaffinnles^ par M. Vf.rveuil,
264.
Ligature de V artère carotide primitive nécessitée par une héniorrliagie con-
sécutive à l'ouverture spontanâa d'un pli îeg mon de la région amyg-
daliennct par M. Ehrmann, 064.
— de Partère fémorale, par M. Farabeuf, 400.
Luxation du coude en arrière, par M. Chauvkl, 534.
— du maxillaire inférieur, par M. Pkrier, 212-222.
— de l'épaule, par M. Vedrknes, 639.
— iliaque, par M. Henhiet, 737.
du pouce en arrière, par M, Faucon, 743.
— sous-acromialQ incomplète, par M. Périer. 112-120.
— dr la sympbise pubienne, par M. Surmay, 2.
Luxations et écrasements du pied, par M. Lizk, 779.
Luxations et fractures {Note sur les' chez les aliénés, par M. Mordret,
518.
M
Mâchoire inférieure (Kystes de la). Voir I^ystes.
Main [Sarcome de la paume de la), par M. Paquet, 504.
— [Tumeurs sarcomateuse de la^, par M. GRosa, 281-284.
Manuel opératoire de certaines résections, par M. Verneuil, i\d\.
Maxillaire supérieur [Tumeur du), par M. Verneuil, 470-477.
Monstruosité, par M. Prestat, 807.
Musculaire {Hernie), par M. Uaujot, 783.
BULL, et m::m. de la *i«»c. i»k «'.»hr. 57
860 SOCIKTK DE CHIRURGIR.
N
Névralgie des moignonSf par M. Chalot, 547.
Nez arliûcielf par M. Martin, 434.
Notes sur les ostéites apophysaîres pendant la croissance, par M. Lanve
LONGUE, 162.
Oblitération {Note sur P) des varices, par M. Davat, 591.
Occipitale {Anévrysme traumalique 'le Pnrtorfi). — Gw'risou^ par Nf. Pah-
BISOT, 531.
Opération césarienne, par M. Lizk, du Mans, '^99.
Opportunité des opérations chez les vieillards^ par M. Drsprks, 6'i7.
Ostéites {Notes sur les) apophysaires pendant la croissance, par M. Lan ne-
longue, 16â.
Ostéopériostite subaicful': {Forme particulière de /*), par M. Duplay, Rll.
Ovariotomie bilatérale. — Ouérison^ par M. Dobronravow. — Rapport <!e
M. Pliukr, 79'i.
Ovaires {Tumeur solide^ épilhélioma myxoïde dos doux). — Ovariotomie,
par M. Terrikr.
PannuH granuleux de la cornée, par M. Panas, 420.
Pansement antiseptique, par M. Lister, 421.
Périostito albumincuse^ par M. Terrier, 268.
— — par M. Lannelongue, 27G.
— phlogmoncnse. — Ostéo-myélite aiguë dittuse chez nn arlohscent,
, par M. TiLLAUx. 850.
Phimosis {Pince pour l'opération du), par M. Hortrloup, 800.
— Nouveau procédé pour l'opération du), par M. Judes Hue. —
P»apporl de M. IÎorteloup, <'82.
Pince tire-ltunguOj par M. Niçoise, 025.
Phlébartérie de Fartlro radiale et de la veine médiane basilique, par M. Cha-
lot. — Rapport de M. Delens, 84.
Phlegmon suppuré du ligament large, — Ponction. — Drainage, par M. Gil-
LETTK, 17L
Plaie pénétrante de poitrine, par M. Polaillon, 354.
Polypes naso'pharynfficns (Ablation des) par la voiepalatinû, par M.Denucé.
390.
Ptcrygion double, par M. Guymares, 610.
Bectum iCorps étranger du), par M. Tcrois. — Rapport de M. Axcru, IfTt,
Péscction totale du poignet, par M. Rkverdik, 461.
TAHLK UE8 MATIÈRES. 86t
happort pour les candidats au titre de correspondaDla étrangers » par M. Gi-
• kaud-Teulon, 14.
— pour le prix Làborie, par M. Polaillon, 11.
— — — — par M. Parabeup, 886.
Bésections {Manuel opératoire de certaines), par M. Verneuil, 694.
HHrécissements du rectum [Patbogénie des)y par M. Lannelongue, 801.
— — — par M, Desprès, 809.
Sarcoiur cungvuital, — Guùrison, par M. Mandillon. — Rapport de M. Gué-
mot, 160.
— fascicule de la paume de la main, par M. Pai^uet, 704.
— gt^néralisé après une opération datant de 2 ans 1/2, par Poinsot,
638.
Sarcomateuses {Contribution à l'bistoire des tumeurs) de la main, par
M. Gross, de Nancy. — Rapporl de M. Tillaux, â81-âS84.
Sonde {Rupture d'une) dans la vessie sortie par le rectum, par M. Flburt,
de Clermont, 343.
S iliaque (Corps étranger de /*). — Laparo-entérotomie, par M. Studsgaard,
655.
Taille vésico-vaginale. — Suture immédiate. — Guérison, par M. Filatb,
d'OrU'ans. — Rapport de M. Delens, 813-819.
— — — par M. GuYON, 8! 4.
Tatouago {Danger du) de la cornée, par M. Panas, 80.
Testicule {Contribution à l'histoire clinique des tumeurs du), par M. Poinsot,
197.
- (Enchondrome du), par M. Anger, 2:H5.
- {Tumeur du), par M. Verneuil, 213.
— par M. Desprès, 219.
- — par M. Foroet, 221.
— — par M. Terrier, iîW.
Thrombose veineuse {de la), par M. Azam, 454.
Traumatisme {Influence du) sur le développement des phénomènes morbides
généraux, par M. Vedrènes. — Rapport de M. Verneuil, 765.
Trépan (Discussion sur le), par M. Desprès, 18-71.
— par M. Lucas-Championnière, 66.
— ~ par M. Le Dentu, 69.
— - par M. Trélat, 72.
— — par M. Perrin, 73.
Trépanation {Observation de), par M. Chalot. — Rapport de M. Lk Dkntu,
486.
Tubercules de la choroïde, par M. Anger, 755.
Tumeur ûbreuse de l'abdomen, par M. Desprès, 475.
— — intrapariétale. de la paroi abdominale. — Guérison, par
M. Nicaise, 618.
— du maxillaire supérieur, par M. Vsrnbuil, 475-477.
— de la région sous-maxillaire, par M* Boinet, 517.
86:2 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Tumeur solide des deux ovaires. -- Kpithêlioma /wv.YOiV/e, par M. Ter-
rier, 823.
— spongieuse ou kyste de l'aine, par M. Angkr, 481.
u
Urètbre {Plaies de i'), par M. Cras, 136.
Uvéthrotomie interne. — Mort^ par M. Berger, 563.
Vagin {Cloisonnement transversal du)t par M. Hubert Boens, 509.
Varices {Études sur roblitératîon des), par M. Davat. 591.
Verge {Extirpation de la), par M. Gabadie.— Rapport de M. Berger, ôOu.
Version pratiquée dans un utérus tétanisé^ par M. Zuède. — Rapport de
M. GuÉNiOT, 339.
Vomissements opiniâtres après les opérations chirurgicales^ par M. \'er-
NEU1L, 550.
TABLE DES AUTEURS.
Aiiger, \)àS, 235, â39, â4S, 847, 248,
481, 65i, 687, 701. 704, 755, 764.
766, 786.
.\2am. 94, 454, 401.
B
Baudon, llh>, 490.
Berger, 388, 481, 500, 506, 507. 541,
563, 567, 591, 605. 607, 626, 641,
644, 699.
Blot. 231, 233. 387, 647, 853.
Boinet, 152, 175. 229, 230, 231, 349,
506, 507, 570, 828.
Dcsprès, 10, 11, 18, 71, 84. 90, 116,
124, 125, 134. 149, 154, 155, 176,
195. 196, 219, 221. 222, 238, 247,
267. 283, 330, 331. 332, 338, 845,
340, 347, 334, 859, 365, 369. 870,
37f. 403, 409, 425, 437, 472, 474,
475, 480, 490. 498, 500, 507. 680.
571. 590, 591, 605, 644.646,647,
«550, fô2, 656, 687, 697, 704, 708,
709, 723, 727. 733, 734, 753, 771,
785, 808. 804, 809, 853.
Duplay, 10«. 13^4, 358, 360, 394. 499,
604, 611, 616, 687, 773.
Duplouy, 225, 230, 2.i2, 233.
EhrmanD, (KM, (578, 738.
Cazin, (54, 370, 371.
Chauvel, 350, 534, 629.
Clhipault, 730.
Cras, 136, 144, 148, 585, 586, 589.
Cnivellhlep, 34.
Davat, 591.
Delcn», 84, 267, 367, 3(51, 513. 547,
608. 714, 818.
Denuoé, 390, 3))3.
Désormeaux, 100, 3^)6
Farabeuf, 101, 123, 180, 191, 194,
Iflô, 19(5, 40), 409, 485, 474, 477,
647, 698, 747, 753, 785, 804, 846.
Faucon, 743.
Fleury, 343, 394, 798.
Forget, 221, 280, 330, aS9, 4!20, 448.
Gaujol, 177, 191, 783.
Gillette, 100, 101, 122, 171, 175, 240,
280, 728.
864
80GIETE DE CHIRURGIE.
GIraud-Teulon, 14, 92, 3H0, 498. 509,
57i, 588, 764, 767, 77i.
GuéDiot, 155, à58, 1256, dS^ Séà, 517,
548, 8r4.
Guyon, Oi, 101, -212. 257, 4iJ9, 698,
699, 784, 785, 814,845.
H
Hergoti, 898, 725.
Horteloup, 682, 687, 806.
Houel, 115. 116, 128, 135. 268, 885.
846, 882, 887, 447. 480, 5?0, 616,
628, 806.
Houzé de l'AulnoU, 546.
Lannelongue, (î, 10, 11, 162, 247, 276,
280. «fe, 800. 836, 888, 389. 845,
512. 600, 606, OOiî, 615, 616, 801,
608, 605.
Laprey, 653.
LeDenlu, 5, 69, 72, 101, 242. 246,
255, 267, 881, 838. 888. 478, 480.
488, 607. 698, 708, 709.
Le Fort, 69.
Lister, 421, 425, 484.
Lizé, 899, 779.
Lucas-Championnière , 66, 92. 833,
866, 870, 472, 480, 488, 492, 515,
516. 546, 604, 624, 657, 721, 784,
797, 827.
M
Magitot, 147. 148. 410, 487, 447, 571,
616.
Marjolin, 10, 509, 512, 672, 852.
Mordrai, 518, 852.
N
Nieaise. 10. 447, 484, 618, 624. 6».
748, 753.
Famard, t;40.
Panas, 32, 42, «6, 221, 23i, 240, 24^,
253, 256, 373, ,S80, 401, 404, 40...
409, 426, 727, 7tKS, 771, 772, 814,
827. 853.
Paquet, 705, 72«.
Pari se, 5«j7.
Pêrier, J12, iU\, lAi, 128, 212, 222,
7H4, 797.
Perrin, 73, 100, 103, 108, 122, 12î<,
134, 135, 858.
Poiijsot, lîW, 320, 531.
Polaillon, 11, 231, 232, 245, 24r,, .S42,
354, 361, 366, 500, 506, 513, tî27,
IV45.
Poncet, 828.
Prestal, 336, 807.
Réverdin, 461, 475.
Saint-Germain (de), 53, 508, ;rfî8, 572,
651, 728.
^iarazin, 840.
Sée, in), 135, 175, 332, 3*4, 347, 354.
408, 443, 460, 646, 657.
Surmay, 2.
Tarnier, 341, 342, 515, 542, r>44, 571,
627.
Terrier, 31, 100, 1(K^>, 124, 230, 2,12,
238, 268, 280, 800, 301, 333, 34î».
361, 367, 369, 499, dM, 649, tî52,
764, 765, 768, 772. 822, 828, 852.
Tillaux, 97, 1(», 123, 185, 281, 283,
331, 388, 887, 339, 844, 846, 360,
367, 369, 408, 484, 460, 473, 487,
493, 513, 516, 517, 645, 652, 653,
655, 658, 677, 709, 728, 732, 737,
754, 845, 850.
TAULE DES AUTEURS. Kt^'>
Tielat, 7i, iôO, .S70, .S8(), ;W1, ;W., î«7, I Verneuil, î), 17, 7.\ 107, 1.V>, lïU, 195,
i07, 'i()8, 4i»2, V.«, 72'i, 7:i7, 7<î7, ' :21:i, 5ii, :i48, àfVi, 207, à68, S»),
785, SOr>, HOS. 282, 284, HOi, 381, 882, 837, 389,
845, a47, 851», 420, 434, 442, 400,
'175, 477, 481, Tï^ô, ^7, 514, 51(î,
w 550, 507, 020, 030, 044, 0-40, (K)5,
08<N Ot)i, OIK», 704, 717, 732, 785,
70IÎ, 785, 7Î>3.
Vedrènes, i\7X ' Viard, 41^.
p,iri>i. » Imprimerie Paul Uupvint, rui* Jeon«J.iriiiies.Ruu«!(eAU, il. ;|KH!), lâ-K.